Bernard Fevre - Orbit Ceremony 77

Par Stéphanie-Lucie Mathern

Est-on en avance ou en retard sur notre temps ? C'est à cette question que Bernard Fevre – et les pionniers de façon générale – a tenté de répondre. En effet, Bernard débute sa carrière à 16 ans dans un groupe appelé Les Vicomtes, puis Les Flâneurs, avec lequel il décrochera des contrats avec Regine et Barclay en faisant du music-hall « pour bouffer ». En 73 les choses sérieuses commencent avec la découverte de Vangelis et l'obsession pour certaines boucles entendues à la radio. Il décidera donc de se créer un « Mister Hyde », double diabolique, ce sera Black Devil Disco Club. Il sortira 4 albums expérimentaux : Suspense, Strange World of B. Fevre, Disco Club, ainsi que Cosmos 2043, qui évoque déjà un lointain proche avec son tube Earth Message.

Influencé par Jean-Michel Jarre, Moroder, mais aussi par une variété transgenre comme celle d'Amanda Lear, ses morceaux sont des pépites de library-music qui ne dépasseront pas les rayons des collectionneurs, alors que c'est aussi puissant que Pierre Henry qui reprendrait le générique d'Intervilles ou Neu ! qui déciderait d'illustrer Tetris. C'est seulement en 98 qu'on s'intéresse à lui grâce aux samples des Chemical Brothers et la réédition d'Aphex Twin. En 2010, il revient avec Circus où il invitera quelques légendes comme Afrika Bambaataa, John Spencer et Nancy Sinatra. Le succès est là. Enfin. Il est adulé par Daft Punk, Justice, Metronomy et continue d'être dragué par une jeunesse en manque de psychédélique avec une compile de remixes de ses hits disco-underground baptisée H. Autant de bandes originales de films qui ne se réaliseront jamais.

Aujourd'hui – le 2 septembre – on célèbre la sortie de sa nouveauté antique : Orbit Ceremony. À l'origine produit en 76/77, Bernard exhume et dépoussière son album perdu. Ça sent le cuir patiné et le futur proche. L'équilibre des sentiments par la boîte à rythmes et le synthé libre-penseur sont toujours là. La Sheila de Spacer et des reprises des Talking Heads aussi. On entend le jazz de Moondog et Zappa, les japonaiseries de Yellow Magic Orchestra, l'Allemagne des autoroutes et des ascenseurs de Krafwerk, l'Afrique d'Éthiopiques et même le Sud de Jean Ferrat.

Bernard Fevre se résume dans les titres de son album de 1 – That is to be à 11 – Testmaker. Musique intemporelle qui dessine une personnalité, celle de la dynamis – chère à Aristote – la puissance enfantine qui n'oublie pas de voir la poésie d'une sonnerie de téléphone, surtout si elle est aussi belle que le neuvième morceau, Out of Dark. En France, aller contre les habitudes peut prendre un peu plus de temps, mais le talent finit par se faire entendre. Orfèvre – sans jeu de mots – du cool, il prouve que le temps n'a pas d'importance.

Tracklist

Bernard Fevre - Orbit Ceremony 77 (2 septembre 2016, Private Records)
01. That Is To Be
02. Foxy Spleen
03. Max Stroke
04. Mestophiles
05. Nebulous Melody
06. Not Be Wary
07. Out Of Dark
08. Paste Merge
09. Raw Beat
10. Space Angle
11. Testmaker


John Chantler - Which Way to Leave

Falling Forward arrive comme la première chute à vélo, sèche et râpeuse comme le bitume sous les genoux nus; irrégulière, hérissée de minuscules caillasses qui écrasent et taillent les chairs piégées entre rotule et goudron. L’ouverture frappe de plein fouet et déséquilibre comme un coup de pédale asynchrone quand c’est la cadence qui devrait stabiliser l’élan. Paradoxalement, c’est par son arythmie que Which Way to Leave crée sa propre cadence: un pouls irrégulier, une agogique très humanisée constellée d’accentuations, de relâchements, de pulsations qui questionnent davantage l’espace et le mouvement que le temps, dans un dénis sensible des structures linéaires classiques.

Malgré un renvoi trompeur à la mesure, Two and Four prolonge l’imprévisibilité déstabilisante de la première piste en crachotant une noise industrielle hantée par Throbbing Gristle. Le morceau se construit seul, entrelacs de sinusoïdes tentaculaires et libres qui donnent le sentiment étrange d’un déphasage; pas seulement d’un jeu d’ondes modulées se tournant les unes autour des autres, mais aussi d’un déphasage quantique, comme un écho pulsatile perdu entre deux branes d’un multivers. L’espace d’expression de Chantler est inorganique, automorphique et surtout multiple, faisant coexister sur un même plan à quatre dimensions des strates bouleversées, enchevêtrées dans un chaos ou perce un signal récurrent, isolé dans Clearing et All Visible Signs mais noyé ailleurs: dans Fixation Pulse par exemple, qui rappelle, comme d’autres, ces paysages sonores composés par Christian Zanési pour les Maîtres du Temps de René Laloux. La pulsation reste maîtresse, entre emballement et placidité, cherchant sa poésie personnelle comme on cherche son souffle, se frayant un chemin entre interstices et béances, évoluant dans Lesser Demands en une série de borborygmes d’une aventure intérieure dans un corps sans forme définie, à la résonance assourdie.

En quelques escamotages sonores, Chantler bascule de l’analogique à l’anatomique et inversement, déjoue les échelles et transmue les matières par le seul pouvoir de l’onde. C’est cette même onde qui, évoluant d’une vrille électrique aiguë et libre dans First December, paraît engendrer ses propres réverbérations, condamnée à rebondir pour l’éternité sur son écho dans un tumulte étourdissant et interminable de plus de dix minutes. C’est une cacophonie à la volumétrie changeante qui vient frapper de ses milliers de cuivres l’enclume d’esgourdes anesthésiées par une épiphanie de bonzes dans leur dernier mantra précédant le nirvana, avant de se conclure dans Second December sur un long accord déphasé de 2 minutes 35 ponctué de fréquences diverses se fanant, avec grâce, en un bouquet irisé jusqu’au blanc harmonique et absolu, réduisant à néant l’idée jusqu’alors concevable de donner à cet album une géométrie accessible au cerveau humain.

Le fait est que morceau après morceau, Chantler parvient à ce que chaque fréquence crée sa propre aventure, produise son rythme, son cycle. En bout de course, ce cycle ne se termine ni sur une piste, ni même sur l’album mais se reconduit lui-même, à l’image d’un ouroboros se dévorant à l’infini dans un impitoyable recommencement enthousiaste célébré par l’ultime track, Beginning Again, une pluie de dissonances salvatrice et cristalline conduite jusqu’au grésil final. Et on redonne un coup de pédale.

Vidéo

John Chantler - Falling Forward

Tracklist

John Chantler (26 août 2016, Room40)
01. Falling Forward
02. Two and Four
03. Clearing
04. Fixation Pulse
05. Lesser Demands
06. All Visible Signs
07. First December
08. Second December
09. Beginning Again


Lonely Life Lovers Club - Boys Do Cry

En école d’art comme ailleurs, parfois, il y a des petits miracles, un groupe affinitaire, des singularités, des étudiant-e-s qui utilisent brillamment des concepts pour faire des petites sculptures, des peintures ou des vidéos monstrueuses sensées et sensibles, un groupe ou un mouvement qui se crée autour d’un médium, d’une pratique,  et qui font des films ou des performances géniales, un-e étudiant-e qui fait des installations dingos sorties tout droit d'on ne sait où, des objets étranges, des costumes, etc. Bref, une émulation qui tend à faire dépasser la médiocrité du réel vécu et à s’engager dans des pratiques plastiques et théoriques.

