Hz Monthly Mixtape – september 16

L’Hz Monthly Mixtape de rentrée, la rédaction a rendu ses devoirs de vacances. à télécharger ici ou écouter plus bas.

Tracklist

01 - Clipping - Long Way Away (intro)
02 - Pye Corner Audio - Lost Ways
03 - Ela Orleans - You Go Through Me
04 - Slava - I've Got Feelings Too
05 - Dono Detti - Machanic Control
06 - Rae Sremmurd - Black Beatles (feat. Gucci Mane)
07 - Giraffage – Hello
08 - Anna Homler and Steve Moshier - Ee Chê
09 - Edmony Krater, Zepiss - Sonjé pa pléré
10 - Martin Dupont - Inside Out
11 - Las Kellis - Sugar beat
12 - His Clancyness - Isolation Culture
13 - Serpentwithfeet - Redemption
14 - Poets of the Machine – Arabs
15 - Claude Rodap – Tempete
16 - Crazy Gang - Every Sunday
17 - Experimental Products - Glowing In The Dark
18 - Dreamtrak - Odyssey, Pt. 2 (A. G. Cook Remix)
19 - Susumu Hirasawa - Archetype Engine
20 - My Disco - Our decade (Regis Mix)
21 - Nick Klein - Christian Rock Concert
22 - VIOLENCE – Psycud
23 - Soda Plains – Destroyment
24 - These Hidden Hands - SZ31X71
25 - Coàgul - Un Barri Sec


Ela Orleans - Upper Hell

Il est des disques qui vous donnent l'envie de dépasser le simple exercice de la chronique, tentative parfois bien trop restrictive pour mettre en valeur la beauté qu'ils recèlent. Certains d’entre eux n'ont besoin que d'eux-mêmes pour exister. Ils ne vous transportent pas vers une simple satisfaction faite de plaisir purement auditif mais ouvrent des portes vers des univers insoupçonnés qui mettent en éveil bien plus d'un sens. Ces œuvres sont rares, uniques en leur genre et donc par adéquation d'une préciosité infinie.

Ela Orleans, au travers d'une discographie aussi atypique que remarquable se démarquant de tout code conventionnel, ne cesse d'alimenter son propre univers bien loin de toute aliénation à des influences plus ou moins bien digérées. Auteure de dix albums en sept ans alliant expérimentations sonores et conception cinématographique de sa musique sur fond de mélodies souvent pastorales, cette Polonaise ayant vécu un temps à New York avant de s’installer à Glasgow forge son destin bien loin des sentiers battus avec une audace qui n’a d’égal que le talent et l’obstination qu’elle met à tracer sa propre route faite de sonorités synthétiques froides et urbaines, d’ambiances chaudes et attachantes. Loin de rompre ce fil d’Ariane lui permettant de poursuivre son chemin dans le dédale de ses aspirations musicales aussi fascinantes qu’oniriques, Upper Hell, album sorti chez HB Recordings le 27 avril sous la houlette du producteur et musicien Howie B, apparaît comme la suite logique de Tumult In Clouds, la fascinante artiste invoquant de nouveau l’esprit d’Aleister Crowley, écrivain occultiste et astronome britannique du début du siècle dernier. L’enfer, ça n’est donc pas les autres semble-t-elle clamer tout au long des huit merveilles du monde des ténèbres composant cette descente aux enfers.

Ela Press Photo 2

L’introductif Dark Floor plante derechef le décor tout au long d’une entêtante ritournelle funèbre avant que le voyage ne se poursuive sur la River Acheron, inquiétante traversée  où le chant laisse la place à la diction, ce morceau n’étant pas sans rappeler l’Imperfect List de Big Hard Excellent Fish. C’est alors qu’Ela Orleans laisse transparaître ses aspirations les plus électro-pop, The Sky And The Ghost se jouant des modèles du genre agrémentant le propos de somptueuses harmonies vocales, chants de sirènes auxquelles il serait vain de tenter de résister. L’instrumental Secret Hands opère crescendo son effet dévastateur avant que l’implacable We Are One n’instaure une dose supplémentaire de dramaturgie sur fond de musique traditionnelle écossaise. Car la véritable réussite d’Upper Hell est bien dans le fait que la compositrice, qui juxtaposait lors de ses essais précédents les variations synthétiques, passe un cap supplémentaire en les associant, créant ainsi d’improbables symbioses ayant pour effet d’enrichir et de magnifier ses compositions. City Of Dis, morceau hybride oscillant entre l’indus le plus pur et l’électro-disco et Upon The Abysses visant de surcroît à mettre en avant les aspirations cinématographiques de sa musique en sont de parfaites illustrations. On pense alors avoir tout vécu, tout ressenti au fil de ce parcours initiatique d’une richesse insoupçonnée mélangeant les genres autour d’une thématique d’une implacable cohérence. C’était sans compter sur ce Through Me en forme d’adieu, délicieux chant du cygne aussi délicat qu’improbable soutenu par les voix de Katrina Mitchell and Stephen McRobbie des Pastels, divin adoubement et preuve ultime que la pop peut s’écrire et se jouer à bien plus d’un genre. Même les deux pieds en enfer, on peut parfois entendre chanter les oiseaux du paradis.

Upper Hell ne fera pas office dans la discographie d’Ela Orleans de simple élément complémentaire mais s’inscrira assurément dans le temps comme une pierre angulaire supportant le poids de ses œuvres passées tout en créant l’alchimie des genres qui alimentera à n’en pas douter ses essais futurs. Artiste d’ores et déjà unique, ce nouvel album lui permet de transcender son propre style, sa propre identité la rendant de ce fait encore plus précieuse dans ce paysage musical si aseptisé. Bénissez ce disque ou plutôt vouez-lui le culte qui se doit. Que l’on parle d’enfer ou de paradis, indéniablement il est ici question de grâce.

Ela Orleans sera cette année au programme de la Villette Sonique (lire). Ci-après, retrouvez en exclusivité la vidéo du morceau Dark Floor. 

Vidéo (PREMIERE)

Vidéo

Tracklist

Ela Orleans_Upper Hell_Packshot
Ela Orleans - Upper Hell (HB Recordings, 2015)

1. Dark Floor
2. River Acheron
3. The Sky And The Ghost
4. Secret Hands
5. We Are One
6. City Of Dis
7. Upon The Abysses
8. Through Me


Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


Ela Orleans - Tumult in Clouds

Avec Mars is Heaven (lire), paru en novembre de l'année 2011 via La Station RadarEla Orleans semblait atteindre un point d'équilibre fragile et miraculeux entre trame narrative, homogénéité de l'écriture et indicible beauté des arrangements. Une excursion baignée d'apesanteur dans les méandres duveteux et accidentés d'une adaptation d'un conte fantastique écrit par Ray Bradbury, doublée d'un accomplissement personnel et artistique maturé en prolongement d'une prolixe discographie débutée quatre ans plus tôt avec l'aride Low Sun/High Moon - réédité récemment en version cassette par Clan Destine Records (lire). Mais les apparences sont souvent trompeuses et la Polonaise résidant désormais à Glasgow n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Épaulant son ami Carl dans l'aventure sans cesse plus remarquable du label Clan Destine, Ela multiplie aussi bien les projets que les collaborations et participe - entre autres - au split The Statement (lire) partagé avec Dirty Beaches, Slim Twig et U.S. Girls, et ce tout en prêtant ingénieusement le flanc à la relecture avec la compilation de remixes Ela and Thee Prophets, où, pour ne citer qu'eux, Dan Melchior, Mushy, Nattymari et Os Ovni se réapproprient ses graciles compositions. Égrené en très petite quantité en décembre 2012, cette inénarrable re-contextualisation d'un univers si caractéristique dans des territoires musicaux franchement étrangers, telle la transfiguration house de She Who Could Bind You par Pyramids of Mu, étonne tout autant qu'elle met en perspective l'immense variété d'interprétation d'une oeuvre poétique et polysémique : d'un océan de larmes peut naître une douce comptine. Constat que confirme le récent Tumult in Clouds, mais à rebrousse-chemin : ne dédaignant pas l'affranchissement stylistique, ce double LP sculpte, en presque vingt morceaux, les contours d'un classicisme, référencé et inspiré, tutoyant allègrement les codes de l'intemporel. Après une première écoute - et outre les morceaux déjà dévoilés à l'occasion de l'ultime single du label digital Beko (lire) - Tumult in Clouds semble avoir toujours été nôtre : cette paisible mélancolie étirée sur l'entière longueur de l'album s'insinue à la manière d'un voyage onirique éprouvé, hors de toute temporalité sommaire et où l'on se plaît à divaguer sans autre but que la poursuite d'un dialogue intérieur à peine conscient. Bande sonore aux multiples recoins, aux innombrables mises en abîme, le cheminement s'opère à la fois dans le brouillard harmonieux d'infinies plages instrumentales (Dark WoodLeopard, Risky Trip to the World), parfois parsemées de samples soulignant leur dimension cinématographique (l'introductive All Men, la sublime A Jealous Lover), mais aussi à l'aune d'astres objets de toutes les fascinations : de l'élégiaque clin d'œil en français dans le texte J'ai Bien du Chagrin, tiré du catalogue de Françoise Hardy, au blues céleste d'In the Night et Light at Dawn, sans oublier le langoureux chef-d'œuvre grimé d'insomnie que constitue le morceau-titre Tumult in Clouds. S'accordant deux détours insolites avec Longing, fourmillant de beats électro, et Your Fame, crépitante et conclusive saillie punk, Tumult in Clouds pose de la sorte les jalons de sa propre succession : là où l'inquiétude se fait expérimentation.

