Andrew Douglas Rothbard l'interview

Andrew Douglas Rothbard est un musicien californien actif depuis 1995 au sein de différentes formations, dans des rôles variés. Il a joué de la basse et du synthé au sein de The VSS, groupe indie noise de San Francisco, puis splite et forme avec trois de ses membres Slaves qui deviendra début 2001 Pleasure Forever, formation indie un peu pompeuse signée sur Sub Pop et dont il était le frontman. Las des nombreuses tournées (en compagnie de The Damned ou Les Savvy Fav notamment) et d’un style dans lequel il ne se retrouve plus vraiment, il sort en 2006 chez les californiens de Smooch Record un premier album solo : Abandoned Meander.

Un premier effort, d’une grande densité oscillant entre psyché folk et électronique qui s’inscrit dans une série de cinq albums basés sur la loi des cinq. Plus précisément sur thèse, antithèse, synthèse, parenthèse et paralysie, comme défini dans la trilogie Illuminatus de Robert Anton Wilson et Robert Shea. Je n’ai pas lu ce livre, qui se dit humoristique sur la paranoïa américaine face aux conspirations, mais on peut aisément saisir l’esprit operation mindfuck que décrit Wilson à travers la musique d’Andrew.

Les deux albums suivant montrent une évolution musicale qui se détache de plus en plus d’une psyché folk et tend vers une abstraction électronique quasi baroque que l’on retrouve sur Exodusarabesque et Frequenseqer sorti en K7 chez Tapes from The Gates. Véritable maelstrom organique et complexe sa musique très inspirée par les psychotropes altère volontiers nos communications neuronales.

Après une première sortie digitale le 2 novembre 2015, le mindfucker Andrew Douglas Rothbard sort un fabuleux et tout aussi stupéfiant quatrième album Cantosynaxis (basé sur la parenthèse donc) via Tapes From The Gates courant janvier. Entretien et mixtape.

Andrew Douglas Rothbard l'interview

Andrew Douglas
Pourrais-tu nous en dire plus sur toi car j’ai le sentiment que ça devient de plus en plus difficile de te trouver sur le net ?
Could you tell us a little about yourself as I feel that it’s getting more and more difficult to find you on the Internet ?

J‘ai joué dans plusieurs groupes pendant des années et puis au bout d’un moment j’ai fini par jouer solo. J’ai passé tellement de temps à faire des concerts, que toutes ces heures je voulais les retrouver et les passer en studio. À partir d’un moment j’ai arrêté les live, j’ai écouté beaucoup d’albums psychés des années soixante, et j’ai fait un LP. Beaucoup de vieux albums que j’aime étaient plutôt brut avec des effets imperceptibles. Créant une vibe mais pas un univers. Pas suffisamment sophistiqués pour créer réellement un univers. J’ai essayé de reproduire certains de ces effets avec du matériel moderne. Grosse erreur. Puis j’ai enregistré mon premier album Abandoned Meander et quelques personnes l’ont trouvé plutôt cool. J’ai donc continué comme ça en faisant de longs breaks entre chaque sorties. Le temps que j’ai passé entre chaque album je l’ai consacré à des recherches psychédéliques. Et me voilà neuf ans plus tard toujours sur la même voie. Je n’ai pas d’agent et je suis le studio et le label. Je n’utilise pas les médias sociaux et j’arrive à peine à encoder mon site web. http://www.andrewdouglasrothbard.com/etc.html

C’est un projet musical qui utilise internet pour distribuer sa musique pas un projet internet qui crée du contenu pour le web. A part ça j’ai découvert que j’étais paumé et inconnu et que ça m’allait parfaitement.

I played in various bands for years, and ended up just going solo at some point. Most of my time spent performing was so that I could trade in those hours for studio time. At a certain point, I stopped playing live, listened to a lot of studio psych albums from the 1960's, and made an LP. A lot of the old albums I liked were pretty crude, with transparent effects. Creating a vibe, but not a world. Not sophisticated enough to actually create a whole world. I tried to replicate some of those sounds with modern equipment. Big mistake. I released my first album Abandoned Meander and a couple of people thought it was pretty cool. I just kept going from there with massive breaks in between. Most the time in between was spent doing other kinds of psychedelic research. Here I am 9 years later still on that same path. I don't have a publicist, and I am the studio and the label. I don't use social media, and can barely code my website. This is a music project that uses the Internet to distribute the music, not an Internet project that creates content for the web. Other than that, I have discovered that I am lost and unknown and that's very acid and absolutely appropriate.

Est-ce que tu vis toujours en Californie et comment se passe ta vie là-bas ?
Do you still live in California and How is life there ?

J’ai déménagé à San Francisco en 1995. J’ai de la chance d’avoir déménagé ici à l’époque et aujourd’hui je trouve assez idiot de ne pas expulser ce lieu de mon système. C’est au-delà du j’aime ou J’aime pas pour moi. Ça a été un périmètre créatif avec des années d’idées superposées que je retrouve à chaque coin de mon quartier. Historiquement, j’avais besoin d’être capable de recréer mentalement mes trips, mes défaites et mes quelques réussites au quotidien pour pouvoir continuer ce projet. La région de la baie n’est qu’une partie de la Californie et la Californie n’est qu’une partie de l’Amérique. je pourrais vivre n’importe où maintenant parce que j’ai vingt ans de musique de valeur faite en Californie à terminer. A ce stade chaque morceau est pour moi un coin de rue de plus.

I moved to San Francisco in 1995. I am lucky to moved here when I did, and rather foolish for not getting the place out of my system by now. It's beyond like or dislike for me. It's been a creative compass with years of ideas superimposed onto every corner of the immediate area. Historically, I needed to be able to mentally recreate drug trips, defeats, and a few actual successes on a daily bases to keep this project going. The bay area is only one version of California, and California is only one version of America. I could live anywhere at this point because I have 20 years worth of music made in California that needs to be finished. Every song is just another street corner to me at this point.

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Ta musique devient de plus en plus électronique et il y a de moins en moins de guitares et de voix, y a t-il une raison particulière ? Cantosynaxis est un peu comme si Richard D James rencontrait Kevin Shields et Bach.
Your music is getting more and more electronic and there is less guitars and vocals,is there a reason ? Cantosynaxis is (sorry) a bit like Richard D James meets Kevin Shields meets Bach.

Je ne suis pas aussi austère que RDJ ou MBV.

Je suis un peu du genre une parodie profonde. C’est ce qui m’a amené du prog à l’acid gaze et au kraut rock. Je suis plus à fond dans Steve Howe en fait. My bloody Relayer ou les trucs du genre. Je ne peux me poser en tant que policier du bon gout quand il s’agit de solo de guitars. Je me suis mis plus à la musique électronique parce que ça devenait un peu bizarre de faire de la musique traditionnelle en solo. La musique électronique est plus basée sur ta relation entre les machines et les logiciels ce qui est plus cohérent que de créer 24 pistes où je joue tout solo. Les machines ont une personalitées de base et semblent ajouter une deuxième âme au projet. Ça a résolu un problème existentiel à à peu près tous les niveaux. Je suis sûr que je n’aurais pas été conscient de ces problèmes si je n’avais pas joué dans des groupes pendant des années. Je pense que mes albums sont devenus plus de la programmation qu’être assis à droite à gauche avec ma guitare à chanter comme je le faisais. C’est un changement qui s’est fait sur du long terme parce qu’avant je travaillais mon chant tous les jours. Quand j’ai commencé à intégrer des machines dans mes compos j’ai senti que je disparaissais dans le mix, et j’ai adoré cette sensation. C’est plus intéressant pour moi d’insérer des données et connecter des modules que de jouer autour d’un feu de camp. En fait c’est une réflexion totale sur mon environnement.

I really am not as austere as RDJ or MBV. I am kind of deep pastiche. This is what brought me back to prog from acid gaze and kraut rock. I'm more into Steve Howe really. My Bloody Relayer or something. I just can't be a taste crime cop when it comes to things like guitar solos. I got deeper into electronic music because it was kind of strange doing more traditional arrangements as a solo person. Electronic music is more about your relationship to hardware or software, which made more sense then just creating 24 tracks of myself playing everything. Machines have base personalities, and seem to add a second mind to the project. This solved an existential dilemma for me on pretty much every level. I'm sure I would have been unaware of this dilemma if I hadn't played on bands for so many years. I think my albums have become more about programming than me sitting around with a guitar and singing like I used to. It was a change that happened over a long period of time, because in the beginning I would work on vocals everyday. When I introduced the machines into the process, I felt like I disappeared in the mix, and I really liked that feeling. Like it's more interesting for me to input data and connect modules than to sit around the campfire. It's a total reflection of my environment.

Concernant la théorie des cinq, Cantosynaxis représente la Parenthèse n’est-ce pas ? Est-ce que tu pourrais nous en dire plus sur cette théorie et comment l’interpréter dans ta musique ?
Concerning the law of five, Cantosynaxis is Parenthesis right ? Could you tell us more about this whole theory and how to interpret it in your music ?

Toute cette théorie a été créé par Robert Anton Wilson et Robert Shea dans les années soixante-dix. Ça vient de leur livre, une trilogie, qui s’appelle Illuminatus.

J’ai récemment relu ces livres et je ne conseillerai à personne de le faire. J’étais juste obsedé par un certain passage du troisième volume et je pensais que c’était suffisamment obscure pour baser une série d’album conceptuel dessus. A l’époque où j’ai sorti Abandoned Meander, la scène musicale en Californie était au sommet du néo-hippisme et c’était assez étrange de voir à quel point les gens prenaient ça au sérieux. Je pense que c’est pour ça que j’ai voulu aller au bout du truc. C’est pareil pour le mythe des années soixante. Biensûr que ce n’était pas magique sauf si tu te crois que ça l’était.

Je pense que l’aspect instrumental sans voix des deux précédents albums correspondent aux cycles tel que je les interprète. La Parenthèse est le cycle de la bureaucratie et je pense que le fait que la moitié des titres de Cantosynaxis soit de la même durée que la moitié de ceux de Frequenseqer révèle sous certains aspects le fait d’être figé sur place. Maintenant que je vais entrer dans le cycle de la Paralysie, je n’ai pas d’autres choix que d’emprunter le chemin qui ramème à la Thèse. Ce qui signifie qu’il va falloir remplir le cercueil avec un peu de tout pour ce long voyage qui mène à la réincarnation.

