Joasihno - Nuh Nuh (PREMIERE)

Le genre de disque qui pourrait être laissé en lecture répétitive infinie sans que la lassitude ni l'indolence ne gagne. A paraître via Alien Transistor le 6 mai prochain, le troisième album de Joasihno, duo Munichois constitué de Cico Beck, par ailleurs membre de The Notwist (lire) et Aloa Input (lire), et de Nico Sierig, batteur de Instrument, est une invitation sur le fil ténu entre onirisme mélodique et expérimentalisme instrumental ne délimitant jamais la frontière entre voyage introspectif et respiration transcendentale. L'oreille se laisse guider dans un amas bien trop touffu pour en faire état d'instruments en tout genre, néanmoins dominé par quelques synthétiseurs modulaires et claviers Fisherprice, et se laisse perdre au hasard de boucles qui se croisent, se télescopent et s'agrègent pour aboutir à la rêverie totale. Dressant un véritable orchestre robotisé pour soutenir leurs extatiques élucubrations les deux compères n'ont pas hésité à mettre en images leur procédé créatif par le biais d'une prise live du morceau introductif de l'album, Nuh Nuh, à découvrir ci-après en exclusivité.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Joasihno - Meshes (Alien Transistor, 0§ mai 2015)

01. Nuh Nuh
02. Wondrous Sibling
03. Bells Game
04. Temporary Parallel
05. Grounds
06. Meshes
07. EFOM
08. Retoure
09. Someday Square
10. Veiled Bloom


Saroos - Tardis (PREMIERE)

Par quelles aventureuses cogitations en arrive-t-on à donner au contenu d’un disque surnaturel le nom d’un des objets les plus populaires de la SF? Comme la cabine téléphonique spatio-temporelle de Doctor Who, le nouvel effort de Saroos déroule la trame du temps, le plie en un ruban mœbien à écouter sans fin, mais pas forcément dans l’ordre proposé par le trio allemand. Il n’y a aucun scénario perceptible dans cet album, aucune progression sémantique; la liberté y est absolue, presque sans repères et surtout sans paroles, délivrée de tout guide péremptoire, de tout rapport humanisant. On est déposé là, seul, insoumis par cette esthétique riche et souple raffinée par trois théoriciens de la matière musicale, réunis par leur approche expérimentale et leur faveurs pour les sons électroniques et la SF. Se glissant derrière les boucles intersidérales et les modulations cosmiques, Florian Zimmer (Iso68, Contriva), Christoph Brandner (Lali Puna, Console) et Max Punktezahl (The Notwist, Contriva) bousculent les quarks subatomiques pour organiser leur propre définition de l’univers, s’échappant des contraintes de la relativité pour balancer leurs tachyons instrumentés aux émissaires d’un futur imaginaire — ou d’un passé remédiable ?

L’influence de Zimmer et de son projet ambient drone Driftmachine résonne discrètement dans tout l’album, qui dévoile d’énigmatiques plages downtempo (Lanterns) appuyées par un post-rock chuchoté (Lucky Bag) ou sublimées par un space rock aux échos dub (Seance). Loin du patchwork d’un leftfield sauce 90’s, l’ambient post-rock façonnée par Saroos fusionne la matière même de ses influences, harmonise avec souplesse les origines diverses de ses séquences, instrumentations, échantillonnages… Au point qu’on finit par oublier de tendre l’oreille, de chercher la provenance de cette abstraction qu’on parvient, enfin, à isoler dans cet enchevêtrement expérimental où les éléments de composition concrète ne manquent pourtant pas. Si hésitation il y a eu au moment d'assembler un album aussi opulent que Tardis, elle ne se sent pas à l’écoute. Les strates organiques recouvrent de leur chair chaude et palpitante un squelette mélodique qui puise autant dans le kraut que dans le prog, déversant jusque dans le moindre interstice une fluidité cataleptique jamais asséchée avant la note finale. À titre d’exemple et en attendant la sortie de l’album le 12 février prochain, Weaver’s Cave, à écouter en avant-première ci-dessous, habille de l’écho de ses sons cristallins une rythmique jazz acoustique servant de mesure à des accords progressifs banjo/guitare rehaussés de cuivres. Volubile et planant, ce Tardis ouvre une parenthèse spatio-temporelle bienvenue à quiconque espère, le temps d’un morceau ou dix, s’extraire d’un contexte politique et idéologique qui n'a pas fini de peser.

Saroos sera le 13 avril prochain en concert au Badaboum avec Oiseaux Tempête (lire). On offre deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus le jour même à midi. Sinon, les tickets sont à choper par .

