Bye Bye Ocean l'interview des trois ans

Bye Bye Ocean est dans doute l'un des collectifs qui a permis à la nuit parisienne de s'émanciper et de s'hybrider toujours plus. Pour le troisième anniversaire de ce crew maintenant historique et toujours aussi dynamique, on a fait une petite interview avec eux.

Comment ça a commencé, cette aventure collective ?

Tout a commencé il y a trois ans. À l'époque, il y avait une grande différence entre les soirées qui étaient proposées et ce qu’on écoutait réellement avec Camille - Thomas nous a rejoint plus tard. C'était en 2014, l’éclectisme musical en club à Paris était plus réduit et l'on a eu envie de proposer quelque chose de différent.

Pourquoi Bye Bye Ocean et pourquoi cette musique ?

Le nom nous est venu comme ça, c’est un mélange d'idées. On s’est dit qu'il était bien figuratif et offrait une image intéressante, assez apocalyptique qui pouvait inspirer les artistes avec lesquels on voulait collaborer. Musicalement, on a toujours agi en fonction de nos goûts du moment et si l'on devait mettre un terme aujourd’hui sur ceux du moment, ça serait la musique club expérimentale, sans style proprement défini.

Il y a une constellation qui s'est créée au fil du temps avec Stock71 et Permalnk, ce sont les mêmes protagonistes dans tous les projets ?

Il y a des affinités mais les entités et projets sont tous bien distincts. Les protagonistes ne sont pas exactement les mêmes et les envies sont différentes. Tous ces projets fonctionnent de manière très personnelle, la base commune étant de ne pas se fixer de limite.

Est-ce qu'avec vos soirées et celles, disons des copains, je pense à I've Seen The Future par exemple, Paris a fini par devenir plus émancipé ? Plus monstrueux ?

Grave, c’est un mouvement collectif, les soirées sont de plus en plus variées, une nouvelle forme de fête à vu le jour depuis quelques années. Évidemment, gros respect pour les copains d’I've Seen The Future et leur programmation de malade, big up aux Parkingstones également, qui révolutionnent la nuit parisienne en mélangeant live, performance et gros son club. Il y a aussi les soirées de Betty et Teki qui jouent leur rôle dans le fait de ramener toujours plus d’artistes d’horizons différents. Il fait bon sortir à Paris ces temps-ci.

On aime assez parler de musique monstrueuse pour parler de la musique que vous défendez, ça vous quoi, cette idée de monstre ?

On parlerait peut-être plutôt d’hybridation, un mélange de style, une expérimentation. Ou alors peut être pas un monstre mais un alien.

Votre programmation est assez impressionnante, Lotic, Rabit, Angel Ho, M.E.S.H., nunu, Celestial Trax, etc., comment cela se passe de votre côté, ces programmations, ces envies ?

Ça marche au coup de cœur, c'est assez personnel finalement. C'est avant tout l'envie d'inviter des artistes peu connus qui sont très rarement invités en France alors qu’ils tournent davantage à l’étranger. Nos line-ups sont toujours des cadeaux qu’on se fait à nous-mêmes et nous pensons arriver à transmettre le plaisir que cela nous fait à notre public.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir trois ans et de les fêter avec M.E.S.H., qui est sans doute un des types les plus brillants de sa génération ?

C’est un peu fou, on ne savait pas où cela allait nous mener, on n'a jamais eu de prétentions particulières mais on est très fiers et très heureux de fêter ça avec la famille samedi. Beaucoup de rencontres incroyables. Ça va être particulièrement intense, avec le grand manitou M.E.S.H. qui a marqué sa première venue et qui nous soutient tout particulièrement depuis.

Vous envisagez des évolutions pour la Bye Bye Ocean, qui est maintenant devenue une institution des nuits à Paris ? C'est quoi, le futur de Bye Bye Ocean ? Toujours autant d'envie et de sueur?

On ne pense pas à changer de lieu, la Java fait partie des symboles de cette soirée. Toujours autant envie de sueur, oui, pour un petit bout de temps encore. Pourquoi pas quelques ouvertures, un peu de footwork ? Un peu de live ? Un peu plus d’accessoires et de déco pendant les soirées comme pour ce troisième anniversaire...

Merci Bye Bye Ocean, longue vie !


M.E.S.H - Damaged Merc

Ça commençait à faire quelques mois que nous n’avions pas parlé de PAN. Étrange sans doute étant donné la qualité assez égale des sorties du label et de ses sub labels. Pour fêter la sortie de l’EP filou de M.E.S.H sur ce même PAN on va faire un point linguistique, mathématique, philosophie et musique.

M.E.S.H c’est un peu l’art de la réitération, et comme chacun d’entre vous le sait peut-être la réitération n’est pas exactement la répétition. La répétition est le fait en linguistique, d’utiliser ou de ré-utiliser, le même mot, la même structure ou la même idée. Plus largement en architecture ou en art, c’est le fait d’utiliser ou de ré-utiliser le même motif, le même signe. Je ne sais pas, disons une banane par exemple. La répétition produit de ce fait un sens particulier, une appréhension particulière. L’itération ou l’aspect itératif comme on dit en linguistique, marque une habitude, une action répétée, un processus entier. Du type tous les jours j’écoute Damaged Merc le dernier EP de M.E.S.H. Il dénote d’une habitude, de la répétition d’un acte ou d’une action dans son entièreté.

