Jeans Wilder - Marry Me

C'est avec la larme à l’œil qu'on avait appris la nouvelle en mai dernier : Jeans Wilder, projet solitaire entamé par le flegmatique Andrew Caddick au regard bleu enfantin, n'est définitivement plus. On s'était tout autant enthousiasmé pour son Nice Trash co-édité par La Station Radar & Atelier Ciseaux en décembre 2010 (lire) que pour son Totally paru deux plus tard via Everloving (lire). Deux promenades alanguies où Andrew entrechoquait avec un onirisme solaire chill mélancolique et surf-pop débraillée, et qui s'écoutaient le plus souvent en se gargarisant de quelques grammes de THC. La dernière fois que j'ai vu Andrew, après l'avoir accueilli pour quelques concerts en France, c'était dans un fast-food végétalien de San Diego : il m'avait d'ailleurs offert de quoi voir venir en saveurs opiacées. Pas du style à courir plusieurs lièvres à la fois, engagé au sein de Spirit Club, aux côtés de son pote de toujours Nathan Williams de Wavves, responsable d'un premier LP éponyme via Ghost Ramp, Andrew tourne la page non sans laisser derrière lui une sorte de recueil testamentaire. Il éditera donc cette année à titre posthume le LP Wilder at Heart (or To Wong Foo, Thanks for Everything! Jeans Wilder), on ne sait où, on ne sait quand. Premier extrait imagé par Renee Lusano, l'oblongue Marry Me.

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Jeans Wilder - Blue Dream

Le nouvel album de Jeans Wilder, Totally (lire), est sorti le 28 juin dernier via Everloving. S'il fallait nous préciser la présence d'un été en pointillé, Andrew Caddick profite de ce petit évènement pour glisser une mise en image toute personnelle de Blue Dream sous le soleil plombant de San Diego. L'un des seuls morceaux instrumentaux de l'album débute ainsi au son du "flux et reflux de vagues paresseuses" tout en s'intimant à nos yeux par le biais d'une home-made vidéo où le grand gaillard filme ses potes lors d'une virée opiacée à la plage. Les quelques commentaires parlent d'eux-mêmes : si on aime Jeans Wilder, il n'y a rien de mieux au monde que d'être défoncé à la plage. Les deux n'étant pas incompatibles.

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Jeans Wilder - In My Dreams

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L'artiste et son disque n'étaient pas passés inaperçus sur Hartzine. Andrew Caddick, aka Jeans Wilder, épanchant sa sensibilité à fleur de peau au cours d'un entretien à (re)lire par , nous avait même gratifiés d'une mixtape révélant peu ou prou l'essence d'un Nice Trash paru en co-réalisation le 8 décembre dernier sur les luminescents labels Atelier Ciseaux et La Station Radar. De quoi donner copieusement l'eau à la bouche avant la tournée européenne de ce dernier dont on retiendra la date dijonnaise, organisée par nos amis de Sabotage (le 8), et celle parisienne, deux jours plus tard, à la Flèche d'Or. Et s'il fallait remettre une délicate couche d'admonestation bienveillante, Andrew Caddick étrenne In My Dreams, aux charmes délicieusement surannés, le temps d'un vidéo-clip réalisé par Stephanie Wuertz. Le flegme romantique du morceau prend ici une toute autre dimension, abstrait mais toujours aussi sensuel et intemporel.

