T/O - Sshhee

Théo Cloux, T/O à la scène, vient de Strasbourg ; c'est local, c'est signé sur October Tone Records et cela se regarde maintenant tout de suite avec une nouvelle vidéo, celle de Sshhee. Extrait de son dernier album, Ominous Signs, paru en mars dernier, le titre s'expérimente comme un petit envoûtement, hypnotique comme il faut. Les guitares shinent de la prog qui n'a pas la gueule de l'emploi, versant dans un son vintage kitsch à l'orchestration décolorée et bizarrement hyper prenante. Les boucles ajoutent le soupçon narcotique qui élève l'ensemble vers d'autres sphères. Pour le reste, ça se visionne ci-dessous.

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Leopardo - Lovely & Sunny Landscape

Et si le nouveau maillon de la pop garage française était suisse ? Le dernier arrivé du le label Montagne Sacrée, qui compte En Attendant Ana (lire) et Tropical Horses (lire) dans ses rangs, s'appelle Leopardo et traîne depuis Fribourg sa sensibilité féline et son agile créativité, empruntée au meilleur de la bricole lo-fi. Agissant d'abord en solo, maintenant entre potos, l'inspiration reste la même : celles des guitares choyées, mises sur le devant de la scène parce qu'elles racontent une histoire, parce qu'elles emmènent plus loin. Mais pas trop loin non plus car c'est début novembre que le feulement de Leopardo sera branché sur ampli avec Di Caprio. I Wanna Tame You offre un joli coup d'envoi qui sort tout droit des nineties bien aimées, celles de Deam Wareham et de sa galaxie, les douze titres ont le son garage et la mélodie pop vaillante. Parmi eux Lovely & Sunny Landscape, premier extrait entraînant. Le soleil est toujours là, merci l'été indien.

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Tracklist

Leopardo - Di Caprio (Montagne Sacrée/We Don't Make It Records, 05 novembre 2018)

01. I Wanna Tame You
02. Sweet Mountain
03. Modern Love
04. Summer Of Love
05. Avion Lufthansa
06. Leoparda
07. Lovely & Sunny Landscape
08. Cheap Music For Cheap People
09. Bye Bye
10. Fear
11. Chinese Army
12. I Wanna Tame You II
13. Avion Swissair


Bootchy Temple - The Man With The Cane (PREMIERE)

Immensité bleue nuit. Mais pas que. En plissant bien les yeux, on peut distinguer çà et là quelques fragments de couleur jaune, des drôles de formes qui n'ont peut-être pas vocation à être reconnues ni assemblées. On les aperçoit juste, on les attrape au vol, d'un coup d'oeil. Ils sont là, signés Emma Kadraoui, les Glimpses qui donnent leur nom au troisième album des Bootchy Temple (lire).

Ces découpages sortis de nulle part reflètent l'ambiance de la nouvelle fournée du groupe, qui vient d'ailleurs de quitter Bordeaux pour emménager à Nanterre, de même que sa conception. Enregistrés l'été dernier, au coeur de leurs chères Landes voisines, les treize pistes de ce nouvel album sortent de longues sessions d'enregistrement, si denses qu'il était impossible d'en tirer un format album. Et c'est là que la bricole entre en jeu. Depuis des prises directes, c'est un grand mélo-mélo de re-recording, de chutes raccordées à droite et d'improvisations calquées à gauche pour qu'enfin le grand mixage donne consistance à tout cela et détermine le découpage précis d'un très chouette disque qu'on est très heureux de faire découvrir en exclusivité ici avec le single The Man With The Cane. La pop colorée tient toujours la dragée haute, piquée d'un vague à l'âme palpable mais pas plombant et surtout animée d'une naïveté nineties douce à entendre et belle à danser.

