Fin 2014 avec Hartzine, tout un programme

hz_Events_2014_uneVous avez été près de cinq cent à gaiement vous ensabler pour notre concert de rentrée à La Plage de Glazart avec les funambules de Night Riders et Syracuse au menu. On espère vous voir tout aussi jouasses et nombreux aux futurs événements que l'on a concoctés bien sagement avant de décamper l'été venu. Programme, présentation et écoute.

Audio

26.09 BERCEUSE HEROIQUE w/KEMAL, EKMAN & KOEHLER @ PETIT BAIN (Event FB)

ΚΕΜΑΛ [BERCEUSE HEROIQUE / GB]

Boss du label Berceuse Héroïque, le Londonien d'adoption est aussi imprévisible que son label capable de sauter du coq à l'âne, de la techno la plus bruitiste à la disco la plus pétée en passant par des chants traditionnels grecs remixés par Vatican Shadow et Pete Swanson. Qui vivra verra. Surtout ce soir-là.

EKMAN [BERCEUSE HEROIQUE / DE]

La musique dégoisée par Ekman (interview) fait froid dans le dos tout autant qu’elle obnubile, entre excitation horrifique et fascination morbide, s’adjugeant une aura placée sous le signe de Carpenter. Encore trois formats courts permettent de cerner, si ce n’est la personnalité, la musique de celui qui imprime sa techno polaire selon les prismes dégénérescents de la musique industrielle, Throbbing Gristle en tête : un 12″ sur Gooiland Elektro – subdivision d’Enfant Terrible – et deux 12″ sur Berceuse Héroïque dont il eut l’honneur d’ouvrir en avril 2013 le catalogue avec la diatribe house-techno Reform - comprenant un remix du Norvégien DJ Sotofett - suivi en février 2014 par le vénéneux Acid7 rebooté en face B par le Vereker de L.I.E.S. et The Trilogy Tapes.

KOEHLER [BERCEUSE HEROIQUE / SW]

Nouveau venu sur Berceuse Héroïque avec le maxi Dynasty, l'également Londonien d'adoption aux allures de Sébastien Tellier a auparavant mitraillé sa techno sur Skudge White Label, tout en contribuant aux R-Zone series. BH n'a pas de meilleure description quant à sa musique ultra-physique : "Fuck Lo-Fi Jungle"

TSANTZA [SVN SNS RCRDS / FR]

Tsantza, duo encore inconnu. Plus pour longtemps pour les sorciers de l'analogique, en cavale de Night Riders, puisqu'une cassette est annoncée en octobre sur Svn Sns Rcrds.

02.10 THE SPACE LADY & MICROCHEVAL @ ESPACE B (Event FB)

THE SPACE LADY [NIGHTSCHOOL RECORDS, US]

"Par où commencer, donc, avec cette Dame ? D'abord dire qu'il n'y a aucune raison de vous en vouloir si vous n'avez jamais entendu parler d'elle. A l'instar de Moondog, The Space Lady a commencé sa carrière dans les rues de San Francisco à un moment indéterminé des années 70, l'a interrompue à un moment indéterminé des années 90 et à l'exception des bonnes gens et des badauds de la Bay Area, très peu de mélomanes ont eu l'occasion de l'entendre chanter.

En fait, les chansons de The Space Lady sont devenues plus ou moins légendaires chez le grand public indie via le volume 2 de Songs In The Key Of Z, compilation historique d'Irwin Chusid consacrée "au monde étrange de l'outsider music" où elle s'illustrait aux côtés des Shaggs, de B.J. Snowden ou de Jandek. A part ça, les seuls fragments de musiques enregistrés par la Dame qu'on pouvait entendre étaient soit lacunaires, soit auto-édités en CD-R à des tirages dérisoires (mais apparemment toujours disponibles via CD Baby). Ce qui n'a pas empêché des méta-outsiders comme John Maus de se répandre en éloges sur son usage cosmique de l'accordéon ou du Casio et de la playlister à gogo (cf. ce mix). Car derrière les volutes de synthé cheap et le petit casque d'Astérix sur la tête, toute la magie de The Space Lady tient à sa voix terrienne et gracieuse, à mi-chemin d'une Grace Slick groggy et d'Alison Statton des Young Marble Giants." Olivier Lamm - The Drone

MICRO CHEVAL [SVN SNS RCRDS, FR]

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes – charriant la stabilité et la gravité – que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais méconnu auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP, Space Museum. La dernière cassette EP, parue sur le label francilien Svn Sns Rcrds en septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies. Avec quelque chose en plus : un timbre de voix plus que singulier.

