Rencontre avec Inflated Records + mixtape

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Découvert lors d'une nuit d'insomnie passée à me renseigner allègrement sur les œuvres naissantes de quelques révélations déjà indispensables, Inflated Records - micro-label d'exception - ne pouvait que titiller ma curiosité lorsqu'au détour d'une news gentiment abandonnée sur le coin droit du site, je vis le "projet d'avenir" concocté par son tenancier. Memoryhouse, Oberhofer, Ducktails, Little Girls... Bref, rien de moins que le plus  beau parterre de jeunes pousses prometteuses amoureusement pressé sur vinyle et entreposé dans la salle de bain d'un vieil appartement new-yorkais. Il ne m'en fallait donc pas plus pour provoquer en urgence une interview de  l'homme qui se cache derrière cette belle initiative et de lui demander en prime une sélection de morceaux aussi aventureux que son business.

A quel moment t'es-tu intéressé à la musique indie et as-tu ressenti le besoin de créer ton propre label ?
When did you start to be interested in indie music? What was your occupation before Inflated Records? And where did the idea to create an independent label come from?

J'ai commencé à jouer dans des groupes locaux au lycée. Il y avait pas mal de lieux tout public dans la région où j'ai grandi. Je me rappelle cet étrange endroit appelé Ethical Humanist Society Center ou quelque chose comme ça. Je suis incapable de vous dire quoi que ce soit sur la philosophie humaniste éthique mais les jeunes pouvaient y organiser un tas de concerts.
Après mon diplôme d'enseignement secondaire, je suis passé d'un boulot à l'autre. J'ai œuvré pour un label d'enfants pendant un moment et tout le monde trouvait cela ridicule. Cela ne l'était pas. En fait, j'avais un besoin pressant de commencer à publier/promouvoir de la musique qui me passionnait réellement.

I started getting into some local bands in middle school. There were a decent amount of all-ages venues in the area where I grew up. I remember this weird place called the Ethical Humanist Society Center, or something like that. Couldn't tell you anything about the belief system of ethical humanists, but they let kids have a ton of shows at that place.
After graduating from college, I bounced around a bit, working a couple of different jobs. I was at a children's label for a while and everyone thought it was hilarious. It wasn't. Basically, I had an urge to start releasing/promoting music that I was genuinely passionate about.

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Pourquoi privilégier des sorties vinyle et par là-même les formats courts ?
Why did you choose to favour vinyls rather than CDs? Why do you prefer to release EPs rather than LPs?

D'après ce qu'on peut voir, les disques vont probablement survivre aux CD, mais nous verrons bien... En ce qui concerne la deuxième partie de ta question, je trouve qu'il est pertinent de commencer par publier des singles et puis graduellement travailler jusqu'à la publication de l'album. Je suis d'ailleurs heureux d'annoncer la sortie du premier album de Bass Drum of Death sur Inflated prévue pour février. Il sera disponible en vinyle et sur iTunes. Mais pas en CD comme tu peux te l'imaginer.

From the looks of it, records will probably outlive CDs, but I guess we will have to wait and see. To answer your second question, it just made sense to start out with singles and gradually work towards releasing LPs. I'm happy to announce the release of Bass Drum of Death 's debut LP on Inflated this February. It will be available on vinyl and iTunes. Don't count on CDs.

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Penses-tu que le développement d'internet et la crise du disque ont justement permis aux structures comme la tienne d'émerger, et de ce fait penses-tu que nous vivons une période idéale pour la musique indie ?
Do you think that the development of the internet and the disc crisis allowed structures like yours to emerge, and, in your opinion, are we currently going through an ideal period for indie music?

Oui, je pense qu'on peut dire ça. Il semble que de plus en plus de labels produisent des vinyles et des cassettes. Je pense donc que c'est probablement une période idéale pour les jeunes artistes pour publier leur musique sur des formats physiques.

Yeah, I guess you could say that. It seems like there are a lot of vinyl/cassette labels popping up. As a result, I think it's probably an ideal period for young artists to release their music on physical formats.

Quelle est l'actualité d'Inflated et comment imagines-tu ton label dans 10 ans ?
What are you preparing for this year? How do you imagine Inflated in the next 10 years?

