My Brightest Diamond au Café de la Danse

My Brightest Diamond, Le Café de la Danse, Paris, le 29 novembre 2011

Il suffit de jeter un œil sur la setlist ci-dessous pour comprendre instantanément que ce 29 novembre au Café de la Danse restera comme le passage triomphal de Shara Worden alias My Brightest Diamond à Paris. La salle comble à qui elle avait donné rendez-vous a assisté à un véritable chef-d’œuvre de représentation avec pas moins de quatre rappels. J'ai eu la chance de pouvoir filmer ce concert fabuleux avec l'aimable autorisation de James, son manager de mari. Ces six extraits sont les plus beaux cadeaux de Noël que nous pouvions mettre sous notre sapin cette année.

Vidéos

1. We Added It Up

2. Escape Routes

3. She Does Not Brave The War

4. Magic Rabbit

5. Feeling Good (Nina Simone Cover)

6. Something Of An End

Setlist

1. We Added It Up
2. Everything Is In Line
3. Golden Star
4. Escape Routes
5. Be Brave
6. She Does Not Brave The War
7. Magic Rabbit
8. Hymne à l'amour
9. High Low Middle
10. Apples
11. Feeling Good (Nina Simone Cover)
12. Inside A Boy

Encore
13. I Have Never Loved Someone
14. Freak Out

Encore 2
15. Something Of An End
16. Dragonfly

Encore 3
17. Be My Husband (Nina Simone Cover)

Encore 4
18. Youkali: Tango Habanera (Kurt Weill Cover)


On y était - The Ex au Café de la Danse

the-ex_catch-my-shoe-tour_flyerThe Ex au Café de la Danse, c'est d'abord un son de guitare inimitable, dès le premier accord, juste pour tester l'ampli, il se passe quelque chose.
Un son, plein de graves et d'aigus, de grain, de rugosité, de rouille, de sueur, d'énergie à l'image des deux guitares usées sur lesquelles jouent les guitaristes de The Ex, Terrie et Andy, à gauche et à droite de la scène. Deux guitares ? Non, trois maintenant, puisque le nouveau chanteur Arnold De Boer, arrivé en 2009, se sert lui aussi d'une guitare, personnelle, qui s'entremêle parfois aux deux autres pour ajouter des mélodies complexes dans les interstices de ce question-réponse permanent qui fait l'imprévisibilité et la profondeur des morceaux.

Il sait aussi très bien ne pas en jouer, et le trépignement de son impatience anime son chant presque phrasé, en fausse retenue, dont l'urgence s'est vite intégrée aux chansons du groupe, sans faire regretter (ni oublier) l'ancien chanteur Sok. Tous ceux qui ont déjà vu The Ex en concert savent que c'est une expérience jubilatoire, équilibre de noise et de raffinement rythmique, de transe rock et de fête musicale, d'histoires racontées en plusieurs langues et d'énergie punk. Et les autres le sauront bientôt, puisque la réputation de ce groupe atteindra vite les amateurs de musique sincère, s'ils sont assez malins pour ne pas se fier aux styles musicaux qu'on prête à The Ex.

The Ex transgresse les frontières des codes musicaux, des constructions de morceaux, des rythmes et des mélodies, mais sans le revendiquer, juste parce que c'est ce qui sort, après toutes ces années (trente-et-un ans de scène). Ce qui sort des amplis, ce son si puissant et si total, ce qui sort de leurs bouches quand il et elle chantent des images, ce qui sort de leurs corps dans le tremblement des membres des guitaristes et les petits sauts inimitables de Arnold De Boer, dans la mécanique parfaite des boucles rythmiques sans fin de Katherina Bornfeld à la batterie, ce qui sort de cette communion débridée qui invite le public à penser qu'on est hors des cadres, mais qu'on s'en fout.

Un concert très beau, très honnête et plein d'énergie, des milliers d'idées qui tournent, s'agitent et emmènent les chansons à travers les contrées musicales que le groupe a parcourues (Europe, Etats-Unis, Afrique), ou parcourra un jour. Longue vie !


