Ariel Pink - Dedicated To Bobby Jameson

par Xavier Mazure

Au siècle dernier, ce filou de Jorge Luis Borges inventa dans sa nouvelle Pierre Ménard, auteur du Quichotte (Fictions, 1944) un étonnant écrivain. Ce personnage nourrit le projet de réécrire à l'identique le premier tome du Don Quichotte de Cervantes. Borges nous explique alors, en divers arguments savants, la nouveauté et la supériorité de la réécriture de Pierre Ménard sur l’œuvre originale. Cette célèbre nouvelle au ton satyrique, exemple typique du postmodernisme littéraire, revient toujours en mémoire lorsqu'il s'agit de gloser sur un nouvel album d'Ariel Pink, le personnage de réinventeur imaginé par Ariel Rosenberg. La comparaison – encore plus marquante depuis l'EP Myth 002 avec Weyes Blood – pourrait néanmoins faire passer le Californien pour un terrible raseur, en occultant le caractère immédiat de ses mélodies et son amour presque naïf pour la pop.

En plus de quinze années d'enregistrements, en solitaire puis en groupe, peu de choses ont changé dans l’œuvre de recréation du génial Ariel Pink. Celle-ci, en apparence disparate (entre la lo-fi des débuts et les récents passages en studio), retrouve son unité lorsqu'on répertorie les quelques éléments constants de la discothèque rose de notre éternel nostalgique. Pour commencer, il y a cette obsession pour l'âge d'or des différentes formes de la musique pop radiophoniques des années 1960 à 1980 (de la soul à la new wave) auxquelles viennent se marier toutes sortes d'expérimentations et autres hérésies de production, des ponts improbables et un humour absurde. On retrouve aussi le refus permanent de sacrifier aux modes de production de l'époque ; le choix systématique de l'enregistrement sur bande magnétique et de sa compression lo-fi en est l'exemple le plus flagrant. Dès Another Weekend, le premier single issu de Dedicated To Bobby Jameson, on reconnaît un style, une manière inimitable de concevoir des refrains magnifiques. Le sourire aux lèvres, on se demande qui d'autre – même parmi ses nombreux copistes – serait capable d'écrire une aussi belle mélodie, d'un tel équilibre entre l'humour et la confidence mélancolique. On repense à la splendide Dazed In Daydreams qui venait clore Pom Pom...

En cela, le nouvel album n'est guère une surprise, on retrouve aussi à plusieurs reprises l'ancienne habitude qu'avait notre Hibernatus de la pop de bruiter la batterie à la bouche et de juxtaposer des couches et des couches de voix. Les fantaisies expérimentales de Death Patrol (sa disco et son violon déglingués), Santa's In The Closet (épopée haletante et burlesque), Time To Live (invraisemblable hymne hard-glam rythmé par un fragile cri de guerre) et Acting (sorte d'hybride de soul et de G-funk) rappellent les plus grandes fresques imaginatives de Worn Copy. Notons aussi que la chanson I Wanna Be Young, réenregistrée pour l'occasion, était déjà présente sur Scared Famous, paru en 2001. S'il existe une évolution dont témoigne Dedicated To Bobby Jameson, elle n'est pas à rechercher d'un point de vue formel où se côtoient les habituelles dévotions d'Ariel Pink : la dream pop (Feels Like Heaven, Kitchen Witch), The Doors (Dedicated To Bobby Jameson), The Shadows (Dreamdate Narcissist) et la bubblegum (Bubblegum Dreams). En faisant appel au personnage de Bobby Jameson, chanteur de folk des sixties détruit par l'industrie du disque, présumé mort puis réapparu dans les années 2000 au fil d'une série de vidéos autobiographiques publiées sur YouTube, le timide Ariel a trouvé un moyen pudique de nous livrer sa musique et ses émotions. Si c'est ça, la maturité ; qu'elle soit louée ! Un disque d'Ariel Rosenberg a rarement été aussi émouvant, drôle et éloigné de l'image de fanfaron qui lui colle aux pompes. À peu de choses près, Dedicated To Bobby Jameson est un chef-d’œuvre d'inventivité et de sensibilité. Mais pouvait-il en être autrement ? Gageons qu'à quatre-vingt berges, Ariel Rosenberg écrira toujours des chansons merveilleuses !

Audio

Tracklist

Ariel Pink - Dedicated To Bobby Jameson (Mexican Summer, 15 septembre 2017)

01. Time To Meet Your God
02. Feels Like Heaven
03. Death Patrol
04. Santa's In The Closet
05. Dedicated To Bobby Jameson
06. Time To Live
07. Another Weekend
08. I Wanna Be Young
10. Dreamdate Narcissist
11. Kitchen Witch
12. Do Yourself A Favor
13. Acting (feat. DāM-Funk)


No Joy - Everything New (PREMIERE)

No Joy - Everything NewLes Montréalaises Jasamine White-Gluz et Laura Lloyd de No Joy reviennent faire parler leur indolence pop encore et toujours via la structure new-yorkaise Mexican Summer (lire) qui sortira leur troisième LP, More Faithful, le 9 juin prochain. Enregistré par Jorge Elbrecht de Violens et Lansing-Dreiden entre Brooklyn et le Costa Rica, ce dernier creuse la même veine mélodico-shoegaze que le maxi Pastel And Pass Out avait ébauché (lire), dégoise une paire de morceaux à la langueur romantique remarquablement ciselé dans un nuage de saturation, avec un je-ne-sais-quoi de The Rentals en arrière goût. Le premier single, la balade Everything New, est à découvrir ci-après.