J'espère vraiment que ce label sera toujours là dans 10 ans. Pour l'instant, je vois les choses au jour le jour. Actuellement, nous démarrons avec les singles de Little Girls et Oberhofer. On peut les précommander tous les deux sur notre nouveau site. Comme je l'ai dit, la sortie du premier album de Bass Drum of Death m'excite beaucoup. GB City sort le 22 février et ça va tout déchirer. Sérieusement, cet album va déchirer toi et ta grand-mère réunis.

I really hope this label is still around in 10 years. At this point, I'm just taking it one step at a time. As far as this year goes, we're starting off with a pair of singles from Little Girls and Oberhofer. You can pre-order both of those records on our new tumblr - inflatedrecords.tumblr.com. Like I was saying, I'm also excited about Bass Drum of Death's debut album. GB City comes out on February 22nd and it's going to kick you in the nuts. Seriously though, this record is going to kick both you and your grandmother in the nuts.

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Travailles-tu déjà en collaboration avec d'autres labels ou souhaites-tu développer à l'avenir des partenariats avec d'autres structures ?
Do you work in cooperation with other labels? In that case, which ones? If not, would you like to develop partnerships with other structures in the future?

Non, pas vraiment, mais je me suis entretenu avec les filles de Sixteen Tambourines pour sortir un truc commun éventuellement. Ils ont sorti de belles choses l'année dernière. De même, je devrais pouvoir collaborer avec mon ami Rob qui dirige Old Flame Records cette année. Il me donne toujours une tonne de bons conseils. D'ailleurs, ne ratez pas la sortie de Replicants, premier album de Millionyoung, le 15 février sur Old Flame.

No, not really, but I've been talking with the girls from Sixteen Tambourines about co-releasing something for a while. They put out some great stuff last year. Also, my friend Rob runs Old Flame Records and we might try and do something together this year. He's definitely given me a lot of good advice. Make sure to pick up Millionyoung's debut album, Replicants, out 2/15 on Old Flame.

Qu'est ce qui guide principalement tes choix de sorties et comment choisis-tu les artistes que tu souhaites promouvoir ?
What guides you through your release choices and how do you choose the artists you wish to promote ?

C'est une question difficile. Certaines personnes pourraient trouver ça étrange, de passer d'un artiste comme Memoryhouse à Bass Drum of Death. Je pense juste que ce serait ennuyeux de se cantonner à un seul style musical, je mets tout en œuvre pour mixer un peu les genres. Mis à part cela, il n'y a aucune formule établie.

That's kind of a tough question. Some people might see it as odd, going from an artist like Memoryhouse to Bass Drum of Death. I just think it would get really boring, sticking to one style or genre, so I've made an effort to mix it up a bit. Aside from that, there's no set formula.

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Tu vas sortir un 7" d'Oberhofer - que notre webzine suit déjà depuis un petit moment. Comment s'est passé votre rencontre et partages-tu notre sentiment selon lequel ils seront l'un des espoirs musicaux de 2011 ?
You are currently releasing a 7" of Oberhofer, which our webzine has been following for a while now. How did you meet and do you share our feeling that they will be one of the most promising bands of 2011?

Brad et moi nous sommes rencontrés pour la première fois en 2008, mais nous avons repris contact après leur performance avec Memoryhouse. J'étais soufflé par leur performance qui semblait s'améliorer à chaque concert. C'est un grand groupe et je pense qu'ils n'en sont qu'à la surface de leur potentiel. Certainement à tenir à l'œil en 2011.

Brad and I first met back in 2008, but we reconnected after they played with Memoryhouse. I was blown away by their performance and it seems to get better with every show. They're a great band right now and I don't think they've even scratched the surface of their potential. Definitely look out for them in 2011.

Quelles ont été tes découvertes au dernier CMJ festival auquel tu as participé ?
What were your discoveries at the latest CMJ festival you took part to?

J'avais un planning chargé et n'ai donc pas pu faire beaucoup de découvertes. John de BDOD joue aussi dans Flight et ils ont fait un malheur. J'ai vu Dead Gaze quelques fois. Ils étaient à chaque fois impressionnants. Je pense que Oberhofer a joué 11 ou 12 fois cette semaine-là. C'était fou.