Vidéo (PREMIERE)

Audio

Entretien avec Ela Orleans

Tumult in Clouds est un double album qui contient à la fois des nouveaux et anciens titres. Comment l’as-tu imaginé et dans quel état d’esprit l’as-tu écrit ?
This new album is a double album consisted of news and older songs. How did you imagine it and in what state of mind did you write it?

J’avais en tête un voyage musical, un genre de livre de poésies, ou un livre de psaumes. Je voulais qu’il soit lyrique et méditatif. Cette année, j’ai fait un peu de DJing avec Carl et j’ai écouté énormément de disques... Maintenant je tente de déceler ce qui rend certains titres intemporels. Je recherche des qualités dans le rythme, la mélodie, l’espace et la dynamique. J’essaie aussi de protéger mon innocence et d’éviter d’avoir une attitude cynique envers la musique.

Et quant à l’état d’esprit, je ne sais jamais comment mon état général peut affecter mes enregistrements. Quand je travaille, je n’ai pas conscience de ressentir quoi que ce soit. En revanche, si tu lis les poèmes que j’ai adaptés pour cet album ou même si tu analyses les titres, tu peux te rendre compte rapidement que l’album est plutôt triste.

L’année dernière, trois morceaux ont été sortis digitalement par Beko DSL. Ils ont été diffusés virtuellement grâce aux blogs, ce qui est génial, mais je trouvais ça dommage de ne pas en avoir de copie physique. Ils s’accordent parfaitement avec la dynamique de l’enregistrement, c’est pour ça que j’ai décidé de les intégrer. Tous les autres titres sont nouveaux et inédits.

I had an idea of a musical journey in the style of a poetry book, or book of psalms. I wanted it to be lyrical and contemplative. I have been DJ-ing with Carl a bit and listened to enormous number of records this year. So now I am trying to detect what is it exactly what makes some of them timeless. I am searching for these qualities in rhythm, melody, space and dynamic. I also look for ways to protect my innocence and try to avoid getting too cynical about music.

As per my state of mind, I am never sure how my general state reflects on my recording. When I am at work I am not aware of feeling anything at all. On the other hand if you read the poems I adapted for this record or even scan the titles, you may quickly realize that the mood is rather grave.

Indeed there are three pieces, which were digitally released by Beko DSL last year. They got some virtual exposure over the blog sphere, which was great, but I thought that not having a physical copy of them is a bit of a shame and since they fit perfectly with the record dynamic I decided to take them in. All the other songs are all new and unheard. 
Pourquoi as-tu décidé d’appeler ton nouvel album Tumult in Clouds ? Quel est le rapport entre ce titre et le contenu de l’album ?
Why did you call your album Tumult in Clouds? In what does this title introduce the contents of the record?

C’est le titre phare de l’album. Je crois que ce titre évoque exactement le sentiment d’inquiétude qui est l’humeur principale de l’album. L’enregistrement de cette chanson a été l’apogée de ce projet et j’avais envie de souligner son importance en appelant le disque entier Tumult in Clouds. La chanson est une adaptation libre d’un poème écrit par W.B. Yeats, « An Irish Airman Foresees His Death » ("Un homme irlandais prévoit sa mort"), dans lequel le poète décrit les circonstances de la mort de son ami Major Robert Gregory, un pilote de la première guerre mondiale abattu, par erreur, lors d’une mission en Italie.

It's the title of the song from the record (side C track 4). I thought it quite accurately suggests an apprehensive feel, which is the predominant mood of the album. Recording of this song was for me the creative culmination of the project and I wanted to underline its importance by naming the record after its title. The song is a loose adaptation of the poem by W. B. Yeats  "An Irish Airman Foresees His Death" in which the poet describes the circumstances surrounding the death of his friend Major Robert Gregory, who served as a pilot during the First World War and was shot down over Italy (by mistake).

Comment pourrais-tu décrire ton évolution d’écriture et de son depuis Mars is Heaven ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your Mars is Heaven?

Je crois que l’évolution arrive tout naturellement pour ceux qui travaillent et recherchent. Depuis que j’ai déménagé en Grande-Bretagne, j’ai la chance de pouvoir travailler presque exclusivement dans le domaine musical, ce qui est un grand progrès, et il me semble que le nombre d’opportunités a doublé ou triplé pour moi. J’ai aussi pu constater qu’il y a une plus grande diversité dans les projets qu’on me propose. Je fais toujours l’effort d’améliorer la qualité et j’approfondis mes connaissances sur l’orchestration et le son mais je veux tout réaliser moi-même, je ne précipite rien. Travailler pour un label m’a permis de sortir de mon monde, de montrer du soutien et d'être soutenue par d’autres artistes. Du début à la fin, cette année fut la plus difficile de ma carrière tant positivement que négativement ; elle m’a certainement rendue plus forte et m’a montré comment me concentrer sur ce qui en vaut la peine et ceux qui me sont chers.

I think for everybody who keeps working and searching, evolution comes naturally. Having opportunity to work almost exclusively on music is a huge progress for me since I moved to UK. It seems like the number of musical opportunities doubled or tripled. Also since I settled in Glasgow, the variety of projects is much greater. It definitely gave me a little bit more freedom and confidence. I press for better quality and I am not rushing anything. I am widening my knowledge about orchestration and sound but also I want it to be mine. Working for the label also helped me to get out of my own box and show support and be inspired by fellow artists. This has been from the start till the end the most difficult year ever (in a good and a bad way); it certainly toughened and made me more focused on everything what is worth and dear to me. I think the experience resonates in my music.

Depuis 2011, tu es installée en Grande-Bretagne, à Glasgow depuis janvier 2012. Est-ce ton vrai premier album britannique ? Quel influence a la Grande-Bretagne sur toi ?
You lived in UK since 2011 (in Glasgow since January 2012). Is it your first and real British album? In what does UK influence your music?

Je reste toujours très polonaise, haha ! J’ai des problèmes à mettre en relation l’art, la nationalité ou le sexe. Je ne reconnais pas ces catégories - si on ne parle pas de la musique folk. Mais ta question est intéressante, disons que cet album a été enregistré dans un endroit parfait. J’ai commencé à enregistrer ici et je suis ravie d’être de retour. Je suis particulièrement influencée par la musique britannique, surtout le post-punk et le trip-hop. Petite, je préférais l’ours Paddington à Mickey Mouse, mais la vraie raison pour laquelle je me sens comme à la maison ici est le sens de l’humour.

I still remain very Polish ha! I have trouble connecting art with nationality or gender. I never recognize these categories (unless we are talking about folk music). But your question interestingly gave me an answer... Let's say this record was made in the right place. I started my recording journey here and I am glad to be back. I am decidedly influenced by British culture. I am particularly influenced by British post punk and trip hop. As a kid I felt more for Paddington Bear than for Mickey Mouse. But what really makes me feel at home is the sense of humor.

Sur la reprise J’ai Bien du Chagrin de Françoise Hardy, tu chantes pour la première fois en français. Est-ce une manière de retourner l’attention que te porte ce pays ?
With the Françoise Hardy's cover J'ai Bien du Chagrin, you sing in French for the first time. Is it a way of returning all the attention which this country carries you?

C’est un clin d’œil à mon public français, c’est sûr. Mon français n’est pas au point alors j’espère que je ne vais offenser personne. Je suis plutôt étonnée par le succès que j’ai ici et j’espère que mon public français va encore s’agrandir. J’adore jouer en France.

It is a little curtsey in the direction of my audience in France for sure. My French is rubbish, so I just hope it will not offend anybody. I am quite amazed by the attention I get there and only hope my audience in France grows. I love playing there.

Est-ce que tu pourrais expliquer le concept d’Ela and Thee Prophets ?
Can you explain the concept of Ela and Thee Prophets?

J’ai fait quelques remixes, je les ai trouvée extrêmement inspirants, et je me suis demandé ce que j’aurais en retour en laissant en libre accès mes morceaux. Carl pensait que ça pouvait servir de prétexte pour regrouper des amis sur une compilation LP limitée du label. Le titre de ce remix est un clin d’œil aux grands dubs masters, qui sont ma principale source d’inspiration et Thee Temple ov Psychick Youth, la bible de Clan Destine Records.

I did a few remixes myself and found it incredibly inspiring, so I wondered how would that be to give stems of my music away and wait for what comes back? Carl thought this would be a great pretext to put together friends and artists on the label and make a limited run compilation LP. The title of the remix is a wink in the direction of great dub masters, who are my major inspiration and Thee Temple ov Psychick Youth - Clan Destine Record's bible.
Tu travailles avec Carl de Clan Destine Records. Est-ce une source de motivation de plus pour produire ta propre musique ?
You're working with Carl for Clan Destine Records. Is it a source of additional motivation to produce your own music?

Bien sûr. C’est d’autant plus logique que j’enregistre avec Clan Destine car on habite dans la même maison. Depuis 2011, j’ai sorti sept singles avec Clan Destine : NEO PI-R (cassette et LP), High Moon/Low Sun (réédition cassette), 80 Minutes of Funk (cassette avec Curt Crackrach), Statement (cassette avec Dirty Beaches, Slim Twig et U.S. Girls), Ela and Thee Prophets (remix LP) et Tumult in Clouds.