03.10 AUTOMELODI @ ESPACE B (Event FB)

"Lorsque je signe des groupes étrangers, je les encourage fortement à chanter dans leur propre langue, revendiquer leur culture, et éviter l’écueil des étrangers qui chantent en anglais". Ce sont les mots, en 2009, de l’Américain Pieter Schoolwerth, fin connaisseur des moindres recoins de la minimal wave internationale et soutien majeur de son renouveau grâce à son label-pivot Wierd Records à New York. Il ne parle pas français et ne peut donc savourer l’un des aspects les plus croustillants du projet montréalais Automelodi dont il a sorti le premier album, mais on aimerait bien lui dire qu’il a été particulièrement gâté sur ce coup-là (...)

Il est utile de restituer le tandem Automelodi dans ce contexte, tant son approche romantique et décomplexée du folklore francophone et français est un de ses plus grands atouts. Le tour de force inattendu de sa tête pensante Arnaud Lazlaud (nom de scène Xavier Paradis, histoire d’afficher la couleur) est bien de parvenir à faire de la Nouvelle Vague française au XXIème siècle en étant québécois et en faisant une synth-pop toutes voiles dehors dans une langue délibérément maniérée, le tout sans perde la face. Ce patrimoine artistique hexagonal, il l’avait déjà revendiqué à l’occasion d’un exquis single avec la moitié chantante de Xeno & Oaklander en 2012, Rien à Paris, qui convoquait joyeusement Jacques Rivette en face A et Françoise Hardy en face B, le genre de références qui sonneraient immanquablement chics et pompeuses de la part d’un Français.

C’est pourtant avec une absence totale de complexe que la langue française et son univers sont abordés et magnifiés chez Automelodi, comme le confirme ce deuxième album hautement enjôleur. Ces Surlendemains Acides, ce sont Les Nuits de la Pleine Lune d’Éric Rohmer sur des claviers analogiques en 2013 à Montréal – le titre Fables et Proverbes sonne d’ailleurs comme un clin d’œil à la série des Comédies et Proverbes du défunt réalisateur. Chez Xavier Paradis (et non Dolan, pourtant on n’est pas si loin du compte), on y va sans scrupule : frange basse et chemise cintrée, pop chamarrée et air détaché, on s’alanguit sur son vague-à-l’âme après des nuits agitées (Métropole Sous la Pluie), on déchiffre son mal-être en formes géométriques (À la Date Verticale, et surtout Aléas, Dernières Chances, tube pour danser sous les néons cet automne) et bien sûr, on n’oublie pas que les formes de son corps ne veulent rien dire pour moi (les frôlements érotiques de La Cigale, avec clin d’œil à la Fontaine Pour le Plaisir). On s’autorise aussi des intonations affectées à outrance, des formules ampoulées au bord de la complaisance, et des « r » scandaleusement exagérés qui donnent un relief indécent à des mots tels que « corps » ou « cœur », autant d’éléments que l’on assimilerait ici à de mauvais gimmicks de variété française.

Sur le papier, tout cela pourrait sembler en effet rédhibitoire, et c’est là qu’Automelodi fait fort. D’abord, l’opération s’appuie sur une écriture pop de grande noblesse, et une production tendre et succulente en contraste avec les raideurs pour lesquelles les autres artistes de la néo-minimale wave sont le plus souvent appréciés. Mais Paradis gagne surtout en latitude par le sérieux, l’innocence et la légèreté avec lesquels il nous confie sa fantaisie et son désarroi, là où de nombreux Français n’auraient pu se priver d’un certain second degré voire d’une distance sarcastique. Le Montréalais se joue du registre mathématico-sentimental d’un Moderne ou d’un Performance, frôle parfois le Tranxen 200, mais ne tombe jamais dans le ridicule. Tout au contraire, Surlendemain Acides est un petit chef-d’œuvre de lyrisme assumé, d’humour enlevé et de pop synthétique distinguée auquel on a envie de s’attacher. Comme le dit si bien Xavier Paradis lors d’une de ses poses les plus solennelles, "merci pour l’insolence". Thomas Corlin - Hartzine