I had a pretty busy schedule, so I didn't really make many discoveries. John from BDOD is also in Flight and they tore shit up. Also caught Dead Gaze a couple times. They were equally as impressive. I think Oberhofer wound up playing like 11 or 12 times that week. It was nuts.

Quels ont été tes trois albums de l'année?
What are your 3 best albums of 2010?

Flight - The Lead Riders
Future Islands - In Evening Air
Junip - Fields

On te laisse volontiers le mot de la fin...
We let you have the last word..

Merci pour l'interview. Bon mix !
Thanks for the interview. Enjoy the mix!

Mixtape

1. Bass Drum of Death - Heart Attack Kid
2.
Quilty - Supernova
3. Iyez - Aquarius
4. Ava Luna - Clips
5.
Millionyoung - Calrissian
6. Spectrals - I Ran With Love
7. Echo Lake - Everything Is Real
8. Mountain Goats & Kaki King - Black Pear Tree
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V.A. - La Station Radar on Beko

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Comme on se retrouve. Il y a moins d'un mois, Beko DSL, label digital d'excellence (lire), invitait les fous furieux Tchèques d'Amdiscs (lire) pour une double compilation au tracklisting proprement hallucinant et ce juste après avoir initié ce type de collaboration avec les Texans de Free Loving Anarachist. Le couvert est remis dès ce soir et pas de n'importe quelle manière puisque cette fois, La Station Radar, label loin d'être inconnu sur Hartzine (lire et écouter), s'occupe de dresser un menu dont Fleur nous révèle la teneur. "Si j'ose dire, nous nous soutenons mutuellement (avec Beko). Reno nous a un jour proposé de participer à son projet de collaboration digitale de labels. Nous n'avons pas hésité une seule seconde ! Il a fait une sélection parmi des groupes que nous avons déjà produits et après s'être mis d'accord, nous avons complété ces choix par des groupes qui ont déjà eu des sorties chez nous ou des choses à venir plus tard... et nous lui avons aussi fait quelques surprises de dernière minute ! Chacun des groupes qui font partie de cette collaboration ont été trés enthousiastes et nous ont envoyés des morceaux exclusifs spécialement faits pour cette compilation." La beauté lunaire de Black and White Flight d'Ela Orleans (lire) - dont le vidéo-clip à découvrir ci-dessous souligne l'acuité spatiale de cette allégation - introduit ainsi une crépusculaire constellation déchirée de comètes déjà largement observées dans nos pages - de la grâce des ombres figurée par Terror Bird (lire) au spleen déstructuré de Jeans Wilder (lire) - côtoyant, passé les quelques champs magnétiques nimbés de saturation d'Archers by the Sea (Leather Jacket Dance) et Skitter (Stutter), la fièvre vespérale d'Yves / Son / Ace et de Dirty Beaches (dont on reparlera très bientôt à l'occasion de Badlands à paraître le 29 mars sur Zoo Music). Avec le conclusif The Garden Room, le psychédélisme des limbes de Wet Hair fait écho au calme inquiet des instrumentaux I Panema et I Have to be Leaving de Je Suis le Petit Chevalier et Gremlinz quand le groove tourmenté d'Holy Strays rappelle comme il est jouissif de plonger dans un océan de nuit. C'est aspiré dans les abîmes de cette collaboration à l'homogénéité insoupçonnable que l'étreinte émotionnelle se resserre. On rêve alors du futur conjugué de ces artistes sur Beko, la Station Radar ou plus si affinités. Ela Orleans, après le split vinyle, Double Feature, en compagnie de Dirty Beaches (février) et l'album Mars is Heaven, prévu pour mars sur la Station Radar, enquillera un second LP dès la fin de cette année sur Clandestine Records. Clandestine Records qui, en plus d'occuper dans un futur proche notre une, sera le prochain invité du label digital. Tiens donc, comme on se retrouve.