Audio

Tracklisting

No Joy - More Faithful (Mexican Summer, 9 juin 2015)

01. Remember Nothing
02. Everything New
03. Hollywood Teeth
04. Moon in my Mouth
05. Burial in Twos
06. Corpo Daemon
07. Bolas
08. Chalk Snake
09. Rude Films
10. I Am An Eye Machine
11. Judith


Quilt - Mary Mountain (PREMIERE)

Quilt-credit-DANIEL-DORSAMexican Summer a récemment soufflé ses cinq bougies (lire) avec, entres autres, l'excellent album des Bostonniens de Quilt, Held in Splendor, dans les valises : une folk-pop fraîche et dilettante, tenant tout autant au visage enfantin d'Anna Fox Rochinski que de la gouaille châtiée de leurs compositions. Une saillie de bonne humeur dans un épais halo de nuages hivernaux, voilà ce que dégage cette nouvelle vidéo, à découvrir ci-après, dédiée à l'élégant morceau psych-rock Mary Mountain tirant sur un-je-ne-sais-quoi-de-Pavement et résultat d'un collage de séquences filmées par la photographe Laura-Lynn Petrick lors d'une énième tournée du groupe dans le Sud-Est des Etats-Unis. Une invitation aussi languissante que frivole à l'évasion, à l'amitié, la danse trippée et au bonheur de montrer son cul, comme ça, en haut d'un toit.

Vidéo (PREMIERE)

https://www.youtube.com/watch?v=RBXyvzMu-2w

Tracklisting

Quilt - Held in Splendor (Mexican Summer, 29 janvier 2014)

01. Arctic Shark
02. Saturday Bride
03. Eye of the Pearl
04. Mary Mountain
05. Tie up the Tides
06. The Hollow
07. A Mirror
08. Just Dust
09. The World is Flat
10. Tired & Buttered
11. Secondary Swan
12. Talking Trains
13. I Sleep in Nature

Quilt3

Quilt2

Quilt


Arp - Pulsars e Quasars

Arp_pulsarsEPjacketSans doute parce qu'on se tire demain au HogHog (lire) et qu'on vous laisse sans façon votre ville et le beau temps qui va avec, mais les ritournelles confectionnées par le New-Yorkais Alexis Georgopoulos sous le patronyme de Arp tombent à pic pour se retrouver derechef dans la pile des trucs à écouter en caisse, la fenêtre ouverte, les mains flottant au vent. Faisant suite au très psyché-pop LP More, paru l'été dernier, l'EP Pulsars e Quasars sortira le 22 septembre sur Mexican Summer - dealer reconnu en la matière (lire). Le morceau-titre Pulsars e Quasars a été traduit cathodiquement : à découvrir ci-après.

Video

http://www.youtube.com/watch?v=5-lbv-Yhav0

Tracklisting

Arp - Pulsars e Quasars (Mexican Summer, 22 septembre 2014)

01. Suns
02. Pulasars e Quasars
03. Chromatiques II (Extended Mix)
04. UHF1
05. On Returning
06. The Violet Hour (Film Dub)
07. New Persuasions (Version by Le Révélateur)


Who are you Mexican Summer?

Lorsqu'un saut calendaire d'une année sur l'autre se profile, il est désormais coutume de dresser des listes exhaustives classant les groupes et morceaux ayant fait l'année, en plus de labels sans cesse plus nombreux à assumer les risques de la production vinylique et ce, malgré ou grâce à la musique en ligne et au téléchargement. D'ailleurs, on ne déroge pas à la règle (lire). Mais au-delà du coup d'éclat, à quoi se jauge un bon label ? À son identité, ses sorties, son activité mais aussi et surtout à son modèle de développement : un bon label est un label qui dure, qui s'inscrit dans le temps et qui par ses choix imprime une esthétique à la fois multiple et référentielle. Le label créé une unité visuelle et stylistique, permettant à l'auditeur déjà acquis de s'y fier presque aveuglément, tout en conservant une diversité musicale intrinsèque. Dans la musique indépendante contemporaine, si l'on veut s'extraire de la ghettoïsation engendrée par les modes de production lo-fi - digital et cassette - il n'y a pas trente-six solutions. Il y a quelques années déjà, au cours d'un long entretien (lire), Julien Rohel, instigateur de Clapping Music, nous livrait de but en blanc l'une des recettes les plus réalistes : aujourd'hui notre modèle économique est quasi le même que celui d’il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller. Dans dix ans ? Le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste… Pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu’avec les groupes qu’on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français… Si l'on reste convaincu de l'acuité d'un tel constat, inutile de préciser que les exemples qui viennent à l'esprit pour l'illustrer ne sont pas légions en France quand d'autres, outre-Atlantique, se posent là, tout auréolés d'une flopée de disques ayant fait date en 2013. Ce qui n'est pas rien à l'heure où tout se perd et se confond dans un fil d'actualité continu, noyant littéralement l'auditeur de nouveautés et rééditions après l'avoir sevré de si longues années. Parmi ceux-ci, les labels Arbutus Records (lire) et Mexican Summer, chacun ayant soufflé en 2013 leur cinquième bougie, méritent un éclairage tout particulier, cristallisant l'attention, par-delà leurs spécificités respectives, autour d'un triptyque de valeurs cousu d'amitié, d'intégrité et d'éthique.