On y était - Isobel Campbell & Mark Lanegan

isobel-campbell-mark-lanegan-13-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

Isobel Campbell & Mark Lanegan, Le Café de la Danse, Paris, 11 septembre 2010

C'est dans la chaleur moite du mois d'août que ce couple improbable a décidé de mettre au jour le troisième fruit de son union féconde. Elle, la Belle (and Sebastian), et lui, la Bête cabossée ; elle l'Irlandaise qui chante dans un souffle fragile et lui l'Américain qui grommelle de sa voix rocailleuse. Une alliance contre nature qui a pourtant fait ses preuves en distillant le long d'albums élégants une ambiance à la fois délicate et négligée, soufflant sur le feu et la glace comme seuls Nancy Sinatra et Lee Hazlewood avaient su le faire en leur temps, la force brute de Mark plombant la voix trop légère d'Isobel. Et si le dernier album du duo, Hawk, est largement répétitif par rapport aux deux précédents (Ballad Of The Broken Seas, 2006 et Sunday At Devil Dirt, 2008), la formule est toujours aussi raffinée et efficace, bande-son rêvée pour nos voyages fantasmés de cow-boys apathiques traînant leur carcasse sous un soleil de plomb.

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C'est dans un Café de la Danse justement brûlant et plus que complet que l'on retrouve Isobel Campbell et Mark Lanegan en cet estival samedi de septembre. Willy Mason et Damien Jurado, tout deux adeptes d'une folk dépouillée et des chemises à carreaux, ont pour tâche de faire encore monter la température. Pour une fois, le travail sera aisé, le public consciencieux ayant pris soin de délaisser le bar et d'entasser ses oreilles devant la scène bien avant l'arrivée des têtes d'affiche.
Quand ces dernières investissent la scène, emboîtant le pas de leur quatre musiciens, on frôle la syncope tant la chaleur devient étouffante. Mark Lanegan, sorte de géant roux et mutique, restera figé tout le long du concert, les yeux rivés sur son pupitre et ses grosses mains tatouées soudées sur son pied de micro. L'ex-Screaming Trees n'est pas réputé pour être une bête de scène et, fidèle à sa réputation, il ne mouftera pas de la soirée - et même quand il décrochera finalement un sourire, ce dernier ressemblera plutôt à un rictus douloureux tant ça ne semble pas faire partie de ses habitudes. Il est tellement avare de gestes et de regards qu'on a parfois du mal à capter la complicité qui existe pourtant bel et bien entre lui et sa douce compagne, aussi blonde et lumineuse qu'il est sombre et bourru. Mais ce n'est pas parce que cette dernière a l'air plus fragile qu'il faut douter de son rôle au sein du duo, car c'est bien elle qui mène la danse - elle a composé, arrangé et produit leur dernier opus -, congédiant même son partenaire pour le remplacer par Willy Mason ou chanter en solo. S'il n'est finalement qu'un exécutant, Mark ne fait pas le travail à moitié : en live, sa voix traînante accroche les aspérités et offre ainsi toute leur profondeur aux compositions feutrées d'Isobel, qui brode en finesse autour de la mélancolie du premier. Le charme opère tant sur les ballades cafardeuses que sur les mélodies country plus enjouées. Servis par un groupe discret mais excellent, l'ours et la princesse font fi des bienséances et c'est sous les applaudissements du public du Café de la Danse qu'ils célèbrent leur mariage improbable.

Photos

Setlist

1. We Die And See Beauty Reign
2. You Won’t Let Me Down Again
3. Come Undone
4. Snake Song
5. Who Built The Road
6. Free To Walk
7. Ballad Of The Broken Seas
8. The Circus Is Leaving Town
9. No Place To Fall
10. Cool Water
11. Say Goodbye To Hell And Back
12. Saturday’s Gone
13. Back Burner
14. Time Of The Season
15. Honey Child What Can I Do?
16. Salvation
17. Come On Over (Turn Me On)
18. Get Behind Me
19. Revolver
20. (Do You Wanna) Come Walk With Me
21. Ramblin' Man
22. Wedding Dress


On y était - Best Coast + The Slits

 
best-coast-6-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Best Coast + The Slits, Le Café de la Danse, Paris, 27 mai 2010

Jeudi dernier, je me dirige d'un pas lourd au Café de la Danse, la nature est parfois cruelle, je suis plombée par un mal de crâne impitoyable sans aucun rapport avec une absorption excessive de substances prohibées : la nature vous dis-je ! Au programme ce soir, le revival des Slits, rien de moins. Le premier groupe de punk au féminin, inspirateur des Riot Grrrls, de Siouxsie et même de Madonna, revient trente ans après ses débuts. Pour le meilleur, et surtout pour le pire...