This whole theory was created by Robert Anton Wilson and Robert Shea in the 1970s. It came from the Illuminatus Trilogy books. I recently read those books again, and I would not suggest anyone read them. I was just obsessed with one certain appendix of the third volume, and thought it was obscure enough to base a series of concept albums on. The music scene around the time I released Abandoned Meander in California was at the peak of neo hippy, and it was kind of strange to see how many people took it seriously. I think that's why I am following through with it. The whole myth of the 60's is like that too. Of course it wasn't magic, unless you believe it was. I think the more instrumental non vocal aspects of the last two albums fit the stages as I interpret them. Parenthesis is the stage of bureaucracy, and I think the fact that Cantosynaxis is as long as Frequenseqer with half the tracks reflects a certain sense of being frozen in place. Now as I enter in the Paralysis stage, I have no choice but to consider it a gate way back to a Thesis. This means we need to pack the coffin with a little bit of everything on the long journey to reincarnation.

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Que penses-tu de la description de Tapes From The Gates à propos des artistes qui de part leurs oeuvres créent une nouvelle mythologie ? Te concernant je trouve que ça marche plutôt bien.
What do you feel about the description from Tapes Of The Gates about artists creating a new mythology ? cos I feel that it works pretty well for you.

Si tu traînes avec moi pendant une semaine, tu réaliseras qu’il vaut mieux se représenter les personnes de façon abstraite. J’aurais probablement dû mourir dans ma vingtaine pour rejoindre un quelconque cercle mythologique. Mon truc principal désormais c’est comment naviguer dans un monde qui quantifie tous les aspects d’une vie numérique en paramètres Internet et embrouille tout processus de vie réelle. Malheureusement pour la plupart des gens la perception de la réalité est forgée par des programmes qui quantifient leurs propres algorithmes. Avant cette ère, c’était plus facile d’être dans le mystique, plus facile de laisser une marque sur une petite tribu et laisser le mythe exploser hors de proportion. La plupart de mes héros ont été délimités par des sites web médiocres et niés par une génération actuelle qui s’est transformée en produit qu’ils se revendent. Ce procédé à fait de milliardaires de non-artistes, sauf si on considère un artiste une personne qui crée des apps.

If you hung out with me for a week, you would realize people are better in the abstract. I probably needed to die in my 20s to join that any sort of mythological circle. My whole thing now is how to navigate a world that quantizes every aspect of digital life through Internet metrics, and confuses that process with actual living. Unfortunately, most people's current perception of reality is being shaped by programs that quantity their own algorithms. It was easy to have mystique before this era. Easy to leave a small mark on a small tribe, and have the myth blow out of proportion. Most of my hero's have been delimited by tacky websites, and negated by a current generation that have turned themselves into a product they have sold back to their selves. This process has made billionaires out of non artists. Unless you consider someone who makes an app an artist.

Concernant les labels, tu es sorti sur plusieurs comme Peaking Mandala, Easterelics, Smooch, Tapes From The Gates, qu’est-ce qui te fais en changer et quelle est ta relation avec ces labels ?
About labels, you’ve been on different like Peaking Mandala , easterelics ( Is that your studio ?), Smooch, Tapes from The Gates, what makes you change and what’s your relationship to these labels ?

À la base j’ai essayé que Sub Pop sorte Abandoned Meander, puis ils m’ont dit de jeter tous mes albums de Freak Folk. Bon conseil. Peaking Mandala était un label que j’ai monté qui a,à ce jour, sorti qu’une seule sortie physique. Ça me semblait parfait juste un seul album alors je l’ai laissé comme ça. Quand j’ai commencé à sortir plus d’albums numériquement j’ai ressenti le besoin d’utiliser un nouveau nom. Easterelics est le nom de mon studio, j’ai donc fini par l’utiliser comme nom de label dernièrement. J’ai aussi sorti un unique morceau sous le nom d’Easterelics, histoire d’embrouiller encore plus les choses. Je ne suis pas sûr de savoir vraiment quoi penser d’un label numérique. Smooch c’était mon ami Andrew, il a plié tout son label et a disparu au Texas. Tapes From The Gates c’est mon ami Chris. Tapes From The Gates est le meilleur label avec lequel j’ai bossé pour l’instant en tant qu’artiste solo. Chris a parlé de les sortir en vinyles et j’espère qu’Il le fera. J’ai tellement de morceau en attente que je ne sais pas si un label pourrait en gérer la sortie. J’adorerais avoir une relation forte avec un vrai label mais en ce moment l’industrie a implosé.

Originally I tried to get Sub Pop to release Abandoned Meander, and they told me to throw away my freak folk albums. Good advice. Peaking Mandala was a label I started that produced one actual physical product. It seemed perfect with just one product so I let it go at that. When I started to release more music digitally, I felt like I needed a new name for the releases. Easterelics is the name of my studio, so I sort of ended up using that recently as a 'label' name. I also released a one-off studio sampler under the name Easterelics, confusing matters more. I'm not sure how to interpret the idea of a digital label really. Smooch was my friend Andrew, and he folded his entire label and disappeared to Texas. Tapes From the Gates is my friend Chris. Tapes From the Gates is the best label I have worked with so far as a solo musician. He has been talking about getting into vinyl, and I hope he does. I have so many tracks in the cue at this point, that I don't really know if any label could handle releasing all the material. I would love to have a strong relationship with a real record label, but the industry has kind of imploded at this point.

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Lors d’une interview à l’époque d’Abandoned Meander, tu as dit que tu n’écoutais aucune musique contemporaine, est-ce que c’est toujours le cas et si non qu’est-ce que tu écoutes et est-ce que ça t’influences ?
In an interview back during Abandoned Meander, you said that you don’t listen to contemporary music is that is still the case and if not what are you listening to and does it influence you ?

Comme je l’ai dit avant, je me suis plongé dans le musique des années soixante et soixante-dix quand je créais Abandoned Meander. Je voulais vraiment essayer de retranscrire au mieux ces sons vintages. Pendant des années le simple fait d’écouter de la musique et d’habiter à San Francisco a été pour moi une étrange voie. Il y a toujours jusqu’à ce jour une propagande du Summer Of Love dans le Haight-Ashbury. Je me suis finalement permis d’écouter certaines de mes musiques préférées des années 80-90 durant l’enregistrement d’Exodusarabesque ( son deuxième album). J’écoutais principalement beaucoup de classiques de Creation et Warp. Je crois que tout ça est devenu vintage maintenant donc je n’écoute toujours pas vraiment de musique contemporaine. C’est le genre de trucs qui me font perdre du temps de sommeil la nuit tu sais ! En ce moment je réécoute la première vague de musique psychédélique et progressive pour contre balancer toute la technologie que j’utilise. Je me suis rendu compte au bout d’un moment que beaucoup de la musique électronique que je faisais sonnait comme Brainticket https://www.youtube.com/watch?v=iNw6jDKLx5E en 1982 ou un truc du genre, donc faut que je fasse avec.

Like I mentioned before, I ended up immersing myself in music from the 1960's and 70's when creating Abandoned Meander. I really wanted to try and get those vintage sounds dialed in right. The combination of only listening to that music and living in San Francisco created a strange portal for me for many years. There is still a lot of Summer of Love propaganda in the Haight to this day. I finally allowed my self to start listening to some of my favorite music of the 1980s and 90's during the making of Exodusarabesque. Mainly I just was listening to a lot of Creation and Warp classics. I guess that stuff is sort of vintage now, so I can safely still not be contemporary. This is the kind of thing I lose sleep about at night you know! Right now I am back to listening to that first wave of psychedelic and progressive because it counterbalances a lot of the technology I am using. I realized after a while that a lot of the electronic music I make sounds like Brainticket in 1982 or something, so I just have to live with that.

Tu as dit aussi dans une autre interview (pour progarchives) que ta musique était “unprogressive”, vraiment ?
You also said in another interview (for progarchive) that you music is « unprogressive », really ?

C’était une pique à Progarchives pour avoir filé à Exodusarabesque une chronique de merde et me demander ensuite une interview. Je pense qu’ils ont plusieurs chroniqueurs, ce qui est un peu une mauvaise idée. Un gars m’aimait bien,et un autre a détesté l’album et ensemble ils m’ont emmené dans leur abîme. En fait j’utilisais pas mal ce site pour apprendre des trucs sur des groups obscures, et je me suis rendu compte que ces prog rockers c’était une scène plutôt rude. Ils ont vraiment des critères très pointus pour accepter ce qui est progressif ou non. Ils sont probablement juste amère de créer de la musique qui est à peu près détesté par tout le monde. Je me définirais comme proto-prog. Je vais toujours chercher de la musique psyché de San Francisco entre 65 et 70 comme une sorte de baromètre qui me permettrait l’entrée à quelque chose comme Canterbury ou vers le prog symphonique italien. Grateful Dead sont totalement proto-prog.

This was a dig on Prog Archives for giving Exodusarabesque a shit review, and then asking me for an interview. I think they have several different moderators, which is kind of a bad idea. One guy liked me, and another hated the album and together they were pulling me into their abyss. I actually use that site a lot to learn about completely obscure bands, and I realized that it's a tough scene with those prog rockers. They really have a tough criteria for what they will accept as progressive. Probably just bitter about creating music that is pretty much hated by the entire world! I would call myself proto prog. I always gut check San Francisco psychedelic 1965-70 as some sort of barometer for what I am doing as an entry point into something like Canterbury or Italian Symphonic Prog. Grateful Dead are total proto prog.

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À l’écoute de ta musique on sent direct que tu es un grand musicien et producteur, comment est-ce que tu écris et est-ce que tu as un instrument avec lequel tu débutes l’écritures ?
Something great about your music is that we can really tell that you’re a great musician and a producer, what’s your writing process and do you have an instrument you start writing with ?

Mon procédé semble être faire des allers retours entre ce que je veux vraiment faire ou pas faire. Et à la dernière minute possible, je me crée une date limite et je fonce jusqu’à la ligne d’arrivée. Je ne me sens jamais confiant de ce que je fais et j’ai toujours envie d’arrêter tous les jours. Un des trucs qui m’a vraiment aidé ces dernières années c’est d’utiliser des synthétiseurs modulables et des séquenceurs pour produire un dialogue créatif entre moi et une sorte de vecteur musical alterné.Ça aide d’arrêter complètement le procédé de penser, ce qui m’est nécessaire pour trouver la musique. Ça m’indique que je ne parviens pas à produire ça que de moi même mais plutôt que ça provient d’un autre lieu. Je ne peux pas arrêter le processus et il n’y a pas d’échappatoire.Ça ne provient pas de cette personne qui déambule et flotte sur cette terre tous les jours. Ça provient d’un subconcient navigateur qui a traversé de grands tronçons pour trouver des lieux silencieux dans lesquels cette information peut être exorcisé. Ça implique l’abandon total de son égo pour se rendre en ces lieux. Seul un idiot s’attribuerait le mérite pour quelque chose comme ça après avoir voyagé dans cette avion.