On tourne et on fait du DJing ensemble. Nous sommes une bonne équipe ; on connait très bien nos rôles. Carl a une connaissance musicale incroyable et il partage généreusement son expérience. Il a monté tous mes enregistrements depuis Mars is Heaven et il est également mon principal conseiller sur les mixes finaux. Nous sommes une équipe mais aussi les meilleurs amis du monde. Je sais qu’il me dirait si ma jupe était accidentellement coincée dans ma culotte - musicalement aussi.

Naturally. It makes more sense that I release on Clan Destine since we live in the same house. Since 2011 I was involved in seven releases with Clan Destine. NEO PI-R - Tape and LP, High Moon/Low Sun – re-release on Tape, 80 Minutes of Funk - split Cassette with Curt Crackrach, Statement - 4-way split LP with Dirty Beaches, Slim Twig and U.S. Girls, Ela and Thee Prophets - remix LP and Tumult in Clouds - 2LP.

We tour together and we DJ together. We are a good team; we know our roles at this point pretty well. Carl’s knowledge about music and sound is insane and he shares his expertise generously. He has been mastering all my records since “Mars is Heaven” and is my main advisor in final mixes. We are partners but also best friends so I know he would tell me if my skirt got accidentally tucked in my knickers (musically too).

Quels sont tes nouveaux projets ?
What are your next projects?

Peut-être une compil’ de cinq CD avec hartzine ??!!! Haha ! J’ai quelques idées en tête. Pour l’instant, je suis obligée de me reposer jusqu’à la fin du mois de mars. Je devrais avoir les idées un peu plus claires - sois sûr que je te tiendrai au courant.

I have a few ideas but. Perhaps 5xCD solo box set with the zine… there is so much in my head. I am forced to rest till March. I will let you know then.

Traduction : Alexandra & Julien Strelcova.

Tracklisting

Ela Orleans - Tumult in Clouds (Clan Destine Records, 2012)

A1. A Jealous Lover
A2. Kinolab
A3. Dark Wood
A4. This Is
A5. Nocturne

B1. Clangers in the Night
B2. Leopard
B3. Longing
B4. Station in Shadows
B5. Light at Dawn

C1. J'ai Bien du Chagrin
C2. Diving Into the Wreck
C3. Risky Trip to the Underworld
C4. Tumult in Clouds

D1. All Men
D2. Where Are You
D3. Your Fame
D4. Rolling Waters
D5. In the Night

Ela Orleans - Ela and Thee Prophets (Clan Destine Records, 2012)

A1. Axon Terminal Voices (Silver Strain Remix)
A2. Amsler Grid (Slim Twig Remix)
A3. The Season (The-Drum Remix)
A4. She Who Could BIND You (Pyramids of MU Remix)
A5. Apparatus (Skitter Remix)

B1. Something Higher (Dan Melchior Remix)
B2. I Know (Mushy Remix)
B3. Planet Mars (Os Ovni Remix)
B4. Light at Dawn (Nattymari Remix)
B5. Walkingman (Fostercare Remix)
B6. Living World (U.S. Girls Remix)


On y était - Ela Orleans au Point Éphémère

L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère le 22 mars dernier dans la cadre du festival Les Femmes S'en Mêlent. Au programme, Ela Orleans, Christine And The Queen et Le Volume Courbe.

Photos

Vidéo


Ela Orleans - Mars Is Heaven

A vrai dire, j'ai quelque peu hésité à lancer mes mots en pâture lorsque j'ai reçu, par le biais de mains bien intentionnées, le tant attendu Mars Is Heaven. Car à suivre par l'écrit les faits et gestes discographiques d'une artiste à l'activité aussi débordante qu'Ela Orleans, une amicale complaisance est susceptible de s’immiscer dans la voilure des opinions et ouvrir inconsciemment à cette voie royale de l’ineptie critique. Après Lost, Double Feature, partagé avec Dirty Beaches (La Station Radar, Atelier Ciseaux), et la cassette NEO PI-R (Clan Destine Records), ce nouveau LP remet convenablement les pendules à l'heure et m'ôte d'un même mouvement toute crainte de redite conciliante tant il déroge dans son écriture et son homogénéité à l'expérimentalisme de chambrée de ses valeureux prédécesseurs. Sans une once de soupçon, un avant-goût de la trame cinématique de Mars Is Heaven nous avait été révélée en janvier dernier via la fructueuse collaboration entre La Station Radar et le label digital Beko s'ouvrant sur Black and White Flight, morceau à la beauté lunaire certaine. Ode onirique à l'apesanteur, la mise en image conçue pour l'occasion induisait déjà l'hommage de la Polonaise à l'encontre de Mars Is Heaven, nouvelle fantastique écrite par Ray Bradbury dont elle s'est inspirée de bout en bout dans la confection de ce disque.

L'histoire en question, la voici ici contée selon les annotations d'Ela : "Des astronautes s'envolent pour Mars et découvrent une fois sur place une petite ville au décor idyllique où vivent tous leurs proches. Ils commencent alors à croire que Mars n'est autre que le Paradis, celui que l'on rejoint après la mort. Mais après s'être éloignés de leur vaisseau spatial, tous meurent, piégés par des extraterrestres ayant créé cette illusion de toutes pièces." Écrit à New-York et amoureusement masterisé par Carl Clandestine, Mars Is Heaven tient donc tant à la fois de l'Olympe que du phantasme, à savoir de cette délicate immixtion entre la caresse d'une voix vespérale, triturée, et la promesse d'une instrumentation mate et veloutée, volontairement passéiste, conviant avec parcimonie sur fond de collages et de boucles sonores, piano, guitare et batterie. Nonobstant une certaine légèreté, drapée dans ses plus beaux atours mélodiques (Planet Mars, Into the Woods), on devine cette fêlure mélancolique transperçant de part en part un disque habité, où l'apparente quiétude recèle son lot d'indicibles craintes. A la manière de John Black, capitaine du vaisseau échoué sur Mars, et conscient malgré lui que quelque chose se trame, on ressent à l'aune des deux instrumentaux Mars Is Heaven l'ambiguïté d'une atmosphère oscillant entre calme emprunté (part 1) et panique avérée (part 2). L'intensité dramatique insufflée par Take My Hand, notamment lors de l'apparition d'une rythmique tout azimut, trouve sa réplique sépulcrale sur Falling, ballade lo-fi, où les vocalises se dédoublent entre timbre clair, inquiet, et échoïsations fantasmagoriques. On se plaît alors à écouter Wonderful Us tel un générique de fin - à la musicalité gracile et désuète, ostensiblement balayée d'un chant rasséréné - où le nom des acteurs défile en surimpression de scènes de paisibles désolations, entre corps décharnés et immondices matérielles abandonnées. Précisément là où le paradis stellaire se meut en enfer extraterrestre.

Audio (Première)

Tracklist

Ela Orleans - Mars Is Heaven (La Station Radar / Atelier Ciseaux, 2011)
Art work by Fleur D
Sortie officielle le 9 Novembre 2011

Side A
01. Black and White Flight
02. Mars Is Heaven part 1
03. Planet Mars
04. Take My Hand

Side B
05. Mars Is Heaven part 2
06. Into the Woods
07. Falling
08. Wonderful Us

Vidéo


Double Feature w/ Ela Orleans & Dirty Beaches

De graciles volutes de piano introduisent dans l'alcôve de notre nuit la splendeur déroutante de Double Feature, split vinyle réunissant deux amis inspirés, Alex Zhang Hungtai, ou Dirty Beaches selon son nom de scène, et Ela Orleans, exilée pour quelques mois encore à New-York. S'agissant de leur rencontre, Alex lève le voile : "J’ai contacté Ela après avoir découvert sa musique sur MySpace. Je l’ai invitée à jouer avec moi lors d’un concert à New-York au cours d’une tournée américaine. Elle nous a hébergés, nous préparant le meilleur des petits-déjeuners. (...) Ela était déjà chez la Station Radar, et Fleur et Jérôme ont eu la gentillesse de me demander si je ne voulais pas sortir quelque chose pour eux. C’est à ce moment que Shawn a découvert la musique d’Ela, et que nous sommes tous devenus amis." Une amitié gravée dans le sillon sous les hospices donc d'une bienveillante co-production réunissant les labels français La Station Radar et Atelier Ciseaux, en plus de Night People, Shawn Reed, son fondateur, par ailleurs membre de Wet Hair, étant à l'origine de l'artwork soigné, sur papier recyclé. Et si deux morceaux, I Know et Don't Let the Devil Find You, grappillés sur chacune des faces, furent éventés en début d'année via la compilation Double Deluxe Fold - à télécharger par ici - l'ensemble laisse coi, tant par l'originalité diffuse de son contenu au sein même de la discographie de ses prolixes géniteurs, que par l'indicible cohérence émanant de cette sémillante collaboration.