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Audio

Tracklisting

Saroos - Tardis (Alien Transistor, 12 février 2016)

01. Weaver’s Cave
02. Lanterns
03. La Déesse
04. Lucky Bag
05. Tardis
06. The Sandstone Readout
07. Orange Book
08. Clotho
09. Seance
10. Sleepy White


1115 - The Drowned World (PREMIERE)

Après 115 fout la merde, 1115 fout les glandes. Le label des frères Acher Alien Transistor révélera le 22 janvier prochain le fruit d'une épique collaboration réunissant Grey et Fehler Kuti, deux Munichois dont les premiers jams communs débutèrent dans la cuisine du second. Sur les bases rudimentaires d'une 808 adroitement maniée par le premier et de loops et modulations sur les voix du deuxième, ils créent une insondable sauce a mi-chemin d'un krautrock électronique, concassant l’hypnose par sa force de répétition, et d'une musique club destinée aux heures les plus interlopes, quand le produit vrille littéralement tout sens commun. Reprenant par son titre The Drowned World (Le Monde englouti) un livre de J.G. Ballard, par lequel celui-ci aborde la déliquescence d'un monde en ruine confronté à un réchauffement climatique sans précédent, 1115 pète l'ambiance sans renverser la table, mais bien au contraire, en faisant danser sur celle-ci, rappelant d'un coup d'un seul aussi bien notre amour immodéré pour 13 & God, projet réunissant des membres de The Notwist et du label Anticon, que cette faculté à démantibuler son corps au beau milieu des loups, malgré l'angoisse. Un format long est en cours de préparation pour 2017, avec Cico Beck et Markus Acher à la production.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

1115 - The Drowned World (Alien Transistor, 22 janvier 2016)

01. The Drowned World I
02. The Drowned World II
03. The Drowned World III
04. The Drowned World IV


Rayon - Il Collo e la Collana

Markus-Acher-by-Gerald-v.-Foris_2

Via son projet Rayon, Markus Acher, tête pensante et agissante de The Notwist, signe avec Il Collo E La Collana / Libanon édité via Alien Transistor le 3 juillet prochain les BO de deux films, l'un surréaliste et italien N-Capaced’Eleonora Danco, l'autre de Michael Shamberg, contemporain de l'épopée Factory Records pour lequel il contribua à son implantation US, auteur de Maître, Lihseb Please dont l'action de se déroule à Beyrouth. Pas là véritablement pour rigoler donc, ces deux instrumentations s'inscrivent dans la droite lignée de The Messier Objects de The Notwist paru récemment (lire), chatouillant de ses motifs répétitifs et de ses crépitations bruitistes l'épure des morceaux que l'on se plaît tant à chérir des Allemands sans pour autant en égaler ne serait-ce qu'un instant la moelle mélodique. Une somme non négligeable donc, mais s'adressant essentiellement aux puristes.

Vidéo

Tracklisting

Rayon - Il Collo e la Collana (Alien Transistor, le 3 juillet 2015)

01. Il Collo E La Collana 1
02. Il Collo E La Collana 2
03. Il Collo E La Collana 3
04. Il Collo E La Collana 4
05. Il Collo E La Collana 5
06. Il Collo E La Collana 6
07. Il Collo E La Collana 7
08. Il Collo E La Collana 8
09. Il Collo E La Collana 9
10. Il Collo E La Collana 10
11. Libanon 1
12. Libanon 2
13. Libanon 3
14. Libanon 4
15. Libanon 5
16. Libanon 6
17. Libanon 7


The Notwist - Das Spiel Ist Aus

notwistPeu de temps après le très réussi Close To The Glass (lire), les Allemands de The Notwist divulgueront le 6 février prochain une compilation d'instrumentaux jusqu’alors inédits et commandés au groupe pour le théâtre, le cinéma et la radio : The Messier Objects. Révélant une facette plus expérimentale de leur projet - mais non inconnue puisque leur deux autres sorties Lichter (2003) et Sturm (2009) sur le label des frères Archer Alien Transistor sont peu ou prou dans la même veine abstract - , la série d'objets laconiquement numérotés sur ce double LP fait échos à leur passion pour la library music des années soixante-dix. Entre boucles sonores trop vite congédiées, bribes de circonvolutions rythmiques et esquisses d'outillage analogique, on a tôt fait de passer complètement à travers d'un tel disque, frustré et désemparé, et ce, jusqu'au très pertinent morceau Das Spiel Ist Aus, long de douze minutes et incorporant avec parcimonie les chants de Doseone et Jordan Dalrymple d'Anticon dans un mantra à la redondance hypnotique. De quoi sauver, avec un brio qui leur est propre, un très bel artwork.