09.10 BITCHIN BAJAS, EGYPTOLOGY & HENRYSPENNCER @ PETIT BAIN (Event FB)

BITCHIN BAJAS [DRAG CITY / US]

Bitchin Bajas est le projet solo de Cooper Crain, aujourd'hui plus connu en tant que membre du groupe Cave, formation motorik issue de Chicago. Derrière ses machines, Crain crée des paysages et des mondes sonores aux tonalités organiques, un peu à l’image de Cluster ou d'Edgard Froese. Rejoint en live par Dan, de Majhong, et illustré par les créations vidéos d’Olivia Wyatt et Water Wrackets, Bitchin Bajas présentera un nouvel album, double et éponyme, paru le 28 août sur Drag City et faisant suite à l’excellentissime Bitchitronics sorti en fin d'année 2013.

EGYPTOLOGY [CLAPPING MUSIC / FR]

Les deux musiciens parisiens étaient déjà connus pour leurs explorations post-électronica (Olamm) ou avant-pop (Domotic) au sein de la communauté musicale née à la fin des années 90 avec les labels Active Supension et Clapping Music. Les deux laborantins ont cette fois mis en commun leur amour du bruit blanc et des synthétiseurs vintage, tout en associant leurs différences : mélodies gracieuses cultivées en savants alambics et « utilisation extensive d’échos à bandes 60’s et de réverb' à ressort » pour le producteur « à l’ancienne » Stéphane, grande culture disco, house, techno et IDM pour Olivier, qui s’exprime largement à travers les « polyphoniques grassouillets de la première moitié des 80’s », un sens aigu du détail sonore, et l’envie de faire lentement décoller la piste de danse, et tout le bateau à sa suite.

HENRYSPENNCER [BOOKMAKERS RECORDS / FR]

En février 2013 paraissait le second long format d’Henryspenncer, révélant en six morceaux la palette d’émotions susceptibles de naître de la guitare d’Henryspenncer, invitant à ce voyage introspectif, immobile et infini, celui où la psyché s’échappe par les soupiraux de paupières mi-closes, flottant entre intimité blême et géographie cosmique. Alternant drone suspendu aux aspérités temporelles, psychédélisme ouaté, folk méandreux et brouillards de saturations concassés de rythmiques lourdes, Saturn est le fruit de deux années d’écriture pour Valentin Féron, co-fondateur du label Bookmakers Records, et d’un méticuleux travail d’enregistrement au studio Holy Mountain de Londres. Il sera pour la première fois joué live à Paris.

21.10 PEAKING LIGHTS & JAAKKO EINO KALEVI @ LA MACHINE DU MOULIN ROUGE (Event FB)

PEAKING LIGHTS [DOMINO - WEIRD WORLD / USA]

Plus les albums se succèdent et plus le duo Peaking Lights formé par Indra Dunis et Aaron Coyes change de ton : les assertions hypno-pop prennent lentement mais sûrement l'aval sur les digressions expérimentales du couple. Du très lo-fi Imaginary Falcons paru sur Night Peoples en 2009 au sensuel Lucifer dégoisé par Weird World et Mexican Summer en 2012, en passant par l'inégalable 936 sorti sur Not Not Fun records, les Peaking Lights tracent leur route et affinent leurs idées. Cosmo Logic, prévu pour le 6 octobre prochain, constitue une étape fondamentale avec le saut assumé vers une esthétique pop totale.

JAAKKO EINO KALEVI [DOMINO - WEIRD WORLD / FIN]

Résidant à Helsinki, Jaakko Eino Kalevi a sorti son premier EP, Dreamzone, le 2 décembre 2013 via Weird World. Multi-instrumentiste et autodidacte, le bonhomme a ainsi jeté les bases d'un univers pop psyché mâtiné de résonances funk et de bribes folk.

