Terror Bird, Ela Orleans & Holy Strays - Concours

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HARTZINE et BACKYARD VACATION invitent LA STATION RADAR et ATELIER CISEAUX

Au-delà de notre simple volonté de mettre textuellement en lumière l’activité souterraine hautement addictive de cette poignée de micro-labels indépendants qui, de par leur sens du bon goût, leur flair à toute épreuve, l’esthétisme poussé de leurs sorties et j’en passe - créant ainsi un nouveau territoire propice à l’étonnement et étendant chaque jour un peu plus notre curiosité musicale - Hartzine souhaite dépasser la frustration d'un univers numérique quotidien et créer la possibilité d’une diffusion scénique de cette avant-garde.

Associés pour l’occasion à Backyard Vacation, nous invitons La Station Radar et Ateliers Ciseaux le 7 mars prochain à l'International (Paris, 11e) dans le cadre d'une soirée où se succéderont Holy Stays, Terror Bird et Ela Orleans. Fleur et Jérôme de La Station Radar croiseront - entre chaque concert - les platines avec Carl de l'éminent label Clan Destine Records.

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Afin de graver dans le sillon cette soirée mémorable, La Station Radar et Atelier Ciseaux ont confectionné un magnifique CD-R réunissant les trois groupes. Un bel objet, en édition très limitée, uniquement vendu lors du concert - avec une session de rattrapage le 9 mars suivant au Motel (les détails, ici).

Concours

Bien sûr, on vous offre la possibilité de glaner cinq exemplaires dudit CD-R - en plus de deux LP Lost d'Ela Orleans - sans trop vous fouler. Pour ce faire, rien de plus simple : envoyez-nous vos nom, prénom et adresse e-mail à l'adresse hartzine.concours@gmail.com. Les gagnants seront tirés au sort le 5 mars et prévenus le jour même par mail. Les disques seront à récupérer sur place.

Présentation

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Le duo de Vancouver  électrisera de sa pop synthétique et minimaliste, autour de laquelle pourraient flirter l'intensité shoegaze des Jesus and Mary Chain comme la new wave tourmentée de Bronski Beat. Après l'EP Shadows in the Hall sorti en juin dernier, l'album Human Culture récemment paru sur Night People et Adagio830 vient aujourd'hui confirmer cette belle obscurité dont vous parle David dans sa belle chronique

elaELA ORLEANS
La Polonaise d'origine, New-Yorkaise d'adoption Ela Orleans viendra nous hanter avec ses "films pour les oreilles". Des morceaux cinématographiques à souhait aux mélodies intemporelles et sombres, soutenues par une voix androgyne.

Elle présentera Mars is Heaven, son prochain album, dont la sortie est prévue en avril prochain sur La Station Radar.

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Enfin l'hypnotique Holy Strays magnétisera de ses arrangements drones et électroniques, oscillant entre dérives psychés et rythmiques allusives. Après deux cassettes, l'une parue l'été dernier sur le label californien Not Not Fun, et l'autre sortie avec Psychic Handbook chez Deep Tunes, ce Parisien travaille actuellement sur un premier album.

Info

HARTZINE & BACKYARD VACATION invitent La Station Radar et Atelier Ciseaux
w/ TERROR BIRD, ELA ORLEANS, HOLY STRAYS
7 MARS 2010
@ L'International
5/6, rue Moret 75011 Paris

Tous les détails sont à retrouver par ici.

Vidéo


La Sera en interview et chronique

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Chaque année, c'est pareil. Les diverses cures vitaminées et autres traitements de renforcement du système immunitaire qui existent sur le marché n'y feront rien : la grippe me rend hors service et complique la moindre de mes tâches élémentaires pendant des jours entiers. C'est malheureusement aussi à ce moment‑là que vous arrive un contrat que vous ne pouvez refuser, que vous déménagez votre ami le plus proche qui quitte sa femme, que votre fille fait des cauchemars et que vous devez conduire votre mère à l'aéroport en fin de nuit. C'est aussi en cette période peu tranquille qu'a lieu mon entretien avec Katy Goodman, tiers de Vivian Girls, venue défendre son projet personnel La Sera, un jour après Londres et quinze jours avant Paris, au Charlatan de Gand, dans la partie flamande et hyperactive de mon pays d'adoption. Me voilà donc, le nez phosphorescent et les yeux vitreux, attablé en compagnie de la rouquine Katy, effrayée de me voir consommer une boîte de kleenex jusqu'à épuisement.

Interview

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Salut Katy, tu as fait bon voyage ?

Hello ! Oui, pas mal. On vient d'arriver.

Comment s'est passé ton concert d'hier soir à Londres ?

C'était super, on s'est bien amusé !

C'est facile pour toi de quitter ta famille et tes amis pour tourner ? Ça te plaît ?

Oui, ça me plait beaucoup. Je ne dirais pas que c'est facile de quitter mes proches mais, comme j'aime voyager, j'arrive à profiter de la tournée.

Ton projet, c'est La Sera ? Ça vient du mot italien « le soir » ?

Oui oui, c'est ça...

Comment la musique est-elle rentrée dans ta vie ?

Je n'ai pas vraiment de souvenirs liés à l'enfance mais quand j'étais ado, mes copains formaient des groupes auxquels j'ai pu participer avant de vraiment avoir un projet plus personnel un peu plus tard...

Tu consacres ta vie entièrement à la musique ?

Oui, je n'ai pas d'autre occupation rémunérée, ah ah !

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Que faisais-tu avant ?

Je suis allée à l'université... J'ai étudié la physique.

Les morceaux de La Sera évoquent souvent des échecs amoureux ou même la mort. Quel était ton état d'esprit au moment de la conception de l'album ? Tu te définis comme une personne pessimiste ?

Non, je ne sais pas pourquoi les sujets des morceaux de cet album ont été ceux-là... J'ai passé quelques semaines seule, sans voir d'amis dans le but de composer et cela m'est venu naturellement. Mais je ne suis pas quelqu'un de négatif dans la vie.

Tu parles vraiment quand tu dors (chanson Sleeptalking) ?

Ah ah ah ! Non, pas du tout !

Ah, j'allais te demander ce que tu avais dit de flippant pendant ton sommeil ...

Non, en réalité cette chanson évoque le fait de parler trop à quelqu'un en général. C'est une personne qui parle trop, qui se dévoile toujours trop, ah ah... J'ai juste voulu pousser à l'extrême ce manque de retenue verbale qu'on peut avoir envers son partenaire...

Ta voix est pratiquement toujours au second plan. Les paroles sont-elles malgré cela importantes pour toi  ou est-ce juste une question de « son » ?

J'envisage les paroles comme un tout. J'aime choisir les mots pour leur sens mais je me concentre sur le son aussi. Je pense sincèrement que les deux sont importants pour moi.

Y a-t-il des exemples de carrières pop que tu aimerais suivre?

Oh ! Je ne sais pas, il y en a trop !

Y a-t-il des artistes actuels dont tu te sens proche ?

Je considère la musique comme une grande famille dont je fais partie et donc je me sens proche de tous les membres de cette famille.

Pourquoi Brady Hall a-t-il joué et enregistré tout l'album seul alors que tu es toi-même multi-instrumentiste et l'auteur-compositeur de tous les morceaux ?

En fait, j'ai enregistré une démo de mes morceaux. Brady l'a écoutée et ça lui a plu. Il m'a proposé d'enregistrer ça chez lui dans son home studio. Je trouvais que c'était une bonne idée et en plus, j'étais en tournée avec les Vivian Girls, donc je n'avais pas trop le temps de le faire. Après la tournée, j'ai pris un avion jusque chez lui à Seattle et j'ai placé mes voix. J'étais vraiment très occupée à ce moment-là pour que cet album se fasse autrement.

Tes morceaux sont relativement courts ; c'est intentionnel pour rappeler le format des fifties et des sixties ?

Je ne sais pas... Je pense que c'est plutôt dû à ma manière d'écrire. Je compose rapidement et des formats plutôt courts mais je ne le fais pas exprès.

Tu penses que quelque chose va changer pour les Vivian Girls avec la signature sur Polyvynil Records ?

Notre album va sortir en avril, ce sera fun mais, fondamentalement, rien ne vas changer. Je ne pense pas. Ceci dit, nous sommes contentes d'être sur Polyvynil Records.

Que penses-tu du side-project de Cassie Ramone, The Babies ?

Oh, je l'adore !

Ton autre projet All Saints Day va-t-il continuer ?

Non, je pense qu'All Saints Day n'était qu'un projet d'enregistrement et ce n'était pas vraiment un groupe. On a enregistré quelques morceaux et voilà... Mais sait-on jamais...

Merci pour l'interview...

Merci à toi !

Pour terminer : comment vois-tu ton futur, Katy ?

Je vais essayer de jouer aussi longtemps que possible. Sinon, je pourrais aussi enseigner la physique. Mais, si je devais choisir, j'aimerais enregistrer beaucoup d'autres albums et continuer la musique pour toujours.

Chroniques

la-sera-album-art-650x650Après cette entrevue mémorable et en attendant la prestation du groupe de Kickball Katy qui enchaînera rapidement et sans surprise une douzaine de morceaux de 23h à 23h40, s'offraient à moi quelques instants de quiétude que je décidai d'apprécier seul dans mon carosse avec pour musique de fond, le bel album de la New-Yorkaise. Je pus reprendre ma respiration en m'abandonnant à Beating Heart et à ses voix aériennes apaisantes qui mettent d'emblée du baume au cœur et ralentissent son pouls. Le premier opus de La Sera commence en quelque sorte par la fin : « My time is up, the end is now ; my time is up, I'm ready now ». La voix lead de Katy, dominante sur le titre d'ouverture, s'efface quelque peu dès l'arrivée du 1er single Never Come Around, réussite revival 50's aux teintes garage déjà évoqué par Benoît ici. Nous serons maintes fois confrontés, à l'instar de You're Going to Cry et Left this World aux sujets négatifs de prédilection de La Sera : l'amour, l'absence, la mort qui, traités de manière légère et ponctués par des sketches pop charmants comme Sleeptalking et I Promise You (« I won't ever let you go, you'll get sick of me soon...»), évoluent en fil conducteur original. Les arrangements sont d'une délicatesse extrême exemplaire à l'image de Hold. Si les voix sont à l'arrière-plan, elles prennent malgré cela une place primordiale en se frottant les unes aux autres pour tisser une toile d'apparence ingénue qui, encouragée par des arpèges byrdsiens, la rythmique sale et la basse sautillante, perd son caractère inoffensif. Si l'album est aussitôt accessible, il prend une vraie place d'œuvre classique à ranger aux côtés des groupes menés par la douce Amelia Fletcher, le côté dirty Brooklyn en plus. Arrive déjà la géniale guitare grasse de Been Here Before, puis de Lift Off, lorsque j'aperçois par la fenêtre un cours de claquettes dont les pas se marient rythmiquement et visuellement à merveille avec les dernières notes et les dernières pensées d'espoir de Katy : « I hope we all get saved some day, get saved some day ». Et je me sens presque guéri.

Audio

La Sera - Devils Hearts Grow Gold

Vidéo

Tracklist

La Sera - La Sera (Hardly Art, 2011)

01. Beating Heart
02. Never Come Around
03. You're Going to Cry
04. Sleeptalking
05. I Promise You
06. Left this World
07. Hold
08. Under the Trees
09. Devils Hearts Grow Gold
10. Dove Into Love
11. Been Here Before
12. Lift Off


NLF3 : Interview, Chronique & Mixtape

beautiful-is-the-wayProhibition. Un nom martial, anguleux, à l'image d'une musique dense et revêche. Un son hardcore comme on en faisait au début des années quatre-vingt-dix, de l'effervescence indé rock américaine aux scories françaises, reléguant effrontément la langue de Molière aux gémonies des eighties et de la déferlante new wave. Une section guitare, basse, batterie rugueuse et contondante, cisaillée d'un chant guttural scandé et perforé par un saxophone charriant la liberté d'un post-punk new-yorkais trop rapidement exhumé (James Chance, DNA...). De Morphine à The Ex, de Fugazi à Blonde Redhead (celui d'avant In an Expression of the Inexpressible), Prohibition s'intégrait à merveille en digne représentant hexagonal de cette lignée indépendante, fils des Thugs et proche cousin de Sloy, Drive Blind ou encore Tantrum. Cinq albums, dont le dernier 14 Ups and Downs, paru en 1998, tel l'accomplissement d'une aventure de plus de dix ans et jalonnée de quatre cents concerts en Europe et aux États-Unis, dont le dernier, au Café de la Danse, en juin 1999. Un testament long comme trois bras donc pour les frères Laureau, Nicolas (guitare et chant) et Fabrice (basse), Ludovic Morillon (batterie) et Quentin Rollet (batterie), mais aussi du tangible et du solide avec la création en janvier 1995, à l'occasion de la sortie de leur troisième album, Cobweb-day, du label parisien Prohibited Records. Au sein d'un catalogue relativement fourni (trente-huit références) et cohérent, où la prise de risque artistique fonctionne à l'affectif, Heliogabale, Patton, Herman Düne, Purr ou Pregnant incarnent alors la passionnante vitalité d'un rock français des années quatre-vingt-dix, fier et militant, cultivé aussi bien à Paris qu'en province, des Bordelais de Vicious Circle, initiés par les activistes d'Abus Dangereux, à la structure Black & Noir, partagée entre Angers et Nantes. Peu après l'année 2000, les choses se compliquent quelque peu. Patton et Heliogabale sortent un disque pour ne plus en sortir avant longtemps (en 2004 et 2010 pour Heliogabale mais sur d'autres structures, en 2009 pour Patton avec Helenique Chevaleresque Recital) quand Purr (dont Thomas Mery est issu) et Pregnant se séparent juste avant la parution de leur second effort respectif. Il faut quelques nouvelles têtes bien senties, The Berg Sans Nipple, Soeza ou Mendelson, en plus de la persévérance des tauliers, pour maintenir à flots le label au delà d'une dixième bougie soufflée, début 2006, sur un air de renaissance par une série de concerts et une compilation rétro-prospective. Les tauliers ? Les frangins Laureau.

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Si Nicolas entame dès 2001, avec Real Seasons Make Reasons, son projet personnel Don Nino, lequel sera suivi de deux autres disques de haute volée, et que Fabrice embraye sur son projet F.lor, embrassant ainsi une carrière de producteur chevronné, les deux forment très vite une entité à l'acronyme cryptique mais à la musique volubile et curieuse, NLF3, née des cendres de Prohibition et d'une appétence toute particulière pour les jams sessions expérimentales, mariant rock, jazz et afrobeat. Dès 2000, Part I - Part II se fait brillamment l'écho d'un univers parant d'une électronique abstraite les réminiscences fugitives d'un krautrock cher à Can, jouant la carte d'un primitivisme illuminé et déstructuré. Rejoint en 2006 par Jean-Michel Pires à la batterie, le groupe ne fait d'ailleurs jamais rien comme les autres, du concassage de ses influences, aussi larges que variées, de Fela Kuti et Steve Reich à Syd Barrett ou Sonic Youth, en passant par l'électronique warpienne made in Sheffield d'Aphex Twin, à la création d'une bande-son pour un film inachevé du cinéaste russe Eisenstein, ¡Que viva Mexico!, bande-son jouée depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui en public. De cette nouvelle décennie, trois disques iconoclastes, dont le sensuel et tourneboulant Ride On A Brand New Time, paru en 2009, en plus d'un maxi non moins fondamental, Echotropic (2008), complète une oeuvre sensible et évolutive, qui n'a de cesse d'être dans l'air du temps sans suivre pour autant le sens du vent. Ce n'est pas pour rien que leur nom est associé depuis quelques années déjà à Animal Collective ou Battles sans que l'on sente poindre une quelconque arrière-pensée commerciale, à défaut de supposer une commune approche de la composition. Une approche récemment parachevée d'une cinquième touche à la concision consentie d'une main gantée de velours. Il est même confondant de retrouver, ça et là, des bribes du Prohibition d'alors au sein de l'harmonieuse orfèvrerie que constituent les neufs morceaux de Beautiful Is The Way To The World Beyond disponible depuis octobre 2010 et bientôt édité en version vinyle. Bien plus condensé que ses prédécesseurs, le trio fomente sur celui-ci, avec une réussite certaine, l'immixtion, en plein cœur d'une instrumentation à la lisière d'un tribalisme figuré dans le vidéo-clip de Wild Chants, et délicatement balayé de quelques vocalises murmurées, d'un formalisme pop à l'efficacité redoutable et remarqué.

Puisqu'il y avait trop à dire et à suggérer, nous avons demandé à Nicolas et Fabrice de répondre à nos questions en plus de concevoir une mixtape témoignant de leur année 2010, récemment échue. Le résultat à lire, écouter et télécharger ci-dessous, en attendant leur concert en compagnie de Red et Benoit Pioulard le 2 février prochain à la Fléche d'Or pour lequel Hartzine et Kongfuzi s'associent histoire de vous faire gagner quelques places en cliquant par ici.