Des fois, souvent, donc au milieu du grand creux, de la «subversion », ou de la « vie intense » qu’on devrait mener comme dans les plus belles injonctions /nominations du capitale, émergent des labels ou des œuvres bouleversantes de sincérité, le fond et la forme.

LLLClub commence comme une blague d’adolescent torturé au milieu d’une ville triste et désastreuse de bêtise. Une ville cathartique qui serait, disons le, une sorte de ville du pire. Un type décide de composer 100 morceaux pour apprendre à jouer de la musique, un autre ose enfin faire écouter les pistes qu’il faisait dans une autre chambre mansardée non-loin de là. De la rencontre des deux, naît l’envie de monter un label. Et de cette idée qui germe finit par sortir une K7.

Deux musiciens, Knut Vandekerkhove et D.A.S (Dead Acid Society), neuf titres et une grosse quarantaine de minutes plus tard, on est dans ce qui serait peut-être une tentative de techno bizarre. Une techno qu’on verrait bien entre quatre murs de béton, ou une friche ouverte pour l’occasion. Entre synthés modulaires, kick agressif, percussions étranges, voix sorties d’on ne sait où, des mélodies bien noise et parfois des rythmiques à contre-temps, la tentative est belle et vraiment réussie. Dans Boys Do Cry, c’est un peu comme si chaque morceau était la tentative d’explorer quelque chose. Un synthé particulier, une manière de concevoir la rythmique, une manière de créer la tension. Parfois très percussif, parfois très mélodique, il y a presque quelque chose d’un manifeste de gestes et de tentatives dans cet EP. Comme si au fond, Boys Do Cry n’était que la première tentative réussie d’une longue série d’expérimentation autour de la techno et disons-le grossièrement, de ce que véhicule son « genre ».

Il y a quelque chose d’une énergie particulière dans cette première sortie de Lonely Life Lovers Club et quelques morceaux qui marquent plus spécifiquement l’oreille. AT 152 ou AT 162 dans deux registres vraiment différents, l’un plutôt assez brut avec une percu dont on ne sait pas trop d’où elle vient, et l’autre extrêmement étendue et mélodique, avec une sorte de joyeuse base de synthés qui pourrait ressembler à une invitation à multiplier nos puissances d’agir. Et puis sur l’autre face B1, intro noise assez sourde et inquiétante, et B4 qui a quasi un côté ethno-techno dans le choix des percussions et dans la manière de tenir la tension de la rythmique.

Bref, Lonely Life Lovers Club semble offrir une belle perspective et ça semble être une bien jolie aventure qui s’ouvre. Gageons que la prochaine sortie arrive très vite, on en serait ravis!

Audio

Tracklist

Lonely Life Lovers Club - Boys Do Cry (1er août 2016)

01. Knut Vandekerkhove - AT 151
02. Knut Vandekerkhove - AT 156
03. Knut Vandekerkhove - AT 152
04. Knut Vandekerkhove - AT 162
05. D.A.S - B1
06. D.A.S - B2
07. D.A.S - B3
08. D.A.S - B4
09. D.A.S - B5


Jesse Osborne-Lanthier - A.T.L.H.F.V.A.M.L.T.H.A.T.U.

Ça n’en finira donc jamais sur le label du Texan Rabit, une sortie, une calotte. C’est déjà la sixième. Et cette fois encore, elle est absolument monstrueuse. Toujours le même format, une trentaine de minutes, entre mixtape et EP, et toujours la même efficacité des sorties d’Halcyon Veil...

Jesse Osborne-Lanthier, est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il sort beaucoup de choses, dans des labels aussi différents que Raster-Noton, MIND Records, Where To Now? ou bien pour celle qui nous intéresse Halcyon Veil. Il vit également entre deux continents, à Berlin et à Montréal principalement. On pourrait dire qu’il est un croisement entre la techno, l’électro-acoustique et l’expérimentation large de l’électronique. Cette esthétique, hybride et chimérique, c’est ce qu’on trouve dans A.T.L.H.F.V.A.M.L.T.H.A.T.U. Mi mouvement mécanique, mi grime, mi expérimentation, mi électronique noire.

L’EP se découpe en huit petits mouvements qui vont du bruit mécanique à une sorte d’électroacoustique proche d’une esthétique GRM drone, en passant par quelques re-visitations des ossatures grime, ou encore un travail sur des fréquences sonores qui font penser à la voix humaine. On retrouve bien sûr aussi quelques traits des expérimentations néo-vogue, quelques signaux, quelques sonorités qui nous font nous figurer cela en tout cas. C’est comme si parfois Jesse Osborne-Lanthier réduisait à des figures minimales de reconnaissance possible les sons qu’il utilise. Tel mouvement évoquant telle esthétique. Il y a comme une sorte de dé-construction en tout cas, quelque chose de l’ordre du décortiqué pour n’en garder qu’une chair passée à la moulinette de la vitesse ou de la lenteur. Ce travail de la vitesse et du rythme est essentiel dans cet EP. Les accélérations et les décélérations sont permanentes, jusqu’à en faire une figure, un des tropes de l’EP. Ce travail du rythme est ici une manière de produire le sonore. Décélération et accélération, changeant parfois imperceptiblement les fréquences utilisées par Jesse Osborne-Lanthier.

Le tour de force est toujours de rendre une matière monstrueuse, narrative, à savoir donc une matière hybride ou chimérique, qui mélange les genres. Ici le pari est d’en faire une matière narrative non hiérarchique, une matière narrative sensible, où l’on peut broder à travers les différents mouvements de l’EP, ses propres histoires, ses propres fils d’imagination. Et dans ce cas précis, on peut dire que c’est un coup de maitre réussi par Jesse Osborne-Lanthier. Il y a presque quelque chose dans cet EP de la sorcellerie, ou d’une potion qu’on mélange à différentes vitesses pour en faire varier les effets ou les goûts. Quelque chose de l'ordre, en tout cas, d'un paganisme sonore. Presque une partition mystique, ou bien au contraire une partition solaire. Sans doute cette impression vient du dernier mouvement en featuring avec Bataille Solaire. On y retrouve des voix d'église bizarres, comme celles d'un rituel inconnu. Voilà, cet EP a quelque chose du rituel inconnu.

En tout cas, il y a cette idée d’une matière tendue, et d’une matière troublante. Les matières sonores sont tantôt très rugueuses, tantôt très bizarres, tantôt tourbillonnantes, tantôt linéaires, d’ici ou là surgissent des fréquences improbables, des court-circuits à la linéarité éventuelle de l’EP. On est toujours débordés par les pistes, toujours à côté de ce que l’on attend, toujours ailleurs de ce que l’on peut imaginer. Cette force-là est assez rare. Il n’est pas question, ici, d’expérimentation abstraite, mais bel et bien d’expérimentation sensible, de celles qui vous font pour un temps changer un rapport au quotidien, à la durée, au temps, à l’espace parcouru, à la médiocrité du réel. Ces sorties-là ne sont pas si nombreuses, et il nous paraissait nécessaire de le souligner. L’insurrection sensible par la musique a de beaux jours devant elle. Tentons d’imaginer nos fictions et nos récits pour l’accompagner.

C’est en tous les cas, encore une bien belle sortie chez Halcyon Veil, et on en est très heureux. On pense presque à aller s’installer au Texas, au moins sur Soundcloud.

Audio

Jesse Osborne-Lanthier — A.T.L.H.F.V.A.M.L.T.H.A.T.U.