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Mais la soirée commence sous le signe de la légèreté avec la chouchoute de mes co-rédacteurs masculins : la très "girl next door" Best Coast. Bethany Cosentino est une fille vraiment chouette. Californienne habitée par la surf music des fifties, elle et son acolyte Bob Bruno ont sorti un paquet de maxis depuis l'an dernier dont nous n'avons pas manqué de vous parler. C'est donc avec le plus grand intérêt que j'ai reluqué la croquignolette musicienne envoyer du lourd avec sa guitare, en sucrant le tout de sa douce voix aux petites bulles acidulées.
Les titres s'enchaînent sans pause, je ne peux m'empêcher de taper du pied et de dodeliner de la tête. Mon esprit se libère de ce corps endolori et je me promène un instant sur une plage ensoleillée avec mes trois nouveaux amis et leur petite machine toute ronde, efficace et infiniment aimable. Ce groupe ne ressemble effectivement en rien à un produit de l'industrie musicale que la Bethany de 15 ans avait d'ailleurs envoyé bouler lorsqu'elle la courtisait alors. Avec une batteuse aux allures de mère de famille et un bassiste à l'embonpoint frétillant, ces trois-là donnent vraiment l'impression d'être ensemble pour le fun et de ne rien avoir à prouver à qui que ce soit. Un vrai plaisir donc que cette première partie, parfois un peu répétitive certes, mais au son bien plus dense et intéressant que le lo-fi de ses enregistrements. Best Coast et son atmosphère fraîche et solaire auront au moins le mérite de me faire oublier un temps l'étau resserré sur mes tempes.

La salle est très loin d'être pleine ce soir, pas mal de filles de différentes générations, quelques dreadlocks par-ci par-là. Et un ingé son accro au reggae qui s'amuse avec sa réverb' et que j'ai présentement envie d'écharper. Je siffle mon Coca en pestant contre le tatoué qui m'inflige tant de souffrances, mais une petite voix intérieure me souffle qu'elles ne font que commencer.

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Petit retour sur l'histoire : The Slits se forment au Royaume Uni en 1976 autour d'Ariana Foster, alias Ari Up et de Palm Olive (amis du calembour, bonjour) qui rejoindra les Raincoats. Petites soeurs des Sex Pistols, les "fentes" seront le premier groupe punk entièrement féminin qui tournera d'ailleurs avec les Clash, provoquant émeutes et jets de projectiles divers et variés du simple fait de ce qu'elles étaient : des filles qui n'en n'avaient rien à carrer. Au niveau musical, les Slits sont passées d'un punk rock bien dissonant à, oh surprise, un dub/reggae bien plus tranquille. Ari Up s'envolant un beau jour en Jamaïque pour y devenir chanteuse de dance-hall et y faire plusieurs enfants.
Et puis, un jour elle s'est dit : "Tiens, si je reformais les Slits ?". Convoquant la bassiste Tessa Polite et trois nouvelles membres qui n'étaient probablement pas nées lorsque les Slits sortaient Cut en 1979, c'est parti, Ari Up repart au galop ! Et c'est coiffée de trois bretzels sur la tête qu'elle débarque ce soir pour un show pas si éloigné du new burlesque, si vous voulez mon avis. Version reggae, je précise. Vous vous demandez sûrement ce que j'ai contre le reggae. Mais je te retourne la question cher lecteur : comment ne pas avoir quelque chose contre le reggae ? Soyons honnête, c'est impossible. J'avoue, il va m'être très difficile de parler de l'aspect musical du concert. Je connaissais leur géniale reprise de Marvin Gaye avec I Heard It Through The Grapevine (qui sera mon seul bon moment du concert) et le sympathique hymne Typical Girls qui permettra à une fan inconditionnelle de danser et de chanter avec son idole touuuuuuuut le long de la chanson. Je passe sur les quelques titres à peu près punk qui parsèment le set, le tout encerclé de titres ragga-reggae-all right man, pour m'arrêter sur le personnage de Ari Up et sur sa black attitude. Je ne sais pas vous, mais moi je suis une véritable éponge pour tous les accents, j'adore parler avec l'accent du sud quand j'y suis (quitte à saouler), mais ce sont surtout les accents en anglais qui me fascinent. L'intonation de De Niro particulièrement. Pour déconner, cela va de soi. Et bien Ari Up, elle, est restée bloquée sur une espèce d'imitation d'accent black (on va supposer jamaïcain hein) et elle parle comme ça. Surtout elle parle beaucoup, se répète, lance des appels à la jungle qui est en nous, fait des dédicaces à son fils en Jamaïque ("Cauz you know what's going on there", hum pas vraiment non), à ses jumeaux qui sont à L.A. (loin de maman, les veinards). Elle ne s'arrête jamais, enlève ses fringues, change d'instrument, se change, et pendant tout ce temps-là, elle parle. Dans le style reggae you knooooow.