My process seems to be going through a lot of back and forth as to whether or not I really want to do this. Then at the last possible minute, I create an impossible deadline and race to the finish line. I never feel great about what I am doing and want to quit every day. One of the things that has totally helped me in the last several years is using modular synthesizers and sequencers to generate a creative dialog between me and some kind of alternate musical vector. It helps to stop the thought process completely, which is necessary for me to find the music. This sort of indicates that I am not actually coming up with this on my own, but rather it's being channeled from some other place. I can't stop the process, and it's impossible to walk away. It's not really coming from the living waking person that is floating around this earth every day. It is coming from a subconcious navigator who gone to great lengths to find silent places where this information can be exorcised. That involves total surrender of one's ego self to get to that place. Only a fool would take credit for something like that after traveling to that plane.

Le prochain album est supposé être le dernier de la pentalogie, est-ce que tu travailles dessus en ce moment, as-tu une idée de comment il sonnera et est-ce que ce sera la fin d’Andrew Douglas Rothbard en tant que projet solo ?
The Next album is supposed to be the last in the theory of five, are you working on it right now, do you know how it will sound like and will it be the end of Andrew Douglas Rothbard as a solo project ?

J’ai eu de nombreuses envie d’arrêter et de faire de la musique de façon anonyme ce qui est probablement pas nécessaire. J’ai des fans qui viennent de nulle part tout le temps et me motive exactement au moment où je suis convaincu d’abandonner. En plus de la musique, j’ai tourné des films de 8 et 16 mm pendant des années et je suis sur le point de finir ce que j’appelle “Sound Film Series". Ce sont des images celluloids transformées en morceaux qui ne figurent pas sur un album, mais avec des éléments plus cinématiques bien au-delà d’un clip video. Travailler sur des films m’a causé une dépression profonde il y a des années en fait. J’ai perdu ma capacité à trouver le silence et ma tête était rempli d’images, ce qui courcircuitait mes trips. J’imagine qu’aucun homme ne peut avoir deux maîtres.

I have been having a lot of thoughts of quitting and releasing music anonymously, which is probably unnecessary. I have fans that come out of nowhere all the time and push me along at the exact moment I have made up my mind to stop. In addition to music, I have been shooting 8 and 16mm film for years, and am close to finishing what I call the 'Sound Film Series'. Just celluloid images cut to tracks that never made it onto albums, but with more cinematic elements that go beyond just being music videos. Working with film actually caused me to have a complete nervous breakdown a few years ago. I lost my ability to find silence, and my head was filled with pictures and it just short circuited my trip. No man can have two masters I suppose.

Quel est ton role au côté de Michandi Shalimar http://michandishalimar.com/ et est-ce que tu as plus de collaborations en projet ?
What is your role in Michandi Shalimar ? and do you have more collabs coming ?

Michandi est ma principale collaboration avec ma femme. Ça a commencé sous le nom de Godseye, nom sous lequel nous avons joué pendant un certain temps. Nous créons lentement un nouvel album dans une maison hanté dans l’est d’Oakland. On fait un peu notre phase Freddy Les Griffes De La Nuit avec ce nouvel album, ce sera assez dépouillé et très home studio. À part ça la plupart de mes collaborations ont échouées misérablement. C’est assez dur de bosser avec moi.

Michandi is my main collaboration with my wife. It started out being called Godseye and we were performing under that name for a while. We are slowly creating a new album in a haunted house in East Oakland. We're having a kind of Exile on Main Street moment with the new album, and it's going to be kind of stripped down and very home studio. Other than that, a lot of my planned collabs have failed pretty miserably. I am hard to work with.

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Je suis assez impressionné par tes instruments et principalement ton matos analogique. ( liste de son matos : Coronado XII, Villager XII, EJ-200, Epi Dot, Strat, Supro Arlington Res-O, Wulri Console Piano, SH-101, MC-4, MC-202, TB-303, TR-606, TR-707, JSQ-60, Juno 60, STO, Dixie II, Maths, Optomix, Polivoks VCG/VCF/VCA, Ripples, Disting, Dark Energy CEM3340, EHX Black Finger, 414 MkII, AKG C414, SM-57, Twin Reverb, Sunn 200s, GA73 Pre, 2340-A, 80-8, Echoplex, OC71, OC72, OC75, OC81D, SFT337, Vox, Boards, Words and Ektachrome100-D ) Est-ce que tu utilises un ordinateur ? Qu’est-ce que ça représente pour toi l’analogique a une époque où tous ces logiciels et ces applications démocratisent l’accès à la musique mais aussi le désacralise ?
I’m also really impressed about your gear and specially your analog gear,no computers during the process right ? what analog means to you when all these apps and softwares exist and democratize the access to sound writing but also desecrate it.

J’ai commencé en utilisant un Roland Juno 6 branché dans un ampli de basse à un niveau de décibel assez élevé. J’essayais de recréer le son des conditions de live en studio en faisant des prises micro de basse et en passant le signal dans une ou deux bandes. C’est l’époque bénite où t’étais en mesure de trouver du matos de chez Roland bon marché et où je pouvais remplacer facilement mon Juno pour les tournées. Je pense que j’en ai changé trois fois. Ces dernières années j’utilise un vieux Roland MC pour synchroniser ou contrôler mon Juno avec la 303 ou le SH 101 plus la TR directement dans 1/2 bandes sur 8 pistes. J’ai plus de contrôle sur le son avec comme ça. J’ai commencé à synchroniser de nouveaux eurorack de modules analogique dans le mix pour arriver à des titres comme Mystic Overreach ou Prognoz Relikt. En ce moment j’utilise un Roland MC 4 pour contrôler 4 modules pour lancer avec la CV1, et les fonctions VCA et VCF sont modifiées avec la CV2. Puis je peux synchroniser en din la 303 ou la 202 pour avoir plus de contrôle sur les modules. J’ai une 303 quicksilver qui n’est pas aussi cool que le mod DevilFish mais j’adore le nouveau CPU. J’adore utiliser la 303 comme micro compositeur j’utilise le cv et le gate en sortie pour de nouveaux modules comme Math ou Clouds. C’est comme vivre un rêve de cette façon. Mon objectif maintenant c’est de céer de la polyphonie en utilisant des données lancées pour plusieurs oscillateurs en meme temps et séquencer des accords. Je suis sûr qu’il y a un moyen plus facile d’y parvenir mais en y arrivant de la mauvaise manière ça créera probablement un nouveau son. Quand je n’avais pas une thune, j’appréciais vraiment mes logiciels crackés d’Ableton et Reason mais les synthés sont vraiment creux. J’adore aussi utiliser des échantillons donc parfois l’ordinateur est plus facile à utiliser. Je suis en fait super enthousiaste à l’idée de me choper des eurorack digitaux avec des capacities de façonner plus complexe. J’ai vraiment l’impression que c’est la prochaine ère pour les modulaires . J’étais un hardcore de l’analo jusqu’à ce que j’utilise des instruments modifiables puis j’ai realisé qu’il y avait de la place pour les deux. Enfin l’analo c’est plutôt mortel. Matrix/Runout sur Cantosynaxis c’est juste des synthés Roland synchronisés en Din et des TR enregistrées en une prise sur 1/4 de bande sans overdub. C’est probablement mon morceau préféré sur l’album. Ceci dit j’utilise aussi des ordinateurs sur tous mes albums. Je préfère utiliser du Hardware, des micros et des amplis mais je ne suis pas un puriste pour autant.

I started out using a Roland Juno 6 in a live environment through a bass amp at fairly high decibel levels. I would attempt to recreate the exact sound from stage in the studio trying to mic up the bass cabinet and running the signal to 1" or 2" tape. It was the golden era of being able to find cheap Roland gear, and I was able to easily replace my Juno for tours. I think I went through about 3 of them. For the last several years I started using old Roland MC's to sync or control my Juno with the 303 or SH 101, plus TR's straight to 1/2" tape using about 8 channels. I have a lot more control over the sound using this method. I started syncing newer euro rack analogue modules in this mix, and came up with tracks like Mystic Overreach or Prognoz Relikt. Right now I use a Roland MC 4 to control 4 modules for pitch with CV1, and VCA or VCF functions are modified with the CV2. Then I can Din Sync the 303, or a 202 for more control over more modules. I had my 303 quicksilvered, which is not as cool as the devil fish mod, but I love the new CPU. I love using the 303 as sort of a micro composer, using the cv and gate out to newer modules like Maths or Clouds. That's kind of living the dream right there. My goal now is to create polyphony using just pitch data for several oscillators at once, and start sequencing chords. I am sure there is an easier way to accomplish this, but it will probably create a whole new sound for me in the process by doing it the wrong way. When I had no money, I really appreciated my Reason and Abelton software cracks, but the synth sounds are kind of thin. I also love to use samples, so sometimes the computer is easier to work with. I am actually really interested in getting into some digital euro rack stuff with more complex wave shaping capabilities. I think that's the next wave for modular really. I was hard core analog until I started using Mutable Instruments, and realized there's room for both. Analog is pretty great though. Matrix/Runout on Cantosynaxis is just din synced Roland synths and TRs recorded in one take to 1/4" tape with no overdubs. It is probably one of my favorite tracks on the album. That being said, I use computers on all the albums as well. I prefer to use hardware and amps and mics, but I am not a purist at all.

Cantosynaxis est sorti le 2 Novembre digitalement sur itunes et ton bandcamp et sortira trés prochainement en cassette chez Tapes from the gates, mauvaise synchro ou tu ne pouvais juste pas attendre ?
Cantosynaxis was released the 2nd of November on itunes and your bandcamp and will be soon on tape from Tapes from the gates, bad synchro or you just couldn’t wait ?

Je voulais que l’album sorte le jour des morts.C’était une decision impulsive après quatre ans ou plus de hiatus. Le fait qu’il y ait une sortie cassette qui se fasse après tout ce rituel digital rajoute un petit plus. Je savais que si je choisissais ce jour pour libérer ces morceaux, les Dieux seraient avec moi et me donneraient leurs bénédictions pour le passage au cinquième album. Je peux désormais laisser une trainée convenable de poussière shamanique alors que je sors me chercher des tacos.

I wanted the album to be released on Day of the Dead. It was an impulsive decision after a four plus year hiatus. The fact that there will now be a cassette of the particular digital ritual being performed adds a nice little ripple after the fact. I knew that if I chose that day to unleash those songs, the Gods would be with me and grant me safe passage to album number five. Now I can leave a proper shaman dust trail while I go out and grab some tacos.