Tracklist

Jesse Osborne-Lanthier - A.T.L.H.F.V.A.M.L.T.H.A.T.U. (27 juillet 2016, Halcyon Veil)

01. North Face Killah
02. Microchipped
03. Submitting To A Pile
04. Weed Kit
05. Web MD
06. That Captagon Sting
07. CRS
08. Velocity, Bilocation, Pyrokinesis (feat. Bataille Solaire)


N.A.A.F.I - Pirata 3

Voilà, c’est maintenant un marronnier depuis trois ans, le collectif mexicano-andin N.A.A.F.I sort sa compilation pirate. Pirate parce qu’elle est composée entièrement de mash-ups et autres bootlegs. On y retrouve aussi bien des tubes de la pop music, que les productions du collectif. Rihanna feat. Paul Marmota remixé par LAO, LAO remixant Justin Timberlake, Rafa Maya feat. M.E.S.H, ou bien encore Alejandro Paz de Cómeme remixé par Imaabs. Au milieu de tout ça, beaucoup de DJ ou de beatmakers brésiliens et plein d’edits de Zutzut ou de Moro (dont on a déjà parlé pour un album signé chez NON). D’ailleurs, on retrouve un remix du premier projet réalisé entre NON et N.A.A.F.I, Embaci, sous la houlette d’OMAAR, autre DJ bien cool qu’on a pu voir dans les soirées Ressources du Nouveau Casino.

N.A.A.F.I est un collectif vraiment bizarre, vraiment monstrueux, l’hybridation des genres est inscrite dans son identité comme la techno pourrait être inscrite dans les gènes de Laurent Garnier. Depuis quelques années maintenant, ils remettent à la fois au goût du jour le ballroom en Amérique latine, et notamment au Mexique, mais organisent aussi des soirées, diffusent sur des radios, et inventent une nouvelle forme du club. Une forme non ethno-centrée. Une forme qu’il est parfois un peu compliqué d’apprécier pour certains puristes de l’électronique. N.A.A.F.I organise aussi des expositions et divers événements qui ne sont pas proprement musicaux et ils participent de la bien grande vitalité de Mexico en ce moment. Parfois aussi, on les voit mixer sous le nom Mexican Djihad. On dira que N.A.A.F.I est sans doute un parent ou un pendant du collectif NON qu’on a beaucoup chroniqué. À une différence près, N.A.A.F.I ne travaille pas exclusivement avec la diaspora, ils sont quasiment tous basés en Amérique latine.

Musicalement, on est dans la définition même du monstre baroque et de la musique monstrueuse. Électronique au sens très large, on vole de la jungle au reggaeton, en passant par le dancehall, le calypso, les percussions andines, la pop la plus dégoulinante, le grime, la trap, le hip-hop brésilien, ou la techno andine. Et c’est un bref aperçu de toute l’hybridité des compilations Pirata. Il y a même une sorte de morceau hard trance de Zakmatic qui ne manque pas d’intrigue… Bien sûr, on ne commentera pas chacun des 28 morceaux de la compilation. Mais ce qui est intéressant avec N.A.A.F.I, comme avec NON, c’est peut-être qu’on est en train d’assister à un assaut sur la musique électronique, et un assaut qui pour une fois n’est pas issu de notre universalisme occidental. Et cela, c’est peut-être déjà une forme de mini-insurrection. En tout cas, c’est une démarche politique certaine, et une démarche assez radicale. On ne va pas parler de déconstruction, il ne s’agit pas de ça, mais néanmoins il y a quelque chose d’une tentative de faire de la musique autrement, en utilisant d’autres matériaux, et d’autres manières d’imaginer la musique.

Autre fait notable, on trouve pas mal de Sud-Africains dans les mash-ups, ce qui confirme que N.A.A.F.I et NON ont sans doute encore de beaux jours et de belles collaborations devant eux. En tout cas, c’est un intéressant renversement d’hémisphère qu’il va nous falloir suivre avec beaucoup d’attention. Une sorte de connexion du monstrueux, du queer pour produire le club de demain, c’est assez joli à imaginer. D’ailleurs, ça n’est peut-être pas un hasard si on retrouve un mash up avec Venus X. Quelque chose est en train de se jouer entre un développement des scènes électroniques mexicano-andines, africaines et les diasporas minoritaires afro ou latino. Une insurrection via les minorités racisées ou sexuelles, d’habitude dominées, ça ne manque pas d’intérêt, et en tout cas ça nous rend bien curieux de l’insurrection queer de la musique électronique qui est à nouveau en train de se produire.

Le devenir-monstre en musique, ça parait quand même un peu classe. Mettre fin à une reproduction permanente des comportements et à la mollesse générale via l’hybridation, l’indésirable a priori, et l’ingouvernable… Du fauve, du sauvage et de l’intempestif dans tous les clubs, ça n’est pas pour demain, mais en tout cas il est en train de se jouer quelque chose d’important , quelque chose de l’ordre d’un renversement des circulations et des flux connus. Comme chacun sait, pour voir venir l’insurrection il ne suffit pas de bloquer les flux, il faut aussi les détourner, les renouveler et en créer d’autres. Court-circuiter la vie quotidienne par la musique bizarre, voilà déjà une étape qu’il va nous falloir suivre dans d’autres trajets.

Alors peut-être, qu’il est temps, avec N.A.A.F.I ou avec NON, de devenir nous aussi, monstrueux, pirates, ou bien simplement de s’émanciper de la mollesse générale et des injonctions à la moralité ou à la normalité dont nous ne sommes pas dispensés dans la fête ou dans l’intime. La normalité d’aujourd’hui n’est pas forcément autre chose qu’une posture transgressive. Peut-être qu’il est temps de tracer des voies diverses, des voies multiples, des voies sensibles et de se repencher enfin sur la question du sens et du sens politique dans la reproduction permanente du même qu’est souvent notre quotidien à tous. Et si on peut le faire avec une compilation, c’est bien avec celle-ci.

Ah oui, et en plus vous pouvez la télécharger gratuitement avec un simple clic droit. Court-circuiter les flux donc. Décolonisons tout, jusque dans la musique, jusque dans notre plus intime, ça ira sans doute mieux. Peut-être.

Audio

N.A.A.F.I - Pirata 3

Tracklist

N.A.A.F.I - Pirata 3 (19 juillet 2016)