En mathématique l’itération désigne la répétition d’un processus et non plus d’un motif, de la même manière en linguistique il désigne la répétition ou le ré-usage d’un process. Exemple l’algorithme qui va répéter un calcul à l’infini ou presque pour résoudre certains types d’équations ou de problèmes. La distinction semble faible, et fonctionner sur le même modèle, mais elle est importante. Si le réalisme spéculative d’un Quentin Meillassoux en fait une distinction philosophique de base pour comprendre la répétition d’un signe creux, c’est-à-dire sans sens a priori, si on l’applique à la musique on acquiert une autre approche de la composition. En somme, la réitération n’est plus la simple répétition d’un motif afin de produire un effet de style, de sens, mais la répétition d’un processus afin d’obtenir un résultat précis, ou bien une méthode qui permet de donner une autre lecture à un ensemble de signes creux. Exemple la répétition du même trait, en mathématique peut aussi devenir l’addition de ces traits. Faire un trait, faire trois traits. Faire un, faire trois, ou simplement trois signes creux. C’est ce que l’on y affecte qui « remplit » le sens du « signe creux ». En gros on peut écrire trois, répéter le chiffre trois, ou tracer trois traits. La différence est sensible voire infime, mais revenons en à M.E.S.H.

La musique sérielle, comme la musique électronique se base sur la répétition, elle est en quelque sorte fractale, elle répète, parfois dans un potentiel infini le même motif. La musique sérielle est à ce titre une musique de répétition. La ré-itération elle, fait passer de la répétition de l’exactement même à la répétition du processus du même, vitesse, décalage, contre-temps, assemblage. Chez M.E.S.H et notamment dans Damaged Merc on voit à l’œuvre ce procédé. Dans les quatre morceaux souvent la répétition, de trois lignes du même procédé, du même processus, donc si vous avez bien suivi, ré-itération. Ça n’est pas simplement un sample, c’est le processus d’un sample prit dans son instance  et son ensemble de vitesse et variation qui se répète. M.E.S.H comme toute une partie de cette scène monstrueuse, joue d’avantage sur le sensible, la sensation, le sens produit par la répétition d’un processus plutôt que d’un même signe. Accélération et décélération, parfois même entropie c’est à dire destruction interne des mélodies sont au programme.

Musicalement on se trouve un peu dans un feat. techno Détroit, Berlin bizarre, samples sans origine qui s’accélèrent ou décélèrent, perdus vaguement entre kuduro étrange, techno début de scène Detroit découverte des synthés, et un certain caractère très brut des mélodies. Une sorte d’approche cérébrale et figurale de la scène club… Une manière de digérer ailleurs et autrement une « culture club », pour aller vite. Il y a une question de vitesse qui est en jeu, et une question de politique du son en quelque sorte.

L’EP est en tout cas un intriguant mélange bizarre, et on a assez hâte de le voir programmé ici ou là pour observer ce que ça peut produire en live sur nos corps endoloris de normalisations diverses. Est-ce que la réitération bouge le corps différemment de la répétition ? En voilà une question…

Audio

M.E.S.H - Damaged Merc

Tracklist

M.E.S.H - Damaged Merc (PAN, 27 mai 2016)
01. Damaged Merc
02. Follow & Mute
03. Kritikal Thirst
04. Victim Lord


HZ MONTHLY MIXTAPE – PRE-SUMMER 16

L'Hz Monthly Mixtape de la rédaction, à écouter et télécharger en attendant le vrai été.

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Hz Monthly Mixtape - Pre-summer 16

01 - M.E.S.H - Damaged Merc
02 - 8ulentina - Alevi Spiral
03 - Kevin Morby - Singing Saw
04 - The Kills - Days of Why and How
05 - Atom and His Package - Me and My Black Metal Friends
06 - Gäa – Uranus
07 - Brown Irvin – Tone
08 - Dawn Richard - How I Get It
09 - Dva Damas - Clear Cut
10 - Evan Jones - My days
11 - F ingers - Tantrum Time
12 - FLANCH - BLE$$INGS
13 - Floh de Cologne - Kalte Wut
14 - Frank Schöbel - Schreib es mir in den Sand
15 - Hiroshi Yoshimura - Something Blue
16 - In Aeternam Vale – 181
17 - Jardin - Mon amour n'a pas de sexe
18 - Luke Eargoggle - Lex 2001
19 - Midori Takada – Crossing
20 - Monoton - Leben im Dschungel (Abdulla Rashim Remix)
21 - Peter Van Hoesen – Quadra
22 - Africaine 808 - Rhythm is All You Can Dance
23 - MARIAH - 少年
24 - Umberto - Dawn Of Mirrors