Andrew Douglas Rothbard Mixtape

01. Vangelis - Spiral [Excerpt]
02. Peanut Butter Conspiracy - Crystal Tear [ADR Remix]
03. Picchio Dal Pozzo - Merta
04. T.O.N.T.O.S Expanding Head Band - Ferryboat
05. Schicke-Führs-Fröhling - Wizzard
06. ADR - Tense of Presence Tips On Perpetual Precipice
07. Mothers of Invention - King Kong Parts I and II
08. Barretta & Bordeaux - La Drogue
09. Billy Nichols - Life Is Short [ADR Remix]
10. Flower Pot - Wantin' Ain't Gettin' [ADR Remix]
11. ADR - Szczuczyn
12. Heldon - Borelo Pt. 8 Deterrioration
13. Manuel Göttsching - Glorious Fight
14. Moebius & Beerbohm - Narkose
15. GD - Beautiful Jam (Port Chester, New York 2-18-71)
16. Ceyleib People - Tanyet [ADR Remix]
17. Brainticket - Voyage Part 1 [Excerpt]
18. ADR - Prognoz Relikt Minus Wurli Console 65
19. Marks & Lebzelter - Essence Of It's Own


Low Jack - Imaginary Boogie

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Avec Imaginary Boogie, le français Low Jack célèbre dignement la vingt-cinquième sortie du label britannique The Trilogiy Tapes. Et pour le coup, le gars Philippe Halais ne s'est pas payé notre tête. S'en suit un morceau titre qui donne dans le gettho-house version low-BPM, jouant avec les fréquences et des rythmiques à la dynamiques variables, qui donnerait le vertige à un funambule sous keta. Un entrelacs de modulation séquentielles qui broient le cerveau autant qu'elles font bouger les guiboles. Si la suite est bien plus expérimentale, brassage de mélodies élastiques où se fracassent musique noise et techno codéiné, on reste dans l'univers du producteur d'origine hondurienne qui joue avec nos nerfs sur le diptyque TTT Beats (partie I et II) et nous offre un hymne technoïde quasi-religieux avec FM Fields (Swing Mix). Le producteur SLF (sans label fixe: Get The Curse, In Paradisum, L.I.E.S, Delsin) effectue un boulot sans fausse note et continue à se démarquer de du milieu électro parisien en proposant des œuvres indéniablement qualitatives, avec une touche personnelle authentique mais marqué d'une rigueur indiscutable. Chapeau bas.

Audio

Tracklisting

Low Jack - Imaginary Boogie (The Trilogy Tapes, 19 janvier 2015)

01. Imaginary Boogie
02. Scratch Variation
03. TTT Beat I
04. FM Field (Swing Mix)
05. Mallet Theme
06. TTT Beat II


Vessel - Drowned in Water and Light

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Pierre angulaire du label Tri Angle, le jeune prodige anglais Sebastian Gainsborough plus connu sous le nom de , nous avait servi à travers Punish, Honey, un LP d'une qualité rare flirtant avec le dubstep (scène dont il est issu), l'expérimental et la techno, livrant une musique viscérale et dérangeante, mais d'une beauté fascinante. Alors que nous avions malheureusement passé cette immense sortie sous silence, le tout récent clip Drowned in water and light nous permet de faire amende honorable, tant la vidéo rend justice à l'univers malsain mais envoûtant de cet artiste pas tout à fait comme les autres prolongeant la noirceur de ses mélodies par une successions d'images cradingues filmées en Super 8 par le cinéaste Pedro Maia. Un résultat étrange et dérangeant mais dans lequel on se plonge avec un délice pernicieux.

Vidéo

https://www.youtube.com/embed/OVMrp2RBFxY

Tracklisting

Vessel - Punish, Honey (Tri Angle, 2014)

A1. Febrile
A2. Red Sex
A3. Drowned In Water And Light
B1. Euoi
B2. Anima
C1. Black Leaves And Fallen Branches
C2. Kin To Coal
D1. Punish, Honey
D2. DPM


Xiu Xiu - El Naco (Video)

xiuxiuband

Décidément infatigable le groupe de Jamie Stewart, nous offre une seconde vidéo en à peine deux semaines ! Cette fois c’est le morceau El Naco qui est à l’honneur. Toujours tiré de l’album Angel Guts : Red Classroom, dont il s’agit déjà du troisième extrait, le titre ne lésine pas sur les détails scabreux et le clip ne se prive pas d’en faire l’apologie. Pas vraiment étonnant donc de découvrir cette vidéo sur le site ricain Bloody Disgusting, bien connu des fans de films trashouilles donnant dans la tripaille. Après Black Dick uniquement visible sur la chaine cochonne pornhub, Xiu Xiu affirme un peu plus son orientation artistique et n’en fini plus de faire des choix très osés. Et ce dans tous les sens du terme.

El Naco Music Video from jamie stewart on Vimeo.


Xiu Xiu - Black Dick

xiu-embrace

Xiu Xiu ne fait décidément rien comme personne. Son dernier opus Angel Guts: Red Classroom - faisant directement écho au chef-d’œuvre ero-guro du réal nippon et maître du Pinku-Eiga Noburo Tanaka - rompt avec la "légèreté" d'Always et Nina pour retrouver une crudité propre au style du groupe, déjà éprouvée sur les classiques Fabulous Muscles et Women as Lovers. Après un premier extrait, Stupid in the Dark, illustré par un clip bien malsain et gore, menacé par la censure, Jamie Stewart enfonce un peu plus le clou avec Black Dick dont la vidéo, des plus explicites, s'est vu refuser tout hébergement sur canaux musicaux. Récupéré par la plateforme de cul Pornhub, Black Dick s'offre une seconde vie, et à travers ses déboires confère une certaine forme d'échappatoire au X enfermé depuis des décennies dans un style moribond.

Vidéo

INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS


BLACK DICK brought to you by PornHub



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Thurston Moore l'interview

Thurston-Moore2À la question de savoir quelles étaient ses relations avec Sonic Youth - et en particulier Thurston Moore - Glenn Branca, alors interviewé par nos soins en prémisses de l'édition 2011 de la Villette Sonique (lire), n'y allait pas par quatre chemins : Il n’y a pas grand chose à dire. Nous sommes en contact occasionnellement, mais uniquement pour des raisons professionnelles. Même quand nous partageons une affiche ou que nous jouons dans le même festival, nous ne faisons que nous croiser. Pour la plupart des choses, nous ne faisons pas partie du même monde. Ce à quoi l'ancien disciple répond, au cours de l'entrevue qui suit - repêchée aux tréfonds de notre flegmatique insouciance -, J’ai vu Glenn pour la dernière fois il y a peut-être deux ou trois ans, lors d'une interview que je devais faire alors que je travaillais sur mon livre retraçant l’histoire de la No Wave (No Wave: Post-Punk. Underground. New York. 1976-1980, ndlr). Pas l'extase, donc. Mais, en soi, ne pas faire partie du même monde que Glenn Branca est plutôt une chose normale, voir rassurante, tant le visionnaire personnage a irrasciblement été complexe, incapable de la moindre concession. Que l'on s'appelle Thurston Moore ou pas. Lui qui - comme son compère Lee Ranaldo, Michael Gira des Swans ou Page Hamilton d'Helmet - a fait ses classes dans les diverses formations du génial compositeur de The Ascension (1981), avant d'être à l'origine, au sein de Sonic Youth, de l'une des plus fascinantes histoires de la musique contemporaine, dénombrant pas moins de dix-huit albums pour presque autant d'années de carrière. Une longévité et un statut d'icône de l'underground qui expliquent d'ailleurs en quoi le New-Yorkais s'est dérobé dès 1990 - et la sortie de Goo sur Geffen - de la galaxie d'un Glenn Branca n'ayant jamais succombé aux sirènes de la renommée et du pognon facile. Sans forcément vendre son âme, Sonic Youth s'est émancipé d'une No Wave à la fois anguleuse et viscéralement intellectualisée pour faire sienne une trajectoire plus pop, inoculant la verve noise sur la bande FM et accrochant les regards magnétisés de millions d'adolescents américains découvrant MTV. Des clips weirdos et instantanément cool - 100% en constitue un modèle, aujourd'hui suranné - aux tournées monstres en compagnie de Dinosaur Jr et Nirvana - immortalisées par le documentaire 1991, The Year Punk Broke - le groupe fut happé dans l'imaginaire référentiel de toute une génération tels les exégètes de la culture white trash - s'adjugeant les lauriers du Lollapalooza, bien loin des cénacles post-punk de Big Apple. Et si Thurston Moore ne s'est jamais rien interdit en terme d'expérimentation musicale et de relations humaines, ne se retranchant jamais dans sa bulle, la grande tige échevelée est ainsi devenue malgré elle une pop star. En témoigne le foin journaleux engendré par sa séparation avec Kim Gordon et la dissolution en 2011 de Sonic Youth. Une pop star qui s'ignore, certes, mais une pop star quand même, explosant par sa curiosité et ses desiderata les conventions formelles liées à son statut. Car si le désormais quinquagénaire s'est effectivement retrouvé lié à une major - Geffen étant propriété d'Universal -, il créa dès 1996 son propre label, Sonic Youth Recordings, afin de dilapider le versant expérimental de la musique du groupe. De la même façon qu'il répondit plus récemment positivement à une multitude de collaborations, notamment avec Jean-Marc Montera - pour graver dans le sillon ces quelques pérégrinations (Les Anges du péché, septembre 2011) ou même taper un bœuf aux Instants Chavirés -, tout en concoctant au même moment avec Beck une superproduction solitaire (Demolished Thoughts, mai 2011). Des exemples illustrant sa disponibilité en plus d'une profonde emprise avec le temps : dialoguant aisément d'un passé presque objectivé, Thurston Moore n'exprime pas une once de regret, préférant mettre en branle sa capacité à écrire des chansons en fonction de son âge et non d'une époque révolue. L'entretien qui suit s'est tenu il y a presque trois ans dans un confortable hôtel parisien. Presque sans surprise, il conserve toute son acuité, peu de temps après l'annonce de la publication le 7 février prochain d'un 7" dans la plus pure tradition sonique de l'échalas sur Blank Editions, et deux jours avant une grande messe No Wave à la Machine du Moulin Rouge réunissant Thurston Moore et... Glenn Branca (Event FB / concours).