Aux confins d'une impénétrable obscurité, l'onirisme serein et enivrant déployé par celle, récemment responsable d'une cassette, NEO PI-R (lire) parue sur Clan Destine Records, se projette sans effort en contre-point de la besogne, intense et charnelle, de son double antithétique, auteur il y a peu de Badlands (Zoo Music) et incarnant, dans l'acier de ses pérégrinations, le phantasme éveillé de l'exilé détroussé, sans cesse en quête d'un ailleurs qui ne lui appartiendra jamais. Tous deux déracinés - Alex est de Taïwan, Ela d'Auschwitz - on devine à quel point la fuite, le temps d'une évanescence noctambule pour l'une, d'une voie ferrée subjuguée pour l'autre, se pare d'un commun attrait, d'une fascination fondamentale, se lovant, sans acrimonie aucune, aux entournures d'une nostalgie évocatrice et créatrice, indissociable de leur musique. Si prompte à convoquer les spectres angoissants de ses entrelacs psychiques, Ela révèle ici, paradoxalement, une demi-douzaine de cartes postales, jaunies et écornées, dont la douceur et la quiétude s'affranchissent des oboles séculières. De leur beauté insomniaque, où la voix profonde et androgyne d'Ela s'exécute au rythme d'un clavier à la parcimonie jubilatoire et de quelques notes de guitares savamment samplées, Neverend et I Know occupent les deux cimes d'un continuum entamé par le mirifique instrumental Tides and Shadows, à la nudité confondante. Entre, Somewhere et In the Night, telle une réponse de l'une à l'autre, cerclent Vertigo, cinématique rêverie dénuée de chant, selon quelques aphorismes et mesures empruntées au jazz, transmuant d'un spleen anthracite à l'enchantement mélancolique. A peine effacé d'un sable brûlant l'empreinte d'un tel océan vespéral, Dirty Beaches entonne pied au plancher God Speed, étourdissante course-poursuite d'un horizon inexorable sur l'asphalte rectiligne de la grande Amérique. L’essoufflement gagne, le soleil nauséeux plombe l'espoir famélique et l'enfer se fait terrestre, épousant les contours d'un chant du cygne désabusé, rossé de réalité, avec Crosses puis Death Valley, chaotique chemin de croix instrumental. Sur Don't Let the Devil Find You, la voix d'Alex, toujours aussi proche de celle d'un Alan Vega croquignolant, fleure l'impossible rédemption dans l'acétone de guitares revêches, tandis que le diptyque L Train / A Train laisse présager, à l'orée d'un crépuscule délétère et la poussière de rails interminables, l'éternel recommencement guettant le migrant. Double Feature ou la caresse de l'ombre virant à l'infamie criblée de feu.

Portrait, interview et mixtape d'Ela Orleans, ici.
Portrait, interview et mixtape de Dirty Beaches, ici.

Audio

01. Ela Orleans - Somewhere
02. Ela Orleans - Neverend
03. Ela Orleans - I Know

01. Dirty Beaches - Don't Let the Devil Find You
02. Dirty Beaches - God Speed

Vidéo

Tracklist

Double Feature w/ Ela Orleans & Dirty Beaches (La Station Radar / Atelier Ciseaux / Night People, 2011)

Side A - Ela Orleans

01. Tides and Shadows
02. Neverend
03. Somewhere
04. Vertigo
05. In the Night
06. I know

Side B - Dirty Beaches

07. God Speed
08. Crosses
09. Death Valley
10. Don't Let the Devil Find You
11. L train
12. A train


Ela Orleans - NEO PI-R


ela-cover-frontNEO PI-R
, cassette éditée à cent exemplaires par Clan Destine Records et disponible par ici, chipe donc à Mars is Heaven, LP à paraître en septembre prochain sur les labels La Station Radar et Atelier Ciseaux, la succession de Lost, mirifique second album d'Ela Orleans. La même qui, après nous avoir gratifié d'une mixtape et d'une interview, est venue à Paris donner un concert - en sus d'une session privée - dans le cadre d'une soirée unique, le 7 mars dernier - souvenez-vous. Mais, écoute après écoute, force est de constater que l'habilement nommé NEO PI-R (1) est loin de l'avoir volé, quand bien même Planète Mars, seul morceau dévoilé à ce jour de Mars is Heaven, laisse augurer du meilleur. Abandonnant les volutes énigmatiques d'un violon sinueux et torturé à Lost, NEO PI-R se pare de textures lo-fi où samples, effets de voix et synthétiseurs créent une unité narrative stupéfiante, presque confondante tant on est porté à croire que chacun des seize morceaux composant le maillage onirique de cet album est à son exacte place. Comme si la confection expérimentale d'une seule de ces pièces auditives avait appelé la suivante, selon une chimie et une cohérence seyant parfaitement au support cassette. Partageant avec Lost une même cartographie noctambule d'un psychisme ambivalent, où s'entremêlent, par le biais de vocalises tonalement dissemblables, songes éveillés et cauchemars éventés, le continuum NEO PI-R dévoile une intimité, inquiète et mouvante, à la fragilité magnétique. Un dénuement susceptible - à la faveur de plages instrumentales (Night Ride - part 1 & 2, Three Stages of Sleep) ou hantées (Voices - part 3, Voices - part 1), étreignant d'un écrin volubile une poignée d'instantanés admirablement chantés (Apparatus, My Friend Angel, Walking Man) - de ne se déployer que dans les interstices d'une nuit conférant à chaque bruit ou grincement, la musicalité ondoyante et pénétrante des grandes œuvres.

Entretien avec Ela Orleans

ela-cover-front2

Quelle est le fil conducteur de NEO PI-R ? Qu'est-ce qui t'a hanté, habité pendant toute sa conception ? Après Lost, cet album est-il une sorte de thérapie mentale comme le suggère son titre, NEO PI-R ?
What is the main thread of NEO PI-R? What haunted you during its creation? What was your state of mind? After Lost, is it a therapy mental as suggests it its title, NEO PI-R?

NEO PI-R est juste une nouvelle preuve de ma dévotion pour la musique qui me hante depuis mes 8 ans. J'ai toujours traité la musique comme une thérapie. Le titre peut aussi bien suggérer l'histoire d'une lutte personnelle ou d'un bien-être individuel. Cela dépend de ce que toi tu veux en faire. Je ne pense pas que tu veuilles savoir dans quel état d'esprit j'étais lors de la production de ce travail et je préfère aussi l'oublier. Le plus important aujourd'hui étant... que je suis toujours là et que je fais ce que je veux.

NEO PI-R is just another proof of my dedication to music, which has been haunting me since I was eight years old. I always treated music as a personal therapy. The tittles can either suggest the story of personal struggle or personal well being. It's up to you tho what you want to make out of it. You certainly don't want to hear about my state of mind at the time i was producing this material and I rather forget it also. The important thing is: I am still around and I am doing what I want to do.

L'écoute de NEO PI-R s'avère bien différente de tes deux autres albums. On sent une unité narrative plus intense. As-tu travaillé cet aspect-là, avec la volonté de réaliser une bande originale propice à la mise en image ?
The listening of NEO PI-R is very different than your two other albums. We feel a more intense narrative unity. Did you work this aspect there, with the will to realize a soundtrack convenient to videos?

J'ai fait les vidéos après. Clan Destine Records a décidé de sortir le disque. Je ne suis pas certain pour l'intensité narrative car la plupart des titres sur l'enregistrement ont un langage inventé ou sont répétitives. Des cercles contemplatifs de pensées basiques.

I made the videos after Clan Destine Records decided to put out the tape. I am not sure about intense narrative. Most of the songs on the tape have either made up language or are repetitive, contemplating circles of plain thoughts.

ela-cover-back

En quoi se projet diffère-t-il de tes deux autres à venir sur La Station Radar (Mars is Heaven), Night People (Play Fascination) et Clan Destine Records (Fingers) ? Le fait de le sortir via Clan Destine Records t'offre-t-il plus de liberté stylistique, expérimentale ?
In what this project is different from your three others to appear on La Station Radar (Mars is Heaven) and Night People (Play Fascination) and Clan Destine (Fingers)? The fact of realised it via Clan Destine Records does it offer you more stylistic and experimental freedom?

Ce projet est ma première sortie avec Clan Destine Records qui sera suivit d'un LP, Fingers, plus tard cette année. Quand je travaille sur le contenu d'un album, je fais attention à l'intégrité. Je n'essaie pas de reproduire ce que j'ai fait avant, mais faire quelque chose de différent n'est pas non plus mon objectif. Si ça vient, c'est de manière naturelle. Si ça ne vient pas, je ne vais pas forcer le truc. Travailler sur un disque est un jeu purement centré sur ma propre esthétique. Dans la vraie vie, je me sens acceptée par mes amis que je sois habillé en pyjama ou en Armani. Et comme je traite mes fans comme des amis potentiels (mais pas des amants potentiels) je peux juste espérer que cette analogie s'applique à ma musique. Je ne m'intéresse pas vraiment aux tendances dans la musique de mes amis ou de la mienne, je suis trop occupée à travailler sur mon truc.

The tape is my first release on Clan Destine Records and will be followed by the 12" LP Fingers later this year. When I build the material for an album, I care about integrity. I am not trying to replicate what I did before, but doing something different is not my agenda either. If it comes, it must come naturally, if it doesn't, I am not going to force it. Working on a record is purely self centered play with my own aesthetic. In real life I  feel accepted by my friends whether I am wearing pajamas or Armani. Since I treat my fans like potential friends (not like potential lovers) I can only hope this analogy will apply to my music. Also I don't care much about currents in musical careers of my friends or my own, I am seriously busy working on stuff.

Walkingman est particulièrement belle, émotionnelle. Comment as-tu conçu cette chanson ?
Walkingman is particularly beautiful, emotional. How did you conceive of that song?

Cette chanson est une tentative de simplification d'arrangements lyriques (ça sonne compliqué, hein ?!). J'étais sous l'influence de The Walk, la collection de nouvelles de Robert Waiser. Pour moi cette chanson parle du repos, du calme, qui est mon état préféré actuellement.