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Tournée

jeans-wilder-tournee-europeenne03/06 - Lyon Le Sonic
03/07 - Metz House show
03/08 - Dijon La Consortium
03/09 - Bordeaux Saint-Ex
03/10 - Paris La Fleche d'Or
03/11 - Gent Kinky Star
03/12 - Amsterdam De Nieuwe Anita
03/15 - Offenbach Hafen 2
03/17 - Hamburg Molotow
03/18 - Berlin Mme Claude
03/19 - Erfurt Franz Mehlhose
03/20 - Bremen Cafe Kurzschluß
03/21 - Kiel Blauer Engel
03/22 - Jena Cafe Wagner
03/24 - Köln Sonic Ballroom
03/25 - Kassel ARM
03/29 - Brno Borno Club
03/30 - Prague Final Club


Jeans Wilder : Chronique, interview & mixtape

frontback-cover-jeans-wilder-nice-trashC'était au début de l'année. Presque un an donc que par l'intermédiaire d'Atelier Ciseaux (lire), j'ensoleillai mes esgourdes d'un reggae lo-fi sans âge : Tough Guys ou l'avant-goût presque trop parfait des chaleurs estivales, ébauché par un type que j'imaginais être le plus cool de la côte ouest américaine. Sans être complètement dans les choux - le bonhomme participant alors à un split vinyle avec l'invétérée slackeuse Bethany Cosentino et son groupe Best Coast (lire) et ce, après avoir partagé son appartement et son amitié avec Nathan Williams, trublion de l'électricité biturée (lire) - certains artistes déjouent chaque pronostic jusqu'aux moindres clichés, prenant à contre-pied l'air du temps et sa dose extensive de conformisme ambiant. Car Andrew Caddick - ou Jeans Wilder selon son état civil musical - en plus de dispenser un son à l'authenticité exacerbée, se trouve être une personne atypique, à rebours de l'idéologie de l'omniscience, favorisée par internet et la profusion de démo, face B et autres ébauches reprises en cœur par l'internationale blogueuse. Non, Andrew, à l'image de sa musique et de ses influences composites, est une personne rare, presque inestimable. Mais il faut lui consacrer du temps. Car si l'on considère les flots ininterrompus qui balayent nos plages hi-fi, la recherche de l'étrange nouveauté devient compulsive, sans lendemain, en un mot épileptique. D'un côté l'omniscience diarrhéique, de l'autre la frénésie amnésique. Bien mal barré que l'on est, au cœur de la nuit, meurtri par cette ineffable perte de sens d'une sémantique musicale jusqu'alors si poignante. Au tamis du temps, à celui des jours et non plus à celui des années, que reste-t-il d'une chillwave photocopiée jusqu'à la lie ? Que reste-t-il d'un post-shoegaze décalqué à l'infini ? Quelques bribes de morceaux compilés, pas grand chose, un trouble rêve dans un écrin de fumée opiacée. Peu d'albums surtout. Et encore moins de bons albums, se contentant d'aller au-delà des formules éculées, osant l'intimité au dépend de la grégarité. Co-réalisé par Atelier Ciseaux et La Station Radar, Nice Trash de Jeans Wilder, à paraître le 8 décembre prochain, s'inscrit dans cette veine verte et violacée du dépouillement de soi, de la mise à nue d'une fragilité émotive, lovée jusqu'aux confins du moindre arrangement. Quand d'autres empilent en continu les essais non transformés, Andrew amplifie le soin du détail, n'hésitant pas à consacrer deux années de sa vie dans le fignolage obsessionnel d'un disque à la splendeur spectrale et habitée, où la complainte amoureuse se pare d'un grain doucereusement passéiste, tel un regard mélancolique tacheté de poussière mordorée. Tout en restant éminemment contemporain - comment ne pas déceler le voile shoegaze de Blonde Beach ? L'ambient hantée de Blanket Mountain ? La chillwave percluse de beats vaporeux d'Internationals Water ? - Jeans Wilder fait montre d'un attrait sans fard pour les ballades au flegme romantique en plein cœur des sixties : In my Dreams et Sparkler d'abord, aux charmes délicieusement surannés, le mirifique et conclusif Light Sleeper ensuite, où un arpège de guitare chancelant se joue des métronomes, magnifiant la poésie lunaire d'un Andrew à la voix nimbée d'échos. Singulier et fascinant, un tel épanchement dévoilé vire au chef d'œuvre minimaliste avec Be my Shade, introduisant Nice Trash d'un sample à la sinusoïde transpercée d'atermoiements fantomatiques, que l'on jure susurrés dans l'ombre. Don't Wanna Live Forever aurait pu constituer la seule faute de goût de l'album, de par son rythme et ses claviers à la ringardise assumée, s'il ne basculait pas subitement vers l'un de ses moments les plus touchants, où l'infini désespoir s'arrachant des tripes émerge d'une brume électrique crépitante. Une gageure.