Entrevue avec Andrés Santo Domingo

Mexican Summer by Shan BrackbillSi Mexican Summer s'est révélé au monde par le biais du LP Crazy For You de Best Coast (lire), sorti en septembre 2010, le label fondé en 2008 par le triumvirat déjà à l’œuvre au sein de Kemado Records - Andrés Santo Domingo, Keith Abrahamsson et Tom Clapp - n'a pas attendu ce cap de relative exposition pour enchaîner les productions de choix, le plus souvent à l'orée de leur popularité : de Kurt Vile à Washed Out en passant par Haunted Graffiti, Real Estate, Jacuzzi Boys ou encore l'aujourd'hui encensée Marissa Nadler, dont une chanson à conféré le nom au label et qui vient de faire paraître le 4 février dernier via Sacred Bones (lire), July - structure avec qui ils partagent leurs locaux à New-York. Le plus souvent assimilé à un laboratoire huppé, sorte d'intermédiaire entre la profusion de label cassettes - tel Not Not Fun, NNA tapes ou Night People - et le monde des majors, à la fois courroie de transmission et entonnoir donc, Mexican Summer tend à asseoir son savoir-faire - à l'étendre même sur le terrain expérimental et électronique par la création de  avec Daniel Lopatin d'Oneohtrix Point Never et regroupant Pete Swanson, Autre Ne Veut, Huerco S ou Co La sous une même enseigne - tout en gardant ses artistes sur la durée avec, en plus des multiples sorties à tirage limité annuelles, quelques productions à plus gros tirages en collaboration avec d'autres labels : il en va des ultimes Peaking Lights (lire) et Connan Mockasin. Entre la fin d'année 2013, et celle 2014 qui se profile, un bon panachage de toutes ces aspirations se dessine, avec les albums de No Joy, Happy Jawbone Family Band, Mood Rings et Quilt, en plus de ceux à prévoir de Weyes Blood, Travis Bretzer, The Fresh & Onlys et Peaking Lights.

Andrés, avec Tom Clapp, tu as fondé de Kemado Records en 2002. Pourquoi avoir instigué ensemble Mexican Summer en 2008 ?

On a commencé Mexican Summer en 2008 comme une division de Kemado Records. Cela faisait presque cinq ans qu’on faisait Kemado d’une façon très traditionnelle, avec un nombre restreint d’artistes par an. Avec tous les bouleversements qu'a connu le music business durant ces années, on s’est rendu compte de la rupture et on a voulu spontanément éditer beaucoup plus d’artistes. L’idée était de ne sortir que du vinyle et du digital. Mexican Summer était la structure qui nous motivait le plus alors on a dédié tous nos efforts à ce nouveau label.

En 2011, vous avez mis sur pied Software Recording avec Daniel Lopatin. Pourquoi ?

On a créé le label  après avoir rencontré Daniel Lopatin dans notre bureau. On voulait travailler avec lui sur ses projets Oneohtrix Point Never et Ford and Lopatin. Pendant la réunion il nous a exposé tous les autres projets auxquels il était associé : on a décidé de créer un label avec lui.

Vous semblez très proche d'autres labels... 

On est très proche de Captured Tracks, mais aussi de Sacred Bones. Mike Sniper de Captured a eu son bureau chez nous pendant plusieurs années alors que Caleb de Sacred Bones continue de diriger son label depuis chez nous. À Greenpoint, on se considère plus comme une famille que comme des concurrents - d’ailleurs on collabore très souvent.

Quels sont les labels qui t'ont influencé dans ta démarche ? 

Même si on essaye de ne pas se comparer à d’autres labels, beaucoup nous ont inspirés : Factory, SST, Vertigo, Motown, Atlantic, Crammed, 4AD, Sub Pop, Bomp! Stiff, Rough Trade, Touch and Go, Warp.

Mexican Summer 2

Comment définirais-tu l'identité du label ? 

On n’a pas vraiment de ligne esthétique : on publie ce qu’on aime tout simplement. Plus que notre son, c'est notre public qui fait notre identité. On écoute toute sorte de musiques différentes et les auditeurs qui achètent nos disques aussi. C'est l’ensemble des artistes qui définit Mexican Summer, ce n'est pas untel ou untel qui caractérise le label.