Audio

Tracklist

cover_lsr_03a1. Ela Orleans - Black and White Flight
a2. Je Suis le Petit Chevalier - I Panema
a3. Archers by the Sea - Leather Jacket Dance
a4. Terror Bird - Cant Tell What's Real
a5. Jeans Wilder - Be Ok

b1. Holy Strays - Phrenesia
b2. Skitter - Stutter
b3. Yves / Son / Ace - My Confusion your Delusion
b4. Gremlinz - I Have to be Leaving
b5. Dirty Beaches - Night City
b6. Wet Hair - The Garden Room

Vidéo


NLF3 : Interview, Chronique & Mixtape

beautiful-is-the-wayProhibition. Un nom martial, anguleux, à l'image d'une musique dense et revêche. Un son hardcore comme on en faisait au début des années quatre-vingt-dix, de l'effervescence indé rock américaine aux scories françaises, reléguant effrontément la langue de Molière aux gémonies des eighties et de la déferlante new wave. Une section guitare, basse, batterie rugueuse et contondante, cisaillée d'un chant guttural scandé et perforé par un saxophone charriant la liberté d'un post-punk new-yorkais trop rapidement exhumé (James Chance, DNA...). De Morphine à The Ex, de Fugazi à Blonde Redhead (celui d'avant In an Expression of the Inexpressible), Prohibition s'intégrait à merveille en digne représentant hexagonal de cette lignée indépendante, fils des Thugs et proche cousin de Sloy, Drive Blind ou encore Tantrum. Cinq albums, dont le dernier 14 Ups and Downs, paru en 1998, tel l'accomplissement d'une aventure de plus de dix ans et jalonnée de quatre cents concerts en Europe et aux États-Unis, dont le dernier, au Café de la Danse, en juin 1999. Un testament long comme trois bras donc pour les frères Laureau, Nicolas (guitare et chant) et Fabrice (basse), Ludovic Morillon (batterie) et Quentin Rollet (batterie), mais aussi du tangible et du solide avec la création en janvier 1995, à l'occasion de la sortie de leur troisième album, Cobweb-day, du label parisien Prohibited Records. Au sein d'un catalogue relativement fourni (trente-huit références) et cohérent, où la prise de risque artistique fonctionne à l'affectif, Heliogabale, Patton, Herman Düne, Purr ou Pregnant incarnent alors la passionnante vitalité d'un rock français des années quatre-vingt-dix, fier et militant, cultivé aussi bien à Paris qu'en province, des Bordelais de Vicious Circle, initiés par les activistes d'Abus Dangereux, à la structure Black & Noir, partagée entre Angers et Nantes. Peu après l'année 2000, les choses se compliquent quelque peu. Patton et Heliogabale sortent un disque pour ne plus en sortir avant longtemps (en 2004 et 2010 pour Heliogabale mais sur d'autres structures, en 2009 pour Patton avec Helenique Chevaleresque Recital) quand Purr (dont Thomas Mery est issu) et Pregnant se séparent juste avant la parution de leur second effort respectif. Il faut quelques nouvelles têtes bien senties, The Berg Sans Nipple, Soeza ou Mendelson, en plus de la persévérance des tauliers, pour maintenir à flots le label au delà d'une dixième bougie soufflée, début 2006, sur un air de renaissance par une série de concerts et une compilation rétro-prospective. Les tauliers ? Les frangins Laureau.