C'est bien peu de dire qu'il est malaisé de rester insensible aux volutes sentimentales de Nice Trash, aimanté que l'on est par la sincérité prodiguée par son auteur. Un Andrew Caddick que l'on s'est permis de contacter pour une entrevue à l'image et à la hauteur de l'homme, décontractée et sans fioriture. Le bonhomme s'est même fendu à votre intention d'une mixtape de toute beauté - à écouter et télécharger ci-dessous.

Nice Trash est en pré-order du 3 au 8 décembre par . Retrouvez par ici, l'interview de Fleur et Jérome de La Station Radar, et par , celle de Rémi de l'Atelier Ciseaux.

Audio

Jeans Wilder - Blonde Beach

Entrevue avec Andrew Caddick

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut... Je suis Andrew, les gens me connaissent en tant que Jeans Wilder. J'adore me défoncer en regardant Seinfeld. Parfois, je fais de la musique. Ha !  

Si tu devais définir ta personnalité en trois mots, quels seraient-ils ?

Honnête, charmant et paresseux.  

Peux-tu m'expliquer pourquoi "Jeans Wilder" et pas "Andrew Caddick and Melissa Duenas" ? Parle moi de ce nom... qui est Jeans Wilder ?

Et bien, Melissa était juste batteuse sur les concerts pendant deux mois et n'a joué sur aucun des enregistrements... Je n'ai jamais aimé jouer sous mon propre nom, c'est pour ça que j'utilise un pseudonyme. Jeans Wilder est juste un jeu de mots sur Gene Wilder, l'acteur... Ce jeu de mots battait tous les autres noms que j'avais en tête...

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Comment est venu l'idée de créer Jeans Wilder ?

J'ai accumulé beaucoup d'énergies négatives à force de  travailler à fond dans un job stressant... Je me suis alors investi dans Jeans Wilder uniquement pour me décharger de mes frustrations avec le monde extérieur... et pour ne pas finir par me tuer.  

Parle-moi du processus créatif, qui fait quoi ?

J'écris, joue, enregistre et produit tous. Sauf les samples que je peux utiliser. 

Quelles influences introduis-tu dans les chansons de Jeans Wilder ?

Au départ, le groupe était très "Jana Hunteresquement" sombre, un peu folk sur les bords. Maintenant, c'est plus du doowop rencontrant les Beach Boys... Une juste progression naturelle non ?

Comment définirais-tu ta musique si c'était George W.Bush qui te le demandait ? Et si c'était Mick Jagger, même réponse ?

Je leur dirais juste que c'est de la musique pour taper de la cocaïne. Ils adoreraient ça.

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Si tu étais contraint à l'exil sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu ?

Smiley Smile des Beach Boys, Jane Doe de Converge, Philosophy of the World de The Shaggs, Nigga Please d''Ol' Dirty Bastard et Speaking in Tongues des Talking Heads.

Parlons de Nice Trash... Je le trouve très réussi. Il dégage une certaine atmosphère, mélancolico-romantique. Qu'en dis-tu ?

Je l'aime beaucoup. Je suis fier du résultat. Son écriture et son enregistrement ont fait partie d'un processus très intense. Un processus qui a pris deux ans. Ça parle de moi tombant amoureux de quelqu'un. Le disque retrace du début jusqu'à la fin de l'histoire. Romantique, mais triste.

Quelles sont tes intentions avec Nice Trash ? Dis-moi en plus sur ce titre ?

Nice Trash était une private joke avec cette fameuse personne... J'étais un loser pour elle, mais un loser cool... Comme si je ne méritais rien, tout en ayant un putain de sens de l'humour à propos de cette contradiction...