Qu'est-ce qui te pousse à collaborer avec un groupe ?

Pour commencer il faut qu’on adore la musique du groupe avec qui on décide de bosser, en plus de la performance scénique. Mais le plus important est qu'il s'agisse de personnes avec qui l’on puisse s'entendre pour travailler.

De quel disque es-tu le plus fier ?

C’est comme choisir un fils préféré. Impossible !

Comment vois-tu le futur proche de Mexican Summer ?

On n’est pas un énorme label, mais nous sommes plus que deux mecs avec un ordinateur. On est ambitieux, on veut se développer tranquillement, avec intégrité. On a été très excité de publier le nouvel album de Connan Mockasin au États-Unis. En début 2014, on attaque avec le nouvel album de Quilt et des Fresh and Only’s sur Mexican Summer et le nouvel album de Napolian et Thug Entrancer sur Software.

Et alors... comment s'est passé votre anniversaire ?

Pour nos cinq ans on a fait une belle fête avec Home Blitz, Bobb Trimble’s Flying Spiders, Mike Wexler, Fresh and Only’s, Tamaryn, Ariel Pink, Soldiers of Fortune, Weyes Blood, Quilt, Linda Perhacs, Happy Jawbone Family Band, Lilacs and Champagne, Co la, Lansing Dreiden, Connan Mockasin, No Joy et Spirtualized. On était tous hyper excité de voir Lansing-Dreiden jouer pour la première fois avec son fondateur principal - Jorge Elbrecht. Cela fait presque dix ans qu’on travaille avec lui et le set a été incroyable. Ariel Pink a chanté le dernier morceau avec le groupe : juste incroyable.

Audio

TOP 5 LP Mexican Summer 2013

01. Part Time - PDA
02. No Joy - Wait To Pleasure ‎(lire)
03. The Happy Jawbone Family Band - s/t (lire)
04. Mood Rings - VPI Harmony (lire)
05. Spectral Park - s/t (lire)

TOP 3 EP Mexican Summer 2013

01. Lace Curtain - Falling/Running
02. Ariel Pink And Jorge Elbrecht - Hang On To Life (lire)
03. Peaking Lights - More High

TOP 3 LP Mexican Summer 2014

01. Weyes Blood
02. Peaking Lights
03. The Fresh & Onlys

Vidéos

http://www.youtube.com/watch?v=HINIs3Sp5Lk

http://www.youtube.com/watch?v=7WYDMj_sCFg

http://www.youtube.com/watch?v=a-SamkV33Nk

http://www.youtube.com/watch?v=918wtp_jLyo

http://www.youtube.com/watch?v=NT9GZmHLj8I


Quilt - Tired & Buttered

Quilt 2Peut-être à cause de leurs têtes de vainqueurs, sans doute aussi parce qu'il fait un temps bien dégueu, et a fortiori parce qu'on prépare un sujet sur leur label Mexican Summer ayant récemment soufflé ses cinq bougies, les trois de Quilt, originaires de Boston, égaillent par leur efficace et poussiéreuse Tired & Buttered - extraite de leur second LP Held In Splendor à paraître le 28 janvier prochain et faisant suite à un éponyme album dilapidé en 2011 via leur bandcamp - , une mâtiné pas forcément destinée à être jojo. Et ainsi de constater qu'avec à peu prêt les mêmes invariables rudiments, il est toujours possible de nettoyer la lunette sans trop forcer. La candeur américaine.

Audio


No Joy - Second Spine

no_joy_pastel_and_pass_out_pakshotAprès deux LP aux fortunes diverses - le fantomatique Ghost Blondeen et le très probant Wait to Pleasure (lire) - les Montréalaises Jasamine White-Gluz et Laura Lloyd reviennent encore et toujours sur la structure new-yorkaise Mexican Summer par le biais d'un EP 7", Pastel And Pass Out à paraître le 5 novembre prochain, qui a le mérite d'introduire de la meilleure des façon une tournée européenne plus que fournie - avec notamment un passage le 13 novembre à la Flèche d'or. Second Spine et Last Boss, en écoute ci-après, font d'ailleurs un peu plus que cela puisqu'il s'agit des plus efficaces compositions du groupe parues jusqu'à aujourd'hui, drapant une indolente mélodie dans un halo de saturations shoegaze.

Audio

Tracklisting

No Joy - Pastel And Pass Out (Mexican Summer, 5 novembre 2013)

A1. Last Boss
A2. Starchild Is Dead
B1. Second Spine

Tour

2013_NO JOY EUROPE 2013


Happy Jawbone Family Band - Mr. Clean

Happy Jawbone Family BandCela devient presque une habitude, mais voilà encore un groupe à sauter de la cassette esquisse sur Night People au debut LP sur Mexican Summer. Le sextuor Happy Jawbone Family Band, dévoyant une pop psyché et bordélique à souhait, vient en effet de sortir un album éponyme le 15 octobre dernier via la structure new-yorkaise dont Mr. Clean, entubé par l'insatiable Zach Phillips d'ORS Tapes et Blanche Blanche Blanche, fait office de single. C'est bon, c'est frais, c'est produit par Jarvis Taveniere de Woods, donc c'est bon, c'est frais même si, bordel, l'été est bien loin. Pour la peine, on glisse notre second choix en terme de vidéo de la semaine, nettement plus dans l'air du temps : Holy Ghost de Destruction Unit, extrait de l'album Deep Trip paru la semaine passée via Sacred Bones. Destruction Unit sera en concert mardi 22 octobre au Point Éphémère en première partie de Wall of Death.

