Volage - Spleen

par Gaël Bouquet

Sur le redoux printanier du mois d’avril plane un spleen automnal avec ce nouveau deux titres de Volage, paru en une édition limitée à cent exemplaires chez Howlin’ Banana Records. Sur le morceau titre de ce single mélancolique, la voix de Nathan Roche (Le Villejuif Underground, Camperdown & Out, etc.) traîne comme les feuilles mortes qui s’entasseraient dans la cour d’une vieille maison de vacances.

Face B, Don’t Get Closer, dont le cliquetis lointain qui résonne dans le mix évoque celui d’une horloge, rappelle par sa ligne de basse lancinante Timber Timbre époque Hot Dreams. Du moins jusqu’à ce que l’overdrive ne s’empare de la guitare le temps d’un refrain fuzzy à souhait.

À une période où les jardins sont en fleurs, Volage fait faner les siennes sur sa pochette façon nature morte avec cette photo signée Paul Rannaud lui-même. Réminiscence d’un side project chanté en Français paru en 2015 sur La Souterraine ? Après le très beau Coffee Dreamer, six titres acoustique sorti il y a à peine plus d’un an, Volage nous livre ici un single à la langueur presque adolescente, aux riffs à la fois simples et justement dosés.

Audio

Tracklist

Volage - Spleen (Howlin' Banana Records, 14 avril 2017)

01. Spleen ft. Nathan Roche
02. Don’t Get Closer


Alpine Decline - Dawn Evacuation by Helicopter (PREMIERE)

Dawn Education by Helicopter est un morceau tiré des sessions réalisées l'hiver dernier à Taipei, qui se sont transformées en ce qui sera notre prochain album Action Moves Away from the Center. Contrairement à nos autres albums, on a choisi de n'utiliser ni batterie ni guitares sur celui-ci, il a été produit entièrement à partir de synthés modulaires. Le disque devrait sortir fin 2017. Pour ceux qui préfèrent les guitares et la batterie, nous enregistrons à Pékin la suite de Life's A Gasp, ça s'annonce vraiment bien.

Écoute exclusive


Sonic Protest 2017 : Cantenac Dagar

Stéphane Barascud au banjo, Aymeric Hainaux au human beatbox et bidouillages cassettes sont à l’origine de l'hypnagogique projet Cantenac Dagar, mystérieux binôme qui pratique une transe au banjo paludique façon délivrance en extase ; leurs invocations entraînent l’auditeur dans des boucles jouées live aux furies cataleptiques.

Le duo possède une riche discographie mariant CD, K7 et vinyles, parue sur le tout aussi énigmatique label toulousain Isola Records. Plus assagi mais tout aussi envoûtant, leur dernier effort, Stilletone, évoque une expédition façon Popol Vuh pour un Aguirre saturé. Les deux illuminés seront d’ailleurs, à partir de ce jeudi, en route pour une tournée épique qui débutera à Lyon, passera par Moscou en juillet et qui s'achèvera le 23 septembre à Liverpool. On aura le grand plaisir de les retrouver samedi, à la Marbrerie, à l’occasion de l’excellent festival Sonic Protest en compagnie méphistophélique puisque programmés avec Wolf Eyes et Scorpion Violente.

Vous pouvez retrouver toutes les informations liées à la soirée sur l'event FB.

Vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=3MxX69C2ftU

https://www.youtube.com/watch?v=OkZ6fk_YCVA


Bye Bye Ocean l'interview des trois ans

Bye Bye Ocean est dans doute l'un des collectifs qui a permis à la nuit parisienne de s'émanciper et de s'hybrider toujours plus. Pour le troisième anniversaire de ce crew maintenant historique et toujours aussi dynamique, on a fait une petite interview avec eux.

Comment ça a commencé, cette aventure collective ?