1. LA GOZADERA (LECHUGA ZAFIRO CUMBRELATINX TOOL) – GENTE DE ZONA FT. MARC ANTHONY
2. MOET (IMAABS REWORK) – D ENYEL FT. MIKY WOODZ
3. AIRE SUENAN LAS ALARMAS (PIRATA MIX) – PAULMARMOTA X JKING & MAXIMAN FT YAVIAH
4. SPEND THE NIGHT EDIT – PNB ROCK FT. FETTY WAP X ZUTZUT
5. DASCE DANADINHA X ACID – MCS ZAAC E JERRY X IMAABS
6. RECUERDOS DE MY LOVE BOOTLEG – LAO X JUSTIN TIMBERLAKE
7. SAPOS Y DEMONIOS X DALE PA CA BOOTLEG – LECHUGA ZAFIRO X KENDO KAPONI
8. BUST X FOLLOW MUTE (SANTA MUERTE BOOTLEG) – RAFA MAYA X MESH
9. PHONE DOWN ZZ EDIT – ERIKAH BADU
10. BAD GIRL SPANISH REFIX – TRAXMATIK FT. EEVEE
11. DÉJÀ VU SINIESTRO X EL CADERAZO (ZAKMATIC TRA DEMONIO EDIT) – HOCICO X DEEJAAY QIICKEE
12. SI TE DEJAS LLEVAR 2016 EDIT – OZUNA FT. JUANKA X DJ BEKMAN & DJ AZA
13. DEJA TU ESTRES (ZUTZUT EDIT) – LOS TEKE TEKE
14. CLOAK ENGANGED X TU CUERPO ME ARREBATA (WASTED FATES BOOTLEG) – YAN KEEN X TRÉBOL CLAN X J ALVAREZ
15. TRAIANA X SAOCO (TAYHANA BOOTLEG) – SODA PLAINS X WISIN FT DADDY YANKEE
16. DAME MI BANDA (SINFUL REACTIONS EDIT) – EL MEGA X ZAKMATIC
17. GOLOZA X DJ BEKMAN EDIT – IMPACTO MC
18. LOUCO X HOL (SANTA MUERTE EDIT) – B. HYZZ X MC BRISOLA
19. WE FOUND COLAPSO (LAO BOOTLEG) – PAUL MARMOTA X RIHANNA
20. METELE (OMAAR RMX 2) – ZUTZUT
21. CAVE THONG (LAO BOOTLEG) – OLY X SISQO
22. MASSIVE BANG (PININGA EDIT) – MC MENOR DA VG X RUDEBOYZ
23. SAD SNIPER EDIT – DEADBOY X SANTA MUERTE
24. ERIKA KANE X DENSIDAD CERO (LAO REMIX) D33J EDIT – SPEAKER KNOCKERZ X IMAABS
25. BEAUTIFUL GORGEOUS X GOLDEN GIRL (PININGA EDIT) – MC MENOR DA VG X VENUS X
26. EL HOUSE (IMAABS TRASH EDIT) – ALEJANDRO PAZ
27. MENEITO BOOM BOOM ANGELELA PRAYER MIX – MORO X MISTA JAMS X KELELA
28. FREQUENCY (OMAAR RMX) – LAO FT. EMBACI


SKY H1 - Motion

Il manquait encore un album de l’été, tradition quasi millénaire des barbecues , c’est toujours un immanquable mélange entre mignon, fleuri et parfois neu-neu sucré. Bien, pour une fois, et on ne s’attendait pas trop à le trouver là, c’est Code, sublabel de PAN qui gagne la palme de la sortie « summer », et c’est très loin d’être neu-neu sucré.

Les lauriers reviennent à une très chouette productrice belge, SKY H1, dont on a déjà parlé puisqu’elle a collaboré entre autre avec le Bala Club et le plus confidentiel collectif berlinois Creamcake. La trame est un peu celle-ci : de l’ambient le plus mignon à une sorte de structure grime toute aérienne. Beaucoup de mélodies au synthé, de percussions clairsemées ici ou là, et beaucoup de cette émotion qu’on aime retrouver dans les sorties de PAN, un travail sensible quoi. SKY H1 explique que Motion est pour elle le moment d’un état émotionnel, une manière d’entrer dans un autre mouvement. Et effectivement ça se ressent à l’écoute, des morceaux sont plus tumultueux, presque plus sombres, à l’image de Night/Fall/Dream, Land ou I Think I Am. D’autres, au contraire, comme Air ou Hybrid qui ouvrent sont tout ce qu’il y a de plus vaporeux-jouissif à l’heure de l’été. Vaporeux mais pas neu-neu donc…

Il y a, en tout cas, une assez grande distinction et une assez grande précision dans les compositions proposées par SKY H1. Quelque chose de léché, de soigné, de très travaillé, notamment sur l’usage des percussions et autres petites basses, jamais elles ne viennent étouffer les nappes de l’Elysian qu’elle utilise, au contraire, il y a quelque chose d’un travail de ponctuation, quelque chose d’un travail de soulignement, de rythme. Vraiment, oui, il y a quelque chose de très distingué (au très bon sens du terme) dans ces mélodies, quelque chose qu’on retient pour sa qualité en tout cas.

Ce qui est certain en tout cas avec Motion, c’est qu’il a ce petit plus de sensible, d’émotion qu’on aime énormément et qu’on ne pensait pas retrouver dans ce qui s’apparentait parfois à une désespérante scène post-vaporwave, néo-R’n’B. Là, on est bel et bien dans une petite pièce de bravoure, dans une orfèvrerie vraiment très impressionnante, en d’autres termes une petite pépite. Le genre d’album qui vous fait changer d’humeur pour la journée, le genre d’album qui vous fait vivre un peu plus intensément le temps du quotidien. Parfois mélancolique, parfois euphorisant, et puis quand même avec un tube incroyable : Air...

Finalement, Motion, c’est un peu comme découvrir un jardin abandonné au bord de l’eau, ou une petite jungle à côté de la grande route. Ça donne un peu envie de s’y réfugier et d’y rester pour observer, mais d’un peu loin, ou d’y dormir, ou d’y batifoler, ou d’y donner des rendez-vous secrets, ou de retrouver un amour perdu, ou des âmes qui errent, ou d’y fonder des partis ou des patries imaginaires, c’est au choix, mais c’est vraiment ce genre de sensible-là qu’on y trouve, une multiplication des fictions possibles et c’est vraiment très beau. Juste grande classe et jolie petite claque.

Audio

SKY H1 - Motion

Tracklist

SKY H1 - Motion (PAN, 15 juillet 2016)

01. Air
02. Hybrid
03. Night/Fall/Dream
04. Tell Me
05. Land
06. I Think I Am


Alexandre Bazin - Full Moon

L’ouverture est immédiate, abrupte, immergeante. L’introductif One Plus One semble avoir été composé comme une suite mathématique, une séquence de Fibonacci qui ne se prolonge que parce qu’elle est le résultat des deux unités précédentes. C’est un code ronflant et tintinnabulant traité par une ligne de basse monosyllabique et austère qui ne se révélera pas beaucoup plus volubile dans le morceau suivant Outsiders, dont la discrète expressivité sert d’abord les modulations de claviers numériques rappelant l’orgue et le clavecin. Harmonisées dans une structure redondante, elles servent de soutien à des soli de flûte, seul instrument totalement libre de la plage, jouant à cache-cache avec les autres stems avant de faner, comme le reste, dans un crépuscule chaud étiré à l’infini. Tombe la nuit, décide soudain Bazin qui prolonge son approche néo-classique amorcée à la flûte par une brève berceuse au piano, The Glass Key, dont Arvo Pärt n’aurait pas boudé le minimalisme et la délicatesse. Son œuvre, c’est celle-ci, cette dimension cartésienne de l’émotion, l’empathie à travers la structure, maîtrisée, contrôlée. En trois scènes, le Parisien membre du Groupe de Recherches Musicales, à l’occasion partenaire de Jonathan Fitoussi, laisse entrevoir un univers personnel entre traduction cinématographique et métonymie cosmique.

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Comme un prologue, ces trois premiers morceaux ouvrent un album entièrement acquis à la nuit, peut-être bien un album concept. L’orchestration, sans se départir de son ambient minimaliste, gagne en générosité, en trames de fond aux bourdonnements électrisants, suspendus dans l’espace sans révéler leur origine. Youth, par exemple, murmure un blues à l’immortalité robotisée, où subsiste la conscience de l’éternité placide d’un humanoïde au vieillissement inutile. Plus véloce, Runaway esquisse une indolence hispanisante avant de se défiler en une échappée dont les kilomètres s’égrenent à travers une rythmique progressive et répétitive, avant de laisser fuir les premières notes post new-age d’un Silence Of The Sea dont les nappes façonnent un ressac clairsemé de rivage sans tourment. Plus loin, Full Moon, qui donne son nom à l’album et en justifie l’approche concept, joue avec l’espace et le temps dans un phasing craquetant qui perturbe l’équilibre et la concentration: la fuite prend une dimension flottante qui ne trouvera son issue que dans l’envolée ultime de Nova Express et son esthétique kosmische appliquée à une série de sons 8 bits. L’album se referme sur une ascension qui ne rejoindra plus la terre ferme.