07.11 UNIT MOEBIUS, HELENA HAUFF, HYPNOBEAT & CLEMENT MEYER @ PETIT BAIN (Event FB)

UNIT MOEBIUS [BUNKER RECORDS / NL]

Le célèbre collectif hollandais né à l’orée des nineties revient en France pour une date unique afin de prêcher une techno aux beats froids et aux relents acides, une marque de fabrique qui leur a souvent valu d’être comparés à leur cousin de la scène de Détroit, Underground Resistance. Nappée d’une aura fantomatique, la musique d’Unit Moebius fait le grand écart entre fétichisme électronique et rigueur martiale avec pour leitmotiv le brisement des stéréotypes au profit du plaisir du groove.

HELENA HAUFF [PANZEKREUZ, WRECK DISCS / GER]

Passionnée par la scène techno hollandaise et les sons bruts des nineties, la jeune Hambourgeoise Helena Hauff s’initie rapidement aux rudiments des machines analogiques et façonne un univers musical brutal qu’illustre Return To Disorder, un premier LP sans concession démontrant l'obsession de l’artiste pour des mélodies rugueuses et sans concession - fascination qu’elle dévoile autour de sets sauvages, croisant électro-punk survolté et classicisme ghetto-tech.

HYPNOBEAT [MONOCHROME TAPES, DARK ENTRIES, SERENDIP / GER]

Si la dernière sortie discographique d’Hypnobeat remonte à 1986, il n’aura fallu qu’un vague vent de nostalgie pour les mélodies minimal-synth un brin vintage pour pousser James Dean Brown à reprendre les manettes de son projet phare, et lui donner un sacré coup jeune. Accompagné d’Helena Hauff, remplaçant au pied levé un Pietro Insipido ayant raccroché les gants, le duo marie allègrement proto-techno et avant-gardisme radical à l’aide d’un set-up de machines analogiques à faire pleurer n’importe quel artiste : une TR-707, trois TR-808 et deux TB-303.

CLEMENT MEYER [GET THE CURSE, ODD FREQUENCIES / FR]

Figure essentielle de l’underground parisien, Clément Meyer fomente au sein du collectif/label Get The Curse des innovations soniques à l’attention des clubbers du monde entier. Tête chercheuse parmi les têtes chercheuses, fer de lance d’un renouveau club en France comme ailleurs, Clement Meyer, patron du label Get The Curse, a notamment signé Low Jack et Tomas More. Mais avant d’être un dénicheur, le Frenchy est producteur, DJ et remixeur. Après plusieurs EP parus depuis 2009, il sort un nouveau maxi, Modern Primitivism, où ce bidouilleur techno passionné de machines s’en donne à cœur joie !

Flyers

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BH FLYER

BB FLYER

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On y était - Oneohtrix Point Never à la Gaîté Lyrique

oneohtrix_point_never_photoOn y était - Oneohtrix Point Never à la Gaîté Lyrique, 21 novembre 2013

Deuxième date parisienne en deux mois, Gaîté Lyrique sold out : c'est un petit exploit pour un artiste aussi crypté que Daniel Lopatin (bien que signé chez Warp), ce qui laisse croire qu'il a mis le doigt sur le point névralgique d'un grand nombre d'amateurs de musique électronique cette année. Son passage en octobre au Trabendo avait déjà fortement impacté nos subconscients digitaux : un vrai mindfuck audiovisuel, relevant autant de la blague perverse que de l'installation d'art contemporain, fouillant les fichiers oubliés (ou cachés) de nos disques durs pour mieux nous questionner - ou nous traumatiser.

Annoncée dans le cadre d'une soirée en collaboration avec l'IRCAM, on n'attendait de la prestation de l'Américain un paroxysme multimédia optimisant les capacités de la Gaîté Lyrique. Pourtant, après le set aussi élégant qu'innocent des Basques d'Odei, tous les écrans de la salle sont remontés et toutes les lumières coupées, à l'exception d'un néon bleu posé à la verticale sur une passerelle en hauteur - petit pied de nez au diktat du visuel et meilleur moyen de nous focaliser sur la musique. Ainsi rivés sur Lopatin dans une mise en scène épurée mais légèrement cryptique (il ne manque finalement qu'un autre néon pour faire une croix), son message nous parvient sans filtre, codé mais intime, ésotérique mais sensuel. Sur disque, ses compositions paraissent déjà éclatées, suivant une logique abstraite mais soigneusement prédéfinie. Elles sont davantage court-circuitées sur scène, les ruptures, toujours aussi précipitées et injustifiées, créent une narration, empêchent toute perte d'attention, et l'aléatoire devient poétique. Un instant, Lopatin met sur pied un autel synthétique new age, puis, celui d'après, bascule dans un trou noir de bruit, et c'est l'épiphanie.