Vidéo

http://youtu.be/gYzgk569dF0

Bonus

http://youtu.be/wRXq-czZs7w


Mood Rings - VPI Harmony

Mood Rings - VPI Harmony

Le quintette d'Atlanta Mood Rings, emmené par un Will Fussell à la voix vaporeuse, qui avait suscité l'intérêt en avril dernier par le biais de l'annonciateur Pathos y Lagrimas entubé par Mexican Summer, leur label, sort aujourd'hui même son premier LP VPI Harmony. Entre mélodies rêveuses, couleurs pastels et guitares éthérées, difficile de résister à leur shoegaze sucré, mettant un plan sans vergogne à leur salaces concurrents Beach Day et Part Time pour le titre de crème solaire de l'été. En témoigne The Line.

Audio

Tracklist

Mood Rings - VPI Harmony (Mexican Summer, 24 juin 2013)

01. Dark Flow
02. Pathos y Lagrimas
03. Come Lay Down in Lined Arrangements
04. Perusha
05. Minor Slaloms
06. Promise Me Eternity
07. The Line
08. Exorcised Painting
09. Hollow Dye (Defected Crystal)
10. Get Lost
11. Charles Mansion


No Joy - Hare Tarot Lies

Depuis 2009, les Montréalaises Jasamine White-Gluz et Laura Lloyd forment No Joy, groupe à géométrie variable, délayant de mélancoliques vignettes pop dans un brouillard de distorsions shoegaze. Déjà auteures de l’envoûtant LP Ghost Blondeen 2010, les Canadiennes sortent le 22 avril prochain, toujours via le label new-yorkais Mexican SummerWait to Pleasure, émérite et ambitieuse tentative de conciliation entre la scène québécoise actuelle - dont le label Arbutus est un formidable maillon - et celle anglaise d'un autre temps - qui ne passe définitivement pas - et dont My Bloody Valentine et Ride en sont les dignes testamentaires. Entre saturations étirées, vocalises ensorcelantes et production léchée, Wait to Pleasure indique le chemin le plus court, depuis leur dernier EP Negaverse (2012), vers un raffinement mélodique où onirisme et électronique occupent désormais une place prépondérante. Ce que n'indique précisément pas la lascive Hare Tarot Lies, second extrait dévoilé dudit album.

Audio

Tracklisting

No Joy - Wait to Pleasure (Mexican Summer, 22/04/2013)

01. E
02. Hare Tarot Lies
03. Prodigy
04. Slug night
05. Blue Neck Riviera
06. Lizard Kids
07. Lunar Phobia
08. Wrack Attack
09. Ignored Pets
10. Pleasure
11. Uhy Yuoi Yoi


Spectral Park - Ornaments

Qu'il s'agisse de la vidéo de L'appel du Vide, dévoilée en janvier dernier à l'occasion de la sortie sur Mexican Summer de son premier LP éponyme, ou de celle d'Ornaments révélée il y a peu - chacune étant visionnable ci-après - le jeune Luke Donovan ne se fait pas prier pour façonner, seul, l'univers psyché-pop de Spectral Park, tout en éclaboussant son monde d'une inventivité à faire pâlir une palanquée d'apprentis monteurs-musiciens. Utilisant comme à peu près 90% de la planète indie pop la technique éculée du found footage, l'Anglais, natif de Southampton, donne plus dans le tournis que dans la paresse, utilisant des images du film Global Groove (1973) du Coréen Nam June Paik telle une véritable matière première sujette à un collage compulsif, déroutant, obnubilant. Le tout en parfaite résonance avec un songwriting déluré et frénétique à mi-chemin entre un Ariel Pink ayant délaissé la kétamine pour la cocaïne et une pop lo-fi à la Cloud Nothings sous acide. Le tout, bien sûr, en étant sain de corps et d'esprit.

Vidéos


Autre Ne Veut - Anxiety

Il existerait un mouvement musical, littéraire, cinématographique, pataphysique, appelé "avant-pop", dont Autre Ne Veut ferait partie. "Avant" comme dans "avant-garde", donc. Dans les grandes lignes, cela consisterait à concilier des exigences musicales ambitieuses aux intentions fédératrices et décomplexées de la pop la plus accrocheuse. Si le terme est utilisé par certains pour qualifier de la musique créée dès les années 1960, il renvoie aujourd'hui surtout à un groupe de musiciens contemporains (Rhye, How To Dress Well, voire le Mikky Ekko produit par Clams Casino) qui cherchent à marier des instrumentations électroniques modernistes et sophistiquées à des vocalises dignes des plus grosses têtes du R'n'B et de la pop mainstream.