Si la brièveté des morceaux empêche le côté extatique des compositions de s’installer bien longtemps, la faute — en est-ce une? — en incombe au penchant de Bazin pour l’ossature mélodique et le métissage des influences qui n’ont pas besoin, chez lui, de plus de cinq minutes pour libérer leur sensibilité. De la même façon qu’un poème peut parfois souffrir de sa longueur et émousser sa stylistique trainante sur d’interminables vers, la musique cherche d’abord sa structure avant de relâcher son émotion.

Audio

Alexandre Bazin - Night Riders

Tracklist

Alexandre Bazin - Full Moon (Umor Rex, 22 juillet 2016)
01. One Plus One
02. Outsiders
03. The Glass Key
04. Night Riders
05. Youth
06. Runaway
07. Silence of the Sea
08. Followers
09. Full Moon
10. Space is the Place
11. Nova Express


Mistress - Hollygrove

Mistress, producteur basé à la Nouvelle-Orléans, sort un album sur le décidément toujours excellent Halcyon Veil, label de Rabit. On pourrait dire qu’il s’agit d’un album de grime expérimental qui va du sample le plus classique du hip-hop au glitch le plus bizarre de l’expérimentation. Enfin, du grime on ne retrouve qu’une structure, disons, osseuse. Les codes et les tropes minimaux du genre. On est parfois face à un morceau électronique, parfois face à ce qui pourrait être une instrumentation hip-hop. On retrouve aussi quelques sonorités « vogue », ghetto house, UK, et bass music.

Six morceaux dans cette sortie, et une tension assez palpable, quelque chose de l’ordre d’un équilibre menaçant, d’une structure tendue qui ne tient que par des raccords, des accroches invisibles. Le tout s’articulant autour d’une géographie sonore imaginaire qui ferait des trajets permanents entre US et UK. C’est un album hybride et hétérogène, « monstrueux » donc, où l’on retrouve tout aussi bien les figures d’un genre aussi précis que le grime, que des nappes de synthés d’église, et des mélodies, disons, baroques. Kanagawa Homicide et Behemoth font penser quant à eux à une expérimentation US/Latino Club, un peu un croisement entre Bala Club et Kunq. Il y a une vraie émotivité dans Hollygrove, et c’est une chose assez rare pour la souligner. Quelque chose de l’ordre de la production de sensations et peut-être plus largement de sentiments. Un espace sonore sensible.

En tout cas, il s’agit d’une exploration et d’une expérimentation réussies, et Mistress signe avec Hollygrove la cinquième (déjà) brillante sortie du le label du Texan Rabit, voilà qui semble prometteur pour l’avenir proche et lointain. Par ailleurs, il est quand même assez incroyable de constater le retour des problématiques du baroque, cinq siècles après ses dernières explorations. En musique, comme en esthétique ou en philosophie… Hybridité, hétérogénéité, mélange et multiplication des genres, figure du monstre, de l’anormal, identité multiple, voire désidentification, etc… Mais peut-être que produire le baroque du XXIe siècle est, qui sait, un des objectifs d’Halcyon Veil.

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Mistress - Hollygrove

Tracklist

Mistress - Hollygrove (2 juillet 2016, Halcyon Veil)
01. Lie Dormant
02. Hollygrove
03. MJOLNIR
04. Kanagawa Homicide
05. Behemoth
06. Gatekeeper


Stefano De Ponti & Nina Haab - Calce

Il est sans doute possible d’échelonner tout ce qui a trait à la minéralité dans la musique sur une droite qui partirait de la new age coulante utilisée dans les séances de lithothérapie du Marina Abramovic Institute pour rejoindre le jeu brut et rugueux des sculptures sonores du formidable mais défunt Pinuccio Sciola — un grand écart rempli de versatilité sur l’approche comme sur le fond. On peut en revanche y relever une certaine constante, c’est que cette minéralité est en prise directe avec l’expérience et la sensation. C’est le résultat de la progression de l’état brut de la matière à son expression humanisée: dégrossie, ciselée, sémantisée, elle transmet son contexte, son histoire, et pour certains ses bienfaits.

Le projet Calce (« chaux » en italien) interroge à sa façon le rapport au minéral dans une mise en abyme géologique où le langage des strates entre en résonance avec l’histoire de cette région du Jura suisse entourant la bourgade de Saint-Ursanne. Pensé puis travaillé à deux dans le cadre d’une résidence sur l’ancien site des fours à chaux, aujourd’hui transformé en espace culturel pluridisciplinaire, Calce revisite la mémoire du lieu à travers les performances sonores de Stefano De Ponti et l’édition de l’artiste visuelle Nina Haab, qui rassemble images et témoignages des habitants dans un design dominé par le crayeux du calcaire. De Ponti s’appuie sur l’architecture et le passé sidérurgique du site pour en extraire, à sa manière et dans un parallèle abstrait avec le travail de Haab, des témoignages grinçants, crissants, perlants rassemblés en une chimie acousmatique qui, sur les sens, se substitue au contact tactile de la roche et de sa transformation progressive. C’est le discours des fours à chaux centenaires et de la calcite millénaire, étiré à l’infini par des interlocuteurs pour qui le temps ne compte pas.

Le Premier Son, qui ouvre l’album, est en fait un premier souffle, un halètement humide dégorgé par les profondeurs glaciales et rendu à la vie dans Il Ronzio degli Insetti et son approche concrète aux enregistrements graduellement stratifiés, tantôt vociférant, tantôt soupirant, martelant le métal avec méthode comme pour dompter la sauvagerie retenue de ce morceau cyclothymique. L’album restera fidèle à cette confusion, partagé entre ses nombreuses émotions à l’exemple de K’AN qui psalmodie avec fureur et désespoir un extrait de l’édition de Haab, appuyé par une rythmique syncopée et urgente avant de s’apaiser, en chevauchant le titre emblématique du travail du tandem, Spoken Stones, qui laisse glisser l’auditeur au cœur de la minéralité. Soupirs cristallins, frottements sableux, résonances alcalines, sa longueur donne le temps de circuler entre les couches et matières sédimentaires, non pas en plongée mais en circonvolutions, à la manière d’un filet d’eau se frayant un chemin entre les densités rocailleuses avant de gagner la grotte dont il contribuera à créer les stalactites sans âge. Une éternité confortable, comme cette plage de 22 minutes. Plus acoustique (piano, cordes…) sur les deux dernières pistes HSU et Miniatures, l’approche de cet album étale sa diversité dans un final au minimalisme caractéristique mais dont la texture est, comme ce qui précède, dominée par le contexte sonore — celui de l’enregistrement puis celui du message. Le tout donne à entendre une lecture intéressante de la minéralité en musique, vécue ici aussi sous l’angle de l’expérience et de la sensation.

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Stefano De Ponti & Nina Haab - Calce

Tracklist

Stefano De Ponti & Nina Haab - Calce (Kohlhaas, 2016)
01. Le Premier Son
02. Il Ronzio degli Insetti
03. K’AN / airy abysmal
04. Spoken Stones
05. HSÜ / haunt of waiting and nourishment
06. Miniatures (Bonus Track)


Puberty - Puberty

Si l’on demandait à chaque personne lisant ce papier de définir ce qu’est la puberté, il y a fort à parier que la plupart des réponses qu’on obtiendrait débuterait par nichons et teubs et finirait par poils et règles. Un jargon bien débile, rapport à l’âge ou aux sacro-saintes hormones, qui fait toujours son petit effet. Venant de la part de la tête pensante de The Intelligence, ça va, on est large, ça aurait très bien pu être pire.