Un des éléments les plus marquants, voire choquants, dans la nouvelle esthétique d'OPN, est l'utilisation délibérée d'arpèges génériques, de pre-sets MIDI basiques, de sons de piano, d'orgue ou de chorale plastiques et non traités, qui ramènent à une préhistoire digitale et font tâche à une époque où la production se doit d'être travaillée à outrance pour donner à l'électronique un cachet aussi humain et personnel que possible. Déjà repérés dans la witch-house, et omniprésents dans la mouvance "vaporwave" dont OPN et James Ferraro sont proclamés parrains, ces sons nus nous interrogent sur notre goût : ils sont laidskitschs et on les rejette instinctivement, mais une fois articulés par Lopatin, ils composent une fresque touchante et angoissante - ou la bande-son d'un film institutionnel sur laserdisc menaçant de virer au porno-snuff. OPN pose ainsi un regard humoristique, tendre et un peu vicieux sur l'histoire de la technologie et de l'électro. Il pose une distance, un second degré, et provoque intellectuellement. Sa palette musicale est si large désormais qu'elle semble tout couvrir et tout mettre en perspective : bribes clinquantes de R'n'B FM, Op-Art analogique (réminiscences de ses premières œuvres), electronica pure des débuts (on pense par exemple aux Selected Ambient Works d'Aphex Twin), ambient confessionnelle ou ténébreuse - Lopatin nous balade. Son set pourrait se terminer avant ou après, ça n'a plus d'importance : Oenohtrix Point Never a encore offert un moment de stupéfaction, difficile à déchiffrer mais toujours perturbant. Il a parlé à nos systèmes nerveux qui ont pris le pli de nos vies informatisées, et a dévoilé un au-delà tantôt paradisiaque ou terrifiant.


We Love Plastikman

xz4c9553Photos © Julien Mignot

We love Plastikman, Paris, la Grande Halle de la Villette, le 8 Mai 2010

Les dernières grosses soirées techno sur Paris n'ont pas donné tout ce qu'on attendait d'elles. Un pur échec par-ci (Gala des 25 ans d'Epita qui devait rassembler un plateau techno monstrueux à la Cité des Sciences et qui s'est fini dans un sombre domaine en banlieue parisienne), des détails mal maîtrisés par-là (système son digne d'une boum pour la récente Die Natch Party dans un cadre pourtant magnifique). Armé de son savoir-faire dans le domaine et d'une ambition raisonnée, We Love nous proposait un plateau de caïds en ce 8 mai. Résurrection cachetonnée (paraît-il) de Plastikman et étalage d'une techno tout-terrain ou presque (Troy Pierce, Marc Houle, Magda). Une somme égale de DJ-sets et de prestations live pour environ 7h de musique non-stop.

Arrivé vers minuit et demi sur les lieux, je croise les premiers revendeurs de billets à peine sorti du métro. La soirée affiche soldout, l'offre et la demande ont du mal à s'acoquiner en dessous de 50 euros la place. Ça tombe bien, un paquet de marlous et de ladies proposaient déjà beaucoup plus pour l'obtention du fameux sésame plus tôt dans l'après-midi sur l'internet français.Pas de surprise, à l'entrée c'est la queue. Et j'ai l'impression que tout le monde vient se mettre bien à la Grande Halle de La Villette : des étudiants des Beaux-Arts, des mecs abstraits qui kiffent la musique abstraite (des fans de Plastikman en fait), « des vieux de la vieille » selon l'expression consacrée, des bandes qui viennent des zones 3 et 4... C'est la teuf, certains se sont mis sur leur 31, d'autres pas. En avant toute.