Audio

Entretien avec Thurston Moore

Thurston-Moore1

photo©Emeline Ancel-Pirouelle

Si tu le permets, revenons au tout début de ta carrière. Tu avais tout juste 20 ans quand tu as fondé The Coachmen. Cette énergie punk a-t-elle été pour toi le véritable fil conducteur de l'ensemble de ta carrière ?
Back to the beginning of your career. you were only 20 years old when you began The Coachmen project and I was wondering if you also think that this punk energy has actually helped define your entire career?

Oui, enfin, j’avais 20 ans, euh, non en fait j’avais 19 ans en 1976. C’est marrant parce qu’en fait The Coachmen est un groupe né du milieu de l’école d’art. Tous les musiciens que je rencontrais alors étudiaient à la Rhode Island School of Design, une classe derrière David Byrne et Tina Weymouth des Talking Heads. Et j’aimais vraiment bien les Talking Heads, mais je ne connaissais rien au milieu des écoles d’art. Je ne savais même pas que ça existait et je le regrette : j’aurais bien aimé y aller, mais personne ne m’en avait parlé comme étant chose possible. Finalement, je suis parti à New York à la place, et j’ai rencontré des tas de gens très arty. The Statics, par exemple, étaient des intellectuels. J’étais vraiment fasciné par tout ça. Mais c’était presque tout un autre monde pour moi.

J’étais plutôt à fond dans tout ce que je chantais, des trucs comme The Ramones et puis ce groupe, The Dictators. Tout ça avec un esprit un peu art des rues, détruisant au passage toutes les prétentions du rock. C’est pour ça que je me suis toujours dit que je finirais par jouer dans un groupe un peu dingue, comme les Sex Pistols. Je voulais vraiment en faire partie. J’aurais voulu monter un groupe avec Sid Vicious. Il vivait alors à New York - alors que Nancy Spungen venait d’être assassinée - et je me souviens l’avoir vu dans mon quartier et avoir pensé : J’ai bien envie de lui demander si ça lui dirait de jouer de la basse et de monter un groupe ensemble. C’était l’idée : monter un groupe avec un camé meurtrier venu tout droit d’Angleterre.

Mais au lieu de tout ça, je suis rentré dans l’univers intello de l’art rock. Et ça m’a beaucoup inspiré. Et puis, la scène musicale de New York n’a pas grand chose à voir avec l’énergie punk rock. New York n’a pas vraiment de ça. Il s’agissait plutôt de gens comme Tom Verlaine, David Byrne et Patti Smith - une toute autre esthétique, un peu plus New Wave, au sens originel du terme. Mais l’énergie était aussi très rock et j’ai également été assez influencé par des gens de mon âge qui ont monté leur propre groupe comme The Contorsions ou Teenage Jesus And The Jerks. C’était vraiment intéressant car ils étaient en fait plus profondément punk que tous les groupes catalogués comme tels. En fait, la musique de tous ces groupes dits ‘’punk’’ comme les New York Dolls s’inscrivait dans la lignée du son créé par Chuck Berry. Une destruction totale des traditions. Et c’est ce qui me plaisait. Pour moi, c’était ça, la véritable énergie hardcore.

Yeah, I mean, I was 20 years old, hm, no, I was 19 years old actually on 1976. It’s funny The Coachmen were a band that was sort of coming of an art school tradition. Those musicians that I met were going to the Rhode Island School of Design, they were like the new class after David Byrne and Tina Weymouth of the Talking Heads. And I really liked the Talking Heads, but I didn’t know nothing about art school. I had no idea that it even existed. I wish I did, I would have loved going to art school, but nobody told me that it was a reality. So I went to New York instead, and I met very « art school » people. You know, The Statics were very intellectual. I was very entranced by that. But it was kind of nearly another culture for me.

I was really more into what I was singing, like The Ramones, and this band called The Dictators (laughs). And it had more to do with this kind of street art energy. It was ripping apart the pretentions of rock’n’roll. So I always thought I was going to play music in a band that was more crazy, like the Sex Pistols. I really wanted to be in the Sex Pistols. I wanted to start a band with Sid Vicious. Sid Vicious was living in New York – the whole thing with Nancy Spungen being murdered and killed – and I remember seeing him in my neighbourhood and thinking into myself: « I want to ask Sid if he wants to play bass and start a band together ». That was my idea – to start a band with this british junkie murderer. 

But instead I got involved with this intellectual art rock. And that was, for me, also very inspiring. And so in New York, basically, the music scene hasn’t a lot to do with punk rock energy. New York didn’t really had so much of that. It was more about people like Tom Verlaine, David Byrne and Patti Smith – this other aesthetic, being more like the New Wave, in the old sense of it. But the energy was also very rock and I got very inspired by people of my age who started a band, like The Contorsions or Teenage Jesus and the Jerks. To me it was really exciting because they had more to do with the punk energy than the so-called punk bands. Because the punk bands were playing, like The New York Dolls, this kind of style music that sort of came out of Chuck Berry. In the No Wave bands like Lydia Lunch or DNA, there was no such things as Chuck Berry. It was just total destruction of tradition. And that’s what I liked. To me it was the real hardcore energy. 

Est-ce par le biais de la No Wave que ce sont révélés tes penchants pour l'expérimentation bruitiste et la performance scénique ?
Did the No Wave movement motivate your interest in noise experiment and stage performances?

Oui, tout à fait. Quand Sonic Youth a débuté, il s’agissait vraiment de sortir de la No Wave. DNA nous a beaucoup influencés, tout comme The Theoretical Girls et The Statics, deux groupes dont Glenn Branca faisait partie. On n’était pas beaucoup au début, tu sais. Je crois que c’est bien passé à New York et à Paris, et même un peu à Londres, mais surtout à Berlin. Ceci dit, New York et Paris étaient liées en quelque sorte, avec des labels comme les Parisiens de Ze Records qui avaient fait le voyage à New York. Michel Esteban en était le fondateur et un des premiers à sortir toute une série d’albums No Wave. Et puis, il y avait cette femme, Lizzy Mercier Descloux. Je l’avait vue jouer plusieurs fois. Elle traînait un peu avec Richard Hell, ils étaient même en couple pendant un temps. Il y avait donc vraiment ce lien intéressant entre Paris et New York. Les premiers disques de Métal Urbain ont eu beaucoup d’influence. C’est ce qui m’a plu et c’est de là qu’est venue toute notre énergie, bien plus que de la pop rock des Ramones, The Clash ou des Sex Pistols. On était un peu passé à autre chose, même si cela restait important car ça faisait toujours partie de notre culture.

Yeah, definitely. When Sonic Youth started, it was all about wanting to come out what we were seeing with No Wave music. DNA was really important to us. The Theoretical Girls and The Statics, these two bands Glenn Branca was involved in, were also really important to us. And it was a really small neighbourhood of music at that time, you know. I think it translated more between New York and Paris, and to some extend London, but mostly in Berlin. But there was a real New York/Paris connection, certainly like Ze Records from Paris came over to New York. Michael Esteban had this record label, it’s a french label, and they really started these No Wave records. And it was this woman, Lizzy Mercier Descloux (la compagne d’Esteban, ndlr), she was intern (NDT: elle était stagiaire??), and I used to see her playing live. She was sort of hanging out with Richard Hell and was his girlfriend for a while. So there was this interesting connection, I think, between Paris and New York. Everybody was really inspired by the first records by Métal Urbain. That’s what I liked, that’s kind of where our energy came from, more than pop rock like the Ramones, The Clash or the Sex Pistols. We were kind of over that, even though it was really important to us because it defined our culture. 

Thurston-Moore

Tu parlais de Glenn Branca... Tu as joué par deux fois dans ses orchestres. Celui-ci a par ailleurs été l'un des premiers à croire en Sonic Youth, sortant l'EP Sonic Youth et le premier LP du groupe, Confusion Is Sex, via la structure Neutral créée pour l'occasion. Quelle véritable place a-t-il eu dans ton apprentissage de la chose musicale ? 
You talked about Glenn Branca. You played twice in Branca’s orchestras. He was one of Sonic Youth’s early supporters and he also released your first EP (Sonic Youth) and LP (Confusion Is Sex) on his label, Neutral. How has he influenced your development as a musician? 

Glenn m’a ouvert les yeux quant aux possibilités de la guitare : on n’a pas besoin de suivre la norme pour en jouer. Quand j’ai vu Glenn Branca jouer pour la première fois, je me suis dit : Toutes ces innovations à la guitare sont à la base d’un son vraiment exaltant et plein d’énergie, un peu comme on peut l’entendre dans les disques des Stooges et du MC5. Et quand j’ai vu Glenn Branca jouer en 1977 dans une petite salle, je crois, avec six guitares, il était parvenu à accomplir quelque chose dont je ne pouvais que rêver. Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Il y avait ces longs passages à la guitare, ponctués d’énergie et aux dynamiques variées, mais qui rappelaient vraiment ce qui rendait le rock aussi passionnant à la base, tout en n’adhérant pas aux clichés rock à proprement parler.

Ça m’a vraiment bouleversé, mais je ne m’étais pas rendu compte qu’il accordait ses guitares pour qu’elles ne jouent qu’une seule note. Il avait donc six cordes qui jouaient la même note. Les six guitares devenaient alors presque comme six cordes. Un peu comme si six individus jouaient d’une énorme guitare. L’idée ne m’avait jamais traversé l’esprit. Mais, bien évidemment, c’est faisable. Dès que j’ai compris ça, j'ai pensé : Ah, mais bien sûr, on peut vraiment faire tout ce qu’on veut avec une guitare. C’est le truc le plus punk rock au monde.

Alors j’ai commencé à bosser sur d’autres façons d’accorder ma guitare. Mais, quand Sonic Youth a débuté, j’utilisais toujours un accordage de base. Je me rappelle même une fois, on avait vraiment besoin de guitares pour jouer - on n’avait pas assez d’argent pour s’en acheter -  et il se trouvait que Glenn avait une collection de guitares bas de gamme, vraiment mauvaises. Il nous en a prêté trois ou quatre, les a apportées à mon appartement et je me suis rendu compte qu’il avait taillé la tête des instruments pour les faire ressembler à des lances, des couteaux, et je me suis dit que c’était quand même génial. Avec Kim et Lee, on a pensé : Wouah ! On devrait les garder telles quelles. On était jeunes et libres de faire tout ce qu’on voulait.

Je m’intéressais aussi beaucoup à des groupes comme Television et les Talking Heads, qui apportaient un soin particulier à l’écriture des morceaux. Je voulais composer mes morceaux, mais tout en utilisant une instrumentation alternative, comme les guitares accordées différemment. C’est ce qu’on a fini par devenir : un groupe de compositeurs qui chantent. Glenn n’a jamais vraiment chanté. Enfin, il chantait avec The Statics mais il a arrêté. Je m’intéressais beaucoup à la littérature et je voulais que mes écrits reflètent les valeurs qu’on donnerait à la musique. Donc, pour moi, il s’agissait vraiment de mettre la littérature au même niveau que la musique.