L'interview

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J'ai passé une partie de ma jeunesse à Angers, fréquentant Black & Noir, le Chabada... des copains avaient enregistré au Black Box de feu Iain Burgess, on montait tous des groupes avec cet idéalisme pas forcément vain pour certains d'entre nous... on écoutait avec une certaine fierté les Thugs, Hint et Zenzile, bien sûr, mais aussi Sloy, Drive Blind, Tantrum, Heliogabale, Purr... et Prohibition. Avez-vous l'impression d'avoir fait partie d'une "scène" bien délimitée et quelle est la différence avec aujourd'hui où le nom de NLF3 est associé avec un bon nombre de groupes étrangers, entre Animal Collective et Battles ?

Fabrice : Avec du recul je pense que, dans les années 90, tous nos groupes sont nés avec l'envie commune d'une rupture avec l'esthétique pesante du rock alternatif des années 80. C'est ce qui avait constitué les bases d'un nouveau réseau. De nouveaux labels se montaient et ouvraient des magasins de disques (Black & Noir, Vicious Circle par exemple). Avec une forte envie de casser le schéma franco-français. Beaucoup de groupes aussi se sont mis à être plus noise ou bruts. Bien sûr le Black Box studio, tenu de main de maître par Iain Burgess, représentait beaucoup. C'était une reference, une belle approche du son.

Nicolas : Oui nous avons participé à une forme de défrichage je crois. Nous étions aussi beaucoup associés à des groupes tels que Fugazi, Chokebore, The Ex, Blonde Redhead, des amis, avec lesquels nous tournions en France et ailleurs. Tout ce qui a été construit dans les années 90 a permis de rendre commun et légitime une façon de faire et d'exister made in France, dont les Thugs ont été les premiers ambassadeurs, bien avant la french touch. Depuis 2000, NLF3 s'inscrit dans une esthétique qui tend à échapper au temps, aux codes, qui fait fi du langage si ce n'est celui du coeur. Nous étions dès le début dans une démarche plus abstraite, donc vouée à être plus universelle je pense.

Fabrice : NLF3 c'est l'envie d'une nouvelle aventure. Notre étiquette de groupe inclassable / instrumental fait qu'on nous range aux cotés de groupes comme Animal Collective ou Battles. Ce sont en toute logique des projets musicaux avec qui, du coup, nous avons partagé l'affiche ces dernières années.

Quel est votre appréhension de cette époque ? Est-ce une page définitivement tournée ou le fait de continuer Prohibited Records vous permet de garder la main dans le milieu de la musique indépendante française ?

Nicolas : Nous ne sommes jamais restés bloqués sur la France. Très vite, le label a été distribué un peu partout en Europe puis aux USA et au Japon. C'était le but du jeu. Nous sommes intéressés par ce qu"il se passe en France comme ailleurs, le fait d'avoir sorti des groupes plutôt "résidents" en France, venait du fait qu'on trouvait cette scène sous-représentée et qu'il y avait là des réels talents à aider. Aujourd'hui il n'y a plus réellement besoin d'une telle implication de la part d'un label. Tout le monde est plus ou moins autonome, il n'y a plus besoin de se justifier lorsque tu écris en anglais... Prohibited Records reste une structure qui nous permet de sortir nos disques et de sortir d'autres gens si nous avons un coup de coeur immense...

Fabrice : Je dirai juste que gérer un label permet d'être au contact. Ça permet de s'adapter aux changements réguliers qui s'opèrent, notamment en ce qui concerne la diffusion de la musique.

D'ailleurs, est-ce difficile d'être indépendant aujourd'hui ? Tant pour un groupe que pour un label ?

Nicolas : Cela fait quinze ans que nous avons le label et que nous sommes parfaitement indépendants, c'est donc possible.

Fabrice : Ça demande une certaine organisation. Mais il y a des avantages. Par exemple celui de ne devoir rendre de compte à aucun directeur artistique ou de plannifier les choses un peu comme on le veut.

Le dernier disque de Prohibition c'était en 1998 avec 14 Ups and Downs. Pourquoi avoir arrêté ? Cette décision a-t-elle été l'acte fondateur de NLF3 ? Comment passe-t-on du hardcore, du moins dans l'esprit, à une ambiant expérimentale, difficile à situer entre l'Allemagne kraut et l'Angleterre bleep, sur votre premier double album Part 1 - Part 2 ?

Nicolas : Si tu réécoutes bien les disques de Prohibition, tu verras qu'il y a déjà les signes avant-coureurs de cette évolution. Nous sommes allés au bout d'une recherche avec Prohibition, et 14 Ups and Downs en est l'aboutissement. C'est ce que nous cherchions à faire et à dire depuis toujours je crois. Prohibition était un groupe de jeunesse, au son défini, voué à s'éteindre. NLF3 et le premier album sont une forme de manifeste esthétique.

Fabrice : Nous avions envie d'une musique encore plus ouverte... Oui, Prohibition était plutôt dans les codes du hardcore mais il y avait du sax saturé, du sitar, de la basse fretless... autant dire que certains y perdaient dejà leurs repères. NLF3 est né, après un an de vide, d'une envie d'explorer d'autres méthodes de composition, comme le sampling, de mélanger une certaine énergie à des instruments électroniques, tels des synthés, beat box... et l'idée d'une certaine abstraction.

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Depuis, entre Viva et Ride On A Brand New Time, comment définir l'essence de NLF3 ? Un éclectisme instrumental, électronique et curieux ?

Nicolas : Ça me semble assez juste.

Pour ma part, je ne cesse de penser à Tortoise... qui a d'ailleurs signé Standards sur Warp...

Fabrice : Je pense qu'on a une approche de la musique qui peut être comparable avec des parcours parallèles un peu du même type. D'un point de vue musical il me semble que NLF3 est plus rock et bizarre, moins "jazzistique".

Nicolas : Oui, on aime plutôt les choses les plus expérimentales et osées de Tortoise mais pas trop leur côté easy listening. Et Warp est un excellent label avec lequel on entretient, depuis la création de NLF3, une relation amicale.

Quelle est la place des influences dans NLF3 ?

Nicolas : Comme dans tout travail artistique, on choisit de figer certaines influences à certains moments ou de les distorde, de les transcender. NLF3 est un creuset, c'est un peu de la sorcellerie musicale, de l'alchimie plutôt. Je regardais l'autre jour le documentaire de la BBC sur Captain Beefheart & the Magic Band suite à la disparition de Van Vliet et je trouvais très naturelle cette façon de dire qu'il voulais placer le blues au centre de quelque chose d'étrange, de jamais entendu.

Fabrice : Je dirai simplement qu'aujourd'hui nous préferons puiser dans nos envies, nos sentiments, nos humeurs pour composer, sans nous fixer vraiment de limites. Par contre ce qui m'importe c'est d'avoir un spectre sonore riche et plein.

Vous pouvez en dire un peu plus sur la genèse de l'album, paru il y a cinq ans, Que Viva Mexico !, bande-son créée pour le film du même nom du cinéaste russe Eisenstein ? Une expérience que vous souhaiter un jour rééditer ?

Nicolas : Oui c'est une belle aventure, qui continue puisque nous jouons en live avec le film régulièrement et un peu partout. Nous avons eu plusieurs expériences de ce type, avec des films expérimentaux et autres. Il y aura d'autres projets, c'est certain.

Fabrice : Ça nous a permis de travailler sur la matière "son" d'une autre manière. En mettant notre façon de faire au service d'un film qui aborde toutes sortes de problématiques et d'ambiances. Ça a sans doute renforcé le projet dans sa démarche instrumentale et appuyé la recherche de certains sons ou d'une idée de "paysages sonores".

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Extrait : Music For Que Viva Mexico !

Votre musique est d'ailleurs assez "panoramique"... On a l'impression que le voyage, de l'esprit, du regard, constitue la trame de votre climat sonore... Y-a-t-il une relation entre votre environnement et votre musique ?

Nicolas : Je pense que la part abstraite de notre musique invite à la rêverie, ensuite il y a son côté charnu qui parle au corps, au coeur. Je ne pense pas que notre environnement soit impliqué. Nous habitons en région parisienne ; ce sont plutôt nos voyages multiples et ceux de l'âme qui nous inspirent.

Fabrice : Oui et la somme d'images stockées pendant notre enfance, l'émerveillement et le dépaysement.

Beautiful Is The Way To The World Beyond marque une énième évolution dans le son de NLF3. Sans doute est-il plus abordable et plus "fluide" pour le quidam. Est-ce recherché ?

Nicolas : C'est probablement un album plus direct, car composition et enregistrement ont été instantanés pour chaque morceau. Il est également plus court, ce qui constitue un grande différence dans l'écoute. Nous aimons le format album et je trouve triste qu'avec le numérique, les gens ne se penchent parfois que sur quelques titres.

Fabrice : Oui, en Angleterre, un journaliste dit que c'est de la pop alambiquée et un autre de la pop d'un monde parallèle. Bref, peut être que c'est un disque plus 'accessible' avec des morceaux plus compacts. Cela dit je crois qu'on reconnaît bien l'approche du groupe !

C'est important à vos yeux de ne jamais se confronter aux mêmes schémas ? Comment a été construit et produit Beautiful Is The Way To The World Beyond et pourquoi ré-introduire des voix - même fredonnées - depuis la fin de l'expérience Prohibition ?

Fabrice : Oui, ça nous a toujours semblé important d'évoluer d'un disque à l'autre. Sans en faire une priorité. Les choses se font par réaction très naturellement. Et surtout, le studio doit rester un moment passionnant à vivre, un moment de trouvailles, de plaisir !

Nicolas : Il y a toujours eu ce genre de voix, depuis Part 1 - Part 2. Elles sont plus présentes depuis Echotropic car nous sommes plus dans l'idée de morceaux qui se prêtent à la scène.

nlf3-stairsNLF3 est-il à la base un groupe de scène ? Quelle rapport créatif entretenez-vous avec l'expérience live ? Un disque enregistré en public peut-il être une option pour le futur du groupe ?

Nicolas : Non, NLF3 n'est pas au départ un groupe de scène, il l'est devenu. Il est vrai que depuis le ciné-concert et l'arrivée de Mitch à la batterie en 2006, nous avons de plus en plus le souhait de tourner. Un enregistrement en public, pourquoi pas ?

Fabrice : Le seul intérêt pour moi d'un disque en public serait d'en faire un moment unique, d'utiliser le public comme un instrument, de le sampler, le faire jouer, interagir avec nous trois en direct...

D'ailleurs, après la sortie de votre album en octobre dernier et la tournée qui s'en suit, de quoi est fait le futur immédiat de NLF3 ?

Nicolas : L'album sort en vinyle début février 2011 (en co-production avec Clapping Music). Une sortie américaine est prévue en mars. Il y a aussi certains territoires européens où il sortira à la même date. Il va y avoir des concerts un peu partout en Europe et au Royaume-Uni, et une nouvelle vidéo.

Merci à vous deux.

Mixtape

Mixtape NLF3, déc. 2010 (download).

01. Captain Beefheart - The Blimp
02. Gill Scott Heron - NY Is Killing Me
03. Gonjasufi - Kobweb
04. Tyondai Braxton - Platinum Rows
05. Pink Floyd - Astronomy Domine
06. Terry Riley - Poppy Nogood
07. Panda Bear - Bros
08. Siver Apples - Oscillations
09. Koudlam - Eagles Of Africa
10. Linda Perhacs - Parallelograms
11. Steve Reich - Conterpoint-1 Fast
12. Can - Vitamin C
13. The Cure - The Carnage Visors Soundtrack
14. Alice Coltrane - Journey In Satchidananda
15. Fela Kuti "O.D.O.O.L"

Tracklist

NFL3 - Beautiful Is The Way To The World Beyond (Prohibited records - oct. 2010)

1. Wild Chants
2. Beautiful Is The Way To The World Beyond
3. The Lost Racer
4. At Full Blast
5. Shadows My Friends
6. Shine Shine Shine
7. Straight Forward
8. Enneagon
9. Cerf Volant

Vidéo


Rétrospective : 2010, dans le prisme d'Hartzine

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photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

Hartzine, souhaitant préserver la démocratie qui règne en son sein, n'a pas cherché à faire émerger un consensus, préférant vous livrer non pas un, mais presque autant de tops que sa rédaction compte de critiques. Vous n'aurez donc qu'à choisir celui qui vous correspond le mieux.

Benoît, Thibault, Aki, Patrice, David, Calogero, Emeline, Virginie, Nicolas, Fabrice ?

Benoît

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Année en flux tendu, le temps me manque pour réfléchir à quelque oraison funèbre que ce soit et ainsi louer comme il se doit  la disparition de cette année musicale à part. Cependant justifier chacun des choix qui vont suivre et ainsi objectiver mon point de vue m'aurait valu quelques nuits sans sommeil et, par-dessus le marché, des critiques de circonstance. Je préfère donc, en belle couille molle que je suis, vous livrer sans autre forme d'explication la liste qui suit.

Top albums

01. Wild Nothing - Gemini (Captured tracks)
02. Motoroma - Alps (Self Release)
03. Ex-aequo : Baths - Cerulean (Anticon) & Teengirl Fantasy - Cheaters (True Panther)

Top morceaux

01. Porcelain Raft - Tip of your Tongue

02. Destroyer - Chinatown 

Un concert

Neonbirds , Paris, La Gare aux Gorilles @Hartzbreaker,  12 juin 2010

Une révélation

Ex-aequo : Coolrunnings & Cloud Nothings

Espoirs 2011

Death and Vanilla & Wise Blood & Wagner & Love Collection & The Babies, La Sera... et toujours Oberhofer

Album honni

Ex-aequo : Midlake - The Courage of Others (Bella Union)  & The Walkmen - Lisbon (Fat Possum)

Plaisir coupable

Ex-aequo :  Robyn - Body Talk Pt 3. (Konichiwa) & Freeway & Jake One - The Stimulus Packadge (Rhymesayers)

Thibault

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Quatre-vingt dix mots pour résumer une année si riche. Sévère. Le risque d'oublier du monde, de mettre en perspective l'instantané au détriment des tendances lourdes, en fonte. Qu'importe. Du fond de ma turne, l'actualité musicale, à l'image de son sujet, n'est plus ce qu'elle était, monolithe vitupéré d'un infini numérique, fractale constellé de bribes digitales. Et pourtant un saphir parcourant toujours plus de microsillons. Ose-t-on le lien de causalité ? Recomposition et survie bienheureuse des indépendants, je pense aux labels, aux disquaires, aux promoteurs d'évènements, c'est tout le mal qu'on leur souhaite. Positif. Profusion de concerts et de sorties digitales comme physiques, perte de la notion de frontières musicales, nationales. Le double négatif, cramoisi. Téléchargement barbare et sur-protection des majors sur le dos de tous. La guerre de l'argent, comme à chaque fois. Si la musique est son industrie anémique, au formatage compulsif, est un puissant révélateur de notre société consumériste où la valeur est indexée par le prix (sans prix, quelle valeur ?), elle s'avère cependant être un inépuisable motif d'espoir, entre confection artisanale et nouvelles approches artistiques. Pour conclure, quelques noms - sans exhaustivité - qui ont émaillés cette année 2010, la mienne et la votre, et qui vont en ce sens, le bon, chacun à sa manière : Clapping MusicAmdiscsAtelier CiseauxBeko DslLa Station RadarLe Son du MaquisLes Boutiques SonoresSchmooze ou the FMLY. Dès 2011, on met les bouchées doubles.

Top albums

01. Liars - Sisterworld (Mute)
02. Jeans Wilder - Nice Trash (Atelier Ciseaux)
03. Ex-aequo : The Radio Dept. - Clinging to a Scheme (Labrador) -   & Future Island - In Evening Air (Thrill Jockey)

Top morceaux

01. Blank Dogs - Another Language

02. Terror Bird - Shadows in the Hall

Un concert

01. Ex-aequo : WU LYF - Midi festival, 24 juillet 2010 & Pavement - Primavera Sound Festival, 28 mai 2010

Une révélation

Ghost Animal

Un espoir

Wild Eyes

Disque honni

Devo - Something for Everybody (Warner)

Plaisir coupable

Egyptian Hip Hop - Rad Pitt ( Self Release)

Aki Trash

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2010 aura été pour moi une année introspective... Si certes les révélations et découvertes auront été riches (Salem, Future Islands, Kill for Total peace), j'aurais passé plus de temps à dépoussiérer mes bacs qu'à réellement m'attarder à ce qui me passait entre les mains. Ainsi j'ai re-découvert les joies du Heavy metal avec Black Sabbath, Blue Öyster Cult, Blue Cheer... Inondé mes enceintes de vieux Basic Channel, Luke Slater, Speedy J, exhumant des trésors oubliés de la Techno maintenant réactualisé grâce à une scène plus active que jamais. J'ai pillé le Krautrock, pour en revenir à l'essence même... Ce n'est qu'avec se regard conscient sur le passé, que je ne pouvais apprécier au mieux ce que m'apportait le présent et ce que restait à m'offrir l'avenir.

Top album
01. Former Ghosts - New Love (Upset the Rhythm)
02. Tame Impala - Innerspeaker (Modular)
03. Xiu Xiu - Dear God, I hate Myself (Kill rock stars)

Top morceaux

01. Zola Jesus - I can't Stand 

02. Trentemøller - The mash and the Fury 

Un concert

Trentemoller - Bataclan, 18 octobre 2010.