Audio

Tracklisting

The Notwist - The Messier Objects (Alien Transistor, 6 février 2015)

LP1

01. Object 1
02. Object 2
03. Object 3
04. Object 4
05. Object 5
06. Object 6
07. Object 7
08. Object 8
09. Object 9
10. Object 10
11. Object 11
12. Object 12
13. Object 13
14. Object 14
15. Object 15

LP2

01. Das Spiel ist aus
02. Object 16


Saroos - Henderson Island

Saroos - ReturnEvoqué à l'occasion du onzième RE(FLUX) du nom (lire), Return des allemands de Saroos s'invite de la meilleure des manières à nos rétines avec une vidéo signée Miriam Bauer de la panoramique et contemplative Henderson Island. Révélée aujourd'hui via le label Alien Transistor, la gracile et sensible mise en images trouve un contre-point de choix avec un remix dudit morceau par Schlachthof Bronx sur l'EP Morning Way - paru en février dernier. Le groupe sera de passage à Paris en début d'année 2014 : immanquable.

Video

http://youtu.be/Rg2_0ZNau3M

Audio


13 & God - Own Your Ghost

13god13 & God est né de la réunion de deux entités distinctes, de deux formations musicales établies de part et d'autre de l'océan Atlantique. Les Allemands de The Notwist associés aux Californiens de Themselves, la bande gravitant autour des labels Alien Transistor et Morr Music s'alliant à des porte-voix de la marque Anticon, l'indietronica d'outre-Rhin se mêlant à un hip-hop expérimental originaire de la West Coast américaine. Deux cercles géographiquement éloignés donc. Deux forces vives qui, confrontées l'une à l'autre, ont créé cette effervescence à l'énergie dévastatrice, qui leur est désormais propre.

13god_020311

La collaboration américano-germanique n'en est pas à son premier coup d'essai. L'album inaugural et éponyme, sorti en 2005, avait déjà fait son effet auprès d'auditeurs émerveillés par cette nébuleuse douce et explosive à la fois. Les auteurs d'une électro-pop gagnant en reconnaissance depuis l'excellent Neon Golden et le crew hip-hop absorbé par les expérimentations sonores se sont, ensemble, dépassés. Talents associés, talents sublimés. Et six ans après, nous sommes rassurés. Ce premier LP ne sera pas l'unique produit de cette rencontre fascinante. Own Your Ghost, le nouvel album dont la sortie est prévue pour le 17 mai, s'enveloppe à nouveau de cette grâce mélancolique capable de dériver à tout moment dans l'irrépressible brutalité. La trame se dévoile sous nos yeux sans qu'aucune formation ne prenne l'ascendant sur l'autre.  Elles se rejoignent, se complètent, se confondent. Les chants s'alternent et, parfois, la doucereuse voix de Markus Acher - chanteur principal de The Notwist - converse avec le rap saccadé et impulsif de Doseone, membre du duo Themselves. Ces échanges sont expressifs, comme obsédés par la peur et le doute. Chacune des mélodies pop, sombres et troublantes s'accommodent avec justesse de samples et de cassures rappeuses. Armored Scarves ou encore Janu Are contribuent à expliciter cette symbiose qui, loin d'être illusoire, est évidente, flagrante. Puis, il arrive d'autres moments où ces deux lignes se dissocient voire se repoussent. Sure As Dept entre autres, chavire en effet nettement du côté du son des Californiens - rap incisif accompagné de sonorités électroniques et d'une rythmique soutenue flirtant avec le drum and bass. Un interlude qui prendra cependant rapidement fin dès lors que celles-ci seront à nouveau happées l'une par l'autre.

Une telle association ne pouvait donner naissance qu'à une musique composite et sinueuse. Un métissage réussi et une performance maîtrisée, sans conteste. Les envolées indie pop dont les Bavarois ont le secret restent toujours autant lumineuses et envoûtantes, comme en témoigne Oldage, single entrecoupé de beats minimalistes et tenaces. Cette somptueuse dualité se mouvant continuellement entre des arrangements simplistes et une trame complexe risque à nouveau de marquer des points du côté des exigeants amateurs de son indé. Et le meilleur moyen pour en être convaincu, c'est de se rendre à l'un de leurs concerts le 20 mai à l'Aéronef (Lille) ou le 21 mai à la Maroquinerie (Paris).

Vidéo

Tracklist

13 & God - Own Your Ghost (Alien Transistor,  2011)

01. It's Own Sun
02. Death Major
03. Armored Scarves
04. Janu Are
05. Oldage
06. Et Tu
07. Death Minor
08. Sure As Dept
09. Beat On Us
10. Unyoung


Saroos - See Me Not

Anticon et Alien Transistor, deux labels que tout semble séparer, opposer. Deux mondes à l'étanchéité de surface, à la voilure économique incomparable, ne gravitant ni sur le même centre (le hip hop pour l'un, l'électronica pour l'autre), ni sur la même sphère géographique (les Etats-Unis, l'Allemagne). Un océan d'altérité sur une planète aux distances de plus en plus réduites. Les autoroutes de l'information dit-on, le creuset de connexions souterraines surtout. Et 13 & God, sa pure expression. Collaboration formée autour de Themselves et de The Notwist, le no-hip hop des Californiens s'entiche à merveille de l'indietronica des Bavarois et pose dès 2005 les premiers jalons d'une alliance des antipodes : sorti conjointement sur Anticon et Alien Transistor - le label des frères Acher de The Notwist - l'album éponyme de 13 & God trouve un auditoire médusé tant par le charme d'une mélancolie désenchantée et scandée - avec l'immixtion du chant de Markus Acher au phrasé de Doseone - que par l'altruisme de complicités de clans, puisque Yoni Wolf de Why ?, signé chez Anticon, Valerie Trebeljahr de Lali Puna, l'autre groupe de Markus Acher, et Stephanie Böhm de Ms. John Soda, le side-project de Michael Acher, prêtent leur voix à un disque en appelant récemment un autre, annoncé pour le début de l'année 2011. Et tandis que l'impatience fait tâche d'huile, Saroos ajoute sa pierre à l'édifice à l'union de bon goût entre Anticon et Alien Transistor.

saroos_photo_hut_-by-mikhail-shkurat

Responsable en 2006 d'un premier essai, lui aussi éponyme, paru sur la structure des frères Archer et conjuguant le post-rock fondamental de Tortoise aux ambiances éthérées des Ecossais de Board of Canada, magnifié d'une fructueuse collaboration avec Alias d'Anticon sur le morceau During This Course, les Allemands de Saroos empruntent les mêmes chemins de traverse que leurs brillants compatriotes, éditant See Me Not, leur second effort, via les deux labels précités. Le trio, composé d'activistes forcenés de Morr Music - la maison mère de The Notwist - avec Christoph Brandner (Console, Lali Puna), Florian Zimmer (Jersey, Iso68) et Max Punktezahl à la batterie (Jersey, Contriva), ne s'est d'ailleurs pas arrêté en si bonne route, traversant derechef l'Atlantique histoire d'enregistrer en Californie les huit morceaux composant l'instrumental See Me Not, et ce, sous la houlette avisée d'Odd Nosdam, l'un des producteurs attitrés d'Anticon et ancien cerveau des déstabilisants cLOUDDEAD. En somme, un tel monde de références et de consanguinité ne pouvait accoucher d'une souris. D'entrée, l'abrasif Lobster Claw allume la mèche d'un post-rock transcendé de sa fatuité et inocule un groove incendiaire dans ses interstices les plus arides, culminant notamment sur l'essentiel Fog People. Le feu une fois éteint, l'album semble basculer vers des territoires moins escarpés avec See Me Not, le morceau-titre, où la contemplation hallucinée prend le pas sur la mise en danger. Exit donc les similitudes que l'on aurait pu déceler dans cet art partagé avec les Canadiens d'Holy Fuck. Ainsi, les beats de Scott et de Yukoma osent de pénétrantes polyrythmies balayées de samples à la cosmicité irréfreinable quand le disque s'achève sur Outrigger et son clavier crépusculaire. Une baisse d'intensité en rien synonyme d'incomplétude tant l'attention se trouve embobinée dans les méandres d'une imagination confondante. Une expérience bientôt à vivre en concert lors d'une date unique en France, le 8 décembre prochain au Little Bastard (11e) en première partie d'Odd Nosdam. Les élèves n'ont pas encore surpassé le maître. Pour le moment.

Audio

Saroos - Lobster Claw

Vidéo

Kill Your Pop - Saroos (Live) from La Blogotheque on Vimeo.

Tracklist

Saroos - See Me Not ( Alien Transistor / Anticon, 2010)

01. Lobster Claw
02. Daylight Chant
03. Fog People
04. See Me Not
05. Scott
06. Yukoma
07. Týden Divu
08. Outrigger