Glenn introduced me to the reality of guitar. Guitars can be played in completely unorthodox way. When I first saw Glenn Branca play, I was thinking to myself: « These musical ideas about guitar playing are a real uplifting and high energy », kind of a fact that I remember hearing from records by The Stooges and the MC5. And when I saw Glenn Branca play for the first time in 1977, maybe in some small little room. with six guitars, he was accomplishing something that I had only fantasized about. And I couldn’t figure how he was doing it. It was like these long pieces of guitar music, there were sort of constantly going through periods of energy and dynamics but with a real reference to what make rock’n’roll so exciting, without being typical rock’n’roll.

I was extremely inspired by it, but I didn’t realize that he was actually tuning the guitars to one note. So he had six strings all tuned to one unique note. The six guitars were almost like six strings. It was like one huge guitar played by six people. The idea never occurred to me that was something you could do. But of course you can do it. As soon I realized what he was doing, I was like: « Oh, of course, you can do anything you want with a guitar ». It’s the most punk rock thing in the world, you know. 

Of course, I started doing different tuning ideas. But when Sonic Youth first started, i twas standard tuning, even then. I remember one point when we needed some guitars to play – we couldn’t afford guitars, we didn’t have any money – and Glenn had a lot of really bad cheap guitars, and he lent us like three or four of them. He brought it over to my apartment and I noticed that he had shaved the head of the guitars, so they were like spires, like knives, which I thought was kind of amazing. I remember Kim [Gordon], Lee [Ranaldo] and myself thinking: « Oh, wow! Let’s just keep them like this ». We were young, we could do whatever we want.
I was also very interested in what was going on with bands like Television or the Talking Heads, wanting to do more music that had more to do with the craft of songwriting. I wanted to write songs, but using this kind of instrumentation, as guitars tuned differently. That’s sort of what we became, more of a band that was a songwriting band singing. Glenn never really sang. I mean he sang with The Statics but he stopped. I was very interested in literature, and I wanted the writing to be people’s values to the music. So, to me, it was all about literature existing on the same page as the music.

Voulais-tu que ta musique soit plus accessible à partir du LP Goo - paru sur Geffen ? 
Did you want your music to be more accessible on the Goo LP?

Je m’en fiche assez d’être accessible ou non. Ce n’était pas notre but.

I don’t really care about accessibility. Nobody had any delusions or aspirations about accessibility.

Mais comment en êtes-vous arrivés à ce résultat plus accessible ?
So how did you get to this more accessible result?

En fait, je pense que quand on a commencé à jouer, les réactions du public étaient plus fortes car on leur proposait de véritables chansons. Je pense que si on était parti sur des morceaux plus longs, peut-être moins accessibles, on n’en serait pas là aujourd’hui. Mais le fait que nous concentrions beaucoup nos efforts sur cet art de la composition et que nous voulions créer un catalogue de chansons tout en faisant beaucoup de clins d’oeil à la pop, tout ça nous a poussés dans cette direction.

D'ailleurs, nous n’avions pas vraiment d’autres ambitions que de passer au Saturday Night Show ou au CBGB. Tout s’est fait petit à petit. On est venu nous demander de faire un album. Quelqu’un a voulu devenir notre manager. Ok, allons-y ! Le manager en question nous propose de signer chez Geffen Records. Et on était genre, OK ! Ça s’est plus ou moins passé ainsi.

Well, I think that when we started playing, people responded more to what we were doing because we actually got songs. I think if we went out with longer pieces of music, maybe less accessible, we probably wouldn’t be here today. But the fact that we really were very focused on the art of the song and trying to create like a catalogue of songs, and having a very strong interest in referencing popular music, that kind of aspire to be on that level.

But we never had any ambitions towards anything except getting on the Saturday Night Show or the CBGB. It just kept running exponentially. People would come to us and ask us to make a record. And eventually somebody wants to manage us. Okay, manage us! That manager says we can have a record deal with Geffen Records. We were like, okay! You know, it was basically very like that.

Confusion Is Sex

Rétrospectivement quel est l'album de Sonic Youth le plus important à tes yeux ?
Could you tell us which album is the most important to you, retrospectively?

D’après moi, c’est notre second album Confusion Is Sex, le plus important. Il s’agit en quelque sorte de notre premier véritable album. Avant ça, c’était comme si on avançait à petits pas. On a juste assemblé vite fait tous ces morceaux dès le premier mois. Notre premier album repose sur un accordage traditionnel. Avec Confusion Is Sex, on a décidé de s’en balancer et de créer différents accordages, en mettant du bruit dans la musique, en gardant à l’esprit la notion de chaos. Plus les années passent et plus on s’améliore au niveau dextérité, mais je ne peux pas mentir en prétendant que je ne jouerais pas encore cet album moi-même.

I think for me the most important album is Confusion Is Sex, the second record we did. In a way it’s like our first real record. The record before that was like these baby steps of the record, you know, the first month we were together, we kind of rubbed these pieces together. That first record is all in traditional tuning. Confusion Is Sex is what we really decided to throw caution to the wind and create different tunings, put stuff in the strings, use a lot of noise in the music. We had a factor of chaos going on. To that first record, we only knew once, that’s why I like it. For it’s like I was not gonna make another record, it’s like that. But the more the years went by, the more dexterity you came in to the playing, so I can’t pretend that personally I would play that record.

Sonic Youth a toujours été proche de toute forme d'art (plastique, cinéma, design) comme en témoigne la récente exposition Sensational Fix (2008). Le fait d'avoir travaillé sur cette exposition et revenir sur vingt-cinq années d'activisme a-t-il eu comme impact de dresser un premier bilan de ta/votre jeunesse éternelle ? De tourner une page ?
Does the fact that you worked on the Sensational Fix exhibition (in Saint-Nazaire in 2008) and have a history of more than twenty-five years of activism have let to turn the page, to do a general overview of your career? 

C’est assez bizarre comme cette exposition a fait le tour du monde sans jamais mettre les pieds à New York - ce qui est fou car c’est là qu’elle est née. Sonic Youth traversait une phase d’énergie rétrospective durant Daydream Nation et par la suite avec Sensational Fix. C’est un peu ce qui arrive quand on joue ensemble depuis aussi longtemps. On commence à célébrer notre histoire, des gens commencent à penser en termes d’héritage musical, des personnes qui n’étaient que des gosses quand nous avons débuté. Ils veulent en faire l’expérience, apprendre de la nôtre, et nous citer en tant que références. C’est ce qui arrive quand le temps passe. On a alors plus de temps pour revenir sur les choses, les étudier. La nostalgie ne m’intéresse pas. J’aime découvrir le passé des gens, je trouve cela important, mais je trouve personnellement que cela m’empêche de produire quelque chose de nouveau.

It’s funny that this exhibition toured all over the world but never came to New York, which is kind of crazy, because that’s sort of where it comes from. There’s been a lot of retrospective energy going into Sonic Youth during Daydream Nation and then doing Sensational Fix. For it was just like, that’s what happen when you’re together for so long. You start celebrating your history, people start being very interested in legacy, people who were children when we were starting out, so they want to experience it, learn from it and reference it. That’s what happen when time goes by, you have enough time to reinvestigate. I’m not very interested in the nostalgia. I like finding out people’s history, I think it’s important, but for me personally I think it prohibits me from doing something new.

Créer le label SYR dès 1996 fut-il une méthode pour ne jamais quitter la création expérimentale et radicale autrefois entendue via le label Neutral puis Blast First ?
Was the creation of the Sonic Youth Recordings label a way to stay into more radical stuff and experimenting a path you started with the Neutral releases?

Ouais, il s’agissait vraiment d’une bonne façon pour nous de sortir notre musique sans ressentir le besoin d’une promo de major, c’est certain. Geffen Records produisait seulement les albums qu’ils pouvaient financer, justement pour qu’ils puissent en assurer la promotion. On n’aurait jamais pu se permettre des compos de vingt minutes avec eux. Ils n’auraient pas su quoi en faire, ça aurait été une perte de temps et d’argent. On sentait tout de même que ça faisait partie de notre processus de création musicale, c’est pour ça qu’on a décidé de monter notre propre label, pour pouvoir offrir ce genre de choses à ceux qui pourraient être intéressés. On ne s’est jamais sentis en rupture vis-à-vis de cette scène, on en a toujours fait partie, mais on a aussi eu l’opportunité de travailler avec des figures importantes du monde du rock.

Yeah. It was a way for us to definitely be able to release music that we fell didn’t need a major label campaign, that’s for sure. Geffen Records was releasing albums they could put money into, so they could promote them. It would be impossible for us to give them a twenty minutes feedback composition. They wouldn’t do anything with it, it’s a waste of their time and their money. But we felt it was a very big part of our music making, and we decided to create a record label just so we can offer this to anybody who might be interested in it. We never felt disconnected from that scène, we’ve always been there, but we also had access to working with a more high-profile world of contemporary rock music.

Thurston Moore

D'ailleurs la neuvième et ultime sortie de SYR est la BO de Simon Werner A Disparu, le film de Fabrice Gobert. AprèsDemonlover d'Olivier Assayas, vous semblez apprécier composer des BO pour des réalisateurs français. Avez-vous un attrait particulier pour la France ou est-ce une question de circonstances ?
The soundtrack for Fabrice Gobert’s movie Simon Werner A Disparu was SY’s 9th album. After Oliver Assayas’sDemonlover, it looks like you’re rather appealed by working with French directors. Is this the expression of a particular interest in France or just a coincidence? 

C’est une sorte de coïncidence. Oliver Assayas est venu vers nous. On connaissait un peu ses films, et l’intérêt était réciproque. En revanche pour Simon Werner A Disparu, c’est le réalisateur et le producteur qui voulaient savoir si on était intéressé par une collaboration. On ne savait pas trop qui ils étaient vraiment, on se demandait ce que le film racontait. Et comme l’histoire nous intriguait, on a décidé de le faire car c’était une pause dans notre routine habituelle : écrire des morceaux, partir en tournée, faire d’autres morceaux, partir en tournée... C’est un film intéressant, la BO est assez cool par conséquent. Je ne savais pas trop si les gens allaient y prêter attention. Je pensais que l’album disparaitrait de la circulation immédiatement. Et puis, finalement, beaucoup de gens ont commencé à se dire qu'il s'agissait du meilleur album de Sonic Youth - ce qui est assez bizarre car la plupart des morceaux sont des instrumentations longues à base de guitares. D'ailleurs, on aurait peut-être dû creuser un peu plus de ce côté-là, oublier les morceaux de pop expérimentale. Je pense en avoir trop écrit et bien que j’adore le faire, j’ai envie de passer à autre chose. Si je dois continuer dans cette voie-là, je le ferai mais avec une approche complètement différente, un peu plus lo-fi, en solo, sur des 7”. Mais avec ce que Sonic Youth a apporté sur Confusion Is Sex, cet instinct primaire.

