Brian Case - Spirit Design

Brian Case n'est pas que le mec qui a réussi à radiner dans son groupe, depuis implosé, le subtil et légendaire Steve Shelley (lire). Faut dire que Disappears, aux ressorts pourtant érodés et rouillés sur le conclusif Irreal (lire), se suffisait à lui-même, le plus souvent capable d'étreindre l'auditeur suffocant d'une poigne acérée et gantée de fer, vitupérant l'ennui en le recrachant en assourdissantes mélodies noires. Pas mal donc pour un groupe de Chicago, expurgeant sur Kranky les tablatures d'un post-rock aujourd'hui muséifié. Frontman déchu, Brian Case sait aussi être seul, bien entouré d'un innommable bordel, mais seul. Un homme moderne ou post- quelque chose, sachant porter son fardeau discographique sur des sentiers déjà moult fois rebattus, prenant ainsi le risque de l'aventure anodine et ressassée. Mais effleurant, à force d'épures amoncelées et éperdument retravaillées, quelques sommets d'électronique industrielle, nébuleusement dardés de grisaille, où la tension que ses claviers triturés induise supplante celle qu'autrefois il grimait d'électricité et de batterie revêche. Brin Case, un homme seul, à la voix froide et éparpillée, inquiétante et laminée, hantant épisodiquement les plages labyrinthiques de ce second disque, Spirit Design, en totale discontinuité avec les circularités de son premier essai Tense Nature paru en juin 2016, déjà sur Hands in the Dark (lire). Et ce par d'infinis dédales minimalistes, aux entournures chahutées de psalmodies lysergiques (Shipbuilding, Said Your Name), et par une inquiétante liturgie, où la lex humana semble irrémédiablement détournée au profit de machines sonnant le glas, dès l'introductive Uncanny Valley ou White Chapel. Brian Case offre un glaçon à l'orée de l'été, un glaçon confondant de beauté sournoise.

Deux morceaux sont à écouter en exclusivité ci-après : No Immediate Threat et White Chapel. 

Audio (PREMIERE)

Video

Tracklisting

Brian Case - Spirit Design (Hands in the Dark, 25 août 2017)

01. Uncanny Valley
02. Shipbuilding
03. No Immediate Threat
04. White Chapel
05. Ubu
06. Control
07. Cold Space
08. Divider
09. Said Your Name
10. Spirit Design


Tomaga - The Shape of the Dance

The Shape of the Dance, la forme de la danse. Comme si l’on pouvait en esquisser les contours. Comme si Tomaga parvenait, et comme s’y sont essayés avant eux tant de sculpteurs, peintres, poètes et musiciens, à donner à cet art de l’expression corporelle — un art mobile, spatial et pluriel — une constance géométrique ou une représentation universelle. Valentina Magaletti et Tom Relleen ne recherchent pas l’allégorie, ils recherchent la forme, et dans leur approche expérimentale ils en admettent la malléabilité et l’évolutivité. Les huit pistes versatiles de cet album, qui ne s’écoute cependant pas comme un album concept, apportent la démonstration que la danse est avant tout une question de mouvement et de rythme, et même de rythmes au pluriel — avec autant de formes à croquer — entre tensions mécaniques et tempos biologiques.

Tuscan Metalwork s’ouvre comme une étude de signaux électroniques — une approche très expérimentale telles qu’on en a connues chez Edward Zadja ou Éliane Radigue — avant de vriller abruptement vers un répertoire industriel, sur le modèle du Persepolis de Xenakis mais revisité par une instrumentation contemporaine, où le grincement métallique assoit une ambiance dramatique durable qui impose sa respiration au morceau: une série redondante d’aspirations et d’expirations aussi harassantes que mille soupirs exhalés par des métallurgistes frappant leur acier en cadence. C’est une danse militante et ouvrière qui assèche la gorge et étourdit jusqu’à l’épuisement, et dont l’essence resurgira dans Scacco Matto. Derrière la respiration naturelle du track menée par un ressac régulier et soufflant s’est glissé le rythme taylorien d’une locomotive fatiguée, peut-être trop ancienne pour donner sa pleine puissance, ou bien contrariée par le grésil qui assourdit l’arrière-plan et finira par craqueler en cédant sous d’intenses projections de vapeur. De l’usine à la voie ferrée, le souffle a la même vitalité, le mouvement la même régularité.

L’album façonne d’autres formes de mouvement et de danse, revenant dans le titre éponyme à son expression tribale, fervente, mystique autour d’une ligne de basse ronde et bouillonnante allant et venant pour rythmer le déhanché d’une farandole minimaliste encerclée par une jungle de sons 8 bits. Une jungle dense, humide et lourde qui ne sera pas défrichée, quatre morceaux plus tard, dans la luxuriante et conclusive Gonda’s Dream et ses cliquetis sur fond de modulations giratoires et extatiques. L’exploration se fait, à la différence de la forme esquissée par le duo, universelle. Et l’ensemble revêt une certaine harmonie à puiser dans ces va-et-vient, ces tourbillons, ces exhalaisons, ces ressacs, ces grincements. Entre biologie et mécanique la respiration a la même régularité d’un bout à l’autre d’un morceau, allant jusqu’à métamorphoser une cadence notoire, comme ces castagnettes transformées en crécelles infatigables et irritantes (serpentines?) dans Stone Comb et qui, rejointes par des roucoulements électroniques pour toute ligne de basse, appuient de concert une sorte de phasing propulsé par des cuivres numériques lancés en un élan épique mais atonal. Le bref morceau prend des airs de duel interrompu par une conclusion mutilante, peut-être par une mise à mort?

Extraits du groupe de krautrock londonien The Oscillation (lire sur hartzine), Valentina et Tom n’ont conservé de cette approche que l’esprit d’expérimentation qui le caractérise et un morceau, A Perspective With No End en écoute ci-dessous, entamé par une ligne de basse qui rappellera les parangons autoroutiers des groupes d’outre-Rhin des années 70, mais qui échafaudera rapidement une structure indépendante à coups de percussions carillonnantes et membranophoniques. Il assoit à lui seul le propos du disque: l’expression du corps insufflée par le mouvement et la respiration, et renvoie à cette capacité naturelle et universellement partagée du mouvement libératoire, fût-ce de la danse ou le simple désir d’occuper l’espace entre deux pulsations.

Audio

Tomaga - A Perspective With No End

Tracklist

Tomaga - The Shape of the Dance (19 septembre 2016, Hands In The Dark)
01. Tuscan Metalwork
02. Stone Comb
03. The Shape Of The Dance
04. Scacco Matto
05. A Perspective With No End
06. Questionable Art In Public Spaces
07. Four Ducks Dead
08. Gonda's Dream


The Oscillation - Monographic (Full stream)

Pour ceux qui n'auraient pas encore compris tout le bien qu'on pense dans ces pages du trio britannique qui a su se réapproprier et réanimer un krautrock hérité des meilleurs représentants de la kosmische Musik d'outre-Rhin, qu'ils relisent les interviews, chroniques et autres avant-premières qui ponctuent nos colonnes. Les autres apprécieront que pour une fois on n'étale pas notre admiration sur trente lignes avant de leur soumettre l'écoute en intégralité de leur dernier album, Monographic, dont on avait par ailleurs déjà détaillé la saveur dans un billet en janvier.

L'album sort aujourd'hui sur Hands In The Dark alors que le groupe est sur le point d'entamer sa tournée européenne, dont on vous propose les dates françaises un peu plus bas. On se tait, on écoute, et on met de côté dix balles pour aller les voir jouer.

Full stream

Tournée française

16 Mars - Lyon / Sonic
17 Mars - Nîmes / Le Café Olive
18 Mars - Nancy / Le Réseau
19 Mars - Paris / La Maroquinerie
27 Mars - Strasbourg / No Smoking
02 Avril - Lille / PZZLE #2 à la Maison Folie de Moulins (+ Tomaga, Zombie Zombie, Chicaloyoh)
21 Mai - Chateaulin / Sonore Festival - Run ar Puns


The Oscillation - Monographic

The Oscillation - Monographic

Dans la discothèque d’Hartzine, les Anglais de The Oscillation tiennent une place particulière. On a déjà encensé leur approche britannique d’un terrain de jeu krautrock (lire), et plus récemment rappelé leur capacité à la suggestion visuelle, presque cinématographique (lire), pour décrire le charisme d’un groupe mené par un Demian Castellanos qui, depuis 2006, imprime une approche caractéristique où domine la friction métallique des cordes. Dix ans plus tard, Monographic annonce une évolution, presque une exception comme l’évoque son titre, un hors série dans la discographie des Londoniens. Tout en mesure et à l’image du groupe, cette transition reste subtile, prenant la forme d’une glissade vers une esthétique plus drone sur le fond, électronique sur la forme, sans dénaturer la personnalité musicale du trio. Et sans doute le doit-on en partie à une implication plus formelle de Valentina Magaletti and Tom Relleen, respectivement batteuse et bassiste de la formation, à travers leur side project TOMAGA (lire).

Cette fois, l’arrière-plan drone qu’on percevait dans From Tomorrow ou Out Of Touch en 2013 déroule sa parfaite extension dans un registre plus synthétique, et on ne retrouvera pas d’équivalent à Corridor, Pt. 2 et son alliage jazz / dub / garage psyché: dans Monographic, le métal est plus poreux, léger, concédant un peu de sa solidité pour lover habilement dans ses boucles aux mélodies neuroleptiques les harmoniques electro noise des jeux de clavier et autres bidouilles modulaires. Les stems gonflent en densité, la production gagne en richesse et en diversité, passant sans écueil du rock prog bourré de glitches SF de Take Us To The Moon au drone mélodique de Lonely People et son delay miaulant harcelé de fuzz. Et si le garage psyché alangui de Truth In Reverse, en écoute ci-dessous, renvoie aux précédents albums, un palier est franchi dans la démarche expérimentale du groupe.

Monographic lui-même, titre introductif et éponyme, fourmille d’incursions électroniques, réduisant la partie guitare à des phrases claires, sobres à dessein, ouvertes sur un arrière-plan bavard de curseurs et boutons traficotés avec souplesse, et qui aura le dernier mot tout au long de l’ultime minute du morceau. Toute la beauté de ce LP est là, dans l’ouverture. Car en prenant le parti de déroger discrètement aux conventions stylistiques qui ont fait leur réputation, ces enfants du kraut ne cherchent ni la rupture, ni la maturité mais de nouveaux espaces où apaiser leur insatiable soif expérimentale; et prolongeant la dimension psychédélique des premiers albums, ils en élargissent le spectre en l’amplifiant de boucles kosmische, à l’image de Let It Be The End, une mélancolique berceuse interstellaire, ou d’Alignement Zone qui juxtapose à un drone chuintant puis saturé une jungle de sons électroniques ponctuellement noyés sous un torrent de cymbales. L’immersion est graduelle, brillante à l’image de ce qui est possiblement leur meilleur album à ce jour, à tout le moins celui qui les éloigne à grands pas de l’indolence de la routine.

Audio

The Oscillation - Truth In Reverse

Tracklist

The Oscillation - Monographic (Hands In The Dark, 11 mars 2016)

01. Monographic
02. Take Us To The Moon
03. Let It Be The End
04. Truth In Reverse
05. Another Attack
06. Lonely People
07. Alignment Zone (Extended version)
08. Lonely People (Drone mix)
09. The End Of Conscious Thought (Bonus Track)


Tomaga - Familiar Obstacles (FULL STREAM PREMIERE)

Lorsque le label bisontin Hands In The Dark annonce une nouvelle sortie, on sait que, plus que d'écouter un simple disque, on s'apprête à vivre une expérience sensorielle. Lorsqu’on apprend en plus qu’il s’agit de l’EP de Tomaga, on se tient alors prêts à vivre une véritable exploration chamanique de notre moi profond, non sans risque de réveiller quelques sentiments enfouis. Le duo londonien Tomaga malaxe le son, il le dénude, le purifie, l’épaissit à volonté et l'ancre dans nos mémoires à l'aide de visuels industriels et alambiqués dont il a le secret. Ces mécaniciens de la matière sonore arrivent à faire résonner le moindre bruissement aussi bien dans nos âmes que dans nos esprits. C’est grâce à leurs engagements respectifs dans des groupes comme The Oscillations, Neon Neon ou Raime que Tom Relleen et Valentina Magaletti ont pu modeler un son si singulier et reconnaissable se nourrissant d'électro industrielle, d'ambient et de drone, de stoner rock, de kraut-jazz et de tout un tas de styles musicaux dont ils sont quasiment les inventeurs. Avec leur première cassette, Sleepy Jazz for Tired Cats et leur premier EP Futura Grotesk, Tom et Valentina avaient déjà réussi à créer un genre qui leur était propre et à toucher l'objectif qu'ils s'étaient fixés ; inventer un nouveau silence.

Avec Familiar Obstacles, à paraître le 27 octobre, ils nous ouvrent les portes d'un paradis voilé, un lieu où l’ambient flirte gentiment avec les rythmes vaudou, où l’electronica s’éprend du lo-fi, où le son DIY règne en maître absolu. Un univers déconstruit et onirique imagé par le fidèle Ross Adams sur la pochette de l'EP.

Tomaga - Familiar Obstacles 2

La procession au clair de lune commence dans une brise de tourments et de coups bruts dès l'entrée dans la face A. Les bruits résonnent, se perdent dans l’espace, ils se répètent inlassablement faisant déjà monter à chaque seconde la tension incandescente qui s’installe. Si l’on ferme les yeux lorsque l’on écoute Train For Owl, on peut imaginer un ferrailleur en train de travailler la matière et de laisser s'échapper des éclats qui s’entrechoquent entre eux, rebondissant contre les portes grinçantes de l’atelier. Malgré le climat peu rassurant de la scène, des notes de synthétiseur viennent nous envelopper. Nos angoisses sont mises à nu, elles s’expriment à travers la musique de la façon la plus pure qu’il soit. La peur du vide, de l’incertain est calmée par des retentissements de harpe, nos incertitudes prennent alors la forme de jolies symphonies. Une samba des ténèbres vient nous fouetter en plein vol sur Hibernation Theme. Un micmac bruitiste, grinçant et mélodique à la fois nous rappelle à l’ordre. Se fraient un passage à travers la valse des machines, des voix fantomatiques se jouant des poussées stridentes et épaisses tantôt remplacées par des froissements d’une pureté absolue. C’est là le génie de Tomaga, arriver à faire se frôler légèreté et lourdeur sans jamais que tous deux ne se percutent. On imagine l’utilisation de tout un tas d’objets dans Familiar Obstacles, du bon vieux Bontempi rongé jusqu’à l’os que l’on pousserait dans ses retranchements comme dans Over The Cracks, à l’antenne de télévision qui créer des interférences malgré elle vissée sur le toit du voisin en passant par les bips fous des Arcade games des 80s dans Down Purge, clin d’œil à la cassette Play Time : Music For Video Games de Tomaga et Orlando. C’est ce maniement unique des sons et de l'espace qui transforme chaque essai de Tomaga en un singulier chef d'oeuvre, sans comparaisons possibles.