Tout a commencé il y a trois ans. À l'époque, il y avait une grande différence entre les soirées qui étaient proposées et ce qu’on écoutait réellement avec Camille - Thomas nous a rejoint plus tard. C'était en 2014, l’éclectisme musical en club à Paris était plus réduit et l'on a eu envie de proposer quelque chose de différent.

Pourquoi Bye Bye Ocean et pourquoi cette musique ?

Le nom nous est venu comme ça, c’est un mélange d'idées. On s’est dit qu'il était bien figuratif et offrait une image intéressante, assez apocalyptique qui pouvait inspirer les artistes avec lesquels on voulait collaborer. Musicalement, on a toujours agi en fonction de nos goûts du moment et si l'on devait mettre un terme aujourd’hui sur ceux du moment, ça serait la musique club expérimentale, sans style proprement défini.

Il y a une constellation qui s'est créée au fil du temps avec Stock71 et Permalnk, ce sont les mêmes protagonistes dans tous les projets ?

Il y a des affinités mais les entités et projets sont tous bien distincts. Les protagonistes ne sont pas exactement les mêmes et les envies sont différentes. Tous ces projets fonctionnent de manière très personnelle, la base commune étant de ne pas se fixer de limite.

Est-ce qu'avec vos soirées et celles, disons des copains, je pense à I've Seen The Future par exemple, Paris a fini par devenir plus émancipé ? Plus monstrueux ?

Grave, c’est un mouvement collectif, les soirées sont de plus en plus variées, une nouvelle forme de fête à vu le jour depuis quelques années. Évidemment, gros respect pour les copains d’I've Seen The Future et leur programmation de malade, big up aux Parkingstones également, qui révolutionnent la nuit parisienne en mélangeant live, performance et gros son club. Il y a aussi les soirées de Betty et Teki qui jouent leur rôle dans le fait de ramener toujours plus d’artistes d’horizons différents. Il fait bon sortir à Paris ces temps-ci.

On aime assez parler de musique monstrueuse pour parler de la musique que vous défendez, ça vous quoi, cette idée de monstre ?

On parlerait peut-être plutôt d’hybridation, un mélange de style, une expérimentation. Ou alors peut être pas un monstre mais un alien.

Votre programmation est assez impressionnante, Lotic, Rabit, Angel Ho, M.E.S.H., nunu, Celestial Trax, etc., comment cela se passe de votre côté, ces programmations, ces envies ?

Ça marche au coup de cœur, c'est assez personnel finalement. C'est avant tout l'envie d'inviter des artistes peu connus qui sont très rarement invités en France alors qu’ils tournent davantage à l’étranger. Nos line-ups sont toujours des cadeaux qu’on se fait à nous-mêmes et nous pensons arriver à transmettre le plaisir que cela nous fait à notre public.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir trois ans et de les fêter avec M.E.S.H., qui est sans doute un des types les plus brillants de sa génération ?

C’est un peu fou, on ne savait pas où cela allait nous mener, on n'a jamais eu de prétentions particulières mais on est très fiers et très heureux de fêter ça avec la famille samedi. Beaucoup de rencontres incroyables. Ça va être particulièrement intense, avec le grand manitou M.E.S.H. qui a marqué sa première venue et qui nous soutient tout particulièrement depuis.

Vous envisagez des évolutions pour la Bye Bye Ocean, qui est maintenant devenue une institution des nuits à Paris ? C'est quoi, le futur de Bye Bye Ocean ? Toujours autant d'envie et de sueur?

On ne pense pas à changer de lieu, la Java fait partie des symboles de cette soirée. Toujours autant envie de sueur, oui, pour un petit bout de temps encore. Pourquoi pas quelques ouvertures, un peu de footwork ? Un peu de live ? Un peu plus d’accessoires et de déco pendant les soirées comme pour ce troisième anniversaire...

Merci Bye Bye Ocean, longue vie !