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Cet album va sortir via Atelier Ciseaux et la Station Radar. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai commencé à travailler avec la Station Radar par l'intermédiaire de Jen Paul, une incroyable musicienne du New-Jersey, qui m'a invité à faire un split vinyle avec elle (voir par ). Ils ont aimé mes morceaux, depuis notre relation est plus étroite que jamais. J'ai rencontré Rémi d'Atelier Ciseaux, lorsqu'il m'a approché pour faire un 7"... qui a fait boule de neige jusqu'au split vinyle avec Best Coast (lire).  

Est-ce que l'esthétique d'un disque a autant d'importance pour toi que la musique elle-même ?

J'aime penser ça oui... D'un côté, la musique est vraiment la raison pour laquelle tu achètes un disque. Mais le visuel et le packaging a son importance aussi... Je pense qu'ils peuvent te raconter une bonne partie de l'histoire, comme la musique.  

Est-ce que Jeans Wilder est un bon groupe en live ? Quelle est la configuration des concerts ? Quand est-ce que tu viens nous montrer ça en France ?

J'ai fait pas mal de concerts en tournant aux US. C'est toujours un peu "juste" pour moi... jouant des instruments live sur des bouts d'enregistrements... J'ai eu une batteuse pendant quelque temps (Melissa Duenas donc, ndlr), mais je suis en train de monter un vrai groupe pour une tournée en Europe prévue en mars prochain.

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Peux-tu nous en dire plus sur Jacuzzi Youth ? Worthless Waste ? Daytime Television ? As-tu d'autres side-projects ?

Jacuzzi Youth est un projet chopped and screwed que je fais sur mon temps libre... Disons que je pense tout le temps à Jeans Wilder, alors c'est sympa de faire un break de temps en temps, délaisser le projet un moment en me laissant tenter par autre chose.

Worthless Waste et Daytime Television sont des projets de Jonathan Lockhart, qui en a d'ailleurs un autre se nommant Lambo Doors. Je n'ai rien à voir avec ces groupes... et si j'ai quelques side-projects en cours, il est un peu tôt pour en parler.

Qui sont les amis de Jeans Wilder ? Y a-t-il une scène aux US à laquelle tu te sens appartenir ?

Il se trouve que je suis amis avec des gens que je ne nommerai pas... Leur succès n'est un secret pour personne (lire)... Les gens aiment me taquiner avec ça, c'est bizarre... Comme si je n'étais qu'un trou du cul à cause de mon amitié avec quelqu'un. En tout cas, non, je ne me sens proche d'aucune scène en particulier...

Michael de Ghost Animals m'a déjà demandé de lui envoyer des Gauloises blondes. Qu'aimerais-tu recevoir de français dans ta boîte aux lettres ? Pareil ! J'aimerai bien des cigarettes françaises ! Et pourquoi pas un bonbon français ?

Traduction : Virginie Polanski.

Mixtape

"It's just a keep warm while driving around in the cold/feeling nostalgic kind of mix" - Andrew Caddick (download).

01. Night Control - Star 131
02. Real Estate - Suburban Dogs
03. Ducktails - Art Vandelay
04. Deerhunter  - Revival (Jacuzzi Youth Mix)
05. Green Gerry - Cozy Space Mugz
06. Grizzly Bear - He Hit Me
07. His Clancyness - Summer Majestic
08. Soft Healer - Movie Light
09. Dirty Beaches - Coast to Coast

