On y était : Villette Sonique 2016 - Boredoms + Beak> + Ata Kak

De nos jours l'appellation « groupe culte » est employée à tort et à travers pour n'importe quel groupe ayant sorti un disque avant 1989 ou pour des artistes tombés dans l'oubli et qui sous l'impulsion de diggers chevronnés rencontrent une certaine reconnaissance quelques décennies après avoir raccroché les instruments. Il ne s'agit pas d'un jugement de valeur et cela n'a rien à voir avec la qualité ou la légitimité de ces artistes mais être « culte » ne se résume pas au fait d'être vieux ou d'avoir joui d'une petite gloire d'estime dans un microcosme musical pendant les années Giscard ou Mitterrand. Derrière ce qualificatif élogieux se cache une signification plus profonde qui pour le coup correspond parfaitement à ce qu'est Boredoms, une entité inclassable, protéiforme, en constante recherche d'un absolu. Active depuis 1986, la formation d'Osaka peut certes afficher un sacré parcours mais ce qui la rend majeure est le fait qu'elle réinvente constamment sa mythologie, son langage, et guide ses fervents adeptes vers de nouvelles contrées soniques et sensorielles. Et ce samedi soir, le gourou Eye accompagné de la fidèle Yoshimi et de l'incroyable batteur Yajiro Tatekawa vont une nouvelle fois démontrer qu'il n'est pas à la portée de beaucoup d'artistes de s'élever au rang de religion riche en rituels sophistiqués.
 
Le groupe change sans cesse de dispositif scénique et n'hésite pas à inventer ses propres instruments pour donner corps à sa vision singulière et jusqu'au-boutiste d'une musique qui a la capacité de faire vibrer nos enveloppes corporelles tout en pénétrant notre psyché afin de nous faire toucher du bout des doigts un instant de plénitude, de sublime, au milieu d'un orage de stimuli tantôt abrasifs tantôt subtils. Ce soir pas de sevena (structure composée de sept guitares fusionnées ensemble) ni d'orchestre de batteries, mais une formation organisée au milieu de barres métalliques résonnantes torsadées et réunies autour de deux batteries, de machines, de gros pads, de membranes de haut-parleurs en vibration sur lesquelles s'agitent aléatoirement des ustensiles de cuisine et d'autres morceaux de ferraille avec en son centre la voix noyée d'effets de Eye qui égrène sa litanie chamanique et conduit le rituel durant ses différentes étapes, le tout accompagné d'un dispositif multimédia mettant en exergue la singularité de ce laboratoire psychédélique. J'avais déjà eu la chance de les voir il y a quelques années mais ça n'a pas empêché la claque d'être puissante. Je suis bien incapable de donner la durée de la performance, elle aurait pu être de trente minutes comme de trois heures, pour moi le temps s'était arrêté l'espace d'une profonde et bénéfique respiration. À ce moment là plus rien n'avait d'importance, comme lorsque l'on se rend compte qu'on a la chance d'apprécier quelque chose de rare, de précieux.

Autant dire qu'il me faudra un petit moment pour digérer l'expérience et tant pis pour le groupe d'après car l'inter-plateaux sera loin de suffire à me remettre à l'endroit. En même temps, pas grave puisqu'il s'agit de Beak>, groupe qui comme vous le savez comprend un mec qui a eu la bonne idée de se retrouver au bon endroit au bon moment pour surfer sur la vague trip hop britannique des nineties.  La suite du programme m'intéresse énormément en revanche donc une fois frais et dispo je retourne me placer idéalement dans la salle afin de ne rien rater de la fête annoncée. Résultat j'arrive malgré tout à choper la fin du set des anglais et comme à chaque fois que j'ai pu les voir sur scène ça m'évoque un concert de musique au mètre composée pour des spots publicitaires ou des séquences dynamiques de films d'entreprise. Mais au final tout ça tombe très bien car je suis désormais prêt pour terminer la soirée sur une ambiance à l'opposé de celle du début mais tout autant délicieuse. Dans la chaleur des bons potos qui m'entourent je suis bouillant pour Ata Kak.

Redécouvert par l'excellent label spécialisé Awesome Tapes From Africa, le Ghanéen fait partie de ces mecs qui ont créé un petit bijou confidentiel il y a plus de vingt ans et qui a sa grande surprise se retrouve sous le feu des projecteurs et à l'affiche de pas mal de festivals importants longtemps après les faits. On peut donc adorer le disque et légitimement se demander ce que ça va donner sur scène, si la sauce va prendre ou si on va avoir droit à un moment gênant mais le monsieur ne fera pas durer le suspens bien longtemps, à peine quelques notes et on sait que ça va être grand. Pour l'accompagner, un backing band de beaux jeunes gens qui ne sont pas venus en vacances : un mec à la MPC, un clavier, un bassiste/guitariste et une choriste/clavier/bassiste dont la beauté de princesse subsaharienne fera tourner la tête de mon voisin. Ça joue hyper serré et la prestation du beau gosse de cinquante-six ans est plus qu'à la hauteur, il enchaîne les flows, les vocalises, les dance moves de classe et illumine la salle de son sourire. Une dynamique de dingue, un showmanship sobre et impeccable comme si ses cheveux étaient devenus grisonnants après des années à écumer les scènes et les clubs du monde entier à ceci près qu'il a ce regard joyeux et candide de celui qui vit un moment exceptionnel et qui arrive à transmettre ce sentiment spontanément. La communion est totale et la fièvre provoquée par cette house ghanéenne hybride met le public dans un état de transe euphorique. Il ne mentait pas quand il ressortait son leitmotive « we have a great show for you » d'un air hilare et convaincu entre chaque morceau, cette messe festive était magnifique.

Enfin, petit détail qui a son importance, j'ai trouvé le son très bon et même si l'espace était plus réduit c'est pas évident de faire sonner cette halle convenablement (coucou le Pitchfork). En plus d'une programmation de classe, d'un line-up avec un ordre de passage qui sur le papier pouvait surprendre mais qui pour moi s'est avéré parfait, l'acoustique était au niveau ce soir, merci Villette Sonique, on est vraiment pas si mal à Paris.

Vidéo


On y était: Villette Sonique 2016 - Sauna Youth + White Fence + Frustration + Sleaford Mods

Il faut bien dire ce qui est, la musique de Tim Presley, aka White Fence, n'a toujours suscité chez nous qu'une indifférence polie. Une politesse sans doute entretenue par l'étonnante indulgence de nos petits camarades de la presse indie, le sujet n'étant pas non plus suffisamment important pour provoquer une quelconque irritation. Le psych-rock du bon poto de Ty Segall - lui aussi à l'affiche du festival et chouchouté par la presse -  nous a toujours semblé avoir des prétentions dépassant de loin ses capacités. Loin de nous l'idée de nous justifier, mais tout ça pour dire qu'au moment où le Californien s'excitait sur la scène de la Grande Halle, on profitait encore de la clémence de la météo en ce vendredi soir où il faisait bon siroter une bière sur la terrasse de la petite halle. Ah oui, et autant vous le dire tout de suite, Sauna Youth, programmé dès 19h00, est aussi passé à la trappe pour à peu près les mêmes raisons.

Dans tous les cas, on était là pour les autres protagonistes de la soirée se succédant un peu plus tard: Frustration et Sleaford Mods. Et là, pas d'anicroche: l'enchaînement fut parfait, les performances pleinement satisfaisantes. On avait été sacrément bluffés par Uncivilized, le second album de Frustration sorti en 2013 - lire la chronique - , qui réussissait un sacré tour de force: balancer une sauce post-punk avec une énergie et une authenticité interdisant tout soupçon de singerie de leurs figures tutélaires avouées, de Warsaw à The Fall. Sur scène ce soir-là, le même constat s'impose: les Parisiens envoient du lourd, enchaînant leurs titres avec une rage et une rigueur donnant rapidement à leur performance l'épaisseur d'une main qui vous gifle. Chant habité, batterie martiale et guitare au cordeau, tout est bon dans Frustration et le public ne s'y trompera pas, s'agitant dans une Grande Halle à deux doigts de la syncope. Le highlight de la soirée interviendra en fin de set, lorsque Fabrice Gilbert invitera Jason des Sleaford Mods à les rejoindre sur scène pour un Tweet Tweet Tweet dantesque.

À peine le temps de mettre un slip sec et les Anglais investissent d'ailleurs la scène, pour un set tout aussi cathartique: fâché tout rouge, Jason Williamson éructe ses textes de prolo comme on cracherait à la gueule du bourgmestre local, et c'est sacrément réjouissant. Visiblement à l'aise dans son pantacourt à cordelettes et accompagné par son pote Andrew Fearn qui décapsule une bière après chaque manipulation de son laptop, le gars Jason impressionne par cette énergie sans fond qui porte son spoken word, propulsé à une vitesse folle sur une bass music sortie des profondeurs des Midlands. Un concert jouissif, baigné par une pluie de bière, qui nous aura mis sur une voie royale pour rejoindre le Salon Des Amateurs, ou l'on recroisera d'ailleurs un Jason à l'air satisfait.

Vidéo


On y était : Baleapop #6

salopes

Photos & vidéo © David Fracheboud

On y était : Baleapop #6, du 5 au 9 août 2015 à Saint-Jean-de-Luz.

Après l'excellente ambiance de l'année dernière on avait hâte de remettre ça du côté de Saint-Jean-de-Luz et comme l'an passé, le parc Duconténia, cadre très agréable en centre-ville, sera le cœur de cette sixième édition du Baleapop. J'arrive le jeudi, à temps pour choper le live de High Wolf. J'avais déjà vu le breton un certain nombre de fois et je crois que je préférais son approche plus ambiante des débuts. Là, l'ensemble est plus attendu, les beats africains et les motifs ethniques synthétiques répétitifs ne prennent pas malgré leur caractère dansant/transe. Le problème vient peut-être du dispositif du gars : une gratte et un sampler. Tous les sons rythmiques et les nappes provenant de la même source (le sampler donc), les éléments ne sont pas ou du moins trop peu spatialisés les uns par rapport aux autres, sans réelle dynamique, ce qui rend l'ensemble finalement assez plat, dommage, d'autant plus que le mec brille pas mal en ce moment avec son autre projet Black Zone Myth Chant.

Si l'une des qualités du festival est de faire de la place aux groupes locaux, une prog en comprenant trop peut risquer de paraître faiblarde et c'est malheureusement le cas ce soir mais bon, restons vacances. On se tape ensuite un groupe brésilien, Fumaça Preta, le genre de musique qu'un gars aviné en train de faire griller du churrasco écouterait en matant des meufs mal roulées danser avec des plumes dans le cul. Big up pour l'utilisation du spandex en revanche.

C'est ensuite au tour d'Odeï, exception qui confirme la règle par rapport à ma tchatche sur les groupes locaux. On a affaire à un vrai live avec de bons musiciens qui savent bien faire le job. Des projections vidéo de motifs géométriques à l'esthétique 90ies décorent la scène, les montées harmoniques sont parfois un poil pompier mais l'ensemble reste bien classe. Le vibraphone introduit une touche intéressante et il y a dans la musique d'Odeï ce mélange marrant difficile à expliquer propre au collectif Moï Moï, entre modernité et tradition made in Euskadi. Paranoid London clôture la soirée avec leur acid bien racée et ils arriveront à chauffer le public en se contentant du minimum syndical, loin du niveau de leur performance au dernier Sonar.

antinote

Le lendemain direction la plage pour le showcase Antinote. Le label parisien a aligné un trident offensif de haute volée cet après-midi avec Zaltan, Geena et D.K. pour un B2B2B avec une belle animation collective. Si les artistes jusqu'à présent sortis sur le label sont tous de qualité, ce trio présente l'avantage d'être hyper cohérent dans les choix musicaux, un bon bloc équipe si tu préfères. Entre French Boogie, House mongole matinée de flamenco et autres chelouseries entre passéisme et modernité décalée, on passe une super journée. Mention spéciale à ce track balancé tel une boule puante dans une salle de classe par le gars Zaltan, d'après les maigres informations en ma possession il s'agirait de Rien d'un certain Jean-Claude (Quentin, balance moi le track steuplé, je galère avec les internets).

Retour au parc pour la soirée et on démarre par une petite balade afin de checker la sélection artistique du festival. Parmi les différentes œuvres proposées nous retiendrons surtout l'installation de Polar Inertia qui reproduit la sensation d'être piégé dans un épais blizzard polaire tout en proposant une expérience immersive et ludique.

Du côté de la petite scène Flavien Berger fait sonner les premières notes de sa pop gracile et plutôt classe. Le tout est distillé avec maîtrise même si l'on sent bien la culture Burgalat du bonhomme, le côté tendancieux en moins. Je ne passe pas un mauvais moment mais c'est quand même assez précieux comme délire et les petits discours pétés entre les morceaux étaient de trop. Le pays basque décidera ensuite de nous gratifier d'un aspect pas si inconnu de son climat mais qui pour le coup tombe super mal : la pluie. La putain de pluie même tellement on va bien se faire saucer. Résultat : on essaye de résister en s'abritant comme on peut pour capter des bribes de Camera et Jessica 93 avant de vite déclarer forfait même si le reste de la prog du soir me branchait pas mal.

parapluie

Le samedi se passera également sous la pluie, Baleapluie.

La charmante équipe du festival va essayer de palier au problème en trouvant une solution pour abriter le public mais le taux d'humidité et la grisaille flinguent un peu l'ambiance habituellement si hédoniste de Baleapop. Ceci étant dit, fait assez remarquable pour être noté, la grosse équipe de bénévoles garde le sourire malgré les circonstances et l'accueil reste au top. Finalement c'est eux les vraies stars de cette édition.

On capte le DJ set peu inspiré, pour ne pas dire pauvre, de La Decadanse puis c'est au tour de Lena Willikens d'envoyer un bon set bien deep qui pour le coup passe très bien sous la pluie. La meuf a dû refaire ses EQ ou ses sons sur clefs USB sont de meilleure qualité, je ne sais pas, mais tout de suite ça sonne mieux, deutsche qualität. Sonorités post indus, rythmiques tribales, festivaliers pieds nus dans la boue avec des parapluies de branchages, c'est cool. Superpitcher enchaîne et sans son binôme, la moitié allemande des Pachenga Boys va nous faire chier du coup direction la petite grotte dans laquelle l'équipe de La Fête Triste passe des disques. La sélection est pointue et bien mortelle, je kiffe mais putain la pluie... Baleatriste. Cette année la formule du festival a un peu changé, il faut toujours composer avec la municipalité donc de nouvelles choses ont dû être tentées, comme ce samedi soir sous forme de parcours dans différents lieux/bars de la ville à la place de la soirée club. On découvre le bel intérieur du bar éphémère Chez Renauld et on boit des coups avec les potos mais le merdier tourne vite au parcours du combattant entre espaces bondés et bourrasques de flotte.

baleaboue

La programmation du lendemain est peut-être celle qui me motivait le plus mais des obligations m'emmènent loin de Saint-Jean-de-Luz, je suis vert mais que veux-tu ? Entre temps pourri et planning perso mal branlé c'est parfois la poisse. Mais je me console comme je peux, l'année prochaine Baleapop sera toujours là et le 7 c'est mon chiffre porte-bonheur.

Vidéo


Word & videoshoot : Nos Primavera Sound 2014

Lopp_copyright_hugo_lima-457
Nos Primavera Sound 2014, 5 au 7 juin 2014, Porto, par Nicolas D.

Cette troisième édition du Primavera à Porto (la deuxième pour moi), anciennement baptisé Optimus Primavera Sound et dont le nom a été modifié à cause du changement d'appellation de la marque de téléphonie pour Nos, a de quoi surprendre. Effectivement, l’affiche, un peu moins aguichante à première vue que celle de l’année dernière, n’en était pas pour autant à la baisse en termes d’audace. Un fait notable : la programmation d’artistes locaux ou lusophones. Toujours étalée sur trois jours, cette programmation nous a fait alterner un premier jour un peu morose avec deux autres où les propositions s’enchaînaient à un rythme effréné jusqu’au petit matin, avec une ouverture musicale importante, comme on pourra le voir plus bas. Il y avait de tout, du très bon, du moins bon, du très pop, et de la merde en barre aussi. Comme quoi il faut vraiment de tout. Certes, ma merde n’a sûrement pas le même goût que celle d’une jeune adolescente venue voir ses idoles, ça reste indéniable. Quoiqu’il en soit, les 70 000 personnes venues au festival ont eu de quoi voir, boire, et donc manger. Notons tout de même ici l’excellente gestion de cette vague de public sur trois jours, où on n’a guère l’impression d’attendre, et ce même au bar, chose rare. La convivialité et la bienveillance portugaises étaient bien au rendez-vous, tout était fluide. Je vais tenter d’être exhaustif, tout en évitant le report chronologique.

Est-ce avec les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe ?

Un des phénomènes de festival des années 2000, c’est bien le retour des groupes des années 70-80 autour d’un revival des souvenirs d’écoute des anciens jeunes (dont je fais un peu partie). Figure imposée, à la fois esthétique (pour voir les figures influentes des « nouvelles scènes ») et économique (ce sont entre autres ces têtes d’affiches qui attirent du monde, ou, si le groupe n’a plus trop le vent en poupe, cela permet à la fois de surfer sur cette vague rétro, tout en permettant au musicien sur le retour de payer ses dettes accumulées pendant les années de disette).

Ici, nous avons eu le droit aux Pixies, qui célèbrent leur retour avec l’album (très mitigé) EP1 que le groupe s’est quand même attelé à défendre alors même le public allègrement massé devant la scène n’attendait que des vieux titres… Voeu qu'ils ont effectivement exaucé avec brio, avec un Frank Black particulièrement en voix et donnant de sa personne ou encore le guitariste Joey Santiago faisant son guitar hero… avec un solo de Jack ! Les titres les plus connus y passèrent, le public se déchaîna jusqu’à slammer, chose particulièrement rare lors du festival, ou à chanter en chœur, comme sur l’ultime Where Is My Mind, véritable hymne du groupe.

Dans la même série des retours, soulignons la présence du groupe culte de noise-psych-rock Loop avec Robert Hampson à la guitare et au chant. Le trio (sur la scène ATP, qui possédait la programmation la plus intéressante), a produit un rock lourd, lent, proto-stoner délectable, puissant et halluciné, avec un son des plus impressionnants. Dans le genre come backSlint, les ancêtres du croisement entre post-rock et spoken word, nous ont offert un beau live. Aucune prétention, un son incisif et une batterie précise, les morceaux s’enchaînent avec élégance.

Puisque l’on parle de post-rock, je retiendrais surtout le live de Godspeed You! Black Emperor, dont la musique s’imagine mal dans le cadre d’un festival… Avis totalement infondé lorsqu’on entend l’énergie qu’ils parviennent à dégager lors de l’hypnotique Mladlic (précédé d’une intro de drone électronique/violon/contrebasse de vingt minutes !). Leur vidéaste est également de la partie, et les visuels projetés sur pellicule semblent dans le prolongement de leur dernier disque, ce qui ne les empêche pas de jouer un morceau plus ancien comme Moya.

Slowdive_copyright_hugo_lima-402

Les vétérans du rock Television étaient aussi de la fête avec l’interprétation intégrale de leur album Marquee Moon. C’était propre, bien joué, les musiciens étaient heureux d’être là et de rejouer cet album de plus de 35 ans, mais n’étant pas spécialement nostalgique de ce groupe, je ne pus réellement goûter aux joies de voir la revisite de leur premier album.

Je fus par contre agréablement surpris de découvrir en live les comparses de My Bloody Valentine et Jesus & The Mary Chain, à savoir le groupe Slowdive, les malaimés de la scène shoegaze - un rock sincère, sans fioritures, avait une certaine lourdeur, l’expérience d’une vie pas évidente assez touchante, et un son à rendre jaloux tous les petits pseudo-groupes actuels de rock psyché de boutonneux taiseux approximatifs. Autre génération avec le chanteur Caetano Veloso, figure (qui m’était certes inconnue) de la scène brésilienne. Le public est à son aise en cette fin d’après-midi, reprenant ses refrains. On peut également remarquer un effort pour sonner un peu plus moderne que les accords syncopés auxquels on s’attend en mentionnant la bossa.

Toujours du côté des « vétérans » notons un intrus : Charles Bradley. Physique de vieux chanteur de funk/soul (qui se changeant au moins deux fois lors de son set), dans la droite lignée des Al Green, Marvin Gaye ou encore de son idole James Brown. Sa voix est marquée mais le chanteur entouré de musiciens talentueux assure vocalement et scéniquement, même s'il n’en est en fait qu’à son deuxième album (avant, c’était un cuisinier rêvant d’être une sex-machine et qui a longtemps écumé les petites scènes new-yorkaises). Loin d’être ridicule, son énergie est communicative et le public n’hésite pas à se dandiner au son de la funk. On notera le moment où il demande à son jeune batteur s’il veut faire un solo après une plage suave et toute en retenue, ce dernier hochant la tête pour lui signifier qu’il ne sait pas trop quoi faire à ce moment-là, Bradley lui lâchant alors un « stop » qui met fin au morceau ! Un set généreux qui éclipsera d’autres têtes d’affiches quelque peu décevantes (The NationalMogwai…). Cette surprise ne fut pas le seul coup de cœur du festival.

On retrouvera dans cette catégorie les indéboulonnables (quoiqu’un peu prévisibles maintenant…) Shellac, abonnés du Primavera. Live toujours puissant, électrique, où chaque parole d’Albini semble faire partie d’un show bien rodé, mais son énergie fait oublier ce léger bémol. Le live de Kendrick Lamar, jeune prodige de la scène hip-hop actuelle, a mis le feu au poudre. Accompagné de son groupe (claviers, basse, batterie, guitare) pour un live bien plus énergique que sur disque, son jeu de scène est marqué par une assurance dingue, surtout quand on connaît l’âge de ce jeunot. Le public était venu pour lui lors du premier jour de festival et a volé la vedette à de nombreux autres groupes du festival. Dans les grosses déceptions, je noterais Mogwai, qui n’a pas réussi à me toucher. La distance par rapport à la scène empêche-t-elle de rentrer dedans ? Ou a contrario, être près induit-il de ressentir l’énergie du groupe et les basses qui prennent au corps de manière optimale ? The National vu de près me confirme que ce n’est pas le cas, je me suis fait autant chier au bout de deux morceaux. Du côté de la gente féminine, assez bien représentée également, la hype de Sky Feirera (qui avait son lot de jeunes fans) me désorienta au plus haut point. Alors que les adolescent(e)s y voyaient la représentante de la nouvelle génération, je n’y distinguais qu’une pisseuse désabusée amateur chantant très faux, totalement empotée sur scène. Un point positif ? Avoir réussi à fédérer la majorité du public autour des différents bars. Haim était aussi assez fade, et le set de Warpaint me laissa de marbre, malgré la reprise un peu intéressante du Ashes to Ashes de Bowie. Dans le même lot, on peut ajouter la perplexité laissée par les Dum Dum Girls - le souvenir que j’avais d’elles était qu'elles produisaient un garage assez sympathique… Les trois guitares (dont un homme intrus) qui jouaient la même chose n'apportent en fait rien à cette soupe qui a l’air d’être la nouvelle direction prise depuis.

Mimes_copyright_hugo_lima-121

Le renouveau pop me laisserait-il de marbre ? Serais-je devenu un vieux con ? Je m’aventure au set de St Vincent (qui est venue taper le guest avec The National d’ailleurs) et reconnais en elle un véritable talent aussi bien scénique que guitaristique, bien que je ne sois pas friand de son électro-rock. Tout comme Jagwar Ma (dont la programmation électronique m’interpelle mais la voix me dérange), le rock country de Courtney Barnett m’ennuie, l’électro de fête foraine de Todd Terje m’amuse uniquement deux minutes comme un tour de manège, Trentmøller me parasite, John Wizzard ne m’envoûte pas, John Grant ne m’a garanti aucun frisson. J’ai 31 ans. La pop music semble m’emmerder en majorité. Midlake me le confirme. Neutral Milk Hotel ou encore !!! me font penser le contraire et me sauve un peu par l’énergie qu’ils déploient. Je me retrouve alors plus avec les groupes déjà vus comme Follakzoid (dont le set kraut-répétitif me fait bien voguer - encore plus que lors du BBMIX). Le set de Ty Segall en point d’orgue personnel du festival a été la catharsis de toute cette frustration. Énergie contagieuse de la fosse, je me retrouve à sauter partout au milieu des slams et à faire flageoler mes courbatures et ma joie de vivre. J’ai toujours 20 ans. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai préféré faire l’impasse sur Lee Ranaldo.

Je préfère penser à d’autres découvertes locales comme HHY and The Macumbas (légère frustration de n’avoir vu que la fin), groupe masqué et déguisé qui donne l’impression d’être un croisement entre Master Musicians of Bukkake et Sun Ra avec l’Arkestra, le rock instrumental très bien réalisé de Torto, dont les trois membres pourraient être votre dentiste ou votre pharmacien. L’avantage de ce festival est vraiment sa convivialité, et ce malgré sa taille (qui reste malgré tout bien moindre que nombre de festivals estivaux), on échange facilement avec des gens du public, (ou encore dans l’espace presse avec un sosie de Didier Bourdon qui semble être une star locale - ou du moins essaie de me le faire croire ? -…).

Le fait d’avoir vu autant de groupes provoque une certaine saturation, mais ce fut encore une fois une expérience enrichissante, qui n’apporta pas de réelle réponse sur mon rapport au live en festival ou encore à un goût/dégoût pour la pop. D’ailleurs, c’est quoi la pop ? Ce n’est pas le moment de s’endormir sur des questions aussi nazes, j’en ferais des cauchemars de Sky Fereira retrouvant ma trace et voulant m’énucléer. J’entends au loin, au moment de partir, le set de Cloud Nothings qui termine en apothéose sous la tente Pitchfork, sacré bordel. J’ai sommeil quand même, j’ai 31 ans.

Vidéos © Penny Green-Shard

http://www.youtube.com/watch?v=5YsL5gm9I6Y&list=PLf9VgeYjN4vhgqTeFdKBdwyx4DIsoHfun&index=2


On y était : Komplikations vs Frustration à Liège

1779289_10151893391620978_49261637_n
On y était Komplikations VS Frustration à Liège, 24 janvier 2014, par Laurent Berthomieu

Le déclic se produit en mai 2013 pendant le festival punk Unpleasant Meeting à Paris. Alors que les guitares saturent toute la soirée dans la salle de concert de la Miroiterie, un trio monte sur scène avec des synthétiseurs. Le punk singulier des Komplikations suivi de la rencontre avec leur chanteur Alen nous sidèrent. Il faudra bien rendre à notre manière les coups encaissés ce soir. Nous quittons le squat avec une interview en tête. Le feu allumé par Komplikations se propage un mois plus tard à quelques pas de là. Dans une Maroquinerie occupée par le label français Born Bad Records, son groupe-phare Frustration nous met k.o.

À peine le temps de nous relever, David apprend que les deux formations se retrouvent sur une tournée en Belgique et en Allemagne. Il recrache sa pisse à 8€ et m'appelle : "Annule ce que t'avais pas prévu de faire, ça va être punk ! Et ramène Louis." Putain, putain, c'est vachement bien, on va voir nos frères européens !

Les deux groupes sont aussi enthousiastes que nous lorsqu'on leur demande de se prêter à une interview croisée pendant la tournée. Alen s’excite : "Who the fuck are Frustration?! We are better than them!" Le face-à-face promet. Car si le grand frère français Frustration fait sa crise de post-punk depuis 2002 maintenant et que le petit frère belge-allemand Komplikations a poussé son premier cri synth-punk en 2011 à peine, l’amitié entre les "frustrés" et Alen remonte à dix ans. L’homme aux bretelles de punk est le premier à les avoir fait jouer en Allemagne.

1016446_10151893397950978_1715870265_n

Un vendredi de janvier 2014, nous voilà donc partis en offensive armés de caméras. Première approche timide avec les membres de Frustration autour d’un repas près de leur résidence Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen. Mark le batteur tient le magasin de disques Born Bad à Paris et nous approvisionne en vinyles. Même si on ne le connait pas personnellement, on est rassurés de voir ce visage connu : les "frustrés" ont la réputation d’être aussi pimentés que le couscous qu’on partage avec eux.

Sans trop savoir ce qui nous attend, on file ensuite leur camionnette dans laquelle l’un de nous s’est risqué. Nous faisons connaissance avec les bouchons de Liège et arrivons juste à temps à La Zone pour les balances. Si les Frustration trouvent logique de jouer en ouverture pour la release party de leurs amis, les Komplikations considèrent que le concert est complet grâce aux "frustrés". On les laisse à leur bataille de bornés et on rejoint la loge où il est difficile de trouver un siège quand le chanteur du groupe hollandais Antidote en prend trois. On est agréablement surpris de tomber sur Manu, ancien bassiste de Frustration. C’est la première fois qu’il voit ses amis en concert depuis qu’il a quitté la formation fin 2013. Nous partageons bières, whisky et anecdotes sur son ancien groupe.

Les Komplikations ont eu gain de cause. Ils jouent les premiers et enflamment La Zone. Ils sont chez eux en Belgique. Tout comme Elzo Durt, sérigraphe auteur de nombreuses pochettes de disques des labels Teenage Menopause et Born Bad, qui enchaîne avec un dj set punk complètement fou. The Kids, Périphérique Est, Pierre &Bastien… Le public est déjà dingue avant même que les Frustration entament Worries. S’ils jouent pour la première fois à Liège, leur concert s’apparente à un jubilé. Merci, mais pas au revoir, La Zone fermera tard cette nuit. Au bar, on sert dans des verres bleus ou verts. Les verts pour le public, les bleus pour ceux qui sont avec les musiciens. On nous tend des verres bleus, on entre lentement dans la famille. La Zone a mis un dortoir à disposition des groupes et de leurs amis, certains ne le rejoindront pas de la nuit.

1620848_10151893397970978_1355488735_n

Au petit matin, c’est le chaos. Nicus de Frustration troque sa guitare pour des baguettes de chef d’orchestre et réveille ses droogies avec l’ouverture de Guillaume Tell. On quitte la scène de violence pour aller saluer un couple d’amis à Cologne. Chez nos hôtes, on recharge les batteries des caméras et les nôtres à l’aide d’un "Frühstück", un vrai petit-déjeuner à l’allemande.

On retrouve les deux groupes au Blue Shell à Cologne où on est accueillis par une dame à la poigne d’Angela Merkel. La patronne nous explique : à partir de 23h, le club reprend ses droits. On l’écoute sans broncher, le regard plus vide qu’approbateur. Finalement l’interview croisée se fait une heure avant les concerts. Un baby-foot trône dans l’arrière-salle du Blue Shell, parfait pour la confrontation. Fabrice et Mark de Frustration se placent face à Ben et Alen de Komplikations. Les autres membres des deux équipes s’échauffent en backstage ou au bar, prêts à entrer en jeu. Mais ce soir, le baby-foot sert seulement de support pour les bières. Si l’altercation promise il y a encore quelques semaines n’aura pas lieu, ce n’est pas que nos joueurs sont fatigués du match du vendredi, mais c’est bien parce que Frustration et Komplikations jouent non seulement dans la même ligue, mais surtout dans la même équipe. Nos "uncivilized" se renvoient la balle dans le respect mutuel le plus total.

Quant à nous trois, on est totalement intégrés. On ne nous propose plus à boire, on nous sert directement. Et allègrement puisque demain tout s’arrête et que dès lundi chacun retournera au travail, en formation ou à sa vie de famille. Il y aura très peu d’images du concert à Cologne. Alors que les notes de la guitare de Nicus annoncent On the Rise, dans le public Alen nous tend la bouteille de whisky avant de rejoindre ses amis sur scène. On se regarde tous les trois, on ferme les caméras : notre travail est terminé.

L'interview croisée

https://www.youtube.com/watch?v=iAIOuadiDW8

Live

https://www.youtube.com/watch?v=ybechVyxUnk
https://www.youtube.com/watch?v=AxOTxQus5Fw
https://www.youtube.com/watch?v=iGFoCYRcvDI

Cameras : Laurent Berthomieu, Louis Fabriès et David Fracheboud
Photos : Louis Fabriès
Montage : David Fracheboud


On y était - Chevalier Avant Garde et Micro Cheval à l'Espace B

chevalieravantgarde

Chevalier Avant Garde, Micro Cheval, Espace B, Paris, le 9 novembre 2013

L’objectif d’Hartzine était à l'Espace B à Paris le 9 novembre dernier à l'occasion du concert de Chevalier Avant Garde (Fixture Records) et Micro Cheval (SVN SNS RCRDS).

Vidéos


On y était - Jef Barbara au Point Éphémère

jef-barbara

 

Jef Barbara, Point Éphémère, Paris, le 27 septembre 2013

L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 27 septembre dernier à l'occasion du concert de Jef Barbara (Tricatel).
Le dernier concert de sa tournée européenne a lieu ce soir à La Machine du Moulin Rouge.

Vidéo


On y était : Alice Lewis et Amen Dunes au Garage MU

AliceLewisAmenDunesOn ne peut pas dire qu'il y avait foule devant la porte du Garage de la rue Léon. Ce dernier nous avait habitués à des concerts plus électriques et plus sauvages. Mais pour démarrer cette nouvelle saison placée sous le signe de l'été indien (que l'on espère la plus longue possible vu les problèmes du collectif avec certains de leurs voisins), la voix délicieuse et les mélodies envoûtantes d'Alice Lewis et les compositions habitées d'Amen Dunes nous ont filé une bonne chair de poule...

Si quelques réglages sont encore nécessaires avec sa partenaire pour qu'Alice puisse être débarrassée de tous ses doutes sur scène, on écoutera en boucle Where Do We Go pour patienter jusqu'à la sortie de son prochain album.

http://youtu.be/p81nfrTP0e4

Damon McMahon alias Amen Dunes, plutôt habitué à tordre les cordes de sa guitare électrique, a préféré se lancer dans un set totalement acoustique à cause d'une légère blessure à la main. Jeff, un proche du collectif MU, lui a prêté sa guitare pour lui éviter l'amputation.

Le Garage plongé dans la pénombre, éclairé seulement par les quelques diodes du rideau de guirlandes contre le mur en béton, Amen Dunes s'installe devant son micro et enchaîne ses morceaux, qu'il introduit toujours avec une petite anecdote tirée de ses nombreux voyages pendant lesquels il compose toutes ses chansons comme des notes de voyage remplies d' impressions personnelles : "Je n'ai jamais joué ce morceau en concert encore, je l'ai composé avec des musiciens de Godspeed You! Black Emperor… Alors voyons ce que ça donne ici". "J'aime celle-là même si elle n'a pas encore de nom", dit-il lorsqu'il termine ce magnifique morceau, premier des quatre que nous avons filmés.

Amen Dunes est le genre d'artiste généreux et simple à qui tu vas chaleureusement serrer la pince pour le remercier à la fin de son concert. Ce mec respire vraiment la bonté, ses chansons introspectives n'ont rien à voir avec le stéréotype du chanteur folk torturé qui vit caché dans les bois pour écrire sur sa dépression ou sur le monde qui s'écroule sur lui-même… La musique d'Amen Dunes vous touche là où le palpitant s'agite - de la magie pure...

http://youtu.be/M0RMrKSuwZI

http://youtu.be/x8B-wX1Gvrc

http://youtu.be/L_JL-b_jVxs

http://youtu.be/1-W7lTh7Lrs


On y était - Heart of Glass, Heart of Gold

hoghog2013

Sept heures de voiture sur une autoroute du soleil qui n'aura jamais aussi bien porté son nom et on arrive sur le site idyllique du festival Heart of Glass, Heart of Gold près de Ruoms en Ardèche. On prend nos quartiers dans un bungalow tout confort avec vue dégagée sur la vallée et après la bière de rigueur au bord de la piscine, on déambule pour se familiariser avec ce qui va être notre terrain de jeu pour les deux prochains jours.

Les festivaliers sont toujours en train d'arriver lorsque les premiers groupes commencent à jouer sur la grande scène extérieure, et la première chose que l'on remarque c'est la qualité du son. On n'est pas chez les ploucs ici et la sono est à la hauteur des conditions d'accueil grand luxe. On finit par se poser pour apprécier le set très classe d'Au Revoir Simone. Les trois belles distillent leur dream pop voluptueuse entre nonchalance et retenue et tout semble facile, ça commence bien. Gramme prend le relais et on change d'univers. L'équipe de darons balance son néo-disco survitaminé à la gueule du public et force est de constater que ce dernier est conquis. Ça danse, ça crie, mode fête définitivement activé. C'est d'ailleurs l'autre truc que l'on remarque : ici pas d'attitudes blasées, les gens sont venus pour faire la fête. Devant les groupes, pendant les DJ-sets, ça respire la joie de vivre sans temps morts, fait suffisamment rare pour être souligné.

Zombie Zombie attaque son set et prouve une nouvelle fois qu'il s'agit probablement du groupe français le plus intéressant du moment. C'est en formation à trois (Mister Jaumet aux machines, claviers, sax et deux batteurs) qu'ils vont gifler l'auditoire. Certains regretteront la présence de ce deuxième batteur car Cosmic Neman semble en faire un peu moins derrière les fûts mais si l'aspect spectacle est modifié, je retiendrai pour ma part la scénographie qui claque et la synchro impressionnante de cette section rythmique inédite. Retour au bar pour se remettre de nos émotions et profiter du kara-okay piloté de main de maître par Retard, véritable communion alcoolisée entre artistes et festivaliers, à l'image du Purple Rain de Connan Mockasin (voir la vidéo).

Ensuite, c'est l'heure des choix : Cold Pumas sur la petite scène extérieure ou Fairmont dans le club ? Désolé les p'tits chats mais je file vers notre Canadien préféré car j'ai beau le voir régulièrement, je ne me lasse jamais de son électro raffinée et intense. Ce qui est intéressant, surtout au vu de l'interprétation de ses derniers titres, c'est l'impression de voir muter un artiste purement électro en quelque chose de plus pop avec l'utilisation qu'il fait des claviers et de la voix. Tout ça pour dire que je retournerai encore le voir. Seul petit bémol, la qualité de la sono du club laisse à désirer. Mais ce léger couac sera corrigé dès le lendemain avec l'arrivée d'un nouveau système son. En plus d'être adorable, elle est pro cette équipe du HoG HoG. La fête se poursuit jusqu'au petit matin. Fade out.Il fait toujours aussi beau et on part se soigner la gueule de bois du côté de la piscine. Trempette, toboggan, toboggan, trempette, transat, bronzette. On est bien. Un petit tour au village histoire de déguster des produits du terroir (Ardèche, gros) et retour sur la petite scène pour Sean Nicholas Savage. On a le droit à la formation à cinq et les gars forment un mélange de looks improbable (mention spéciale au clavier et à son bel ensemble slip/chaussettes). Il est 18h mais la bouteille de tequila a déjà bien tourné sur scène et c'est un Sean bien éméché qui envoie ses compositions swing nostalgiques avec l'attitude théâtrale d'un Morrissey maigrichon qui s'est niqué les dents en BMX. Mais au-delà d'avoir un vrai talent de stand-up, le mec chante surtout très bien et le groupe assure sans oublier de finir consciencieusement la bonne copine mexicaine. Loose and tight, ils m'ont collé le sourire.

Place à Motorama sur la grande scène. Malgré un problème technique avec une pédale du guitariste, la sensation twee pop du moment répond présent et délivre un super set énergique et sincère, une vraie petite machine à tubes. Et puis c'est bien la première fois que je trouve l'anglais avec l'accent russe mignon. La Russie m'a toujours fait flipper.

La belle musique en costard d'Efterklang et l'intimisme psyché au parfum de Syd Barrett de Connan Mockasin poursuivent une soirée qui avait déjà très bien commencé. Et puis le ton monte avec Fuck Buttons. Avec le dispositif vidéo et les nappes progressives soniques qui les caractérisent, le public est plongé entre transe et hébétement. Au-delà de l'électro et au-delà du rock, ce qui divise fédère. Agressive mais belle, frénétique et contemplative à la fois, l'expérience en galvanise certains et en pétrifie d'autres, c'est parfait.

C'est au tour d'I.R.O.K. Ce groupe n'a jamais réussi à me convaincre sur disque mais le fils du punk et de la noise que je suis se devait de vérifier l'affaire sur scène. Gros son, rythmique afro-punk de feu, mais je ne suis pas dedans. Peut-être parce que l'on voit exactement où tu veux en venir avec tes gesticulations, Mickey. Le contrôle de la scène et du public façon gourou, c'est cool, mais même tes "Sit down! Sit the fuck down!" de petit dictateur n'en feront rien, toi et ta vilaine peau ne pouvez vous permettre ce genre de facéties sans que ça fasse plouf, c' est pas du David Yow. Le frontman de The Jeus Lizard a 50 piges mais c'est la catégorie de troll au-dessus. Finalement c'est les derniers relents de Rage Against The Machine qui auront raison de moi, direction le club.

La dernière fois que j'ai vu un DJ-set d'Étienne Jaumet à Paris, c'était pas terrible, mais là le mec enchaîne une playlist pointue et les interventions micro dont il nous gratifie depuis sa cabine sont en parfaite adéquation avec l'ambiance camping. Pendant ce temps-là, les machines analogiques s'entassent sur la scène et Arnaud Rebotini prend place au milieu de sa tour de contrôle. chemise ouverte, chaîne en or qui brille - c'est pas pour autant que le gars danse le mia. Deux heures durant il va masser la foule de fêtards avec force. Le bouc est rasé mais ça pèse toujours aussi lourd, performance taille patron, comme toujours, bonne nuit.

Vidéos

SEAN NICHOLAS SAVAGE

SUMMER CAMP

GRAMME

ACTION BEAT

CONNAN MOCKASIN


On y était - La Route du Rock 2013

P1040475

Je me souviens de ma première participation au festival malouin en 2001 - c'était, je crois, ma première expérience d'immersion complète dans trois jours riches de concerts, de rencontres et d'émotions fortes... J'avais eu la chance d'y être invité par Ladytron, un des groupes programmés, et je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, je voulais juste revoir la belle Mira... Je ne connaissais pas tous les groupes présents à l'affiche et ce fût un vrai baptême du feu... Découvrir Mogwaï sur scène, déflagrations de guitares assourdissantes dans un orage de lumières blanches stroboscopiques, un concert qui me laissa KO debout... Je me souviens aussi d'un Jarvis Cocker plus cabotin que jamais, débarquant sur scène, feignant d'être fatigué avant d'entamer, avec Pulp, un Common People retentissant comme un hymne dans tout le fort Saint-Père... Quelle fierté d'avoir pu voir sur scène The Avalanches qui, avec leur unique album Since I left You, ont marqué l'histoire de l'électro à base de samples telle celle de DJ Shadow... Quel étrange souvenir que celui d'avoir sympathisé avec Josh T. Pearson, alors leader des Lift to Experience, avec qui je me suis saoulé à la vodka, alors qu'il ne boit plus une goutte d'alcool aujourd'hui... J'étais donc trop saoul et j'ai fait fuir Mira, mais je la remercie pour m'avoir fait découvrir ce fabuleux festival.

Chaque année, c'est un plaisir de retourner sur les terres bretonnes pour l'accueil chaleureux et l'esprit positif qui y règnent. L'ambiance festive entre les bénévoles fait plaisir à voir et, bien sûr, la programmation reflète le bon goût et l'indépendance de la Route du Rock.

Je ressens l'excitation d'un gosse à l'approche de Noël chaque week-end du 15 août, et cette édition elle aussi restera gravée dans ma mémoire... Je n'attendais rien de Nick Cave et de ses Bad Seeds cette année, je les avais même boudés lors du Primavera Sound à Barcelone en mai, préférant m'éclater devant Dan Deacon et les Liars... Pourtant, Push the Sky Away, leur dernier album sorti en février, vient nous rappeler que l'animal reste inapprivoisable. Un disque de blues sombre co-écrit avec Warren Ellis, un des Bad Seeds et membre des Dirty Three. Si je n'avais plus écouté Nick Cave depuis des années, je me souviens parfaitement de son interprétation dans les Ailes du Désir de Wim Wenders et du morceau From Here to Eternity... C'est sur le sol breton que j'ai pu voir de près et pour la première fois ce monstre scénique qui s'impose comme le patron des frontmen tant sa prestation le propulse simplement dans une dimension qu'aucun autre chanteur partageant l'affiche ne peut imaginer atteindre, une sorte de nirvana du concert dû à sa présence magnétique mais aussi au charisme impeccable des Bad Seeds. Ce ne sont pas les personnes qui ont eu la chance de lui tenir la main pendant le concert qui me contrediront... Nick Cave est dans une forme extraordinaire, en tournée depuis six mois et jusqu'en novembre, il semble drogué par la scène... Il suffit d'aller faire un tour sur YouTube pour se rendre compte de l'ampleur de l'énergie que Nick Cave déploie pour chaque concert cette année. On peut y voir des séquences d'anthologie sur ce tumblr, notamment le concert qu'il a donné à Glastonbury et cette petite rousse sortie de nulle part qui va le défier du regard devant 50 000 témoins pendant un refrain de Stagger Lee. Nick Cave passe la quasi-totalité du concert en équilibre sur la crash barrière, saisissant les mains tendues d'une foule ensorcelée, essuyant parfois ses semelles sur une marée humaine à qui il crache ses textes. Stagger Lee est un des morceaux qui fonctionne le mieux en live, comme le montre cette vidéo où Nick Cave hurle sur son public - je vous laisse imaginer les frissons...

Incontestable tête d'affiche du festival et meilleur concert de l'année - le public de la Route du Rock ne s'y est pas trompé et avait fait le déplacement en masse pour l'applaudir. Je n'avais pas le souvenir d'avoir vu le Fort Saint-Père aussi plein une première journée de festival...

Pour se désenvoûter progressivement, les programmateurs ont tout misé sur le groove disco des !!! emmenés par Nic Offer, un Michel Gondry sous ecstasy qui a peiné pour imposer son caleçon à motifs, mais une fois la machine à danser lancée, l'ombre de Nick Cave qui planait sur le fort s'est envolée pour laisser place à la fièvre du samedi soir. Cette première journée pouvait alors se terminer en apothéose avec Fuck Buttons - les Anglais, face à face, un écran géant disposé derrière eux projetant leurs ombres chinoises sur des images psychédéliques, nous ayant invité à une transe apocalyptique à l'image de leur album Slow Focus. Les nappes épaisses de leurs synthétiseurs et les rythmes lents et puissants repoussent la limite entre électro et noise sans négliger les mélodies qui se fracassent dans notre crâne... Une première soirée parfaite qui m'a complètement plongé dans l'ambiance du festival.

Après une nuit au camping, la deuxième journée allait être ponctuée par un des rares concerts de la formation canadienne Godspeed You! Black Emperor et ses longues plages sonores étirées... Les voir à Saint-Malo fait sens, on reconnaît bien la prise de risque dont sont capables les programmateurs. S'ils attirent un public averti, ils laisseront sur le carreau la plupart de ceux qui ne les connaissaient pas... Pour les avoir vus au Cirque Royal de Bruxelles pour la tournée de leur album Allelujah! Don't Bend ! Ascend ! l'année dernière, je n'ai pas réussi à être transporté par ce concert - il manquait le confort d'un bon siège, tout comme la densité de cette musique qui s'exprime mieux dans un endroit couvert que debout en plein air. J'ai vu le public quitter la fosse à la moitié du concert et imaginé les critiques que j'allais entendre à la fin - alors Godspeed You! Black et Decker n'ont pas brillé ce soir-là - mais ce n'était pas la peine d'attendre ensuite un rappel...

La dernière journée proposait un plateau plus orienté électro avec Hot Chip et Disclosure, qui ne m'intéressaient guère plus que les hippies de Tame Impala et leur son beaucoup trop lisse... En revanche les Américains de Parquet Courts sont pour moi LA révélation du festival. Programmés pour leur deuxième concert en France sur la petite scène baptisée Scène des remparts, le punk rock qui coule dans leurs veines a réussi à faire monter le sang à la tête d'un public compact lancé dans un magnifique pogo que j'ai filmé un peu à l'écart... Petit bémol pour cette scène qui se situait  à l'entrée du site le long des remparts et qui permettait d'assurer les transitions lors des changements de plateau de la Scène du fort. En effet, les programmateurs n'avaient pas anticipé le flot des festivaliers qui s'y agglutinerait pour tenter d'assister en vain parfois aux concerts, comme celui des Suuns, habitués du festival, pourtant programmés sur la grande scène en 2011...

Alors que le mastodonte Rock en Seine a reçu quelques 118 000 personnes, on préfèrera se réjouir pour la Mecque des festivals rock qui, après quelques difficultés l'année dernière, a redressé la barre en passant de 13 000 à  26 000 festivaliers. En élargissant son public avec des groupes comme TNGHT ou Disclosure, qui transformèrent la scène en énorme club, les programmateurs ont réussi leur pari d'attirer les plus jeunes tout en continuant à satisfaire l'exigence des habitués avec la présence de Godspeed You! et de Nick Cave, dont le concert continue encore de me hanter...


On y était - Com Truise à la Plage de Glazart

Com_Truise (0-00-54-03)_1

L’objectif d’Hartzine était à La Plage de Glazart le 18 juillet, à l'occasion du concert de Com Truise (Ghostly International), producteur new-yorkais installé dans le New Jersey.

Vidéo


On y était - Orval Carlos Sibelius à la Flèche d'Or

orval

Super Forma a réussi à bouleverser les oreilles de la rédaction avec ses mélodies accrocheuses et sa production psychédélique renversante. La qualité du son d'Orval Carlos Sibelius a été confirmée lors de ce concert à la Flèche d'Or où nous avons pu capturer deux titres des disques précédents, histoire de patienter gentiment jusqu'en aout pour les voir à nouveau sur la plage de Saint-Malo.

Vidéos


On y était : Nisennenmondai à la Maroquinerie

Nos amis de Gonzaï organisaient le 15 juin dernier leur dernière soirée avant les grandes vacances. Les trois Japonaises de Nisennenmondai en tête d'affiche, nous ne pouvions rater les dignes héritières d'un Krautrock aux yeux bridés qui présentaient ce soir-là leurs derniers morceaux noises et hypnotiques, extraits d'un EP qui sortira ce mois-ci sur Zelone Records. Leur son et leur prestation sont encore plus autistes et technoïdes que la dernière fois où nous les avions filmées en 2011 à Glazart. Voici donc deux extraits de cette performance parisienne du meilleur groupe de filles au monde :  B2, filmé par nos soins, et un autre extrait bien capté par agadsa.

Vidéos


On y était - Zombie Zombie Lune Argent Ensemble à la Cité de la musique

zombiezombie


Zombie Zombie Lune Argent Ensemble, Cité de la musique, Paris, le 18 mai 2013

L’objectif d’Hartzine était à la Cité de la musique le 18 mai dernier à l'occasion du concert de Zombie Zombie Lune Argent Ensemble (Versatile Records) dans le cadre du festival Villette Sonique. Pour cette création exclusive le duo formé par Etienne Jaumet (synthétiseurs, saxophone) et Cosmic Neman (batterie, percussions) était accompagné de neuf musiciens: Dr. Schonberg (batterie, percussions), Joakim (synthétiseurs), Yaya Herman Dune (guitare), Romain Turzi (guitare, effets), Emmanuelle Parrenin (chant, vielle à roue), Flóp (percussions brésiliennes), Vincent Mougel (basse), Louis Laurain (trompette), Pierre Borel (saxophone baryton).

Vidéo


On y était - CHRYSTA BELL à la Fondation Cartier pour l'art contemporain

Chrysta_Bell-1

CHRYSTA BELL, Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris, le 29 mai 2013

L’objectif d’Hartzine était à la Fondation Cartier le 29 mai dernier, à l'occasion du concert de la song-writer texane CHRYSTA BELL (La Rose Noire LLC / USA), révélée par David Lynch.

Vidéo

https://vimeo.com/67682524