the-slits-59-web Alors donc que ma boite crânienne menaçait dangereusement d'exploser et que l'on se rapprochait de beaucoup trop près de l'instant fatidique ou la plus toute jeune Ari allait nous montrer son "poum-poum", je me suis enfuie sans demander mon reste. Oui cher lecteur, j'ai pris mes jambes à mon cou pour ne plus avoir à la supporter. Je tiens d'ailleurs à rendre hommage à ma collègue hartzineuse sans peur et sans reproche qui a su surmonter ces instants jusqu'à la fin, Émeline, je te tire mon chapeau. Et je dédicace cette chronique anti-professionnelle à tous mes frères et sœurs de la critique musicale. Big up les gars.

Photos

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Narrow Terence - Narco Corridos

pochette-narco-corridosNarco Corridos pourrait être la bande-son d'un film au décor hétéroclite. Pour commencer, projetons-nous au beau milieu d'un freak show. Chapiteau déchiré en tissu délavé, sièges écorchés, caissière édentée et lumière inquiétante. La même ambiance que dans la caravane d'une voyante louche, mais en plus vaste. Le tout planté dans la zone industrielle d'une ville noire, sur un parking trempé de flaques dans lesquelles se reflète le néon chancelant d'un supermarché post-communiste. On serait à l'est de l'Europe, à cause des violons. Pourtant, au moment où on aurait enfin réussi à trouver une position à peu près confortable au milieu du public menaçant de ce cabaret bizarre, on trouverait qu'il y a un truc qui cloche. Ces guitares lourdes qu'on entend dehors... Hop, on se lève, un coup d'oeil à l'extérieur : plus de parking, plus de supermarché, plus de pluie, mais le désert californien à perte de vue. La nuit, toujours, la lune écrasante comme le soleil de midi. Une lueur, on s'approche. On joue du coude pour se frayer une place autour du feu. Un homme à la face burinée raconte des histoires étranges à un auditoire composé de clochards errants aux visages mangés par les ombres des flammes qui dansent. Hypnotisés par le récit du vieux, la bouche entrouverte, presque de la bave aux coins des lèvres. On est aussi subjugué par cette voix, cette voix rugueuse et usée de routard qui en a vu. Aucune idée de ce que peut bien raconter ce poor lonesome cow-boy, et on s'en fout.
Narco Corridos s'écoute comme un long voyage en train entre l'Europe bohème et le sud-ouest américain. Le nez scotché à la vitre, on regarde les paysages défiler. Tous différents et pourtant tous liés par quelques mètres en copropriété. Pas d'analyse, pas de réflexion, pas de visites touristiques. Dans ce voyage-là, on se passe bien du guide du Routard. Se laisser porter par cette voix qui raconte, c'est tout ce qu'il y a à faire. Fermer les yeux et regarder les paysages se dessiner à l'intérieur de ses paupières. Décortiquer les étapes de ce périple une par une gâcherait presque le plaisir. Se contenter de savourer les voix des deux frères Puaux se répondre tout au long de l'album apparaît comme une alternative moins vaine. Celle d'Antoine, d'abord, qui râpe et résonne comme celle d'un marin d'Amsterdam au petit matin et qui porte littéralement l'album (Dinner, Weakness Of The Sheep). Puis celle de Nicolas, plus sèche, qui convient à merveille aux ballades déglinguées et aux ambiances plus mesurées, mais pas moins grondantes (Cave In Hell, You Made The See, How She Ruined My Days, Alcohol). Le songwriting est particulièrement fouillé, ce qui ne l'empêche pas de confiner parfois à une violence extrême, mais toujours élégante (Bottom Bitch). Car si la fratrie excelle quelque part, c'est bien dans l'art de conjuguer sans accroc et sans faute de goût des influences pour le moins variées allant de Tom Waits au jazz balkanique et de Calexico à Nick Cave. Un western moite aux relents de tabasco, en somme.

