Seven Sons Records on Beko : Chronique & Interview

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On pourrait définir Beko tel un accélérateur à particules. Une sorte de fenêtre désormais ouverte aux quatre vents sur le monde, permettant aux groupes, mais aussi aux labels, d’exister tout en étoffant l’impressionnant catalogue de la structure digitale brestoise. Une sorte de miracle de l’ère numérique pour tout amoureux de sonorités chassant dans les marges les plus excitantes et les plus souterraines de la création musicale. Ainsi, après Free Loving AnarachistAmdiscs (lire), La Station Radar (lire), ClanDestine Records (lire) et Hobo Cult (lire), la liste des micro-labels collaborant, par le biais d’une compilation, avec l’insatiable Reno n’a de cesse de s’allonger. Et autant dire que la faute de goût est loin – très loin – d’être une habitude maison dans un sans faute aujourd’hui étendu au label parisien, Seven Sons Records, mariant, par l’entremise d’un catalogue de sorties ténu mais irréprochable, shoegaze, cold-wave et électro-pop brumeuse. Au programme de ce dimanche soir, huit morceaux présentant chacun un des artistes du label, par ordre de parution sur ce dernier. Lorsque l’on sait que celui-ci n’en compte jusqu’à aujourd’hui que cinq (To the Happy FewDreamsHoly Other / Indigochild, Glitter BonnesChief Black Clouds) – toutes physiques, sur vinyle ou cassette – on se doute qu’il y a une part de mise en bouche s’agissant de leur futur proche.

La prise de contact avec David et Alex, eux-mêmes impliqués dans deux des groupes (To the Happy Few et Chief Black Clouds), s’est faite si naturellement qu’il est inutile de tergiverser en précisant d’une part qu’ils seront à l’affiche de la cinquième soirée Hartzine au Panic Room le 26 mai prochain, pour un DJ set s’annonçant des plus explosifs, et d’autre part qu’ils participeront, avec leurs groupes respectifs, au festival organisé par Les Boutiques Sonores du 16 au 21 juillet. Qui a parlé de sécheresse ?

Entrevue avec Alex de Seven Sons Records

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D’où vous est venue l’idée et la volonté de créer Seven Sons Records ?

Au départ, on a décidé de monter cette micro structure afin de pouvoir sortir nos projets musicaux. David et moi représentons les deux-tiers de To the Happy Few et David officie également en solo en tant que Chief Black Cloud. Il s’agissait donc simplement d’une démarche DIY de faire de la musique et de la sortir sous la forme qui nous paraissait la plus cool. Après s’être fait plus ou moins bourrer le mou par quelques labels qui te promettent tout un tas de conneries pour mieux disparaître ou te faire patienter indéfiniment, on s’est dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Après ça a dégénéré… Je tiens à préciser que l’immense majorité des gens derrière les petits labels avec qui on a eu l’occasion de discuter sont des personnes réellement passionnées et amoureuses de musique. Ces gens font ça pour les bonnes raisons, on a juste pas eu de chance avec quelques structures étrangères. Mais cela a finalement débouché sur quelque chose de positif.

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom, Seven Sons Records ?

Le nom vient du fait que nous sommes un peu obsédés par le chiffre 7 et que nous sommes tous les deux nés au mois de juillet. C’est aussi en rapport à notre enfance/adolescence bercée par le hard rock et un clin d’oeil à une chanson d’Iron Maiden… Ce qui est assez marrant quand j’y pense puisque ça n’a jamais été notre groupe préféré.

Le fait d’être basé à Paris est-il un avantage quand on fait vivre ce type de structure ?