The song is an attempt of simplification of lyrical arrangement (that sounds complicated ha ha!!!). I was under the great influence of The Walk - the collection of Robert Walser's short stories. To me the song is about being quiet, which is my favorite and current state.

Traduction : Virginie Polanski

Audio

Vidéos

Tracklisting

side A

1. Apparatus
2. Window Smoker
3. Night Ride (part two)
4. Voices (part three)
5. Axon Terminal
6. Living World
7. 5-HTTLPR
8. My Friend Angel

side B

1. Falling
2. Walking Man
3. Three Stages of Sleep
4. Night Ride (part one)
5. Voices (part one)
6. Safeguard Action
7. Synapse Dive
8. Polygraph

Notes

(1) Le Neuroticism-Extroversion-Openness Personality Inventory Test, usuellement dénommé NEO PI-R, est une méthode d'analyse utilisée en psychiatrie pour brosser des profils psychologiques vis-à-vis des cinq principaux traits de la personnalité que sont le névrosisme, soit le contraire de la stabilité émotionnelle, l'extraversion, l'ouverture, l'agréabilité et la conscience.


Ela Orleans - Walking Man

image-2

Chose promise, chose due, Ela Orleans - que l'on ne présente plus (lire) et qui nous a récemment rendu visite à Paris, le temps d'un concert et d'une session privée de haute volée (lire) - débute son marathon discographique dès le premier mai, et ce, sur Clan Destine Records (lire). NEO PI-R, une cassette de seize morceaux - en pre-order par ici et limitée à cent exemplaires - devance donc de peu tant Double Feature, un split de la néo-New-Yorkaise en compagnie de Dirty Beaches (La Station Radar/Night People) que Mars In Heaven, son troisième LP, toujours sur La Station Radar. Intercalée entre la parution du LP de Mater Suspiria VisionInverted Triangle I, et une cassette imminente de Party TrashNEO PI-R tranche avec l'onirisme susurré par Lost et révèle une facette plus expérimentale et lo-fi d'un univers effleuré préalablement, le temps du morceau Light At Dawn, sur la récente compilation confectionnée par Clan Destine Records pour le label digital Beko (lire). Premiers extraits, par le son (Living World) et l'image (Walking Man).

Vidéo

Audio

Ela Orleans - Living World by Carl Clan D

Tracklisting

ela-cover-frontside A

1. Apparatus
2. Window Smoker
3. Night Ride (part two)
4. Voices (part three)
5. Axon Terminal
6. Living World
7. 5-HTTLPR
8. My Friend Angel

side B

1. Falling
2. Walking Man
3. Three Stages of Sleep
4. Night Ride (part one)
5. Voices (part one)
6. Safeguard Action
7. Synapse Dive
8. Polygraph


Session privée : Ela Orleans

C'est un lieu commun de dire cela, mais internet permet de rapprocher des gens qui, à un moment donné, décident d'outrepasser les distances du numérique. Au commencement du commencement, il y a un coup de cœur, puis une idée, soudaine et fédérative. Inspectant avec cette curiosité bien placée le catalogue de La Station Radar, mon attention s'est portée, un soir de pleine lune, sur un nom à la douce consonance européenne, Ela Orleans, et une vidéo, fabuleuse et captivante, I Know (voir). J'ai dû la visionner une bonne quinzaine de fois avant de me lancer et de contacter, subjugué, Fleur de La Station Radar. S'enchaîne alors une demande d'interview, une mixtape (à lire et écouter par ici)... puis, au cours d'échanges de mails autour d'une probable soirée Hartzine, émerge l'idée d'un concert d'Ela à Paris, sous l'égide bienveillante de La Station Radar et Backyard Vacation. Terror Bird - avec qui j'étais en relation depuis son dernier passage à Paris - et Holy Strays, dont la gentillesse et le talent (voir) nous émerveillent tous encore, complètent idéalement l'affiche et une compilation réalisée par Fleur et Jérome, venus tout exprès de leur Lubéron d'adoption. Carl de Clan Destine Records (lire), traversant la manche par avion, vient prêter main forte à la sémillante Polonaise et voilà que notre petite troupe se retrouve à Paris au moment même où Andrew et Pete - de Jeans Wilder (lire) - arrivent de San Diego afin de commencer leur épopée européenne. Mis à part quelques allers-retours chaotiques à Charles-de-Gaulle, tout se goupille au mieux et, à la faveur de quelques concerts (Bo Ningen, Off & Grill Grill), verres de whisky, bateau mouches et autres "croissants" bien frenchies, nous voilà le 6 mars, veille dudit concert. Je profite de l'occasion pour demander à Ela d'enregistrer une petite session privée que Patrice s'empresse de mettre en boîte. Malgré quelques avaries techniques et l'inconvenance d'un léger survoltage dans les branchements, le rendu est sublime, projetant dans les interstices de cette poésie lunaire et volubile une fragilité non dénuée de grâce. En voici le substrat.

Vidéos


Terror Bird, Ela Orleans & Holy Strays - Concours

182037_10150101830712520_172539917519_6260960_5546189_n

HARTZINE et BACKYARD VACATION invitent LA STATION RADAR et ATELIER CISEAUX

Au-delà de notre simple volonté de mettre textuellement en lumière l’activité souterraine hautement addictive de cette poignée de micro-labels indépendants qui, de par leur sens du bon goût, leur flair à toute épreuve, l’esthétisme poussé de leurs sorties et j’en passe - créant ainsi un nouveau territoire propice à l’étonnement et étendant chaque jour un peu plus notre curiosité musicale - Hartzine souhaite dépasser la frustration d'un univers numérique quotidien et créer la possibilité d’une diffusion scénique de cette avant-garde.

Associés pour l’occasion à Backyard Vacation, nous invitons La Station Radar et Ateliers Ciseaux le 7 mars prochain à l'International (Paris, 11e) dans le cadre d'une soirée où se succéderont Holy Stays, Terror Bird et Ela Orleans. Fleur et Jérôme de La Station Radar croiseront - entre chaque concert - les platines avec Carl de l'éminent label Clan Destine Records.

cdr-la-station-radar-atelier-ciseaux-hartzine-1

Afin de graver dans le sillon cette soirée mémorable, La Station Radar et Atelier Ciseaux ont confectionné un magnifique CD-R réunissant les trois groupes. Un bel objet, en édition très limitée, uniquement vendu lors du concert - avec une session de rattrapage le 9 mars suivant au Motel (les détails, ici).

Concours

Bien sûr, on vous offre la possibilité de glaner cinq exemplaires dudit CD-R - en plus de deux LP Lost d'Ela Orleans - sans trop vous fouler. Pour ce faire, rien de plus simple : envoyez-nous vos nom, prénom et adresse e-mail à l'adresse hartzine.concours@gmail.com. Les gagnants seront tirés au sort le 5 mars et prévenus le jour même par mail. Les disques seront à récupérer sur place.

Présentation

l_d80ca578ee1c4449a7e167dc27017eafTERROR BIRD
Le duo de Vancouver  électrisera de sa pop synthétique et minimaliste, autour de laquelle pourraient flirter l'intensité shoegaze des Jesus and Mary Chain comme la new wave tourmentée de Bronski Beat. Après l'EP Shadows in the Hall sorti en juin dernier, l'album Human Culture récemment paru sur Night People et Adagio830 vient aujourd'hui confirmer cette belle obscurité dont vous parle David dans sa belle chronique

elaELA ORLEANS
La Polonaise d'origine, New-Yorkaise d'adoption Ela Orleans viendra nous hanter avec ses "films pour les oreilles". Des morceaux cinématographiques à souhait aux mélodies intemporelles et sombres, soutenues par une voix androgyne.

Elle présentera Mars is Heaven, son prochain album, dont la sortie est prévue en avril prochain sur La Station Radar.

holyHOLY STRAYS
Enfin l'hypnotique Holy Strays magnétisera de ses arrangements drones et électroniques, oscillant entre dérives psychés et rythmiques allusives. Après deux cassettes, l'une parue l'été dernier sur le label californien Not Not Fun, et l'autre sortie avec Psychic Handbook chez Deep Tunes, ce Parisien travaille actuellement sur un premier album.

Info

HARTZINE & BACKYARD VACATION invitent La Station Radar et Atelier Ciseaux
w/ TERROR BIRD, ELA ORLEANS, HOLY STRAYS
7 MARS 2010
@ L'International
5/6, rue Moret 75011 Paris

Tous les détails sont à retrouver par ici.

Vidéo


Clan Destine Records : Interview et Mixtape

Il y eut un temps, symbolisé par le compact-disque, où l'industrie musicale était sûre de son fait. Un temps d'ailleurs où des mastodontes comme Universal, Sony Music, EMI ou Warner n'hésitaient pas à s'octroyer les entournures d'une culture alternative aussi bien en aspirant financièrement chaque label indépendant consentant (Mute, Island Records, Virgin Records...) qu'en asphyxiant, par la création de filiales autonomes bénéficiant de leur réseau de distribution (tel Small pour Sony et Geffen pour Universal), ceux disposés à lutter à armes inégales. Pur produit de l'indie américain, Nirvana, passant de Sub Pop à Geffen, squattait alors les charts avec la bénédiction des majors quand Sonic Youth faisait figure d'épouvantail d'un underground consacré annuellement sous les hospices du Lollapalooza, festival indépendant et itinérant, créé en 1991 par Perry Farrell (Jane's Addiction) et vite tombé dans la transhumance mercantile.