Dune Messiah - We Vanish (PREMIERE)

C'est grâce à des gens comme Magnus Westergaard qu'on peut affirmer que la folk n'est pas qu'un truc de chevelus sensibles qui gratouillent des pedal steel guitars des heures durant, chuchotant des textes sur les chapeaux de cow-boys et les coeurs solitaires de l'Amérique rurale en déclin. L'homme derrière Dune Messiah vient de Copenhague et dépoussière le genre en imposant un style hyper élégant où la sensibilité règne toujours mais se conjugue sur un mode plus moderne, les claviers se font tantôt piano tantôt synthétiseur, la guitare arrache des effets déformants qui ajoutent une pointe d'angoisse et de mystère à ce grand rodéo électrique que ne parvient à calmer que la voix posée et profonde de Magnus Westergaard. We Vanish est tiré de ce premier album au charme fou intitulé avec justesse The Iron Oak, jonction audacieuse entre une note contemplative, tournée vers un espace grand ouvert et désert où la nature se fait l'expression de sentiments tourmentés, et les eaux sombres scandinaves, troublées de quelques branchements alternatifs. Un disque parrainé par le bienveillant trio Third Coming Records / Instruments Of Discipline / Premium Abundance à acquérir de toute urgence.

Directed and edited by Mathias Riis, Jakob Sleiborg and Magnus Westergaard

Vidéo (PREMIERE)

Tracklist

Dune Messiah - The Iron Oak (Third Coming Records / Instruments Of Discipline / Premium Abundance, 03 mars 2017)

01. Alive
02. What You've Become
03. This Far
04. In My Arms
05. Featherless Creatures
06. Our Little Game
07. We Vanish
08. At The Borders Of Malice
09. Buried In The Sand
10. The Fall
11. The Joys Of Spring

Dune Messiah sera en concert le 06/04 au Batofar, plus d'infos sur l'event FB.


Bleib Modern - Mindless (PREMIERE)

Une vague de nappes électriques flotte dans l'air et emplit l'atmosphère d'une tension obscure, alourdie par la ligne de basse introductive, pas loin des cavernes mais plus près des pompes rivées aux pédales d'effets. Ou la masse de la confrontation entre les deux puissances musicales eighties et nineties, post-punk et shoegaze. C'est là tout ce qu'exprime ce nouvel extrait du prochain album des Berlinois de Bleib Modern, intitulé Antagonism et prévu pour le 01 avril chez Third Coming Records, Black Verb Records et Manic Depression Records. Belle triplette derrière cette sortie qui blague pas avec la poiscaille rigolarde du premier avril. Mindless et sa voix gutturale rappelle plutôt le lugubre de l'affaire, sur fond de décharges soniques travaillées au corps pour entrer dans le moule des mélodies, ces moments d'hospitalité qui rendent la désolation de leurs fausses mornes plaines musicales plus accrocheuse encore.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Bleib Modern - Antagonism (Third Coming Records / Black Verb / Manic Depression, 01 avril 2017)

01. Gray Dawn
02. Self-Loathing
03. Solace
04. Nothing
05. Mirror
06. Anxiety
07. Mindless
08. Blue Avowal
09. Leave Me
10. Oath
11. Sunless

Bleib Modern sera en concert le 18/04 à l'Espace B, plus d'infos sur l'event FB.


Adrien Kanter - Infinite Réflexions

par Gaël Bouquet

Nouvel objet cassette, nouveau coup de cœur, cette fois-ci pour l'album d'Adrien Kanter (aussi derrière Le Réveil des Tropiques, Eddie 135, etc.). Infinites Réflexions, c'est son nom, est parue le 20 janvier, chez Hylé Tapes (en K7) et Nuit et Brouillard (en LP), et ce dix titres sensoriel oscille avec justesse entre fréquences basses rugueuses (Fleur de Nuit) et douceur satellitaire. Les quelques accents folk de Bamby Puzzle ou noise de Martello Rompivetro, donnent un relief tout à fait unique à cette bande magnétique, éditée en une rare série de soixante copies. Sentiment confirmé lorsque les percutions incontrôlables d'Elvin s'emballent, se durcissent.