Je ne sais pas du tout si le fait d’être basé à Paris est un avantage. En fait, je pense que sous certains aspects c’est même plutôt le contraire. Être musicien ou avoir un label sont des activités qui coûtent, financièrement et en terme de temps. Donc quand tu vis dans une ville où tout est hors de prix, surtout les loyers, tu dois te démener, jongler avec les boulots alimentaires, faire des sacrifices. Mais en disant ça, je ne pense pas que ça soit nécessairement plus facile dans d’autres régions, chaque endroit a ses avantages et ses inconvénients et présente différentes problématiques. Au mois le truc sympa avec Paris c’est que tu peux voir un paquet de concerts, d’expos et rencontrer pas mal de gens différents.


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Comment définis-tu l’esthétique musicale et graphique de Seven Sons Records ?

On est plutôt sensibles aux ambiances, aux textures sonores. Et même si on a une orientation essentiellement pop / shoegaze / wave / électro on ne réfléchit pas tellement en termes de styles, on se focalise avant tout sur les émotions, que celles-ci soient lumineuses ou plus dark. On a toujours écouté un tas de musiques différentes, on ne s’arrête pas à des étiquettes. Je suis essentiellement responsable de l’imagerie du label, le logo que j’ai réalisé renvoie au black metal par exemple, c’est une esthétique qui nous intéresse depuis gamin. Il y a plein de trucs hyper bien dans le black.

Quel est la partition des tâches entre David et toi ?

Pour ce qui est de la répartition des tâches et bien on assume tout à 50/50, financièrement, artistiquement, en terme de temps aussi. Il y a une vraie parité. Après c’est aussi une question d’instant, de périodes. Par exemple en ce moment je suis plus celui qui s’occupe de gérer les commandes, les envois, etc. Mais cela pourrait changer. En fait, il n’y a pas vraiment de plan prédéfini, on fait les choses comme elles viennent.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Ceux-ci viennent d’ailleurs d’un peu partout…

Le choix des artistes se fait naturellement. Parfois on tombe par hasard sur des trucs géniaux que l’on veut sortir et on contacte les artistes mais souvent ce sont eux qui nous envoie des démos. Après on retient ceux qui nous ont boulversés. Encore une fois, tout se fait vraiment au feeling, pas de plan d’attaque précis.

To the Happy Few, Dreams, Holy Other, Glitter Bones, Chief Black Clouds… quelle est l’histoire de chacune de ces cinq sorties ?

To the Happy Few c’est le projet qui a tout fait démarrer. Ce sont les premières chansons que David, Elysio et moi avons écrites ensemble et la première manifestation physique pour le label. Ce disque restera toujours assez spécial pour nous.

C’est avec la K7 du Portugais de Dreams que l’on a réellement accepté l’idée de faire un label à part entière. C’est notre première K7. Il nous a envoyé ses morceaux, on a adoré et ça s’est fait comme ça. On les a d’ailleurs fait jouer à Paris au mois de février et c’était hyper bien tant musicalement que sur le plan humain ; à l’âge d’internet c’est important de pouvoir rencontrer les gens en vrai.

Notre troisième sortie a été la split K7 entre Holy Other et Indigochild. Indigochild est un jeune prodige du Wisconsin et du haut de ses quinze piges (la première fois sur skype, c’était assez marrant…), il délivre un son sombre et intense qui nous a bien scotchés. C’est l’une des premières personnes à être entrée en contact avec nous. Il connaissait déjà Holy Other dont on adorait le son également. Du coup le split s’est fait comme ça. Je n’ai pas besoin de vous présenter Holy Other je pense… Il a attiré l’attention rapidement sur lui et sortira un 12″ sur Tri angle prochainement. D’ailleurs la K7 s’est vite épuisée…

On a contacté les Glitter Bonnes car on était fan de leur musique après avoir écouté Returning the Magic, leur premier EP qu’ils avaient mis sur le net. On leur a proposé un truc et les boys de Chicago ont été partants. Le 12″ consiste en des versions revues et augmentées de l’EP Returning the Magic, plus deux titres inédits et deux remixes.

Chief Black Clouds est donc le projet solo de David. J’adore ce qu’il fait depuis l’époque où il enregistrait des tonnes de morceaux dans sa chambre quand on s’est rencontrés à la fac. Il y de ça un petit moment maintenant… Sortir ce disque allait de soi.