Ainsi donc va la vie pré-adulescente de Lars Finberg, full score sur l’échelle de Tanner, qui s’autorise sur ce coup une embardée enflammée du côté de Born Bad. Accompagné de la claviériste "intelligente" Susanna Welbourne, il réinjecte des stars et des stripes au catalogue plutôt tricolore de Jean-Baptiste Guillot. Sans pour autant que ça jure avec le reste. L’esprit Puberty fait montre d’un même côté puriste et décalé, l’identité burlesque à la vie à la mort chère à Lars Finberg en plus. L’introduction du disruptif Coke Machine, par exemple, est très fidèle au rythme de (They Found Me In The Back Of) The Galaxy, single imparable de The Intelligence s’il en est, laissant présager pour la suite une sorte de délire cour de récré, immaturité assumée et poilade garantie.

Ni sérieux ni dégénéré, Puberty se situe à la frontière des deux, les lignes mélodiques ont le rôle principal, faites de motifs instrumentaux nettement dessinés et faussement élémentaires, à l’air candides. Les chants rectilignes n’ont pas plus d’effet que celui d’être un peu retardés et c’est tout ce qu’on demande : un savant équilibre entre le frais, le délicat et le fantasque, orchestré par l’extravagant M. Finberg. Uptown lève le voile sur les intentions de deux loustics avec une courte dose de petites harmonies et, trente minutes dansées plus tard, Downtown, morceau de clôture, met un point final à la double personnalité de Puberty. Assez wild thing derrière leur nonchalance bienheureuse, Lars Finberg et Susanna Welbroune s’en donnent à cœur joie, brouillent les pistes et offrent deux niveaux de lecture à la chose. Le soin qui prévaut au début, le genre raie sur le côté et cheveux gominés, laisse vite transparaitre un épi, puis deux, et trois et c’est toute cette tignasse sonore qui s’affole ensuite. Haunt My Trash incarne parfaitement la progression biaisé de chaque morceau composant le disque, résumant dans le même temps l’histoire de leur nom et de leur musique.

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Tracklist

Puberty - Puberty (Born Bad Records, 04 mai 2016)

01. Uptown
02. Invitations
03. Coke Machines
04. Parties
05. Hate
06. Haunt My Trash
07. Teenage Death
08. Moonlight
09. Skeletons
10. Nature Calls
11. Downtown


Rabit - Excommunicate

Baptism, Communion, Excommunicate. Rabit, dont on a déjà parlé ici, est un de ces producteurs étranges qui multiplie les casquettes. Il a son label, Halcyon Veil (excellent, on avait parlé du Why Be, du Angel Ho, et on avait oublié de parler du fou Imaginary Forces), il produit également des morceaux avec la scène grime ou le crew NON (un très bon mini EP avec Chino Amobi), il est aussi un des DJ que l’on suit attentivement malgré ses rares apparitions dans nos contrées. Mais quand même, quand on relie ces trois albums sortis pour les deux premiers chez le très bon Tri Angle, et pour le dernier auto-produit à 50 exemplaires, on se demande si Rabit n’est pas en fait un mystique d’un nouveau genre.

Jean de la Croix est une figure importante de la mystique chrétienne du XVIe siècle, il théorise, raconte la nuit comme moment d’abandon nécessaire à la connaissance et à l’union avec Dieu. « La foi est nuit », écrit-il dans La Montée du Carmel. Il y a pour Jean de la Croix une connaissance exclusivement obscure de Dieu. « La foi est une habitude de l'âme, certaine et obscure en même temps », dit-il dans le même ouvrage. Bien loin de faire une hagiographie de Jean de la Croix, ou de faire un coming out chrétien, force est de constater que cette idée de densité dans l’in-connaissance liée à la nuit et à l’obscur, correspond assez bien aux productions de Rabit. Qui plus est, les titres de ses trois albums étaient une invitation à une lecture un peu mystique de sa musique. Ce qui est assez amusant avec la musique de Rabit, c’est qu’elle a très rapidement été étiquetée grime. Pourtant, lui s’en est toujours défendu, préférant dire qu’il faisait de la « rap music ». Une sorte de croisement expérimental bizarre entre des codes d’un certain hip-hop et de la musique électronique. Dans Excommunicate, il pousse le vice jusqu’à  produire un album qu’on pourrait qualifier d’électro-acoustique tant les matières sont torturées. Peut-être, qu’on pourrait parler d’une sorte d’obscure musique mystique électronique. Peut-être aussi, que comme le déclarait Rizzla dans une interview, la répétition des néons des clubs et des mêmes rythmes techno l’a conduit à envisager une nouvelle approche de l’électronique.

Il y a en tout cas dans la musique de Rabit une obscurité bienvenue. Excommuniate compte dix morceaux. Et il se parcourt comme une aventure sonore, une narration, un récit. Un récit fait de matières sonores étranges. Parfois très métalliques, très industrielles, parfois au contraire très aériennes, mélodiques. Ça donne un récit abstrait. Quelque chose de l’ordre d’une abstraction sonore où l’on ne sait vraiment pas se loger. Il y a un caractère dérangeant dans son travail. Un caractère angoissant et cathartique. Une épaisse obscurité dont on essaie de sortir. Une étrange obscurité qu’on essaie d’appréhender. C’est une musique bizarre, une musique étrange, une production quasiment anti-club et pourtant, non sans faire émerger une tension nécessaire à la danse comme sur Scarz, Let Moss Be Moss ou Penance. Il y a quelque chose d’une grande sincérité, comme une exploration d’un intime cérébral qu’il convenait, qu’il y avait nécessité à produire en musique.

Définitivement, Rabit s’impose comme l'un des producteurs les plus inventifs du moment, un producteur qu’il convient de suivre autant pour son label, que pour ses sets, ses remixes (citons son remix de 4% de Jesse Osborne-Lanthier & Grischa Lichtenberger), ou ses productions. Il serait temps qu’on le voie invité en France dans un endroit ou un autre. Et j’avoue qu’il serait assez tentant de le voir au milieu d’un planétarium en système son 5.1. Il est quand même rare de pouvoir pénétrer dans une tête qui ne renonce pas, Excommunicate est de ce genre d’album là, et on voudrait en entendre plus souvent ! On attendra donc avec impatience les prochaines sorties de cet obscur Texan, en imaginant qu’un jour les clubs le feront jouer au milieu d’une grande foule ébahie et mal à l’aise, ou qu’une église l’invite à ré-activer la mystique de Jean de la Croix, qui sait !

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Rabit - Let Moss Be Moss

Tracklist

Rabit - Excommunicate

01. Shroud
02. Intrepid
03. Splatter Cell
04. Scarz
05. Paisley
06. Searching
07. Let Moss Be Moss
08. Regret
09. Penance
10. The Light Of The World


Arca - Entrañas

« Ses impacts émotifs semblent résonner sourdement, presque feutrés, presque étouffés ; et c’est cet effet d’amortissement (…) qui prolonge les durées de ces impacts (…) » - Mehdi Belhaj Kacem, eXistenZ

Arca est un monstre mutant, il ne produit que des albums monstrueux (dans tous les sens du terme). Entrañas ne fait pas exception, bien au contraire. Peut-être d’ailleurs qu’on doit envisager Entrañas comme une pièce sonore, une sorte de performance tenue, ou une mixtape d’un nouveau genre. Des gémissements, des bruits étranges, des boîtes à rythme, de la musique concrète, des synthés d’un genre inconnu, du chant en espagnol, des vocaux R’n’B très vocodés perchés, une envolée très mystique de cathédrale et des feux d’artifice, voilà les ingrédients qu’on retrouve dans Entrañas. Après l’introspection et l’extraversion de Xen et de Mutant, nous voilà dans les entrailles, l’intime d’Arca. Dans le bide, tout au centre, dans son second système nerveux. Stridence, vitesse, densité, accélération et décélération, boucle et réitération, Entrañas est une matière très épaisse. Une sortie comme on aime, une sortie qui trouble l’écoute.