Vidéo


Jeans Wilder - Nice Trash

C'était au début de l'année. Presque un an donc que par l'intermédiaire d'Atelier Ciseaux (lire), j'ensoleillai mes esgourdes d'un reggae lo-fi sans âge : Tough Guys ou l'avant-goût presque trop parfait des chaleurs estivales, ébauché par un type que j'imaginais être le plus cool de la côte ouest américaine. Sans être complètement dans les choux - le bonhomme participant alors à un split vinyle avec l'invétérée slackeuse Bethany Cosentino et son groupe Best Coast (lire) et ce, après avoir partagé son appartement et son amitié avec Nathan Williams, trublion de l'électricité biturée (lire) - certains artistes déjouent chaque pronostic jusqu'aux moindres clichés, prenant à contre-pied l'air du temps et sa dose extensive de conformisme ambiant. Car Andrew Caddick - ou Jeans Wilder selon son état civil musical - en plus de dispenser un son à l'authenticité exacerbée, se trouve être une personne atypique, à rebours de l'idéologie de l'omniscience, favorisée par internet et la profusion de démo, face B et autres ébauches reprises en cœur par l'internationale blogueuse. Non, Andrew, à l'image de sa musique et de ses influences composites, est une personne rare, presque inestimable. Mais il faut lui consacrer du temps. Car si l'on considère les flots ininterrompus qui balayent nos plages hi-fi, la recherche de l'étrange nouveauté devient compulsive, sans lendemain, en un mot épileptique. D'un côté l'omniscience diarrhéique, de l'autre la frénésie amnésique. Bien mal barré que l'on est, au cœur de la nuit, meurtri par cette ineffable perte de sens d'une sémantique musicale jusqu'alors si poignante. Au tamis du temps, à celui des jours et non plus à celui des années, que reste-t-il d'une chillwave photocopiée jusqu'à la lie ? Que reste-t-il d'un post-shoegaze décalqué à l'infini ? Quelques bribes de morceaux compilés, pas grand chose, un trouble rêve dans un écrin de fumée opiacée. Peu d'albums surtout. Et encore moins de bons albums, se contentant d'aller au-delà des formules éculées, osant l'intimité au dépend de la grégarité. Co-réalisé par Atelier Ciseaux et La Station Radar, Nice Trash de Jeans Wilder, à paraître le 7 décembre prochain, s'inscrit dans cette veine verte et violacée du dépouillement de soi, de la mise à nue d'une fragilité émotive, lovée jusqu'aux confins du moindre arrangement. Quand d'autres empilent en continu les essais non transformés, Andrew amplifie le soin du détail, n'hésitant pas à consacrer deux années de sa vie dans le fignolage obsessionnel d'un disque à la splendeur spectrale et habitée, où la complainte amoureuse se pare d'un grain doucereusement passéiste, tel un regard mélancolique tacheté de poussière mordorée. Tout en restant éminemment contemporain - comment ne pas déceler le voile shoegaze de Blonde Beach ? L'ambient hantée de Blanket Mountain ? La chillwave percluse de beats vaporeux d'Internationals Water ? - Jeans Wilder fait montre d'un attrait sans fard pour les ballades au flegme romantique en plein cœur des sixties : In my Dreams et Sparkler d'abord, aux charmes délicieusement surannés, le mirifique et conclusif Light Sleeper ensuite, où un arpège de guitare chancelant se joue des métronomes, magnifiant la poésie lunaire d'un Andrew à la voix nimbée d'échos. Singulier et fascinant, un tel épanchement dévoilé vire au chef d'œuvre minimaliste avec Be my Shade, introduisant Nice Trash d'un sample à la sinusoïde transpercée d'atermoiements fantomatiques, que l'on jure susurrés dans l'ombre. Don't Wanna Live Forever aurait pu constituer la seule faute de goût de l'album, de par son rythme et ses claviers à la ringardise assumée, s'il ne basculait pas subitement vers l'un de ses moments les plus touchants, où l'infini désespoir s'arrachant des tripes émerge d'une brume électrique crépitante. Une gageure.