Par une telle emprise, insufflant un conformisme teinté d'ambitions commerciales, les majors transformèrent en l'espace de deux décennies les relations entre maisons de disques et musiciens, ceux-ci n'étant plus jaugés qu'à l'aune de leur potentialité sonnante et trébuchante, tout en diluant l'essence même de leur identité vis-à-vis d'auditeurs ne se comportant plus à leur égard qu'en qualité de consommateurs. Si le mélomane pouvait se fier aux choix esthétiques d'un label qu'il connaissait sans pour autant connaître le groupe dont il compulsait au hasard le vinyle, quelle peut être la confiance de ce dernier pour une maison de disques dont la direction artistique se trouve supplantée par la commerciale ? Infime. Soit la marge de manœuvre par laquelle une myriade de labels indépendants investirent à nouveau, dès la fin des années quatre-vingt-dix, les aspérités créatives d'une industrie musicale bientôt moribonde. Car si la concurrence de ces labels à l'identité forte n'a jamais vraiment été un enjeu pour les majors, l'émergence d'internet en constitue un d'une toute autre ampleur.

Piratage, téléchargement illégal, l'argument est connu. Mais ce que l'on souligne moins est cette poussée toute récente d'une kyrielle de micro-labels, associant les nouvelles technologies de l'instantanéité au DIY le plus intégral et diffusant leurs sorties physiques - vinyles, cassettes ou CD-R - sans passer par la case "distribution". Pas sûr que cela fasse trembler les fondations de l'industrie musicale, mais peu à peu ladite démarche de "label" reprend un sens autrement moins fermé et réservé aux initiés qu'auparavant. Différents des net-labels, ne proposant qu'un agrégat de téléchargements gratuit ou payant, ces labels n'en sont pas moins proches, partageant un esprit et une esthétique développées sans aucun autre motif qu'artistique. D'ailleurs, comment ne pas dresser un ponts entre eux alors qu'Amdiscs (lire), La Station Radar (lire), ou encore Free Loving Anarachist ont, chacun leur tour, collaboré avec la plus éminente des structures digitales, Beko Dsl (lire) ?

La dernière collaboration du label brestois résonne de ce fait tel un round d'observation annoncé. Clan Destine Records et sa cohorte de l'ombre - Petra Schelm, oFF, Gr†LL Gr†LL, Among The Bones, Gray Things, Ela Orleans, Drugs For Drunks, GHXST, Sealings, King Dude, GuMMy†Be∆R!, Fostercare, Mater Suspiria Vision, I††, Nattymari, Malibu Wands... - investissaient le 6 février dernier les limbes digitales pour une double compilation (lire) à la mesure de ses ambitions. Basé à Londres et proposant un catalogue non négligeable de sorties oscillant entre minimal-wave, witch haus, indie rock et ghost folk, Clan Destine Records confectionne au fil de ses sorties une identité sonore et visuelle seyant parfaitement à son nom et matérialisant un entremêlement d'influences à situer du côté de l'énergie et l'imagerie d'un punk anglais politisé et DIY, de la transgression que prônait la musique industrielle conçue par Genesis P. Orridge et Peter Christopherson, ou encore du chopped & screwed, né de remix au ralenti de morceaux du Dirty South par le Screwed Up Click d'Houston et en particulier de Dj Screw. Un prisme multiple donc pour une bande-son se déployant hors des sentiers battus, à la lisière d'un ciel partagé entre beauté crépusculaire et fantasmagorie noctambule. Carl - qui viendra croiser les platines avec Fleur et Jérôme de La Station Radar le 7 mars prochain à l'International lors d'un concert réunissant Ela Orleans, Terror Bird et Holy Strays (les détails => ICI) - nous entrebâille les portes d'un univers à l'extravagance magnétique en plus de se fendre d'une mixtape exclusive - à écouter et télécharger ci-dessous - dédiée à la mémoire de Peyton Houchins de Gray Things.

Entretien avec Carl de Clan Destine Records

mePeux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu Carl et qu'as tu fait avant Clan Destine Records ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you Carl and what did you do before Clan Destine Records?

C'est un secret.
What we do is secret....

Quelles sont tes premières influences musicales ? Le punk DIY ? Le post-punk anglais et américain ?
What were your first musical influences ? Punk DIY ? English and US post-punk ?

J'ai toujours eu des goûts musicaux très larges et éclectiques. J'ai grandi en écoutant du punk et du hardcore, du post-punk et du hip hop. Mais en ce qui concerne mon travail avec le label, je dirais que mes principales influences, en particulier du point de vue de l'esthétique, sont les groupes et les labels totalement indépendants et Do It Yourself, tels que Crass. Mais ma plus grande influence est sans doute Industrial Records et Throbbing Gristle et la musique hallucinante de Psychic TV, Coil, Chris and Cosey...

My personal music tastes have always been broad and wide ranging. I grew up listening to Punk/Hardcore, Post Punk and Hip Hop. But yes on what I do with the label I'd say the biggest influences, especially in an aesthetic way, are bands and labels that were totally DIY, like Crass for example. But maybe the biggest influence would be Industrial Records and Throbbing Gristle, and all the amazing music that came from that Psychic TV, Coil, Chris and Cosey, etc.

Raconte moi comment Clan Destine Records est né. Qui est derrière ? Comment vous vous êtes rencontrés et quelle a été l'idée à l'origine ?
Tell me how Clandestine Records was born? Who is behind? How did you meet and what was the idea of origin?

Plusieurs personnes sont impliquées dans le label à des degrés divers même si je suis le principal intéressé. C'est moi qui traite directement avec tous les artistes. À l'origine, le label devait servir à auto-produire certains projets dont je faisais partie... mais ça n'a pas abouti. Nous avons quand même conservé l'idée du label pour produire la musique de nos amis et tout est parti de là.

There are a few people involved with the label to varying degrees. But it's mainly me, I deal with all the artists directly. The label started originally to self release some projects I was involved in but that fell apart.....we carried on with the label idea though and released music our friends were doing and its grown from there.

Pourquoi ce nom "Clan Destine Records" ? Une marque de résistance ? Contre qui ?
Why this name, "Clan Destine Records"? A mark of resistance? Against who?

Nous n'avons et n'aurons jamais rien en commun avec l'« industrie de la musique » sous quelque forme que ce soit, à moins que ce ne soit à nos conditions et aux conditions de nos artistes, et j'ajouterais que c'est une question de musique, non de label. C'est de là que vient le nom du label. Ça a avoir avec l'intégrité par rapport à la musique.

We have and will have nothing to do with the 'music industry' in any shape or form, unless its on our own terms and our artists terms, plus its all about the music not the label. So I guess that's where the label name came from. It's about integrity to the music.

Pourquoi choisir les formats cassette et vinyle ?
Why are you choosing the K7 and vinyl formats?

Nous avons sorti pas mal de cassettes car c'est un format peu coûteux mais aussi parce que nous l'aimons. Pour ce qui est des vinyles, c'est plus une raison physique : dans son ensemble, le vinyle est un objet d'art qui véhicule les rêves, les cauchemars, l'art d'une personne, ou une partie d'elle-même. Acheter une cassette ou un disque demande un certain effort : il faut se lever pour la ou le retourner, il faut en prendre soin. Ils sont tactiles, réels. Bref, ces supports conviennent parfaitement à la bonne musique, tu ne trouves pas ?

We put out a lot of K7's because we can get a lot of good music out, and to people in an affordable way with that format. But also we just like cassettes. Also with vinyl its a physical thing, taken as a whole its an object of art. Carrying someones dreams, nightmares, art, a part of themselves. You have to make an effort when you buy a tape or record. You have to get up and turn them over, look after them. They are tactile, real. Befitting good music don't you think?

malibu-wands-lathe-cut-seven-inch

Clan Destine Records sort aussi bien des artistes indie rock que witch haus... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
Clan Destine Records takes out as well indie rock as witch haus's records... How do you choose the artists you work with ?

Pour faire simple, nous ne sortons que ce qui nous plaît. Nous partons du principe que si nous aimons, quelqu'un d'autre aimera aussi. Nous avons produit beaucoup d'artistes différents aux styles musicaux différents. Mais de la bonne musique, c'est de la bonne musique et je pense qu'il est sain d'être ouvert et de ne pas se confiner à un seul genre. Ceci dit, s'il y a un point commun à toute la musique que nous produisons, c'est qu'elle a été réalisée par les artistes. C'est une évidence pour nous. L'entente avec nos artistes est également importante. Nous acceptons rarement les démos.

To boil it down to the basics, what we put out has to sound great to us, and we think if we like it, someone else will too. We have released a lot of different artists with different musical styles. But good music is good music, and I think its healthy to have an open mind and a disregard for genre pigeonholes. That said there is a common ground with everything we put out and that's that all the music we release is made by the artists because it had to be. It's also important we get on with the artists we put out. We rarely accept demos.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label ? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release ?

Nous avons eu la chance de travailler avec des artistes / designers extrêmement talentueux pour nos pochettes : Calla Donofrio, Mario Zoots, William Cody Watson, Carlos Ruiz (qui a conçu notre logo et qui nous a fait quelques couvertures), Bianca Bazzocchi, Joshua Burwell, pour ne citer qu'eux. J'ai fait moi-même pas mal d'artworks et parfois ce sont les groupes eux-mêmes qui les font. Mollie Wells et Conrad Vollmer (Petra Schelm / Warm Hands) ont fait un merveilleux boulot avec leur nouvelle cassette par exemple. Je pense pouvoir dire que l'esthétique commune à nos albums est plutôt sombre et DIY.