La face B s’ouvre sur un joyeux bordel confus bruitiste. Les arrêts entre chaque morceau sont aussi bruts que la musique des multi-instrumentistes ne l'est. Sur Brutal Gravity, on pince les cordes puis on les triture, on laisse nos doigts déraper volontairement. On entend un violon brailler au loin, voulant sûrement attirer l’attention de cette flûte enchanteresse qui fait la belle. Notre mélancolie est balayée comme les vagues électroniques emportées par le vent de Bethnal Grey. Puis l’espoir renaît, des notes de guitare folk amènent la douceur attendue déjouant les crissements métallurgiques. Biscuit Tin marque l’accomplissement de notre voyage spirituel, le point d’orgue où notre anxiété devient heureuse, où le rock psyché et l’electronica forment une union ténébreuse. Les notes synthétiques infinies et subtiles de The Pegs and the Moon présagent le flottement aérien que nous expérimentons à l’écoute d’Adventure in Minor Scale, temps de repos délectable qui trouvera son climax lors de la danse finale des orgues électroniques.

Tomaga bouscule nos habitudes en termes d’écoute et nous démontre ici toute la capacité du son à pouvoir s’implanter dans notre imaginaire. Le son devient matière, il habille l’air. Familiar Obstacles, c’est un parcours de vie, les sons minimalistes qui en découlent nous font traverser des moments en proie aux doutes puis nous font espérer à nouveau, ils nous baladent d’émotions en émotions sans jamais nous irriter. Ce ne sont pas des obstacles que nous trouvons sur notre chemin à l'écoute du nouvel EP de Tomaga mais des pierres brutes d'une pureté et d'un étincellement sans équivoque.

Audio (FULL STREAM PREMIERE)

Vidéo

Tracklist

Tomaga - Familiar Obstacles (Hands In The Dark, 27 Octobre 2015)

Side A

1.Train For Owl
2. Hibernation Theme
3. Lettere di Pezza
4. Central Position
5. Fugue State in Marbles
6. Central Position (reprise)
7. Over the Cracks
8. Downpurge
9. The Knight with Four Hands

Side B

1. Frog March
2. Brutal Gravity
3. Microns in Amber Light
4. Bethnal Grey
5. Special Bass Line for Alan
6. Biscuit Tin
7. The Pegs and the Moon
8. Adventure in Minor Scale
9. Giant Cosmic Tear
10. Closing Thrum

 

 


Cankun l'interview

Parti très tôt explorer les recoins les plus étranges d’un univers psyché mâtiné de dub et de boucles hypnotiques addictives, Cankun aura su entretenir une véritable trajectoire ascendante depuis ses premiers projets en 2011. Armé de sa guitare et d’une boite à rythmes, sa première approche franche et directe révèle une ambition de faire danser sans arrière-pensée tout ce que l’imaginaire exotique peut lui permettre d’agiter le temps de morceaux gorgés de soleil d’ailleurs et d’évocations tribales. Très vite, Cankun ambitionne pourtant d’altérer lui-même sa formule pour y injecter une dose maximale d’errance et de recherche spirituelle pleine de détour et de circonvolutions moins évidentes, plus proches de ce qu’il est : un rêveur. A n’en pas douter, un héritage de ses premières armes alors qu’il agitait des paysages drone / ambient sous le pseudonyme Archers By The Sea. Les deux ans écoulés depuis la parution de Culture Of Pink chez Hands In The Dark en 2013 racontent cette recherche d’un nouveau souffle, d’une synthèse entre le passé et le futur d’un Cankun qui trouve alors le moyen d’associer les différents pans de sa personnalité pour donner naissance il y a quelques mois à Only The Sun Is Full Gold. Un nouvel album en forme d’aboutissement musical et personnel qui préfigure peut-être un nouveau changement de direction, à la croisée des chemins, dont nous avons pu explorer la genèse à l’occasion de l’un de ses rares passages sur la capitale en mai dernier pour un live au Monseigneur.

Cankun l'interview

Cankun (1)

Photo © Vincent Fribault

Comment tu vois ton évolution depuis Culture Of Pink, ta dernière sortie chez Hands In The Dark, il y a deux ans ? Comment le projet Cankun a évolué depuis ? Tu as été plus absent ces derniers temps, il semblerait que tu aies pas mal travaillé dans ton coin sur ce nouveau disque, Only The Sun is Full Of Gold.

Durant cette période, j'ai beaucoup travaillé pour intégrer aux nouveaux morceaux un maximum d'idées. Sur Culture Of Pink, à mes yeux, il y avait trop de cassures très nettes, avec des boucles assez rigides, tout ça n'était pas très construit. J'ai aussi cherché à intégrer le plus d'éléments organiques possible. Je me suis acheté un kit de batterie électronique qui retranscrit vraiment la batterie classique. Ça ne s'est pas complètement fait comme je le voulais au final mais j'ai cherché à construire les morceaux de manière plus poussée, surtout avec de nouveaux éléments de percussion. Sortir de la boite à rythmes.

Tu as appris au fur et à mesure à te servir d'une série d'instruments sans forcément les avoir étudiés de manière classique ?

Je suis guitariste à la base mais les synthés, l'informatique musicale, tout ça c'est un univers avec lequel je n'étais pas forcément familier à la base. Je pense d'ailleurs que c'est les limites de ma création : la maîtrise de cette informatique musicale. J'utilise vraiment le minimum des logiciels que j'ai, je ne peux pas prétendre vraiment maîtriser tout ça correctement. Du coup je fais avec les moyens en ma possession. Mais quelque part ça me plaît, c'est ce que j'ai toujours cherché à faire, travailler avec ces limites là, faire les choses par moi-même.

Est-ce que ça n'est pas frustrant, de sortir un nouveau disque, ce Only The Sun Is Full Of Gold donc, d'essayer de monter le niveau ou de franchir un cap, tout en fournissant beaucoup d'efforts, à la mesure de ce que tu ne maîtrises pas justement ? C'est à ça que tu as consacré beaucoup d'énergie ces deux dernières années ?

J'ai longtemps cherché les meilleures associations, sur pas mal de morceaux. Certains ont eu plusieurs versions assez différentes, que j'ai retravaillées de nombreuses fois. Ça m'a pris beaucoup de temps. Mais ce disque s'est fait en 6-7 mois, en réalité, depuis l'écriture jusqu'au bout du processus. Je n'ai quasi pas tourné l'année dernière, je suis resté beaucoup chez moi à travailler là-dessus. Par ailleurs, ce disque devait sortir plus tôt en réalité mais ça ne s'est pas fait. Les morceaux datent en fait de début 2014. Il ne devait pas sortir à la base chez Hands In The Dark.

Est-ce qu'il s'agit de l'album qui devait voir le jour chez Mexican Summer, dont tu m'avais parlé il y a quelques temps ?

Oui, c'est ça. Ils m'avaient contacté juste avant la sortie de Culture Of Pink. Il n'y avait pas d'opportunisme de leur part ou quoi que ce soit, juste l'envie de collaborer. Ils voulaient sortir quelque chose avec moi, j'étais super chaud pour ça. Au final, ça ne s'est pas fait. Ils aimaient bien les morceaux mais, a priori, pas assez pour le sortir. Après, je ne sais pas vraiment ce qu'ils voulaient de moi, ce qu'ils attendaient, je n'ai pas trop compris ce revirement de situation après avoir autant discuté.

Ce qui est assez étrange car, à mes yeux, il s'agit du disque le plus abouti de Cankun, en fait. Tu es même parti un peu des boucles basiques pour aller vers quelque chose d'un peu plus travaillé. Avec une démarche très humaine, qui me parle : une démarche humble, où tu travailles à la hauteur de tes moyens. Ça se ressent beaucoup dans tes sorties et notamment dans ce nouveau disque.

Il y avait peut-être d'autres raisons que la qualité musicale en tant que telle, aussi. Je n'en sais rien. Ils ont un catalogue hyper éclectique, assez difficile à comprendre, je trouve, maintenant. Quand je travaille sur un disque, je procède d'une manière assez particulière : je n'envoie pas le disque tout fait, d'un seul coup. J'envoie les morceaux tels que je les termine au fur et à mesure, ça me plaît bien. Ça me permet d'établir une relation avec un label, que ce dernier me dise "Ok, ça c'est bien mais est-ce que tu ne pourrais pas optimiser ça ?". C'est ce qu'a toujours fait Britt de Not Not Fun. C'est un échange qui me plaît bien car je fais tout vraiment tout seul, ça me permet de relativiser, d'améliorer... J'ai donc envoyé les morceaux à Mexican Summer au fur et à mesure, ils étaient super enthousiastes et quand le disque au global a été finalisé, ça ne s'est pas fait. Honnêtement, je ne me suis jamais trop fait d'illusion non plus sur la sortie du disque. Ils ont lancé une bouteille à la mer. Mais ils m'ont quand même fait signer des papiers pour les droits d'auteur, ils ont annoncé la sortie sur leur site... Sur le coup, j'ai été un peu déçu de la tournure des événements, je le reconnais. Mais quand j'ai reçu l'avis de Morgan (ndr : de Hands In The Dark) et Britt et qu'ils m'ont confirmé que le disque leur plaisait, ça m'a vraiment rassuré. J'essaie au maximum de ne jamais refaire le même disque deux fois, du moins de le faire différemment. Ce disque là je l'ai voulu vraiment construit, même si la trame est venue au fur et à mesure, à base de beaucoup d'impros, d'assemblage... J'ai beaucoup cherché de cohérence dans les morceaux et à l'intérieur du disque. Au vu du temps imparti, j'aurais aimé faire beaucoup plus de musique, sortir carrément un double album. J'avais plus d'une heure, réduit à 40 minutes sur le LP, un peu plus sur la K7 et le digital.

Tu sentais que tu touchais à quelque chose d'intéressant à explorer, de nouveau pour toi, dans la structure des morceaux et de l'album ?

Je voulais faire un disque hyper consistant. Je ne suis pas fan de musique progressive particulièrement mais je voulais partir dans un délire plus complexe, avec une recherche et un façonnage plus subtil des morceaux, à la hauteur de ce que j'étais capable de faire. Un peu de concept, de travail sur les arrangements, les structures de morceaux, ça m'aurait fait marrer d'aller plus loin encore, pour voir.

Cankun

Ce qui est différent des débuts de Cankun, à savoir une musique plus simple, basique, très tournée sur des boucles uptempo, avec une ambiance exotique affirmée. Mais au-delà de cet esprit un peu prog dont tu parles, ce que j'ai ressenti surtout c'est cette tentative de revenir vers ce que tu faisais avec Archers By The Sea, très ambient / drone, et de le fusionner avec ce qu'est Cankun aujourd'hui. C'était une démarche volontaire ?

C'était totalement ça, effectivement. Quand j'ai commencé à travailler sur Only The Sun Is Full Of Gold, je me suis mis à réécouter pas mal de musique expérimentale. Ce que je n'avais pas fait depuis un moment. J'y ai retrouvé des éléments qui me plaisaient, qui me parlent vraiment. C'est ce vers quoi j'ai aussi envie de retourner, aujourd'hui. Il y a un mec pour qui j'ai beaucoup d'admiration : c'est Mark Nelson de Labradford, qui fait Pan American aussi. Je trouve que c'est fantastique ce qu'il fait, un mélange d'expérimental et d'accessible, ce travail subtil sur les rythmiques. Ça m'a donné envie de revenir un peu vers de l'ambient mais un peu plus travaillé. Et essayer de me passer du synthé, faire de l'ambient avec de la guitare. Je ne voulais pas faire un disque cool, dub, comme les précédents. J'ai cherché à revenir vers ces racines là qui sont celles qui me parlent le plus, au final. J'ai cherché des éléments de distorsion aussi, notamment sur le morceau bonus de la K7 (ndr : Trezz), qui se rapproche pas mal d'ABTS. J'ai eu envie de mélanger ces univers là. Aujourd'hui, j'aurais même envie de produire des choses encore plus épurées, en fait.

Quand tu as arrêté Archers By The Sea, vers 2011, et que tu as lancé le projet Cankun, on a senti une cassure nette. Comme si tu voulais tout stopper et passer brusquement à autre chose. Aujourd'hui, on a l'impression que tu refais un peu le chemin dans l'autre sens. Qu'est-ce qui t'avait poussé à faire ça à l'époque et pourquoi tu reviens un peu vers tes premières amours, je dirais, maintenant ?

Je pense que je n'ai jamais vraiment changé à proprement parler, j'avais juste envie que la musique soit différente, qu'elle se manifeste d'une manière nouvelle. Mais je ne crois pas qu'elle ait changée tant que ça, dans le fond. Je ne suis pas spécialement à l'aise de refaire les mêmes morceaux à l'infini. Avec ABTS, j'étais sûrement arrivé à un niveau de saturation, où j'avais sorti beaucoup de choses, j'ai eu besoin de tourner la page et d'aller ailleurs. Mais je me rends compte aujourd'hui que ça ne correspond pas forcément à qui je suis. Le délire dub, ça me fait marrer mais c'est pas ma culture musicale, c'est moins mon identité. Avec Only The Sun Is Full Of Gold, j'ai eu envie de revenir vers quelque chose de beaucoup plus personnel. Ce disque est beaucoup plus personnel que Culture Of Pink, même s'il y avait beaucoup de samples que j'aimais beaucoup dedans. Peut-être aussi une envie de ma part, au moment de lancer Cankun, de sortir un peu de l'underground complet dans lequel j'étais et d'aller voir ce que ça donnerait avec une musique un peu plus accessible que ce que je faisais avec ABTS. Une solution de facilité, quelque part, mais qui ne me satisfait pas non plus totalement. Au-delà de ça, j'aime bien jouer en live mais je ne suis pas un grand fan de ça. J'avais construit le projet Cankun autour de cette idée, pour faciliter le fait de faire du live, de manière plus simple et plus immédiate, de me confronter à ça. Finalement, je n'ai pas une passion incroyable pour ça, j'ai envie de revenir vers la création musicale pure, ce que j'ai fait sur Only The Sun....

Ce que l'on peut voir éventuellement comme un retour en arrière, pour toi ça ressemble plutôt à un aboutissement, non ? A mes yeux, c'est le disque que j'attendais de Cankun il y a 2-3 ans, sans le savoir. Sinon il y a un autre élément dont on n'a pas encore parlé mais que je trouve important chez toi, c'est ce travail sur les mélodies. Proposer de petites mélodies simples mais qui se mémorisent bien et qui entraînent dans une spirale légère, très aérienne en fait. C'est un élément que tu recherches spécialement ou ça te vient sans trop y penser ?

Au final, ouais, j'ai essayé de trouver quelques gimmicks pour accrocher l'auditeur. Ça reste un peu simple mais ça fonctionne bien, je trouve. Je ne sais pas trop ce vers quoi je veux aller aujourd'hui, tout est un peu confus en réalité. Mais peut-être retourner même vers de l'ambient pur, sans ces gimmicks là, ça me tente bien.

À l'époque d'ABTS, il y avait une véritable dynamique internationale en termes d'ambient ou de drone. Je trouve que ça s'est un peu perdu en 2015, par rapport à il y a 5 ans. Tous les groupes versés là-dedans, la plupart a arrêté ou est retournée dans des niches lointaines. D'autres ont essayé de se mettre à des trucs plus uptempo ou accessibles, au point de créer une scission, comme ce fut le cas pour Emeralds, entre autres. Revenir vers ça, c'est assumer un retour vers une musique plus confidentielle, non ?

Disons que je n'ai pas de plan de carrière, je m'en fiche un peu de ça. Ce vers quoi je veux aller prochainement, c'est retrouver un plaisir simplement personnel. Revenir vers une démarche DIY à mort, quitte à ne plus sortir de disque à proprement parler, tout mettre en ligne gratuitement ou que sais-je. Je ne suis pas blasé mais il y a beaucoup de choses qui sortent et en tant que passionné de musique, j'ai du mal aujourd'hui à trouver des choses qui me portent ou qui m'inspirent. On marche un peu sur la tête, on est en saturation complète. Au-delà de ça, Culture Of Pink, je ne vais pas le nier, sa notoriété est due à Pitchfork en grande partie. La Route Du Rock etc., tout est arrivé grâce à ça. Ça n'est pas un problème en soi mais quand ça commence à arriver, tu prends une espèce d'habitude. Et quand tu ne l'as plu, tu vas inconsciemment essayer de retrouver ce soutien. Ma réflexion aujourd'hui est là : un disque va aussi beaucoup se faire en fonction des gens qui vont le soutenir ou non, au-delà de toi. C'est ce qui me gêne, en réalité. Même si mon intention de base n'est pas de "plaire à Pitchfork", quelque part tu peux avoir ce réflexe là. Je ressens un grand ras-le-bol de tout ça, d'où mon envie là tout de suite de retourner à des choses basiques, plus à mon échelle.

J'interviewais Max (High Wolf) il y a peu. Je lui disais que toi, lui et Seb Forrester (Holy Strays), vous aviez été mis dans le sac des "Frenchies de NNF", avec des musiques que l'on rapprochait beaucoup. Aujourd'hui, vos 3 parcours sont assez différents : Seb essaie de partir sur quelque chose qui se rapproche d'une carrière sérieuse aujourd'hui, Max tourne beaucoup, à l'étranger notamment. Comment tu vois cette évolution là, depuis vos premières sorties ?

On ne se parle pas trop souvent ces derniers temps mais je regarde ça un peu de loin. Seb est jeune, on a dix ans d'écart, c'est maintenant que ça se joue pour lui, c'est bien qu'il tente le coup, il a le talent pour. Il essaie d'être dans une démarche construite, hyper clean, d'un autre niveau. Mon parcours est différent, j'ai commencé à travailler et je me suis dit ensuite que tout ce que j'avais en stock, ce serait bien que ça sorte. Le point de départ était plutôt celui-là. J'ai commencé à sortir des disques mais j'étais déjà un peu "âgé", quoi, 27-28 ans (rires). De son côté, Max a construit un truc assez hallucinant : à partir de rien, en tournant comme un fou, il a bâti une réputation dingue autour du nom High Wolf, que je trouve vraiment superbe. Mais c'était clairement son délire de tourner dés le début, c'est là qu'on est différent lui et moi. Je suis admiratif de ce qu'il a fait, les sorties, les tournées, le premier a avoir été chez NNF de nous trois. C'est un peu grâce à lui qu'on s'est retrouvés là-bas aussi. Il y a aussi Felicia (Le Petit Chevalier), qui commence à bien marcher.

Tu te dis que là où tu en es aujourd'hui, c'est ce à quoi tu aspirais au final ? Que tu ne voulais pas spécialement être vu comme un "professionnel de la musique", faire 250 concerts par an, mais plutôt garder cet esprit DIY ?

Carrément, oui. Professionnel ça n'a jamais été ma motivation. Ça a toujours été un à-côté, j'ai fait ça de manière amateur mais le plus professionnel possible, je dirais, dans l'exécution. Il y a beaucoup de choses qui me sont arrivées, que je trouve géniales. Jouer à la Route du Rock, même si j'en garde un souvenir mitigé (rires), être sur Pitchfork... Je suis hyper content de tout ça, ça restera une passion, très prenante mais une passion. Je n'ai jamais eu l'envie d'aller au-delà de ça. Quand Culture Of Pink a commencé à recevoir pas mal de retours positifs, ça m'a un peu titillé, mais ça n'a pas duré longtemps. J'ai beaucoup parlé à des pros du milieu, je me suis fait ma propre opinion et ça ne m'a pas forcément donné envie d'aller chercher le statut d'intermittent. J'ai pas envie de faire de compromis, je veux faire ce que je veux. Cette liberté là est dure à concilier avec l'envie de vivre uniquement de la musique. Mais c'est une réflexion très banale aujourd'hui de toute façon : la plupart des musiciens a un boulot à côté, trime... On est tous pareil.

Cankun 2

L'avantage de ton parcours c'est d'avoir tissé une relation intéressante et, je crois, forte avec Morgan d'Hands In The Dark. Comment tu travailles avec lui ?

Notre relation est totalement différent de celle du début. On en est à la troisième sortie ensemble, c'est comme si j'étais à la maison. C'est important pour moi d'avoir ce genre de personnes autour de moi. J'habite dans un endroit totalement paumé, je n'ai pas l'occasion d'avoir un paquet de personnes autour de moi pour écouter ma musique, participer, etc. Avoir un regard extérieur sur ma musique, c'est crucial. C'est le cas aussi avec Britt. Avec Morgan, je sais qu'il fait à chaque fois le maximum pour mettre en avant la musique. On a une super relation, c'est un super label, je ne pourrais pas rêver mieux.

C'est un bon exemple de mec qui fait les choses à sa sauce, sans forcément trop calculer tout le temps ou de faire des compromis à tout bout-de-champ. Il est parvenu à trouver le juste équilibre entre faire ce qui lui plaît et trouver un public.

Le nerf de la guerre, ça reste les PR. Il a un super réseau aujourd'hui, ça aide beaucoup pour la mise en avant des disques. Quand Mexican Summer m'a dit non, je me suis naturellement tourné vers HITD. Morgan m'a dit qu'il ne pourrait pas le sortir de suite, j'ai attendu sans problème, pour faire les choses comme il faut. Je ne voyais pas passer du temps à envoyer mon disque à plein de labels différents alors qu'il y avait HITD derrière moi. C'était une super opportunité de prolonger cette relation particulière.

Quelles sont, selon toi, les différences entre Culture Of Pink et Only The Sun Is Full Of Gold ? Tu en vois un plus abouti que l'autre ?

Only The Sun... est clairement plus abouti, il n'y a pas photo. Même s'il y a plein de choses que j'ai voulu y mettre et que je n'ai pas pu, des cuivres, etc. Ça me plairait bien sur un prochain disque, pour enrichir le son. Par exemple j'ai découvert Flying Lotus il n'y a pas longtemps, je trouve ça fantastique ce qu'il fait. Ces petits morceaux, ces petites saynètes, c'est fascinant, ça me donne envie de tenter ça aussi. Pourquoi pas s'ouvrir à autre chose, j'adore le free jazz par exemple. Quand j'ai commencé à faire de la musique, j'ai quasi arrêté d'en écouter. J'enregistrais beaucoup. Je m'y suis remis pas mal avant la sortie de Only The Sun..., tout était prêt, j'ai eu du temps. Ça m'a redonné envie d'aller vers de nouvelles directions. Mais ce dernier LP en date, oui c'est clairement mon plus abouti. Il correspond vraiment au postulat de base que j'avais, travailler sur un disque compact, comme je te disais tout à l'heure.

Je voudrais qu'on s'attarde un peu sur le live, un élément essentiel pour tous les musiciens. Beaucoup voient leur musique d'abord comme du live, avant d'aller en studio. Pour toi, le live, ça reste un exercice avec lequel tu es le moins à l'aise, je pense. Tu te sens obligé de le faire ou tu en tires une forme de plaisir tout de même ?

Je ne suis pas quelqu'un d'hyper expressif, globalement. Je vois le live un peu comme une obligation, oui. Mais je ne veux pas juste être le mec qui met de la musique sur le web, non plus. Du coup c'était un peu l'objectif de base avec Cankun, de sortir de ça, d'exister réellement. Le live te donne une crédibilité assez importante. Je n'ai pas énormément tourné, même si j'ai un peu joué à différents endroits. Il y a des lieux dans lesquels je me suis vraiment éclaté, sincèrement. Mais je trouve qu'en live, les limites techniques ressortent énormément, en tout cas pour moi. Et ça ne me passionne pas des masses, je ne suis pas vraiment à l'aise. Le fait de jouer seul accentue ça pas mal.

J'imagine que tu as déjà réfléchi au fait d'incorporer quelqu'un dans une mini-formation à deux, par exemple ?

Oui j'y ai réfléchi mais c'est compliqué aujourd'hui. L'adrénaline que certains ont en finissant un live, moi je l'ai en complétant un morceau, tu vois. Si on était deux, je pourrais peut-être un peu plus me lâcher. Mais je ne sais pas vraiment comment prendre le sujet. Je n'ai pas d'autres dates prévues pour le moment, je n'en cherche pas d'autres particulièrement. J'accepte quand j'ai des opportunités intéressantes mais pas davantage, pour le moment. Et la répétition de jouer toujours les mêmes trucs en live, ça ne me plaît pas. Jouer live, je le ressens un peu comme aller au taf, tu vois, refaire les mêmes choses. Avec Seb Forrester et Robedoor, on avait joué à Milan dans un endroit exceptionnel, ça s'était super bien passé, c'était un très bon moment. Mais c'est rare. De toute façon, c'est dur de se refaire à 35 ans (rires). Et puis il y a des musiques plus faciles à jouer en live, mes impros complexes sur Only The Sun..., c'est un challenge pour moi de les exprimer sur scène. J'essaie de faire le maximum pour ne pas me mettre derrière un ordinateur et appuyer sur des boutons, ça ne me parle pas.

Comment tu construis tes morceaux en live ? Tu le fais par couche progressivement, c'est ça ?

C'est le système que j'avais sur les anciens morceaux, oui, que je n'ai plus trop maintenant. Les morceaux d'Only The Sun Is Full Of Golf, aujourd'hui, sont quasi injouables sur scène. Il y a trop d'éléments. Parfois sur une seule partie, j'ai 3-4 lignes de guitare. Si je gardais le même système en live, un morceau me prendrait peut-être une heure à se faire (rires). Même à deux, ce serait compliqué. Il faudrait que quelqu'un s'occupe de la rythmique, un clavier, moi à la guitare etc. Ce serait trop complexe, surtout au vu des niveaux de rémunération dans lesquelles je suis aujourd'hui.

Tu as fait quelques splits / collaborations par le passé. Tu es plutôt sur le solo aujourd'hui mais est-ce que tu aurais des envies d'ouvrir ça à d'autres musiciens, confronter ta musique à d'autres projets ?

Oui, ce sont des réflexions qui reviennent un petit peu ces temps-ci. Je suis assez proche de certaines personnes qui gravitent autour de Bruno de Ruralfaune. On collabore sur quelques petites tentatives, des choses qui ne sont jamais perdues. Mais il y a pas longtemps je me suis dit que ce serait cool. Revenir vers un peu d'ambient, sur des projets collaboratifs, ça pourrait être une solution, ça me motive bien, oui. Je fais un peu tout tout seul dans Cankun, hormis lemastering. Même le mix je le fais seul. Je pense que je suis un peu arrivé à la limite de ça, aussi. Je me remets en question sur tous ces items là, sur ce que j'ai envie de faire, dans quelles conditions... J'ai envie de repartir d'une feuille blanche et de retrouver un nouvel élan dans le projet. Disons que je suis un peu dans une vision négative, là, même avec la sortie du disque. Je sors juste d'une période compliquée pour ce nouvel album, il n'est pas encore complètement extérieur à moi, du coup je traîne ces questions et ces interrogations que j'ai eues pendant sa réalisation. Je sens que j'ai besoin d'un nouveau souffle, qui doit venir de moi. Récemment, je me suis retrouvé dans une vieille vidéo de Dominique A sur VHS, tirée d'un vieux disque de la fin des 90's, Remué. Le mec est un peu paumé, ça m'a pas mal parlé (rires). Mais ça me reconnecte avec ce qui est important pour moi : l'humain et l'échange, notamment celui que j'ai avec Britt ou Morgan. S'ils n'avaient pas aimé, je ne l'aurais jamais sorti, c'est important d'avoir ce genre de soutien. A ce moment là, je me suis dis que j'étais dans le vrai. Sortir ça tout seul, ça n'aurait pas eu d'intérêt. Le partage via la musique, c'est clairement galvaudé aujourd'hui, mais c'est l'essentiel pour moi. Ça me permet de rencontrer un tas de gens, de venir vous voir et de discuter, même si venir à Paris, pour moi, ça n'est pas vraiment la folie (rires).

Audio

Tracklist

Cankun - Only The Sun Is Ful Of Gold (Hands In The Dark, 4 mai 2015)

01. System
02. Cuts
03. Words
04. Moyit
05. Tyreu
06. Sytern


Housewives - Docile Body (PREMIERE)

Les londoniens d'Housewives sortent via Hands in the Dark, Blank Editions et Negative Days - le label emmanché par Tomaga - le LP Work qui fait écho par le biais du champ lexical utilisé à cette idée lumineuse de l'eurodéputé FN Dominique Martin qui propose que les femmes retournent à leurs fourneaux pour laisser travailler les hommes. No comment. Bien heureusement, si allusions il y a, il faut à l'écoute de ce disque, rompant littéralement les codes établis de chaque maison de disques l'hébergeant, les chercher ailleurs et notamment à l'orée des années quatre-vingt dix et de cette grande époque fonctionnant désormais comme un aimant à nostalgiques avec les Fugazi et Shellac aux Etats-Unis, l'empire DIY Dischord, et en France la tripoté Prohibition, Tantrum, Sloy et autre Prohibited Records (lire). Du saxo sur des lignes de guitares qui ferraillent, un chant écorché sur une batterie minimaliste et sèche, on se croirait revenu à l'époque bénie d'un hardcore rugueux, pré-MTV et dépouillé de toute posture inutile. Disponible dès le 27 octobre, la chose est déflorée via le morceau Docile Body en écoute exclusive ci-après.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Housewives - Work (Hands in the Dark, Blank Editions & Negative Days, 27 octobre 2015)

01. Fig. 1
02. Docile Body
03. Life Swell
04. Larceny
05. Tele
06. Half Step
07. TSS
08. Autarky
09. Fallen Arches
10. Balm (Icaria Sunstroke)


Death and Vanilla l'interview

d&a02

Dès 2010 et Between Circles, diffusé via une compilation Beko, Death and Vanilla s’est inscrit dans un contexte musical intemporel, puisant ses influences dans le psych, la pop, le kraut… Un amalgame heureux renvoyant aux instrumentations et à la tessiture vocale des années 60 et 70. À leur filmographie aussi, car le duo suédois revendique un legs cinématographique riche et pertinent de la même période. Cette approche sémantique atypique est parfaitement traduite dans leur dernier clip, California Owls, qui mélange des footages de Veruschka, Poesia Di Una Donna, dont la bande originale a été composée par Ennio Morricone, et Kusama’s Self Obliteration, un court-métrage réalisé par l’artiste Yayoi Kusama en 1967. Cette vidéo publiée en février dernier et annonçant le nouvel album du groupe à paraître chez Fire Records le 4 mai prochain, a été complétée début avril par un titre, Arcana, empruntant sa poésie très visuelle à la grâce nonchalante et fragile des starlettes de la Croisette en robe Courrèges. L’intégralité des dix pistes de To Where The Wild Things Are ne déparie pas, c’est un transfert délicat, une glissade veloutée dans une contemporanéité charmeuse avec des cols roulés et des lampes à lave. Ce voyage dans le temps, ou Time Travel pour reprendre le titre du cinquième morceau, semble imprégner non seulement la musicalité mais aussi l’intention que le tandem de Malmö insuffle à son nouvel album : la fuite nostalgique d’une génération vers l’autre, un entremêlement d’inspirations forcément stéréotypiques, mais calibrées pour laisser l’auditeur divaguer au gré de son propre scénario. Pour Hartzine, Anders Hansson et Marleen Nilsson se confient dans un entretien sur leur complicité, leur formation et leur approche de la musique et du cinéma. Déjà interviewés l’an passé dans ces colonnes, ce nouvel échange est l’occasion de mieux découvrir le charisme iconographique du duo baltique.

Death and Vanilla l'interview

dandvpress1 Hi Res

Votre nom fait référence à des animaux que vous aviez étant enfants. Indépendamment du fait qu’appeler un lapin Death est un peu inhabituel, qui dans le groupe est Death et qui est Vanilla ? Vous êtes-vous déjà considérés comme yin et yang ou quelque autre concept de complémentarité ? Cela se traduit-il dans votre musique ?
Your name refers to childhood pets you used to own. Despite the fact calling a rabbit Death is kind of unusual, who in the band is Death and who is Vanilla? Have you ever think about yourself as yin and yang or any other concept of complementarity? Does it translate into your music?

Haha, notre nom s’inspire effectivement de ces animaux, mais nous ne nous sommes jamais considérés comme un duo de Death et Vanilla. On ne peut pas dire que notre complémentarité ressemble à ce que qu’on peut voir parfois chez les musiciens auteurs-compositeurs. On se voit plus comme une unité dans la mesure où on est presque toujours d’accord sur chaque variation d’une chanson au cours de son écriture. Souvent, on a la même idée sur sa conception, sa production et sa création, sans qu’il soit nécessaire d’en parler. Ça facilite vraiment les choses quand on enregistre. On peut mettre toute notre énergie à explorer les idées et cela rend l’avancement du projet intuitif. Mais oui, nous nous complétons évidemment sur certains aspects. Anders se charge souvent de la partie rythmique, par exemple, et Marleen surtout des paroles.

Haha, well it’s true that the name is inspired from these childhood pets, but we never think of ourselves as a duo of Death and Vanilla. We would not say that we are complementary in a way that you sometimes see in songwriting musicians. We feel more as a unit in that sense that we almost always agree in every turn that a song takes in the writing process. Often we have the same idea about the writing, producing and creating  of a song, without any words between us. And that really makes it easy for us when recording. We can put all our energy into exploring the ideas and it makes the working progress intuitive for us. But yes, then there is of course also elements of complementing each other in the work. Anders is often doing the rythm section for example and Marleen is mostly doing the lyrics.

Et maintenant que vous êtes trois? Qu’est-ce qui a changé dans votre méthodologie? Comment cela s’adapte à ou complète la formation originale?
What now that you’re three? What has changed in your process? How does it fit to or improve the original setup?

Magnus est un ami de longue date, et il a intégré le groupe dès notre tout premier concert. Il fait donc partie de Death and Vanilla depuis le début ou presque, mais il ne participe pas aux compositions. C’est le meilleur joueur de Moog que nous connaissions, et nous sommes tous trois vraiment branchés par les trucs type Moog… donc on n’arrête pas de s’améliorer. Il joue sur le nouvel album et ce sera encore le cas pour le prochain.

Magnus is a long time good friend and he has been in the band from the first live show we ever played. So he has been a part of Death and Vanilla from the beginning almost, but he has not been participating in the song writing process. He is the best Moog player we know of, and all three of us are really into the Moogs and stuff like that ….. so it is just getting better and better. He is playing on the new album and will do that on future releases too. 

Comme vous vous inspirez de la musique et des films des années 60, on peut être tenté de penser que vous vous appuyez surtout sur des paroles et une ambiance naïves, comme la twee pop/rock ou les yé-yés. Mais la plupart de vos sujets sont sombres et vos chansons reflètent globalement une certaine mélancolie. Le chagrin se cache partout ?
Being inspired by the music and movies from the 60’s, one might be likely to think you rely mostly on naive lyrics and mood, like in twee pop/rock or ye-ye. But many of your themes are dark and there’s a global melancholia to your songs. Is sorrow hiding in everything?

Ce n’est pas vraiment du chagrin qui se cache ici, mais on peut sans doute ressentir une légère mélancolie dans nos chansons. C’est un monde de l’imagination, à la fois sombre et lumineux, et nous aimons osciller entre les deux. On écrit les paroles de façon à les ouvrir à l’interprétation. Ce sont des paroles personnelles, mais on préfère se dire que l’auditeur peut leur attribuer sa propre interprétation, et qu’on essaie de transmettre une sorte de message. Il s’agit donc pour nous de créer des images et des sensations en combinant des mélodies, des sons et des paroles pour en isoler une ambiance.

Nous avons tous deux écouté beaucoup de pop, et c’est vrai qu’une grande partie de la pop des années 60 (ou de la twee des années 90, d’ailleurs) est remplie de textes naïfs et plutôt faciles. Nous adorons ces chansons ! Mais écrire des paroles de ce genre nous paraissait impersonnel, et notre expression naturelle a donc débouché sur un style de lyrics différent. Peut-être un peu sombre, c’est vrai, haha. Mais c’est une obscurité chaleureuse qui contient beaucoup d’amour.

It is not really sorrow hiding in there, but you can probably sense a little melancholia in some of our songs. It is a world of imagination – both dark and bright, and we like to move inbetween that. We are writing the lyrics in a way that makes it open for interpretion for the listener. The lyrics are personal to us, but we would rather see that the listener could have their own personal relationship to them, then that we would try to reach through with some sort of message. So it is all about creating images and feelings by combining tunes, sounds and lyrics in order to find a mood that we are after.

We have both listened to a lot of pop, and it is true that most of the 60’s (or 90’s twee for that matter) has really naive and easy going lyrics. We love those songs! But, writing lyrics in that style would feel unpersonal for us, and therefor the natural expression for us has just ended up in a different style when it comes to the lyrics. Yes, maybe we are a bit dark at mind, haha. But it is a warm darkness with a lot of heart in it.

Que se passe-t-il entre deux sorties ? À quoi réfléchissez-vous avec de commencer un nouveau projet et à quel moment êtes-vous assez confiants dans le résultat ? Quelle est votre méthodologie ?
What’s the in-between of two releases? What do you think about before starting a new project and at what point are you confident enough in what you’ve ended up with? What’s your process?


C’est difficile à dire. Mais on prend des pauses entre deux enregistrements. Comme on travaille sur de longues périodes en phase d’enregistrement, c’est indispensable de faire une pause convenable et de déconnecter pendant un certain temps. D’après nous, c’est une manière de laisser un peu derrière nous ce qu’on a produit et faire de la place à de nouvelles idées à faire évoluer. Mais ce ne sont pas vraiment des réflexions sur la suite. Quand on se sent prêt à passer à nouveau en mode enregistrement, on sait qu’il y aura probablement des idées qui auront évolué pendant cette pause et qui viendront naturellement. Une fois qu’elles commencent à germer, c’est assez facile de rebondir. Sans doute sommes-nous confiants dans la mesure où nous savons ce qui fait l’identité ou non de Death and Vanilla. On continue donc de travailler jusqu’à être satisfait de tout ce qu’on a produit. On excelle à “tuer nos chéris”*. On peut facilement travailler sur une idée pendant un bon moment, puis l’abandonner quand elle ne nous plaît plus. Ce n’est pas forcément qu’elles soient mauvaises, simplement qu’elles finissent par ne pas ressembler à la vision que nous avons d’un morceau de Death and Vanilla. On a beaucoup de chansons inachevées, comme je pense la plupart des groupes…

It’s difficult to tell really. But we do take breaks between recordings. Since we are mostly working in a long period when recording an album, you kind of need to make a proper break and just be away from it for a little while. So we guess that it is a way of leaving what has been done a bit behind, and make room for new ideas to start to evolve. But there isn’t really much thinking of what to do next. When we are ready to go into recording mode again, there are probably gonna be some ideas that has evolved during the break and they will come naturally. Once they have started to show, it’s quite easy to just go from there. We are probably confident in a way that we know which things are Death and Vanilla and which are not. So it is a matter of keep working until we are satisfied with everything we have produced. We are really good at ”killing our darlings”.  We can easily work on an idea for quite some time, but then leave it when it doesn’t feel right anymore. And these pieces aren’t necessarily bad, they just ended up to not be what we consider would be a Death and Vanilla song. We have lots of unfinished songs, which I guess most bands have… 

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L’enregistrement de ce sophomore s’est achevé l’été dernier. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant la release ? C’était juste pour nous rendre impatients ?
The recording of this sophomore has been achieved last summer, so why did you let us wait for so long before the release? Just a matter of having us really looking forward to it?

Il n’était pas vraiment terminé à la fin de l’été, même si c’était notre objectif. Nous travaillons très lentement, malheureusement. Et une fois que ce fut le cas, à la fin de l’automne, nous avons envoyé l’album pour le mastering et cette phase a aussi pris plus de temps que nous le pensions. Une fois cette phase achevée, il a fallu deux mois au label pour travailler sur le pressage et tout ce qui concernait la préparation de la sortie, et eux-mêmes attendaient de pouvoir débuter. Donc je pense que nous avons fait patienter tout le monde, y compris nous-mêmes. Aujourd’hui, nous sommes excités comme des gosses une veille de Noël.

We were not really done by the end of summer – as we had set our goal to be. We are really slow workers unfortunately. So when we were finally finished in the late autumn, we sent the album for mastering and that process also took a little longer than we expected. When that is finished there has to be a couple of months for the record label to work with pressing and everything else in preparation for the release, so they were waiting to get started as well. So I think we’ve kept all of us waiting – including ourselves.  So by now we are excited as children waiting for Christmas Eve. 


À quel point le contexte est important pour lancer un nouveau projet, sur un plan personnel ou social, ou autre ?
How important is the context when making a new project, would it be personal or social, or whatever?

Un peu de tout. En tant que groupe, on agit à un niveau très personnel, et ça prend une place énorme dans nos vies. D’après nous, c’est logique de le traduire d’une certaine façon dans la musique. Mais je pense par ailleurs que nous sommes conscients du contexte dans lequel nous nous trouvons. Nous écoutons beaucoup de musique. Beaucoup. Et je pense que musicalement, on se sent à l’aise avec ce qu’on fait. Nous ne sommes pas musiciens érudits (au contraire, il nous arrive de très mal jouer de nos instruments) mais nous savons ce que nous aimons ou non. On pourrait donc dire qu’il y un genre de contexte culturel. Notre travail, c’est d’explorer tout cela. On aime l’idée de créer de petits univers au sein même de nos chansons.

A little bit of both. What we do as a band is very personal to us, and a huge thing in our lives. So that has to show in some way in the music we think. But at the same time I think we have an awareness about in what context we are in. We are listening to a lot of music. A alot. So I think that musically we feel quite comfortable about what we are doing. It is not that we are scholared musicians (in opposition, we can be quite bad at playing our instruments) but we know what we like and don’t like. So maybe you could say there is some sort of cultural context. But the work we do is our own exploration of all this. We love to think that we can create small worlds within the songs themselves. 

Comme dans les releases précédentes, la voix de Marleen est délicatement mêlée au reste pour intégrer complètement les morceaux, comme un instrument parmi les autres. Mais dans Shadow and Shape, les paroles sont plus claires, sa voix ressort nettement par rapport à d’autres chansons. Il y en aura d’autres de ce genre ? Prévoyez-vous de changer votre approche vocale ?

As in the previous releases, Marleen’s vocals are softly melted in the mix, totally being part of the songs, like an instrument amongst others. In Shadow and Shape though, vocals are clearer, her voice really stands out compared to the other tracks. Will there be new songs made this way? Do you consider changing your approach of the vocals?


On ne sait jamais. Nous sommes très satisfaits de la sonorité de la voix, mais c’est toujours plaisant d’explorer et tester différentes techniques d’enregistrement, et on le fait souvent. Dans le cas de Shadow and Shape, nous avons apprécié les essais au microphone, et nous les avons gardés tels quels. Mais de façon générale, nous préférons que la voix soit mieux intégrée dans le mix et moins au premier plan.

Well, you never know. We are quite happy with how the vocals usually sound, but it is always fun to explore and try different techniques with recording and we often do that. In the case of Shadow and Shape we liked one of these experiments with the microphone, so we kept it as it was. But mostly we like to have the vocals deeper into the mix and not so much in the front.

Et les chansons sans paroles, comme The Hidden Reverse ou Something Unknown You Need To Know ? On dirait vraiment que vous expérimentez.
What about songs without any vocals like The Hidden Reverse or Something Unknown You Need To Know? It really sounds like you’re experimenting.


Merci, on expérimente sans arrêt en effet. Dans toutes nos chansons, on enregistre la plupart des instruments avant même de réfléchir aux paroles et comment les insérer au mieux. Cette fois, en arrivant à cette étape sur ces deux morceaux, on a découvert que les paroles étaient superflues. On a donc simplement décidé de les laisser de côté. Pour nous, les chansons étaient déjà abouties, il n’y avait plus de place.

Thanks, yes we are all the time. In all our songs we record the most instruments before even starting to think of where the vocals will fit in and what they will be like. This time when making these two songs, when we came to that process we discovered that we didn’t miss any vocals. So we decided to just leave them out. The songs seemed finished to us already – there just wasn’t any room left.

Votre musique est cinématographique. En 2013, vous avez sorti la bande-son du Vampyr de Carl Theodor Dreyers, un classique de 1932. C’est quelque chose que vous aimeriez faire ? Plus de BO ?
Your music sounds cinematographic. In 2013, you released a soundtrack for Carl Theodor Dreyers’ Vampyr, a 1932 classic movie. Is it something you’d be keen on doing? More OST?

On adorerait ! C’est très plaisant de travailler sur la musique dans un contexte visuel et scénaristique. Ça nous ouvre tout un nouveau spectre de travail. Nous avons enregistré la bande son de Vampyr en jouant live pendant une projection du film. Ce fut plus d’une heure de jeu et d’improvisation à plein concentration tout en regardant le film, et l’expérience était vraiment particulière. En février cette année, nous avons conçu la musique pour The Tenant de Polanski et nous sommes produits au Cinemascore Festival en Espagne pour deux heures de musique inédite. C’est vraiment quelque chose de particulier à entreprendre, et dans le cas d’une projection en direct, on ne le fait qu’une fois. Il s’agit donc pour nous d’expériences uniques et géniales.

Mais comme nous nous inspirons aussi majoritairement de l’univers cinématographique pour écrire nos chansons d’albums, il existe probablement une explication naturelle aux sonorités cinématographiques de notre musique.

We’d love to! It is really fun to work with music in the context of images and storytelling. It gives you a whole new set of frame work to work within. We recorded the Vampyr soundtrack when playing it live to a screening of the movie. It was more than one hour of concentrated playing and improvisation while watching the movie and that was a very special experience. In February this year we did music for Polanski’s The Tenant and performed it at Cinemascore Festival in Spain, and that was two hours of new music. So it is a very special thing to do, and when it is for a live screening – you only do it once. So these are really unique and great experiences for us.

But movies and the cinema world are one of our big inspirations when writing our songs for the albums too, so there is probably a natural connection to why our music sounds cinematic in some ways.

Y a-t-il un scénario derrière To When The Wild Are ? Quelque chose à lire plutôt qu’à écouter ?
Is there a scenario behind To Where Whe Wild Things Are? Something that could be read more than listened to?


C’est à l’auditeur de décider ce qu’il y lit. Mais nous espérons sincèrement que vous pouvez en extraire des images. C’est à tout le moins un hommage à l’imagination.

It is all up to the listener to decide what’s in there. But we do hope to create images for you. It’s a dedication to imagination if anything.

Que prévoyez-vous ensuite ? Une tournée ? Un enregistrement ? Un déménagement ? Une pause ? Professer votre propre religion ?
What do you plan next? Touring? Recording? Moving? Having a break? Professing a religion of your own?

Tout cela, en fait, sauf prendre une pause et déménager car nous sommes d’heureux citoyens de Malmö. Les concerts sont prévus plus tard dans l’année, et la France sera évidemment sur la carte !

Well all of it, except having a break and moving – we are happy Malmö citizens. Shows are coming up later this year, and France will definitely be on the map!

*Expression attribuée à William Faulkner - « In writing, you must kill all your darlings » [NDT]

Audio

Tracklist

Death and Vanilla - To Where Whe Wild Things Are (Fire Records, 2015)

1. Necessary Distorsions
2. The Optic Nerve
3. Arcana
4. California Owls
5. Time Travel
6. Follow the Light
7. Shadow and Shape
8. The Hidden Reverse
9. Moogskogen
10. Something Unknown You Need To Know


Demian Castellanos - Lizard Raga (PREMIERE)

Demian_Castallenos_-_The_KYVU_Tapes_Vol1_(1990-98)SHOPDemian Castellanos de The Oscillation, groupe que l'on a sondé à l'occasion de la parution en décembre 2013 du LP From Tomorrow, révèle son travail solitaire et planant via une compilation sortant le 4 mai prochain sur les labels Hands in the Dark et Cardinal Fuzz, The Kyvu Tapes Vol.I (1990-1998). Exposant une facette autrement plus psychédélique et contemplative que celle résolument krautrock qu'il impulse aux côtés de Valentina Magaletti et Tom Relleen - qui jouent parallèlement ensemble au sein de Tomaga (lire) - Demian Castellanos témoigne avant tout par le biais de cette exhumation de vieilles bandes magnétiques d'alors d'une confrontation expérimentale entre son moi d'hier et de celui d'aujourd'hui, opposition aventureuse grimée dans un amour infini pour un instrument, la guitare. A la fois triturée, amplifiée, compressée ou grattée avec des objets divers et variés, celle-ci s'avère être un puissant catalyseur susceptible de faire échos à ce que Demian nous déclarait : "J’aime la musique visuelle qui évoque toutes sortes de sentiments ou qui peut être interprétée à plein de niveaux, mais qui est également chargée émotionnellement et t’emporte quelque part donc c’est ce que je vise. Peut-être que j’aimerais la décrire comme une musique « transportative » ou « transformative ». J’aime aussi cette idée qu’écouter un disque ou un morceau puisse t’aider à résoudre des conflits intérieurs, il y a donc aussi un aspect de catharsis qui se produit." La troublante embardée Lizard Raga est à écouter ci-après, en exclusivité.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Demian Castellanos - The Kyvu Tapes Vol.I (1990-1998) (Hands in the Dark / Cardinal Fuzz, 4 mai 2015)

01. High Road Raga
02. Decaying
03. Time Slip
04. Lizard Raga
05. Photon Waterfall
06. Afterthought
07. Again
08. Headless Aztec
09. Particle Suspension
10. Gateway


Cankun - Moyit (PREMIERE)

CankunAprès un tour de chauffe le temps d'une poignée de sorties en 2011 et 2012, Cankun aka Vincent Caylet débarquait il y a deux ans chez Hands In The Dark avec un second LP en bonne et due forme. Un Culture Of Pink (lire) qui repoussait les limites du style si particulier de l'énigmatique guitariste/compositeur français, à mi-chemin entre rêveries psychés et grooves hypnotiques ; les pieds bien campés dans un bouillon de cultures exotiques passionnant à explorer. Et ce même s'il se voyait légèrement freiner par quelques instants de relative rigidité dans son exécution, Culture Of Pink dévoilait un Cankun enfin passé aux choses sérieuses le temps de 45 minutes denses et captivantes.

Quasi disparu des radars depuis, les deux années écoulées auront permis au musicien de perfectionner sa formule et d'en affirmer encore l'identité, pour la rendre plus subtile et personnelle. A la faveur du printemps naissant, Cankun réapparaît soudainement chez HITD, son troisième album sous le bras : Only The Sun Is Full Of Gold. Rempli à ras bord de ces boucles de guitares rayonnantes et de séquences de percussions interminables, comme des prières au dieu Soleil, ce deuxième long format voit le Français renouer avec un persnonage de son passé, feu-Archers By The Sea, à travers lequel il manipulait les textures ambient/ lo-fi dans la longueur.

Combinant ce qu'il fût et ce qu'il recherche, Cankun dévoile ainsi une approche plus fine, d'une redoutable efficacité, transcendant encore un peu plus ses talents de compositeur pour dévoiler une facette plus ambigüe mais ô combien captivante de sa personnalité. A l'image de ce premier titre dévoilé en exclu ici, Moyit : des riffs de guitare abrasifs qui viennent percer les plaines infinies dans lesquelles se perdent quelques tintements timides, isolés et perdus. Au détour d'une énième vague pourtant, un groove redoutable prend l'auditeur pour ne plus le lâcher et lui faire savourer les plaisirs d'une rythmique effrenée qui tourne en boucle jusqu'à l'épuisement du morceau. Une délicatesse dans la forme et dans le fond qui laisse entrevoir un second LP plus mature, en forme de nouvelle étape réjouissante pour le musicien. Et pour l'auditeur, une nouvelle aventure cosmique sombre en territoire psyché qu'il n'oubliera pas de si tôt.

Only The Sun Is Full Of Gold sera disponible le 4 mai prochain en vinyle via Hands In The Dark et au format K7 via Not Not Fun. Cankun sera en concert gratuit au Monseigneur en première partie de Toys (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Cankun - Only The Sun Is Full Of Gold (Hands in the Dark, 4 mai 2015)

01. System
02. Cuts
03. Words
04. Moyit
05. Tyreu
06. Sytern


Mind Over Mirrors l'interview

The Voice Calling

Jaime Fennelly joue avant tout de l’harmonium. Et pas de n'importe lequel, un harmonium à pédale importé d'Inde. S’accommodant de l’ombre et de la relative confidentialité des musiques expérimentales, l'Américain fomente ses disques et fignole ses prestations scéniques sans discontinuer depuis cinq ans sous de multiples patronymes, entouré de multiples formations et gommant les frontières entre rock minimaliste, noise, drone, improvisation, folk, jazz et psychédélisme. Deux disques, dont l'inaugural The Voice Rolling paru sur Digitalis en 2011 et Check Your Swing ‎sur Hands In The Dark en 2012, lui permirent d'asseoir son chamanisme à la fois immobile et infini, en tissant sa toile luminescente entre folklore et technologie, nature et immatériel. Son dernier effort, When the Rest Are Up at Four, égrainé en septembre 2013 sur Immune Recordings, charriait quant à lui la gravité, optant pour une transe solaire, indiciblement nimbée de lumière et issues de longues sessions solitaires, où Jaime était reclus en ascète dans un bungalow proche de Chicago. L’homme, également reconnu pour ses performances au sein du trio folk-noise Peeesseye, du trio free-jazz Acid Birds, du quartet barré Phantom Limb & Bison et du duo d’électroniciens Manpack Variant, vient d'offrir, par le biais de l'album The Voice Calling paru ce 27 janvier, un nouveau champ exploratoire à son projet avec la présence au chant d'Haley Fohr, œuvrant en solitaire sous le patronyme de Circuit des Yeux, et conférant un surplus d'âme à une profonde respiration tutoyant déjà les cimes. Il n'en fallait pas plus pour qu'on lui arrache quelques réponses additionnelles aux questions déjà posées à l'occasion de sa performance au Centre Pompidou, Storing the Winter, en mars dernier avec le danseur contemporain Miguel Gutierrez (lire).

Mind Over Mirrors l'interview

Mind Over Mirrors

Mind Over Mirrors existe depuis cinq ans. Peux-tu nous dire comment tu as mis au point ce projet et quelles sont les dates-clés ?
Mind Over Mirrors exist since five years. Can you tell us how you formalized this project and which are there importants dates/meetings of it?

Je n’arrive pas à croire que ça fait déjà cinq ans ! Mind Over Mirrors a débuté juste après mon arrivée à Seattle où je me suis posé pour quelques mois. Avant ça, j’habitais dans une île d’environ trois kilomètres carrés complètement déconnectée du monde. Après avoir arrêté de tourner pendant un long moment (2007-2010), à l’exception de dates très occasionnelles lors d’une tournée avec Peeesseye ou d’une collaboration ponctuelle, j’avais vraiment très envie de reprendre le live et je me suis rendu compte que le moyen le plus rapide d’y revenir, c’était d’entamer un projet solo. C’est comme si, en vivant sur cette île où je menais une existence complètement différente de celle que j’avais eue jusqu’alors, j’avais emmagasiné toute cette énergie à dépenser. C’était comme replonger soudainement dans la culture contemporaine après s’en être intentionnellement écarté. Je n’ai joué qu’une seule fois à Seattle en tant que Mind Over Mirrors, et peu de temps après ça, courant 2010, j’ai déménagé à Chicago. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à enregistrer The Voice Rolling qui est sorti chez Digitalis en 2011, immédiatement suivi par High & Upon (à l’origine sorti en cassette par Gift Tapes et par la suite chez Aguirre en vinyle). Le temps que ces enregistrements sortent, j’avais commencé à tourner en tant que Mind Over Mirrors de façon beaucoup régulière, et ça n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur depuis ce moment-là.

I can’t believe it’s been five years already!  Mind Over Mirrors was initiated just after I temporarily made Seattle my home for a few months, after living on a remote five square mile island that was completely off the grid.  After taking a very long break from performing (2007 - 2010), with the exception of an occasional Peeesseye tour or one-off collaborative show, I was really desiring digging my heels back into live performance and realized the most direct way to do that would be to work solo.  It felt like there was this immediacy and balled up energy from living on the island, which was a really different type of existence than I had lived before.  It was like suddenly being reawakened into contemporary culture after a very intentional step away. I only played 1 show in Seattle as Mind Over Mirrors, and shortly thereafter moved across the country to Chicago in 2010, which is when I began recording The Voice Rolling, which came out on Digitalis in 2011 and immediately followed by High & Upon (originally released on cassette by Gift Tapes and then reissued by Aguirre on vinyl).  By the time, these records had been released, I had really started performing as Mind Over Mirrors much more frequently, and it’s just really snowballed ever since.

Par-dessus tout, Mind Over Mirros met l’accent sur l’harmonium. Comment as-tu commencé à pratiquer cet instrument et quelles libertés trouves-tu dans son usage ?
Mind Over Mirrors is above all focused on the harmonium. How did you begin to practise this instrument and what freedom do you find in its use?

J’ai acheté mon premier harmonium en 2005 lorsque Peeesseye était très actif et que j’entamais ma dernière année à Bard où j’ai eu la chance d’« étudier » notamment avec Maryanne Amacher quelques années avant son décès. Déjà à ce moment-là, c’était évident pour moi que l’harmonium serait mon instrument de prédilection. Quand j’ai commencé à creuser Mind Over Mirros quelques années plus tard, j’ai pris conscience qu’un projet solo me forçait à créer différentes couches et profondeurs de sons, et que le fait d’avoir toujours à pomper l’harmonium d’une main ne présentait vraiment pas la configuration idéale en termes de liberté. D’un coup, c’était comme réaliser que j’étais un one-man-band et que j’allais avoir besoin d’effectuer certains changements majeurs. C’est ça qui m'a conduit à utiliser un harmonium à pédale construit en Inde, et qui m’a permis de jouer du clavier à deux mains, ou du drone avec l’harmonium pendant que j’utilisais mes mains pour manipuler les machines. Bizarrement, alors que dans mes anciens enregistrements et mes performances live, l’harmonium indien était vraiment à l’origine de la plupart des sons, notamment via le delay, le pitch shifting et en ajoutant quelques nappes grâce à des synthés modulaires, durant les deux dernières années, je suis allé beaucoup plus loin avec mes synthés Oberheim. A mon sens, ils complètent vraiment le son de l’harmonium et peuvent parfois même en imiter certains timbres de basses. Grâce à des process électroniques assez lourds, j’ai été capable de séparer les sources du son, de laisser les synthés gérer certains passages autrefois dédiés à l’harmonium et de le libérer pour l’utiliser principalement comme voix de tête.

I bought my first harmonium in 2005, when Peeesseye was very active and I was also just going into my final year at Bard College (where I was fortunate to have “studied” with Maryanne Amacher, amongst others, before her passing a few years later).  Even at this time, it became immediately clear that harmonium was to become my focal instrument.  When I started getting deeper into Mind Over Mirrors some years later, I realized that as a solo musician where I was really attempting to create many different layers and spaces through sound, that the physical restriction of having to always pump the harmonium with one hand wasn’t the best fit.  It was like realizing I was a one-man band and needed to make some very important technical changes, which then led to having this pedal harmonium built in India, and thus freeing up my hands to play the keyboard with both hands, or drone with the harmonium while using both hands manipulating electronics and any other combination.  Interestingly, though in some earlier recordings and live performances the indian harmonium was really generating the majority of sound, through through delay & pitch shifting, and with the addition of some drones produced by sine wave oscillators, within the last year or two, I’ve gotten way deeper into my Oberheim synthesizers, as I think they really compliment the harmonium sound, and can even mimic particular brassy timbres of the harmonium.  With this, I’ve been able to separate the sound sources, let the synths run certain parts that the harmonium would do in the past through very heavy electronic processing, and then now freeing up the harmonium to function predominantly as a lead voice. 

Avant Mind Over Mirrors, tu as joué dans de nombreux groupes comme Peeesseye, Acid Birds ou Manpack Variant. Dans quelle mesure ces groupes ont pu t’influencer dans ta recherche musicale ?
Before Mind Over Mirrors, you played in numerous bands like Peeesseye, Acid Birds ou Manpack Variant. In what measures these influenced you in your musical research?

Ah ouais, chacun de ces groupes et d’autres encore (notamment Phantom Limb & Bison et ses diverses incarnations) ont eu beaucoup d’impact, principalement parce que tous les musiciens de ces groupes sont extrêmement doués dans ce qu’ils font. Je ne pourrais même pas vous dire à quel point j’ai appris avec, par exemple, Chris (Forsyth) et Fritz (Welch) quand on jouait ensemble dans Peeesseye (surtout vers les 20 ans et quelques). Mon esprit était grand ouvert avec ces mecs-là.

Oh yeah - each of these groups and others (notably Phantom Limb & Bison and it’s various incarnations) have been very impactful, chiefly because all of the musicians in these bands are just completely brilliant at what they do.  I couldn’t even begin to tell you how much I absorbed like a sponge from, for example, Chris (Forsyth) and Fritz (Welch) when we were playing in Peeesseye together - especially when I was in my early 20s.  My head was cracked wide open with those dudes.

On a le sentiment que Mind Pver Mirrors n’est pas un nom donné au hasard. En quoi le nom de ton projet reflète-t-il ta musique ? Et en extrapolant, que cherches-tu à transmettre avec la musique ?
We feel that Mind Over Mirrors is not a name given at random. In what does the name of your project reflect your music? By widening, what do you try to transmit by means of your music?

C’est très difficile de répondre à cette question, même si on me l’a déjà posée précédemment. Je peux seulement parler que de ce je ressens sur scène (ou pendant l’enregistrement) parce que c’est la connexion la plus directe à un état émotionnel ou de vérité sans être trop analytique. Ces sentiments d’urgence, d’immédiateté, de méditation, de joie énergique, de folie extatique, d’éveil, de perte de la notion du temps, tout en gardant une grande concentration, sont tout ce que je ressens lorsque je joue et que j’imagine qui puisse être ressorti dans la musique elle-même. Le critique musical Marc Masters a décrit ma musique comme une “body music” et je crois que c’est une bonne remarque, recentrée, en particulier à cause de ma décision de réellement occuper l’espace sonore en me positionnant sur le sol devant les amplis. Je suis tout à fait capable de jouer avec la pièce et les corps qui s’y trouvent.

That’s a really hard thing to answer, even though I’ve been asked the same question before.  I feel like I can only really speak of what I’m feeling when I’m performing (or recording) as that’s the most direct connection to an emotive or true state without being too analytical.  This sense of urgency, immediacy, meditation, exuberant joy, ecstatic frenzy, awakening, loss of time yet magnified focus are all things I’m feeling as I’m playing and I imagine that may come out in the actual music, as well.  Music journalist Marc Masters once called my music “body music”, and I feel like that’s a pretty good reference point as I think it’s very core-based, especially with my decision to really occupy sonic space by setting up on the floor in front of the sound system.  I’m really able to play the room and the bodies in it.

Tous tes albums sont sortis sur des labels différents (Digitalis, Hands in the Dark et Immune) qui ont comme point commun d’utiliser tous les trois des procédés DIY. Cette indépendance, c’est quelque chose que tu recherches ou qui est subie ? Comment rencontres-tu ces labels ?
All your albums went out on different labels - Digitalis, Hands in the Dark and Immune - , which have the common point to do all with DIY process. This independence, you look for it or you undergo it? How do you establish links with these labels?

Travailler avec ces différents labels a été très naturel et chacun est venu à moi d’une manière ou d’une autre au bon moment. Brad Rose de Digitalis et moi avions travaillé sur d’autres sorties dans le passé (le CD Manpack Variant et 6 cassettes live de Peeesseye intitulées Robust Commercial Fucking Scream) donc ça semblait être un choix évident pour nous deux de sortir le premier LP de Mind Over Mirrors, The Voice Rolling, ensemble. Morgan et Onito de Hands In The Dark m’ont contacté pour travailler ensemble et après avoir correspondu pendant quelques mois, c’était assez clair qu’ils étaient réellement passionnés par ma musique et que ce serait le bon choix, d’autant plus qu’il s’agit d’un label français et que je jouais de plus en plus en Europe. Et la relation de travail avec Erik d'Immune Recordings (qui est aussi basé à Chicago) s’est toujours très bien passée. Jusqu’à ce que je travaille avec Immune, je n’avais jamais rencontré aucune des personnes des labels avec lesquels je collaborais et ils ne m’avaient jamais vu jouer live avant. La communication se faisait exclusivement par mails et d’un côté, je trouve ça vraiment génial de pouvoir avoir ces relations de travail longue distance mais je dois dire qu’il n’y a rien de mieux que de parler de projets communs en personne autour d’un bon repas et d’une bonne bière. C’est bien plus simple de discuter de cette manière. C’est donc une super relation où on peut bosser ensemble, se rencontrer à un concert et il y a un fort sentiment de soutien et de connexion au quotidien.

It’s been a really natural process working with these different labels and each has presented themselves to me in one way or another at really appropriate times.  Brad Rose from Digitalis and I had worked on several other releases in the past (Manpack Variant CD and 6 live Peeesseye cassettes entitled Robust Commercial Fucking Scream) and so it seemed like an obvious choice I think for both of us to do the first Mind Over Mirrors LP, The Voice Rolling, together.  Morgan & Onito from Hands in the Dark reached out to me about working together and over several months of communicating it was quite clear that they were really passionate about my music and would be a a great fit, especially with being a French label and with me performing in Europe more.  And working with Erik/Immune Recordings (who is also based out of Chicago) has been a really great relationship from the get go.  Up until working with Immune, every label I worked with I hadn’t ever met in person and before we started working together they never saw me perform live.  Communication was all through e-mail and I find that to be on one hand really great to be able to have these types of long distance working relationships, but I gotta say, if you can meet with someone over good food & lots of beers and talk about the thing which you are working on together, there’s nothing that beats that.  It’s so much easier to hash shit out that way.  So that’s been a great relationship where we get to directly work together, run into each other at shows and there a solid feeling of ongoing support and connection.

The Voice Calling2

Ton nouvel album s’intitule The Voice Calling et comporte la participation de Haley Fohr. Peux-tu nous dire comment tu as rencontré Haley et pourquoi tu as voulu utiliser sa voix dans tes compositions ? Est-ce une façon d’orienter tes projets vers un format et une tonalité plus pop ?
Your new album is called The Voice Calling and register the featuring of Haley Fohr. Can you tell us how did you meet Haley and why have you wanted to include her voice in your compositions? Is it a way of directing your project to a format and tones more pop?

Avec Haley, on vit tous les deux à Chicago mais on ne s’était jamais rencontrés jusqu’à ce qu’on partage la même scène à l’Austin Psych Fest en mai dernier. J’ai vraiment été impressionné par son set ! C’est vraiment la meilleure chose que j’aie vue ce week-end-là. C’était aussi la fin de trois mois de tournée presque incessante et en plus d’être complètement épuisé d’avoir voyagé quasiment toujours tout seul, j’avais l’impression que je devais un peu faire évoluer ma décision de travailler seul - autant du point de vue musical que du côté pratique du sentiment de monotonie occasionnelle qu’on peut avoir en travaillant tout le temps seul. J’apprécie vraiment le processus de collaboration au niveau artistique et la connection personnelle peut s’en dégager. J’ai commencé à enregistrer The Voice Calling à la fin de l’été, en travaillant un peu avec le guitariste Matt Christensen (Zelienople) et j’ai demandé à Haley si elle voulait qu’on fasse de la musique ensemble un soir. A la fin de la soirée, on avait décidé qu’on devait faire la prochaine tournée US ensemble et je lui ai demandé de m’aider à finir le disque. Sa voix semble être une addition/extension vraiment naturelle à l’évolution sonore de Mind Over Mirrors. Ça fait quelques années que je peux entendre des voix dans mes morceaux et c’était donc génial d’entendre cette idée prendre de plus en plus de place, en particulier avec la voix de Haley. Elle est unique.

Haley and I both live in Chicago but we didn’t actually meet in person until we both were playing the same stage at the Austin Psych Fest last May.  I was really blown away by her set!  Definitely the best thing I saw down there that weekend.  That was also the tail end of about 3 months of almost constant touring and on top of just being exhausted from traveling mostly by myself, I was feeling like this decision to work solo needed to open up.  Both from a musical standpoint as well as the practicality of the sometimes anti-climatic feeling of doing something by yourself all of the time.  I really enjoy the collaborative process on an artistic level and the personal connection that happens through that.  I began recording The Voice Calling in the late summer, working a bit with guitarist Matt Christensen (Zelienople), and I asked Haley if she wanted to make some music together one night.  By the end of the evening, we decided we should do this upcoming US tour together and I asked her to help me finish the record.  Her voice seems like a really natural addition/extension of the trajectory of Mind Over Mirrors sound.  I’ve been hearing vocals in my music for several years, and so it’s been great to hear that idea pushed farther into the foreground, especially with Haley’s voice.  There’s nothing else like it.

Comment composez-vous ensemble et quel est ton domaine de recherche ?
How do you compose together and which is your field of investigation?

J’ai écrit et produit l’album moi-même, la plupart des éléments avaient déjà leur forme finale avant qu’Haley vienne pour enregistrer. Une fois qu’on a commencé à travailler ensemble, on s’est vraiment plongés dans l’enregistrement pendant plusieurs semaines, donc une fois qu’on a fini l’album, on a dû se poser la question de comment réellement jouer certains des morceaux ensemble. Ça a aussi été une super expérience de se plonger dans ces morceaux et on est hyper excités de jouer les prochains concerts avec un bon système sonore et devant un public ! Les choses vont évoluer et les morceaux vivront leur propre vie étant donné la place que prend la performance dans la vie de Haley et la mienne.

The album itself was composed and produced by myself, with many of the pieces in their almost final form before Haley started coming over to record.  Once we started working together, we went deep into the recording zone for several weeks, so once we had finished the album, we had to figure out how to actually start playing some of these pieces together.  That has also been an awesome process of really diving into these pieces, and we’re psyched to be playing these upcoming shows on some really solid sound systems in front of people!  It’s clear that things will evolve and the pieces will totally take on a life of their own since performance is such a big part of what Haley and I both do as individuals.

Avec quels instruments as-tu expérimenté pour faire ce disque ? Es-tu fier du résultat ?
What instruments did you experiment to make this album? Are you proud of the result?

Ouais, je suis vraiment fier du résultat. Je dois avouer que c’est tellement récent (terminé début décembre) que j’ai l’impression d’être encore dedans. J’ai enregistré et mixé tous les albums de Mind Over Mirros seul chez moi et j’ai l’impression d’être vraiment arrivé à atteindre un truc avec le son du disque. Il y a toujours pas mal d’éléments qui ont été enregistrés directement sur cassette, comme pour mes premiers disques, donc je n’ai pas totalement bouleversé mes habitudes mais j’ai appris à donner un peu plus d’éclat au moment opportun.

Yeah - I’m definitely proud of the result!  I must admit, the material is so new (completed in early December), that I feel like I’m still processing it. I’ve been recording and mixing all of the Mind Over Mirrors albums myself at home and I feel like this one I really nailed with the overall sound.  There’s definitely still a lot of material that’s being recorded straight to cassette, like how I recorded my earlier records, so I haven’t abandoned my primitive ways entirely,  but I have figure out how to make it all shimmer a bit more at the right times.  The instrumentation on The Voice Calling is exactly the same as I used on When The Rest Are Up At Four, which is predominantly focused around the Indian pedal harmonium, two Oberheim synths and tape delays, plus, of course Haley.

Quelle est ta conception du live avec Mind Over Mirrors ? Est-il plus ou moins important que le disque ?
What's your conception of live music with Mind Over Mirrors ? Live is less / more important than records ?

J’ai tendance à aimer concentrer les concerts sur certaines parties d’un disque dont les structures deviennent ensuite le point de départ pour l’improvisation. Il y a un morceau sur When The Rest Are Up At Four qui dure juste quelques minutes mais j’ai utilisé cette idée comme la structure d’improvisation principale de la plupart de mes concerts l’année dernière. Il faut vraiment laisser l’idée se développer, et trouver toutes les manières dont elle peut être déconstruite, ralentie, embellie, etc. Du point de vue du son, les disques n’ont rien àvoir avec le live puisque j’utilise volontairement un système son différent, ces derniers et les salles de concert étant à chaque fois uniques. Les concerts et les sessions studio peuvent raconter la même histoire mais de deux manières différentes et à travers deux objectifs différents.

I tend to enjoy making the live shows a focus of a few parts of a record, while using those structures as platforms for improvisation.  There’s one track from When The Rest Are Up At Four that is just a few minutes long, but I ended up using that idea as the main improvisatory structure of most of the sets I was playing last year.  Just really expanding on it and figuring out all the ways it can be ripped apart, slowed down, embellished and so on.  And sonically there’s no comparison between my records and live as I’m really intentionally playing the different sound systems and those and their respective rooms all are quite unique. Perhaps live & studio recordings are telling the same story but in two very different ways with different lenses.

Quels sont les prochains projets avec Mind Over Mirros ?
Whats the near futur of Mind Over Mirrors?

Dans le futur immédiat, il y a une tournée US de 15 dates avec Haley et le virtuose de la guitare Daniel Bachman en première partie de la plupart de ces dates (il a un excellent album qui sort au printemps sur Three Lobed), suivie par un concert au LEVITATION (au Thalia Hall à Chicago en mars) duquel j’ai vraiment hâte. Et sinon, plus de concerts, plus d’enregistrements et plus de tournis.

The most immediate future is a 15-date tour of the US with Haley and guitar virtuoso Daniel Bachman opening on most of those dates (who has an excellent new album coming out this Spring on Three Lobed), followed by a performance at LEVITATION - Chicago at Thalia Hall in March, which I’m really looking forward to!  Beyond that, more shows, more recording and more reeling.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux et Alexis Beaulieu

Audio

« Storing the Winter » Miguel Gutierrez & Mind over Mirrors

http://vimeo.com/107187234

Tracklisting

Mind Over Mirrors – The Voice Calling (Immune Recordings, 27 janvier 2015)

01. Motioning
02. Regular Step on Snake River
03. Whose Turn is NexT
04. Strange(r) WorK
05. Senses Scattered
06. Body Gains
07. Calling Your Name


Tomaga l'interview

Embringués dans de multiples formations dont The Oscillation, que l'on a déjà sondé par le passé (lire) et à laquelle ils participent tous les deux, Valentina Magaletti et Tom Relleen on récemment mis sur pied un atelier expérimental de déconstruction sonore et mélodique : Tomaga. Véritable prisme oblique dans l'agencement rythmique, prenant à rebrousse-poils un savoir très actuel en matière d'ambient-drone, le duo objectivise certains éléments dans son laboratoire, les sortant de leur contexte, pour mieux tricoter tout autour un ensemble cohérent, lointain et cotonneux, oscillant entre psychédélisme et minimalisme. Il faut avoir goûté aux charmes insidieux des morceaux Alphabet Of Light, Malintesi ou Futura Grostesk pour comprendre que d'apparence conceptuelle, leur musique, à l'emprunte du temps et de l'écoute noctambule, s'intime pourtant invariablement tel le chemin le plus court vers l'engourdissement des sens et la divagation de l'esprit. Sur le point de sortir un premier album, Futura Grotesk, sur le label bisontin Hands in the Dark (lire), et ce après la cassette Sleepy Jazz for Tired Cats co-éditée par Bunkland et Negative Days, et à quelques encablures d'une tournée débutant le 18 novembre prochain au Point FMR en première partie de Silver Apples et pour laquelle on offre des places en fin d'article, l'insatiable batteuse, également à l'oeuvre au sein de Raime, à accepter de répondre à nos questions.

Tomaga l'interview

TOMAGA.Promo1
Tom et Valentina, vous jouez tous les deux dans The Oscillation. Comment est né ce projet et quel sentiment essayez vous de transmettre via Tomaga ?
Tom & Valentina, you play both in The Oscillation. Why did you start this project and what kind of feelings do you try to transmit via Tomaga?

On a passé beaucoup de temps ensemble sur la route et nous avions besoin de plus de musique chill out à écouter dans la voiture. Nous sommes très proches musicalement et nous avons commencé à explorer de nouvelles sonorités et à utiliser différents instrument et machines pour créer. Tom et moi sommes d'assidus collectionneurs de disques, nous avons donc commencé à jammer en recherchant une nouvelle manière d'exprimer notre état d'esprit musical hétérogène et un nouveau silence.

I guess we spent a lot of time together on the road,​ ​starting craving for more chilling music to listen in the car while driving ah!​ ​We found ourself very close musically​ and started wanting to explore new sounds and ​​to use some different instruments and machines to make music​.​ ​Both me and Tom are avid record collectors and listeners so we started jamming in search for new way to express our ​mixed up musical state of mind, and to find a new silence.

Pourquoi ce nom? Que signifie-t-il et quel lien à sa signification avec votre musique ?
Can you explain the name of the project? What meaning does it take on and which link it established with your music?

Ca ne veut rien dire dans aucune langue mais ça a un rythme plaisant, comme la musique.

It doesn't mean anything in any language.​ but it has a pleasing rhythm. similar to the music!

Comment décrivez-vous Tomaga, quelles en sont les plus grandes influences ?
How would you describe Tomaga, and who are your biggest influences in this project?

Ca a commencé explicitement comme un projet sans guitare, une manière pour nous de placer la rythmique au premier plan. On écoute de tout mais peut-être qu'en ce moment nous sommes plutôt influencé par des compositeurs modernes, le minimalisme, la musique concrète et industrielle et le jazz spirituel.

​It started out as explicitly a guitar free zone. A way for us to bring the rhythm section to the front! We listen to everything but perhaps right now are most influenced by modern composers, minimalism, music concrete, industrial and spiritual jazz.

Comment composez-vous ensemble et quel est votre champ d'investigation ?
How do you compose together and which is your field of investigation?

On travaille en studio sur la création d'un nouvel environnement sonore, on prépare les instruments afin qu'ils sonnent différemment ou bizarrement. Ensuite on passe généralement des heures à enregistrer puis nous écoutons le tout à la maison, en discutons et enfin sélectionnons ce qui nous plait.

We ​ work in the studio on creating a new sound world, using preparations to make our instruments sound different or strange. Then we usually ​record for hour​s, and then​ at home ​we listen to it all, discuss and make selections that we like.

Est-ce un projet avant tout conçu pour le live ?
Is it a project intended above all for the live?

Nous n'avons pas tellement d'intentions concernant le clivage studio / live, les deux ont leur charme. Ce projet est né en studio puis nous avons fait quelques concerts qui étaient essentiellement improvisés. Nous préparons actuellement un set plus concentré pour notre tournée de novembre, une nouvelle approche. Nous voulons faire de la musique en continu.

I guess we don't have ​specific ​intention​ about live vs studio, they both have their charms. This project was born in the studio and then we did some live shows, which were pretty much entirely improvised. ​​​Now we are preparing a more focused live show ​​for our tour in November, which will be a slightly different approach. ​Making music constantly is what we want to do​.

Front Cover -TOMAGA 'Futura Grotesk'

Votre musique est très cinématographique. C'est un effet voulu ? Pensez-vous, au moment de composez, une possible adaptation video ?
Your music is also very cinematographic. Is it a studied effect? Do you think, at the time of composing, has a possible video translation of your pieces?

Nous sommes très heureux que ce lien se soit fait naturellement. Nous avions en tête des visuels précis lorsque nous avons composé la musique mais nous nous sentons maintenant très privilégiés d'avoir de fantastiques artistes comme Ross Adams qui s'impliquent dans le projet et nous aident à traduire notre musique en images. Nous pensons de plus en plus à composer pour et avec des visuels d'accompagnement et ça semble totalement naturel et parfait.

​We are very pleased that this link has naturally occurred. We weren't thinking specifically about visuals when we made the music but now feel very privileged to have fantastic artists like Ross Adams who are getting involved and helping is to translate our music into images. We are now thinking more and more about composing for and with visual accompaniment and it seems completely natural and perfect.

Pensez-vous que Tomaga va influencer The Oscillation ?
Do you think that Tomaga is going to influence in the approach The Oscillation?

Ce sont deux projets très différents. En revanche nous aimerions que Damien Castellanos fasse un remix de Tomaga et en faire un pour lui en échange. C'est un musicien et un producteur incroyable et un super ami.

They are very different projects. However we would love to have a TOMAGA track remixed made by Damien Castellanos and will probably do a remix swap with him very soon! He is an amazing musician and producer and a great friend.

D'ailleurs, avez-vous demandé à être remixés ?
Do you go to ask your music to be remixed?

Nous ne demandons pas vraiment mais nous sommes toujours excités de travailler avec quiconque comprend et apprécie notre musique. certains producteurs très intéressants ont manifesté un intérêt et nous venons de faire un remix pour la première fois et on s'est bien amusé.

I guess we don't ask but we are alway​s excited to work ​with whoever understands and appreciates our music.​ We have had some interest from some very interesting producers already, and we just finished remixing someone else's music for the first time which has been fun. ​

Pourquoi avoir choisi Hands in the Dark pour sortir ce LP ?
Why have you chose Hands in the Dark Records to take out this new LP?

Ce sont des gens géniaux, nous les connaissions depuis longtemps et respectons leur travail donc lorsqu'ils ont manifesté de l'intérêt pour sortir notre musique on s'est dit qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour commencer.

They are ​​a​mazing people, we ​have known them and ​respect​ed​ their ​work for ages, and when they were interested to release our music we thought that couldn't be a better way to start.

Quel est le futur proche de Tomaga ?
Whats the near futur of Tomaga?

Grotesk !... et nous sommes en tournée en novembre avec Silver Apples et aussi Le Guess Who festival et un voyage à Leipzig pour jouer avec A Winged Victory For The Sullen. Et nous avons déjà enregistré de nouveaux trucs.

Grotesk!​ ...and we're on tour in November with Silver Apples, and also Le Guess Who Festival and a trip to Liepzig to play with Winged Victory For the Sullen. And we've already been recording new material​.

Audio

Video

http://vimeo.com/108414897

Tournée & concours

On fait gagner trois places pour leur concert au Point FMR à Paris le 18 novembre prochain en première partie des mythiques Silver Apples. Envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au la veille du concert et prévenus par mail le lendemain matin.

[contact-form-7 id="21274" title="Concours post"]

18 November – Point FMR, Paris (FR) w/ Silver Apples
19 November – Occii, Amsterdam (NL) w/ Silver Apples
20 November – Le Guess Who? Festival, Utrecht (NL)
21 November – Kammerflimmern / UT Connewitz, Leipzig (DE) w/ Deaf Center
29 November – Discipline Party At Garage Sound, Bari (IT)
03 December – Corsica Studios, London (UK) w/ Silver Apples

Tracklisting

Tomaga - Futura Grotesk (Hands in the Dark Records, 12 novembre 2014)

01. Alphabet of Night
02. Long Term Green
03. Malintesi
04. Futura Grotesk
05. Taste the Indifference
06. Mountain Opener
07. Days Like They Were Before


Saåad - New Helicon (PREMIERE)

Après Orbs & Channels en 2013 (lire), le duo toulousain Saåad, composé de Romain Barbot et Greg Buffier, remettra une nouvelle fois le couvert sur la table déjà bien garnie du label Hands In The Dark avec un LP Deep/Float à paraître le 17 avril 2014. Soit le jour d'une release party organisée à la Flèche d'Or dans le cadre d'une soirée Les Yeux Fermés (Event FB) en compagnie de deux autres formations habituées de la structure bisontine que sont Death And Vanilla (lire) et Mayerling. D'ici là New Helicon, premier extrait dudit album, est à découvrir ci-après, édifiant un pont de plus en plus solide entre ambiant-drone et expérience sensorielle et méditative - Romain Barbot expliquant par ailleurs dans une récente interview accordée à Playlist Society à quel point leur processus de composition mature sans cesse dans l'approche de l'expérience live : "autant sur les premiers disques on pouvait travailler pendant des heures sur les sources, autant maintenant on manipule beaucoup en amont et puis on enregistre. Nos enregistrements sont souvent des premières prises puisque à majorité improvisées. Sur Deep/Float, certains morceaux font cinq ou six minutes mais en live on peut les pousser jusqu’à vingt minutes. C’est surtout ça la différence (...). En live il y a ce coté “expérience forte”, avec le volume et l’exigence de se taper un set de drone qui te prend au corps. On joue sur les longueurs car un gros sub qui ondule avec une grosse façade ça mérite de se boucler" (lire la suite). A la fois introspectives et puissamment lumineuses, les longues respirations instrumentales du duo - que l'on retrouve à l'instigation du label BLWBCK (lire) - résonnent d'ailleurs telles l'échoïsation chamanique d'une scène techno de plus en plus aspirée par le bruit. Ce n'est ainsi pas un hasard si BLWBCK a co-réalisé en 2013 le split de Saåad et Insinden avec les parisiens d'In Paradisum (lire) et si Greg Buffier participe à l’exécution scénique du nouvel album de Mondkopf, Hadès.

Audio (PREMIERE)

Vidéo

http://vimeo.com/88608028

Tracklisting

saaad-echosfestival
Saåad - Deep/Float (Hands in the Dark, 17 avril 2014)

01. Valley Of Quartz
02. Alone in the Light
03. Giant Mouth
04. I Will Always Disappoint You
05. New Helicon
06. After Love


Three Year Anniversary Hands in the Dark Mixtape

DSC_2195Trois ans de franche et sincère amitié, cela se fête : pas un disque - ou presque - depuis que le label bisontin Hands in the Dark a été créé en 2011 à l'occasion de l'EP éponyme de Death and Vanilla (lire) n'est passé au travers des mailles scrutatrices de nos colonnes digitales. Et ce ne fut jamais un flingue sur la tempe ou en échange de quelques contreparties foireuses que nous avons joyeusement digressé à leur encontre - entre interview des Lumerians (lire) et celle des Anglais de The Oscillation (lire) - consacrant même à la jeune structure un Who Are You? (lire) flanqué d'une mixtape retraçant leurs influences. Histoire de faire patienter le quidam quant aux parutions successives des prochains LP de Saåad et de Death and Vanilla, prévus respectivement pour avril et mi-2014, les deux compères, Morgan et Onito, ont accepté l'invitation à confectionner une mixtape avec comme matière exclusive leurs vingt sorties. Et ainsi de comprendre, en une heure tapante, un intérêt de trois ans à la lisière d'un psychédélisme décliné sous toutes ses formes musicales.