Les plus sceptiques considèreront que des divas qui chantent sur des petits prouts électro-pop, cela n'a plus rien de très avant-gardiste, et que le simple fait de se dire avant-quoi-que-ce-soit relève, au mieux, du prétentieux. Les plus positivistes, eux, trouveront cela assez enthousiasmant que l'on puisse encore envisager une avant-garde musicale, en 2013, alors que même votre petite sœur de 15 ans se proclame post-moderne.

Arthur Ashin, alias Autre Ne Veut, trentenaire de Brooklyn, petit chouchou de Pitchfork et heureux détenteur d'un Master de psychologie, serait donc à compter dans le rang des avant-popistes. Effectivement, si son penchant pour les vocalises lascives à gorge déployée suggère un goût certain pour Usher et R. Kelly, ses compétences de producteur électro-pop évoquent autant les beats ouatée de Clams Casino que les grooves opiacés de The Weeknd ou l'excentricité sensuelle de Purity Ring.

Les dix chansons qui composent Anxiety, le second album d'Autre Ne Veut, forment un florilège exaltant de sons abstraits, de beats langoureux et de lignes vocales aguicheuses. Seule composante organique, la voix d'Ashin est incontestablement l'élément central d'Autre Ne Veut. Surnageant et virtuose, le chant progresse toutes brides lâchées, le but étant de mettre en voix l'anxiété sans fatalisme mais avec beaucoup de dramatisme et, surtout, avec un maximum de souffle, les lèvres grandes ouvertes et la tête dans le guidon.

Malheureusement, Ashin tend à pêcher par excès, et la performance vocale devient parfois une démonstration pompeuse et maniériste qui s'avère un peu usante. D'autant qu'Autre Ne Veut cultive une esthétique du heurt et de la rupture qui rend le fil des morceaux parfois assez difficile à suivre. Autre Ne Veut est donc à écouter avec parcimonie, en privilégiant les meilleurs titres. À savoir Counting, single langoureux au possible à falseto et claquements de doigt et featuring de Mykki Blanco ; Play by Play, titre maximaliste qui joue avec les codes mainstream pop les plus aguicheurs ; ou encore World War, lente balade déchirante, sombre et éthérée de 5'42 qui conclut l'album.

Ainsi, malgré ses débordements, Anxiety reste une ode sentimentaliste et grandiloquente assez grisante. C'est un plaisir coupable intelligent, ambitieux et sincère à jeter au visage des plus rabat-joie.

English version

There would exist a music, literary, cinema, pataphysics movement, called 'avant-pop,' and Autre Ne Veut would be part of it. 'Avant' as in avant-garde. In broad outline, it would be about reconciling demanding music ambition and the federative and complex-free intentions of the most catchy mainstream pop. If some use 'avant-pop' to qualify music created as early as the 60s, the term now mainly refers to a group of contemporary musicians (Rhye, How To Dress Well, and, why not, Clams Casino produced Mikky Ekko) that try to mix modernist and sophisticated electronic instrumentations and vocal lines inspired by the biggest badasses in sequin r'n'b/pop music.

The toughest skeptics might think that divas singing over electronics blops is not such a avant-garde thing anymore and that, actually, pretending you're avant-gardiste is, at best, pretention. The merriest positivists, though, might find it quite enthusing that one could imagine a thing such as an avant-garde, in 2013, when even you're 15-year-old sister proclaims herself post-modernist.

So Arthur Ashin, aka Autre Ne Veut, thirty-something Brooklyner, Pitchfork fav and Psychology grad, would be part of the avant-popers. Indeed, his penchant for lascivious vocal noodling suggests a certain fondness for Usher and R. Kelly, and his electropop producer skills evokes as much the cottony beats of Clams Casino as the opiated grooves of The Weeknd or the eccentric sensuality of Purity Ring.

Anxiety, Autre Ne Veut second album, is a thrilling ten-song anthology of abstract lush sounds, languid beats, and enticing vocal lines. The only organic component, Ashin's voice is the unquestionably the central element of Autre Ne Veut. Floating high, crisp and virtuoso, the singing goes on bridlelessly, the aim being to chant anxiety and uneasiness without fatalism, but with a great deal of drama and, above all, with as much breath as possible, lips wide open and head to the grindstone.

Unfortunately, Ashin, at times, tries too hard to do too much, leaving the vocal display sounding like a rather pompous and mannered diva show -- which can quickly become wearing. Moreover, Autre Ne Veut cultivates a jerky aesthetic where breaks and rupture prevail, making the flow hard for the listener to follow. For the better, Autre Ne Veut is to be appreciated with parsimony, favoring the highlights. Which are, in order of appearance: Play By Play, a maximalist track that smartly plays with catchy mainstream pop gimmicks; Counting, an utmost languid song with fragile falsetto and clever finger snapping; and World War, an unbearably slow and harrowing soulful 5'42 ballad, somber and ethereal, which ends the album.