Narrow Terence, Le Café de la Danse, Paris, Lundi 12 avril 2010

Persuadée que, de toute façon, des gens qui citent John Fante et Jim Jarmusch dans leurs influences ne peuvent être que fréquentables, je me rends sans appréhension au Café de la Danse pour constater ce dont Narrow Terence est capable sur scène. Avec son mur en pierres interminable, son plafond qui tutoie l'infini et ses lumières chaudes, la salle ne pouvait constituer meilleure toile de fond à cette performance. Les deux frères, accompagnés de Christelle Lassort au violon - entre autres -, de Stéphane Babiaud à la batterie - entre autres - et de Benoît Rault à la guitare - entre autres, vous avez compris le principe -, ont choisi ce soir-là de se consacrer exclusivement aux morceaux du second album. Les acolytes se passent tour à tour les instruments, chacun jouant parfaitement son rôle au sein de ce road movie statique mais enivrant. Pourtant c'est bien Antoine, grâce à sa stature aussi imposante que sa voix, qui occupe presque continuellement le devant de la scène, éperdument emporté par la musique qui émane de ses organes. Et ce n'est pas parce qu'il joue - plus ou moins - de la folk qu'il doit se priver des attitudes de guitar hero, saut dans le public compris. Lors de ses différentes interventions, le groupe prouve en plus qu'il ne manque pas de second degré, qualité ô combien appréciée par l'auteur de ces lignes. Carton plein ? Oui, carton plein.

Photos

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Audio

Narrow Terence - Dinner

Vidéo

Tracklist

Narrow Terence - Narco Corridos (Discograph, 2010)

1. Narco Corrido
2. Dinner
3. Cave In Hell
4. Weakness Of The Sheep
5. You Made The Sea
6. The Hole (Where I Will Fall)
7. How She Ruined My Days
8. Camilla's Tune
9. Love
10. Bottom Bitch
11. Wet Dead Horses
12. Alcohol
13. Love Battle
14. The Man Who Thinks


On y était - The Rodeo au Café de la Danse

Oh! Tiger Mountain + The Rodeo, Café de la Danse, Paris, 30 mars 2010

Après avoir écrit deux chroniques énamourées ici et - on est groupie ou on ne l'est pas -, j'attendais depuis plusieurs mois avec une impatience sereine le concert de The Rodeo au Café de la Danse. Sereine, parce que je n'ai pas imaginé un instant que la performance de Dorothée Hannequin pourrait me décevoir. J'aurais pu tomber de haut, certes, mais je dois dire que cette fois-ci, mon intuition féminine a parfaitement fonctionné.

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Avant le terminus tant attendu sur les terres du sud des Etats-Unis que The Rodeo sait si bien évoquer, le Café de la Danse déjà bien rempli a le droit à une escale à Marseille, ville dont est originaire Mathieu alias Oh! Tiger Moutain. Je dois avouer que je ne savais rien de cet étrange énergumène avant son entrée sur scène, mis à part le fait que son nom avait déjà été évoqué à plusieurs reprises quelque part sur la plaine dévastée de l'Internet. Je ne m'y étais pas attardée, et j'ai eu tort. Ma première impression, si elle n'est pas musicale, joue néanmoins un rôle important dans l'image que j'ai désormais de cet artiste : le tigre a un humour charmant. Après son premier morceau, il nous explique de sa voix pincée que ses chansons parlent "de l'amour réciproque et des ordinateurs", et n'arrêtera pas par la suite d'évoquer le célèbre "plus petit sandwich du monde". Musicalement, son folk est aussi épuré que ses interventions sont fantasques. Il rappelle souvent Tom Waits et Nick Drake, mais prend aussi parfois un accent bluesy plus digne des rives du Mississippi que des plages méditerranéennes. Vérification faite, c'est pourtant davantage dans la vieille Albion que l'animal, spécialiste de la poésie anglo-saxonne, a fait ses armes. Groarrr.