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Si Nicolas entame dès 2001, avec Real Seasons Make Reasons, son projet personnel Don Nino, lequel sera suivi de deux autres disques de haute volée, et que Fabrice embraye sur son projet F.lor, embrassant ainsi une carrière de producteur chevronné, les deux forment très vite une entité à l'acronyme cryptique mais à la musique volubile et curieuse, NLF3, née des cendres de Prohibition et d'une appétence toute particulière pour les jams sessions expérimentales, mariant rock, jazz et afrobeat. Dès 2000, Part I - Part II se fait brillamment l'écho d'un univers parant d'une électronique abstraite les réminiscences fugitives d'un krautrock cher à Can, jouant la carte d'un primitivisme illuminé et déstructuré. Rejoint en 2006 par Jean-Michel Pires à la batterie, le groupe ne fait d'ailleurs jamais rien comme les autres, du concassage de ses influences, aussi larges que variées, de Fela Kuti et Steve Reich à Syd Barrett ou Sonic Youth, en passant par l'électronique warpienne made in Sheffield d'Aphex Twin, à la création d'une bande-son pour un film inachevé du cinéaste russe Eisenstein, ¡Que viva Mexico!, bande-son jouée depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui en public. De cette nouvelle décennie, trois disques iconoclastes, dont le sensuel et tourneboulant Ride On A Brand New Time, paru en 2009, en plus d'un maxi non moins fondamental, Echotropic (2008), complète une oeuvre sensible et évolutive, qui n'a de cesse d'être dans l'air du temps sans suivre pour autant le sens du vent. Ce n'est pas pour rien que leur nom est associé depuis quelques années déjà à Animal Collective ou Battles sans que l'on sente poindre une quelconque arrière-pensée commerciale, à défaut de supposer une commune approche de la composition. Une approche récemment parachevée d'une cinquième touche à la concision consentie d'une main gantée de velours. Il est même confondant de retrouver, ça et là, des bribes du Prohibition d'alors au sein de l'harmonieuse orfèvrerie que constituent les neufs morceaux de Beautiful Is The Way To The World Beyond disponible depuis octobre 2010 et bientôt édité en version vinyle. Bien plus condensé que ses prédécesseurs, le trio fomente sur celui-ci, avec une réussite certaine, l'immixtion, en plein cœur d'une instrumentation à la lisière d'un tribalisme figuré dans le vidéo-clip de Wild Chants, et délicatement balayé de quelques vocalises murmurées, d'un formalisme pop à l'efficacité redoutable et remarqué.

Puisqu'il y avait trop à dire et à suggérer, nous avons demandé à Nicolas et Fabrice de répondre à nos questions en plus de concevoir une mixtape témoignant de leur année 2010, récemment échue. Le résultat à lire, écouter et télécharger ci-dessous, en attendant leur concert en compagnie de Red et Benoit Pioulard le 2 février prochain à la Fléche d'Or pour lequel Hartzine et Kongfuzi s'associent histoire de vous faire gagner quelques places en cliquant par ici.

L'interview

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J'ai passé une partie de ma jeunesse à Angers, fréquentant Black & Noir, le Chabada... des copains avaient enregistré au Black Box de feu Iain Burgess, on montait tous des groupes avec cet idéalisme pas forcément vain pour certains d'entre nous... on écoutait avec une certaine fierté les Thugs, Hint et Zenzile, bien sûr, mais aussi Sloy, Drive Blind, Tantrum, Heliogabale, Purr... et Prohibition. Avez-vous l'impression d'avoir fait partie d'une "scène" bien délimitée et quelle est la différence avec aujourd'hui où le nom de NLF3 est associé avec un bon nombre de groupes étrangers, entre Animal Collective et Battles ?

Fabrice : Avec du recul je pense que, dans les années 90, tous nos groupes sont nés avec l'envie commune d'une rupture avec l'esthétique pesante du rock alternatif des années 80. C'est ce qui avait constitué les bases d'un nouveau réseau. De nouveaux labels se montaient et ouvraient des magasins de disques (Black & Noir, Vicious Circle par exemple). Avec une forte envie de casser le schéma franco-français. Beaucoup de groupes aussi se sont mis à être plus noise ou bruts. Bien sûr le Black Box studio, tenu de main de maître par Iain Burgess, représentait beaucoup. C'était une reference, une belle approche du son.

Nicolas : Oui nous avons participé à une forme de défrichage je crois. Nous étions aussi beaucoup associés à des groupes tels que Fugazi, Chokebore, The Ex, Blonde Redhead, des amis, avec lesquels nous tournions en France et ailleurs. Tout ce qui a été construit dans les années 90 a permis de rendre commun et légitime une façon de faire et d'exister made in France, dont les Thugs ont été les premiers ambassadeurs, bien avant la french touch. Depuis 2000, NLF3 s'inscrit dans une esthétique qui tend à échapper au temps, aux codes, qui fait fi du langage si ce n'est celui du coeur. Nous étions dès le début dans une démarche plus abstraite, donc vouée à être plus universelle je pense.

Fabrice : NLF3 c'est l'envie d'une nouvelle aventure. Notre étiquette de groupe inclassable / instrumental fait qu'on nous range aux cotés de groupes comme Animal Collective ou Battles. Ce sont en toute logique des projets musicaux avec qui, du coup, nous avons partagé l'affiche ces dernières années.

