On y était - Soirée Pan European à L’Autre Canal

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Koudlam, Judah Warsky, Flavien Berger, Buvette, L’Autre Canal, Nancy, le 14 mars 2015

Judah Warsky, Flavien Berger, Buvette et Koudlam : elle sentait bon, la grosse affiche du label Pan European accueillie par la SMAC nancéienne l’Autre Canal à l’initiative de l’association Monolithe, qui organise des concerts en Lorraine depuis 2006. C’était un plateau promo très cohérent, quatre apostolats pour propager les évangiles du label parisien distillés par une ambiance électro-pop aux approches plurielles. J’étais donc préparé à un mélange de douceur et d’effervescence sur fond d’empathie musicale, ce soir-là je voulais que le beat m’aime autant que Jésus et j’étais prêt à me plonger dans une ritournelle interminable et confortable de quatre heures de mélancolie suave et de bonbons sucrés, jusqu’à en perdre la notion du temps ou celle de l’équilibre. Ou les deux.

L’Autre Canal, c’est donc la SMAC du coin, un bloc de béton intérieur rouge planté entre les péniches du canal de la Meurthe et le nouveau secteur résidentiel dont la municipalité s’évertue à vouloir étendre les façades atones et uniformes jusqu’au stade Marcel-Picot. Le cadre manque d’un quelque chose de festif, ce qui contribue sans doute, et c’est tant mieux pour les voisins, à limiter l’agitation à l’intérieur du complexe qui n’attend que ça, quitte à nettoyer les reliquats alcoolisés des teenagers qui se sont collés une mine avant de passer la sécu sans se demander si 120 décibels et 40° de mirabelle ne font pas 160 tours minute dans la tirelire. Heureusement ce soir-là, le public est un beau panel de trentenaires, ou presque.

Le programmateur de la salle m’apprend que Buvette, Warsky et Berger se relaieront dans un seul et même enchaînement sans pause avant de céder la scène à Koudlam, et c’est Buvette qui entame le warm up. Cheveux longs, poncho ethnique, c’est le fils du soleil mais il peine à tiédir la salle. Ce n’est pas faute d’y mettre du zèle en s’approchant, micro en main et oscillant du bassin, pour chantonner gentiment vers une salle remplie au tiers seulement, à honorer plus que son contrat par une présence agréable et enthousiaste. Le type est vraiment sympa, le beat est bon, l’acoustique flotte un peu quelque part mais la voix claire de Cédric Streuli complète parfaitement les aigus mignons de ses intrus. Seulement voilà, Buvette, c’est la tiédeur incarnée. Ce ton monocorde, cette approche simpliste à quelques pas de l'easy listening mais dénuée de tout second degré m’empêchent de trouver une vraie crédibilité aux prod du Suisse, qui manquent d’affirmation, voire d’autorité. C’est de la poésie, mais de ce genre où la versification l’emporte sur la musicalité. Les toniques sont quasi absentes et le rythme manque d’une certaine richesse, et si sur quatre morceaux, dont The Sun Disappeared, la formule passe bien, cette licence poétique très personnelle finit par lasser. Je vais discrètement bailler dans ma bière à l’extérieur de la salle et prendre le frais et une clope pour me réveiller en attendant Flavien Berger.

Berger, c’est ce type qui il y a un peu plus d’un an se faisait connaître par un morceau kraut de vingt minutes tout en douceur et progression, sur fond d’expérience intérieure spatio-onirique. Taré, et tellement dans l’héritage de Klaus Schulze. Ses prod arythmiques sur la durée, mélanges sucrés de saveurs pop, kraut et classiques, son phrasé suave, ses lyrics Dada et son goût pour l’improvisation en live ont piqué ma curiosité. J’avais en outre été bien chauffé par les textos dithyrambiques de mon pote Gaspard qui s’était rendu la veille au Trianon. Sans rien me révéler, mon blind-test dummy avait excité mon système limbique. Normal qu’aux trois premières notes des Véliplanchistes, je me rue dans la salle pour trouver la place qui me fera apprécier au mieux le set, mais je ne la trouve pas. En fait, Berger est partout, derrière ses consoles, micro autour du cou, devant la scène, un peu sur le côté, à balancer sa tignasse mi-longue et chercher le contact avec le public du regard et de la voix, au point de venir chanter son amour martien dans la salle. C’est du clubbing planant, c’est brillant de contraste et de pertinence, et Flavien nous complète cet excellent départ par une exclu intitulée Inline Twist, au beat percutant dans une approche plus club que les autres morceaux, plus stridente et abrupte aussi. Il s’amuse, il « rajeunit » (sic) et nous aussi. Comme promis, il laisse une grosse place à l’impro, pas seulement sur les transitions mais dans les compos elles-mêmes, sur leur longueur, leur intensité, leurs variations. Au cinquième ou sixième morceau (ça reste dur à définir), Berger nous campe une sorte d’edit de Frànçois & The Atlas Moutains pour conclure par un soliloque musical interminable ponctué de vocalises, de bombes lâchées au moment opportun, de plages ultra planantes. Le mayonnaise a pris, personne ne veut rompre le lien, pas plus le public que Flavien, et la transition s’opère en douceur et discrétion avec Judah Warsky.

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Judah a beau chanter de plus en plus en français et réveiller mon snobisme primaire et complètement injustifié à l’égard des paroliers poursuivis par un héritage moliérien confinant à la névrose, je me sens une connexion avec ce type depuis Turzi, une connexion avec son univers sombre et introspectif. Et c’est comme ça qu’il débute son set, dans l’obscurité, campé entre deux pratos comme un écorché. L’ambiance est plus oppressante, la voix puissamment filtrée, le beat est pesant, lourd, il tape là où il faut. Le tout gagne en puissance dès le deuxième morceau, I Lost It, la prose de son texte se perd dans la texture chevrotante de sa voix inégale, les breaks sont parfaits, les silences émoustillent et laissent à peine le temps à l’oreille de se tendre pour guetter la suite du morceau que déjà le tympan se rétracte. Judah Warsky, c’est l’homme des influences, celles qu’il puise dans des répertoires composites pour ciseler un mélange confondant et poétique qui ne perd rien en live, au contraire. Bruxelles, premier titre de l’album éponyme, nous est imposé par une mesure somptueusement lourde et à grand renfort de réverb. Les lights nous pètent les yeux mais on est dans le noir avec lui, jusqu’à sa relecture de William Blake dans Painkillers & Alcohol, berceuse triste et sombre qui assoit une texture soyeuse pour mieux dissimuler les épingles cachées dans sa fibre. À l’invitation de Judah, une partie de la salle se met à danser un slow apathique et désenchanté, et les couples imbibés et enlacés sont rapidement rejoints par Warsky lui-même qui entre dans sa propre danse sans lâcher son micro. On est tous là pour nous amuser et même en l’absence de salle comble, l’artiste laisse sa décontraction et sa bonhomie gagner le public jusqu’au fondu au noir final. Pause.

Koudlam. J’avais préparé mes plus beaux godillots pour les secouer sur Negative Creep mais l’ambiance n’est pas celle attendue et c’est en vain que j’ai tenté de me laisser marcher sur les pieds par les quelques enthousiastes agités de soubresauts qui m’ont plus fait mal au cœur qu’aux orteils. Peut-être est-ce à mettre en rapport avec un dernier album, Benidorm Dream, qui avait levé chez moi quelques interrogations sur la progression stylistique de Koudlam, du moins qui m’avait laissé sceptique sur sa motivation à prolonger l’approche esthétique trompeusement simple et nonchalante qui m’avait tellement séduit dans Goodbye ou son EP Alcoholic’s Hymns. Ou peut-être est-ce à cause de l’attitude désabusée de Koudlam on stage, caché derrière des lunettes de soleil, un strobo agressif et sa guitare, qui finira par lui faire défaut et tourner le dos au public pendant dix bonnes minutes. Ou peut-être est-ce tout simplement parce qu’il s’est restreint à jouer les morceaux de son dernier album en omettant Negative Creep, jusqu’à ses premiers mots à l’adresse du public, “Bonne nuit Nancy”, lassante et énième relecture d’un rappel convenu invitant le public à se rendre digne des meilleurs morceaux, qu’il ne manquera évidemment pas de jouer. Negative Creep donc et enfin, See You AllSunny Day et Alcoholic’s Hymns, on est dans le répertoire qu’on connaît et qu’on a attendu qurante-cinq minutes. On a même droit à quelques esquisses d’une prestation scénique timide mais méritée. Gros capital sympathie tout d’un coup, c’est un beau rattrapage qui réconcilie Koudlam avec le public, et le type ne s’arrête plus, il se tape un bœuf tout seul, bière et clope à la main, après un second et bref rappel. Tirant parti du “meilleur pour la fin”, je décide de remballer mon tempérament atrabilaire pour rester sur une bonne impression finale qui, si elle ne me fera pas revenir trop tôt à un concert de Koudlam, m’évitera de rester sur un sentiment de déception.

Credits photos : Arnaud Vezain pour Monolithe


On y était : Alice Lewis et Amen Dunes au Garage MU

AliceLewisAmenDunesOn ne peut pas dire qu'il y avait foule devant la porte du Garage de la rue Léon. Ce dernier nous avait habitués à des concerts plus électriques et plus sauvages. Mais pour démarrer cette nouvelle saison placée sous le signe de l'été indien (que l'on espère la plus longue possible vu les problèmes du collectif avec certains de leurs voisins), la voix délicieuse et les mélodies envoûtantes d'Alice Lewis et les compositions habitées d'Amen Dunes nous ont filé une bonne chair de poule...

Si quelques réglages sont encore nécessaires avec sa partenaire pour qu'Alice puisse être débarrassée de tous ses doutes sur scène, on écoutera en boucle Where Do We Go pour patienter jusqu'à la sortie de son prochain album.

http://youtu.be/p81nfrTP0e4

Damon McMahon alias Amen Dunes, plutôt habitué à tordre les cordes de sa guitare électrique, a préféré se lancer dans un set totalement acoustique à cause d'une légère blessure à la main. Jeff, un proche du collectif MU, lui a prêté sa guitare pour lui éviter l'amputation.

Le Garage plongé dans la pénombre, éclairé seulement par les quelques diodes du rideau de guirlandes contre le mur en béton, Amen Dunes s'installe devant son micro et enchaîne ses morceaux, qu'il introduit toujours avec une petite anecdote tirée de ses nombreux voyages pendant lesquels il compose toutes ses chansons comme des notes de voyage remplies d' impressions personnelles : "Je n'ai jamais joué ce morceau en concert encore, je l'ai composé avec des musiciens de Godspeed You! Black Emperor… Alors voyons ce que ça donne ici". "J'aime celle-là même si elle n'a pas encore de nom", dit-il lorsqu'il termine ce magnifique morceau, premier des quatre que nous avons filmés.

Amen Dunes est le genre d'artiste généreux et simple à qui tu vas chaleureusement serrer la pince pour le remercier à la fin de son concert. Ce mec respire vraiment la bonté, ses chansons introspectives n'ont rien à voir avec le stéréotype du chanteur folk torturé qui vit caché dans les bois pour écrire sur sa dépression ou sur le monde qui s'écroule sur lui-même… La musique d'Amen Dunes vous touche là où le palpitant s'agite - de la magie pure...

http://youtu.be/M0RMrKSuwZI

http://youtu.be/x8B-wX1Gvrc

http://youtu.be/L_JL-b_jVxs

http://youtu.be/1-W7lTh7Lrs


On y était - Motorama à Petit Bain

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Motorama, Petit Bain, Paris, le 19 septembre 2013

Il y a plus de deux ans déjà, notre estimé collègue Éric nous faisait partager son émotion et son enthousiasme suite à la prestation dans un rade lillois de nos désormais meilleurs amis russes (lire). Depuis lors, de l'eau a coulé sous les ponts de Rostov-sur-le-Don : signature chez Talitres, publication d'un second album parfait (chronique), réédition officielle d'Alps (chronique) et reconnaissance critique et publique. Publique, sans doute pas encore assez, d'ailleurs. Car même si l'on aurait voulu garder précieusement pour soi le secret de cette musique en or, comment ne pas souhaiter à la petite bande le succès le plus large possible ? À les voir sur la scène d'un Petit Bain copieusement garni en cette rentrée, on est bien obligé de se dire que cette musique mériterait des espaces bien plus vastes, dont l'ampleur rendrait justice à celle de ces compositions au rayonnement sans limite. Car les racines cold ont déjà depuis un bail évolué vers des territoires mélodiques luxuriants, donnant naissance à des chansons alliant à merveille sécheresse Factory et fertilité Sarah. Après seulement deux albums, la richesse du répertoire de Motorama est particulièrement frappante sur scène, où les titres s'enchainent sans temps mort, une chanson parfaite après l'autre. Difficile, donc, pour votre serviteur, de retenir un quelconque climax. On assiste plutôt, médusé, à une implacable succession de highlights. Si l'on pourra regretter une seconde un son pas franchement optimal - trop de basse, pas assez de voix, pour faire simple - rien n'entravera vraiment le plaisir ressenti à l'écoute des titres d'un groupe qui confirmera ce soir-là sur scène la sensation ressentie à l'écoute de Calendar : à mesure que le temps passe, le groupe gagne inexorablement en assurance, et chacun des instruments en ampleur. Ainsi, si Image, to the South ou Young River confirment que le combo n'a rien perdu de son implacable justesse rythmique, bien au contraire, ce sont bien les titres tirés de Alps qui démontreront à la faveur du live à quel point le groupe a progressé, des reliefs inédits et intrigants apparaissant sur Ghost ou Wind in Her Hair notamment. D'une placidité à toute épreuve, Motorama déroulera au final, sans baisse de régime,  une très grande partie de son stock de chansons, injectant à son set de sérieuses montées de sève proches de la soudaine crise épileptique, tant durant une In Your Arms transfigurée qu'à la faveur d'une version d'Alps apocalyptique, et peut-être plus gracieux moment d'un concert inspiré et élégant, du début à la fin. On compte déjà les jours qui nous séparent d'une nouvelle rencontre avec ces géants russes, dont le talent ne semble décidément trouver aucune limite.


On y était - Wavves au Point Ephémère / The Strange Boys à la Flèche d'Or

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Wavves, Le Point Ephémère, Paris, 22 novembre 2010
The Strange Boys, La Flèche d'Or, Paris, 29 novembre 2010

Sortir un lundi soir pourrait refléter une volonté masochiste de commencer la semaine sur les rotules et de la terminer sur les fémurs, mais relève bien plus souvent d'un fanatisme aigu. Deux ou trois fois que je rate les Strange Boys à Paris, et plusieurs mois que j'attends Wavves - alors lundi ou pas, semaine chargée ou pas, fin de week end difficile ou pas, rendez-vous au Pôle Emploi le lendemain matin à 9h ou pas, je ne manquerai pas à l'appel, et tant pis si mes collègues devront supporter ma tête de raton-laveur pendant les quatre prochains jours.

Le 22 pourtant, prise d'une crise de flemmingite aiguë (je veux dire, pourquoi traverser Paris pour aller voir trois branleurs s'égosiller dans un micro, hein), je traîne et ne parvient à rallier le Point Ephémère qu'au moment propice où il est déjà rempli à ras-bord. Du coup, je serais bien incapable de vous parler de la moitié de première partie que j'ai vue (les Smith Westerns, qui ont l'air fort sympathiques - de loin), occupée que j'étais à tenter désespérément de me faire remarquer par cette barwoman qui avait l'air bien décidée à m'ignorer (j'en profite pour vous dire que la technique du regard agacé est totalement inefficace dans le noir). Le gosier trop desséché pour ouvrir mes écoutilles, j'attends distraitement que le trio de Chicago cède sa place aux Californiens. Fort naïvement, je profite du changement de plateau pour aller m'installer confortablement au beau milieu du deuxième rang - quelle vue magnifique j'aurais d'ici pour mes photos ! Haha. Petite inconsciente. J'avais juste oublié qu'à groupe de petits cons, public de petits cons. Au bout de trois secondes, prise dans un pogo ultra-violent (si, je vous jure), je renonce et tente de m'extirper de la masse sautillante. Et là, bim, un coude perdu et je me prends mon objectif dans le menton. Mon dieu, je saigne, je suis à deux doigts de la mort. Pendant qu'un deuxième appendice bleu et fort seyant me pousse sous le premier, je trouve un coin tranquille d'où je vais pouvoir profiter du concert et tenter d'en tirer deux mots à vous dire. Je crois que mon avis sera aussi fulgurant que la prestation : les morceaux de Wavves sont faits pour être vécus en live, trois centimètres au-dessus du sol et la bave aux lèvres. C'est jouissif, électrique et désinvolte, et ça ne s'intellectualise pas. Nathan, Stephen et Billy passent peut-être leur vie à fumer de l'herbe en jouant à la GameBoy, et dans une autre vie ils seraient sans doute serveurs dans un quelconque fast-food, mais la fée du punk lo-fi s'est penchée sur leurs berceaux et dieu merci, ils n'ont pas décidé de garder ça pour eux.

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Une semaine plus tard, on est encore et toujours lundi, sauf qu'il fait plus froid et que mes tympans ont laissé la vie au concert des Swans la veille. Mais ce n'est pas parce que je suis à moitié sourde que je vais passer mon tour, et puis je sais lire sur les lèvres. Une fois arrivée, je constate que voir les Strange Boys, ça se mérite : ce n'est non pas une, non pas deux, mais bien trois premières parties que la Flèche d'Or a prévues ce soir. Cette dernière a du goût, fort heureusement, et l'attente ne sera pas trop longue. Après Minor Sailor et ses pop songs délicates, Tamaryn plombe l'ambiance avec son "synth-folk-goth" (ça ne s'invente pas) noyé dans la réverb'. Intéressant, mais l'ensemble serait sans doute plus convaincant si la voix de la gravure de mode qui sert de chanteuse n'était pas si embourbée sous les couches d'électricité envoyées par un guitariste qui, physiquement, pourrait bien être le fils illégitime de Peter Hayes et Nicola Sirkis. Pour alléger cette introduction, Baths, sorte de Bisounours épileptique, est propulsé sur la scène avec sa pop électronique sous le bras. Souriant et "really really gay" (sic), le bougre redonne le sourire à toute la salle, qu'il gratifie allègrement de petits coeurs avec ses mains. Enfin, le rideau se ferme à regret et on devine qu'une bande de Texans est en train de s'installer derrière. The Strange Boys donnent ce soir leur dernier concert de 2010 à l'issue d'une tournée de plus de deux cents dates. Malgré tout, on ne les sent pas fatigués et encore moins lassés. L'ambiance est à la rigolade et au dialogue avec un public plus que content de les (re)voir. Au bout de deux ou trois titres, on est transporté loin d'ici, dans un vieux rade sur lequel il n'a jamais neigé et où il n'y a plus que le blues et les potes qui comptent. Tout le monde danse et entonne les refrains en chœur avec Ryan Sambol, sorte de Pete Doherty en plus frais, tandis que Jenna et son saxo (le sosie de Lisa Simpson, non ? ça m'a fait rigoler pendant tout le concert) arrondissent les angles à coups de solos bien sentis. Peu importe la batterie qui part en pièces détachées, le groupe enchaîne les titres avec détachement et professionnalisme. Tout a l'air à la fois improvisé et minutieusement répété : il suffit que quelqu'un dans le public réclame un morceau pour que les Strange Boys s'exécutent, mais avec tellement de naturel et de perfection que c'est comme si ledit morceau avait toujours été à cet endroit sur la setlist. Après une heure et demi de réjouissances, le groupe se voit contraint de quitter la fête, mais on ne doute pas qu'il reviendront.

A l'heure où j'écris ces lignes, on est encore lundi, et je cherche comment occuper ma soirée aussi bien que ces deux dernières semaines. Je cherche un groupe aussi furieux que Wavves ou aussi sincère que les Strange Boys, et par-dessus tout j'essaye de trouver une musique qui se partage. Car c'est bien de ça dont il était question : qu'il s'agisse d'un pogo béat accordé aux mouvements de la crête de Stephen Pope ou d'une interjection joviale à Ryan Sambol, ces lundis-là, tous les cœurs étaient sur la même longueur d'onde.

Lire la chronique de Wavves - King of the Beach
Lire la chronique de The Strange Boys - Be Brave

Photos


On y était - Fol Chen & Liars

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Fol Chen, Liars, Paris, La Maroquinerie, le 19 mai 2010

Vous avez déjà foutu les pieds en enfer ? Le malin a-t-il déjà joué de votre trop facile concupiscence, susurrant délicieusement ses charmes vils au creux de vos oreilles avant de vous les rabattre brutalement dans la plus complète stridence apocalyptique ? Oui ? Non ? Dans tous les cas, lisez attentivement ce qui suit. Ma journée commence pourtant bien : gagnant mon lieu de travail aux aurores, tel un angelot dévotement pétri de professionnalisme, je besogne sans interruption une montagne de chiffres dans le plus pur espoir ascétique de trouver grâce aux yeux de mes employeurs. La personnification du bonheur terrestre comme n'importe lequel des catéchismes économiques l'entend et le défend. Quand l'heure de l'apéro tinte, faut pas déconner quand même, je me soustrais au monde, me retrouvant, quelques arrêts de métro plus loin, aux abords d'une Maroquinerie faisant étal d'une excellence constamment avérée en programmant ce soir Fol Chen et Liars. Le houblon humecte délectablement mes lèvres quand bien même je discute de notre nouvelle newsletter. Rien ne me laisse présager de ce qui est en passe d'advenir. (Presque) inopinément je retrouve Virginie, collègue d'Hartzine et fan inconditionnelle des Liars. Quoi de plus logique ? A la sortie de Sisterworld, dernier album en date du trio, nous avions accordés nos violons pour mettre les petits plats dans les grands : interview, chronique, revue discographique et compilation vidéo. Rien de moins.

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Une clope avidement mégotée plus loin, je pénètre dans l'antichambre infernale. Signée chez Asthmatic Kitty (DM Stith, Sufjan Stevens), Fol Chen m'est totalement étranger. Une découverte intégrale donc, d'autant que la présentation de la soirée avait de quoi titiller une curiosité bien placée, le groupe étant censé "préserver son anonymat à de masques scéniques lors de ses performances live explosives". Forte d'un disque paru l'année dernière, Part 1: John Shade, Your Fortune's Made, et d'un second à sortir ces jours-ci, Part II: The New December, la bande des quatre apparaît sur scène à visage découvert, chacun de ses membres étant néanmoins vêtu d'une combinaison rouge à bandes noires. D'une, les groupes "masqués", bon ok ça passe, de deux, les groupe en combi, bahhh depuis Devo, ok c'est fait et refait. Première déception. Le morceau introductif pose d'entrée les bases de leur rock à synthé solidement caréné d'une batterie omniprésente : presque dix minutes où se répondent claviers, trompette et guitare à mesure que Samuel Bing (promis, je ne ferai pas de jeux de mots foireux avec son nom) minaude ses paroles en usant de l'ensemble de ses muscles faciaux. Ce n'est pas franchement beau à voir, d'autant que Bing, aussi petit que ne l'est sa guitare, n'a de cesse de repousser les attaques récurrentes d'une mèche balayant l'ensemble de son visage. Mes yeux se reportent donc insidieusement vers la demoiselle au chant et au synthé, nettement plus agréable au regard, tandis que mes oreilles se repaissent du martellement dionysiaque que le batteur fait subir à ses fûts. Aussi baraque et presque aussi grand qu'Angus Andrew, j'imagine ces deux-là se rencontrer dans un fight club d'une banlieue paumée de Los Angeles. Le coup de foudre et le coup de poing. N'empêche que deux chansons s'écoulent et on en est toujours au même point : j'admire auditivement le cognement furibard de l'esthète ténébreux, je contemple, médusé, le charme de la clavièriste - qui par malheur chante faux - j'évite du regard le Bing de poche trépignant et je tressaille à chaque invective de trompette. Sérieux, c'est cool de faire du syncrétisme musical, surtout quand on habite dans un coin ultra-blindé de mariachis, mais à part les Texans de , la trompette c'est vraiment l'apoplexie du rock. Peu à peu le public s'ennuie et le bar commence à s'emplir. Dans les chuchotements d'escaliers, une question lancinante s'invite à toutes les bouches : pourquoi un tel groupe dénué d'originalité en première partie d'un groupe réputé pour son excentricité ? Très vite, on comprendra, mais moi, j'ai mon idée : un bon fight club, ça scelle une amitié.

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J'en viens à la substantifique moëlle de vos interrogations. Peut-être par naïveté, je ne suis pas de ceux qui ont la peur du complot dans le sang. Pourtant, là, rien à dire, j'ai de suite senti l'entourloupe maléfique : Virginie était destinée, que dis-je, pré-programmée à ce report, elle qui déclarait dans sa récente chronique avoir un bonheur fou à "retrouver un vieil amant". Dès lors, comment ne pas sentir cette lame aiguisée pointer dans mon dos, chacun de mes mots devenant prétexte à une déchirure sanguinolente. Et d'aller de mal en pis à l'apparition du surhomme Angus, démesurément grand pour la scène d'une Maroquinerie prenant instantanément les atours d'un mouchoir de poche. J'aperçois de biais le regard de Virginie, je fais face au Goliath, à la crinière noire ébouriffée, souriant de toutes ses dents et s'emparant du micro pour saluer une foule massée de son épais tapis dans les moindres recoins de la salle. L'étreinte du couteau dans le dos, je me perds dans le blanc des yeux d'Angus qui, très vite, vire au rouge. Le masque tombe et Méphistophélès s'empare de sa créature : mon cœur bat la chamade, je me sens embringué dans une machination à l'artifice meurtrier, persuadé de ne pas en sortir indemne. N'est-ce pas la couleur de l'enfer ? J'ai pourtant déjà vu les Liars, lors de leur passage, l'année dernière, à la Villette Sonique. L'alcool m'a sans doute poussé à omettre un détail. Un putain de détail. Le rythme malsain d'A Visit for Drum entonné par Julian Gross retentit depuis déjà deux bonnes minutes, Aaron Hemphill à droite de la scène insufflant des échos de guitares spasmodiques, quand le golgoth australien daigne enfin poser sa voix, usurpant la folie de ses pupilles dilatées. Le groupe est accompagné de Bing à la guitare et de son acolyte trompettiste, ici bassiste, tout deux légèrement en recul sur la gauche. Le pourquoi du comment de Fol Chen donc. No Barrier Fun est enchaîné sans interruption aucune, et sera l'un des huit titres de Sisterworld entendus ce soir : autant dire que les Liars sont là avant tout pour promouvoir un album qui, par la clameur de l'accueil réservé, est loin d'être une pièce mineure dans la discographie du groupe. Au contraire, Sisterworld et son ferraillage de bon aloi paraissent être taillés à merveille pour la présence intensément physique d'Angus se mouvant au rythme des claquements de caisse claire : la fausse quiétude égrainée sur le disque se meut en véritable cavalcade nimbée de décibels. Dès Clear Island les premiers rangs se mélangent dans la ferveur d'un pogo anarchique que We Fenced Other Houses With The Bones Of Our Own ne fera qu'amplifier dans un final thaumaturgique. La jeunesse relative de l'assistance fait que Scissor, ultime single du groupe, tout en montagne russe, est salué à gorge rougeoyante. Les riffs sombres d'Aaron se font de plus en plus tranchants, enfonçant net là où ça fait mal. Les oreilles bourdonnent, Angus vitupère sauvagement son micro d'incantations blasphématoires, fixant ça et là le vide et chorégraphiant de son visage déformé la violence extatique se dégageant des deux épures de stupre saturé, The Overacheivers et Scarecrows On A Killer Slant. Les deux joués presque en suivant et seulement entrecoupés de The Other Side of Mt. Heart Attack, rare comptine du groupe dédiée à une de leur amie enceinte. Ces trois-là sont donc humains, le détail est d'importance. Après quelques palabres joliment énoncés dans la langue de Molière par un Angus dégoulinant de transpiration, le groove vénéneux de Sailing Back To Byzantium s'empare des guiboles du tout un chacun, ouvrant la voie à la paranoïa distordue de Plaster Casts Everything, jetant de l'huile sur le feu en embrasant une nouvelle fois une fosse de plus en plus large. Les Liars ne s'abandonnent jamais à la facilité, seul démon conjuré, déchirant, dans une luxuriante forêt de sonorités alambiquées, leurs motifs sonores les plus évidents. En témoigne Pround Evolution, morceau conclusif du set, à l'apparence discographique aussi volubile qu'il ne se transforme en live en véritable messe noire résonant indéfiniment dans la moiteur environnante. Le groupe quitte la scène et la regagne presqu'en suivant, sous les acclamations ininterrompues d'un public fiévreux, Aoron en tête, suivi de Julian, frappant dans le vide tel un boxer montant sur le Ring. Pour la rime, Bing reste à quai, Angus complétant le trio en formation originale pour ces quelques dernières minutes. La rythmique lourde et obnubilante de Be Quiet Mr. Heart Attack!, perçant dans le mur de réverbérations brumeuses élevé par Aaron, invite à une nébuleuse constatation, au-delà de sa fausse répétition jouissive : de par leur setlist les Liars n'expurgeront ce soir que leur premier effort, They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top, pourtant pas le plus dégueulasse. Et s'il fallait une fin à mon irrésistible calvaire, celle-ci prend corps dans un Broken Witch écumant jusqu'à l'étourdissement mes ultimes restes de fiel : batterie saccadée, voix éraillée, guitares épileptiques, psaumes rabâchés jusqu'à satiété : "blood, blood, blood, blood"...

Dès les premières lueurs signifiant la fin définitive du concert, je m'échappe, je cours, je dévale la rue direction Ménilmontant. L'ambiance glauque du métro me monte à la tête, alerte, la trouille me colle aux basques. Les yeux noirs d'Angus me poursuivent dans la nuit tandis que je repense constamment au schlass affûté de ma compère chroniqueuse. Depuis je vis claquemuré dans ma turne, je ne vais plus au boulot. Je pèse mes mots aussi. Que ceux-ci gagnent ma rédemption. La lumière du jour me manque.

Setlist

Liars

1. A Visit From Drum (Drum's not dead)
2. No Barrier Fun (Sisterworld)
3. Clear Island (Liars)
4. I Can Still See The Outside World (Sisterworld)
5. We Fenced Other Houses With The Bones Of Our Own (They Were Wrong, So We Drowned)
6. Scissor (Sisterworld)
7. The Overacheivers (Sisterworld)
8.The Other Side of Mt. Heart Attack (Drum's not dead)
9. Scarecrows On A Killer Slant (Sisterworld)
10. Sailing Back To Byzantium (Liars)
11. Here Comes All The People (Sisterworld)
12. Plaster Casts Everything (Liars)
13. Goodnight Everything (Sisterworld)
14. Proud Evolution (Sisterworld)
15. Be Quiet Mr. Heart Attack! (Drum's not dead)
16. Broken Witch (They Were Wrong, So We Drowned)


On y était - Broken Bells

Broken Bells, Paris, Lundi 1er mars 2010 au Nouveau Casino

Tout le projet Broken Bells, fruit de la collaboration entre James Mercer, chanteur de The Shins et Brian Burton, aka Danger Mouse, est basé sur l'effet d'annonce. En effet ce n'est qu'en décembre 2009 que nous apprenions la naissance de cette rencontre iconoclaste soit trois mois seulement avant la sortie de leur premier album et, ce n'est que fin février 2010, que nous est annoncé 10 jours plus tard la tenue d'un concert à Paris, première date de leur mini tournée européenne. Mais que vaut cette collaboration au final ?

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En attendant de pouvoir contempler le chat et la souris, en première partie, nous avons Joker's Daughter, le projet folk de Brian Burton avec la jeune jeune chanteuse anglaise multi-instrumentiste Helena Costas. Ils ont commencé à collaborer ensemble en 2003. Mais avec les diverses collaborations de Danger Mouse (Gorillaz, Danger Doom..),  le fruit de leur session d'enregistrement n'a jamais pu aboutir sur un album fini. Jusqu'à l'année dernière où finalement The Last Laugh sort sur Domino Records. Arrivé tout juste pour la dernière chanson, force est de constater que sur scène Helena et ses compères se sont juste trompés de fête, l'épiphanie et les couronnes de galette des rois le 1er mars, c'est has-been ! Ajouté au chapeau du fou du roi d'Helena, on ne va peut être pas commencer à parler musique maintenant...

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Broken Bells ou la rencontre de deux grands hommes. Brian et James font connaissance en se croisant sur divers festivals avec leurs groupes du moment, Gnarls Barkley pour l'un et The Shins pour l'autre. Même si certains membres d'Hartzine n'aiment pas forcément tout ce qu'a pu produire Danger Mouse, force est de constater qu'avec l'âge Mister Burton se bonifie et ses collaborations sont de plus en plus intéressantes aussi bien musicalement qu'artistiquement parlant (on se souvient alors de l'admirable travail fait autour du projet Dark Side Of Your Soul avec le regretté Sparklehorse).
Il aura fallu tout de même un an pour que Broken Bells sorte leur premier album et ce 1er mars est un peu particulier pour ce "super groupe". C'est tout juste leur 2ème concert et il se tient seulement une semaine avant la sortie officielle de leur album. Un vrai test grandeur nature en somme. Mais cet événement n'était apparemment pas assez vendeur ou annoncé trop tardivement pour pouvoir remplir le Nouveau Casino. On pouvait ainsi encore acheter ses places au guichet. Seuls les nombreux curieux et aussi tout le gratin habituel de la hype  médiatique parisienne sont présents dans la salle.  En déposant mon matériel au vestiaire, une gentille dame de chez Magic essaie de placer sa une de magazine (avec Broken Bells) au comptoir du vestiaire, il n'y a pas de petit profit comme on dit. On arrive devant la scène et on découvre la setlist. On commence déjà à côté de moi à réviser le refrain du single vitaminée The High Road qui ouvrira le concert. Sur l'album, Brian et James jouent de tous les instruments et assurent à eux seuls la composition des morceaux. Sur scène, ils sont accompagnés par quatre autres musiciens.
L'instant de vérité a sonné. Les deux compères arrivent sur scène ovationnés par la foule se faisant pressante aux premiers rangs. James à la guitare et au chant et Brian à la batterie, la grande route peut commencer ! Des petits problèmes de son pour leur première chanson n'empêchent pas d'admirer la voix du sosie officiel de Kevin Spacey. En plus du traditionnel éclairage de la salle, on a droit à un véritable spectacle visuel avec des projections vidéo qui jouent habilement avec les visages et ombres des artistes présents sur scène. Ces projections sont toutes inspirées de la pochette du disque : graphique, épurée et colorée. Jouant les morceaux dans le même ordre que celui de l'album, on a finalement plus l'impression d'assister à une écoute privilégiée de ce dernier qu'à un véritable concert. Heureusement le spectable prend une toute autre ampleur lorsque Brian décide se mettre au piano à côté de James. Au premier plan, on a les deux compères face à face se donnant la réplique à grands coups de montées vocales pour l'un et de notes de clavier pour l'autre, énorme ! Après 10 bonnes chansons bien mouillées et passés par de grands moments d'émotion (Citizen ou October) , le duo Danger-Mercer  repart en coulisses devant l'admiration et les acclamations du public. Pour faire durer un peu plus le plaisir, ils reviennent sur scène non pas pour jouer des inédits (il paraît que pas mal de titres sont déjà en boîte pour un second opus) mais pour nous offrir une séance de reprises et pas des moindres : Don't Let It Bring You Downde Neil Young et Crimson & Clover de Tommy James and the Shondells. Du pur bonheur !

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Merci à Fabrice de chez Phunk

On y était - The XX & These New Puritans

The XX et These New Puritans, festival Super! Mon Amour, Jeudi 18 février 2010,Paris, La Cigale

Point d'orgue du festival Super! Mon Amour, ce 18 février a des airs de Saint Valentin retardé. Hé oui ce dernier était un peu le cadeau rêvé si vous aviez quelque peu négligé votre moitié le 14 février...
A 19h, déjà une longue queue aborde l'entrée de la Cigale, le temps de faire le tri sélectif de flyers, on peut enfin entrer dans la salle. Le tout Paris est au rendez-vous. Toutes les places du balcon sont réservées, on se fait une petite place près de la scène pour pouvoir apprécier à sa juste valeur The place to be in paris ce jeudi.

These New Puritans

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Désolé les amis. Car avant de côtoyer les cieux, il faudra survivre à l'expérience expérimentale d'outre-tombe de These New Puritans. La scène s'assombrie et l'intro de We Want War arrive imposante et les premiers murmures de Jack Barnett se font entendre... Au revoir les bons sentiments et bienvenue dans un monde où les hommes sont devenus des machines au service du bruit... Aucune interaction avec le public n'est possible... Une chute libre sans fin. Un show déshumanisé, essentiellement consacré à la présentation de leur second album Hidden, mais qui ne laisse personne indifférent. Soit on adhère soit on subit... On subit surtout... Peut-être qu'au-delà de leur trip dark-médiéval, sur scène les TNP ont l'air plutôt de jeunes anglais dépressifs. On se sent pris au piège... Les jeux de lumière laisse peu de place pour prendre des photos ou même filmer (n'est ce pas Arte ahah).  Bref, ils n'ont pas fini d'agacer et ce n'est pas avec leur prestation de ce soir que les avis vont changer.  Ce concert laisse le même constat amer aux nombreuses personnes avec qui je discutais de leur prestation "je ne comprends vraiment pas leur deuxième album...". En résumé, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Aux dernières nouvelles Saint-Malo recherche toujours activement le chanteur Jack Barnett qui s'est visiblement perdu en Bretagne annulant ainsi la prestation du groupe à La Route Du Rock deux jours après leur prestation à Paris...

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The XX

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Un grand rideau blanc cache la scène, quelques notes surgissent, un grand X apparaît alors. Oui Paris appelle au secours les 3 minots de Wandsworth, tel Gotham City appelant Batman, pour pouvoir épurer leur âme ce soir-là pervertie par les incantations de These New Puritans. Le temps passe pour The XX mais leur succès ne fait que s'amplifier. Tout va vite, si vite, peut être trop vite pour eux. De leur showcase au Motel à leur prestation de ce soir, il s'est à peine écoulé 8 mois. 8 mois d'encensement mondial après la sortie de leur premier album et Paris, ce soir, ne déroge pas à la règle. On est sous le charme. Leur show est à l'image de leur musique: épuré, minimaliste, puissant et fragile à la fois. Fort est de constater que Romy et Jamie chantent tellement bien que leurs voix vous touchent au plus profond de votre âme et qu'on reste suspendu à leurs lèvres. Sur certains passages, mon cœur balance entre prendre des photos ou juste apprécier le concert et tendre ma main à ma douce, dur dilemme. Leur prestation est hypnotique et le public parisien est ravi de cette soirée et souhaite se faire entendre...Jamie, Romy & Oliver se retirent donc sous les applaudissements après en laissant tourner leur remix de You Got The Love de Florence & The Machine. Si vous voulez les voir en concert, leur prochaine date parisienne est prévue le 14 juin prochain à l'Olympia... Mais c'est déjà complet!

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Merci à Esther de chez Beggars

Audio

Florence & The Machine - You Got The Love (The XX Remix)

Video


On y était - Chokebore

Chokebore, Festival Super Mon Amour, 19 février 2010, la Maroquinerie.

Chokebore.(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

Il est très difficile de conjuguer rigueur journalistique et amour de jeunesse. Forcément, lorsque j'ai su que Troy Von Balthazar, James et Jonathan Kroll et Christian Omar Madrigal Izzo reformaient Chokebore, ce fut l'immédiat branle-bas de combat dans ma boîte crânienne déjà perturbée. Peut-être l'unique occasion de les revoir, de sentir à nouveau cette énergie brute s'éprendre de mes membres, peut-être aussi la dernière occasion de les rencontrer, de leur poser les mille questions qui se bousculent au portillon de ma jeune conscience professionnelle. Que dire aussi de cette sensation étrange de les avoir quitté hier et de les retrouver sept ans plus tard. Flash temporel, j'étais parmi ceux qui, un soir d'avril 1998, dans la petite salle du Chabada d'Angers, avaient tutoyé les cimes de l'ivresse rock dans un concert bouillonnant et agressif comme je n'en ai plus revu depuis. J'avais dix-huit balais et le groupe présentait son quatrième disque, presque à domicile, Black Black ayant été enregistré par Peter Deimel au studio Black Box d'Angers fondé par le regretté Ian Burgess. La fatigue de tournées interminables ne se lisait pas encore dans leurs yeux. Disponibles, emprunts d'une générosité sans pareille, le groupe ne rechignait pas à discuter avec les quelques fans restés après le concert. J'en étais bien sûr, muni de l'intérieur du livret de Montionless, voyant Troy s'envoler à la renverse, photocopié en A3. Ils s'en étaient amusés, chacun d'entre eux gribouillant, à mon plus grand plaisir, diverses annotations. Troy, lui, avait ajouté une légende à cette photo le représentant. Quelques mots gravés au fond de ma rétine pour un long moment : i'm jumping for my life and i hope i make the landing. Un condensé de ce qu'était Chokebore à mes yeux ébahis : entre décharge d'électricité frustre et romantisme d'une voix profonde et torturée, entre sagacité des mélodies et coloration d'un vide existentiel. Le gris terne, celui du doute adolescent, qui se trouvait là constellé poétiquement d'émotions pures, sans concession dans leur entièreté.

Et puis, ces concerts, qui ont fait leur nom, ont fini par les lasser. Troy le premier, désirant quitter les mers démontées de la distorsion pour gagner, seul, la quiétude de la composition acoustique. It's a miracle clôturait une discographie, dont il sera bientôt question dans ces pages, avec ce morceau de bravoure, sans appel, She Flew Alone, dernier ressac acrimonieux du groupe avant l'éclatement et la dispersion. Chacun poursuivit alors ses propres chemins de traverse, Troy vivotant de part l'Europe, la guitare sous le bras, Jonathan installé à Berlin, se consacrant à sa peinture et à sa famille. Rien ne laissait supposer que la porte à une reformation demeurait entrebâillée. Rien, sauf peut être entendre Troy chanter, seul face au public, uniquement muni de sa guitare et de quelques pédales d'effets, certains morceaux d'A Taste For Bitter et de Black Black. L'essence de Chokebore a toujours coulé dans ses veines, il l'admet, et c'est au moment où l'électricité le démangeait de plus en plus que l'idée s'est imposée d'elle même : retrouver son groupe, faire quelques concerts, prendre du bon temps et temporiser pour la suite. Pas une promesse mais bien une une perspective. C'était sans compter sur l'engouement qu'une telle décision allait provoquer pour un public qui n'a rien oublié d'eux, et qui, au contraire, s'est même élargi. En ce 19 février à la Maroquinerie, on croise aussi bien des jeunes têtes blondes que de vieux briscards de la scène indé. Cette date unique en France (pour le moment) fut annoncée début novembre. Quelques jours suffirent pour que le concert affiche complet. Comme on dit dans le jargon propre à ce week-end de festivités, c'est une SUPER ! bonne pioche. Une de plus.

Ce n'est qu'en janvier que l'on sut que le "Chokebore + guest" s'était converti en "Chokebore + Prince Miiaou". Chat échaudé ne craint pas toujours l'eau chaude, dire que j'ai volontairement évincé le Prince Miiaou ne correspond pas à l'exacte réalité des choses. Et ce malgré la prestation tout en contrastes de Maud-Elisa Mandeau lors du Mo'Fo' 2010. Happé par la mise en boîte captivante de l'interview de trois des quatre Chokebore, James, le bassiste, ayant préféré laisser son frangin répondre en son nom, je mets un certain temps à rassembler mes idées, fatalement submergées par la générosité et la simplicité qui se dégagent de leurs regards et de leur paroles rassérénées. Je les quitte, un brin ailleurs. Le Prince Miiaou, imposé par Chokebore au programmateur du festival, débute son set, le temps pour moi d'aller épancher ma soif et mes premières impressions sur un coin de comptoir salement fourbi. Quelques minutes s'évanouissent entre regards étourdis et bouts de cigarettes rougeoyants et c'est dans une drôle de cohue que je pénètre dans une Maroquinerie pleine à craquer. Le public est bigarré, venu des quatre coins de l'hexagone pour l'événement, formant une masse compacte et indistincte se répandant dans les moindres recoins de la salle. La tension est palpable jusqu'à l'étincelle, l'embrasement qui s'empare comme un seul homme de l'assistance lorsque la lumière décline. Troy et Jonathan (guitare) prennent place, le sourire aux lèvres, suivi de près par James et Christian (batterie). Le groupe est dans sa configuration d'A Taste for Bitter (1996), ce qui explique le peu de morceaux joués extraits des deux précédents albums (Motionless, 1993 et Anything Near Water, 1995).

Troy, de son rire reconnaissable entre tous, avoue être content d'être là, remerciant déjà la foule de sa bienveillance, signe qu'ils ne se reforment pas pour rien. We're going to have fun tonight siffle-t-il entre ses dents que déjà les accords acérés de Ciao L.A. retentissent dans toutes les caboches d'une assistance déjà conquise. Un morceau d'entame tout sauf anodin puisque son refrain était le signe d'un groupe qui en avait assez de s'époumoner sur les routes... I'm looking back against the tour of Black Black... Ils reprennent les choses là où ils les avaient laissées sept ans plus tôt, égrainant fiévreusement deux morceaux d'It's a Miracle dont Little DreamA Taste For Bitter puis Popular Modern Themes insinuent dans leur registre différent la marque de fabrique de Chokebore, cette faculté à ériger la tristesse et la mélancolie en moteur à explosion. Les têtes hochent, les lèvres dessinent les paroles de chaque couplet, refrain, les yeux se ferment, s'écarquillent. Narrow et la basse saisissante du fantasque James remuent les premiers rangs quand Days of Nothing, de son chant désabusé repris de mille voix, suggère dans la moiteur environnante la magnificence du désespoir amoureux. S'ensuit le moins connu, Sections, enchaîné à un She Flew Alone tout en intensité dramatique, présent sur Strange Lines EP , que certains prendront pour ce qu'il n'est pas à savoir une nouvelle composition. Troy, le visage inondé de sueur, commence à demander les faveurs du public pour la suite à donner au set. Il joue, le groupe suivant rigoureusement sa setlist pré-établie, mais c'est avec un amusement non feint qu'il reçoit l'entière discographie de Chokebore criée à la volée... Jonathan glisse un arpège et Police s'étire alors dans toute sa fragilité du long de ses sept minutes, laissant à chacun un répit de circonstance.

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(c) Magali Boyer / www.magaliboyer.com

La guitare ciselée de Bad Things puis la rage écorchée d'Alaska électrisent à nouveau un public de plus en plus chancelant, la température monte irrémédiablement, quand Person You Chose finit de me convaincre que ce concert est en courant alternatif, le groupe ayant choisi d'alterner ses morceaux les plus doux et mélancoliques à ceux les plus durs et revêches. Exemple encore avec It Could Ruin Your Day, où Jonathan prend un malin plaisir à faire pleuvoir les décibels, et The Perfect Date et son rythme poisseux qui concluent un set semblable à une succession de sauts de haute voltige. La foule suintante exhorte le groupe à revenir, les applaudissements tempêtent et c'est James le premier qui réapparaît. Il rigole, plaisante avec le public, et reprend sa basse entonnant les premières notes du déglingué One Easy Pieces à la puissance mélodique de feu. Immédiatement après, Troy promet a good depressive song, celles qu'il affectionne tant, et c'est You Are the Sunshine of My Life qui caresse mes oreilles le temps d'un flirt avec l'absente, celle qui enchante mon être, aujourd'hui lessivé de satiété. A concert exceptionnel, final d'anthologie, les premières notes sibyllines de Coat font naître un émoi hors du commun dans la salle, avant que celle-ci n'explose littéralement dans un déluge sonore non loin du chaos. Troy brandit sa guitare d'une main, salue la foule, remercie avec émotion chacun d'entre nous, Christian, ruisselant de sueur, jette ses baguettes au milieu d'un public pantelant. Les lumières bousillent les yeux, hébété je regarde mes pieds, personne n'ose s'en aller. Le trop plein d'émotions se dissipe dans le silence du chacun pour soi.

Pour l'occasion de cette mini tournée européenne, le groupe a compilé quelques titres rares ou en version inédite. Je cherchais des yeux ladite compil' à l'entrée, ne trouvant que Les, fidèles au poste, Boutiques Sonores, et c'est Troy, Jonathan James et Christian, revenant ensuite sur scène, démunis d'instruments mais les cartons bien pleins, qui en assurent eux-même le merchandising. Chose étonnante pour le quidam mais qui ne me surprend pas. Ces quatre là ne font pas de la musique comme tout le monde, ils aiment le contact et s'en nourrissent, avec enthousiasme.

Pour le moment, nous disent-ils, rien n'est planifié. Il se murmure que cette tournée peut leur donner envie de concrétiser discographiquement ce retour. Et à lire le statut facebook de Troy - TvB damn good chokebore shows. My mind is blown out of my head hole. So happy to play with the chokebore again ! - c'est en bonne voie. Chokebore est de retour. Qui a dit que 2010 commençait mal ?

Thibault

Merci à Troy , Virginie, Florent pour son aide et son magnifique travail sur le site du groupe ainsi qu'à Magalie pour ses instantanés de toute beauté.

Set list

Ciao L.A. (It's a Miracle)
Little Dream (It's a Miracle)
A Taste for Bitters (A Taste for Bitters)
Popular Modern Themes (A Taste for Bitters)
Geneva (It's a Miracle)
Narrow (A Taste for Bitters)
Thin as Clouds (Anything Near Water)
Days of Nothing (A Taste for Bitters)
Sections + She Flew Alone (Strange Lines EP + It's a Miracle)
Lawsuit
Police (It's a Miracle)
Bad Things (Anything Near Water)
Alaska (Black Black)
Get Blonder aka Wicked Wendy
Person You Chose (It's a Miracle)
It Could Ruin Your Day (A Taste for Bitters)
The Perfect Date (Black Black)
------
One Easy Pieces (A Taste for Bitters)
You Are the Sunshine of My Life (Black Black)
Coat (Motionless)

Compilation

1 Pop Mod (demo version)
2. Ciao L.A. (alternate recording)
3. Sections (extended version)
4. You Are the Sunshine of My Life (live @ La Cigale)
5. Snow (live @ La Cigale)
6. I Love the Waiting (alternate recording)
7. Be Forceful (Strange Lines version)
8. Brittle and Depressing
9. Her Majesty (Beatles cover)
10. Person You Chose (demo version)
11. Pink Deluxe
12. Speed of Sound (acoustic version)
13. One Easy Pieces (live in Finland)
14. 29 Mile Wind
15. Throats


On y était - Local Natives / Young Man

localnatives_tom_01Local Natives, Paris, La Maroquinerie, 17 février 2010

"Ce soir, Local Natives concert complet"
on est averti: ce soir ça va chauffer à la maroquinerie! Effectivement ça se confirme, à 19h il y a déjà la queue devant la salle. En avant pour le premier rang, face à la scène.

Young Man

La bonne petite surprise de ce début de soirée. Vous ne connaissez pas Colin Caulfield? Ce jeune homme de 20 ans sévit depuis un peu plus d'un an sur Youtube en reprenant seul à la guitare les Beatles, Beach House, David Bowie ou bien Animal Collective...Gêné à son arrivée sur scène, il glisse timidement ces quelques mots au public "Last time I played in Paris , I didn't say my name... I'm Young Man". La dernière fois, c'était tout simplement en première partie de Deakin comme quoi...
Passé le trac de la première chanson, Young Man nous dévoile tout son univers résolument folk. Fraîchement signé sur Kitchen Music (Coming Soon, Yoyoyo Acapulco, Alan Sparhawk), le premier LP de Young Man "Boy" ne devrait pas tarder à sortir. A suivre...

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Local Natives

Drôle de parcours que celui des Local Natives. Celui d'un groupe sans prétention de Los Angeles qui se fait remarquer après une série de concerts en Angleterre et qui petit à petit s'impose comme la révélation indie rock de ce début d'année. Après un passage remarqué en première partie de Peter, Bjorn & John en octobre dernier, nos 5 amis Californiens viennent enfin présenter sur scène leur premier album Gorilla Manor, sorti dans l'ombre de celui des Vampire Weekend. Seul France Inter et Bernard Lenoir (ndlr) avait flairé le potentiel du groupe en les invitant à leur black session. La reconnaissance en France viendra en ce début février avec une mini tournée qui les verra passer par Canal + pour l'album de la semaine , et des concerts "sold out" à Paris ou pour la Route du Rock, excusez du peu...Le succès outre-atlantique ne saurait tarder: en effet leur album sort ces jours-ci sur Frenchkiss Records (Passion Pit, The Dodos, The Antlers...) et vient d'être plébiscité par Pitchfork.
Revenons au concert, les cinq membres du groupe déboulent sur scène tout sourire et décontractés, parlent avec le public en réglant leurs instruments, des gars cools et sans prise de tête comme on les aime! La qualité première sur leur album se retranscrit totalement sur scène: mélange de douces mélodies orchestrales et des titres entraînants comme Sun Hands ou Camera Talk. Leur énergie sur scène est contagieuse: dans le public, ça tape du pied, ça chante, ça applaudit sec, ça pousse pour prendre des photos ou être au premier rang pour admirer les beaux musiciens (les filles à ma droite avaient une petite préférence pour le bassiste). Le groupe est surpris de leur nouvelle notoriété et l'enthousiasme qu'ils provoquent, en particulier à la fin de leur single Airplanes: "hey, thank you we won't go yet guys, we still have a couple of songs!!!" Encore une dizaine de minutes de plaisir supplémentaires. On ne va pas dire non!
Une dernière preuve si vous doutez encore de leur sympathie. Après le concert, les membres du groupe vont à la rencontre de leurs fans pour signer des autographes ou bien discuter tout simplement... la grande classe! Oui j'ai fait dédicacer mon vinyle et alors??!!?? Toujours pas convaincu: allez regardez ce dossier. Si vous voulez les voir, il faudra patienter jusqu'à cet été...

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Bonus


On y était - Fool’s Gold

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Fool’s Gold, Point Ephémère, Paris, 28 janvier 2010

Température record enregistrée ce soir-là le long du canal Saint-Martin pour un 28 janvier.Non ce n'était pas du à un feu de camp de sans-papiers à Jaurès mais à l'excellent combo-band venu tout droit de Los Angeles, Fool's Gold qui a simplement envoûté les nombreux curieux venus les voir ce soir là.
Fool’s Gold est un groupé fondé initialement par deux illuminés de musique africaine : Luke Top et Lewis Pesacov. Au fil des rencontres et aussi d’amis adhérant au projet, le collectif se transforme en vrai groupe (ils sont 10) et commence à enregistrer des titres en studio donnant naissance à un LP qui sort début mars en physique. Ils viennent nous le présenter sur scène ce soir.
20h, on arrive assez tôt pour pouvoir bien se placer. Après une bonne heure et demi de mix afro, funk, pop en guise d’amuse-gueule, le groupe pointe enfin le bout de son nez. Une de mes premières interrogations de ce début de soirée est de savoir comment les 10 personnes qui composent le groupe allaient tenir sur la petite scène du Point Ephémère. Début de réponse en voyant débouler Luke Top et seulement cinq autres acolytes sur scène. Mais place à la musique!
Dès les premières notes de guitare, oublier cette question stupide et les problèmes futiles du quotidien, la grisaille hivernale, le boulot...
La musique de Fool's Gold est une invitation au voyage à partir vers des contrées lointains, ensoleillées où sourire, chant et danse sont les maitres mots. Mélangeant musique africaine, funk et folk , le groupe prend toute son ampleur en live où chants en l'hébreu, guitares, tambourin, batterie, gankoshi et sax s’en donnent à cœur joie pour faire danser les gens .Un vrai plaisir de les voir jouer ensemble.Si après la première chanson, certaines personnes seraient encore réticents et mou du genou, le funky "Surprise Hotel" a eu raison d’eux. Tout le monde danse frénétiquement et même chante sur "The World is All There is" ( David Herman Dune est même conquis dans la salle ). 8 chansons, un bain de foule et deux rappels plus tard, dur dur d’enlever ce joli sourire sur mon visage. Non je n’ai rien pris, juste conquis !!!SHALOM !

Patrice

Photos

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Bonus


On y était - Lotus Plaza

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Lotus Plaza – Nudge – Blackthread, Paris, Espace B le 13 novembre 2009

Déluge de pop atmosphérique et inoffensive dans le 19ème un vendredi soir; le mot est passé et on croise plusieurs têtes aperçues quelques semaines plus tôt pour le vrai-faux concert de John Maus dans cette fausse-vraie salle qu'est le Panic Room. Affluence moyenne et climat détendu à l'intérieur de l'espace b. La moitié de la chambrée est affalée sur des tapis à même le sol et scrute les yeux dans les vides la prestation de Blackthread. Le flyer en dira d'ailleurs beaucoup plus que moi sur la prestation du lyonnais. Le temps d'observer le changement de plateau et l'apparition de multiples pédales d'effets et boite à rythmes et Lotus Plaza aka Lockett Pundt balance sa première boucle de guitare. Si son jeu de guitare est techniquement banal, le traitement des couches de sons est vraiment bon. Bon ok, ça remue un paquet de clichés post-rock mais l'effort replique montre est dosé : immédiate sans trop l'être, assourdissante sans trop l'être, la musique de Lotus Plaza surprend (nouveaux morceaux, parties improvisées, goût pour l'archi saturation...) autant qu'elle conforte (intentions pop palpables malgré tout) et ne déçoit que très rarement : la partie vocale (rythmes africains + boucles de voix) du show restant le seul moment faible de la piste unique interprétée ce soir la. Une sorte de Deerhunter ante-microcastle en somme. Nudge boucle la soirée... pardon la technologie numérique en termes de création musicale boucle la soirée et malgré tout l'intérêt que nous manifestons pour les derniers plug-in Fruity Loops, nous quittons la rue Barbanègre bien avant le dernier métro.

Nicolas

Video


On y était - Bat For Lashes, Festival inrocks 2009

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Bat For Lashes, Festival des Inrocks, l'Olympia le 4 novembre 2009

Tête d'affiche de la soirée des Inrocks de l'Olympia mercredi dernier, Natasha Khan alias Bat For Lashes a offert un show de haute voltige à un public visiblement en attente de sensations.

C'est quand même particulier le Festival des Inrocks, microcosme d'hommes et de femmes satellites du milieu musical parisien, tout le monde se connaît, se fait la bise, alors ça va? La moyenne d'âge monte tout de même plus qu'à l'accoutumée, têtes grisonnantes et pattes d'oies dans tous les coins. Ce curieux phénomène de nostalgie des 80's s'explique par la présence de Bad Lieutenant, nouveau groupe du chanteur de feu New Order, Bernard Sumner. C'était génial New Order, mais il n'existe malheureusement pas de lien à effet.

Arrive Bat For Lashes. Poignante fillette à la robe rouge, petit chaperon enchanteur qui ne peut que rappeler Björk à ses débuts. Minois adorable et métissé à la voix impressionnante. La jeune femme anglo-pakistanaise installe son monde sur scène. Ce monde pop et magique, créé en deux albums Fur and Gold (2006) et Two Suns (2009), se pose ce soir à l'Olympia et déploie ses ailes, aidés par un magnifique jeu de lumière, un mélange de sonorités tout droit sorti d'un conte de Perrault et une prestation vocale tout en subtilité.

Car elle est chez elle Natasha, aucun doute là-dessus. Cette fille-là maîtrise aussi bien la douceur d'un piano/voix émouvant dans Moon And Moon, la montée en puissance de ses mélodies poussés par des percussions envoûtantes dans Two Planets, ou la danse chamanique à la fois électronique et organique de What's A Girl To Do? où les sons synthétiques ne font qu'un avec tambourins et clochettes enchanteresses.

Bat For Lashes ouvre grand la porte et on s'engouffre dans son univers sans résister, on se fait bercer. Oh Natasha! vient me border ce soir. Dommage toutes fois, que nous n'ayions pas complètement envie de dormir ce soir. Passé l'émerveillement face à une artiste au talent et à la sincérité indéniable, la comptine de Bat For Lashes se fait répétitive, et l'envie de se réveiller devient plus forte. On émerge alors dans la nuit, engourdi et las, avec une impression d'inachevé, un petit regret dans le coin de l'oreille. Les grands concerts vous laissent parfois dans cet état.

Virginie Polanski.


On y était - BBmix Festival

Pour sa cinquième édition, le festival boulonnais BB Mix prend ses quartiers dans la grande salle flambant neuve du Carré Bellefeuille.

Jour 1 : Comme une ombre

Et ce soir, le public est à l’image de cette dernière : il est propre et il sent bon. A l’ouverture des portes, personne ne se presse : aujourd’hui, on ne vient clairement que pour les Shades, la tête d’affiche, qui ne jouera qu’après vingt-deux heures.

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PRIVATE

Les organisateurs ont parié sur ce groupe, directement issu de l’écurie BB Mix puisqu’il répète dans les locaux gérés par l’équipe, pour ouvrir l’édition 2009 du festival. Mais à part ses proches, Private a du mal à conquérir le public clairsemé – et assis, à cause de la configuration de la salle. Et cela malgré l’enthousiasme communicatif de son chanteur, Alex Aguiar, et son harmoniciste suréquipé – cinq instruments au compteur ! Présentés sur le programme comme les « dignes fils spirituels de Jacques Dutronc » et les « rejetons français des Strokes » (ils y sont peut-être allés un peu fort), les membres de Private présentent ce soir au public leur premier album, qui sortira prochainement. Les morceaux sont carrés et efficaces, mais loin d’être révolutionnaires, et les paroles laissent parfois un goût amer – on a beau dire, pubis, ça passe mieux en anglais.

hecuba

HECUBA

Les fans des Shades, apparemment beaucoup plus lookés qu’ouverts d’esprit, accueillent avec des ricanements le duo californien. Il est vrai qu’Isabelle Albuquerque et Jon Beasley ont l’air de venir d’une autre planète. Coiffés et habillés strictement de la même façon – si bien qu’on a presque du mal à distinguer l’homme de la femme – les deux acolytes nous livrent sans ciller leur show spatial. Isabelle, qui maîtrise parfaitement ce petit mouvement de jambes entre le moonwalk et les claquettes, semble en proie à une sorte de transe statique, tandis que son partenaire se déchaine sur son ordinateur, son clavier et sa guitare. On s’aperçoit assez rapidement que les chansons qui nous avaient paru d’une froideur chirurgicale à l’écoute de l’album (Paradise, leur premier opus, sorti cette année) sont en réalité fondées sur des mélodies pop à la fois sucrées et glaciales, qui donnent à cette prestation étrange un petit goût de reviens-y.

ultraorange

ULTRA ORANGE

La salle se remplit peu à peu, mais les spectateurs persistent à rester assis. Et malgré ses nobles efforts, le groupe le plus hype de Boulogne – avec Booba – ne parviendra pas à les faire se lever ; ça n’aura pas été faute d’essayer. Pour présenter leur quatrième album, à paraître, Gil Lesage et Pierre Emery sont accompagnés d’un bassiste et d’un batteur. Emery mène le show avec une sauvagerie élégante – ce n’est pas sans raison qu’Iggy Pop himself l’a surnommé « l’Iguane français » – tandis que sa femme, un peu trop effacée, ressemble à une sorte d’Alison Mosshart (monomaniaque, moi ?) plus mûre et un brin usée. Mais si sa guitare n’a qu’une corde, elle la torture avec grâce, tout en jouant des talons aiguilles sur sa pédale avec beaucoup de sensualité. Ses mouvements sont lourds et poussiéreux, comme les nouvelles compositions d’Ultra Orange, qui prend soin tout de même de satisfaire les quelques fans qui se sont déplacés en jouant son classique « J’ai du Cream sur mon Jean ». Le duo élargi livre donc une prestation rock’n’roll à l’ancienne, et tente même de faire participer le public léthargique. Qui est toujours assis, donc.

shades1LES SHADES

Mais enfin, la salle se remplit – sans être pleine tout à fait – de jeunes filles toutes plus fashion les unes que les autres. Certaines, presqu’à moitié nues, espèrent sans doute attirer l’attention d’un membre du groupe. Les journalistes et les caméras sont là, il ne s’agirait pas de passer inaperçue. En attendant l’arrivée des Shades, la salle retentit de flashes et autres « Noooon, pitiéééé, ne la mets pas sur Facebook ! » Finalement, les lumières s’éteignent, les appareils photo se dressent (n’y voyez aucune allusion phallique) et les oreilles se tendent. Benjamin et sa doudoune sans manches débarquent sur scène, vite rejoints par les quatre autres membres du groupe. Acclamés par la presse rock à la sortie de leur premier album, Le Meurtre de Vénus, en mars 2008, les Shades viennent présenter en exclusivité ce soir leur deuxième opus, 5 sur 5, qui sera dans les bacs en janvier 2010. Le public se réveille peu à peu, mais a toujours les fesses vissées à son siège. Et pourtant, le groupe se donne à fond pour présenter ses nouveaux morceaux, toujours aussi efficaces. On remarque surtout le très élégant Etienne à la guitare – il faut croire que les mocassins à glands ne sont pas un obstacle quand on est doué – qui n’hésite pas à mouiller sa chemise et à montrer qu’il connaît les paroles par cœur, même s’il ne chante pas. A la fin du concert, Benjamin explique au public qu’il regrette que la configuration de la salle n’ait pas permis un concert plus rock’n’roll (« J’ai l’impression d’être au cinéma »), mais exprime aussi son plaisir d’avoir joué devant un public assis (oui, toujours), attentif et intéressé. A la fin de la dernière chanson du set, dans un dernier élan pour tenter de provoquer une réaction chez le public, il fracasse sa guitare au sol. Et s’en va.

Jour 2 : I feel like a porn movie

De retour au Carré Bellefeuille pour la deuxième soirée du festival BB Mix, on constate tout de suite que le public a bien changé, depuis hier : plus âgé, plus branché, il est venu pour découvrir la programmation pointue du jour. Les festivités commencent à 17h avec la projection d’un film sur Syd Barrett (John Edginton, The Pink Floyd & Syd Barrett Story) suivie d’une conférence donnée par Jean-Michel Espitallier, l’auteur de Syd Barrett, le rock et autres trucs. Quoi de mieux que de nous raconter l’histoire de l’ange maudit du psychédélisme pour nous préparer à cette soirée placée sous le signe des freaks?

dogbowlDOGBOWL

C’est au new-yorkais Stephen Tunney que revient la lourde tâche d’ouvrir les réjouissances. Il n’aura aucune peine à s’en acquitter, ses fans ayant répondu présent à l’appel de BB Mix. L’ex-King Missile, seul sur scène avec sa guitare et son ordinateur (« This is my group »), nous livre avec une désarmante simplicité ses modestes comptines douces-amères. Les paroles sont attendrissantes, l’accompagnement acidulé, et tout contribue à rendre Dogbowl touchant – même sa danse d’albatros un peu pathétique. On a presque du mal à croire que ce vieux monsieur un peu bedonnant est l’un des acteurs les plus convaincants de l’underground new-yorkais – et ce depuis plus de trois décennies – tant il est humble. Le festival n’est pas encore terminé, mais on peut déjà affirmer que Dogbowl en restera l’une des rencontres les plus attachantes.

momus

MOMUS

Attachant n’est pas le terme qui convient le mieux à Momus. Dès son entrée sur scène, l’énergumène annonce la couleur : cagoulé, il se traîne sur le sol en imitant un infirme et en psalmodiant de sa voix grave et nasillarde son premier titre, en français, dont il lit les paroles manifestement fraîchement écrites sur son iPod. Fidèle aux thèmes qu’il aborde tout au long de ses vingt-et-un albums, il déblatère un monologue à peine chanté sur les toilettes réservées aux handicapés. C’est bizarre, et c’est drôle. A la fin de ce numéro, il se découvre le visage, se présente, et nous fait partager son univers lubrique et malsain. Il fait des claquettes, mime une valse ou parle à ses partenaires imaginaires, sans jamais ignorer le public pour autant. On sent parfois un léger malaise parcourir la salle, et je peux affirmer qu’avoir cet individu à quelques centimètres de soi n’est en effet pas l’expérience la plus rassurante que j’aie vécu. Si les avis sont sans doute partagés sur cet artiste, personne ce soir n’a pu rester indifférent à cette créature qui semblait tout droit sortie du laboratoire d’un savant mal intentionné.

JAUNE SOUS-MARIN

Aujourd’hui, entre chaque concert, les deux facétieux trublions de Jaune Sous-Marin présentent leur performance au bar du Carré Bellefeuille. Le concept est simple : donner une traduction littérale en français des grands tubes de la pop culture. Et les arrangements musicaux sont, comme les paroles, malmenés : on se souviendra longtemps des grands solos muets de « Mauve Brouillard » ou de « Ma Génération », ou des riffs avortés de « Dieu Sauve La Reine » ou de « Méchant » (mais si, vous savez, le grand tube de Michael Jackson). Ils n’ont pas peur non plus de mimer la scène mythique de la guitare-fellation entre David Bowie et Mick Ronson. Le résultat, aussi jouissif qu’horripilant, est absolument génial, et le public, qui s’amuse à chaque nouvelle intervention à retrouver les chansons originales, ne s’y trompe pas, et ne manque pas de manifester son enthousiasme.

gravenhurstGRAVENHURST

Mais c’est déjà le tour de Nick Talbot, alias Gravenhurst, de monter sur scène. Changement de style : après les deux fondus du bocal adeptes des rapist glasses et du pantalon de contrôleur de la RATP un peu tombant, c’est un jeune homme bien propre sur lui qui vient nous proposer ses ballades émouvantes. Seul sur scène, il livre une prestation intimiste dans un silence presque religieux. C’est bien ficelé, presque parfait, mais ça manque un peu de nerf, et malgré sa voix céleste, Gravenhurst paraît un peu fade au regard de la programmation de ce soir.

thedrones

THE DRONES

Heureusement, les quatre Australiens des Drones ne tardent pas à arriver. On note un changement d’attitude chez le public : pour la première fois, on se bat pour les places au premier rang. Les chevelus à barbe remplacent peu à peu les branchés over-lookés, et ça commence à sentir la bière – jusqu’ici, on était resté très Coca Zéro. Les Drones attaquent avec leur premier titre, redoutablement efficace, et il se passe un truc inédit dans le public – franchement, on n’a pas idée de se lever pour aller se tenir debout devant la scène ! Pour la première fois depuis le début du festival, les gens sont debout. Et on les comprend : le rock noisy des Australiens donne furieusement envie de se balancer sur place. Fondée sur une section rythmique hyper carrée – Fiona Kitchin, à la basse, joue d’ailleurs dos au public, concentrée qu’elle est sur le jeu du batteur, Michael Noga – leur musique puise dans le rock traditionnel et le blues pour les mélanger à des sonorités atonales qui semblent soudain évidentes. Gareth Liddiard, dont le corps est sans cesse tendu entre sa guitare trop basse et son micro trop haut, s’époumone, chuchote parfois. Et si, au début de la prestation, Dan Luscombe, le guitariste, avait avoué au public encore assis qu’il avait l’impression d’être un « unpopular movie », on ne peut que lui donner tort : ce soir, les Drones ont enfin réussi à enflammer BB Mix.

Jour 3 : De l’appétit au dégoût, du dégoût à l’appétit

Plus les jours passent, et plus le public de BB Mix vieillit. Ce soir, les amateurs éclairés de l’immense Marc Ribot remplacent les groupies prépubères des Shades. Pour la première fois depuis le début du festival, le public se presse devant les portes du Carré Bellefeuille dès 19h et, la salle à peine ouverte, se jette sur les premiers rangs. Ça promet.

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Pour ouvrir le bal, BB Mix a choisi ce jeune quatuor new-yorkais, adepte d’une musique atonale et arythmique. Portées par des beats tribaux, leurs expérimentations sont riches, mais très atypiques. Si leurs morceaux sont « impossibles à chanter sous la douche », comme le disait hier Jean-Michel Espitallier à propos de Syd Barrett, ils sont très bien reçus du côté des spectateurs – peut-être parce que le guitariste ressemble au fils de Romain Duris et d’un mannequin Dolce&Gabbanna, mais ne nous égarons pas. Très honorés de jouer en première partie de Marc Ribot, comme le précise le guitariste sus cité, les quatre geeks ont réussi de façon très convaincante à préparer le public à la performance plus qu’expérimentale qui va suivre.

ribot

MARC RIBOT'S CERAMIC DOG

Quand le rideau rouge s’ouvre à nouveau après la pause, le guitariste mythique est acclamé. Et pourtant, loin de l’image traditionnelle du guitar hero, l’homme ne paye pas de mine : prostré sur son instrument tout le long du concert, il tourne presque le dos au public. Le set des Ceramic Dog, son dernier groupe, dont le premier album, Party Intellectuals, est sorti en juin 2009, débute par une reprise de Gainsbourg, « Un Poison Violent C’est Ça L’Amour », en hommage à Alain Bashung, dont Ribot a été le guitariste. Ce dernier tient bien son rôle de maître de cérémonie : ses trois musiciens gardent sans cesse les yeux rivés à son index, qui leur désigne le départ de leurs solos. Ils malmènent leurs instruments pour en tirer des sons improbables, et le résultat est pour le moins déroutant – mon voisin de droite dessine des lettres dans le vide : « WTF ? ». On accordera une mention spéciale au batteur, Ches Smith, sorte de génie autiste et dégingandé qui tape sur tout et n’importe quoi, mais qui ne tombe absolument jamais à côté – parvenir à refaire ses lacets et cracher du Red Bull tout en continuant de jouer, c’est fort. Au milieu de ces tentatives musicales obscures émergent parfois de purs moments de bon vieux rock’n’roll ; on ferme les yeux, et la voix de Marc Ribot ressemble étrangement à celle de Bob Dylan. Les morceaux des Ceramic Dog semblent en constante création/évolution. On savoure d’ailleurs ces moments de suspens où aucun des musiciens, les yeux toujours fixés sur le maître, ne semble savoir où il va. Quand le rideau se referme, le public, admiratif autant que surpris, en réclame encore. Le groupe revient pour un dernier moment de grâce avec sa géniale reprise du « Break On Through » des Doors, qui conclut dans un splendide fracas l’édition 2009 du festival BB Mix.

Si l’on excepte le premier soir, un peu à part, on ne peut que féliciter l’équipe de BB Mix pour la cohérence et l’exigence de sa programmation, très east coast et lunettes ringardes qui, si elle nous a fait passer du dégoût (Private) à l’appétit (The Drones) ou de l’appétit (Marc Ribot’s Ceramic Dog) au dégoût (Momus), n’a en tout cas laissé personne indifférent.

Emeline Ancel-Pirouelle

credits photos : Emeline Ancel-Pirouelle


On y était - Baddies

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Mini-Concert de Baddies, le Point Ephemère, 14/10

Comme toute journaliste rock qui se respecte, avant d’assister à leur premier concert dans l’hexagone, je suis allée me balader sur le myspace de Baddies, fraîchement débarqués de l'extrêmement productive Manchester Southend (d’où viennent The Horrors et These New Puritans, mais non rien à voir par ici). Les quelques titres à l’écoute titillent ma curiosité et une montagne de citations plus qu’élogieuses de la presse britannique finirait presque par m’emballer complètement (« Comme Franz Ferdinand sortant de prison et perdant foi en l’humanité » ouah). Mais allez savoir pourquoi, comme avec les critiques de cinéma, quand on me martèle que c’est très très bien, je me laisse systématiquement gagner par le doute.

C’est donc avec un esprit plutôt aiguisé et dubitatif que je me rends au mini show de Baddies (6 titres et hop-là terminé). Tout de suite, leur intention ne laisse aucune équivoque : les quatre gaillards arborent un uniforme chemise-cravatte à la Hives, version bleu layette, qui proclame « c’est du sérieux, on s’est sapé» sans parler de la carrure bodybuildée du bassiste, et de l’hyper ressemblance entre le chanteur et le batteur (oh mon dieu, seraient-ce des jumeaux ???). Vous me direz, et la musique ? Alors pour la faire courte, je dirais Franz Ferdinand sortant de prison… Je blague.

Pour commencer, l’uniforme n’est pas le seul atout commun de Baddies et des Hives, leur rock bien tendu avec des mélodies accrocheuses s’en approche, en tirant nettement plus vers le punk tout de même. Mais là où les Hives détonnaient avec une production bien léchée, Baddies tombe dans un créneau bien plus lisse, celui du rock commercial à la limite de Green Day, et ce ne sont pas les Whoo-whoo-whoo à la Blur Song 2 qui vont y changer quelque chose. Certains morceaux se détachent heureusement. « We beat our chest » qui clôturera ce concert, possède un côté funky 80’s proche des Talkink Heads, plutôt plaisant et accrocheur. Dommage que le reste des morceaux reste pour leur part, dans la veine rock à guitares agressives et chant plus que passable (le leader faisait soit dit en passant parti d’une formation métal avant de créer Baddies).

Il est d’ailleurs étrange de constater que c’est finalement en live que Baddies se vautre dans un son beaucoup trop produit et agressif, les titres « Open one eye » et « Battleship » promettaient pourtant de beaux lendemains dans l’enregistrement studio. Malheureusement pour le show, la plus grande déception réside dans la « prestation vocale » de son chanteur Michael Webster qui donne plus dans la vocifération et la gesticulation que dans le chant à proprement parler, contrairement à l’album dans lequel il parvenait à de subtiles modulations.

On-t-il échangé les jumeaux ? On se le demande presque, tellement les nuances de sa voix disparaissent pour n’offrir qu’un spectacle répétitif et par là même, très lassant. Espérons que leur tournée dans toute l’Europe jusqu’au 31 décembre, soit pour Baddies une bonne salle de répétition pour la suite.

Virginie Polanski


On y étais - Liars

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LIARS ou l’Initiation à la danse des possédés, 28 mai 2009 au Cabaret Sauvage.

Bricoler un papier sur un concert des Liars me paraît un exercice, au lendemain du dit événement, aussi difficile que de décrire une tempête dévastatrice, un tsunami voire un cataclysme entraînant une possible fin de notre monde.
Autant dire que je suis mal.
D’emblée, un dilemme : s’agissait-il de regarder ce show d’un œil professionnel et distant en prenant quelques notes, ou bien ce que mes viscères m’ont commandé de faire, tout laisser tomber et me laisser porter par ces trois types complètement malades ? (je ne pense pas aller trop loin en avançant qu’une « normalité mentale » exclue la possibilité d’accoucher de telles compositions). Je me la suis donc jouée Gonzo. J’ai bu deux pintes et demi pendant les premières parties (y a-t-il quelque chose à dire sur les Black Lips ?) et j’arborais ainsi une mine totalement détendue et une oreille tout à fait disponible quand Angus Andrew et ses deux acolytes ont investi la scène et pris en main nos esprits embrumés.
La dernière fois que je les ai vus, ils venaient de sortir leur deuxième album They Were Wrong, So We Drowned qui prenait alors un tournant inattendu : partis d’un punk/funk influencé lo-fi electro, les Liars se sont lancés dans ce qu’on pourrait qualifier de musique expérimentale bruitiste et franchement tribale où se mêlent à l’infini les percussions sèches, les guitares maltraitées et la voix possédée d’Andrew. Deux albums plus tard, ils sont toujours là. On dirait même que leur présence s’est densifiée : exit maquillage et de fringues délirantes (et artistiquement trouées), nul besoin de d’artifice pour affirmer un charisme indiscutable.
Mélangeant anarchiquement des titres de tous leurs albums (pas de nouveau à l’horizon d’ailleurs), les Liars nous ont embarqués dans une transe lancinante et contagieuse. On pourrait définir leur son en un seul mot : VAUDOU. Notre esprit disconnecté s’est laissé emporter, réveillé par moments par les cris du chanteur… Mais n’allez pas imaginer tout cette « cérémonie » était glauque ou désespérée. Car si leur musique se teinte résolument d’un noir profond, l’état dans lequel elle nous a plongé ce soir, était tout sauf de la tristesse. Il y avait bien longtemps que je n’avais ressenti physiquement la fébrilité et la puissance d’une musique en live. Comme si la salle entière pouvait écouter avec tout son corps, pas seulement avec ses oreilles et sa tête !
Le concert n’a duré qu’une heure, mais le temps n’avait finalement plus aucune réalité, il aurait tout aussi bien pu durer trois heures. Les Liars possèdent cette capacité à prolonger leurs morceaux à l’infini en embarquant un public toujours plus consentant, c’est peut-être ça qui est, au bout du compte, le plus impressionnant. En débriefant avec mes compagnons de concert, nous avions tous le sentiment de sortir d’une parenthèse temporelle, un rêve sauvage et noir ayant profondément imprégné nos esprits.

Vraiment sauvage ce cabaret.

Virginie Polanski.

Photos

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