It’s kind of a coincidence. Olivier Assayas was somebody who came to us, we ware aware of his films, and we have some mutual influence. The other film, Simon Werner A Disparu, that was just the director and the producer who were curious if we wanted to work with them. It was less of a situation where we knew who they were, so it’s kind of curious. What is this film about? It seemed kind of intriguing and we basically decided to do it because it took us away from what we always do, which is making a new song, going on tour, recording a new song, going on tour… We actually said: « Okay, let’s do this soundtrack music ». It’s an interesting film to do music for. And subsequently, the soundtrack is kind of a cool record. I wasn’t quite sure that anybody would notice it. I think it would disappear immediately. But a lot of people were like: « Oh, this is the best Sonic Youth’s record we’ve heard! », which is really interesting to me because the music was all very instrumental and long, you know, it was long pieces of music, and I maybe think that people really like this longer experimental investigations of guitar music. Maybe that’s where we should go more involved – forget about the experimental pop songs, because I feel I wrote so many of those in a way, and I love doing that, but I don’t really have a desire to keep doing that. If I have to do it, I’ll do it in a very different way, in a minor way, as solo music, put it on some small 7″. But what Sonic Youth returned to the more of the vibe that was going on with Confusion Is Sex, more primal.

Ta carrière discographique solo - exceptées tes nombreuses collaborations - n'a commencé qu'en 1995 avec Psychic Hearts et ne compte finalement que trois LP, Demolished Thoughts compris. Est-ce dire que tu as toujours eu besoin des autres pour exprimer tes idées ? 
Let’s talk about your solo career. It started in 1995 with Psychic Hearts. Demolished Thoughts was released only three years after Trees Outside the Academy. Was it the result of your wanting to give your career a more personal turn?

Je pense que cela reflète la pureté des deux dernières années de ma vie. Je passais beaucoup de temps à écrire dans l’optique d’être un jour publié. Et puis j’ai commencé à composer à la guitare en revenant vers ces carnets emplis de poèmes pour les transformer en chansons. Ce n’est pas nouveau pour moi, je l’ai déjà fait avant. Mais une grande partie de ces écrits avaient pour thème la crise de la quarantaine - tu sais, alors que je m’approche de la cinquantaine, ainsi que la spiritualité, l’identité, le rapport aux autres et ce que je ressens en pensant au futur. Je ne cherchais pas vraiment de réponses à tout cela, je voulais juste réfléchir un peu sur les émotions et les sentiments au cœur du questionnement fondamental lié à la foi, aux ténèbres. C’est devenu la base de l’album.

J’appréhendais un peu d'en faire un enregistrement. Peut-être parce qu’il y réside pas mal de tristesse, trop de mélancolie. Mais je me suis aussi rendu compte que c’était un peu vrai. Je souhaitais juste l’enregistrer seul, et en faire un tirage limité. Je ne savais pas trop ce que je faisais. Mais, les chansons étaient là, et je me demandais quoi en faire. C’est ainsi que j’ai rencontré Beck, l’été dernier, et que je lui en ai parlé. Je ne lui ai pas vraiment décrit les morceaux, je mentionnais juste une guitare acoustique et le fait que je pensais en faire un album, avec de la harpe et du violon, en tant que trio.

I think it reflects on the purity in my life for the last two years. I was writing a lot, and a lot of it had to do with wanting to publish some writing. And I started to write some music on the guitar and went into these notebooks that have been writing of poems, and I made them into songs, which is something I’ve done before, it’s not new. But a lot of the writings had to do with this reflexion on being middle-aged, you know, going to my 50’s, and thinking about spirituality, identity, relationships with people, and how I feel about the future. I was not looking for any answers of anything, I just wanted to have some reflexion on emotions and feelings of trying to understand the mystery of faith and darkness. That became very central to the record.

I was a little afraid of doing this music as a recording. Maybe there was too much sadness in it, too much melancholy. But I also realized that it was kind of the truth (laughs). So I didn’t know what to do. I was going to just record it alone, and then maybe just do a small pressing of it or something. I had no clear idea of what I wanted to do. But I did have the songs and I was like: « What am I going to do with these songs? ». So I ran into Beck last summer and I told him about it. I didn’t tell him what kinf of songs they were. I did tell him that there was just an acoustic guitar and that I was thinking of doing a record with a violin and a harp, as a trio. 

THURSTON-MOORE-Demolished-Thoughts

En quoi Beck était-il le producteur idéal pour cet album ?
Why was Beck the ideal producer for this album?

Il m’a demandé de passer à son studio chez lui en Californie, et je suis venu. Je n’arrêtais pas de me dire : Je vais peut-être me sentir plus à l’aise en dehors de mon propre espace de vie. Il faut que j’aille en Californie pour voir ce qui va se passer avec ces morceaux une fois hors de leur lieu de création. J’ai juste demandé à Beck s’il serait d’accord pour produire l’album et il a accepté ! J’ai appelé la violoniste et la harpiste en leur disant : On va enregistrer en Californie. On avait prévu de le faire dans mon salon. Tout le monde était d’accord, les deux filles étaient ravies de devoir partir en Californie.

On est arrivés chez lui et alors que l’enregistrement avait commencé, je voyais bien qu’il avait compris que le sentiment de crise était au cœur de pas mal de mes morceaux. Il a donc réagi en leurs donnant beaucoup de couleurs. Tout était vraiment en blanc et noir, un peu désolé, à la base. Et il a commencé à ajouter d’autres nuances, notamment grâce au violon. Son langage musical est très sophistiqué, la façon qu’il a d’écouter le violon, son sens des accords, surtout quand il a commencé le mixage des morceaux. Tout a été enregistré et mixé au même moment : j’enregistrais un morceau pendant que lui était dans une autre pièce à travailler sur une autre chanson. Tout se passait en même temps. J’ai commencé à me rendre compte que cette musique se transformait en quelque chose de plus grand. Il y a mis beaucoup de lumière. C’était tout à coup très mélodieux.

On se promenait tous les jours le long de la plage pour parler des choses. Il y a une photo dans l’album où l’on peut voir Beck à la plage avec les deux filles. On était vraiment dans cet état d’esprit.

He asked me to look at his studio in his house and I did. It was in California. And I just kept thinking to myself: « Maybe I would feel better if I removed myself from my own living space. Go to California and see what this music would sound like in a place where it’s removed from its source ». I asked Beck if he wanted to produce the record, and he said yes!

So I called up the violin player and the harp player and I said: « We’re going to California to record ». We were gonna record in my house, in my living-room. Everybody was ready to do that, but these two girls were really happy to go to California, of course.

So we went to Beck’s house and I just started  recording this music, and I could tell while he was listening to it that he could sens that the music had a lot to do with the feeling of crisis. He started responding to it by giving a lot of color to it. It was very black and white, very stark. And he started adding a lot of tonal color to it, especially with the violin. He also started coming up with melodic ideas to play, and so he would tell the musicians to listen to what he was playing and asked if they could do such or such note on the harp or on the violin. I could see him being very sophisticated in his musical language – the way he was listening to the violin, his sense of tuning, and especially when he started mixing the songs. They were recorded and mixed at the same time: I was recording one song, he was in the other room mixing another one. It was all happening at the same time. I started hearing this music becoming something more. He put a lot of light on it. All the sudden it was very sweet. 

Everyday I would have these long walks with Beck, we went down to the beach, and we talked about things. There’s a picture in the record where you can see Beck on the beach with the two girls. That’s pretty much the vibe that we were in.

Le titre de cet album - Demolished Thoughts - n'est-il pas évocateur d'un certain désenchantement qu'exprime cette volonté de faire un album presque uniquement acoustique ?
Talking about Demolished Thoughts, did you choose this title to reflect the melancholy you were talking about? Is it to reflect the willingness to get rid of your previous style in order to start afresh?

Le titre vient d’un morceau de Faith, It’s Time. J’ai cherché les paroles du morceau un jour et je suis tombé sur Demolished thoughts fall from my head, ou un truc du genre. Je me suis juste dit qu’un jour en 1981, un gamin de 16 ans avait écrit ça et c’était vraiment de la magnifique poésie spontanée. Il y a quelque chose de zen ou de bouddhiste dans l’acte même de vouloir détruire ses pensées. Cela correspondait assez à toutes mes pensées et réflexions lors de la composition de l’album. Beaucoup de ces pensées venaient de conflits, de sentiments de colère, de doute et de dépression. Je me disais que d’une certaine façon, toutes ces pensées sont comme à un stade de démolition interne, mais on devrait aussi les voir comme une sorte de beau carnage, ou au moins quelque chose mû par une certaine beauté. J’essayais alors de trouver une image mentale qui correspondrait à tout cela.

Il y réside aussi un certain élément un peu comique, dans cette idée des pensées démolies. Cela me faisait penser à un marteau qui ferait exploser un ballon, laissant s’échapper les pensées qui se briseraient en mille morceaux. J’avais pensé à plusieurs titres pour l’album avant d’en arriver là. J’avais en fait déjà utilisé ce nom pour jouer avec Jay Mascis l’année dernière, pour notre groupe de reprises hardcore. On jouait sous le nom de Demolished Thoughts. On a fait un, non, deux concerts en deux jours au festival SXSW au Texas. Je m’étais vraiment attaché au nom et je me suis juste dit que ça pourrait faire un bon nom de scène. C’est dommage que ça n’ait pas duré. Alors, je me suis dit que j’allais juste donner ce nom à mon album : j’avais en tête tous ces titres romantiques un peu longuets et poétiques alors à première vue, Demolished Thoughts ne me paraissait pas vraiment adapté.

The title comes from the song It’s Time by The Faith. One day I looked up the lyrics to the songs and one of the lines was « Demolished thoughts fall from my head » or something like that. And I just thought that some 16 years old wrote this in 1981 or something and that it was really beautiful spontaneous poetry. There was something really zen or buddhist in this idea of demolishing your thoughts. For me it was like a lot of I was contemplating and thinking about when I was writing this record. A lot of thoughts were based on conflict and dealing with anger, disbelieve, depression. I just thought, in a way, all these ideas are these thoughts that are not only in a state of demolition but they should be looked upon as some kind of beautiful carnage or something as a certain beauty. I was trying to come up with a visual image of what that would be. 