Quel est votre appréhension de cette époque ? Est-ce une page définitivement tournée ou le fait de continuer Prohibited Records vous permet de garder la main dans le milieu de la musique indépendante française ?

Nicolas : Nous ne sommes jamais restés bloqués sur la France. Très vite, le label a été distribué un peu partout en Europe puis aux USA et au Japon. C'était le but du jeu. Nous sommes intéressés par ce qu"il se passe en France comme ailleurs, le fait d'avoir sorti des groupes plutôt "résidents" en France, venait du fait qu'on trouvait cette scène sous-représentée et qu'il y avait là des réels talents à aider. Aujourd'hui il n'y a plus réellement besoin d'une telle implication de la part d'un label. Tout le monde est plus ou moins autonome, il n'y a plus besoin de se justifier lorsque tu écris en anglais... Prohibited Records reste une structure qui nous permet de sortir nos disques et de sortir d'autres gens si nous avons un coup de coeur immense...

Fabrice : Je dirai juste que gérer un label permet d'être au contact. Ça permet de s'adapter aux changements réguliers qui s'opèrent, notamment en ce qui concerne la diffusion de la musique.

D'ailleurs, est-ce difficile d'être indépendant aujourd'hui ? Tant pour un groupe que pour un label ?

Nicolas : Cela fait quinze ans que nous avons le label et que nous sommes parfaitement indépendants, c'est donc possible.

Fabrice : Ça demande une certaine organisation. Mais il y a des avantages. Par exemple celui de ne devoir rendre de compte à aucun directeur artistique ou de plannifier les choses un peu comme on le veut.

Le dernier disque de Prohibition c'était en 1998 avec 14 Ups and Downs. Pourquoi avoir arrêté ? Cette décision a-t-elle été l'acte fondateur de NLF3 ? Comment passe-t-on du hardcore, du moins dans l'esprit, à une ambiant expérimentale, difficile à situer entre l'Allemagne kraut et l'Angleterre bleep, sur votre premier double album Part 1 - Part 2 ?

Nicolas : Si tu réécoutes bien les disques de Prohibition, tu verras qu'il y a déjà les signes avant-coureurs de cette évolution. Nous sommes allés au bout d'une recherche avec Prohibition, et 14 Ups and Downs en est l'aboutissement. C'est ce que nous cherchions à faire et à dire depuis toujours je crois. Prohibition était un groupe de jeunesse, au son défini, voué à s'éteindre. NLF3 et le premier album sont une forme de manifeste esthétique.

Fabrice : Nous avions envie d'une musique encore plus ouverte... Oui, Prohibition était plutôt dans les codes du hardcore mais il y avait du sax saturé, du sitar, de la basse fretless... autant dire que certains y perdaient dejà leurs repères. NLF3 est né, après un an de vide, d'une envie d'explorer d'autres méthodes de composition, comme le sampling, de mélanger une certaine énergie à des instruments électroniques, tels des synthés, beat box... et l'idée d'une certaine abstraction.

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Depuis, entre Viva et Ride On A Brand New Time, comment définir l'essence de NLF3 ? Un éclectisme instrumental, électronique et curieux ?

Nicolas : Ça me semble assez juste.

Pour ma part, je ne cesse de penser à Tortoise... qui a d'ailleurs signé Standards sur Warp...

Fabrice : Je pense qu'on a une approche de la musique qui peut être comparable avec des parcours parallèles un peu du même type. D'un point de vue musical il me semble que NLF3 est plus rock et bizarre, moins "jazzistique".

Nicolas : Oui, on aime plutôt les choses les plus expérimentales et osées de Tortoise mais pas trop leur côté easy listening. Et Warp est un excellent label avec lequel on entretient, depuis la création de NLF3, une relation amicale.

Quelle est la place des influences dans NLF3 ?

Nicolas : Comme dans tout travail artistique, on choisit de figer certaines influences à certains moments ou de les distorde, de les transcender. NLF3 est un creuset, c'est un peu de la sorcellerie musicale, de l'alchimie plutôt. Je regardais l'autre jour le documentaire de la BBC sur Captain Beefheart & the Magic Band suite à la disparition de Van Vliet et je trouvais très naturelle cette façon de dire qu'il voulais placer le blues au centre de quelque chose d'étrange, de jamais entendu.

Fabrice : Je dirai simplement qu'aujourd'hui nous préferons puiser dans nos envies, nos sentiments, nos humeurs pour composer, sans nous fixer vraiment de limites. Par contre ce qui m'importe c'est d'avoir un spectre sonore riche et plein.

Vous pouvez en dire un peu plus sur la genèse de l'album, paru il y a cinq ans, Que Viva Mexico !, bande-son créée pour le film du même nom du cinéaste russe Eisenstein ? Une expérience que vous souhaiter un jour rééditer ?

Nicolas : Oui c'est une belle aventure, qui continue puisque nous jouons en live avec le film régulièrement et un peu partout. Nous avons eu plusieurs expériences de ce type, avec des films expérimentaux et autres. Il y aura d'autres projets, c'est certain.

Fabrice : Ça nous a permis de travailler sur la matière "son" d'une autre manière. En mettant notre façon de faire au service d'un film qui aborde toutes sortes de problématiques et d'ambiances. Ça a sans doute renforcé le projet dans sa démarche instrumentale et appuyé la recherche de certains sons ou d'une idée de "paysages sonores".

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Extrait : Music For Que Viva Mexico !

Votre musique est d'ailleurs assez "panoramique"... On a l'impression que le voyage, de l'esprit, du regard, constitue la trame de votre climat sonore... Y-a-t-il une relation entre votre environnement et votre musique ?

Nicolas : Je pense que la part abstraite de notre musique invite à la rêverie, ensuite il y a son côté charnu qui parle au corps, au coeur. Je ne pense pas que notre environnement soit impliqué. Nous habitons en région parisienne ; ce sont plutôt nos voyages multiples et ceux de l'âme qui nous inspirent.

Fabrice : Oui et la somme d'images stockées pendant notre enfance, l'émerveillement et le dépaysement.

Beautiful Is The Way To The World Beyond marque une énième évolution dans le son de NLF3. Sans doute est-il plus abordable et plus "fluide" pour le quidam. Est-ce recherché ?

Nicolas : C'est probablement un album plus direct, car composition et enregistrement ont été instantanés pour chaque morceau. Il est également plus court, ce qui constitue un grande différence dans l'écoute. Nous aimons le format album et je trouve triste qu'avec le numérique, les gens ne se penchent parfois que sur quelques titres.

Fabrice : Oui, en Angleterre, un journaliste dit que c'est de la pop alambiquée et un autre de la pop d'un monde parallèle. Bref, peut être que c'est un disque plus 'accessible' avec des morceaux plus compacts. Cela dit je crois qu'on reconnaît bien l'approche du groupe !

C'est important à vos yeux de ne jamais se confronter aux mêmes schémas ? Comment a été construit et produit Beautiful Is The Way To The World Beyond et pourquoi ré-introduire des voix - même fredonnées - depuis la fin de l'expérience Prohibition ?

Fabrice : Oui, ça nous a toujours semblé important d'évoluer d'un disque à l'autre. Sans en faire une priorité. Les choses se font par réaction très naturellement. Et surtout, le studio doit rester un moment passionnant à vivre, un moment de trouvailles, de plaisir !

Nicolas : Il y a toujours eu ce genre de voix, depuis Part 1 - Part 2. Elles sont plus présentes depuis Echotropic car nous sommes plus dans l'idée de morceaux qui se prêtent à la scène.

nlf3-stairsNLF3 est-il à la base un groupe de scène ? Quelle rapport créatif entretenez-vous avec l'expérience live ? Un disque enregistré en public peut-il être une option pour le futur du groupe ?

Nicolas : Non, NLF3 n'est pas au départ un groupe de scène, il l'est devenu. Il est vrai que depuis le ciné-concert et l'arrivée de Mitch à la batterie en 2006, nous avons de plus en plus le souhait de tourner. Un enregistrement en public, pourquoi pas ?

Fabrice : Le seul intérêt pour moi d'un disque en public serait d'en faire un moment unique, d'utiliser le public comme un instrument, de le sampler, le faire jouer, interagir avec nous trois en direct...

D'ailleurs, après la sortie de votre album en octobre dernier et la tournée qui s'en suit, de quoi est fait le futur immédiat de NLF3 ?