So in spite of his excesses, Anxiety is a heady sentimentalist and grandiose ode to feeling bad and yelling so. It's a smart, ambitious and sincere guilty pleasure to be thrown to the faces of the worst party poopers.

Vidéo

Tracklist

Autre Ne Veut - Anxiety (Mexican Summer/Software Recording Co, 2013)

1. Play by Play
2. Counting
3. Promises
4. Ego Free Sex Free
5. A Lie
6. Warning
7. Gonna Die
8. Don't Ever Look Back
9. I Wanna Dance With Somebody
10. World War


Part Time - What Would You Say?

David Speck de Part Time nous conte des histoires de soirées glauques et de jeunesse blasée, entre deux mélodies entêtantes de synthé, riffs de guitares et les beats kitsch de sa boîte à rythmes.
What Would You Say?, c’est un peu l’album de la nonchalance mélancolique à la sauce italo-disco/post-punk. Un mélange assez cohérent finalement, qui fait qu’on n’aurait pas été surpris de retrouver cette belle galette sur la platine vinyle de nos parents en 1981. En bref, un art de l’obsolète qui fait des miracles, tant on aimerait bien, après plusieurs écoutes, se retrouver tous en Wayfarer à siroter des cocktails ringards
Pourtant, le chant monocorde du San Franciscain nous décrit solitude urbaine, désillusion et mensonges, et ce dès le premier morceau, Thunderbolts of Love, introduit par l’écho d’un « Are you alone? » sinistre qui ne laisse rien présager de bon pour la suite : « Illusions of emotions travel through the sky, every little breath and every little lie ». Ce morceau effrontément italo-disco ne cache bien sûr pas ses influences et rappelle bien le genre dépoussiéré plus récemment par le label Italians Do It Better à la manière, par exemple, de l’excellent Night Drive de Chromatics.

D’un autre côté, les riffs de guitare post-punk de I Wanna Take You Out sont un clin d’oeil inspiré aux groupes phares du mouvement. On pense bien entendu à New Order, aux Écossais d’Orange Juice et aux Psychedelic Furs. En fait, quand il ne passe pas ses nuits à déprimer tout seul dans sa chambre à pianoter sur son synthé en méditant sur la superficialité du monde (Living in Pretend), David Speck est un gars plutôt sympa, qui aime faire la fête et amateur de jolies filles (She’s Got the Right, Hey Karen, What Would You Say, Cassie (Won’t You Be My Doll)).
Avec Riot in the Streets cependant, la fête prend un goût un peu amer. Des samples intrigants de coups de canons et/ou de fusils, et des cris tumultueux d’une foule en révolte sont annihilés par une mélodie un peu naïve et un chant à nouveau très monotone. Derrière le synthé et les guitares gentillettes, la perspective d’une rébellion punk s’efface, dénonçant le manque d’ambition d’une jeunesse perdue et blasée : « Looking for the fire, looking for the fight », un nihilisme façon cold wave qui, après un petit retour au début des années 80, achève d’inscrire What Would You Say? en 2011, tant par ses cousins soniques (Chromatics, Cold Cave…) que grâce à son portrait assez juste d’une génération désillusionnée et qui tente désespérément de trouver le salut en usant et abusant des apparences : « In the city, they all believe in lies, if I loose my cool I die » (In This Filthy City). Et il n’y a qu’à passer une soirée dans un club de sa Californie natale pour se rendre compte d’une chose : en 2011, la nuit, tous les hipsters sont gris.

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Tracklist

Part Time - What Would You Say? (Mexican Summer, 2011)

1. Thunderbolts of love
2. I Wanna Take You Out
3. Living in Pretend
4. She’s Got the Right
5. In this Filthy City
6. What Would You Say?
7. Hey Karen
8. Riots in the Streets
9. 19
10. She’s Playing With Your Mind
11. Cassie (Won’t You Be My Doll)


Tamaryn – The Waves

tamaryn-the-wavesAlors que l'année dernière je faisais flamber mon sapin en me servant de l'album de Delphic comme soufflet, cette année, un peu moins revêche, je glisserai sous mon conifère nouvellement décoré l'excellent premier opus de Tamaryn. Passé inaperçu lors de sa sortie, voici venue l'occasion de redécouvrir ou de faire découvrir l'une des plus savoureuses révélations musicales de ce cru 2010. Nous nous étions pourtant déjà penchés sur le cas du duo à l'occasion de sa venue pour un Super ! concert à la Flèche d'Or. Y étais-tu cher lecteur ? Et toi ? Je ne t'y ai pourtant pas vu ! Quelle erreur regrettable.
Débutée il y a deux ans grâce à la sortie de leur premier EP, Led Ashtray, Washed Ashore, la carrière de la jeune chanteuse Tamaryn Brown et du guitariste/producteur Rex John Shelverton prend son envol avec grâce et révèle la voix de la prima donna néo-zélandaise. La musique à la fois séraphine et stridente fait écho à la dream-pop de Mazzy Star et au shoegazing de My Bloody Valentine. On a vu pire comme références. Exilé à San Francisco, le duo vaporise à travers The Waves de sombres mélodies empruntes de psychédélisme et de chamanisme. Mais la force de Tamaryn vient justement de la confrontation du timbre langoureux de la chanteuse et des sonorités très noisy des instruments à cordes, rappelant le claquement des vagues sur le récif, coupant comme des lames de rasoir. Des titres comme Love Fade résonnent à l'oreille comme des chants de sirènes cherchant à nous emporter au loin tandis que The Waves fait vibrer en nous le souvenir de milliers de sentiments déchirés. Chaque chanson de Tamaryn se reflète dans des œuvres qui auront bercé notre post-adolescence avec nostalgie, rappelant la mélancolie lyrique des artistes de 4AD et les complaintes planantes de Ride ou Slowdive.
Un album opiacé à savourer entre les huîtres et le foie gras, mais assez hypnotisant pour vous faire oublier le reste du repas.  Cette berceuse de Tamaryn est une balade sur des mers agitées, vous emportant délicieusement au loin, sans espoir de retour.  The Waves est tout simplement l'étrenne parfaite pour ceux qui n'aiment pas les fêtes de fin d'année, en plus de figurer au palmarès des hits de cette annuitée passée.