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Plus les minutes passent, plus la salle se remplit. Assis, debout, par terre, il y a du monde dans tous les coins. Soudain, la lumière s'éteint et les premières notes d'On The Radio résonnent, transformant instantanément les fans bavards en auditeurs attentifs. Parfaite dans sa robe à franges de cow-girl parisienne, Dorothée, entourée de Jean à la batterie et de François au violon et au clavier, réchauffe en un tour de main l'assemblée de cette voix ronde que l'on a déjà louée. Difficile d'ailleurs d'en dire plus que dans mes précédentes chroniques : j'ai déjà usé de beaucoup de superlatifs à l'égard de cette musique qui allie élégamment folk urbaine et américana poussiéreuse. Sur scène, le mélange - parfaitement interprété - fonctionne également : alternant morceaux enlevés (Little Soldier, Cha Cha Cha) et titres plus retenus (My Ode To You, I'm Gonna Leave You), Dorothée semble savourer l'ensemble de sa prestation avec le même plaisir non dissimulé. Le sourire aux lèvres, un regard attentionné pour chacun... elle n'oublie aucun des éléments qui composent une soirée parfaite. Rejointe le temps de quelques chansons par un guitariste et deux choristes vêtues de somptueuses combinaisons léopard, la belle continue de distiller son bonheur dans la salle - et bien au-delà. Vous pensez peut-être que j'exagère et que le tableau que je dépeins est un peu trop parfait. Croyez-moi, j'ai tenté pendant une bonne partie du concert de lui trouver un défaut, mais mon entreprise a été sans succès. Même quand elle se frotte à l'exercice périlleux de la reprise, The Rodeo fait carton plein : d'abord avec le feutré If I Had A Hammer, qui confirme que Claude François est un gros beauf, puis avec Wade In The Water, un negro spiritual qui ne perd ici rien de son poids, et enfin avec la citation du Beautiful People de Marylin Manson à la fin de Cha Cha Cha. Décidément, Dorothée n'a peur de rien - et elle aurait tort de s'en priver. J'avais pourtant déjà pris soin de m'arrêter sur son bon goût en matière de reprises, et je ne pensais pas pouvoir trouver d'autres mots pour le répéter encore. Mais quand, quelques jours après le concert, je lis que s'il y a bien un artiste avec lequel elle aimerait faire un duo, c'est Jack White - mon héros -, je dois bien me résoudre à en parler. Mais à part la demander en mariage, là, je ne vois plus.

A la fin de son set, acclamée par le public, elle revient pour un joyeux Love Is Not On The Corner à l'issue duquel un Café de la Danse aux anges lui souhaite d'une seule voix un joyeux anniversaire. Car en plus d'être parfaite, Dorothée fête ses trente ans le jour de l'unique date parisienne de sa tournée. Appelez ça le destin, le karma ou rien du tout, ce n'est plus mon problème. Car ce soir, c'était un peu aussi mon anniversaire, et je suis restée un peu ivre du cadeau de The Rodeo.

Photos

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Setlist

1. On The Radio
2. People Know
3. Your Love Is Huge
4. I'll Catch The Following Train
5. If I Had A Hammer
6. Modern Life
7. Little Soldier
8. Wade In The Water
9. HRW
10. My Ode To You
11. Uncle Sam
12. I'm Gonna Leave You
13. Hand Shadows
14. Cha Cha Cha
15. Love Is Not On The Corner


On y était - SayCet

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Saycet, Paris, Café de la Danse, le 23 mars 2010

D'un claquement de doigts, il est peu fréquent de se défaire d'une chape de plomb, sans cesse lestée d'innombrables soucis quotidiens. Mis à part s'adonner à de puissants psychotropes, inutile de dire que la doucereuse amnésie est loin d'inonder ma boîte crânienne aux tempes tapageuses. Les affres d'une vie diurne mal assumée s'amusent d'inénarrables frasques noctambules pour anémier cette noble envie de profiter des premières douceurs printanières. L'œil torve, l'humeur cyclothymique et quelques précieux cachetons paracétamolés goulûment avalés, je retrouve Émeline et son fidèle appareil photo à quelques pas du Café de la Danse. L'onirique trio SayCet vient présenter, un jour après sa sortie, Through the Window, album intensément émotionnel et longuement maturé, m'ayant déjà inspiré une logorrhée émerveillée éperdument retranscrite ici. De chape de plomb, il ne restera rien. Ou si peu.

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J'ouvre une parenthèse, histoire de vous enquérir de la seconde partie, DAUU, qui ne sera qu'évoquée partiellement dans ce qui suit. Pourquoi ? Je préfère rester poli... tout en me permettant de susurrer au creux de vos oreilles averties une mise en garde sévère et sans appel. Pas narcoleptique pour un sou, je n'ai jamais éprouvé une telle sensation de fatigue à l'écoute d'un groupe bien décidé à matérialiser l'ennui et sa morne redondance au contact paresseux de ses instruments (contrebasse, clarinette, violoncelle et accordéon). Paraît-il que la petite bande belge traînassait avec Ezekiel pour de capiteuses incontinences dub-électro... A d'autres ! La descente de trip est dure à encaisser... Il est tout bonnement inutile et insupportable de se faire mal de la sorte. La boîte à pandore s'ouvre pour ne plus se refermer, mon fiel ne connaît plus de limite : deux, trois crasses encore à balancer et, promis, je passe à l'essentiel ! Ce quatuor sans frite donc se nomme DAUU pour Die Anarchistische Abendunterhaltung. Mystère je vous dis, mystère... Un petit coup de réverso plus loin et hop, on trouve le sens caché de toute cette mascarade : "la soirée anarchiste". Autrement dit : n'importe quoi. Autrement dit, dès la fin du premier morceau - de oh... miracle ! quinze putain de minutes - où une note de violoncelle croise mollement la route de deux de contrebasse, et ce tandis que l'accordéoniste s'endort littéralement sur son instrument, je me casse. Voilà, purement et simplement. Je n'ai pas de mouflet, ma vie me tend encore les bras, alors pourquoi une telle invitation à se balancer sous le premier bus qui passe ? Un seul regret taraude ma gouaille compulsive : n'avoir pu apprécier à sa juste valeur l'état d'un public ayant enduré l'ensemble de ce monstre soporifique... Fin de la parenthèse.