Bien sûr on retrouve chez Arca tous les codes habituels de la scène électronique d’aujourd’hui, il en est d’ailleurs sans doute une des grandes figures de proue. Néanmoins, on n’est pas sans se dire qu’Arca fait de la pop music, de la pop bizarre, de la pop qui rape, qui grince mais de la pop quand même. Björk ne s’était définitivement pas trompée en lui confiant les arrangements de son dernier album. Entrañas est ce genre de production sonore qui a ce caractère sensible si rare et si précieux, c’est une pièce bizarre, une écoute bizarre, mais clairement, c’est aussi une pièce qui produit des impacts puissants, des émotions, du sensible, des déplacements dans notre quotidien, pour ne pas dire quelques ruptures des évidences. Un intime mental, voilà donc ce dont il est question, et c’est un chemin qui a l’air tortueux. Un intime mental, c’est figurer par la narration sonore, un état qui se trouve au milieu de la tête. Un état progressif fait d’expériences, d’intensités et de perceptions. C’est aussi produire une durée particulière, une contre-durée. Faire une pièce de troubles, de sentiments différents et de perceptions particulières qui s’entrechoquent, c’est un peu ça, Entrañas, et c’est très réussi. Encore une fois…

À signaler aussi, le beau travail de Jesse Kanda (encore lui) pour l’artwork de l’album.

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Arca - Entrañas

Tracklist

Arca - Entrañas (04 juillet 2016)

01. Pérdida
02. Torero
03. Culebra
04. Vicar
05. Cement Garden interlude
06. Baby Doll ft. Mica Levi
07. Lulled
08. Think of ft. Mica Levi & Massacooraman
09. Clocked
10. Pargo
11. Turnt ft. Total Freedom
12. Girasol
13. Fount
14. Sin Rumbo


Nunu - Mind Body Dialogue

On pensait la scène « monstre » française bloquée dans le néo-R’n’B Tumblr. Force est de constater pourtant qu’avec le French Work sorti en avril, qui explore une french touch du footwork, et surtout avec la dernière sortie du label de Los Angeles Astral Plane, Mind Body Dialogue, que la France n’est pas en reste dans l’expérimentation électronique. Si depuis maintenant quelques années, la scène techno hexagonale s’est bien renouvelée et épaissie, on attendait qu’il en soit de même pour la scène électronique au sens plus large. C’est maintenant chose faite semble-t-il. Mais loin de là l’idée de faire un constat, ou un bilan de l’inventivité nationale concernant les musiques d’aujourd’hui. Mind Body Dialogue de Nunu, un type de la France souterraine, est juste vraiment assez brillant. On retrouve une touche propre à la scène monstrueuse dont on parle beaucoup, NON Worldwide, Janus en particulier. Une sorte de musique électronique à contre-temps, et pleine de matières denses.

On connait Astral Plane pour des compilations sorties autour de 2014/2015 où l’on retrouvait aussi bien Air Max 97, que Rushmore, Mechatok, Soda Plains, Malibu ou Divoli S’vere. Croisement déjà intéressant entre le Bala Club, la scène néo-ballroom, Fade To Mind, Night Slugs et la vogue music plus traditionnelle. Et voilà qu’au milieu de tout ce brassage, on retrouve Nunu. Dans Mind Body Dialogue on retrouve des sonorités qui ne sont pas sans nous rappeler Why Be ou Chino Amobi, Lotic ou Kablam, une manière d’approcher la musique club avec un esprit différent. Encore une fois c’est une musique qui produit des contre-mouvements du corps face au dancefloor traditionnel. Saccade plutôt qu’autoroute du bras levé et de la tête remuant discrètement. Des samples qui ressemblent à des cris de bêtes sauvages ou humaines, et un effet stroboscopique des basses, des boucles bizarres et quelques mini-nappes mélodiques réitérées en boucle plus ou moins accélérées. Bref, une évidente tentative d’imaginer par la musique une critique du rythme.

Si l’on considère qui plus est le titre de l’EP Mind Body Dialogue comme un énoncé performatif, on se retrouve presque dans un manifeste philosophico-musical, qui n’est pas sans rappeler les tentatives de nos réalistes spéculatifs préférés de dépasser le cogito cartésien. Et puis ça pose une question intéressante dans la musique, et particulièrement dans la musique électronique et club. Quel serait ce dialogue corps-esprit dans cet espace si particulier de l’écoute, ou bien au contraire, cet autre espace si particulier du club ? Est-ce que pratiquer le club, change notre rapport au temps, à l’espace, à la durée, à l’esprit, à la perception, au phénomène. A priori, on serait tenter de répondre oui. Pour autant, il y a aussi bel et bien aujourd’hui une norme du club. Un club qui n’est plus un espace autre ou hors du quotidien. Il y a le club comme parodie de la transgression, qu’elle soit communautaire ou non-communautaire, le club comme absolu lieu normal de la consommation, et puis, encore parfois, le club comme lieu bizarre, comme lieu sauvage d’une certaine émancipation du corps et de l’esprit, pour un temps, une soirée. Cette dernière pratique du club est bien évidemment minoritaire. Le club aujourd’hui est surtout une répétition du même, de la même soirée éternelle, autour des mêmes rythmes éternels, des mêmes parodies transgressives éternelles. Mais qu’est-ce que produit cette même musique « monstrueuse » quand elle rentre dans notre quotidien comme il va ? Quand elle rentre dans un club. Est-ce que ça ne changerait pas non plus notre rapport piéton au monde, ou notre rapport à notre appartement, à notre danse, à notre manière d’imaginer une soirée en créant d’autres manières de se déplacer, de penser et de danser en intérieur comme en extérieur, en club comme dans la rue ?

Le monstre est par essence indésirable et intolérable, il repose sur cette idée d’un corps (et peut-être d’un esprit) anormé. Un corps qui dépasse de ce que l’on perçoit d’habitude comme un corps. La question qu’on aurait envie de se poser alors, peut-être, c’est qu’est-ce que ça pourrait être un mouvement monstrueux ? Quelle brisure ça pourrait-être en tout cas. Et quelle brisure pourrait provoquer une musique monstrueuse dans nos rapports normés au corps et à l’esprit ?

Pour en revenir à Mind Body Dialogue, l’EP se compose de six morceaux, dont on dira qu’ils tiennent autour d’une sorte de centre en mouvement, « Core ». On retrouve, comme dit précédemment, des samples d’une scène qu’on commente abondamment, celle de Non ou celle de Janus, on retrouve aussi des choses qui nous font penser aux dernières productions de Lee Bannon. C’est un EP à la fois très angoissant et très dansant. Ça tient du mouvement étrange, c’est parfois très circulaire, parfois très saccadé, c’est assez difficile de s’y placer. Mais c’est surtout vraiment assez remarquable. On est quand même très heureux de constater que l’expérimentation ne s’en tient plus en France à la scène électroacoustique très dynamique. Très heureux d’entendre qu’on peut travailler autour d’une matière électronique élargie, et très heureux d’imaginer que peut-être la saccade et le bizarre remplaceront bientôt le 4x4. Peut-être qu’en fait c’est déjà le cas. Des petits glitches, des bruits mécaniques, des contre-temps, bref un mouvement permanent du son, une non-hiérarchie du ton, une densité des matières. Et si Pierre Boulez avait fait de la musique électronique, ça aurait ressemblé à quoi ?