Nicolas : L'album sort en vinyle début février 2011 (en co-production avec Clapping Music). Une sortie américaine est prévue en mars. Il y a aussi certains territoires européens où il sortira à la même date. Il va y avoir des concerts un peu partout en Europe et au Royaume-Uni, et une nouvelle vidéo.

Merci à vous deux.

Mixtape

Mixtape NLF3, déc. 2010 (download).

01. Captain Beefheart - The Blimp
02. Gill Scott Heron - NY Is Killing Me
03. Gonjasufi - Kobweb
04. Tyondai Braxton - Platinum Rows
05. Pink Floyd - Astronomy Domine
06. Terry Riley - Poppy Nogood
07. Panda Bear - Bros
08. Siver Apples - Oscillations
09. Koudlam - Eagles Of Africa
10. Linda Perhacs - Parallelograms
11. Steve Reich - Conterpoint-1 Fast
12. Can - Vitamin C
13. The Cure - The Carnage Visors Soundtrack
14. Alice Coltrane - Journey In Satchidananda
15. Fela Kuti "O.D.O.O.L"

Tracklist

NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond (Prohibited records - oct. 2010)

1. Wild Chants
2. Beautiful Is The Way To The World Beyond
3. The Lost Racer
4. At Full Blast
5. Shadows My Friends
6. Shine Shine Shine
7. Straight Forward
8. Enneagon
9. Cerf Volant

Vidéo


Tame Impala l'interview

Tame Impala. 2010. Innerspeaker. Ça vous rappelle de bons souvenirs ? Entre leur superbe concert à la Maroquinerie et leur bonne position dans le top 2010 de la rédac', on est allé à la rencontre de ces jeunes Australiens qui se sont prêtés aux questions en anglais de notre Akitrash national.  Jay, Dominic et Nick nous parlent notamment de la conception d'Innerspeaker, de Kevin (le leader du groupe) et même d'un mythique groupe de r'n'b... Vous vous demandez où était Kevin pendant ce temps-là ? Bah nous aussi...

Interview


This is abstrakt mixtape

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Les ghettos auraient-ils été atteints par le bug de l'an 2000 ? A l'aube du troisième millénaire, la révolte urbaine se métamorphose en une hybridation cyberfunk issue du rap conscient. Sans perdre une once de sa rage, le hip-hop gratte la surface abîmée du bitume et fait tomber les murs de la raison. C'est la naissance d'un courant maudit, où les poètes squattent aussi bien les bancs publics de Brooklyn que les skate-parks de Sacramento. Quelques prophéties s'écrivent à l'encre indélébile sur des carcasses métalliques échouées sur les bords de route. Des chroniques de fin du monde ironiques, réalistes et mélancoliques... Mais loin de pousser à la mutinerie, this is just abstrakt, baby !

Mixtape

1. Anti-Pop Consortium - Volcano (Four Tet Remix) (Big Dada, 2009)
2. Thavius Beck - He's back (Mush, 2006)
3. K and the I ??? - Marathon Man feat. Thavius Beack (Mush, 2009)
4. Illogic - Live to Die (Weightless Recordings, 2004)
5. Sixtoo - Duration Project Part 7 (Audio Boxcutter, 2002)
6. The Shapeshifters - Reiterate (Celestial Recordings, 2000)
7. Anti-Pop Consortium - 9.99 (75 Ark, 2000)
8. Adlib - Untitled 2 (Not on label, 2005)
9. Curse Ov Dialect - Multicultural Markets (Mush, 2003)
10. El-P - Dead Disnee (Definitive Jux, 2002)
11. Big Juss - Kingspitter (Big Dada, 2004)
12. Bleubird - Drunk on Movement (Endemik Music, 2007)
13. Labwaste - Dope beat (or Something) (Temporary Whatever, 2005)
14. Saul Williams - Niggy Tardust feat. Trent Reznor (Musicane, 2007)
15. edIT - Artsy Remix feat. The Grouch (Alpha Pup Records, 2007)
16. Sage Francis - Dance Monkey (Epitaph Records, 2005)
17. Del the Funky Homosapien - And they thought that was hell (Not on label, 2009)