On retient aussi de cet album le très cinématographique Iceberg Dolores, ou encore le haletant Pas le Boum Boum, où la voix et le texte d'Aurore Laloy viennent s'emparer des notes distordues et déchirantes de la guitare électrique qui fend le spectre sonore. Album passionnant et passionné, Adrien Kanter s'amuse avec la stéréo, et la répétition, faisant de ce dix titres une œuvre complexe, méditative et élaborée qui exacerbe au moment de son écoute les émotions et ressentis de l'auditeur. Premier véritable coup de cœur de cette année 2017, Infinites Réflexions semble être un album profondément sincère et intime. Un album à écouter la nuit.

Audio

Tracklist

Adrien Kanter - Infinite Réflexions (Hylé Tapes/Nuit et Brouillard, 20 janvier 2017)

01. Bagarre de Lion
02. Elvin
03. Heavy Sounds
04. Wembley
05. Martello Rompivetro
06. Dolores Iceberg
07. Fleur de Nuit
08. Satellit Transistor 6001
09. Pas le Boum Boum
10. Bambi Puzzle


Sonic Protest 2017 : Golden Oriole

The Approaching Of The Disco Void. Cela cerne plutôt pas mal l’ambiance absolument cheloue que peut réfléchir Golden Oriole. Une espèce de funk étirée et concassée, étendue puis broyée, quelque chose d’à la fois parfaitement élastique et relâchée mais également contrit, puissamment tendu. Cette musique agit sur deux niveaux bien distincts : l’inoxydable mécanique appuyée par un batteur absolument fantastique, monstre métronomique et suprême imprimant une dynamique de fer et un groove de démon, tout en laissant soin au guitariste d’évider toute la substance d’une telle rythmique en injectant à la place ces riffs malléables, incertains, une blanche et froide ambiance. La musique de Golden Oriole agit comme un flash puissamment aveuglant, une source vive d’une lumière absorbant toute espèce de volonté, de pensée, de réflexion.

Les deux Norvégiens – et comme la plupart de leurs compatriotes œuvrant dans la même scène, comme Noxagt ou Ultralyd -  ont cette façon de construire leur musique sur une base extrêmement cérébrale avec le paradoxal effet d’amener ces tranches de son à quelque chose de pure, d’ultime, d’une totale simplicité où l’on se perd, où l’on s’échappe, où chaque seconde implique le rapprochement inévitable d’un ultime dénouement, quelque chose d’imparable, de magnifique, comme si l’esprit ne se détournait jamais d’un point, d’un objectif, d’un but. C’est particulièrement probant sur The Pyrite Wink, deuxième morceau mis à disposition par le groupe avant la sortie d’un album courant mars : le titre file droit, ne laisse jamais place au doute et accélère durement pour finir par s’empaler sur un final proprement hallucinant.

Golden Oriole est en fait une prolongation de Staer, moins le bassiste – on reste stylistiquement dans la même base de données, et même si Staer se faisait beaucoup plus métallique, violent et clinique, le duo reste toujours redoutable et impressionnant sur scène – et ils seront à l’affiche du festival Sonic Protest courant mars avec, encore plus que d’habitude, un line up galopant allègrement sur la monture du démentiel, jaugez plutôt : Nurse With Wound, This Is Not His Heat, Flying Luttenbachers, Wolf Eyes et beaucoup d’autres... et donc Golden Oriole, pour une superbe soirée le vendredi 24 mars à la Marbrerie avec les Suisses de La Tène et Orgue Agnès – soit la réunion d’El-g, Ernest Bergez de Sourdure et Clément Vercelletto, qui forme notamment Kaumwald avec Bergez.

Vous pouvez retrouver toutes les informations liées au festival sur leur site.


Hylé Tapes sort une compile 100% féminine (et non-binaire)

par Nastasia Hadjadji

La dernière sortie Hylé Tapes est un évènement à plusieurs titres : trois cassettes, un fanzine, trente-quatre artistes rassemblées, plus de six nationalités et surtout un parti-pris fort, ne rassembler que des artistes féminines et/ou non-binaires. Self-Identified Non-Male Artists Making Experimental Electronic Music fait partie de ces objets politiques et sonores singuliers qui ne sont que trop rares dans le paysage musical français. Les trois cassettes de cette compilation donnent à entendre l’immense diversité des productions sonores rangées sous l’étiquette « musique électronique expérimentale » : de l’ambient poétique, en passant par les expérimentations drone et post-industrielles, cette compilation explore ce spectre musical dans toute sa largeur.

En ne réunissant que des artistes femmes (ou female-identified), cette compilation se fait l’écho de voix et de propositions sonores trop souvent inaudibles, ou absentes des programmations. Parce qu’en 2017 la question de la représentation des femmes et des minorités de genre - dans l’ensemble de la société tout comme dans le champ de la musique et de la culture - demeure un enjeu crucial, cette compilation est une initiative importante. Importante parce qu’en réunissant ces trente-quatre artistes, elle permet la mise en réseau et le partage d’expériences ; importante ensuite parce que ces trente-quatre artistes sont autant de figures sources d’inspiration pour de potentielles futures musiciennes ; importante enfin parce que l’initiative est portée par un label indépendant, et qu’il est fondamental que les marges s’emparent de cet enjeu si déterminant.

La compilation sort en édition limitée à cinquante exemplaires (K7) et s’écoute ci-dessous :

Audio

V.A. - Self-Identified Non-Male Artists Making Experimental Electronic Music (Hylé Tapes, 17 février 2017)


Anna - May (PREMIERE)

En vrai, Anna s'appelle Martin. Martin Vidy, frérot de l’un des quatre de Volage, groupe qui, l’on s’en souvient, avait si bien remué les âmes sensibles avec Coffee Dreamer, maxi qui s’était permis de remballer en beauté le bruit et fureur de leurs compositions précédentes. Un pied dedans un pied dehors, Anna s’emploie à conserver ce savoir-faire artisanal qui fait les belles heures de la sphère lo-fi tourangelle en y distillant néanmoins deux trois épis pleins de rêve bricolés avec naïveté et force rugosités expérimentales. Et c’est chouette comme tout. Rose comme le visuel de Maria Middtun qui illustre l’album, May décolle les mélodies sucrées (Twin) d’un emballage pop qui pique un peu quand même (Depression Medication Against God's Mom Issues). Anna, psycho cop option porno (cf. SoundCloud), s’ouvre à une psychédélie un rien fantastique où les effets de distorsion s’appliquent à faire de la voix un outil à sottises, on pense par exemple à Connan Mockasin sur Legacy, les cordes restent plus premier degré. Mais à peine, selon le quart d’heure de folie de The Blue Noise. Enregistrement home made hasardeux sur cassette, May est bientôt disponible. Rendez-vous le 10 février chez Howlin’ Banana Records et Un Je Ne Sais Quoi.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Anna - May (Howlin' Banana Records / Un Je Ne Sais Quoi, 10 février 2017)

01. Pavement
02. The Blue Noise
03. Legacy
04. Twin
05. Christmas Song
06. Depression Medication Against God's Mom Issues
07. I'm From May
08. Criticism
09. Ultra Pop
10. Friends


Bad News From Cosmos - Dear Sarah / Vacuum Times (PREMIERE)

L'underground odessite a un nouvel allié en cet ambassadeur de marque que constitue le duo Bad News From Cosmos qui, contrairement à l'adage, apporte plutôt la bonne nouvelle venue d'un studio à l'air confiné qu'on imagine implanté six pieds sous terre, les connexions électriques un peu aléatoires : la sortie très prochaine de Minn Sjó, troisième album à paraître le 29 novembre sous la houlette d'Anywave, label à l'oreille affutée et visionnaire. Enregistré en quelques jours seulement, il se veut plus du côté de l'improvisation que de l'expérimentation, prenant le contre-pied de leurs précédents disques, armé d'une instinctivité qui fait ici montre d'un sensibilité exacerbée, ça calme son monde et fait un bien fou. Les lignes sont subtiles, aériennes pour ne pas écrire cosmiques, la voix éthérée d'Iryna Bodnar se prête au jeu d'une narration émotive et délicate quand les ambiances musicales d'Andrii Hrachov décodent une hétérogénéité féconde, toujours empreintes d'une matière gracieuse mais surtout vibrante. Démonstration avec ce premier extrait, Dear Sarah / Vacuum Times, titre d'ouverture avec plus d'un atout charme dans ses filets mélodiques.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Bad News From Cosmos - Minn Sjó (Anywave, 29 novembre 2016)

01. Dear Sarah / Vacuum Times
02. Losers
03. Kosmadomamama
04. One Hundred Twenty Stars
05. Tsunami
06. Someday
07. Awesome
08. Hollow Twilight
09. Human Ways
10. Dark Wing
11. Remember / Not To Wake Up


Johnny Mafia - Kim Deal (PREMIERE)

Fuzz qui peut, les riffs agités et impatients des guitares tricolores de Johnny Mafia débarquent et vont faire tressauter plus d'un adepte des sacro-saints Ty Segall et Thee Oh Sees. Comme nombre de groupes version française qui n'ont pas choisi la voie glacée et synthétisée des eighties comme expression à leurs aspirations artistiques, c'est plutôt du côté du garage et du rock enragé nineties que les quatre mafieux de Sens ont décidé de prendre la pose avec ce titre qui répond à la structure élémentaire du vite et fort et à l'énergie déridante. Zéro embrouille avec Johnny, ils sortent le 21 octobre Michel-Michel Michel, clin d'oeil à l'ami François Damiens, avec cet extrait intitulé Kim Deal, qu'ils expliquent avoir composé après avoir écouté les Pixies et maté des lives des Breeders. Logique et efficacité redoutables.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Johnny Mafia - Michel-Michel Michel (21 octobre 2016)

01. Sleeping
02. Bad Michel
03. Scarycrow VI
04. Black Shoes
05. Sometimes 666
06. Smell
07. Kim Deal
08. One Two One Two


Potions - Throbbing Youth (PREMIERE)

Rechercher l'espace à travers les machines, c'est la formule toute trouvée de Potions qui, sans crier gare, a sorti chez 100% Silk une sacrée bonne rasade de cyber dance. Sorte d'Alice In Wonderland au pleine Manufacturing Belt, Tom Owens n'était ni en retard ni à l'heure quand il a décidé de partir à l'aventure armé de son Roland mais une chose est sûre, les fioles englouties comprenaient une sale dose d'acide. On ne sait toujours pas ce qu'il a bu pour en arriver là mais les mixtures de Potions configurent des structures carrées, cuboïdes si l'on s'en réfère à l'album Pushing The Cuboid d'où est tirée cette vidéo de Throbbing Youth, qui ont l'art et la manière d'instiguer un petit cataclysme disco syncopé et impactant. Pulsations et saccades bien senties sont administrées sur ses nappes ambiant et chaudes, d'où point également le synthé funky de Rob Frye qui s'invite (et fait bien) sur Goof Forward, titre au groove acéré et extatique. Les textures intergalactiques de Tom Owens, enregistrées sur un simple Tascam DR-40, réalisent un sans-faute à l'éclat scintillant, qui fera trouver sans aucun doute l'espace de danser sur ces machines.

Directed and edited by Jillian Musielak with animations by Sarah Mosk

Vidéo (PREMIERE)

Tracklist

Potions - Pushing The Cuboid (100% Silk, 18 mars 2016)

01. Cool Ride
02. Heel Lift
03. Rope Burn
04. Throbbing Youth
05. Goof Forward
06. Fog Clearing
07. Detroit Heart Strings
08. Space Mountain


Virginia Wing - Forward Constant Motion

Auteur d’un premier essai remarqué il y a deux ans, le plus que convaincant Mesures Of Joy, Virginia Wing, trio (devenu duo) de Birmingham, revient aux affaires en cette rentrée musicale avec l’annonce de la sortie d’un second album, Forward Constant Motion à paraître chez Fire Records le 11 novembre prochain. Succédant à Rhonda,  étonnant EP dévoilé à l’occasion du Record Store Day qui avait poussé un peu plus loin les aspirations expérimentales de ces jeunes musiciens avec cependant le souci constant de ne jamais perdre de vue leur essence mélodique, base indispensable à tout créateur d’orfèvrerie pop, la livraison à venir démontre le souhait du groupe de sortir encore un peu plus des sentiers battus.

Si l’influence de Broadcast est toujours présente, les élans dream pop d'Alice Merida Richards et Sam Pillay, qui pourraient presque par moment leur donner le statut de Fear Of Men à mouvance électronique, sont alimentés par une volonté constante de repousser les limites de la simplicité afin de donner plus de profondeur au propos. Le fantôme de Laurie Anderson vient d’ailleurs bien souvent brouiller les cartes, comme sur cet entrainant ESP Offline, morceau dévoilé en exclusivité sur hartzine.

Voici qui démontre une fois de plus l’éclectisme et le bon goût caractérisant Fire Records, label décidément phare en matière de (re)découvertes.

Audio

Virginia Wing - ESP Offline

Tracklist

Virginia Wing- Forward Constant Motion (11 novembre 2016, Fire Records)
01 Lily of Youth
02 ESP Offline
03 Mecca Cola
04 Grapefruit
05 Miserable World
06 Andalucia
07 Sonia & Claudette
08 Local Loop
09 Be Contained
10 Permaboss
11 Hammer A Nail
12 Move On
13 Baton
14 Future Body


Ritual Howls - Spirit Murder (PREMIERE)

Un travelling avant, lent, effectué à la faible lueur des réverbères survivants qui bordent les rues désertes et décharnées de Détroit, Motor City plus magnétique que jamais. Enfin, ce qu'il en reste. La nature y a repris ses droits et étoffe de ses excroissances parasites humides et obscures les décombres de l'envers de ce décor cruel qu'on appelle toujours rêve américain. Maisons abandonnées et friches se succèdent, laissent place au vide, amplifient le silence et offrent la résonance la plus troublante et intense à qui veut bien l'entendre. Au milieu de ce fatras métallique qui s'exhibe entre nature et culture, et redéfinit les lignes d'un nouvel urbanisme, se tiennent les trois silhouettes floues de Ritual Howls. Imperturbables, plus conducteurs d'électricité que voleurs de cuivre, ils reconstituent à chaque album les pièces délabrées de la traversée d'un désert de ruines industrielles sur un mode conquérant. Into The Water sort le 19 août via Felte et cet extrait, Spirit Murder, se boit comme du petit sang et s'écoute comme un assaut belliqueux vécu en sourdine, combiné à un état d'angoisse fataliste sinon d'oppression qui creuse le sillon habité de la voix profonde et fantomatique de Paul Bancell. Bref, c'est-à-dire qu'on est toujours aussi fans.

Audio (PREMIERE)

Tracklist

Ritual Howls - Into The Water (Felte, 19 août 2016)

01. Scatter The Scars
02. Nervous Hands
03. Bound By Light
04. Coils And Magnets
05. God Swamp
06. Park Around The Corner
07. A Thoughtful Beast
08. Spirit Murder
09. Going Upstate