Une révélation

Delta Funktionen

Un espoir

Fujiya Miyagi

Disque honni

Ex-aequo : Vampire Weekend - Contra (Beggars Banquet) & LCD Soundsystem - This is happening (DFA)

Plaisir Coupable

Die Antwoord - SOS (Cherry Tree)

Patrice Bonenfant

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blanc1Je déteste faire des classements depuis ma tendre enfance donc celui ci n'échappe pas à la règle. Ce classement reflète plus des chansons et des albums qui m'ont  marqué musicalement et qui m'ont accompagnés tout au long de l'année dans ma vie personnelle. Sentiment renforcé après avoir vu tous ses groupes en live. Je retourne à mon final cut.

Top albums

01. Beach House - Teen Dreams (Bella Union)
02. Tame Impala - Innerspeaker (Modular)
03. Delorean - Subiza (Mushroom Pillow)

Top morceaux

01. Gil Scott Heron - Me and The Devil 

02. Tame Impala - Make Up Your Mind 

Un concert

Health - Primavera Sound Festival, 29 mai 2010

Une révélation

The Local Natives

Un espoir

Yuck

Disque honni

Ex- aequo : Violens - Amoral (Static Recital) & JJ - n°3 (Secretly Canadian)

Plaisir Coupable

01. Kanye West - My Beautiful Dark Twisted Fantasy (Def Jam)

David Fracheboud

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blanc1L'année 2010 avait commencé par un album inattendu, sauvé des eaux trente-cinq ans plus tard. Gone : the promises of yesterday récompensait une longue attente pour les fans de Gettho : Misfortune Wealth des mésestimés 24 Black Carat. Dans l'esprit excavation de vieux vinyls, je tombais raide pour le bouillonnant Gonjasufi, hypnotisé par sa présence quasi chamanique sur de vieux samples de musiques psychédéliques que je m'amuserai à identifier pendant des mois. Des écoutes inlassables de Daedelus et son sublime EP Righteous Fists of Harmony tout comme Florine le tout premier EP sortit fin 2009 de la mystérieuse Julianna Barwick et découverte via le site Free music archive de la radio WFMU quelques mois plus tard. Toujours sur ce site que je vous recommande (toutes les sessions sont en téléchargement libre), ce fût le coup de coeur immédiat pour Vialka, un duo turbo folk survitaminé qui nous vient d'Auvergne et dont je vous reparlerai très bientôt. Programme composé d'Arnaud Michniak et Damien Bétous, présentaient sur scène dans le cadre de l'incontournable festival Villette Sonique un album très attendu aussi par leurs fans, Agent Réel fût un coup de boule sur disque comme en live. Ty Segall et son rock garage m'ont convaincu avec un show d'une efficacité hors norme pour ce tout jeune compositeur, à suivre de très très près. Sufjan Stevens qu'on n'avait perdu de vue pour des raisons de santé revenait avec un EP, All Delighted People, puis l'album The Age of Adz qui fera date en redonnant tout son sens au concept album, un disque finalement hors compétition. On ne s'y attend jamais, surtout quand ça ressemble à un accident, ARLT ce duo m'a séduit par sa modestie, une musique qui continue au fil des écoutes à révéler ses trésors.

Top albums

01. ARLT - La Langue (Almost Musique)
02. Sufjan Stevens - The Age of ADZ (Asthmatic Kitty)
03. GonjasufiA Sufi and a Killer (Warp)

Top morceaux

01. Daedelus - Stampede me

02. Julianna Barwick - Sunlight, Heaven 

Un concert

Programme - Villette Sonique, 4 juin 2010

Une révélation

Vialka

Un espoir

Ty Segall

Album honni

Antony and the Johnsons - Swanlights (Secretly Canadian)

Plaisir Coupable

Foals - Total live Forever (Sub pop)

Calogero Marotta

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Appliquons à la musique ce que Jean-Luc Nothias, journaliste que je ne connais absolument pas, a dit un jour au sujet des nuages : « Le nombre de raisons pour lesquelles les nuages sont beaux déborderait largement le cadre de cette page s'il fallait en dresser une liste complète. » Cette déclaration est complètement inutile, je le confesse, aussi restons-en là...De vous à moi, j'ai toujours été très mauvais dans l'art de dresser les listes. Ce n'est pas faute d'avoir commencé tôt : j'ai tenu moult cahiers auxquels je réservais un sort cruel de « contenant à bilans » artistiques ou non. Mes films, acteurs, chanteurs, amis, amoureuses, etc. y étaient listés mais uniquement de manière éphémère car, à mesure que la corbeille à papier se remplissait, cette sorte de « journal intime » se faisait de plus en plus mince. « Tu es un indécis ! », aimait‑on à me répéter à longueur de journée... Ainsi, mon bilan musical de 2010 n'échappera pas à la règle. Aussitôt publié, ne le considérez plus d'actualité. À bon entendeur...

Top albums

01. DeerhunterHalcyon Digest (4AD)
02. Sweet lightsSweet lights (Self Release)
03. Gil Scott-HeronI'm new here (Beggars)

Top morceaux

01. Coma cinema - Her sinking sun 

02. Braids - Lemonade

Un concert

The Local Natives - Lille, 5 novembre 2010

Une révélation

Beach Fossils

Un espoir

Braids

Album honni

Katerine - st (Barklay)

Plaisir Coupable

Janelle Monáe - Tightrope (Bad Boy)

Emeline Ancel-Pirouelle

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Faire le bilan, c'est toujours un peu douloureux. Sélectionner certains artistes, c'est forcément en éliminer d'autres, et ce selon des critères plus ou moins avouables. A l'heure du développement des Mediafire, Fileden et autres Megaupload, on n'a jamais eu aussi peu de place pour caser toutes les pépites dénichées au long d'une année plus riche que jamais. Mon disque dur explose, mon iPod déborde, mes enceintes vomissent, mes oreilles jubilent. Et ce rutilant podium ne pourra jamais accueillir tout le monde. Je fais des listes et je les défais. Les Black Keys terminent brillamment la course quatrièmes avec leur parfait Brothers sous le bras ? Hop, dehors, plus de place. Pas de pitié non plus pour les Almighty Defenders et leur génial essai sur le néo-gospel sous opiacés, puisqu'il paraît qu'il n'y a pas de catégorie "musique sacrée", bien que ce soit de saison. Adieu The FinkielkrautsUnder Great White Northern LightsHarlemThe Strange BoysReveille,The MorlocksHifiklubDan SartainThe Black Box Revelation et The Black Angels. Exit 99% des concerts où j'ai sué sang, eau et béatitude, ceux que j'ai manqués mais où j'aurais voulu être et, puisqu'on ne peut toujours pas voyager dans le temps et qu'il faut n'en garder qu'un, on choisira le plus touchant. Mais j'ai beau avoir accouché de ce bilan dans la douleur et l'hésitation la plus totale, je n'en garde pas moins un souvenir ému de toutes les brebis égarées sur le bas-côté de la route. Au bout du chemin, 2011 et un top placé davantage sous le signe du garage que sous celui du porte-vélo.

Top albums

01. Ty Segall - Melted (Goner)
02. Archie Bronson Outfit - Coconut (Warp)
03. Tame Impala - Innerspeaker (Modular)

Top morceaux

01. Wavves - Post Acid 

02. Summer Camp - Jake Ryan 

Un concert

01. Scout Niblett au Point Ephémère, le 7 juin 2010

Une révélation

Yussuf Jerusalem

Un espoir

Cielo Drive

Un disque honni

The Dead Weather - Sea of Cowards (Third Man Records)

Un plaisir coupable

Hole - Nobody's Daughter (Mercury)

Virginie Polanski

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2010... Hein quoi ? Déjà fini ? Demander son best of 2010 à une femme enceinte de 9 mois c'est se heurter à un petit problème. En dehors de sa grossesse (superbe, magnifique, + vingt kilos tout va bien), la femme enceinte primipare (de son premier lardon, je précise pour toi lecteur inculte) n'a pas beaucoup d'autres centres d'intérêts et comment l'en blâmer, je vous le demande. Considérons donc cette tentative de flash back sur une première moitié de 2010 comme une preuve de bonne volonté de la part de votre rédactrice en "période de transition". Et oui, j'écoute Benjamin Biolay et je vous emmerde. Désolée, les hormones.

Top albums

01. These New PuritansHidden (Domino)
02. Sufjan StevensThe Age of ADZ (Asthmatic Kitty)
03. Coma CinemaStoned Alone (Arcade Sound Ltd)

Top morceaux

01. Caribou - Odessa

02. Bot'Ox - Blue Steel

Un concert

Soap & Skin - Festival Les Femmes s'en Mêlent, 24 mars 2010.

Une révélation

That Ghost

Un espoir

Zola Jesus

Un disque honni

Arcade FireThe Suburbs (Merge)

Un plaisir coupable

Benjamin BiolayLa Superbe (Naive)

Nicolas Molina

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2010 aura été pour moi une année introspective. Hein quoi ? Déjà fini ? Demander son best of 2010, sauvé des eaux trente-cinq ans plus tard. La femme n'a pas beaucoup d'autres centres d'intérêts. Considérons donc cette tentative de flash back de musiques psychédéliques que je m'amuserai à identifier et je vous emmerde. Programme composé primipare, ce n'est qu'avec se regard conscient sur le passé que j'ai re-découvert les joies du heavy-metal et de Benjamin Biolay. Un top 2010 finalement hors compétition.

Top albums

01. Jimmy Edgar - XXX (!K7)
02. Ikons - Ikons (Service)
03. This is Head - 0001 (Enkelt)

Top morceaux

01. Tristesse Contemporaine - 51 ways to Leave Your lover 

02. Ikons - Slow Light

Un concert

01. Sunn o))) - confort moderne (poitiers), 01 octobre 2010.

Une révélation

Frank just Frank

Un espoir

Ex-aequo : Martial CanterelTristesse Contemporaine

Un disque honni

La chatte - Bastet (Tsunami addiction)

Un plaisir coupable

La réédition du double cheeseburger.


Jeans Wilder : Chronique, interview & mixtape

frontback-cover-jeans-wilder-nice-trashC'était au début de l'année. Presque un an donc que par l'intermédiaire d'Atelier Ciseaux (lire), j'ensoleillai mes esgourdes d'un reggae lo-fi sans âge : Tough Guys ou l'avant-goût presque trop parfait des chaleurs estivales, ébauché par un type que j'imaginais être le plus cool de la côte ouest américaine. Sans être complètement dans les choux - le bonhomme participant alors à un split vinyle avec l'invétérée slackeuse Bethany Cosentino et son groupe Best Coast (lire) et ce, après avoir partagé son appartement et son amitié avec Nathan Williams, trublion de l'électricité biturée (lire) - certains artistes déjouent chaque pronostic jusqu'aux moindres clichés, prenant à contre-pied l'air du temps et sa dose extensive de conformisme ambiant. Car Andrew Caddick - ou Jeans Wilder selon son état civil musical - en plus de dispenser un son à l'authenticité exacerbée, se trouve être une personne atypique, à rebours de l'idéologie de l'omniscience, favorisée par internet et la profusion de démo, face B et autres ébauches reprises en cœur par l'internationale blogueuse. Non, Andrew, à l'image de sa musique et de ses influences composites, est une personne rare, presque inestimable. Mais il faut lui consacrer du temps. Car si l'on considère les flots ininterrompus qui balayent nos plages hi-fi, la recherche de l'étrange nouveauté devient compulsive, sans lendemain, en un mot épileptique. D'un côté l'omniscience diarrhéique, de l'autre la frénésie amnésique. Bien mal barré que l'on est, au cœur de la nuit, meurtri par cette ineffable perte de sens d'une sémantique musicale jusqu'alors si poignante. Au tamis du temps, à celui des jours et non plus à celui des années, que reste-t-il d'une chillwave photocopiée jusqu'à la lie ? Que reste-t-il d'un post-shoegaze décalqué à l'infini ? Quelques bribes de morceaux compilés, pas grand chose, un trouble rêve dans un écrin de fumée opiacée. Peu d'albums surtout. Et encore moins de bons albums, se contentant d'aller au-delà des formules éculées, osant l'intimité au dépend de la grégarité. Co-réalisé par Atelier Ciseaux et La Station Radar, Nice Trash de Jeans Wilder, à paraître le 8 décembre prochain, s'inscrit dans cette veine verte et violacée du dépouillement de soi, de la mise à nue d'une fragilité émotive, lovée jusqu'aux confins du moindre arrangement. Quand d'autres empilent en continu les essais non transformés, Andrew amplifie le soin du détail, n'hésitant pas à consacrer deux années de sa vie dans le fignolage obsessionnel d'un disque à la splendeur spectrale et habitée, où la complainte amoureuse se pare d'un grain doucereusement passéiste, tel un regard mélancolique tacheté de poussière mordorée. Tout en restant éminemment contemporain - comment ne pas déceler le voile shoegaze de Blonde Beach ? L'ambient hantée de Blanket Mountain ? La chillwave percluse de beats vaporeux d'Internationals Water ? - Jeans Wilder fait montre d'un attrait sans fard pour les ballades au flegme romantique en plein cœur des sixties : In my Dreams et Sparkler d'abord, aux charmes délicieusement surannés, le mirifique et conclusif Light Sleeper ensuite, où un arpège de guitare chancelant se joue des métronomes, magnifiant la poésie lunaire d'un Andrew à la voix nimbée d'échos. Singulier et fascinant, un tel épanchement dévoilé vire au chef d'œuvre minimaliste avec Be my Shade, introduisant Nice Trash d'un sample à la sinusoïde transpercée d'atermoiements fantomatiques, que l'on jure susurrés dans l'ombre. Don't Wanna Live Forever aurait pu constituer la seule faute de goût de l'album, de par son rythme et ses claviers à la ringardise assumée, s'il ne basculait pas subitement vers l'un de ses moments les plus touchants, où l'infini désespoir s'arrachant des tripes émerge d'une brume électrique crépitante. Une gageure.

C'est bien peu de dire qu'il est malaisé de rester insensible aux volutes sentimentales de Nice Trash, aimanté que l'on est par la sincérité prodiguée par son auteur. Un Andrew Caddick que l'on s'est permis de contacter pour une entrevue à l'image et à la hauteur de l'homme, décontractée et sans fioriture. Le bonhomme s'est même fendu à votre intention d'une mixtape de toute beauté - à écouter et télécharger ci-dessous.

Nice Trash est en pré-order du 3 au 8 décembre par . Retrouvez par ici, l'interview de Fleur et Jérome de La Station Radar, et par , celle de Rémi de l'Atelier Ciseaux.

Audio

Jeans Wilder - Blonde Beach

Entrevue avec Andrew Caddick

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut... Je suis Andrew, les gens me connaissent en tant que Jeans Wilder. J'adore me défoncer en regardant Seinfeld. Parfois, je fais de la musique. Ha !  

Si tu devais définir ta personnalité en trois mots, quels seraient-ils ?

Honnête, charmant et paresseux.  

Peux-tu m'expliquer pourquoi "Jeans Wilder" et pas "Andrew Caddick and Melissa Duenas" ? Parle moi de ce nom... qui est Jeans Wilder ?

Et bien, Melissa était juste batteuse sur les concerts pendant deux mois et n'a joué sur aucun des enregistrements... Je n'ai jamais aimé jouer sous mon propre nom, c'est pour ça que j'utilise un pseudonyme. Jeans Wilder est juste un jeu de mots sur Gene Wilder, l'acteur... Ce jeu de mots battait tous les autres noms que j'avais en tête...

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Comment est venu l'idée de créer Jeans Wilder ?

J'ai accumulé beaucoup d'énergies négatives à force de  travailler à fond dans un job stressant... Je me suis alors investi dans Jeans Wilder uniquement pour me décharger de mes frustrations avec le monde extérieur... et pour ne pas finir par me tuer.  

Parle-moi du processus créatif, qui fait quoi ?

J'écris, joue, enregistre et produit tous. Sauf les samples que je peux utiliser. 

Quelles influences introduis-tu dans les chansons de Jeans Wilder ?

Au départ, le groupe était très "Jana Hunteresquement" sombre, un peu folk sur les bords. Maintenant, c'est plus du doowop rencontrant les Beach Boys... Une juste progression naturelle non ?

Comment définirais-tu ta musique si c'était George W.Bush qui te le demandait ? Et si c'était Mick Jagger, même réponse ?

Je leur dirais juste que c'est de la musique pour taper de la cocaïne. Ils adoreraient ça.

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Si tu étais contraint à l'exil sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu ?

Smiley Smile des Beach Boys, Jane Doe de Converge, Philosophy of the World de The Shaggs, Nigga Please d''Ol' Dirty Bastard et Speaking in Tongues des Talking Heads.

Parlons de Nice Trash... Je le trouve très réussi. Il dégage une certaine atmosphère, mélancolico-romantique. Qu'en dis-tu ?

Je l'aime beaucoup. Je suis fier du résultat. Son écriture et son enregistrement ont fait partie d'un processus très intense. Un processus qui a pris deux ans. Ça parle de moi tombant amoureux de quelqu'un. Le disque retrace du début jusqu'à la fin de l'histoire. Romantique, mais triste.

Quelles sont tes intentions avec Nice Trash ? Dis-moi en plus sur ce titre ?

Nice Trash était une private joke avec cette fameuse personne... J'étais un loser pour elle, mais un loser cool... Comme si je ne méritais rien, tout en ayant un putain de sens de l'humour à propos de cette contradiction...