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Nunu - Mind Body Dialogue

Tracklist

Nunu - Mind Body Dialogue (Astral Plane, 01 juillet 2016)

01. Punani
02. Mind Body Dialogue
03. Core
04. Gear
05. Hateful
06. Cog


Staycore - Erelitha

Un collectif/label dont on parle un peu moins, mais autour duquel on tourne pas mal depuis quelques temps déjà, c’est Staycore. Des Suédois bien intéressants réunis autour de Dinamarca, Toxe, Mechatok, Mobilegirl et quelques autres. Enfin des Suédois, des Suédois Soundcloud, donc forcément ça brasse large autour du monde, des Bernadotte contemporains, on dira. Staycore est plutôt connu pour ses compilations d’été (SUMMER JAMS 2K15 notamment)et quelques EP (Muscle Memory de Toxe par exemple).

Erelitha est la dernière sortie du collectif et elle réserve plein de belles surprises. Une intro sur des bruits d’orages et des instrus néo-R’n’B; un morceau vraiment très très cool d’Oklou, assez différent des productions habituelles de la jeune Picte, plutôt Lotic que le R’n’B tumblr « post-internet » de Coucou Chloé ou Lauren Auder sur ce coup là, et c’est vraiment très réussi (en plus il y a des petits bruits d’animaux bizarres sur le morceau). Trois tubes qui s’enchainent, Bite de Toxe (qu’on a beaucoup aimé pour un remix débile drôle de Britney), Day lite de Mechatok (qu’on connait plus comme producteur), Tanta Negro de Zutzut (qui d’habitude traine ses guêtres chez les Mexicains de N.A.A.F.I) et même un morceau de MM, Miss Modular, dont on avait vraiment bien apprécié la dernière sortie néo-voguing techno bien méchante chez les Londoniens de Her Records. Ça fait déjà pas mal de raisons de télécharger cette compilation d’un été suédois.

Globalement la compilation est construite comme une mixtape, ce qui lui donne une cohérence plutôt intéressante. On retrouve quelques tropes de la scène monstrueuse qu’on essaie de définir depuis les premières sorties de Lotic. Des samples de voix bizarres, une manière de pratiquer la boucle, de jouer sur les codes aussi bien du dancehall, du dubstep, que de la vogue musique ou de la techno. Et un soin particulier apporté à la basse, ou à la percussion à contre-temps. Staycore mélange aussi cette scène monstrueuse avec une certaine frange de la scène R’n’B d’aujourd’hui qu’on aime bien, et notamment plein de petites instrumentations mignonnes au synthé ou un goût pour les tentatives de ré-utilisation des sonorités eurodance, dancehall et vaporwave (RIP).

Ça donne une compilation plutôt bien dans l’air du temps, plutôt très intéressante et qui n’est pas sans rappeler la compilation Bala Club dont on a parlé il y a quelques jours. Une version scandinave de la scène club qui remue un peu nos habitudes molles de conservateurs.

Il y aussi dans cette compilation, déjà une sorte d’héritage, et peut-être qu’il serait intéressant de revenir un jour, notamment sur les productions et remixes de Nguzunguzu et de ce que ce duo new yorkais a pu apporter comme relecture, d’abord de la scène new yorkaise issue des années 90/2000 (notamment le Gang Gang Dance de Brian Degraw), de la scène vogue et aussi d’une scène R’n’B qui émergeait déjà à la fin des années 2000. Je crois qu’on peut affirmer maintenant que Fade To Mind, Night Slugs et GHE20G0TH1K ont participé d’un véritable élan dans la musique d’aujourd’hui, il serait peut-être temps de se pencher sur la question.

Quoi qu’il en soit, Erelitha est un beau croisement entre une scène monstrueuse, une scène happy hardcore,, et une scène R’n’B d’aujourd’hui. Un croisement qui est au cœur de la musique comme elle se renouvelle, et c’est vraiment plutôt très pertinent comme insurrection, on ne cesse de le répéter. Et puis c’est quand même une ode à l’été! Mais un été mondial, et comme vous le savez, c’est une chose qui n’arrive jamais. Pour une fois, et dans une seule et même compilation, tous les pôles imaginent une saison fictive. Une saison qui n’existera jamais. C’est beau d’imaginer cela, une narration autour d’une saison fictive entre les deux hémisphères. On vous laisse apprécier la petite histoire.

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Staycore - Erelitha

Tracklist

Staycore - Erelitha
01. Erelitha
02. Pininga – Gaibu
03. Oklou – Silicium
04. Toxe – Bite
05. Mechatok – Day Lite
06. Zutzut – Tantra Negro
07. Jackie – Twi
08. MM – Zero-G
09. Resla – Nitro
10. Dinamarca – Libro
11. Mobilegirl – GGC
12. Don Sinini – Chapati


SHXCXCHCXSH – SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs


Après les bonnes critiques de la part de la sphère médiatique de leur dernier album Linear Is Decoded, le duo suédois revient sur Avian avec SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs. En 2014, le duo avait entamé le passage vers une nouvelle étape de leur carrière afin d'élargir davantage l'ampleur et la profondeur du monde de SHXCXCHCXSH en employant une complexité et une sensibilité incroyables sans compromettre pour autant la techno planante et puissante qui caractérise leur musique jusqu'ici. SHXCXCHXSH deviennent des habitués de la scène underground depuis 2012 en donnant une mélancolie à leur musique sans jamais être trop linéaire. Un univers très aérien, épuré et travaillé au niveau des mélodies comme des effets. Habitués à une techno profonde et atmosphérique, la musique de SHXCXCHCXSH se nourrit abondamment de l’esthétique du label Avian.

Ce dernier opus est agréablement surprenant d’un point de vue émotif. On voit au fil de l’écoute apparaître un façon unique de traiter la musique entre malaise et paranoïa existentielle. Par moments, la musique est terriblement proche de la cacophonie entre noise blanche et expérimental épileptique vers un point non encore identifié. Cette série de paysages sonores sombres montre que le duo reste maître de ces atmosphères. L’album débute sur la drone légère de Ss qui est le morceau introductif tout en étant le plus lumineux. Après ces deux bonnes minutes, l’atmosphère devient considérablement plus lourde, plus organique orchestrée aussi par une belle ligne de synthé sur SsSsSs. Tout au long de l’opus, on retrouve une forte insistance sur le caractère aérien de la musique toujours avec ces bruits assourdissants comme dans SsSsSsSsSsSsSsSsSs. Sonnant comme le morceau majeur de l’album, la piste 13 alterne entre des bruits de sonar et des basses mettant en lumière le caractère sublime de la musique du duo suédois. Répétitif peut être mais musique indéniablement transcendante et confirmant encore une fois l’esthétique inquiétante de SHXCXCHCXSH sur cet opus.

En revenant avec SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs, le duo suédois marque l’année 2016 avec un opus engagé et maîtrisé. Véritable ouverture vers un non-genre, la richesse des sonorités qui composent cet album montre encore une fois la symbolique qui se cache derrière la musique de SHXCXCHCXSH. Tout le travail effectué sur ces sonorités donne du sens à l’œuvre dans son ensemble et à travers ses 15 titres, on trouverait (presque) une certaine élégance à ces mélodies inquiétantes.

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SHXCXCHXSH - SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs

Tracklist

SHXCXCHXSH - SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs (Avian, 06 juin 2016)

01. Ss
02. SsSs
03. SsSsSs
04. SsSsSsSs
05. SsSsSsSsSs
06. SsSsSsSsSsSs
07. SsSsSsSsSsSsSs
08. SsSsSsSsSsSsSsSs
09. SsSsSsSsSsSsSsSsSs
10. SsSsSsSsSsSsSsSsSsSs
11. SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs
12. SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs
13. SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs
14. SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs
15. SsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSsSs