The Oscillation – Monographic

The Oscillation – Monographic

Dans la discothèque d’Hartzine, les Anglais de The Oscillation tiennent une place particulière. On a déjà encensé leur approche britannique d’un terrain de jeu krautrock (lire), et plus récemment rappelé leur capacité à la suggestion visuelle, presque cinématographique (lire), pour décrire le charisme d’un groupe mené par un Demian Castellanos qui, depuis 2006, imprime une approche caractéristique où domine la friction métallique des cordes. Dix ans plus tard, Monographic annonce une évolution, presque une exception comme l’évoque son titre, un hors série dans la discographie des Londoniens. Tout en mesure et à l’image du groupe, cette transition reste subtile, prenant la forme d’une glissade vers une esthétique plus drone sur le fond, électronique sur la forme, sans dénaturer la personnalité musicale du trio. Et sans doute le doit-on en partie à une implication plus formelle de Valentina Magaletti and Tom Relleen, respectivement batteuse et bassiste de la formation, à travers leur side project TOMAGA (lire).

Cette fois, l’arrière-plan drone qu’on percevait dans From Tomorrow ou Out Of Touch en 2013 déroule sa parfaite extension dans un registre plus synthétique, et on ne retrouvera pas d’équivalent à Corridor, Pt. 2 et son alliage jazz / dub / garage psyché: dans Monographic, le métal est plus poreux, léger, concédant un peu de sa solidité pour lover habilement dans ses boucles aux mélodies neuroleptiques les harmoniques electro noise des jeux de clavier et autres bidouilles modulaires. Les stems gonflent en densité, la production gagne en richesse et en diversité, passant sans écueil du rock prog bourré de glitches SF de Take Us To The Moon au drone mélodique de Lonely People et son delay miaulant harcelé de fuzz. Et si le garage psyché alangui de Truth In Reverse, en écoute ci-dessous, renvoie aux précédents albums, un palier est franchi dans la démarche expérimentale du groupe.

Monographic lui-même, titre introductif et éponyme, fourmille d’incursions électroniques, réduisant la partie guitare à des phrases claires, sobres à dessein, ouvertes sur un arrière-plan bavard de curseurs et boutons traficotés avec souplesse, et qui aura le dernier mot tout au long de l’ultime minute du morceau. Toute la beauté de ce LP est là, dans l’ouverture. Car en prenant le parti de déroger discrètement aux conventions stylistiques qui ont fait leur réputation, ces enfants du kraut ne cherchent ni la rupture, ni la maturité mais de nouveaux espaces où apaiser leur insatiable soif expérimentale; et prolongeant la dimension psychédélique des premiers albums, ils en élargissent le spectre en l’amplifiant de boucles kosmische, à l’image de Let It Be The End, une mélancolique berceuse interstellaire, ou d’Alignement Zone qui juxtapose à un drone chuintant puis saturé une jungle de sons électroniques ponctuellement noyés sous un torrent de cymbales. L’immersion est graduelle, brillante à l’image de ce qui est possiblement leur meilleur album à ce jour, à tout le moins celui qui les éloigne à grands pas de l’indolence de la routine.

Audio

The Oscillation – Truth In Reverse

Tracklist

The Oscillation – Monographic (Hands In The Dark, 11 mars 2016)

01. Monographic
02. Take Us To The Moon
03. Let It Be The End
04. Truth In Reverse
05. Another Attack
06. Lonely People
07. Alignment Zone (Extended version)
08. Lonely People (Drone mix)
09. The End Of Conscious Thought (Bonus Track)