We've been lucky to work a lot of really talented artists/designers for our covers, Calla Donofrio, Mario Zoots, William Cody Watson, Carlos Ruiz (Who designed our logo, as well as doing some covers for us), Bianca Bazzocchi, Joshua Burwell, amongst others. I have done a lot of the covers too, and sometimes the bands do their own art. Mollie Wells and Conrad Vollmer (Petra Schelm//Warm Hands) made a wonderful zine and art for their new tape for instance. Though I guess we do have a 'dark' and DIY aesthetic that comes through in our releases.

Quelles sont les relations entre les groupes et le label ? Il s'agit juste de sortir leurs disques ou les relations sont plus fortes et soutenues ?
What are the relations between the groups and the label? It is only for releases or are the relations stronger and more sustainable?

Comme je l'ai déjà dit, il est important que nous nous entendions avec les artistes / groupes que nous produisons. La majorité de ce que nous avons produit étaient des projets d'amis ou d'amis de nos amis. Donc, nous travaillons généralement en étroite collaboration. C'est presque comme une famille ou un clan. Probablement plus comme la famille Manson ou Addams qu'une famille traditionnelle, mais tu vois ce que je veux dire...

Like I mentioned earlier its important to us to get on with the artists / bands we release. Most of what we have released has been friends projects or people we have met through our friends so it usually works out as a close relationship. Almost like a family or Clan. Probably more like the Manson or Addams family than a normal functional family but there you go...

screwpuffinDis m'en plus sur la witch haus... C'est ton attrait pour Dj Screw qui fait que tu aimes ce genre musical ?
Tell me more about witch haus... Is it your attraction for Dj Screw who makes you love this musical genre?

Je dois dire que je ne suis pas un grand fan du terme « witch haus »... En fait, je n'aime pas que l'on catégorise les choses, bien que je puisse le comprendre d'une certaine manière. Mais je suppose que ça va durer. Ça convenait à des groupes comme Pictureplane et Shams qui ont été les premiers à y recourir en faisant de la house music plus lente qu'ils accompagnaient d'images occultes. Le style couvre peut-être maintenant trop de sons disparates, mais peu importe. Dj Screw a toujours été l'un de mes artistes préférés. L'héritage que The S.U.C. et lui-même ont laissé derrière eux est plutôt incroyable. C'est triste que tant de membres des Clik ne soient plus là... R.I.P. Screw et tous les soldats des Screwed Up Clik qui nous ont quittés. Mais pour faire court, oui, cela m'a beaucoup influencé, ainsi que de nombreux producteurs de witch haus.

I have to say I'm not a big fan of the term witch haus haha. But then I'm not a fan of most pigeonholing, though I can understand it in a way. But I guess its here to stay. It suited bands like Pictureplane and Shams who first used it. Who made slowed down house music with okkult imagery. Now it covers maybe too many disperate sounds, but who cares. Dj Screw has always been one of my favorite artists. And the legacy he and The S.U.C. left behind is pretty amazing. It's sad so many of the Clik has passed though. R.I.P. Screw and all the Screwed Up Clik soldiers that have gone. But short answer, yes a big influence on me and a lot of witch haus producers, its the source.

Qu'est-ce qu'un bon morceau de witch haus ?
What is essential to make good witch haus songs?

Selon moi, et je ne peux pas parler au nom de tous, il faut simplement faire de la bonne musique. Il ne s'agit pas uniquement d'adapter la chanson d'un autre avec audace ou quoi que ce soit. Si tu veux faire de la witch haus, il faut que tu gardes à l'esprit Screw et tous ceux qui en ont fait avant toi, probablement mieux que toi. Ça doit venir de toi, pour toi.

To me, and I can't speak for everyone. It's just make good music. Not just pitch down someone else's song in audacity or something. For those that do that remember Screw and a slew of others have done that already and probably better than you. Do something from yourself, for yourself.

I††, Ice Cream, Modern Witch... des fils de Salem... ou différents et mieux ?
I††, Ice Cream, Modern Witch... all sons of Salem... or different and better ?

Ice Cream sont plus punk psychédéliques selon moi. Mais I††, Modern Witch, Drugs For Drunks, Fostercare, Nattymari, Gummy Bear, MSV et les autres artistes que nous avons sortis, ou que nous allons sortir, ont été étiquetés witch haus. C'est plutôt naturel de les comparer à , vu leur succès. Mais, pour moi, ils sont tous totalement différents. Je ne produirais pas un groupe qui ressemble à Salem, à moins qu'il ne s'agisse de Salem... ! Je suis un grand fan de Salem et Young Cream. Une réponse courte...pour changer.

Ice Cream are more psychadelic punk to me. But with I††, Modern Witch, Drugs For Drunks, Fostercare, Nattymari, Gummy Bear, MSV and the other artists we have put out, or will soon, that have been labelled witch haus, I guess its natural to compare them with Salem, with their success. But they are all totally different sounding to me. I wouldn't put out a band that sounded like Salem, unless it was Salem themselves haha. I'm a big fan of Salem and Young Cream. So short answer...different.

Dead Gaze, Ela Orleans... Tu partages beaucoup d'artistes avec les labels français Beko et La Station Radar... Quelle est ta relation avec eux ?
Dead Gaze, Ela Orleans... you share many artists with French labels Beko and La Station Radar... In what way are you related to them?

Les gars de Beko et de La Station Radar sont extras. Nous partageons des artistes avec d'autres labels aussi, comme DISARO, Sex Is Disgusting, etc. Nous nous entendons avec un tas de gens d'autres labels indépendants dont nous partageons les goûts et avec lesquels nous échangeons des disques. Le monde est tout petit en fait...

The people at Beko and at La Station Radar, are awesome. We share artists with other labels too, like DISARO, Sex Is Disgusting, etc. We have the same tastes, trade records, and are friendly with a lot of people at other DIY labels. Also sometimes its just a scarily small world haha.

Dis-m'en plus sur Ela Orleans.
Tell me more about Ela Orleans...

La première fois que j'ai entendu Ela, c'était sur le LP Lost de La Station Radar. C'est un de mes albums préférés. Quand elle a accepté, un peu plus tard cette année-là, de faire un album avec nous, j'étais super excité. C'est aussi l'une des personnes les plus incroyables que j'ai jamais rencontrées, mon alter ego...

I first heard Ela's music on the LP Lost from La Station Radar. It's one of my favorite records. So I was stoked when she agreed to do a record with us later this year. She's also one of most awesome people. I've ever met, my second self....

king-dude-black-triangle-7_-cover1

Quel est le futur proche de Clan Destine Records ?
What's the near future of Clan Destine Records?

K7's par oFF, Petra Schelm / Warm Hands, Mushy / Drugs For Drugs, Nattymari / Gummy Be∆R!, Dose, GHXST et un LP par Mater Susperia Vision pour janvier ou février... Et plein d'autres à venir. Plus de vinyles l'an prochain et, j'espère, de téléchargements aussi.

K7's by oFF, Petra Schelm//Warm Hands, Mushy//Drugs For Drugs, Nattymari/ Gummy Be∆R!, Dose, GHXST,  and an LP by Mater Susperia Vision for Jan/Feb...lots more to come. More vinyls next year and hopefully downloads too.

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes ?

J'ai toujours voulu prendre Cuba et, de là, prendre les États-Unis et briser le statu quo. J'y travaille ! Sérieusement, en ce qui concerne le label, juste sortir de la bonne musique et peut-être amener les gens à penser par eux-mêmes...

I've always wanted to take over Cuba and then use it as base to take over the US and smash the status quo. I'm working on it. Seriously though, with regards to the label, just to put out good music, and maybe get people to think for themselves...

Quel est ton sentiment sur l'industrie de la musique et internet ? Les choses sont-elles différentes ? La musique a-t-elle un prix ?
How do you feel about the music industry and the internet ? Are things different ? Has the music no price ?

Je pense que les jours de l'industrie de la musique populaire sont comptés et ce n'est pas pour me déplaire. Pourquoi ? Parce que les grands labels ne reposent sur rien d'autre que sur les marges bénéficiaires et n'ont aucun scrupule à entuber leurs artistes et leurs clients. This is merde.

Ce que nous faisons, ainsi que les labels que nous aimons, n'a à mon sens rien à voir avec l'industrie de la musique grand public. Les labels comme Bathetic, Savoury Days, Night People, Sex Is Disgusting, La Station Radar, M'Ladys, Sacred Bones, FLA, Skrot Up, Kill ShamanFamily Time, Desire, Disaro - je pourrais continuer des heures - et nous-mêmes, sont une alternative à l' « industrie de la musique » populaire, basée sur la musique, l'art et l'intégrité. Cela semble prendre de l'ampleur, ce qui est évidemment génial !

Internet, comme la plupart des choses, a autant de côtés positifs que négatifs. Les avantages, à mon sens, sont la facilité de communication et de promotion et la possibilité de découvrir un tas de bonne musique. Et surtout, c'est gratuit et facile à utiliser. Donc, pourquoi ne pas le faire ? Les désavantages, avec la musique, ce sont les téléchargements gratuits qui peuvent dévaluer la musique et l'art de plusieurs façons. Mais les cordes de guitare et les sampleurs ne sont pas gratuits. Donc, soutenez vos artistes préférés, bande de cyber hippies ! En plus, le monde derrière votre porte est bien plus intéressant que ce qui, par essence, n'existe pas ailleurs que sur un écran: allez à des concerts, faites sauter le gouvernement, faites-vous renvoyer, formez un groupe, la seule chose qui soit sûre dans la vie, c'est qu'elle a une fin, ne la gaspillez pas devant un écran !