There was something also very comical about it, the idea of demolished thoughts, I was thinking of a thoughts balloon and a hammer cracking into it, the thoughts crashing into million pieces or something. But I had different titles for the record, before I had that one around for a while. I used it for a band name when I did a band with J. Mascis, last year, where we covered all these hardcore songs. We called the band Demolished Thoughts. We did one show, no, two shows in two days, at SXSW festival in Texas. I really became attached to the name and just thought it was such a good band name – it’s too bad it didn’t last. And I thought, maybe I’ll name the album like that, because I had all of these romantic names for the record, much more as long and poetic lines. Demolished Thoughts at first sounded kind of wrong. This music is so acoustic and floating, and to give it this title was really rough, almost violent. To me it’s just very evocative, but I don’t have any real idea why that title works. But I know it does work.

Questions : Thibault
Entretien : Calogero Marotta
Retranscription : Emeline Ancel-Pirouelle
Traduction : Simone Apocalypse


Chaos Physique – The Science Of Chaotic Solutions

cpOn savait Amaury Cambuzat performant avec Ulan Bator, groupe expérimental issu de nos contrées. Il se montre tout aussi prolifique, décalé et intéressant dans ce qu'il produit, avec son label Acid Cobra Records, basé en Angleterre, cet album de Chaos Physique constituant l'éclatante preuve de l'intérêt que peut susciter son catalogue. A l'instar de ce que font des structures hexagonales comme Kythibong, Ruminance ou A tant rêver du roi, Le Son du Maquis ou encore Clapping Music, Acid Cobra Records s'adonne à la gestion de groupes aux styles non-conventionnels, et ce brillant opus de huit titres met à l'honneur un trio qui, pour un coup d'essai, réalise un sans-faute.

Qu'il opte pour un climat psyché répétitif et obsédant (Cul De Sac, excellente entrée  en matière), sur un format outrepassant les cinq minutes, réitère le même procédé sur un format moins étendu (Sun Run Fun Gun et sa trame toute en retenue, dotée d'un arrière-plan menaçant à tout moment de rompre), ou impose une plage courte et rythmée (l'entraînant Litany For A Monkey, noisy et mené par l'implacable batterie de Pier Mecca), Chaos Physique fait preuve, d'emblée, d'un savoir-faire déroutant. L'amorce est donc concluante et Spaghetti Frogs, qui vient prolonger ce qu'exhale Litany For A Monkey, nous régale d'un krautrock digne de Neu !, le tout dans une ambiance alerte et grinçante du plus bel effet.

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En outre, la diversité des atmosphères ne nuit aucunement à la valeur du rendu, et le trio, au sein duquel se distingue également Diego Vinciarelli, bassiste de Sexy Rexy dont l'album éponyme captive tout autant que celui décrit en ces lignes, fort de ce premier volet probant, enfonce le clou sur les titres restants, à commencer par Jeux De Promesses qui voit le chant en français, qui ne dépareille nullement, prendre les manettes. Psychédélique, sombre, à la linéarité rompue par la frappe sobre de Pier, il complète et étoffe parfaitement la palette liée à ce premier long-jet, Amaury y allant de son chant songeur, et trouve en Arum Titan, le morceau suivant, son digne prolongement. Textuellement, comme dans le climat qui s'en dégage, ce dernier s'avère attrayant au possible, posé aussi, mais porteur, comme nombre des chansons de l'opus, d'un enrobage sonore obscur et tendu, parfaitement élaboré.

Chaos Physique réinstaure ensuite un krautrock vivace sur Neutrons Protons, incoercible et animé par une guitare volubile. Sa durée réduite lui permet de plus d'afficher un mordant constant, et met à genoux un auditeur déjà conquis par ce qu'il vient d'entendre.

C'est alors que se profile Socrate Rook, pièce maîtresse de ce disque majeur, d'une durée atteignant les treize minutes. On y oscille entre rêverie haut perchée, digne des groupes actuels ou passés  les plus « enfumés », et soubresauts rythmiques et soniques jouissifs, un fracas sonore indescriptible mettant fin à cet ultime plage de la plus belle des manières.

Pour conclure, on se trouve ici en présence d'un disque précieux, digne du parcours et de la dextérité de ses géniteurs, parfaitement représentatif de leur esprit et excellent de bout en bout. Et qui donne, de surcroît, l'irrépressible envie de découvrir les autres groupes de ce label hautement recommandable.

Audio

Chaos Physique - Litany For A Monkey

Vidéo

 

Tracklist

Chaos Physique – The Science Of Chaotic Solutions (Jestrai/Acid Cobra Records, 2009)

1. Cul De Sac
2. Sun Run Fun Gun
3. Litany For A Monkey
4. Spaghetti Frog
5. Jeux De Promesses
6. Arum Titan
7. Neutrons Protons
8. Socrate Rook


AFCGT – afcgt

6167AFCGT, c'est avant tout un groupe composé d'ex A-frames. Ces derniers avaient sortis 2 ou 3 LP's d'un post punk incompris par la grande majorité, encensé par les autres. Depuis, un des mecs d'A-Frames est parti monter The Intelligence, le reste de la troupe a quant à elle visiblement eu envie de rattraper le temps perdu et a fondé The A Frames and the Climax Golden Twins (AFCGT). L'album éponyme qui s'en ait suivi, se compose de 7 titres qui m'ont rappelé des scènes embarrassantes durant lesquelles on simule de l'intérêt ou de la compréhension pour les musiques dites expérimentales. Inutile donc de se lancer dans un procès en fausse érudition, le terme « expérimentale » appliqué au champ musical est sûrement celui à l'origine d'un nombre croissant de fanfares publicitaires et de branlettes intellectuelles. Pour faire vite : de la piste 3 à 7, tous les morceaux sont dispensables. Le reste de l'album sonne comme du sludge pété (Black Mark) et un master class western rock sous drogues (Two legged Dog).

Nicolas

Audio

AFCGT - Black Mark

Tracklist

AFCGT – afcgt (Sub Pop, 2010)

1. Black Mark
2. Two Legged Dog
3. Nacht
4. New Punk 27
5. Reasonably Nautical
6. New Punk
7. Slide 9


Ben Frost

benfrost2009sideLe festival barcelonais Sonar fut pris d’un véritable coup de froid lorsque que l’australien, islandais d’adoption, Ben Frost fit souffler un vent glacial à l’intérieur de la cathédral catalane devant des centaines de spectateurs soufflés par la bête. L’architecte sonore nous revient avec un album au caractère tout aussi effrayant, à la limite du drone et de l’electro-experimental. Frost parachute l’auditeur dans des contrées désertiques et en proie au danger des éléments naturels comme sur Killshot, Carpathians. Synthèse crépusculaire de fascination et d’horreur pure, le musicien allie ronflement de machines, distorsions industrielles et mélodies électronica sensorielles. Les loups rôdent, tantôt inquiétants Híbakúsja, parfois hargneux Trough The Rough Of Your Mouth mais près à chaque instant à vous sauter à la gorge.

Audio

Ben Frost - The Carpathians

Ben Frost - Killshot


Fennesz - Black Sea

fenneszblackseaUne référence sans doute à cette mer Noire, de l’est européen, portes de l’Orient, symbole d’une certaine forme d’exotisme à notre portée. Une mer d’un autre temps, le rivage de Syrtes comme le suggérait Julien Gracq, qui nous renvoie tout à la fois à la mythologie grecque (Jason et les argonautes, aux Scythes en Crimée) qu’à des stations balnéaires désuètes de Bulgarie ou de Roumanie, à des périodes obscures de la guerre froide, à Odessa (référence à James Gray et son Little Odessa) et son port (et peut être une industrie dépassée).
La pochette de cet album nous y renvoie immédiatement, nous voilà débarqués sur les côtes de la mer aveugle comme la surnommaient les romains. Des côtes pour le moins maîtrisées et laborieuses… On y distingue au loin comme une ville surgissant de la brume, et des rails ensevelis, rappelant d’autres heures, plus glorieuses.Comme si la mer reprenait le dessus. Une image finalement plutôt optimiste, comme une ode à la nature. Si nous devions revenir plus particulièrement à la musique du compositeur autrichien, ce n’est sans doute pas sous ce vocable que nous la qualifierions. Fennesz officie davantage dans un registre mélancolique même si ce terme, en l’occurrence, en critique musicale a été largement galvaudé.
Ce nouvel album, qui s’inscrit dans la lignée de « Venice » donne l’occasion au musicien de développer ce qu’il avait commencé à laisser entrevoir avec son précédent disque et plus antérieurement avec « Endless summer ». J’en vois certains lui reprocher déjà un certain manque de renouvellement. Mais qu’importe, à quoi bon faire autre chose quand on est au firmament de son art et de son expression. Fennesz a semble t’il trouvé sa voix, en tout cas, jusqu’à nouvel ordre.
Ici sur ce « Black Sea », il s’illustre par l’alternance qu’il fait de longues pièces aux climats variées et de titres plus concis. Il ouvre l’album avec le titre éponyme qui s’étend sur plus de 10 minutes et sur lequel il développe sur la durée sa perception de la mélodie. Il enchevêtre ses textures et ses nappes avec précisions à ses guitares claires ou au contraire saturées, préfigurant la houle. Le reste de l’album nous plonge dans de multiples suggestions de la pensée, et inspire diverses attitudes à son écoute. Certains titres comme « Glide » (joué avec Rosy Parlane en live) expriment très nettement ces différents états que l’on traverse en tant qu’auditeur à l’écoute du disque : des rires aux larmes, de la peur à la joie, du dépaysement au cloisonnement.  Il œuvre donc à nouveau avec ce disque,  à un travail sonore qui lui appartient pleinement et qui le distingue de la composition musicale actuelle, même si d’autres sont déjà derrière à suivre sa trace. L’appréciation de « Black Sea » se fera sans doute lentement, mais à chaque nouvelle écoute on découvrira des richesses et subtilités que l’on ne soupçonnait pas. Il s’agit donc d’une musique onirique en somme…

Cyril

Audio

Fennesz - Saffron Revolution

Tracklist

Fennesz - Black Sea (Touch, 2009)

1. Black Sea
2. The Colour of Three
3. Perfume for Winter
4. Grey Scale
5. Glide
6. Glass Ceiling
7. Vacuum
8. Saffron Revolution