Three Year Anniversary Hands in the Dark Mixtape

01. LUMERIANS - Track 1 "Transmissions From Telos: Vol. IV" (LP - Jul. 2012)
02. ROBEDOOR - Blasted Orb "Primal Sphere" (LP - May 2013)
03. DEATH AND VANILLA - Cul-De-Sac "Death and Vanilla" (LP/CD - Mar. 2012)
04. CANKUN - Science Can Help You "Culture of Pink" (LP - Mar. 2013)
05. THE OSCILLATION - Kissing the Sun "Travel Expop Series 2: Great Britain" (LP - Aug. 2013)
06. MIND OVER MIRRORS - Memorander "Check Your Swing" (LP - Nov. 2012)
07. SACRED HARP - Make Me For A Way "Apparitions At The Kenmore Plantation" (CD - June 2011)
08. LEE NOBLE - Woman In The Dunes "Split with Ensemble Economique: Motion Forever" (LP - June 2012)
09. JOHNNY HAWAII - The Lonely Smurfer "Split with Cough Cool" (Cassette - Jan. 2012)
10. MAYERLING - La Mort N'en Saura Rien "Cut Up" (CD - May 2013)
11. SAÅAD - Cross Orguan "Orbs & Channels" (Cassette - Jan. 2013)
12. METACOMET - Warm Winds "Depression Ceremony + Strange Riders" (2xCD - May 2011)


Death and Vanilla l'interview

Death And Vanilla - CoverChose promise, chose due. Après avoir suggéré à nos oreilles l'écoute intégrale de l'EP éponyme de Death and Vanilla, celui là même qui initia en 2011 ces trois ans d'Hands in the Dark (lire), le groupe et le label bisontins dévoilent aujourd'hui en intégralité ci-après la complétude de l'EP réédité, agrémenté et déjà épuisé avant une sortie officielle fixée au 8 janvier. Preuve s'il en est que le duo suédois composé d'Anders Hansson et Marleen Nilsson fait sa place au soleil dans le royaume des limbes, créant de fait sa propre hagiographie dans les interstices de l'inconscience et du rêve - entre veille et sommeil, entre temps et éternité. Afin d'enfoncer le clou et d'essayer de capter l'espace de quelques instants cette faculté à entremêler psychisme pictural et émanation cinématographique - que ce soit sur ce premier EP ou sur leur debut-LP que l'on s'était empressé de chroniquer (lire) -, nous avons posé une dizaine de questions à Anders Hansson, tentant en vain d'avoir quelques bribes d'informations s'agissant d'un second album en court de finalisation et dont la sortie est annoncée mi-2014... toujours sur Hands in the Dark. Histoire de mettre les petits plats dans les grands, ce dernier nous gratifie d'une offrande à découvrir via ce lien.

Full streaming (PREMIERE)

Entretien avec Anders Hansson

Death And Vanilla - Photo Press 1D'où vient l'idée de Death and Vanilla et pourquoi avoir choisi ce nom ?
How did the whole concept of Death and Vanilla come about and how did you come up with the name?

Death and Vanilla est né à Malmö en Suède il y a quelques années. Nous nous sommes rencontrés par un ami commun, nous nous sommes tout de suite liés d'amitié et avons commencé à faire de la musique ensemble. On partageait les mêmes goûts donc ça a été très naturel. Le nom du groupe vient d'animaux de compagnie de notre enfance... l'un de nous deux avait deux lapins, un noir et un blanc, qui s'appelaient Death et Vanilla.

Death And Vanilla was born in Malmö, Sweden, some years ago. We met through a common friend and we became friends instantly and started to make music. We both shared the same taste in music so it was very natural for us. The band name comes from childhood pets... One of us had two rabbits, one white and one black, and they were called Death and Vanilla...

Votre musique fait évoluer l'auditeur entre mélancolie et sensualité. Quelle sont vos sources d'inspirations, vos motivations ?
Your music makes the auditor travel between melancholy and sensualism. What are your sources of inspiration, your motivations when you compose?

Nos influences sont très variées est proviennent de différentes directions. La musique évidemment, mais les livres et les films sont également d'importantes sources d'influence. On s'est toujours intéressé à ce qui ne paraissait pas évident ou attendu aux premiers abords, à ce que l'on peut déceler entre les lignes. Comme lorsque tu combines un bel arrangement de cordes avec du feedback, tu obtiens une sorte de tension entre la beauté et la rugosité, c'est quelque chose qui nous attire beaucoup.

Our influences are very varied and comes from all kinds of directions. Music of course, but books, films and art are big influences as well. As are life in general. We've always been interested in that which is not too obvious and immediate at first glance, the "inbetween" stuff. It's like when you combine a pretty string arrangment with feedback, you get some tension between beauty and roughness that we find very attractive.

Dans l'inspiration, on vous situe souvent entre les Cocteau Twins et Broadcast...
In the inspiration, we often place you between Cocteau Twins and Broadcast...

On ne suit pas tellement les modes ou les sensations du moment, on est perdu dans notre univers. Par exemple on adore les expérimentations et le son de la pop des années soixante et la musique psychédélique. On aime beaucoup la chaleur et la spatialité de celle-ci. On n'essaye pas particulièrement de sonner rétro mais ce son est probablement la fondation de Death and Vanilla et de notre manière de composer.

En ce moment on écoute beaucoup de Scott Walker, Flamen Dialis, un groupe belge de la fin des années soixante-dix, Yeezus de Kanye West, Colour Green de Sybille Baiers, le psychédélisme expérimental de Norman Whitfield pour des groupes de la Motown comme The Undisputed Truth et The Temptations, Dream Sequence de Cosmic Eye, la bande originale du film The Cremator, Air. La réédition anniversaire des quarante-cinq ans de White Light/White Heat du Velvet Underground passe aussi beaucoup sur la platine en ce moment.

Il n'y a pas tellement de scène locale à Malmö. Il y a pas mal de groupes mais pas vraiment de scène. On est plus du genre à fouiller dans nos collections de disques ou sur internet lorsque l'on est en recherche d'inspiration. Le fait d'avoir grandi dans un petite ville a fait que nous avons toujours été tournés vers le reste du monde. En ce sens on pense plus faire partie d'une scène globale que locale.

We don't really follow trends or what's hot at the moment, we're kind of lost in our own world and the sounds that accompanies it. For example we love the experimentation and sound of 60's pop and psychedelic music. It usually has lots of warmth and space to it which we find very attractive. We're not trying to sound retro or anything, but that's probably the foundation to Death And Vanilla's sound and the way we write music.

At the moment we're listening a lot to Scott Walker, a late 70's Belgian band called Flamen Dialis, Kanye Wests Yeezus, Sibylle Baiers Colour Green, Norman Whitfields experimental and psychedelic music for Motown acts such as The Undisputed Truth and The Temptations, Cosmic Eyes Dream Sequence, the soundtrack to the film The Cremator, the French band Air. The 45-anniversary issue of The Velvet Undergrounds White Light/White Heat is also on heavy rotation right now.

There aren't much of a local scene in Malmö. There are quite a few bands but no scene really. We are much more into digging through our record collections, or on the internet when looking for inspiration. Growing up, and living, in a smaller city always made us look out to the rest of the world for inspiration so in a way we feel much more part of a global scene than a local one.

MalmoKristallen

Votre musique est également très cinématographique. Est-ce un effet recherché ? Penses-tu, au moment de composer, à une possible traduction vidéo de tes morceaux ?
Your music is also very cinematographic. Is it a studied effect? Do you think, at the time of composing, has a possible video translation of your pieces?

Nos morceaux sont toujours articulés autour de choses que nous avons vues ou entendues mais nous n'essayons pas vraiment de faire quelque chose de cinématique. Mais les films sont ont une influence indéniable. Depuis que nous avons commencé, nous écoutons beaucoup de B.O. de films des années soixante ou soixante-dix ou des trucs comme The Devil's Nightmare d'Alessandro Alessandroni, Fruscio Di Foglie Verdi d'Ennio Morricone, Capriccio de Piero Piccioni... Cela a dû avoir une influence sur notre musique. Pour nous la musique est un moyen d'échapper à la réalité, comme beaucoup de films, et nous aimons la musique qui transporte l'esprit. Il y a des jours où tu peux perdre tout sens de la réalité et oublier ce qui tu es en train de faire juste en écoutant une chanson qui va te faire voyager. Pour nous c'est vraiment une expérience psychédélique.

Our songs are always developing around a feeling or something we've heard or seen, but I wouldn't say that we purposly are trying to make the music sound "cinematic". But films are a big influence and at the time we started we were listening a lot to 60's and 70's soundtracks (still are!) and to things like Alessandro Alessandronis The Devils Nightmare, Ennio Morricones Fruscio Di Foglie Verdi and Piero Piccionis Capriccio... so that probably had an influence on our sound. Music for us is an escape from reality, like many films are, and we love music that takes you to some other place in your mind. Even during the day you can loose all sense of reality and forget what you were doing if you hear a certain song that just takes you on a little trip. That is truly psychedelic to us.

Justement, depuis votre premier EP sur Hands in the Dark, avez-vous changé votre façon de concevoir votre musique ?
Since your first EP on HITD Records, did you change your way of conceiving your music?

Pas vraiment, à part peut-être que l'on maîtrise un peu plus ce que l'on fait. La plupart du temps, cela reste un travail difficile.

Not really, except that we know a bit more what we're doing now ha ha! Or maybe not. It's still hard work most of the times. 

Quelle est l'histoire de Ghost in the Machine ?
What's the story of Ghosts in the Machine?

Ghost in the Machine nous est très chère car c'est l'une des toutes premières chansons que nous avons composées et nous avons travaillé très dur pour la faire sonner correctement. D'habitude nous ne la jouons jamais en live car nous pensons qu'il est presque impossible de recréer la "magie" de la version studio. Mais c'est l'une de nos chansons préférées. Les paroles n'ont pas vraiment de signification, elle ont été improvisées pendant l'enregistrement. C'est souvent le cas avec nos paroles, les mots sont surtout là pour soutenir la mélodie.

Ghost in the Machine is very precious to us as it was one of our first ever songs, and we worked very hard to get the melodies and sounds right. We usually never play it live because it seems near impossible to recreate the "magic" of the recorded version. But we're still trying to figure out a way to make it sound good live, ha ha. Anyway, it is one of our own favorite songs of ours. Lyrically it has no real meaning, the words were improvised while recording. It's usually like that when we write lyrics, the words are mainly there to support the melody.

Hands in the Dark a réédité votre premier EP et il est déjà épuisé. Êtes-vous surpris ?
HITD edited again your first album and this one is already sold out. Are you surprised?

On a été très surpris en fait ! Mais c'est super, nous sommes très heureux de savoir qu'il y a des gens qui aiment suffisamment notre musique pour l'acheter. C'est toujours difficile pour nous de réaliser que nous avons des fans et que des gens aux quatre coins du monde écoutent notre musique. C'est assez fou, car ç'aurait pu se passer autrement avec simplement quelques amis qui s'intéressent à ce que l'on fait.

We're very suprised actually! But it's great, we're very happy that there are people out there who actually like our music enough that they think it's worth buying. It's still hard to get our heads around the fact that we have "fans", and that people all over the world listens to our music. It's mindbending really, cause it could just as easily have been only a few friends that liked us.

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Cette nouvelle édition est augmentée de trois nouvelles chansons. Peux-tu me raconter leur histoire et me dire ce qu'elles ajoutent selon toi à l'œuvre initiale ?
This new edition is increased by three new songs. Can you tell me their story and tell me what they add according to you to the initial release?

Les trois chansons sont tirées de différentes compilations. Ascend and Descend a été spécialement écrite pour le livre I Hear a New World 1958-1962, publié par Bläck Charm Nostalgi Vassa Tänder et est fondée sur une chanson de Daphne Oram. The Dödens Vaniljsås Theme était sur une compilation de Noël sortie sur Moonlighting Music et Between Circles est sortie sur la compilation CS 01 de Beko. Le plan de départ était de ressortir les quatre titres comme sur l'EP d'origine mais Hands in the Dark a suggéré de sortir les trois titres sur la face B car elle n'avaient jamais eu de sorties physiques, donc en ce sens il s'agit peut-être plus d'une compilation. Mais nous sommes très heureux qu'elles aient pu enfin voir le jour sur un support vinyle.

All three songs are taken from different compilations. The track Ascend and Descend was made especially to be featured with the book I Hear a New World 1958-1962, published by Bläck Charm Nostalgi Vassa Tänder,  and it's based on a Daphne Oram-track. The Dödens Vaniljsås Theme was part of a Xmas-compilation on Moonlighting Music and Between Circles was originally released on a Beko compilation called CS 01. The original plans was to release the EP as the original CD with just the four songs, but Hands in the dark suggested that we should include the three songs on the B-side as they have never had a "physical" release before. So in that sense perhaps it's more of a compilation now but it's nice to have all of them available on vinyl finally!

Votre prochain album est, paraît-il, presque prêt. Que peux-tu nous en dire ? Quelle sera sa trame narrative ?
Your next album is almost ready, it seems. What details can you reveal us? What will be its narrative weft?

Nous avons travaillé très dur sur notre second album mais il nous est difficile de donner des détails car les chansons prennent en général leur forme finale pendant le mixage. Au cours de celui-ci, nous enregistrons beaucoup de pistes puis on coupe dedans, on remonte, on fait des boucles pour réaliser des chansons complètes. Mais ce que l'on peut dire, c'est qu'il y aura de grosses chansons pop ainsi que des titres instrumentaux. L'album commencera sur deux chansons pop avant de devenir de plus en plus étrange. Le nouvel album sera plus lumineux, avec un son plus ample comparé au premier album mais sonnera toujours comme du Death and Vanilla.

We are hard at work on our 2nd album but it's difficult to give any details at the moment as our songs usually come together while we're mixing them. We ususally record lots of tracks and then we cut, edit and loop things and make complete songs ready during the mix. But what we can tell you is that there will be some great pop songs on it and this time there will be a few instrumental tracks as well. The album will start with a couple of pop songs and then get stranger and stranger... The new album will be a bit brighter, more "open"-sounding, compared to the 1st album, but it will still be very Death and Vanilla-sounding.

Pourquoi avoir à nouveau choisi Hands in the Dark pour sortir ce nouveau LP ?
Why have you chose Hands in the Dark Records to take out this new LP?

Nous avons une très bonne relation avec eux. Ce sont deux mecs adorables avec qui il est très facile de travailler et ils sont bons dans ce qu'ils font. On a aussi le sentiment que c'est une aventure qui a démarré sur le premier EP et nous sommes très heureux de la poursuivre ensemble. Il est important pour nous de travailler avec des gens qui ont le cœur à la bonne place et qui partagent la même passion pour la musique.

We have a very good relationship with them. They are two very sweet guys and they are great to work with and very good at what they do. We also feel that we're on a journey together that started with the first EP, and it's very exciting to continue this. It's important to us to work with people who have their hearts in the right place and share the same passion for music.

Vous venez de Malmö en Suède. Que peux-tu nous dire de la scène locale ?
You’re from Malmö, Sweden. What’s the music scene like there nowadays?

Comme on te le disait, il n'y a pas vraiment de scène mais il y a quelques bons groupes. Nous aimons beaucoup un groupe qui s'appelle Skeppet, et Kalligrammofon sort sans arrêt de la bonne musique. Testbild! et Jonas Fust sont très bons aussi, jetez-y une oreille !

As we said before there isn't much of a scene but there are a few good bands around. We really like a band called Skeppet, and Kalligrammofon are continuiously releasing some good music. Some other good bands/artists are Testbild! and Jonas Fust. Check them out!

Traduction : Alexandre P.

Vidéos

http://vimeo.com/79119596

http://vimeo.com/36017564

http://vimeo.com/39376055

http://vimeo.com/54251507