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Cet album va sortir via Atelier Ciseaux et la Station Radar. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai commencé à travailler avec la Station Radar par l'intermédiaire de Jen Paul, une incroyable musicienne du New-Jersey, qui m'a invité à faire un split vinyle avec elle (voir par ). Ils ont aimé mes morceaux, depuis notre relation est plus étroite que jamais. J'ai rencontré Rémi d'Atelier Ciseaux, lorsqu'il m'a approché pour faire un 7"... qui a fait boule de neige jusqu'au split vinyle avec Best Coast (lire).  

Est-ce que l'esthétique d'un disque a autant d'importance pour toi que la musique elle-même ?

J'aime penser ça oui... D'un côté, la musique est vraiment la raison pour laquelle tu achètes un disque. Mais le visuel et le packaging a son importance aussi... Je pense qu'ils peuvent te raconter une bonne partie de l'histoire, comme la musique.  

Est-ce que Jeans Wilder est un bon groupe en live ? Quelle est la configuration des concerts ? Quand est-ce que tu viens nous montrer ça en France ?

J'ai fait pas mal de concerts en tournant aux US. C'est toujours un peu "juste" pour moi... jouant des instruments live sur des bouts d'enregistrements... J'ai eu une batteuse pendant quelque temps (Melissa Duenas donc, ndlr), mais je suis en train de monter un vrai groupe pour une tournée en Europe prévue en mars prochain.

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Peux-tu nous en dire plus sur Jacuzzi Youth ? Worthless Waste ? Daytime Television ? As-tu d'autres side-projects ?

Jacuzzi Youth est un projet chopped and screwed que je fais sur mon temps libre... Disons que je pense tout le temps à Jeans Wilder, alors c'est sympa de faire un break de temps en temps, délaisser le projet un moment en me laissant tenter par autre chose.

Worthless Waste et Daytime Television sont des projets de Jonathan Lockhart, qui en a d'ailleurs un autre se nommant Lambo Doors. Je n'ai rien à voir avec ces groupes... et si j'ai quelques side-projects en cours, il est un peu tôt pour en parler.

Qui sont les amis de Jeans Wilder ? Y a-t-il une scène aux US à laquelle tu te sens appartenir ?

Il se trouve que je suis amis avec des gens que je ne nommerai pas... Leur succès n'est un secret pour personne (lire)... Les gens aiment me taquiner avec ça, c'est bizarre... Comme si je n'étais qu'un trou du cul à cause de mon amitié avec quelqu'un. En tout cas, non, je ne me sens proche d'aucune scène en particulier...

Michael de Ghost Animals m'a déjà demandé de lui envoyer des Gauloises blondes. Qu'aimerais-tu recevoir de français dans ta boîte aux lettres ? Pareil ! J'aimerai bien des cigarettes françaises ! Et pourquoi pas un bonbon français ?

Traduction : Virginie Polanski.

Mixtape

"It's just a keep warm while driving around in the cold/feeling nostalgic kind of mix" - Andrew Caddick (download).

01. Night Control - Star 131
02. Real Estate - Suburban Dogs
03. Ducktails - Art Vandelay
04. Deerhunter  - Revival (Jacuzzi Youth Mix)
05. Green Gerry - Cozy Space Mugz
06. Grizzly Bear - He Hit Me
07. His Clancyness - Summer Majestic
08. Soft Healer - Movie Light
09. Dirty Beaches - Coast to Coast

Vidéo


Peter "Sleazy" Christopherson

C'était vendredi dernier, soit il y a une semaine jour pour jour. Comme à l'habitude, je me réveille et navigue tranquillement sur la toile afin de dépecer les actualités turpides du reste du monde. Pourtant, rien ne me préparait à ce que je m'apprêtai à lire dans les colonnes de tous les blogs et réseaux d'informations virtuels à ce moment précis. Alors que la veille, j'enserrais ma belle, m'endormant paisiblement au creux de ses bras, l'artiste anglais Peter Martin Christopherson s'engourdissait seul, sans aucun espoir de réveil. Six ans après son ami, compagnon, amant, John Balance, celui que l'on appelait simplement « Sleazy » jouait sa dernière musique dans le noir, laissant derrière lui un héritage indiscutable dont le legs résulte d'expérimentations menées depuis le milieu des années 70.

tumblr_lcgzd3um3w1qd37ibo1_500Avant de mener la carrière de musicien qu'on lui connaît, Peter Christopherson vivait de son talent de designer et de réalisateur. Il avait d'ailleurs intégré la non moins prestigieuse agence Hipgnosis, se rendant responsable de nombreuses pochettes d'albums, et notamment celle de Pink Floyd. Il fait alors plus tard la rencontre d'un collectif d'artistes performeurs appelé Coum Transmissions. Impressionné par le travail à la fois sauvage et décalé de Christopherson à qui il va donner le surnom de « Sleazy », le crew ne tarde pas à le rallier à son rang. Christopherson se lie immédiatement d'amitié avec un autre membre, Genesis P-Orridge, avec qui il voit en la naissance du punk le moyen de pousser encore plus loin ses expérimentations. Accompagné d'autres membres de Coum Transmissions, le duo met sur pied le groupe le plus agressif et irrévérencieux que l'Angleterre ait jamais connu. Throbbing Gristle choque tout un pays jusqu'ici ancré dans la pop, et marque l'ouverture vers ce que l'on appellera plus tard la musique industrielle. Et si la place de Christopherson n'est pas encore réellement celle d'un musicien, elle sera pour beaucoup dans l'image du groupe. Sleazy manipulant les bandes audio et vidéo, recrachant au public d'immondes atrocités, appuyant les paroles scabreuses et hideuses de Genesis P-Orridge. Si la presse de l'époque fustigea les travaux de Throbbing Gristle, l'apport du groupe à la musique en général est encore palpable aujourd'hui. Cependant, l'histoire nous a appris que l'escalade des excès n'a jamais apporté la stabilité. Las des extravagances et de la pression apposées par Genesis P-Orridge, Throbbing Gristle met fin à sa carrière au printemps 1981.

C'est à cette époque que Peter Christopherson rencontre le musicien et chanteur John Balance. Contacté par son comparse Genesis P-Orridge pour rejoindre les rangs de Psychic TV au côté d'Alex Fergusson, celui-ci accepte à la condition que Balance les accompagne. PTV peut donc être mis sur les rails. Mais encore une fois des mésententes se font rapidement sentir. P-Orridge impose des conditions de travail qui ne correspondent pas aux attentes de Balance et Christopherson, et tire sur lui-même tout le leadership, jusqu'à en devenir complètement mégalo. Fin 1984, les deux comparses préfèrent quitter discrètement le navire.

sleazy4Parallèlement développé par John Balance depuis 1983, Coil prend son envol lorsque Sleazy le rejoint l'année suivante à plein temps.  Les deux artistes à la fois complémentaires et indépendants réinventent au sein de Coil les bases de la musique expérimentale et industrielle. Alors que leur premier opus, Scatology, fait l'apologie de nos maux et préfigure l'enfer vécu par les victimes du sida, How to Destroy Angels se définit comme une référence sexuelle liée aux connexions spirituelles, technologiques et environnementales... Qui dit mieux ? Leur musique ne cessera d'évoluer au fur et mesure des albums prenant des tournants par moment surprenants, sonnant tantôt bruitiste, parfois dark-folk, usant d'instruments barbares et de synthés dysfonctionnels qui les classeront très rapidement comme artistes fondamentaux de la scène industrielle. Certains albums sont à marquer d'une pierre rouge comme les excellents Scatology, Horse Rotorvator, The Angelic Conversation, ou bien encore la très fameuse bande originale d'Hellraiser. Coil aura une influence prédominante sur un nombre incalculable de musiciens, dont Nine Inch Nails, pour lequel ils effectueront plusieurs remixes. Le décès de John Balance le 13 novembre 2004 mettra un terme définitif à la carrière très prolifique du groupe qui compte aujourd'hui plus d'une quarantaine d'albums.

Durant cette très féconde période, Peter Christopherson exercera à plusieurs reprises ses talents de cinéastes, réalisant de nombreux clips pour des artistes comme Ministry, Front 242, Rage Against the Machine, Erasure et bien sûr NIN. Fin 2004, il participe à la réunion de Throbbing Gristle, et lance en 2005 un nouveau projet intitulé The Threshold HouseBoys Choir. On peut discerner à travers ce projet solo de Mr Sleazy l'envie de pousser plus loin une aventure commencée avec Coil près de vingt ans auparavant. Mais c'est avec un sentiment de frustration que nous devons dire adieu à ce génie de l'avant-garde, le sentiment amer de perdre un artiste au talent immense qui n'en avait pas fini de nous livrer tous ses secrets. Et on l'imagine aujourd'hui assez aisément, assis quelque part entre le Paradis et l'Enfer, se délectant de quelques conversations angéliques.


Pop Montreal (29 septembre-3 octobre) par Adrien Durand

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Parfois la vie n'est pas une chienne. La preuve, on m'a proposé fin septembre de m'inviter au Canada pour le festival Pop Montreal avec d'autres professionnels de la musique (américains et européens). Une super aubaine pour voir plein de bons concerts dans un cadre assez fou. Pour avoir été bénévole il y a quelques années pour ce festival, je me rappelais d'un gigantesque bordel, des concerts dans tous les sens, dans tous les styles, des oldies sortis de nulle part côtoyant les hyperies du moment et un public super ouvert et ayant très envie de faire la fête.

Jour 1

Première mission : récupérer mon accréditation, dans un grand bâtiment qui fait un peu maison hantée rénovée. Comme souvent en Amérique du nord les sponsors sont partout et ça ne choque pas grand monde. Pour l'ouverture du festival, l'équipe a prévu une fête au Rialto, un théâtre très beau et baroque converti en salle de concert. Open bar de rigueur et pour entamer les hostilités un groupe local, GOBBLE GOBBLE, sorte de Postal Service plus crado et hippie joué par quatre mecs déguisés avec des pelles à neige. Ça ne casse pas trois pattes à un canard mais il y a un tube plutôt pas mal.

Je me dirige ensuite vers la Sala Rossa, une de mes salles préférées à Montreal. Ambiance sud-américaine garantie, et à l'intérieur une belle salle avec du parquet et un rideau rouge. Le premier groupe qui joue ce soir est Tu Fawning, le side-project de Joe Haege, le chanteur guitariste de 31 Knots et d'un musicien de Meno Mena si je ne m'abuse. Le quatuor mixte (deux filles, deux garçons) vient de sortir un disque chez City Slang. Le résultat est plutôt cool, sorte de mix entre Dirty Projectors, 31 Knots forcément dès que Joe prend la guitare et des influences plus baroques et bancales (les rythmiques tribales, les cuivres). Une bonne découverte. Le groupe très attendu ce soir c'est SUCKERS, nouvelle signature French Kiss (le label de Les Savy Fav). Et là, une première déception. Certes le groupe sait ce qu'il fait et où il va mais peut-être de manière trop calculée. On a l'impression que ces quatre trentenaires jouent leur dernière carte d'indie rockers en amalgamant tout ce qui plaît à Pitchfork aujourd'hui (Vampire Weekend, Wolf Parade et Passion Pit pour faire danser les filles). Il y a de bonnes chansons mais le frontman en fait des caisses, un peu lassant. La pochette de leur album est ceci dit ornée d'un magnifique babouin (cf photo ci-dessous).

popmontreal

On file du coup voir une des curiosités du festival. Mahalai Rai Band, orchestre gypsy roumain qui joue dans une salle des fêtes. Et là, rien à voir. Grosse ambiance. Dix ou douze musiciens sur scène qui envoient la purée klezmer pour un public en furie. Le contraste avec l'indie rock guindé qu'on vient de quitter est frappant, je réalise combien on est mieux ici que dans une salle blindée de hipsters.

Tous les soirs, une salle un peu plus excentrée accueille les "parties pour les couche-tard", traduire, le premier groupe joue à 00h00 et le dernier démarre vers 2h-2h30 du matin. La salle est plutôt chouette, sorte de grand warehouse avec déco de néons plutôt réussie. Et là première constatation : ça pue. Car l'autre grande passion des nords-américains c'est bien sûr la bouffe et l'arrière salle est dotée d'un stand de tacos assez écoeurant mais qui semble pourtant rendre les festivaliers fous d'amour. Le premier groupe à jouer ce soir est Electric Electric qui entame ici une petite tournée américaine. Pour être très honnête je ne suis pas emballé plus que ça par les trois Français. Ça joue très bien certes, mais l'influence de Battles est trop palpable. Je sens encore une fois que l'exécution est très (trop sage) et leur noise rock dansant manque de personnalité. Malgré tout les gens semblent apprécier et l'accueil est plutôt cool.

Jour 2

p1030007En marge du festival sont organisées de nombreuses conférences et symposium autour de questions assez variées. Je passe à une première consacrée au publishing (vendre des chansons pour, au choix, des films, séries télé ou jeux vidéo). C'est clairement la nouvelle manne pour les musiciens indés ici (comme en France d'ailleurs, mais ici sans aucune sorte de scrupules). Je passe dans la salle de derrière où plusieurs managers discutent de leur travail et de leurs relations avec les artistes qu'ils représentent. La session questions/réponses est plutôt instructive.

On retourne ensuite au Rialto pour le showcase d'un label montréalais très en vue. Arbatus Records est décrit par les gens du festival comme un nouveau Constellation, partageant avec leurs aînés un sens communautaire très développé. Le premier groupe que je vois est Blue Hawaï, duo garçon-fille plutôt cool. Très dans l'air du temps entre électronica concassée, vocalises féminines hauts perchées et ambiance chill. Le duo est encore jeune mais ils tiennent quelque chose d'intrigant et d'efficace avec une vraie présence scénique. Le groupe qui monte ensuite sur scène s'appelle Pop Winds, un peu dans le même esprit, éthéré et planant. Grosse grosse influence Animal Collective parfois un peu trop présente. Mais le trio est doté d'un saxophone branché dans le fameux delay/écho que tu entends dans 99% des groupes actuels ce qui leur donne une petite touche originale, plutôt rafraîchissante.

Sur les conseils de quelqu'un du festival on part dans un bar/mini-club voir un groupe de Philadelphie : Pink Skull. Là, mon attention n'est retenue que quelques secondes. Dance rock pataud et entendu mille fois, sous-!!! et vague référence à Liquid Liquid quand le chanteur joue (mal) des percussions.

Le groupe qui monte ensuite sur scène est managé par un ami (toujours difficile d'être objectif dans ces cas-là). Il s'agit de Bonjay, duo originaire de Toronto. Un homme aux machines, une fille qui chante. Les morceaux sont un beau crosser hétéroclite : dancehall, pop, électro, hip hop mais le tout avec une finesse et une classe assez folle. Un peu comme si Grace Jones chantait chez The Knife ou quelque chose d'approchant. Si on ajoute une belle aisance scénique malgré les conditions de son assez bof et quelques bugs techniques, ça promet de belles choses !

On file ensuite à l'espace pour "les couche-tard" voir un groupe que j'adore et que j'ai vu déjà quelques fois. Holy Fuck, encore des Canadiens, est largement à la hauteur de mes espérances. Batterie énorme (un ancien de chez Enon), basse parfaite, présence folle des énergumènes aux machines, et un public qui danse (oui qui danse). Parfait pour finir la soirée en beauté.

Jour 3

Après m'être acquitté de mes obligations professionnelles (en l'occurrence un business blind date avec des professionnels canadiens et une table ronde sur les festivals, pas mal surréaliste au final), on se dirige vers la grosse soirée mainstream du festival, soit la venue des énormes (là-bas comme ici) XX. Ils se produisent dans une sorte de Palais des Congrès, un peu glauque et froid, en configuration assise. Zola Jesus entame la soirée. Et je dois avouer que je suis conquis assez rapidement. Le côté pop gothique avec des tics métal assumés fonctionne parfaitement. Et la frontwoman assure malgré la taille de la scène et le fait que les gens ne sont pas venus pour elle. Finalement le buzz est assez justifié. Ça me fait penser à une version hi-fi de Kate Bush et avec sa longue crinière elle m'évoque Emmylou Harris (pour qui j'ai un énorme respect).

Le groupe qui suit est 100% féminin. Warpaint, signé chez Rough Trade, semble plus attendu vu les cris du public. Musicalement on navigue entre pop 80's, shoegaze et une pincée de new wave. Un titre se détache vraiment du lot (Elephants) avec sa petite touche Cat Power/Blonde Redhead. Je file à la fin de leur set, The XX n'étant définitivement pas ma tasse de thé.

p10209801Le gros évènement de la soirée (pour moi en tous cas) c'est la venue des Swans de Michael Gira qui viennent de sortir un incroyable disque (l'excellent Joseph Ghosn résume bien la situation ici, tout comme Aki par ). Le concert a lieu au National, un ancien théâtre converti en salle de concert à l'entrée du quartier gay. Le cadre idéal pour voir ce retour tant attendu. Quand le groupe monte sur scène, je repense étrangement tout de suite à la claque que m'avait infligée Grinderman. Mêmes mines patibulaires et surtout un niveau sonore qui frise le terrorisme et rend l'intro du concert vraiment impressionnante. Entre plages instrumentales malsaines, coups de poings percussifs et brûlots noise rock j'assiste à un vrai concert passionnant et habité. Michael Gira tient sa troupe d'une main de fer, comme un chef d'orchestre vaudou et lance des regards noirs au public qui semble pétrifié sur place. Il demande d'éteindre la climatisation dans la salle pour que le public sue... un sacré moment.