A une heure du matin, ça fait déjà vingt minutes que je regarde Troy Pierce mixer ses mp3s. Je respecte infiniment ce mec pour sa musique mais également pour avoir proposé un jour à un individu peu recommandable de « chanter » sur sa techno élastique et brumeuse. Tapez Gibby Miller suivi de Boston Hardcore sur Google, vous verrez par vous-même. Comme dit précédemment, j'aime profondément le duo qu'il forme avec Gibby (Louderbach), c'est statique sans être chiant. Sans mentir, je venais principalement pour Troy. Trois heures de mix, je suis servi. J'ai le temps de contempler l'offre de liquides champagnisés servis dans des coupes factices. On rigole pas chez We Love.

xz4c9863Photos © Julien Mignot

La piste de danse est large et profonde. Le système son est honnête. Un bémol, il manque néanmoins dans le mix façade tout ce qui fait le liant entre le kick et les basses (merci le mix mp3) : une zone malléable qui désosse le groove selon moi et retire toute puissance aux morceaux une fois que l'oreille est faite au volume sonore (rassurez-vous, on reparlera de ce fameux liant un peu plus bas). Je m'envole néanmoins sur son mélange quand il commence à passer des sons faits de séquences cabossées, de lignes de basses malveillantes et de parties vocales pitchées à mort dans les graves. C'est ce que je recherche dans la techno.  Je ne m'y retrouve malheureusement que très rarement. Ses enchaînements cassent parfois la dynamique du set. La sélection est agréable sans être transcendante.

Je monte sur la passerelle pour observer le roulement Troy Pierce-Marc Houle. Je constate également que les choses se passent des qu'on s'élève. Des têtes connues de personnes en tout genre qui faisaient, font ou feront la nuit parisienne.

Applaudissements pour Troy et voilà Marc Houle qui débarque avec une constante techno : la scénographie la plus naze au monde ; à savoir un mec derrière un laptop et une console. Marc démarre fort avec Yonkers, un morceau récent qui clôturait son EP Salamandarin. Ce morceau résume bien sa techno-montagne russe avec une bassline concise qui lance chaque mesure des motifs sonores qui se gonflent et se dégonflent. Le malaise, c'est que je n'entends que les basses. Le kick me paraît parfois cotonneux, les médiums et les aigus étouffés dans le pré-mix. Et ça dure, Marc massacre son hit Techno Vocals. Je ne discerne pas du tout les voix en questions. Déception. Même le remix de Battant ne me procure que peu de plaisir. Ça se finit comme ça avait commencé.

xz4c9812Photos © Julien Mignot

Gros blanc (ou plutôt gros noir total dans la salle), on change de plateau, le rideau tombe, tout le monde gueule et voilà Plastikman. Enfin, d'un premier abord personne ne discerne Richard camouflé derrière son 16/9ème géant. Les mecs et nana qui ont déboursé le triple du billet au marché noir ne le savaient peut-être pas mais le running order de la soirée prévoyait une heure de Plastikman centrée autour du recrachage live de Closer. Une ligne horizontale rouge parcoure l'écran au rythme de la voix pitchée de l'énorme Ask Yourself. Honnêtement, je ne suis pas un grand fan de Plastikman. Seulement 5 ou 6 morceaux de sa discographie me font lever le cul de ma chaise. Mais là je dois m'incliner. Il s'agit ici d'un live total. Le son est énorme. Le fameux liant entre le kick et les basses se fait bien ressentir, le volume sonore est monté d'un cran. Les nappes sont prodigieuses. Les lignes de programmation déclinent des rythmes pas forcément cadencés pour le dancefloor. Il ne se passe parfois pas grand-chose mais même dans le minimalisme, Richie pousse tout à fond. C'est une façon d'appréhender les choses qui me plaît. En résumé, j'ai aimé pour les textures, un peu moins pour la musicalité mais l'essentiel est là. Au final, Plastikman dépasse l'heure qui lui était donnée et termine à la cool avec sa console et des boucles acides qui font mal devant une animation vidéo super geek-cheap à la Matrix.