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L'essentiel : l'iridescent trio SayCet. Petit détour contextualisant : quelques jours auparavant, les Anglais d'Autechre nimbaient la désormais Machine du Moulin Rouge de leur intense soleil noir, baignant la foule, lors d'un set halluciné, d'une obscurité la plus totale. Enseignement tactique, pour le duo d'électroniciens, il s'agit de présenter leurs déchirures électroniques pour ce qu'elles sont, à savoir une tumultueuse odyssée sonique, intérieure et extatique, dénuée d'artifices visuels. Un point de vue inconditionnellement recevable de par la qualité d'un show unique en son genre. Pour les Parisiens de SayCet, la logique déployée est de toute autre nature. L'utilisation de la vidéo s'avère consubstantielle à la dimension spectrale de leur électronica mélodique. Phoene Somsavath, excentrée au fond à gauche de la scène, fait face à son laptop et à son micro installés de biais par rapport au public. Pierre Lefeuvre, au centre, les yeux rivés à son écran, caresse des mains ses consoles et autres bidouilles digitales. Zita Cochet, à sa droite, tourne presque le dos au gradin du Café de la Danse, fixant son ordinateur, absorbée qu'elle est par le déclenchement en temps réel de projections sur trois surfaces aux formes originales (un écran, une lanterne et une pendule). Concentrés, ces trois-là ne donnent pas dans la prestation live conjuguant relents âcres de sueur et décibels. Sorte d'antithèse au bon vieux rock'n'roll, leurs silhouettes immobiles se distinguent à peine dans l'obscurité, quand le spectateur est invité à s'immerger dans un océan contemplatif où la rétine caresse et embrasse, par le mouvement d'images glissant d'une structure à l'autre, un univers cinétique éthéré, magnifiant la sensitivité d'un halo sonore aux profondeurs abyssales. Signe qui ne trompe pas, et qui souligne cette importance prise dans leur introspection musicale par ce volubile ballet d'images, filmées et réalisées par Zita mais aussi par Nolwenn Daniel et Amaël Réchin Lê Ky-Huong, le concert débute par Her Movie. Un morceau instrumental posant les bases de ce que SayCet insinue tout au long de Through the Window, entre divagations intimes mâtinées de notes de piano suspendues et emballement cardiaque issu de rythmes à la syncope viscérale. Bruyere et We Walk Fast nous envoient par la suite tutoyer l'indicible, Phoene irradiant de sa voix immaculée les aspérités de nos sens chavirés. Essentiellement confectionnée de plages extraites de Through the Window, l'embardée onirique du trio prend le cap - l'espace de deux morceaux, Trilogie et Maud Take the Train - de One Day at Home (Electron'y'Pop, 2005) déclinant une électronica diaphane délicieusement perlée d'une mélancolie que l'on n'ose réprimer. Reculer dans le temps pour mieux se projeter dans l'avenir, SayCet l'opère à merveille et offre avec Easy et Opal, deux des plus luminescents joyaux dont Through the Window est serti. Littéralement happé par la maestria sonore et visuelle du trio, c'est confortablement reclus dans son for intérieur que chacun entame la dernière saillie atmosphérique d'un concert où Chromatic Bird et Fire Flies font office de final étourdissant. Le beat conclusif de Fire Flies se répète en boucle tandis que les lumières de la salle martèlent effrontément leur crudité. S'extirper d'une telle nasse amniotique se meut alors en effort vertigineux, comme celui de (re)venir au monde et d'en accepter sa vulgarité. DAUU est là pour en attester.

SayCet se produira à nouveau au Café de la Danse le 20 mai prochain.