Du coup, que voir après... c'est un peu le souci... On retourne à la Sala Rossa pour voir Naomi Shelton and The Gospel Queens. C'est un peu la spécialité du festival d'inviter des artistes hors format, ici en l'occurrence une chanteuse soul des 60's. C'est plutôt chouette, avec un vrai backing band à l'ancienne et des choristes qui font le boulot. Bon ceci dit, après l'étuve des Swans, ça passe moyennement forcément.

On part pour le dernier concert de la soirée avec les très attendus Les Savy Fav. Que dire de plus sur ce groupe qui n'ait déjà été dit ? Les Savy Fav a été pour moi un des meilleurs groupes de sa génération, un bel ovni arty post-punk et qui surtout a bâti sa légende grâce à ses performances scéniques folles et son leader Tim Harrington (voix éraillée, déguisements divers et variés, voyages prolongés dans, sur et sous le public). Le concert de ce soir est aussi fun qu'un concert de rock devrait toujours l'être, le public se jette dans tous les sens et c'est vraiment un bon moment. Ils viennent de sortir un nouveau disque qui comme le précédent donne l'impression d'une version fadasse de ce qu'était le groupe à son apogée, mais en live, toujours une tuerie !

Jour 4

Après toutes ces décibels, une petite soirée indie pop s'impose. On se dirige donc vers la Fédération ukrainienne, belle église où j'avais vu il y a quelques années Patti Smith accompagnée de Silver Mount Zion. Le premier groupe qui joue est pas mal sans plus, Valleys, pop shoegaze encore une fois... mouais... Le groupe suivant m'avait été recommandé par une femme de goût, La Fraîcheur (DJ fraîchement installée à Montreal). C'est donc Braids, groupe mixte vraiment chouette. Très jeunes encore une fois (la vingtaine à peine) ce qui en dit long sur le niveau des groupes locaux. On pense forcément un peu à Dirty Projectors, mais il y a une vraie originalité, des rythmiques vraiment bien fichues, des strates électroniques et des guitares pop, des vocalises à quatre et des vrais gimmicks de songwriting posés sur des structures flottantes. Une belle découverte.

p1030005La tête d'affiche monte ensuite sur scène et je suis très heureux car c'est XIU XIU, un groupe que j'adore. Les deux acolytes installent tranquillement leur matériel.  Un clavier, une guitare, et surtout deux kits de percussions avec des gongs qui retentiront violemment durant le set. Le groupe revisite ses classiques et son dernier album Dear God I Hate Myself, versant parfois dans des sonorités 8-bits (un morceau est même entamé à l'aide d'une Game Boy). Le duo conjugue classe, émotion et une intensité assez folle. Je suis soufflé.

On part ensuite au Belmont, boîte de nuit typiquement nord-américaine, sans charme aucun. On arrive à temps pour voir Mount Kimbie que j'avais très envie de voir. Mon ami Guillaume (de l'excellent blog masalacism) résume bien la situation : "J'en ai marre de ce son UK garage dubstep". C'est un peu dur car le groupe s'ouvre sur pas mal de spectres musicaux mais bon, très honnêtement, la sauce live ne prend pas. Ils annoncent que c'est le dernier concert de leur tournée nord-américaine, ils sont peut-être un peu fatigués. On leur donnera une autre chance une prochaine fois.

On monte au 1er étage du building adjacent et l'ambiance est beaucoup plus chaude. Le Lambi, ancien club échangiste tenu par une famille haïtienne, accueille toutes sortes de shows. Ce soir, le groupe qui joue m'est inconnu mais c'est encore une fois une bonne découverte. Le Budos Band vient de NYC et se compose de gros barbus échappés du fan club de Tolkien, sauf que surprise nos métalleux jouent un afro beat riche en infra basses. J'ai l'impression de voir Black Sabbath qui reprend les Ethiopiques, et comme ce sont deux choses que j'apprécie beaucoup, je m'y retrouve complètement. Cuivres chauds comme la braise, grosse section rythmique et guitares bien tricky, le tout rehaussé d'une attitude scénique rock'n roll motherfucker. Un très bon moment.

On repart vers notre QG habituel de fin de soirée pour voir Deerhoof. Ils sont en pleine phase de finalisation de leur nouvel album et même si le son n'est pas top je suis très content d'entendre quelques nouvelles pièces. On sent que le nouveau disque sera plus pop dans les mélodies mais toujours avec ces structures tortueuses et cette batterie folle qui ont fait leur légende. Greg Saunier prend le micro et s'essaie au français, ce qui désarçonne le public à 80% anglophone. Mais c'est bien tenté. En tous cas ce groupe reste un modèle d'évolution et de renouvellement et dégage un tel plaisir de jouer sur scène que ça ne peut être que contagieux pour le public !

Jour 5

Bonne idée de finir sur un dimanche en mode relax. L'après-midi on se rend au Pick Up, diner végétarien repris par une des membres des Lesbians on Ecstasy. Blue Hawai fait un petit showcase dans l'arrière-cour. Très plaisant même si tout le monde (musiciens y compris) est en mode gueule de bois/junk food.

En tout début de soirée, on se rend à la projection du film de Vincent Moon sur Mogwai, intitulé Burning (lire). Très honnêtement j'ai un peu lâché Mogwai depuis Rock Action mais le film est vraiment beau et bien foutu, rendant véritablement hommage à ce que peut être le groupe sur scène. En noir et blanc, sans longueur, le film décrit un concert du groupe à New-York et joue à fond la carte du climax avec un final assez époustouflant. Un bel exercice.

En fin de soirée on repart à l'espace couche-tard pour la fête de clôture. Pour bien boucler la boucle c'est GOBBLE GOBBLE qui monte sur scène. L'effervescence de la semaine qui se termine aidant, la sauce prend beaucoup mieux et le dancefloor s'agite dans tous les sens. Le groupe qui monte sur scène ensuite (et dont j'ai oublié le nom) est un duo féminin, assez raté, sorte de mix entre La Roux et The Cure...

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Mais tout ça est rapidement balayé par ce qu'on pourrait appeler la cerise sur le gâteau : Big Freedia. Là je prie pour qu'Hartzine inclue une vidéo car c'est compliqué à décrire par les mots (prière exaucée). Mais en gros Big Freedia, autoproclamé(e) Queen diva du Bounce (et figure culte de la scène queer hip hop club aux USA), vient de la Nouvelle-Orléans et pratique une musique dont le but avoué est surtout de faire grinder tes fesses. Un DJ et une danseuse qui passe en deux secondes de secrétaire de direction à strippeuse enflammée et surtout Big Freedia en personne, qui harangue la foule et secoue ses fesses comme si sa vie en dépendait. Assez vite les danseurs montent sur scène et mettent à profit les leçons de l'après-midi (Big Freedia a donné une "master class" de secouage de booty un peu plus tôt). C'est à la fois extrêmement drôle et extrêmement vulgaire mais c'est surtout très fun et une bonne façon de finir ce marathon pas comme les autres.

Merci à Pop Montreal, Mélanie Turner, Patricia Boushel et Dan Seligman et Guillaume et Perrine pour m'avoir suivi dans ces folles nuits !

N'étant ni chroniqueur ni photographe, j'ai plutôt inclus deux/trois photos d'ambiance. Le très bon blog Brooklyn Vegan recense les concerts que j'ai ratés avec des belles photos !

Adrien Durand

A retrouver sur le blog de nos amis de Kongfuzi.

Vidéo


Chronique & Interview : Blank Dogs - Land And Fixed

blank-dogs-1Difficile d'avoir fait partie des DC Snipers, puis se faire appeler Mike Sniper tout en s'exposant à visage découvert. Avancer masqué, le maître mot pour viser juste. Et en rafale. C'est ainsi que depuis presque quatre ans l'inusable New-Yorkais conjugue activisme do it yourself et stakhanovisme artistique, empilant sans ciller les jalons de fondateur émérite de la structure Captured Tracks, au catalogue de sorties irréprochable, en plus de ceux liés à son projet Blank Dogs, déjà responsable d'une discographie pléthorique dénombrant pas moins de trois albums, On Two Sides (Sacred Bones, 2008), Under and Under (In the Red Records, 2009) et, depuis le 12 octobre dernier, Land and Fixed, en sus d'une pluie de maxis sortis sur différents labels, dont les récents Seconds et Phrases parus respectivement en 2009 et 2010 sur Captured Tracks. Par commodité, on passe ici sous silence les nombreuses collaborations du jeune homme au sein de groupes plus ou moins durables et formels - dont Roman Soldiers (Warmer, Sacred Bones, 2009) avec Gary War, increvable baroudeur cold-pop, ou encore The Mayfair Set (Young One, Woodist, 2009) avec Kristin Gundred des Dum Dum Girls d'I Will Be (Sub Pop, 2010) - mais une chose est sûre : Mike Sniper n'est pas prêt de se reposer sur les lauriers fraichement glanés auprès de la critique et de ses pairs. Tel un symbole d'une imperturbable effervescence musicale, radicale et indépendante, jouant tout à la fois sur les vieux formats (cassette et vinyles en tête) et les nouveaux modes de transmission instantanée de la musique en ligne (téléchargement, blogosphère), il réincarne à brûle-pourpoint, par ses velléités cold-wave, l'ensemble des fantômes post-punk dissipés à l'orée des années quatre-vingt-dix. Ses deux premiers albums, perclus de voix caverneuses et de saturations corrodées, ont réouvert la boîte de Pandore là où les psalmodies cafardeuses de The Cure et Joy Division l'avaient fermé au tout début des années quatre-vingt : en plein effroi, taillé dans un son brut, presque industriel. Entre hommage passéiste et relecture numérique il n'y a qu'un pas que Blank Dogs s'empresse d'emboîter sans même se justifier, l'addiction auditive provoquée chez l'auditeur averti par On Two Sides et Under and Under renâclant elle-même son propre lot de réponses évasives. C'est d'ailleurs ce mimétisme sur les entournures, robustement chevillé à une singulière efficacité mélodique, que l'on retrouve sous une autre expression avec Land and Fixed, album aux sonorités synth-pop plus évidentes et à la production moins effrontément lo-fi. L'algarade ne s'apparente plus seulement à une forêt de distorsions viciées et hantées, s'accaparant désormais l'apparence d'un nouveau manifeste new-wave transpercé de part en part de claviers, oscillant entre lignes accrocheuses et nappes atmosphériques, de guitares à la parcimonie salutaire et de vocalises à la gravité assumée. Moins figé, peut-être plus enjoué, Land and Fixed égraine une vision plus contrastée d'un univers musical révulsé d'angoisses, esquissant par le biais du microsillon son ordonnancement cardinal, entre hymnes synthétiques rondement exécutés (Goes By, Northern Islands, Insides), habiles constructions cold-pop (Blurred Tonight, Another Languages), indolentes déflagrations à l'électricité roborative (All Around, Through the Wall) et fragile complainte touchante de sincérité (Treelines).

C'est donc animé d'une impatience non dissimulée, que l'on vous invite à découvrir le 27 octobre prochain Blank Dogs au Point Éphémère avec en première partie Frank (Just Frank), groupe franco-anglais. Et si trois places sont offertes, en partenariat avec Summery Agency et le Point Éphémère, aux plus chanceux d'entre vous en cliquant par ici, l'alter-show qui se tiendra dès 23h au Motel, en compagnie de Mike Sniper et New is the New Old, est lui ouvert à tous. Avant cela, rencontre avec un homme clair, net et concis.

Interview

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Y'a-t-il un son Blank Dogs ? Comment le définirais-tu ?

Je suis sûr qu'il en existe un... mais il est très difficile de m'extraire du projet pour le nommer ou le définir.

L'esthétique du groupe est très sombre... Correspond-elle à ta personnalité ? Ou est-ce une façon de faire correspondre esthétique et musique ?

Je ne pense pas que ce soit conscient, c'est juste comme ça : ce n'est pas fait exprès. Je ne pense pas être une personne particulièrement sombre... mais j'exprime juste de cette manière une façon personnelle de voir les choses.

Quels sont les chansons que tu aurais rêvé de composer et qui pourraient nous éclairer sur ta manière de concevoir un titre ?

Oh, wow. Et bien, il y a tellement de réponses à cette question. Je dirais que Calling de Chrisma est vraiment une grande chanson, 25 O'Clock de Dukes of Stratosphear, Ouch Monkeys de Teardrop Explodes... Ce sont des petites chansons extraordinaires. Puis il y a des grands morceaux comme Cattle and Cane de Go Betweens, magnifique et mélancolique.

Qu'est ce qui me ferait choisir Land and Fixed comme album de l'année plutôt que Gemini de Wild Nothing ou celui éponyme de Beach Fossils ?

Je pense que ce serait à toi de le dire ! Je ne pourrais sincèrement te dire pourquoi...

En quoi est-il différent de tes précédents disques, On Two Sides et Under and Under ?

Je dirais qu'il est plus expansif, clair et concret.

Lis-tu d'ailleurs les critiques musicale de tes albums ?

Je le faisais avant. Je ne vois pas à quoi ça sert maintenant.

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De quels groupes de la scène new-yorkaise te sens-tu en ce moment le plus proche musicalement parlant ? Cold Cave ou The Pains of Being Pure at Heart peut être ?

Peut-être Crystal Stilts, mais j'aime ceux que tu as mentionnés aussi. Woods aussi, même si leur vision est toute autre, l'approche est similaire.

Avec qui tu partages ce même amour pour la synth-pop des années quatre-vingt ?

Avec Xeno & Oaklander, Led Er Est, les groupes sur Wierd qui sont encore plus synthy que moi.

Si tu est condamné à rester toute ta vie sur une île déserte... quels disques emporterais-tu dans ton malheur ?

Quoi que je prenne, je m'en lasserais assez vite, tu ne crois pas ? Peut-être quelque chose composé d'ambiances assez variées, comme le White Album par exemple, pas nécessairement un de mes préférés. Je pense que j'aurais de plus grandes préoccupations que les disques là-bas...

Blank Dogs est loin d'être ton unique préoccupation musicale. D'autres projets musicaux ou collaborations à déclarer récemment ?

Toujours, beaucoup trop pour en dresser une liste... et de toute façon, j'ai peur que ces projets ne se réalisent pas ou arrêtent brusquement d'exister si j'en parle, alors je me retiens !

Toutes tes sorties se font pratiquement via des labels différents et non des moindres, quel rapport entretiens-tu avec eux ?

Très bons en général. Certains de ces labels sont dirigés par de réels amis en dehors du domaine musical comme Woodsist, In The Red et Sacred Bones.

blank-dogs-51Quelle fut ta motivation première quand tu as créé Captured Tracks ?

Sans aucun doute de sortir de la bonne musique et de laisser une trace.

Cosmetics, Craft Spells... Y'a-t-il une marque de fabrique Captured Tracks ? Comment choisis-tu les groupes signés ?

Il n'y a aucune image de marque Captured Tracks... autre que la qualité.

A ce propos peux-tu nous en dire plus sur tes futurs projets avec ?

Juste un album, mais il n'est pas encore terminé.

Tu es en ce moment en train de tourner en Europe pour présenter ton dernier album : qu'attends-tu de ces différents concerts et comment conçois-tu de manière générale ton rapport à la scène ?

Je n'ai pas d'attentes particulières et jouer est parfois bénéfique, parfois une corvée. Je pense que la plupart des gens te diraient la même chose.

Blank Dogs est-il initialement créé pour sortir des disques ou te produire sur scène ?

Cela a commencé comme tout expérience, juste pour écrire des chansons et les enregistrer simplement. Je suppose que le projet a progressivement évolué en quelque chose de plus sophistiqué.

Qu'écoutes-tu venant de France ?

J'ai toujours écouté beaucoup de trucs français. Heldon, Kas Product, les premiers Michel Polnareff... Je trouve qu'il y a eu plein de bonnes choses en France.

Audio

Blank Dogs - Blurred Tonight

Blank Dogs - Another Languages

Tracklist

Blank Dogs - Land And Fixed (Captured Tracks, 2010)

01. Goes By
02. Collides
03. Longlights
04. Northern Islands
05. Insides
06. Blurred Tonight
07. Another Languages
08. Elevens
09. Out The Door
10. All Around
11. Through The Wall
12. Treelines

Mixtape

Mix (Fact 128)

1. Chrisma - Calling
2. Klinik - Face To Face
3. Astaron - Falling Apart
4. The Plugz - A Gain, A Loss
5. Rheingold - Graffitis
6. Cosmetics - Honey Honey
7. Jackpots - Jack In The Box
8. The Apartments - Mr. Somewhere
9. U.V. Pop - No Songs Tomorrow
10. Happy Refugees - Screaming And Shouting
11. Jo Squillo - Skizzo Skizzo
12. Cindytalk - A Song Of Changes
13. Jeff & Jane Hudson - Fat Of The Land

Une autre mixtape concoctée par Mike Sniper est disponible sur Platform en cliquant par ici.
Blank Dogs sera en concert le 27 octobre à Paris (Point Éphémère), le 28 à Nantes (Le Floride) et le 29 à Bordeaux (Saint Ex).


Ghost Animal : Chronique & Mixtape

ga1Michael Avyshai et Marisa Rowland, s'époumonant au sein d'un Ghost Animal écumant de rage et de bruits, raniment d'un coup d'un seul, le temps d'un premier LP rondement dégoisé, fantômes et légendes interlopes, en plus d'une inaltérable bestialité distordue, au parfum sauvagement lo-fi. Summertime In Heaven, disponible gracieusement en téléchargement sur le label-blog Summertime in Hell, et en cassette grâce aux trop fameuses Orchid Tapes, ne fait d'ailleurs qu'enfoncer les rares clous restant après l'inoxydable EP In Your Room, paru via l'extravagant label Amdiscs récemment chroniqué par ici. Et quand d'autres prennent la tangente vers le zénith et quelques radio edit châtiés (Wavves, No Age...), le duo californien trace sa route, avec obstination, sur les chemins d'une pop minimale, irradiée de saturations et de réverbs, souillée toute à la fois, d'alcool, de sueur et de larmes. Ferraillant sans égaux dans un capharnaüm de cymbales crash et de décibels corrodées, les Ghost Animal ne s'embarrassent d'aucun détour pour tutoyer sans ciller une histoire garage longue de plusieurs bras et de quelques décennies, d'insidieuses mélodies viciées ardemment chevillées au corps. Ne renâclant jamais à s'immiscer dans d'intenses tourbillons d'électricité, ces décalcomanies harmonieuses se trouvent désossées, le plus souvent jusqu'à leur substantifique moelle : l'efficacité, maniaque et savoureusement branque, de morceaux au rythme cardiaque émotionnellement débridé. En témoigne les quelques extraits suivants (California Sumer Pt.1, Summertime In Heaven, Vanity Affair, Out Of Reach et In Your Rooms).

Et si l'on sent la vie cogner vertement les tempes d'un animal si puissamment élancé sur l'asphalte poussiéreux d'une Amérique décidément fascinante, il n'y eu aucune barrière, aucun frein pour lier contact avec Michael, bavarder et s'enquérir d'une mixtape fraternellement réalisé par l'intéressé, amusé d'une expression maladroitement retranscrite. Heart Knocks est né ainsi, avec la volonté de rassembler, bout à bout, les amitiés glanées ici et là, et gravées depuis sur bandes, entre morceaux issus de compilations ou de collaborations, label influent et autoproduction. Une équation à multiples inconnues perlant l'horizon de luminescentes découvertes. Et comme si cela ne suffisait pas, Michael a griffonné ces notes de pochette, rien que pour nous, pour vous. On lui en saurait grès. Indéfiniment.

Mixtape

heart-knocks
HEART KNOCKS (Download)
coups de cœur
a mixtape of friends
comments by Michael

1. Bathurst - Foxes in Fiction (extrait de la compilation du mois d’août de Beko)

Pop étincelante et sautillante qui n’est pas sans rappeler la beauté d’un jeune « Deerhunter de la campagne » en plus shoegaze et centré sur l’amour plutôt que sur l’ennui des villes sans âme.

Gorgeous shimmering pop recalling the beauty of shoegazier Deerhunter but young and in the country and falling in love instead of aging jaded in a heartless city.

2. Living Alone - Herzog (extrait de Search, Transparent)

Herzog nous offre un son « nineties » des plus accrocheurs… C’est typiquement le genre de musique qui me fait regretter le rock pur mené par des guitares.
Herzog makes some of the catchiest 90s-esque guitar-driven rock n roll around. Makes me really miss pure rock n roll.

3. Artichoke - Pandit (extrait de Pandit, Lefse)

Lance Smith (aka Pandit) est un des musiciens les plus talentueux que je connaisse, en qualité de compositeur, de producteur et même d'ingénieur du son puisqu'il a masterisé bon nombre de titres de Ghost Animal. Artichoke nous offre le rêve et l’ivresse tels une danse au lever du jour dans un brouillard lumineux.

Lance Smith (aka Pandit) is one of the most talented musicians I know, in terms of his songwriting, his production, and his engineering (he's mastered a handful of Ghost Animal tracks). "Artichoke" is both dreamy and thumping like dancing through the sunrise of a golden haze.

4. Dialogue - Skeletal System (extrait de Skeletal System EP, autoproduction)

J’ai eu la chance de jouer avec Skeletal System et de rôder avec eux quelques fois à San Francisco. Ils sont phénoménaux en concert. Je les compare à Joy Division en shoegaze. Une pop incroyablement sombre et triste qui ne laisse pas indifférent.

I've been lucky enough to play a show with Skeletal System and hang out with them a few times when we've been in San Francisco. They are phenomenal live. Like a shoegazey Joy Division. Incredible dark, gloomy pop to fall in or out of love to.

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5. Lawn Knives - Gobble Gobble (extrait de Secret 7", Royal Flying Rhino)

Il est difficile de qualifier le glitch-glam de Gobble Gobble provenant à la fois d’Edmonton et de San Francisco. Je les ai vus 3 fois en une semaine et j’ai halluciné. Ils ont fait une house party à LA et les gens ont littéralement surfé sur le public qui n'a cessé de les rappeler.

It's hard to find words for the glitch-glam of Edmonton/San Francisco's Gobble Gobble. I saw them three times in one week and hallucinated. They played a house party in LA and people were actually crowd surfing. And demanded an encore.

6. Pure - Blackbird Blackbird (extrait de Let's Move On Together EP, autoproduction)

Le maître de la chillwave, Mikey aka Blackbird Blackbird, est en train d’exploser en ce moment même. Je me souviens de soirées passées à consommer des gin tonic et des délicieux sandwiches à la dinde et au fromage. Nous étions ensemble lorsque Captured Tracks a officiellement annoncé Craft Spells comme nouvelle signature. C'était fun. Nous avons aussi un projet commun secret witch house, mais ne le dis à personne !

The master of chillwave, Mikey aka Blackbird Blackbird is blowing up huge right now. But in my heart we'll always have gin and tonics and delicious toasted cheese turkey sandwiches in the depths of drunken evenings. He was with me when Captured Tracks officially announced Craft Spells as their newest signee. That was fun. We have a secret witchhouse project together too but don't tell anyone.

7. Business as Usual - Coma Cinema (extrait de Blue Suicide, Fork & Spoon / Wonder Beard / Summer Time in Hell)

Je pourrais longtemps épiloguer sur Coma Cinema (je l’ai déjà fait d’ailleurs), mais je résumerais mes idées en une seule phrase : Mat Cothran est un génie et le meilleur songwriter que je connaisse.

I could say a lot about Coma Cinema (and have), but I'll leave it at this: Mat Cothran is a genius and the best songwriter I know.

8. Mr. Mail - Reign State (extrait de Neko Neko EP, autoproduction)

Amis d’un ami de Brooklyn. J’ai fait la fête avec Taja, la bassiste, à l’occasion du dernier nouvel-an et nous nous sommes bien marrés. Elle m’a envoyé son EP et il m’a soufflé. Il comprend les meilleures et les plus originales chansons que j'ai entendues depuis des lustres. ATTENTION CHERS LABELS INDIE : SIGNEZ CES GARS CAR ILS VONT DEVENIR ÉNORMES !

Friends of a friend from Brooklyn. Partied with Taja, the bassist, last New Years and we had a blast. She sent me their EP and it blew me away. Some of the best and most original songs I've heard in ages. ATTENTION INDIE LABELS: PICK THESE GUYS UP NOW. THEY ARE GOING TO BLOW UP HUGE.

9. Violet - Kiss Kiss Fantastic (extrait de The Red / Blue Shift EP, Summer Time in Hell)

Kiss Kiss Fantastic a été le premier projet que j’ai entendu de notre collectif éclectique et passionné de groupes/amis. Rachel a trouvé notre myspace et a laissé son commentaire habituel constitué de « x » et de « o », j’ai jeté un coup d’œil à sa page et j'ai été bouleversé par « Violet ». Je pense que j’ai répondu quelque chose comme «  J'adore Violet ! Un morceau avec le drumbeat de ‘Be My Baby’ est synonyme de perfection pour moi !" Ensuite, Rachel et moi sommes allés manger à In 'N Out et avons inventé les termes « Ghost Animal Style Fries » et avons écrit une chanson ensemble un jour d’été paisible et ennuyeux.

Kiss Kiss Fantastic was the very first band in our loose but loving collective of bands/friends that I heard. Rachel found our myspace and left her trademark "x"s and "o"s and I checked out "Violet" and was blown away. I think I said something like, "Love Violet! Anything with that 'Be My Baby' drumbeat on it is fine by me!" And then Rachel and I went to In 'N Out and coined the term "Ghost Animal Style Fries" and also we wrote a song together one boring lazy summer day.

ga210. Gone For the Summer (Part Two) - Teen Daze (extrait de Four More Years, Wonder Beard Tapes)

Je n’ai pas cessé d’écouter ce morceau pendant les tièdes journées d’été. J’ai percé le mystère Teen Daze puis j’ai fait un concert avec Jamison à San Francisco. J’ai traîné à LA, j’ai rencontré Scott Pilgrim et j’ai surnommé son meilleur ami Chill Dave. Nous avons mangé du Chipotle, c’était la première fois pour Jame-o.

Played this one on repeat during tepid summer days in the valley. Cracked the Teen Daze mystery and played a show with Jamison in San Francisco and hung out in LA and saw Scott Pilgrim and nicknamed his best friend Chill Dave. We ate Chipotle and it was Jame-o's first time.

11. Awkward Situations (avec Rachel Levy & Mat Cothran) - Persona La Ave (autoproduction)

Le patronyme de Dylan Dawkins est parfait. Une musique à la fois planante et tangible, pâle et châtoyante, à laquelle il est bon de s’abandonner.

Dylan Dawkins' moniker is perfect: his music is both in flight and grounded, washed out and concrete. Gorgeous to get down to.

12. Cracked China - Faux Fur (extrait de Ghatham Watch Split Tape avec Ghost Animal, Scotch Tapes)

Le génial Jean Sebastian Audet excelle dans le garage rock. C’est un prodige, je le jure. Il sera partout dans quelques années. Oh ! Et on dirait qu'il n’a que quatorze ans.

Boy genius Jean Sebastian Audet makes verbed out garage rock. Kid's a prodigy, I swear. He's going to be everywhere in a few years. Oh and he's only like fourteen.

13. Beaches - Tan Dollar (extrait de Uneven EP, autoproduction)

Tan Dollar met le feu à l’image des débuts du label Slumberland (Black Tambourine, Rocketship) et No Age.

Equal parts early Slumberland (Black Tambourine, Rocketship) and No Age, Tan Dollar tears shit up.

14. Love Well Spent (feat. Emily Reo) - Craft Spells (extrait de Beauty Above All cassette, Sixteen Tambourines ; album prévu sur Captured Tracks en 2011)

Je ne pense pas avoir eu, par la musique, d’ami plus proche que Justin de Craft Spells. C’est un génie de la dance-pop capable de façonner des tubes accrocheurs et inimitables à la New Order à l’instar de You Should Close the Door. Love Well Spent est une des plus belles chansons que j’aie entendue (et on y retrouve une autre amie de FMLY, la superbe et talentueuse Emily Reo !). Justin et Frankie sont définitivement les plus cool mecs du monde et ils me manquent chaque jour. Ils viennent de signer sur Captured Tracks, un des meilleurs labels, indie et autres (nous ne pouvons que les remercier pour les meilleures sorties de 2010, à mon sens : Beach Fossils et Wild Nothing). En somme, j’aime Craft Spells.

I don't think I've made any closer friends through music than Justin, Craft Spells' main squeeze. He's a dance-pop genius capable of jaded two a.m. numbers and inimitably catchy New Order-esque pop tunes like "You Should Close the Door". "Love Well Spent" falls somewhere in between, and it's one of the most beautiful songs I've heard (and, hey, it features another music-FMLY friend, the gorgeously talented Emily Reo!). Justin and Frankie are basically the fucking coolest and I miss them every day. Also they were just signed to Captured Tracks, one of the best labels, indie or otherwise, around (we have them to thank for what I think is 2010's soundtrack: Beach Fossils and Wild Nothing). Anyway, I love Craft Spells.

15. Amandine - Young & Wilder (autoproduction digital single Amandine / It's Wrong)

Groupe à quatre mains dirigé par mon ami Sam. Il est à Reed avec moi. Sa batteuse Caroline vient de terminer ses études. A priori, on dirait les White Stripes mais en concert c’est plus proche de Bruce Springsteen. Ce morceau est incroyablement entraînant et je me surprends souvent à le chanter. Amandine va aussi à l’école avec nous et, oui, son père est une movie star.

Two-piece band fronted by my friend Sam. He goes to Reed with me. His drummer Caroline just graduated. They almost have a White Stripes thing going on, but that's really only on the surface. Live he reminds me of Bruce Springsteen. This song is incredibly catchy and I find myself singing it all the time. Amandine goes to school with us too and, yes, her dad is a movie star.

16. Cool California - Youthbitch (autoproduction)

Youthbitch (les piliers en sont Stevie Pohlman et Nico Hualde, deux de mes amis à Reed) sont les héritiers apparents du punk du nord ouest initié il y a longtemps par the Sonics et poursuivi par The Wipers et The Exploding Hearts. Amusant aussi parce qu'ils sont tous les deux du midwest. Ce sont des bêtes de scène et ils écrivent le meilleur et le plus accrocheur du fuck-you garage punk actuel. Ils mériteraient plus de reconnaissance mais je ne suis pas très inquiet car je sens que cela va arriver assez vite... Cool California est une démo. Stevie me l’a envoyée cet été (les morceaux du groupe se trouvent ) et ça m’a remué les tripes. C’est un morceau que j’aurais voulu écrire.

Youthbitch (mainstays are Stevie Pohlman and Nico Hualde, both friends of mine at Reed) are heirs apparent to the Northwest punk legacy began so long ago by the Sonics and carried on through the Wipers and the Exploding Hearts. Funny too because they're both from the midwest. They are crazy to see live and write some of the catchiest and most fuck-you garage punk around. They should be bigger than they are but I'm not too worried because it's gonna happen, hopefully soon. "Cool California" is a demo Stevie sent me over the summer (full band stuff is here) but it clawed at my heart and sunk in deep. It's one of those songs I wish I'd written.

Texte : Michael & Thibault
Photo : Emeline Ancel Pirouelle
Traduction : Calogero Marotta


On y était - Skinny Puppy

6Skinny Puppy, Paris, La Maroquinerie, le 15 juillet 2010

Aussi loin que je me rappelle, les monstres ne m’ont jamais effrayé. Quoi ?! Vous pensez que je me paye votre tête ? Et bien pas du tout. Tout môme déjà, je m’enfilais des plâtrées de films d’horreur, passant en revue les classiques de la Hammer, les péloches grand-guignolesquesdu non moins chtarbé Hershell Gordon Lewis, puis m’enfilant tous les slashers potaches 80’s (Freddy, Vendredi 13, Maniac Cop…) avec une régularité déconcertante pour un gamin de neuf ans. Cependant, je dois avouer avoir toujours éprouvé une certaine angoisse mêlée d’une fascination morbide face au légendaire cannibale dévoreur de chair infantile.Kevin Ogilvie ne pouvait donc pas trouver meilleur pseudonyme pour aiguiser mon appétit de découvrir ce qu’il se cachait derrière ce ridicule nom de groupe : « chiot maigrelet ».

Près de quinze ans après avoir commencé à me défoncer les tympans à coup d’électro-goth barbare et de schizo-indus tordu, je m’apprêtais enfin à découvrir, en live et en (mort) vivant, Skinny Puppy sur scène.Du pur inédit ! Nos Canadiens n’ayant pas foulé notre beau pays (ouais là j’exagère) depuis des lustres, c’est tout le gratin goth, indus et même métaleux qui s’était rameuté pour cette toute première date d’une tournée européenne déjà annoncée comme dantesque.Et là, je ne vous parle pas du premier cercle. Preuve en fut, la queue infernale devant une Maroquinerie qui n’affichait étonnamment pas sold out, mais exhibait un agglutinement disproportionnel et démentiel. Il fallait s’armer de patience pour pénétrer dans l’antre de la souffrance…

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C’est d’ailleurs à peu près à ce moment que je remarquais que je n’avais pas vraiment respecté le dresscode, plutôt porté sur le corset, bottes trashville et panoplie Demonia pour les madames… Pour les monsieurs, jeans slim noirs, t-shirts à l’effigie de la concurrence : NIN, Front Line Assembly… Rassurez-vous, je resterai digne en évitant une chronique de leur dernier album cela dit en passant. Donc vous pensez bien qu’avec mon t-Shirt vert, mon jean bleu et mes baskets Nike, c’est un peu comme si je débarquais de la Gay Pride pour ces corbacs toujours en mal d’obscurité. Donc après m’être tapé une demi-heure de débat vide de sens sur la pseudo reformation d’ATR (Atari Teenage Riot pour les ignares) tenu par mes voisins de queue, j’entre enfin dans la salle où règne un capharnaüm de tous les diables.

L’installation est tout simplement surréaliste pour la petite salle de la Maroquinerie ; si l’on exclue le backline musical déjà imposant, la scène regorge d’éléments qui serviront à la diffusion de différents visuels, ainsi qu’un étrange caisson au-dessus duquel proémine un large écran LCD. Mais à quoi tout ceci peut-il servir ? Pas trop le temps de se torturer avec ce genre de questions… cEvin Key et un autre mec tout chelou débarquent sur scène. Dans la salle, les ténèbres se sont installées et d’étranges coulures envahissent les écrans alors que les premières notes de Love In Vein se font entendre. Le show peut alors commencer…

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Le public, excité comme une puce, sautille, siffle, applaudit… Cependant, il manque un élément essentiel. La bombe est bien présente, mais toujours dépourvue de détonateur. Celui-ci apparaît en rampant, le visage dissimulé derrière un étrange masque conique, et vêtu d’un costume excentrique alliant camisole et combinaison de latex. La foule exulte alors, devant un Nivek Ogretoujours plus facétieux, mimant un vieillard se déplaçant à l’aide d’un déambulateur. Le morceau culte de Last Rights met d’entrée de jeu jeunes et vieux dans l’ambiance. OhGr captive de par sa gestuelle de pantin de bois et de sa voix rocailleuse, inondé dans un flux d’images distordues, noyé dans un magma de samples convulsifs… Un chien maigrelet certes, mais avec une mâchoire de cerbère.

La suite du spectacle se poursuivant par un mémorable Hatekill et l’indémodable The Addiction corrosif à souhait. Si le groupe laisse de côté pour le moment Mythmaker qu’il est semble-t-il venu défendre, celui-ci s’attarde pourtant à illustrer plus ou moins les thématiques. C’est ainsi que le spectateur est le témoin de la cure de jouvence opérée par Ogre fallacieux et outrancier, qui abandonne peu à peu ses prothèses mécaniques, semblant se repaître de l’énergie que lui procure le public.

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La foule est alors en délire. Comment ne pas l’être devant cet étalage de beats monstrueux, de battements secs et furieux, de nappes râpeuses et nervurées, de spoken-word d’outre-monde…Un assemblage quasi-malsain de machines et de chair qui se font écho et recrachés à l’unisson. Un flux organique âpre se glissant insidieusement dans les tympans et glissant le long de la colonne vertébrale par les voies du système nerveux central. Oubliez votre corps, il n’est que la viande bonne à nourrir la bête.

Nivek Ogre se glisse alors subrepticement dans le caisson préparé à l’occasion, et la machine se remet en route. Un assaut violent frappe de plein fouet la Maroquinerie alors que l’aura du charismatique chanteur enveloppe la scène. Les images d’Ogre filmé depuis le caisson sont retroprojetées en négatif sur l’écran géant prédominant le plateau. Skinny Puppy est à son plus haut, et ne joue pourtant que depuis une quinzaine de minutes… Mon cerveau n’arrive plus à fonctionner, et je reste obnubilé par les images qui défilent devant mes yeux.

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Il suffira d’une fraction de seconde pour me réveiller de ce merveilleux cauchemar. Un malheureux instant pour faire basculer mon état proche de la catalepsie à la déprime la plus profonde. Ce court moment sera celui où le groupe quittera subitement la salle, comme pris d’un excès de nerfs, laissant derrière lui un écran figé et grésillant, ainsi qu’une salle plongée dans l’incompréhension. Cinq minutes plus tard les lumières se rallument, éveillant chez le spectateurla crainte… Dix minutes plus tard, les organisateurs (D-Side) finissent par avouer qu’il s’agit d’une panne électrique indépendante à la salle (mouais, non-compatibilité entre le matos US et frenchie ouais !!!) et que le concert reprendra dans vingt minutes…Trente minutes plus tard, nos courageux orga n’ayant pas les couilles d’annuler le concert, ils préfèrent annoncer le report de celui-ci pour la fin août, prétextant que les billets seront toujours valables… Mouais j’aimerais bien voir ça ! Surtout que depuis, rien n’a été programmé dans ce sens et que le pauvre petit goth lambda venu du fin fond de Conflans-Sainte-Honorine doit être bien embêté à l’heure qu’il est.

C’est donc le moral dans les pompes que j’ai regagné mes pénates, gardant quand même en tête que quinze minutes de Skinny Puppy valent mieux que pas de Skinny Puppy du tout…


On y était - Gonjasufi


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Gonjasufi vs Gaslamp Killer, Festival Colors, Paris, Nouveau Casino, le 12 juillet 2010

Que de réjouissances en perspective en cette soirée caniculaire de juillet ! Je vous parlais de cette incroyable bonhomme il y a de ça quelques mois, une découverte, une vraie, et franchement je n'aurais pas parié un kopeck qu'il débarquerait de son désert du Nevada jusqu'à nous pour un concert. Et bien, j'aurais dû. Si je me réjouis autant ce soir, c'est aussi que ma vie d'ascète enceinte manque quelque peu de psychédélisme mais avec le Sufi illuminé, je suis presque certaine de voyager un peu dans la stratosphère de la spiritualité. Haaaaa. Et bien non.
Mais pour ça, laissez moi re-contextualiser un peu cette soirée sabordée.
J'arrive assez tôt dans la salle, histoire de profiter des canapés de la mezzanine en attendant le phénomène à dreadlocks. Nous sommes lundi soir, vous savez cette journée où vous venez de rempiler pour une semaine avec toute la mauvaise volonté du monde, et comme à peu près tout le monde, je grogne. Surtout quand de bon matin, je m'aperçois que je ne rentre plus dans mon slim, mais c'est un autre problème. Nous sommes donc lundi et même si c'est l'été et que la capitale fourmille de touristes qui veulent se la donner sur les dancefloors, pourquoi, oui pourquoi est-ce que j'ai l'impression que le Nouveau Casino va décoller tellement le volume sonore atteint des sommets ? Pour un warm up qui plus est. Mais bon allez, c'est l'été hein.
Warm up donc, très viril et très long, suivi dans la foulée par le mix de David White, qui fait office de première partie. Une ambiance très hip hop s'installe et je me rends compte que 95% du public est masculin, sur quoi mon mec, dont je loue toujours la sensibilité, me soutient "que ben oui, c'est de la musique de mec". Ah bon ? Moi quand Gonjasufi me murmure "Let's do it babe, let's do it" sur Dust, je trouve que c'est plutôt vachement de la musique de fille. Mais ne lançons pas une polémique qui ne nous mènera à rien ici.
Nous patientons donc, dans la fournaise de la salle pleine à craquer, qui ressemble à une grosse cocotte où la température ne fait que grimper. Ça commence a s'agiter sur la scène, un gus au physique pas très éloigné du héros des pubs Free rejoins David White et commence un speech genre MC sur l'extrême rareté du personnage de Gonjasufi, et sur la chance que nous avons de le découvrir ce soir. Oh yeah, tout le monde est d'accord. Le fameux gus n'est autre que Gaslamp Killer, touche-à-tout super excité qui se poste derrière les platines pour balancer un mix très cut, avec la touche orientalisante qui a fait la marque de fabrique de Gonjasufi. Les basses sont tellement puissantes que j'ai l'impression de friser.

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Et il déboule comme un bulldozer sur scène. Le sourire jusqu'aux oreilles. Le Sufi commence par un rap, pas étonnant puisqu'il vient de ce milieu mais j'avoue que je me demande si c'est vraiment lui tant sa voix est méconnaissable dans ce flow très commun aux rappeurs. Je pousse un premier soupir. Mais tout va très très vite, Killer balance le son de She Gone et la salle se met immédiatement a chanter, ce qui est sympa au début. Le gaillard est visiblement super content d'être là, et de voir une salle remplie rien que pour lui. Mais quand il coupe le son à je ne sais combien de reprises pour entendre le public reprendre ses refrains, ça devient un peu emmerdant, on va pas non plus sortir les briquets... Les titres s'enchaînent sans une pause, sans une respiration et je commence à suffoquer. Certes l'album A Sufi And A Killer est bordélique, plein jusqu'à la coupe, pas toujours très audible mais on peut l'écouter tranquillement. Il y a des silences, des mots susurrés et beaucoup de douceur. Autant de qualités complètement absentes ce soir. Il aurait été fabuleux d'avoir un vrai groupe autour de ce type hors norme, il est bien sur impossible de reproduire tous les sons qui composent ses titres mais une guitare, une batterie auraient vraiment fait la différence. Car tout ce qui rend ce premier album si attachant est effacé sur scène. Le son balancé reste plat, écrasé, et je mets a chaque fois un petit temps à reconnaître des titres que j'écoute pourtant en boucle depuis des mois. Les Ancestors, Kowboyz And Indians sont bien là mais la magie est restée dans le désert. La plus-value du personnage c'est cette voix incroyablement grave, sombre et intemporelle mais on aura du mal à l'entendre ce soir et c'est vraiment un crève-cœur de l'admettre, ce show est un ratage. Sympathique mais raté.
La chaleur, les basses surpuissantes qui faisaient vibrer mes entrailles et le bazar sur scène m'ont d'abord repoussée jusqu'au canapé de la mezzanine. Où je n'étais pas la seule a essayer de reprendre mon souffle dans cette ambiance survoltée. J'ai encore reconnu Dust et Holiday, difficilement audibles, et puis je suis partie. Mon instinct de survie décidé a résister aux déflagrations toujours plus fortes de basses dans mon bassin. Soupir.

Vidéo


On y était - Serena Maneesh

serena-maneesh-11-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Serena Maneesh, Paris, La Maroquinerie, 8 juin 2010

Putain de rue Ménilmontant... J'ai toujours le chic pour passer par des endroits tordus moi ! C'est lessivé par le boulot, fracassé par une séance de kiné qui me laissa tout coton, que je me rendis à La Maroquinerie ce mardi soir. Mon objectif ? M'assurer que les Norvégiens de Serena Maneesh ne me laisseraient pas de glace. En attendant, c'est trempé de sueur que je retrouve Emeline qui m'attendait depuis une demi-heure. La langue pendante, le dos courbé, j'arrache les billets à la guichetière qui ne trouve même pas nos noms, et nous nous enfonçons dans l'antre glacée, ventilée par la Toundra.

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Nos Norvégiens n'avaient pas fait le déplacement tout seuls et avaient pensé à apporter leur Pyjama. Pas beaucoup de distance pour ces derniers, puisqu'il s'agit d'un trio parisien, mais loin d'être soporifique comme son nom pourrait le laisser présumer. Bien au contraire, nos saltimbanques en liquette déclenchent une vague d'hystérie dans la salle grâce à un démarrage noise qui sonne très Tortoise. Virant rapidement dans l'indie cool, nos trois larrons se tirent l'édredon au chant, sans se piquer la couverture l'un à l'autre. D'un morceau à l'autre, on passe du rock mélodique à la grenade noise à s'en faire péter les pressions de la grenouillère.
Seul truc qui me gave, les pauses longues, si longues... La batteuse qui a le chic d'y aller de son petit « Aaaaaaaaah ! On est bien ! ». Ça va, on a compris, mais nous on aimerait juste qu'elle tape un peu plus fort sur ses fûts et qu'elle ferme sa gueule entre les chansons et ce serait vraiment nickel. Reste qu'en attendant, Pyjama n'est pas une histoire de charentaises et que nos trois bonnets de nuit quittent la scène sans nous avoir chanté une berceuse.

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La salle se vide durant le changement de plateau, et ne se remplira qu'aux trois-quarts pour accueillir nos têtes d'affiche. C'est un phénomène qui semble devenir récurrent, à mettre sur le dos de ceux venus applaudir leurs potes ou des programmateurs en recherche d'artistes valables pour leurs festivals d'été... Mystère ! Quoiqu'il en soit, Serena Maneesh s'installe dans le silence avant de débuter dans la brume. Beats électroniques sourds, nappe planante et hypnotique suivie de battements secs mais saccadés sur la batterie, le combo se voile d'une aura de mystère avant de vriller. Les saillies de guitare prenant le dessus, et les deux guitaristes poussent la distorsion à son paroxysme. Et là, on se dit : « Tiens chouette, voilà un concert qui s'annonce plutôt bien ». Comme quoi des fois, il faut apprendre à se taire.
Si Abyss in B minor paraissait un cran en-dessous de l'album éponyme de ces résidents d'Oslo, il semble pourtant que leur dernier bébé soit plus taillé pour la scène. Mais malheureusement, nous auront du mal à nous en faire une idée ce soir-là puisque c'est autour de son ancien répertoire que Serena Maneesh aura construit sa setlist. Un enchaînement de titres en montagne russe qui est loin de donner le vertige. Pourtant, tout n'est pas si mal, l'ensemble se muerait presque en un flot musical organique et heavy qui ne déplairait pas à Giger. Mais bon sang ce que c'est bordélique.

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Emil Nikolaisen, en faux furieux, tente de s'adresser à la foule (mouais !) dans un anglais plus que passable, tandis que derrière lui le morceau suivant enchaîne. Le hic, c'est que celui-ci n'a pas eu le temps de choper sa guitare. Il nous refera bien la blague trois fois quand même. Une utilisation de  vocoder parfaitement inutile, la voix mal dosée, noyée dans le marasme des instruments. On attendait de voir Hilma chanter, ce sera pour une autre fois, celle-ci étant bien trop occupée à pousser le guitariste dans le décor et à lui marcher sur les pieds. Ce dernier, dans un élan de gaucherie, ira d'ailleurs jusqu'à citer son amour pour Dubuffet et la peinture impressionniste française. Oui, moi aussi j'aime beaucoup Munch et j'ai lu Ibsen, mais tout le monde s'en branle donc jouez !
Le scepticisme commence à prendre le pas sur la conviction lorsque le combo se lâche durant dix bonnes minutes qui s'avèreront retorses pour les oreilles. Le groupe se lâche sur un dernier morceau en escalier, ne lésinant pas sur les effets de réverb', faisant vrombir la scène sous le poids des déflagrations lourdes et tranchantes des instruments à cordes. Le batteur martèle ses caisses alors qu'Emil en transe foudroie sa guitare de plus en plus violemment avant de se jeter de la manière la plus pathétique qui soit dans une fosse vide. L'homme se roule à terre. Les spectateurs le regardent interloqués. Emil remonte sur scène de façon aussi navrante qu'il l'avait quittée. Serena Maneesh quitte la scène. Il n'y aura pas de rappel. Mouais, et moi qui pensait que le dernier album du quintet se savourerait en live, je resterai sans réponse à ma question et partirai avec  un avis mitigé. Reste que je n'avais qu'une envie à ce moment-là, enfiler mon pyjama.

Photos

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On y était - Best Coast + The Slits

 
best-coast-6-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Best Coast + The Slits, Le Café de la Danse, Paris, 27 mai 2010

Jeudi dernier, je me dirige d'un pas lourd au Café de la Danse, la nature est parfois cruelle, je suis plombée par un mal de crâne impitoyable sans aucun rapport avec une absorption excessive de substances prohibées : la nature vous dis-je ! Au programme ce soir, le revival des Slits, rien de moins. Le premier groupe de punk au féminin, inspirateur des Riot Grrrls, de Siouxsie et même de Madonna, revient trente ans après ses débuts. Pour le meilleur, et surtout pour le pire...

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Mais la soirée commence sous le signe de la légèreté avec la chouchoute de mes co-rédacteurs masculins : la très "girl next door" Best Coast. Bethany Cosentino est une fille vraiment chouette. Californienne habitée par la surf music des fifties, elle et son acolyte Bob Bruno ont sorti un paquet de maxis depuis l'an dernier dont nous n'avons pas manqué de vous parler. C'est donc avec le plus grand intérêt que j'ai reluqué la croquignolette musicienne envoyer du lourd avec sa guitare, en sucrant le tout de sa douce voix aux petites bulles acidulées.
Les titres s'enchaînent sans pause, je ne peux m'empêcher de taper du pied et de dodeliner de la tête. Mon esprit se libère de ce corps endolori et je me promène un instant sur une plage ensoleillée avec mes trois nouveaux amis et leur petite machine toute ronde, efficace et infiniment aimable. Ce groupe ne ressemble effectivement en rien à un produit de l'industrie musicale que la Bethany de 15 ans avait d'ailleurs envoyé bouler lorsqu'elle la courtisait alors. Avec une batteuse aux allures de mère de famille et un bassiste à l'embonpoint frétillant, ces trois-là donnent vraiment l'impression d'être ensemble pour le fun et de ne rien avoir à prouver à qui que ce soit. Un vrai plaisir donc que cette première partie, parfois un peu répétitive certes, mais au son bien plus dense et intéressant que le lo-fi de ses enregistrements. Best Coast et son atmosphère fraîche et solaire auront au moins le mérite de me faire oublier un temps l'étau resserré sur mes tempes.

La salle est très loin d'être pleine ce soir, pas mal de filles de différentes générations, quelques dreadlocks par-ci par-là. Et un ingé son accro au reggae qui s'amuse avec sa réverb' et que j'ai présentement envie d'écharper. Je siffle mon Coca en pestant contre le tatoué qui m'inflige tant de souffrances, mais une petite voix intérieure me souffle qu'elles ne font que commencer.