I think the mainstream music industry is going the way of the dodo and that's not a bad thing in my eyes. Why? Because major labels are based on nothing but profit margins, and have no qualms about screwing over their artists or their customers. This is merde.

I think what we and the labels we like do, is totally separate to the mainstream music industry. Labels like Bathetic, Savoury Days, Night people, Sex Is Disgusting, La Station Radar, M'Ladys, Sacred Bones, FLA, Skrot Up, Kill Shaman, Family Time, Desire, Disaro, (I could go on and on) and ourselves are an alternate to the mainstream 'music industry', based on the music, art and integrity to it. This seems to be flourishing now. This is of course awesome.

With the internet, as with most things it has both positives and negatives. Positive things in my mind are, easy communication, promotion, and you can check out loads of good music. And in the main its free and easy to do. So use it. Negatives, with music, in some ways free downloads are expected now, and i think this can devalue music, fine in a lot of ways. But guitar strings and samplers are not free, support your favorite artists, cyber hippies. Plus the world out your door is way more interesting than anything that in essence doesn't exist beyond a screen and some wires, go to a show, blow up a government building, get laid, start a band, the only thing you can count on in life is its going to end, don't spend all of it looking a screen.

off-disenchanted-fairytale-tape-cover

Sans mentionner les groupes du label... Quelle came te rend addict ?
Without mentioning your label's groups...  What are the things you are addicted to?

Je suppose que tu veux dire musicalement ? Tu ne parles pas de sexe et de drogue ? Les groupes que j'aime vraiment pour le moment et qui ne sont pas signés par nous sont Die Antwoord, Hounds Of Hate, Graffiti Island, Hype Williams, //TENSE//, Thee Oh Sees, Os Ovni, LA Vampires, Sauna Youth, Salem, Unison, Ty Segall, Factums, Portable Morla, Black Orphan, Gospels, Procedure Club... Je pourrais continuer indéfiniment... J'écoute beaucoup de musique. Beaucoup de vieux minimal synth, du dub et du garage punk aussi.

I take it you mean musically? Not Sex and drugs? Bands I am really liking now, not on the label are, Die Antwoord, Hounds Of Hate,Graffiti Island, Hype Williams, //TENSE//, Thee Oh Sees, Os Ovni, LA Vampires, Sauna Youth, Salem, Unison, Ty Segall, Factums, Portable Morla, Black Orphan, Gospels, Procedure Club....I could go on and on....I listen to a lot of music. Lots of old minimal synth, Dub andgarage punk too.

Pour finir, demande-moi quelque chose...
To finish, ask me anything...

Puis-je te toucher, mon ami ?

Can I touch you friend?

Mixtape

Clan Destine Records Hartzine Mix (download)

La mixtape a été confectionnée avec amour à partir de morceaux choisis de manière aléatoire parmi nos sorties passées et à venir. Elle est dédiée à Peyton Houchins de Gray Things qui nous a quittés le 28 décembre dernier. C'était un super gars et c'était toujours un vrai plaisir de discuter avec lui... tu vas nous manquer !

The mixtape is woven with love from tracks taken at random from our releases so far, or upcoming ones. It is dedicated to Peyton Houchins of Gray Things who sadly passed away on 28th of December this year. He was a great guy and it was always a pleasure to talk to him, you will be missed bro!

01. Mushy - I Kill My Faith edit
02. Gray Things - Lazy Dream
03. Dead Gaze - Tag The Stray
04. Skylines - Clean Covers
05. Fostercare - Body search
06. Neonates - Private World
07. Modern Witch - Your Life A Movie
08. Ice Cream - Little Children
09. Petra Schelm - Darker (Warm Hands cover)
10. I†† - øø_psalms
11. Nattymari - Pokey Steve Chop
12. Drugs For Drunks - ø√€® †h€®€


V.A. - Clandestine Records on Beko

clandestine-bekoMôme, un singulier vague à l'âme plombait mes dimanches soirs. La trouble appréhension d'un lendemain besogneux, la fuite d'un temps dégagé de toute obligation. Les choses ont bien changé, et pour cause. Depuis son apparition dans le landerneau musical, le label digital Beko (lire) confère une saveur autrement délectable aux effluves noctambules d'une fin de semaine désormais propice à l'exploration. Outre la sortie hebdomadaire de singles, véritable marque de fabrique du net-label brestois défrichant avec un discernement certain le maelström indie contemporain (de l'inaugural Death and Vanilla au dernier en date, Tolouse Low Tracks, en passant par Memoryhouse, Gobble Gobble, ou Millionyoung), d'autres formats commencent à prendre une place non négligeable, entre box (trois volumes), cassette digitale (deux pour juillet et août), LP (Procedure Club, Tan DollarMaps and Diagrams et dernièrement l'excellent album des Australiens de Wizard Oz) et compilations/collaborations avec des labels aussi excitants que super-actifs. Ainsi, après Free Loving AnarachistAmdiscs (lire) et La Station Radar (lire), c'est au tour de Clandestine Records de diffuser son empreinte fantasmagorique dans les limbes digitales de nos nuits dominicales. En rien un hasard si ce label sera très prochainement mis à l'honneur dans nos pages tant la constellation d'artistes qu'il recouvre dimensionne les pâmoisons orgasmiques les plus nébuleuses, des confins d'une witch haus (lire) aussi vénéneuse que plurielle, au détour d'une ghost folk endossée par un King Dude, télescopant intimité et religiosité, jusqu'aux spectres d'une pop lunaire et habitée, qu'elle soit engrenée par la mirifique Ela Orleans (lire) - encore émotionnellement déroutante sur Light At Dawn - ou les véhéments Gray Things et Sealings. Dans la nasse inextinguible de cette méandreuse pharmacopée des sens, on remarquera sans peine le bûcher ardent d'un genre souvent réduit à sa plus simple expression - la prophétie witch/drag/haunted haus de Salem - et qui ici embrasse de mille flammes bien distinctes l'onde frémissante qu'elle s'octroie. Rien ou si peu - l'inquiétude omnisciente, l'angoisse insondable... - ne confond la torpeur d'oFF et Gr†LL Gr†LL, doublement présents ici, à la frénésie oppressante de Mater Suspiria Vision ou Drugs For Drunks, du syrupy hip hop transfiguré de F8stercare et Nattymari au gothisme vespéral, croisant voix féminines et synthétiseurs hypnotiques, de Petra SchelmSkylines ou Modern Witch. Et ce, sans parler de l'intensité dégagée par GHXST, du calme malsain déployé par MeddicineI††Malibu Wands ou Central Asian Nervous Systems... L'armée des ombres manœuvre dans la clandestinité, c'est un fait. Une autre chose de sûre, il se trame quelque chose. Ce bekotage en règle n'en est qu'un prémisse, mais pas n'importe lequel.

Audio / Tracklist

†HE SOUNDTRACK †O ¥R ORGASMIC DEMISE, NO†HING IS †RUE, EVER¥†HING IS PERMI††ED (DOWNLOAD HERE)

cover_clandestine02

a1. Petra Schelm - Channel The Body
a2. oFF Gr†LL Gr†LL - Cracked Emo
a3. Among The Bones - Tunguska
a4. Gray Things - Fortune Teller
a5. Ela Orleans - Light At Dawn
a6. Skylines - @ Dawn
a7. oFF - Makeupworz
a8. Drugs For Drunks - DZLIGHT
a9. GHXST - IXNYC
a10. Sealings - Two Cups
a11. King Dude - Never Let You Go

b1. Central Asian Nervous Systems - Almost Dead
b2. GuMMy†Be∆R! - False Prophets
b3. Fostercare - Snowdragon
b4. Mater Suspiria Vision - The Trip Garden Of El Diabolo
b5. Gr†LL Gr†LL - Organ Sunday
b6. Meddicine - Some Thing You Knew Before
b7. Modern Witch - Running
b8. I†† - Chambre Ardente Affair†
b9. Party Trash - Alone
b10. Nattymari - K1LL K1LL
b11. Malibu Wands - Sleep With Demons

Vidéos


Ela Orleans

ela

Bien sûr je pourrais attendre, m'abstenir. On dit que patience est mère de l'âme. Mais qu'importe si Ela Orleans hantera très bientôt, de son empreinte magique et volubile, les faveurs de notre scopitone éraillé et de quelques caractères numériques scribouillés sur nos pages. Quelques jours, quelques semaines. Bien trop. Il faut le dire, l'écrire, le lire, l'écouter... La New-Yorkaise partage avec Dirty Beaches un split LP en forme de délicieuses prémisses. A paraître le mois prochain, Double Feature, co-réalisé par La Station Radar et Night People, sommera très vite, de sa nuit mordorée, le très attendu Mars is Heaven prévu pour mars 2011. Une belle entrée en matière pour l'auteure du mirifique Lost (2009) et dont on n'a pas fini de parler cette année. Notamment sur Clandestine Records.

Ici le lunaire I Know. Le morceau Lord Knows Best de Dirty Beaches est extrait de Badlands sortant le 29 mars sur Zoo Music.

Audio

Ela Orleans - I Know

Dirty Beaches - Lord Knows Best