Audio

Tracklist

Jeans Wilder - Nice Trash (Atelier Ciseaux, La Station Radar, 2010)

01. Be my Shade
02. Blonde Beach
03. Don't Wanna Live Forever
04. Blanket Mountain
05. Internationals Water
06. In my Dreams
07. Sparkler
08. Lets Share This Place
09. Pumpkin Patch
10. Light Sleeper


Jeans Wilder l'interview

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut... Je suis Andrew, les gens me connaissent en tant que Jeans Wilder. J'adore me défoncer en regardant Seinfeld. Parfois, je fais de la musique. Ha !

Si tu devais définir ta personnalité en trois mots, quels seraient-ils ?

Honnête, charmant et paresseux.

Peux-tu m'expliquer pourquoi "Jeans Wilder" et pas "Andrew Caddick and Melissa Duenas" ? Parle moi de ce nom... qui est Jeans Wilder ?

Et bien, Melissa était juste batteuse sur les concerts pendant deux mois et n'a joué sur aucun des enregistrements... Je n'ai jamais aimé jouer sous mon propre nom, c'est pour ça que j'utilise un pseudonyme. Jeans Wilder est juste un jeu de mots sur Gene Wilder, l'acteur... Ce jeu de mots battait tous les autres noms que j'avais en tête...

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Comment est venu l'idée de créer Jeans Wilder ?

J'ai accumulé beaucoup d'énergies négatives à force de travailler à fond dans un job stressant... Je me suis alors investi dans Jeans Wilder uniquement pour me décharger de mes frustrations avec le monde extérieur... et pour ne pas finir par me tuer.

Parle-moi du processus créatif, qui fait quoi ?

J'écris, joue, enregistre et produit tous. Sauf les samples que je peux utiliser.

Quelles influences introduis-tu dans les chansons de Jeans Wilder ?

Au départ, le groupe était très "Jana Hunteresquement" sombre, un peu folk sur les bords. Maintenant, c'est plus du doowop rencontrant les Beach Boys... Une juste progression naturelle non ?

Comment définirais-tu ta musique si c'était George W.Bush qui te le demandait ? Et si c'était Mick Jagger, même réponse ?

Je leur dirais juste que c'est de la musique pour taper de la cocaïne. Ils adoreraient ça.

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Si tu étais contraint à l'exil sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu ?

Smiley Smile des Beach Boys, Jane Doe de Converge, Philosophy of the World de The Shaggs, Nigga Please d''Ol' Dirty Bastard et Speaking in Tongues des Talking Heads.

Parlons de Nice Trash... Je le trouve très réussi. Il dégage une certaine atmosphère, mélancolico-romantique. Qu'en dis-tu ?

Je l'aime beaucoup. Je suis fier du résultat. Son écriture et son enregistrement ont fait partie d'un processus très intense. Un processus qui a pris deux ans. Ça parle de moi tombant amoureux de quelqu'un. Le disque retrace du début jusqu'à la fin de l'histoire. Romantique, mais triste.

Quelles sont tes intentions avec Nice Trash ? Dis-moi en plus sur ce titre ?

Nice Trash était une private joke avec cette fameuse personne... J'étais un loser pour elle, mais un loser cool... Comme si je ne méritais rien, tout en ayant un putain de sens de l'humour à propos de cette contradiction...

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Cet album va sortir via Atelier Ciseaux et la Station Radar. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai commencé à travailler avec la Station Radar par l'intermédiaire de Jen Paul, une incroyable musicienne du New-Jersey, qui m'a invité à faire un split vinyle avec elle (voir par ). Ils ont aimé mes morceaux, depuis notre relation est plus étroite que jamais. J'ai rencontré Rémi d'Atelier Ciseaux, lorsqu'il m'a approché pour faire un 7"... qui a fait boule de neige jusqu'au split vinyle avec Best Coast (lire).

Est-ce que l'esthétique d'un disque a autant d'importance pour toi que la musique elle-même ?

J'aime penser ça oui... D'un côté, la musique est vraiment la raison pour laquelle tu achètes un disque. Mais le visuel et le packaging a son importance aussi... Je pense qu'ils peuvent te raconter une bonne partie de l'histoire, comme la musique.