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Petit retour sur l'histoire : The Slits se forment au Royaume Uni en 1976 autour d'Ariana Foster, alias Ari Up et de Palm Olive (amis du calembour, bonjour) qui rejoindra les Raincoats. Petites soeurs des Sex Pistols, les "fentes" seront le premier groupe punk entièrement féminin qui tournera d'ailleurs avec les Clash, provoquant émeutes et jets de projectiles divers et variés du simple fait de ce qu'elles étaient : des filles qui n'en n'avaient rien à carrer. Au niveau musical, les Slits sont passées d'un punk rock bien dissonant à, oh surprise, un dub/reggae bien plus tranquille. Ari Up s'envolant un beau jour en Jamaïque pour y devenir chanteuse de dance-hall et y faire plusieurs enfants.
Et puis, un jour elle s'est dit : "Tiens, si je reformais les Slits ?". Convoquant la bassiste Tessa Polite et trois nouvelles membres qui n'étaient probablement pas nées lorsque les Slits sortaient Cut en 1979, c'est parti, Ari Up repart au galop ! Et c'est coiffée de trois bretzels sur la tête qu'elle débarque ce soir pour un show pas si éloigné du new burlesque, si vous voulez mon avis. Version reggae, je précise. Vous vous demandez sûrement ce que j'ai contre le reggae. Mais je te retourne la question cher lecteur : comment ne pas avoir quelque chose contre le reggae ? Soyons honnête, c'est impossible. J'avoue, il va m'être très difficile de parler de l'aspect musical du concert. Je connaissais leur géniale reprise de Marvin Gaye avec I Heard It Through The Grapevine (qui sera mon seul bon moment du concert) et le sympathique hymne Typical Girls qui permettra à une fan inconditionnelle de danser et de chanter avec son idole touuuuuuuut le long de la chanson. Je passe sur les quelques titres à peu près punk qui parsèment le set, le tout encerclé de titres ragga-reggae-all right man, pour m'arrêter sur le personnage de Ari Up et sur sa black attitude. Je ne sais pas vous, mais moi je suis une véritable éponge pour tous les accents, j'adore parler avec l'accent du sud quand j'y suis (quitte à saouler), mais ce sont surtout les accents en anglais qui me fascinent. L'intonation de De Niro particulièrement. Pour déconner, cela va de soi. Et bien Ari Up, elle, est restée bloquée sur une espèce d'imitation d'accent black (on va supposer jamaïcain hein) et elle parle comme ça. Surtout elle parle beaucoup, se répète, lance des appels à la jungle qui est en nous, fait des dédicaces à son fils en Jamaïque ("Cauz you know what's going on there", hum pas vraiment non), à ses jumeaux qui sont à L.A. (loin de maman, les veinards). Elle ne s'arrête jamais, enlève ses fringues, change d'instrument, se change, et pendant tout ce temps-là, elle parle. Dans le style reggae you knooooow.

the-slits-59-web Alors donc que ma boite crânienne menaçait dangereusement d'exploser et que l'on se rapprochait de beaucoup trop près de l'instant fatidique ou la plus toute jeune Ari allait nous montrer son "poum-poum", je me suis enfuie sans demander mon reste. Oui cher lecteur, j'ai pris mes jambes à mon cou pour ne plus avoir à la supporter. Je tiens d'ailleurs à rendre hommage à ma collègue hartzineuse sans peur et sans reproche qui a su surmonter ces instants jusqu'à la fin, Émeline, je te tire mon chapeau. Et je dédicace cette chronique anti-professionnelle à tous mes frères et sœurs de la critique musicale. Big up les gars.

Photos

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We Love Plastikman

xz4c9553Photos © Julien Mignot

We love Plastikman, Paris, la Grande Halle de la Villette, le 8 Mai 2010

Les dernières grosses soirées techno sur Paris n'ont pas donné tout ce qu'on attendait d'elles. Un pur échec par-ci (Gala des 25 ans d'Epita qui devait rassembler un plateau techno monstrueux à la Cité des Sciences et qui s'est fini dans un sombre domaine en banlieue parisienne), des détails mal maîtrisés par-là (système son digne d'une boum pour la récente Die Natch Party dans un cadre pourtant magnifique). Armé de son savoir-faire dans le domaine et d'une ambition raisonnée, We Love nous proposait un plateau de caïds en ce 8 mai. Résurrection cachetonnée (paraît-il) de Plastikman et étalage d'une techno tout-terrain ou presque (Troy Pierce, Marc Houle, Magda). Une somme égale de DJ-sets et de prestations live pour environ 7h de musique non-stop.

Arrivé vers minuit et demi sur les lieux, je croise les premiers revendeurs de billets à peine sorti du métro. La soirée affiche soldout, l'offre et la demande ont du mal à s'acoquiner en dessous de 50 euros la place. Ça tombe bien, un paquet de marlous et de ladies proposaient déjà beaucoup plus pour l'obtention du fameux sésame plus tôt dans l'après-midi sur l'internet français.Pas de surprise, à l'entrée c'est la queue. Et j'ai l'impression que tout le monde vient se mettre bien à la Grande Halle de La Villette : des étudiants des Beaux-Arts, des mecs abstraits qui kiffent la musique abstraite (des fans de Plastikman en fait), « des vieux de la vieille » selon l'expression consacrée, des bandes qui viennent des zones 3 et 4... C'est la teuf, certains se sont mis sur leur 31, d'autres pas. En avant toute.

A une heure du matin, ça fait déjà vingt minutes que je regarde Troy Pierce mixer ses mp3s. Je respecte infiniment ce mec pour sa musique mais également pour avoir proposé un jour à un individu peu recommandable de « chanter » sur sa techno élastique et brumeuse. Tapez Gibby Miller suivi de Boston Hardcore sur Google, vous verrez par vous-même. Comme dit précédemment, j'aime profondément le duo qu'il forme avec Gibby (Louderbach), c'est statique sans être chiant. Sans mentir, je venais principalement pour Troy. Trois heures de mix, je suis servi. J'ai le temps de contempler l'offre de liquides champagnisés servis dans des coupes factices. On rigole pas chez We Love.

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La piste de danse est large et profonde. Le système son est honnête. Un bémol, il manque néanmoins dans le mix façade tout ce qui fait le liant entre le kick et les basses (merci le mix mp3) : une zone malléable qui désosse le groove selon moi et retire toute puissance aux morceaux une fois que l'oreille est faite au volume sonore (rassurez-vous, on reparlera de ce fameux liant un peu plus bas). Je m'envole néanmoins sur son mélange quand il commence à passer des sons faits de séquences cabossées, de lignes de basses malveillantes et de parties vocales pitchées à mort dans les graves. C'est ce que je recherche dans la techno.  Je ne m'y retrouve malheureusement que très rarement. Ses enchaînements cassent parfois la dynamique du set. La sélection est agréable sans être transcendante.

Je monte sur la passerelle pour observer le roulement Troy Pierce-Marc Houle. Je constate également que les choses se passent des qu'on s'élève. Des têtes connues de personnes en tout genre qui faisaient, font ou feront la nuit parisienne.

Applaudissements pour Troy et voilà Marc Houle qui débarque avec une constante techno : la scénographie la plus naze au monde ; à savoir un mec derrière un laptop et une console. Marc démarre fort avec Yonkers, un morceau récent qui clôturait son EP Salamandarin. Ce morceau résume bien sa techno-montagne russe avec une bassline concise qui lance chaque mesure des motifs sonores qui se gonflent et se dégonflent. Le malaise, c'est que je n'entends que les basses. Le kick me paraît parfois cotonneux, les médiums et les aigus étouffés dans le pré-mix. Et ça dure, Marc massacre son hit Techno Vocals. Je ne discerne pas du tout les voix en questions. Déception. Même le remix de Battant ne me procure que peu de plaisir. Ça se finit comme ça avait commencé.

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Gros blanc (ou plutôt gros noir total dans la salle), on change de plateau, le rideau tombe, tout le monde gueule et voilà Plastikman. Enfin, d'un premier abord personne ne discerne Richard camouflé derrière son 16/9ème géant. Les mecs et nana qui ont déboursé le triple du billet au marché noir ne le savaient peut-être pas mais le running order de la soirée prévoyait une heure de Plastikman centrée autour du recrachage live de Closer. Une ligne horizontale rouge parcoure l'écran au rythme de la voix pitchée de l'énorme Ask Yourself. Honnêtement, je ne suis pas un grand fan de Plastikman. Seulement 5 ou 6 morceaux de sa discographie me font lever le cul de ma chaise. Mais là je dois m'incliner. Il s'agit ici d'un live total. Le son est énorme. Le fameux liant entre le kick et les basses se fait bien ressentir, le volume sonore est monté d'un cran. Les nappes sont prodigieuses. Les lignes de programmation déclinent des rythmes pas forcément cadencés pour le dancefloor. Il ne se passe parfois pas grand-chose mais même dans le minimalisme, Richie pousse tout à fond. C'est une façon d'appréhender les choses qui me plaît. En résumé, j'ai aimé pour les textures, un peu moins pour la musicalité mais l'essentiel est là. Au final, Plastikman dépasse l'heure qui lui était donnée et termine à la cool avec sa console et des boucles acides qui font mal devant une animation vidéo super geek-cheap à la Matrix.

Le changement de plateau prend bien dix bonnes minutes. Magda apparaît, décontractée et fraîche (c'est une impression). J'avais déjà un peu lâché lors du changement de plateau donc je me laisse porter par sa sélection ronde, peut-être plus légère et house que les prestations de ses collègues masculins (c'est toujours une impression). 5h15, je suis toujours sur la passerelle où des personnes de plus en plus chelous déambulent, et je vais dans le sens de cette blonde à qui je ne pourrais donner d'âge qui m'apostrophe en me disant « Comment tu veux qu'on reconnaisse nos potes dans ce bordel ?» tout en ayant du mal à s'accrocher à la rambarde. Elle semble n'avoir saisi que tardivement les enjeux de la soirée.

Vidéo

Photos

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Villette Sonique : Arto Lindsay & Young Marble Giants + Concours

bandeauLe festival parisien musicalement le plus pointu fait son retour dans maintenant moins d'une dizaine de jours : La Villette Sonique ouvre ses portes du 31 mai au 6 juin 2010. A cette occasion, Hartzine s'associe à la Villette Sonique pour vous faire gagner deux places de l'une des nombreuses soirées placées sous le signe de l'excellence, réunissant le 1er juin à la Grande Halle, artiste en devenir, prédicateur expérimental et véritable légende post-punk.

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La soirée débutera avec l'ineffable Owen Pallett, dont le troisième album Heartland, "à la croisée de la pop symphonique et de la bande originale pour conte de fées, puise son inspiration autant des cantiques religieux de cathédrales que du lyrisme lo-fi extrait de l’imaginaire de son auteur" (Chronique). S'étant fait connaître sous le nom de Final Fantasy et ayant collaboré avec ses compatriotes d'Arcade Fire, le violoniste canadien s'est octroyé une réputation scénique des plus louables, déclinant, accompagné d'un guitariste-percussionniste et au milieu d'une forêt de pédales, une dentelle altière et précieuse de boucles et d'effets. De la haute voltige pop.

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Arto Lindsay nous invitera ensuite dans son univers à l'éclectisme si particulier. Chantre de la No Wave d'alors au sein de DNA, Arto Lindsay revisite désormais, entouré de son groupe, les berges d'un tropicalisme - psychédélisme instigué par Gilberto Gil et Caetano Veloso, mixant rock et musique traditionnelle brésilienne - qu'il conçoit tel un pont entre ses origines et sa ville de toujours, New-York. Ville dont il reste l'une des figures de proue de l'expérimentation la plus complexe et la plus syncrétique, inspirant et collaborant notamment avec le mouvement radical illbient, genre hybride de jazz, de hip-hop, de drum and bass et d'IDM (DJ Spooky, DJ Soul Slinger ou Sub Dub). En somme, une sommité méritant les égards d'une curiosité bien placée pour les néophytes et d'une passion satisfaite pour les convaincus de la première heure.

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Cette seconde affiche de l'édition 2010 de la Villette Sonique sera conclue par l'un des mythes les plus mystérieux des années charnières 1978-1984, années ayant vu éclore de son agitation post-punk, "soit entre la séparation des Sex Pistols et l'explosion de MTV", une foultitude de groupes défricheurs et fondateurs, tel Pil, Devo, Joy Division, Talking Heads, Wire, Gang of Four, ou Cabaret Voltaire, jetant les bases de ce qui nous préoccupe toujours aujourd'hui. Quatuor avant-gardiste gallois formé par Alison Statton, Peter Joyce, Philip et Stuart Moxham, les Young Marble Giants viendront faire revivre à nos oreilles leur immense et unique album Colossal Youth sorti sur Rough Trade, label collectiviste fondé par Geoff Travis et véritable plaque tournante indépendante de la création musicale anglaise d'alors. Chacun de leurs morceaux - aussi brefs que lumineux - résonne tel une ode assumée au dépouillement lo-fi et à un minimalisme érigé en véritable révolte à l'encontre de la fièvre névrotique punk. Développant un son aride, encensé plus tard tel un doux radicalisme, employant à la guitare pour ce faire la technique du muting (consistant à étouffer les vibrations des cordes en posant la main droite dessus), couplé à une basse au son rond et mélodique, "s'apparentant presque à du tricotage" selon les propres mots de Stuart, la musique des YMG tire avant tout son originalité du chant presque susurré d'Alison Statton au timbre si ordinaire mais pourtant terriblement séduisant. Adoubé par John Peel, célèbre animateur de la BBC Radio One et catalyseur de la scène musicale indépendante britannique, popularisant la si fameuse chanson Final Day du jeune combo, les YMG égrainaient selon Simon Reynolds une musique "pour introvertis, par des introvertis", Stuart Moxham déclarant à l'époque chercher "à obtenir un son semblable à celui d'une radio coincée entre deux stations, qu'on écouterait dans son lit, à quatre heures du matin, avec ses super sons d'ondes courtes et ces fragments venus d'autres fréquences". Dépassant les dissensions internes qui eurent raison du groupe après seulement deux ans d'existence, les YMG sont de retour et peut-être pas que pour une série de concerts événements. C'est en tout cas ce que nous révèle Stuart dans une interview retranscrite ci-dessous et qu'il a eu la gentillesse de nous accorder la semaine dernière.

Pour faire partie des deux gagnants de notre jeu-concours en partenariat avec la Villette Sonique, rien de très compliqué : il vous suffit de nous écrire avant le 30 mai à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou de remplir le formulaire ci-dessous. Les deux chanceux - écopant chacun d'une place - seront tirés au sort et prévenus le 31 mai par mail. Dans tous les cas, pour assister à cette soirée qui s'annonce inoubliable, vous pouvez d'ores et déjà réserver vos places ici.

[contact-form 5 "concours Villette"]

"La musique des Young Marble Giants consistait en un singulier mélange : riffs nasillards en trémolo façon Duane Eddy, guitare rythmique tranchante à la Steve Cooper, cadences hachées par la new-vave de Devo" Simon Reynolds - Rip it up and Start Again, éd. Allia, p. 275.

Stuart Moxham : l'interview

Le "doux radicalisme" des Young Marble Giants, entre dépouillement des arrangements et calme des compositions, était-il une réaction envers le punk et l'agitation qui s'en suivit ?

Oui, ainsi que la volonté de se fondre dans la force du minimalisme en soi. Nous devions aussi parvenir à nous faire remarquer dans une province lointaine, raillée, traditionnellement ignorée par le monde de la musique londonien ; nous devions créer quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur le succès immuable, populaire et critique et de votre album Colossal Youth (Rough Trade, 1980) ?

Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et c’est extrêmement gratifiant de voir que cet album a connu une trajectoire quasi-verticale, sur le plan critique, du point de vue des ventes, comme source de chansons pour les bandes originales de nombreux films, et cetera (des titres secondaires de YMG apparaîtront dans la nouvelle série d’HBO « Bored To Death », par exemple). En gros, je peux vivre et mourir heureux parce que cette musique m’a permis d’accomplir en tant qu’artiste tout en m’assurant le statut d’immortel. Comme le dit la chanson, « Dreams can come true ».

Aviez-vous eu l'impression d'appartenir à la mouvance post-punk anglaise ? Quelle image en gardez-vous aujourd'hui ?

Je pense que oui. C’était une bonne chose, qui offrait aux gens la possibilité d’être vraiment expérimentaux. Je vous recommande la lecture de « Rip It Up And Start Again » (de Simon Reynolds), une excellente façon de se faire une idée de l’esprit de ce temps-là.

Vos projets respectifs (Weekend, The Gist...) ont-ils subi l'ombre de YMG ?

Jusqu’à présent, oui. Mais mon prochain album, “Personal Best”, sortira le 31 mai sur mon propre label (très post-punk) hABIT Records UK ; il s’agit d’un échantillon de mon œuvre après la dissolution d’YMG.

De quel groupe ou scène actuelle vous sentez-vous le plus proche ?

Je ne me suis jamais trouvé de points communs avec d’autres groupes.

Vous avez enregistré Colossal Youth en trois jours pour 1000 £. Le dénuement de vos arrangements et le minimalisme de vos compositions seraient-ils toujours les mêmes avec le développement actuel des technologies et des techniques d'enregistrement ?

Oui.

Vous sortez d'un silence de presque trente ans seulement interrompu par quelques concerts (entre 2006 et 2008) et une compilation (Salad Days, 2000). Quelles sont les motivations de votre actuel retour sur scène ? Votre futur proche est-il fait d'un prolongement discographique ?

La composition. Mais nous avons dévié vers le live, beaucoup plus facile. J’insiste toujours pour que le groupe se remette à composer, car je sais qu’il reste encore beaucoup de musique en nous.
Propos recueillis par Thibault. Merci à Stuart, Adrien & Hamza.

Audio

YMG - Include Me Out

YMG - Collossal Youth

Video