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Tamaryn - Love Fade

Tracklist

Tamaryn - The Waves (Mexican Summer, 2010)

1. The Waves
2. Choirs of Winter
3. Love Fade
4. Haze Interior
5. Sandstone
6. Coral Flower
7. Dawning
8. Cascades
9. Mild Confusion


Best Coast - Crazy For You

Bethany Cosentino s'apparente décidément à une stakhanoviste de la surf-pop. Non contente de faire la maline en compagnie du rappeur Kid Cudi et de Rostam de Vampire Weekend pour une marque pompe cool à l'étoile historique (voir par ), en plus de nous avoir abreuvé durant presque deux ans d'incalculables maxis (ici), split vinyle (), vidéos drolatiques () et concerts mémorables (report), l'inénarrable californienne frappe d'un grand coup l'été du sceau de Best Coast et de son premier véritable LP, Crazy For You, à paraître le 27 juillet sur Mexican Summer. Et si l'on était en droit de s'attendre à une sorte de best-of de ses multiples sorties précédentes, il s'avère indiscutable que notre fumeuse de joint préférée s'est attelée pour l'occasion à une sacrée tâche sous la férule de Lewis Pesacov (guitariste de Fool's Gold) et de Foreign Born : seule la langoureuse balade When I'm With You fait état d'un précédent pressage. Inutile de dire pour autant que les thèmes évoqués par ces douze pop-songs exécutées à la vitesse de l'éclair - le disque ne dépassant pas la demie-heure - sont de nature à remettre en question les principes fondamentaux de la physique quantique : Pourquoi n'est-il pas là ? Pourquoi n'est-il pas avec moi ? Pourquoi ne sommes nous pas ensemble ? Autant de questions bêtes et pas méchantes, à la tautologie assumée, renvoyant aussi bien à cet éphèbe avec qui Bethany rêve de couler des jours heureux, telle une Bridget Jones tatouée de la tête aux pieds, qu'à l'accent mis ici sur la forme condensée de compositions élaborées en compagnie du fidèle et chevelu Bobb Bruno. Bien qu'il s'agisse d'un clin d'œil appuyé à son ami de voisin Nathan Williams et à la pochette de son récent effort, King of the Beach, l'artwork signé David Rager ne reculant pas devant la mise en scène d'un félin flanqué de cocotiers, Crazy For You ne doit rien à personne d'autre qu'à Bethany, arguant de cette grâce vocale à quelques encablures des Beach Boys et des sixties. C'est bien celle-ci d'ailleurs, mis en abîme par la guitare tout en réverb et distorsions de Bobb, qui confère un cachet à la fois suranné et ensoleillé à des morceaux oscillant autour de rythmiques justes mais rudimentaires. L'ex-Pocahaunted égraine de la sorte la bande-son idéale d'un été valdinguant entre un sentimentalisme enjoué (Boyfriend, the End, Bratty B), langueur corrodée (Summer Mood, Our Deal, When the Sun Don't Shine, When I'm With You) et bois envoyé à toute blinde (le diptyque I Want You, Happy, Each and Everyday), se jouant de saturations à l'épaisseur pourtant calibrée. Pas le temps de s'ennuyer, pas même celui de trouver redondantes certaines formules, que la belle nous laisse en plan, l'écouteur à blanc. Un peu trop compact, pas assez diversifié mais néanmoins contondant et entêtant, Crazy For You est un drôle de coup d'essai. On se doute qu'il ne tardera pas à être transformé.

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Best Coast - Boyfrend

Best Coast - Our Deal

Vidéo

Tracklist

Best Coast -Crazy For You (Mexican Summer, 27 juillet 2010)
01. Boyfriend
02. Crazy For You
03. The End
04. Goodbye
05. Summer Mood
06. Our Deal
07. I Want To
08. When the Sun Don't Shine
09. Bratty B
10. Honey
11. Happy
12. Each and Everyday
13. When I'm With You