Photos

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Setlist

1. Her Movie (Through the Window)
2. Bruyere (Through the Window)
3. We Walk Fast (Through the Window)
4. Trilogie (One Day at Home)
5. Maud Take the Train (One Day at Home)
6. Easy (Through the Window)
7. Opal (Through the Window)
8. 15 (Through the Window)
9. Sunday Morning (Through the Window)
10. Chromatic Bird (One Day at Home)
11. Fire Flies (Through the Window)

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On y était - Aufgang au Café de la Danse

large_5460Aufgang, Café de la Danse, Paris, 19 novembre 2009

Le problème, au Café de la Danse, quand on est assis à l'extrême droite de la salle, c'est qu'on est obligé de composer avec le bruit des mecs qui vont pisser. Le concert commence, quelqu'un se sèche les mains. Bon.

1 Mac + 1 violoncelle

Pour ouvrir la soirée, le label InFiné a misé sur un duo réunissant l'un de ses protégés, le producteur parisien Erwan Castex, alias Rone, et le violoncelliste Gaspar Claus. Le résultat : un seul et long morceau en demi-teintes. Rone, scotché à son écran, tripote frénétiquement les boutons de sa console tandis que Gaspar s'essuie les doigts sur le bois de son instrument. Ah, en fait, l'histoire des toilettes, ça faisait peut-être aussi partie de la performance. A la fin du set, le public fait comprendre discrètement qu'il aimerait un rappel. "On nous avait dit de faire court". Nos deux bougres, presque gênés de se tenir sur scène devant une salle pleine, nous font l'honneur d'un dernier morceau. Planant, mais pas transcendant.

2 pianos + 1 batterie

Je voulais commencer cet article par une allusion vaseuse aux CD de relaxation Nature & Découvertes avec cris de baleine intégrés, mais finalement, Aufgang mérite bien mieux que ça. D'autres ont déjà dû faire ce jeu de mot non moins vaseux auparavant mais je tiens à le préciser à nouveau : malgré son nom, ce groupe ne fait pas de la musique d'ascenseur. Ah ah. Quoi qu'il en soit, je ne suis pas très sensible à ce genre de musique (comprenez : totalement ignorante), et l'écoute de l'album ne m'avait fait ni chaud ni froid. Ça n'a pas été le cas de ce concert. Bon, au début, quand je me suis retrouvée au milieu d'une marée de trentenaires branchés experts dans l'art de danser en mettant l'ambiance avec leur bras, je ne me suis pas totalement sentie à ma place, moi qui aie subi plus de pogos que de soirées hype. Mais j'ai été très rapidement convaincue par la performance de ces trois-là. C'est relojes especiales agréable, de temps en temps, d'écouter des types qui touchent vraiment leur bille en musique - dont la plus grande prouesse n'est pas le solo de "Stairway To Heaven", je veux dire. (Et non seulement ils sont doués, mais il faut en plus qu'ils nous promènent leurs faces de mannequins Armani sous le nez - franchement, il y a des claques qui se perdent.) Je ne vais pas vous rejouer le couplet de leur formation, ni celui de leurs influences ; d'autres s'y sont déjà collé, et très bien. Rappelons juste que les deux pianistes, Rami Khalifé et Francesco Tristano, se sont rencontrés en l'an 2000 de notre ère à la prestigieuse Juilliard School de New York. L'année suivante, ils rencontrent le futur batteur d'Aufgang, Aymeric Westrich, qui a officié un temps au sein de Cassius, et que Rami avait rencontré dans sa prime jeunesse au conservatoire de Boulogne-Billancourt. Tous mettent en commun leur goût de la musique électronique et de l'expérimentation sans limite. Bach... Not For Piano... Concours international de piano d'Orléans... Bla, bla, bla. Festival Sonar de juin 2005. C'est parti.
Oublions un peu tout ça, et revenons au Café de la Danse. Emmenés par le jeu carré d'Aymeric, les deux autres n'hésitent pas à malmener leurs pianos à queue en allant bidouiller on ne sait quoi avec les cordes à l'intérieur. Si Francesco évoque Fluxus lors des interviews, ce n'est pas sans raison. Et, soyons honnêtes, je serais bien incapable de citer une autre référence : je n'ai aucune idée d'où vient cette musique ; la seule chose dont je suis sûre, c'est qu'elle est terriblement passionnante. Ce soir, je rentre chez moi avec un préjugé en moins.

Emeline Ancel-Pirouelle