Le changement de plateau prend bien dix bonnes minutes. Magda apparaît, décontractée et fraîche (c'est une impression). J'avais déjà un peu lâché lors du changement de plateau donc je me laisse porter par sa sélection ronde, peut-être plus légère et house que les prestations de ses collègues masculins (c'est toujours une impression). 5h15, je suis toujours sur la passerelle où des personnes de plus en plus chelous déambulent, et je vais dans le sens de cette blonde à qui je ne pourrais donner d'âge qui m'apostrophe en me disant « Comment tu veux qu'on reconnaisse nos potes dans ce bordel ?» tout en ayant du mal à s'accrocher à la rambarde. Elle semble n'avoir saisi que tardivement les enjeux de la soirée.

Vidéo

Photos

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On y était - Suzanne The Man & Villeneuve

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Suzanne the Man, Villeneuve, Jonjo Feather, Paris, la Flèche d'Or, le 01 avril 2010

Un premier avril comme un autre, un soir de Flèche d'Or. Comme annoncé dans ces pages au cours d'une interview fleuve, Benoît de Villeneuve nous y a donné rendez-vous dans le cadre parfait d'une soirée organisée par Les Boutiques Sonores. L'esthète-producteur vient présenter son dernier-né, Dry Marks of Memory, entouré de musiciens réunis exceptionnellement pour l'occasion. Notre petite troupe d'Hartziners se rejoint un brin à la bourre, 19h30, le temps de mettre en boîte l'interview du duo folk Suzanne the Man, puis d'assister dans un silence de cathédrale à la prestation altière et intimiste de Sonia Cordier (violoncelle) et Suzanne Thoma (chant et guitare). On retrouve cette dernière sur une poignée de morceaux de Benoît de Villeneuve, remplaçant avec virtuosité les voix que l'on croise sur Dry Marks of Memory. Décochant ses merveilles avec une célérité qui n'a d'égale que sa minutie, d'un Words of Yesturday de haute volée à un époustouflant Death Race, Villeneuve rend tangible à nos oreilles sa fabrique d'onirisme pop-électro, laissant en suspens - l'espace de quelques instants de grâce symphonique - nos préoccupations surinées d'un quotidien obnubilant. Il reviendra a Jonjo Feather, du haut de ses vingt-et-un ans et de son album Is Or Ok, dont la sortie est prévue le 10 mai prochain, de conclure la soirée sur une touche pop romantique mâtinée de guitares crasses. Reçu trois sur trois, ci-dessous la preuve par l'image.

Video

Photos

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On y était - Little Dragon

l_33ea90f846b32fd7f217c9ae9de7c043Little Dragon, Le Point Ephémère, Paris, Le 23 février 2010

Je dois avouer que je ne savais pas très bien ce que je faisais là. L’écoute de l’album Machine Dreams sorti l’été dernier ne m’avait pas convaincu. Que vaut réellement Little Dragon ? Pour partager 2 titres sur le prochain album de Gorillaz, ils doivent bien avoir un secret et leur concert de ce soir devait m’aider dans ma recherche. Yukimi, Hakan, Fredrik et Erik, ces 4 là se sont rencontrés sur les bancs du lycée à Göteborg il y a une quinzaine d’année. Ils ont touché au reggea africain et au rnb à leurs débuts. Il en reste des traces et ça a certainement dû plaire à Damon Albarn. Leur musique oscille entre un trip-hop à la Martina Topley Bird et une pop très électronique dont Bjork version « début » n’aurait pas à rougir. Dans les 2 cas, yukimi et ses accolytes se jouent des frontières. Ici, une mélodie japonaise en fond sonore. Là, une rythmique africaine pour donner le ton. Machine Dreams propose une musique « sensible et magnétique, avec la volonté de faire des chansons calibrées pour les dancefloor ». Voilà comment le groupe parle de son second opus. Démonstration sur scène ce soir. Yukimi Nagano est une pile. Elle occupe la scène et bien plus encore… Elle passe au milieu de la foule, essaie d’emmener tout le monde dans ses pas de danse… raté. Le public reste stoïque et très franchement, les suédois méritaient mieux. Même l’excellent afrobeat du rappel n’y fera rien. Il y a des soirs comme ça où l’on rate un rendez vous faute d’entrain… Little Dragon a tout tenté mais pas tout perdu, je repars convaincu. Le troisième album est en préparation. D’ici là, l’effet Gorillaz aura joué. J’ai dans l’idée que l’attitude du public aura changé…


On y était - Aufgang au Café de la Danse

large_5460Aufgang, Café de la Danse, Paris, 19 novembre 2009

Le problème, au Café de la Danse, quand on est assis à l'extrême droite de la salle, c'est qu'on est obligé de composer avec le bruit des mecs qui vont pisser. Le concert commence, quelqu'un se sèche les mains. Bon.

1 Mac + 1 violoncelle

Pour ouvrir la soirée, le label InFiné a misé sur un duo réunissant l'un de ses protégés, le producteur parisien Erwan Castex, alias Rone, et le violoncelliste Gaspar Claus. Le résultat : un seul et long morceau en demi-teintes. Rone, scotché à son écran, tripote frénétiquement les boutons de sa console tandis que Gaspar s'essuie les doigts sur le bois de son instrument. Ah, en fait, l'histoire des toilettes, ça faisait peut-être aussi partie de la performance. A la fin du set, le public fait comprendre discrètement qu'il aimerait un rappel. "On nous avait dit de faire court". Nos deux bougres, presque gênés de se tenir sur scène devant une salle pleine, nous font l'honneur d'un dernier morceau. Planant, mais pas transcendant.

2 pianos + 1 batterie

Je voulais commencer cet article par une allusion vaseuse aux CD de relaxation Nature & Découvertes avec cris de baleine intégrés, mais finalement, Aufgang mérite bien mieux que ça. D'autres ont déjà dû faire ce jeu de mot non moins vaseux auparavant mais je tiens à le préciser à nouveau : malgré son nom, ce groupe ne fait pas de la musique d'ascenseur. Ah ah. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas très sensible à ce genre de musique (comprenez : totalement ignorante), et l'écoute de l'album ne m'avait fait ni chaud ni froid. Ça n'a pas été le cas de ce concert. Bon, au début, quand je me suis retrouvée au milieu d'une marée de trentenaires branchés experts dans l'art de danser en mettant l'ambiance avec leur bras, je ne me suis pas totalement sentie à ma place, moi qui aie subi plus de pogos que de soirées hype. Mais j'ai été très rapidement convaincue par la performance de ces trois-là. C'est relojes especiales agréable, de temps en temps, d'écouter des types qui touchent vraiment leur bille en musique - dont la plus grande prouesse n'est pas le solo de "Stairway To Heaven", je veux dire. (Et non seulement ils sont doués, mais il faut en plus qu'ils nous promènent leurs faces de mannequins Armani sous le nez - franchement, il y a des claques qui se perdent.) Je ne vais pas vous rejouer le couplet de leur formation, ni celui de leurs influences ; d'autres s'y sont déjà collé, et très bien. Rappelons juste que les deux pianistes, Rami Khalifé et Francesco Tristano, se sont rencontrés en l'an 2000 de notre ère à la prestigieuse Juilliard School de New York. L'année suivante, ils rencontrent le futur batteur d'Aufgang, Aymeric Westrich, qui a officié un temps au sein de Cassius, et que Rami avait rencontré dans sa prime jeunesse au conservatoire de Boulogne-Billancourt. Tous mettent en commun leur goût de la musique électronique et de l'expérimentation sans limite. Bach... Not For Piano... Concours international de piano d'Orléans... Bla, bla, bla. Festival Sonar de juin 2005. C'est parti.
Oublions un peu tout ça, et revenons au Café de la Danse. Emmenés par le jeu carré d'Aymeric, les deux autres n'hésitent pas à malmener leurs pianos à queue en allant bidouiller on ne sait quoi avec les cordes à l'intérieur. Si Francesco évoque Fluxus lors des interviews, ce n'est pas sans raison. Et, soyons honnêtes, je serais bien incapable de citer une autre référence : je n'ai aucune idée d'où vient cette musique ; la seule chose dont je suis sûre, c'est qu'elle est terriblement passionnante. Ce soir, je rentre chez moi avec un préjugé en moins.

Emeline Ancel-Pirouelle