Est-ce que Jeans Wilder est un bon groupe en live ? Quelle est la configuration des concerts ? Quand est-ce que tu viens nous montrer ça en France ?

J'ai fait pas mal de concerts en tournant aux US. C'est toujours un peu "juste" pour moi... jouant des instruments live sur des bouts d'enregistrements... J'ai eu une batteuse pendant quelque temps (Melissa Duenas donc, ndlr), mais je suis en train de monter un vrai groupe pour une tournée en Europe prévue en mars prochain.

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Peux-tu nous en dire plus sur Jacuzzi Youth ? Worthless Waste ? Daytime Television ? As-tu d'autres side-projects ?

Jacuzzi Youth est un projet chopped and screwed que je fais sur mon temps libre... Disons que je pense tout le temps à Jeans Wilder, alors c'est sympa de faire un break de temps en temps, délaisser le projet un moment en me laissant tenter par autre chose.

Worthless Waste et Daytime Television sont des projets de Jonathan Lockhart, qui en a d'ailleurs un autre se nommant Lambo Doors. Je n'ai rien à voir avec ces groupes... et si j'ai quelques side-projects en cours, il est un peu tôt pour en parler.

Qui sont les amis de Jeans Wilder ? Y a-t-il une scène aux US à laquelle tu te sens appartenir ?

Il se trouve que je suis amis avec des gens que je ne nommerai pas... Leur succès n'est un secret pour personne (lire)... Les gens aiment me taquiner avec ça, c'est bizarre... Comme si je n'étais qu'un trou du cul à cause de mon amitié avec quelqu'un. En tout cas, non, je ne me sens proche d'aucune scène en particulier...

Michael de Ghost Animals m'a déjà demandé de lui envoyer des Gauloises blondes. Qu'aimerais-tu recevoir de français dans ta boîte aux lettres ? Pareil ! J'aimerai bien des cigarettes françaises ! Et pourquoi pas un bonbon français ?

Traduction : Virginie Polanski.


Best Coast / Jeans Wilder - Split 45t

pochettesplitA ma droite, Andrew Caddick et Melissa Duenas (Jeans Wilder). A ma gauche, Bethany Cosentino et Bobb Bruno (Best Coast). Deux duos californiens. Au centre, Atelier Ciseaux, ou un tout jeune label franco-canadien. Le tout est une initiative réunissant tout ce petit monde sur un bel objet, un 45 tours, fait main, édité à trois cent cinquante exemplaires. Sorti le 18 janvier, cette sixième référence du label, après l'intimiste François Virot et le foutraque Lucky Dragons, est à commander ici. Cela pourrait être anecdotique, deux morceaux pour à peine dix minutes. Cela pourrait. Ce serait sans entrevoir la lumière éblouissante et habilement surannée qui se dégage des guitares de Best Coast, exhumant sur Up All Night les quelques soupçons d'indolence et d'insouciance d'une jeunesse vertement dissipée. The Amps et Kelley Deal ne renieraient en rien cette nuit sans étoile, brouillant l'antique surf music de saturations crasses. Ce serait sans faire grand cas du reggae lo-fi de Jeans Wilder sur Tough Guy, qui d'une voix détachée mais attachante nous amène à penser qu'Andrew Caddick à plus à voir avec l'écurie Paw Tracks (Black Dice, Panda Bear) dans l'art de la décontraction qu'avec ses amis de Wavves dans la culture de l'ennui sauvageon et bitturé. Ce serait surtout passer à côté de deux groupes dont il sera très bientôt question, dans ces pages ou ailleurs, ailleurs ou dans ces pages. Dépêchez-vous, il reste trois cent quarante neuf exemplaires. Le mien est commandé.

Thibault

Audio

Jeans Wilder - Tough Guys

Video

Tracklist

JEANS WILDER / BEST COAST - SPLIT 45t (Atelier Ciseaux, 2010)

Side A : Jeans Wilder - Tough Guy

Side B : Best Coast  - Up All Night