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Tracklist

Bootchy Temple - Glimpses (Howlin' Banana Records/Azbin Records, 02 octobre 2018)

01. A1. Glimpses I
02. A2. Glimpses II
03. A3. Mare's Nest
04. A4. Lady Sunshine
05. A5. Glimpses III
06. A6. The Box (We Are Inside)
07. B1. The Man With The Cane
08. B2. Twirl
09. B3. Nail's Ward
10. B4. The Playground Project
11. B5. Mackerel Sky
12. B6. Glimpses IV
13. B7. The Gleam


Zohastre - Pan And The Master Pipers (PREMIERE)

Zohastre, le nom est en lui-même un bon révélateur des intentions de ses protagonistes. Duo franco-italien, homme-femme, Zohastre tutoie les constellations célestes et relie les points d’une galaxie inconnue avec une nouvelle tranche de chelouteries électroniques et de rythmes heavy intitulée Pan And The Master Pipers. Le dieu de la nature, on aurait très bien pu s’en douter tant les cinq titres de cet album évoquent les éléments : minéraux, terre, ciel et feu surtout. Collages incantatoires et modulations câblées élargissent le spectre sonore, on imagine sans peine les grandes flammes de l’expérimentation venir lécher et consumer la transe noiso-drono-psyche-rock du duo bien trippé. À écouter en boucle, signe suprême du recommencement éternel et du cycle de la vie. Pour sortir grandi de cette réflexion supersonique, il faudra attendre le 27 avril prochain et garder un œil sur S.K Records (et Zamzamrec). Ou appuyer sur play, là, juste en bas.

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The Missing Season - Mall Rats (PREMIERE)

Cela fait un petit moment déjà que l'on suit avec attention les exploits discographiques de The Missing Season, qui nous avait notamment bien bluffés comme il faut avec leurs deux derniers albums, le tempétueux After Hours (lire) puis le luxuriant Getting Back (lire) en 2016. Avant la sortie de leur sixième album, Frequency, chez Les Disques Normal et Howlin' Banana, prévue pour le 27 avril prochain, le groupe nous offre en avant-première le clip de leur second single, Mall Rats. Un titre fidèle à ce qu'on aime chez The Missing Season, soit une capacité à cacher la tempête électrique sous un édredon pop rassurant, comme on trompe le petit chaperon rouge avant de le bouffer tout cru. Si le groupe semble désormais creuser son sillon bien personnel entre deux clubs chers à nos coeurs, American Music Club et Teenage Fanclub, ce Mall Rats va également chasser avec bonheur sur les terres de Stephen Malkmus, le temps d'une journée au centre commercial trompeuse, oscillant constamment entre espace de jeu et véritable enfer sur terre.

The Missing Season va également, à l'occasion de la sortie de ce sixième album, se fendre de release parties en très bonne compagnie, puisqu'Avions sera de la fête mais également les nouveaux venus de T-Shirt, qui sortent leur album Aggravator 2 chez SK Records et Influenza Records le 20 avril prochain. En prélude à cette sortie, les gredins ont bien fait les choses avec un EP dispo par ici, et un joli clip pour le track Razor.

Ce petit monde vous attend donc les:
03/05 - RENNES - Le Penny Lane
04/05 - PARIS - Olympic Café
05/05 - NANTES - Bras de fer

Vidéo (PREMIERE)

Tracklist

The Missing Season - Frequency (Les Disques Normal/Howlin' Banana, 27 avril 2018)

01. Les Voyous De Saint-Agrève
02. Mall Rats
03. Sleep With You
04. Secret Love
05. Settle Down
06. Holidays
07. Frequency
08. In My Ear
09. Homesick
10. Bad At Comforting My Girl


Freak Heat Waves - Toxic Talk Show (PREMIERE)

Deux ans après, un troisième album. Freak Heat Waves continue en si bon chemin et mine le terrain avec onze morceaux témoignant d'une niaque pas prête de défaillir. Au contraire, Toxic Talk Show, extrait exclusif de leur Beyond XXXL à paraître le 06 avril prochain chez Atelier Ciseaux et Telephone Explosion, se fait l'effet d'un embrasement schlag qui vient frénétiquement agresser tout ce qui bouge pendant plus de cinq minutes. Synthé dégénéré et frappes régressives, plus de codes, plus rien, juste la sauvage intuition de vouloir sentir et ressentir sans entrave. En boucle, et tant pis pour les épileptiques, cette traînée de rave encore bien perché se fait un plaisir d'asséner vite fait bien fait toute l'intensité d'un instant de liberté totale. Enjoy !

Vidéo

Tracklist

Freak Heat Waves - Beyond XXXL (Atelier Ciseaux/Telephone Explosion, 06 avril 2018)

01. Self Vortex
02. Soothing Limbo
03. Prime Time Slime
04. Moved You Right
05. Pushin’ Beyond
06. Sell A Line
07. Bad Mutation
08. Subliminal Appeal
09. I Can’t Tell
10. Toxic Talk Show
11. In The Dip Of The Night


CRAVE/LIEU NOIR - CRAVE/LIEU NOIR

Derrière CRAVE/LIEU NOIR se cache Jonathan Zion Katsav, Johnny Teardrop comme il aime se faire appeler. Il est l'auteur de multiples projets, comme ÐOSE, qui nous plongent tous dans l’univers excentrique du personnage. À travers cet EP éponyme, c’est une nouvelle facette que nous découvrons de ce musicien multiforme aux talents indéniables. Une immersion dans un illbient malade, tendu mais addictif, conviant gabber, tech-expérimental et hip-hop sous codéine. Un peu comme si Techno Animal composait avec Asap Rocky, le tout remixé par  Oneohtrix Point Never. Sur le papier, le mélange pourrait sembler indigeste, pourtant il suffit d’écouter les tracks Profit et Slippery Key, toutes deux sur la face B du vinyle, pour se rendre compte que la combinaison marche parfaitement. Les morceaux Discharged et Heat ne sont pas en reste et plairont certainement aux amateurs de breakcore et d’hymnes faisant la part belle aux beats bien racés et aux kicks qui tapent dur.  Une petite merveille que l’on doit au toujours excellent label Mind Records et qui nous permet de découvrir un artiste qu’on se promet de suivre de très près.

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Tracklist

CRAVE/LIEU NOIR - CRAVE/LIEU NOIR (Mind Records, 16 février 2018)

01. Discharged
02. Heat
03. Slippery Key
04. Profit


Brian Case - Spirit Design

Brian Case n'est pas que le mec qui a réussi à radiner dans son groupe, depuis implosé, le subtil et légendaire Steve Shelley (lire). Faut dire que Disappears, aux ressorts pourtant érodés et rouillés sur le conclusif Irreal (lire), se suffisait à lui-même, le plus souvent capable d'étreindre l'auditeur suffocant d'une poigne acérée et gantée de fer, vitupérant l'ennui en le recrachant en assourdissantes mélodies noires. Pas mal donc pour un groupe de Chicago, expurgeant sur Kranky les tablatures d'un post-rock aujourd'hui muséifié. Frontman déchu, Brian Case sait aussi être seul, bien entouré d'un innommable bordel, mais seul. Un homme moderne ou post- quelque chose, sachant porter son fardeau discographique sur des sentiers déjà moult fois rebattus, prenant ainsi le risque de l'aventure anodine et ressassée. Mais effleurant, à force d'épures amoncelées et éperdument retravaillées, quelques sommets d'électronique industrielle, nébuleusement dardés de grisaille, où la tension que ses claviers triturés induise supplante celle qu'autrefois il grimait d'électricité et de batterie revêche. Brin Case, un homme seul, à la voix froide et éparpillée, inquiétante et laminée, hantant épisodiquement les plages labyrinthiques de ce second disque, Spirit Design, en totale discontinuité avec les circularités de son premier essai Tense Nature paru en juin 2016, déjà sur Hands in the Dark (lire). Et ce par d'infinis dédales minimalistes, aux entournures chahutées de psalmodies lysergiques (Shipbuilding, Said Your Name), et par une inquiétante liturgie, où la lex humana semble irrémédiablement détournée au profit de machines sonnant le glas, dès l'introductive Uncanny Valley ou White Chapel. Brian Case offre un glaçon à l'orée de l'été, un glaçon confondant de beauté sournoise.

Deux morceaux sont à écouter en exclusivité ci-après : No Immediate Threat et White Chapel. 

Audio (PREMIERE)

Video

Tracklisting

Brian Case - Spirit Design (Hands in the Dark, 25 août 2017)

01. Uncanny Valley
02. Shipbuilding
03. No Immediate Threat
04. White Chapel
05. Ubu
06. Control
07. Cold Space
08. Divider
09. Said Your Name
10. Spirit Design


Lenparrot - Monday Land (PREMIERE)

Lenparrot, repérage signé de l'incontournable label Atelier Ciseaux, a maintes fois été présenté ici. Bonhomme aux effets de voix haut perchés, Romain Lallement a deux EPs à son actif, Aquoibonism et Naufrage, deux petites pièces de collection à la pop caressante, arrangée pudiquement (toujours par Olivier Deniaud) suivant le cours de quelques notes de synthé égrenées sur des mélodies minimalistes et délicates. À l'image de ce mignon tout plein Monday Land, extrait du futur premier album du musicien nantais, And Then He, à paraître cet automne sur le label Jour après jour après jour, produit par son fidèle collaborateur Julien Gasc, lui-même auteur d'une pop à la sensible complexité, et mixé par Yuksek. Une nouvelle vague d'élégance au format long qui promet de bien délicieux moments.

Audio

https://open.spotify.com/track/0ARPinnN02rf7Zi4Vu0BZM


Bootchy Temple - The Flying Woman And Her Secret Pact With The Wind (PREMIERE)

Garde ton carré d'agneau pour plus tard, c'est Howlin' Banana Records qui cuisine ce week-end de Pâques, et régale avec une nouvelle tranche de pop à l'esthétique plus décolorée que tie-dye qui fait onduler la ligne d'horizon west coast qu'elle dessine. Jusqu'à Los Angeles, sinon Bordeaux pour les plus terre-à-terre. Cinq parangons d'un joyeux psychédélisme qui louvoient depuis les sixties jusqu'ici, avec un petit détour eighties griffé Paisley, voici Bootchy Temple, nageant dans un océan d'électricité aux flux et reflux bourrés d'effets décoiffants. The Flying Woman And Her Secret Pact With The Wind est le titre de leur nouveau single et rien que ça, c'est déjà un programme, une épopée à lui tout seul. La fantaisie toute naïve qu'il laisse imaginer est à la hauteur de la tartine de couleurs primaires que la vidéo laisse à voir, l'harmonie de l'enfance à rallonge, Childish Bazar paraîtra le 05 mai, chez Howlin' Banana Records... et Hellzapoppin Records, dernier-né des labels indépendants qui signe avec Bootchy Temple la toute première de ses sorties.

Vidéo

Tracklist

Bootchy Temple - Childish Bazar (Howlin' Banana Records/Hellzapoppin Records, 05 mai 2017)

01. Once In A While
02. Empty Field
03. The Flying Woman And Her Secret Pact With The Wind
04. Space Bubble
05. No One's Face
06. The Boy's Fate
07. Walkin' On
08. Judy
09. A Sad Flower In The Sand
10. Shake Shake Shake
11. Hear
12. Down River


Alpine Decline - Dawn Evacuation by Helicopter (PREMIERE)

Dawn Education by Helicopter est un morceau tiré des sessions réalisées l'hiver dernier à Taipei, qui se sont transformées en ce qui sera notre prochain album Action Moves Away from the Center. Contrairement à nos autres albums, on a choisi de n'utiliser ni batterie ni guitares sur celui-ci, il a été produit entièrement à partir de synthés modulaires. Le disque devrait sortir fin 2017. Pour ceux qui préfèrent les guitares et la batterie, nous enregistrons à Pékin la suite de Life's A Gasp, ça s'annonce vraiment bien.

Écoute exclusive


Anna - May (PREMIERE)

En vrai, Anna s'appelle Martin. Martin Vidy, frérot de l’un des quatre de Volage, groupe qui, l’on s’en souvient, avait si bien remué les âmes sensibles avec Coffee Dreamer, maxi qui s’était permis de remballer en beauté le bruit et fureur de leurs compositions précédentes. Un pied dedans un pied dehors, Anna s’emploie à conserver ce savoir-faire artisanal qui fait les belles heures de la sphère lo-fi tourangelle en y distillant néanmoins deux trois épis pleins de rêve bricolés avec naïveté et force rugosités expérimentales. Et c’est chouette comme tout. Rose comme le visuel de Maria Middtun qui illustre l’album, May décolle les mélodies sucrées (Twin) d’un emballage pop qui pique un peu quand même (Depression Medication Against God's Mom Issues). Anna, psycho cop option porno (cf. SoundCloud), s’ouvre à une psychédélie un rien fantastique où les effets de distorsion s’appliquent à faire de la voix un outil à sottises, on pense par exemple à Connan Mockasin sur Legacy, les cordes restent plus premier degré. Mais à peine, selon le quart d’heure de folie de The Blue Noise. Enregistrement home made hasardeux sur cassette, May est bientôt disponible. Rendez-vous le 10 février chez Howlin’ Banana Records et Un Je Ne Sais Quoi.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Anna - May (Howlin' Banana Records / Un Je Ne Sais Quoi, 10 février 2017)

01. Pavement
02. The Blue Noise
03. Legacy
04. Twin
05. Christmas Song
06. Depression Medication Against God's Mom Issues
07. I'm From May
08. Criticism
09. Ultra Pop
10. Friends


Pola Tog - Rrose Sélavy

Par Stéphanie-Lucie Mathern.

Écouter Rrose Sélavy de Pola Tog, alias Joaquin Urbina. Musique cold-dansante — on danse bien sur les ruines et les tombes, non ? — hommage au dadaïsme et plus particulièrement au dandy Duchamp ; elle commence par une interview où il est question du pouvoir de choquer.

Duchamp a toujours plaidé pour le point d'indifférence. Dandy coldwave, joueur d'échecs précis et implacable. En filigrane ici, l'origine du ready-made, conséquence radicale de la transformation de l'art engendrée par le développement technique du XXe siècle (relire Heidegger) et un amour certain pour l'écriture automatique. La révision est radicale et ressemble à tout ce qu'on aime : un D.A.F moins gay, un New Order plus new, un Crystal Castles qui jouerait moins à la Game Boy, et les grandes heures de Polyrock. Le nom de Man Ray est également mentionné, fameux photographe, qui fit le portrait de Rrose Sélavy en 1921. L'alter ego féminin de Duchamp redéfinit son image d'artiste dans le déplacement identitaire, loin des codes virils.

Marcel Duchamp est un esthète, Pola Tog aussi. L'idée de la création est celle du dandy : il s'agit de faire de sa vie une œuvre d'art. On développe ici sa mise en scène dans un culte du moi résolument moderne. Sauf qu'ici, il y a le détachement et la sobriété, le synthé qui pleure dans son coin. Le clip, suite de séquences filmées à la Super 8 par Joaquin et sa collaboratrice Ana Gale, montre d'ailleurs cette ambiguïté des genres et fut interprétée spécialement par un groupe barcelonais, NES. Le regard est désorienté. L'euphorie est là, mais non-ostentatoire.

Pola Tog est un groupe de synth-dark-pop wave formé à Barcelone par Joaquin Urbina. Il débuta en publiant son premier EP cassette « Rayogramme » en avril 2016 sur le label espagnol Domestica Records. Un son cru crée par hardwave sans usage de l'ordinateur le définit. Rrose Sélavy se présente donc comme une jolie suite ; la version définitive de la sortie vidéo est en ligne depuis le 20 octobre.

Marcel Duchamp disait dans ses entretiens avec Pierre Cabanne : « L'individu, en tant que cerveau, m'intéresse plus que ce qu'il fait, parce que j'ai remarqué que la plupart des artistes ne font que se répéter. »

Tout s'exprime dans l'attitude et une certaine façon d'apparaître, Joaquin Urbina a compris qu'il ne fallait pas trop en faire pour trouver la note juste et ses collages avec la voix du maître restent un bel hommage. La sobriété devrait d'ailleurs être la nouvelle condition du spectacle. Supérieure et raffinée, la posture de l'intellectuel détaché et un peu anesthésié, reste le meilleur remède dans une société qui bascule dans la déshumanisation. Populaire et élitiste à la fois, ce titre emporte par sa puissance et l'on a tranquillement envie de mourir dans son lit. Avec Rrose Sélavy, on transforme l'artiste en star avec une énergie sombre qui sonne comme une apologie de la vie.

Avant-première

Pola Tog - Rrose Sélavy


Bernardino Femminielli - Café Petite Chatte / Goodbye Blueboy

Photo: Malo Lacroix

En attendant de nous livrer le LP tant attendu de Femminielli Noir prévu pour la fin d’année, Bernadino continue d’explorer ses Plaisirs Américains, avec le single Café Petite Chatte / Goodbye Blueboy paru chez Mind Records, électrisantes mélodies qui collent aux tympans comme une tache de sperme au caleçon. On retrouve une fois de plus chez le crooner montréalais ce goût immodéré pour la poésie scabreuse teintée de sensualité moite, alliée à un sens de la rythmique trouvant ses racines dans  le meilleur de l’italo-disco, la synthpop grecque voire l’euro dance nippone. Plus dancefloor que la plupart des titres de son précédent album, les deux morceaux portent néanmoins indéniablement l’empreinte de leur géniteur. Fables baudelairiennes pour gamin(e)s arpentant le trottoir magnifiées par un Joe Dassin angélique sous acide. Deux hits aux accents phalliques qui prolongent l’été indien et impose encore un peu plus le mystère Femminielli comme l’un des artistes incontournables de cette décennie. À savourer sous toutes les coutures et sans aucune modération.

Audio

Bernardino Femminielli - Café Petite Chatte

Bernardino Femminielli - Goodbye Blueboy


Virginia Wing - Forward Constant Motion

Auteur d’un premier essai remarqué il y a deux ans, le plus que convaincant Mesures Of Joy, Virginia Wing, trio (devenu duo) de Birmingham, revient aux affaires en cette rentrée musicale avec l’annonce de la sortie d’un second album, Forward Constant Motion à paraître chez Fire Records le 11 novembre prochain. Succédant à Rhonda,  étonnant EP dévoilé à l’occasion du Record Store Day qui avait poussé un peu plus loin les aspirations expérimentales de ces jeunes musiciens avec cependant le souci constant de ne jamais perdre de vue leur essence mélodique, base indispensable à tout créateur d’orfèvrerie pop, la livraison à venir démontre le souhait du groupe de sortir encore un peu plus des sentiers battus.

Si l’influence de Broadcast est toujours présente, les élans dream pop d'Alice Merida Richards et Sam Pillay, qui pourraient presque par moment leur donner le statut de Fear Of Men à mouvance électronique, sont alimentés par une volonté constante de repousser les limites de la simplicité afin de donner plus de profondeur au propos. Le fantôme de Laurie Anderson vient d’ailleurs bien souvent brouiller les cartes, comme sur cet entrainant ESP Offline, morceau dévoilé en exclusivité sur hartzine.

Voici qui démontre une fois de plus l’éclectisme et le bon goût caractérisant Fire Records, label décidément phare en matière de (re)découvertes.

Audio

Virginia Wing - ESP Offline

Tracklist

Virginia Wing- Forward Constant Motion (11 novembre 2016, Fire Records)
01 Lily of Youth
02 ESP Offline
03 Mecca Cola
04 Grapefruit
05 Miserable World
06 Andalucia
07 Sonia & Claudette
08 Local Loop
09 Be Contained
10 Permaboss
11 Hammer A Nail
12 Move On
13 Baton
14 Future Body