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Quels sont les projets immédiats et futurs du label ?

On a pas mal de projets. Pour ce qui est des sorties futures, il va y avoir une K7 de I Do Not Love, un jeune homme très talentueux qui vient de Boston, ainsi qu’une K7 de Full Moon Fuck, l’alter ego hardronica de David (oui il a un côté shizo). Enfin, un 12″ de Indigochild, une K7 d’un projet obscur dénommé IEJM13M et encore d’autres choses qui vont se préciser bientôt.
On aimerait aussi proposer des plateaux composés d’artistes du label pour des lives / festivals… Mais approcher, et surtout accrocher les bookeurs, programmateurs, etc. peut être assez compliqué. On va essayer de bosser ça. Jusqu’à présent Les Boutiques Sonores – ils font un boulot fantastique sur Paris, allez visiter leur site web – nous ont apporté un grand soutien et ont organisé des dates pour nous. Ils feront d’ailleurs un festival à Paris du 16 au 21 juillet et To the Happy Few et Chief Black Clouds seront de la partie. Merci Toma !

Pourquoi sortir des cassettes et des vinyles à l’époque du tout digital ? Es-tu fétichiste de l’objet ?

Oui on est un peu des fétichistes de l’objet mais pas seulement… Le vinyle est le meilleur support pour apprécier la musique. Pour la qualité du son mais aussi parce que c’est une écoute active, il faut changer de face, tu prêtes plus attention au tracklisting et à ce qui te rentre dans les oreilles. Contrairement au zapping de playlists mp3. Le format LP permet aussi des visuels plus aboutis donc l’objet final est toujours plus apprécié et je pense que, malgré cette ère du tout digital, les gens ont parfois envie de pouvoir avoir quelque chose de spécial, de précieux entre les mains. Je crois que c’est le seul support à voir ses ventes progresser. Même les majors se remettent au vinyle, c’est pas si marginal que ça.
Les cassettes c’est plus quelque chose de sentimental, une nostalgie de l’enfance. On est de cette génération qui a grandi avec le walkman et la cassette, on faisait nos mixtapes et tout ca, et ça aussi pour le coup c’était de l’écoute active, fallait être à fond dedans. Le public français n’est pas tellement réceptif à la cassette aujourd’hui mais dans d’autres pays c’est toujours un support apprécié, et puis pour l’instant, le marché français ne représente pas une partie importante de notre activité, on vend plus à l’étranger. Après, on n’a rien contre le digital, c’est important pour les gens de pouvoir écouter ce qu’ils veulent dans leur iPod, ce n’est pas quelque chose que l’on voit d’un mauvais oeil, les différents supports se complètent.

Justement, comment appréhendes-tu un label comme Beko, entièrement digital ?

Tout d’abord on adore ce que fait Reno, c’est un grand découvreur de talents et il a un éventail super large. C’est aussi l’un des premiers à s’être intéressé à nous et à avoir chopé toutes nos sorties. L’année dernière il avait fait un Beko Chief Black Cloud, et lorsqu’il a commencé ses séries labels il a pensé à nous, on ne pouvait qu’être heureux.

Peux-tu présenter cette compilation Seven Sons Records / Beko ?

La compilation comporte huit morceaux inédits, un par groupe. Seront présents tous les artistes avec qui nous avons collaborés à l’exception de Holy Other, le garçon étant trop occupé en ce moment, ainsi que quelques nouveaux membres de l’équipe.

Audio

Seven Sons Records on Beko (download)

01. To The Happy Few – Kirkebrann
02. Dreams – Sunday
03. Indigochild – Sinking
04. Glitter Bones – The Dark Tide
05. Chief Black Cloud – Titanic My Heart
06. I Do Not Love – May
07. Full Moon Fuck – LiFe Zero
08. Iejm13m – Cold Leather