Sunder l'interview

Sunder collectionne les papiers anglophones, tourne bravement les Amériques et s'affiche au catalogue de Tee Pee Records, massif pourvoyeur des plus brûlantes passades de riffs depuis le milieu des années 1990. Pourtant, Sunder vient de Lyon, Rhône-Alpes, était précédemment nommé The Socks, et peine à se faire connaître auprès des foules de France. Quel est donc le statut ? Le quatuor a sorti son premier album sous sa nouvelle identité l'année dernière, on s'est du coup rapproché d'eux pour en savoir un peu plus.

Audio

Sunder - Sunder (2015, Tee Pee Records/Crusher Records)

Sunder l'interview


Lorsque vous vous appeliez encore The Socks, vous avez sorti un premier LP: il s’est directement niché chez Small Stone et Cargo, soit  deux labels ayant sorti de grosses pointures comme Drive Like Jehu, Dozer, Acid King et j’en passe… J’ai loupé quelque chose? Comment est-ce que ça s’est fait ?

Ça s'est fait via Facebook et assez simplement. Scott, le boss de Small Stone aimait vraiment nos morceaux et il a voulu nous signer.

Vous vous appeliez The Socks, vous vous appelez maintenant Sunder : qu’est-ce qu’il s’est passé ? Est-ce que ce changement est purement esthétique ou induit-il tout de même selon vous un point de vue différent par rapport à votre son ?

On avait besoin d'un renouveau, de créer un nouvel univers aussi bien musical que visuel. Mais au-delà de ça on aimait vraiment plus ce nom... et on va dire qu'il nous a posé quelques problèmes.

J’ai l’impression que vous faites partie de cette catégorie de groupe relativement connus à l’étranger mais beaucoup moins exposés en France – je vois pas mal de chroniques de vos disques sur des sites US, par exemple, mais peu en France : je me trompe ? À quoi cela peut-il être dû selon vous ?

Non tu as parfaitement raison. On est essentiellement gérés par des étrangers (labels, tourneur, manager), je pense que c'est la raison principale.

Ça m’amène à me poser cette question : tournez-vous du coup peu en France pour privilégier l’étranger ? Si c’est le cas plutôt l’Europe ou les Amériques ? Est-ce que vous comptez changer cela dans un futur proche ?

On adore tourner en Europe, on voyage, on voit de nouvelles choses. C'est plutôt cool ! On ne cherche pas à privilégier une destination plus qu'une autre, on va dire que les choses se font comme ça. Mais, en vérité, on aimerait vraiment plus tourner en France. C'est vraiment le but pour cette année et les années futures.

Vous avez donc changé de nom, puis sorti un album sous Sunder sur Tee Pee Records, l’année dernière : ça fait quoi de trouver son nom entre ceux de Brian Jonestown Massacre, High on Fire et Kadavar ? Comment vous en êtes arrivés à dealer avec ce label – véritable maison-légende dans son registre ?

C'est vrai que ça fait plaisir, c'est une certaine fierté. Ce label a vraiment sorti beaucoup de groupes qu'on adore et qu'on écoute. C'est vraiment un des labels qu'on aime le plus. Notre manager est Ryan du groupe NAAM, c'est lui qui nous a proposé à Teepee. Ça a pris du temps et finalement ça c'est fait !

Photo-sunder

Cela dit, il ne faut pas oublier Crusher Records, également crédité à la sortie de ce LP. Comment se sont-ils partagé la tâche ?

Oui ! En fait Tee Pee s'occupe des États-unis, de l'Amérique du sud et de l'Australie. Crusher est plus concentré sur l'Europe. C'est vraiment un bon label, le boss Peter est quelqu'un qu'on apprécie beaucoup. Il aime vraiment ce qu'on fait et il s'investit beaucoup.

Vous avez sorti en parallèle de votre premier album un flexi 7’’ avec le single Cursed Wolf. C’est quoi ce délire ? Qu’est-ce qui vous a pris de sortir un flexi-disc en 2016 ?

Héhé, On va dire que ça fonctionne bien et que les gens s'interrogent toujours en voyant le flexi sur notre table de merch. C'est une idée commune qu'on a eu avec les labels. Ça a une dimension fun et originale ! On est plutôt satisfaits.

Quels sont vos projets pour le futur ? Vous avez joué à l’Espace B – une salle moins identifiée métal fin avril, ça s’est bien passé ? Est-ce que cela fait partie de vos plans pour vous extirper de cette scène heavy psyché 70’s avec un revival un peu bouchonné en ce moment ?

Oui c'était vraiment pas mal, la salle est vraiment cool (la blanquette de veau aussi). Oui... tu es bien renseigné ! En réalité, on aimerait vraiment pouvoir accéder à des lieux ou des festivals plus pop. On aime la scène dans laquelle on est, le public et certains groupes sont vraiment cools mais on aimerait voir aussi d'autres choses.

Je sais que Jessy joue dans Noyades : les autres, vous avez d’autres projets à côté de ça ?

Oui. Jessy et moi, on joue dans un tribute band des Stones. Nico fait quelques truc en solo. D'autres choses vont se faire dans le futur mais Sunder reste notre priorité.

Mixtape


THE BEATLES - Tomorrow Never Knows
THE BEATLES - Rain
DAVID BOWIE - Lady Stardust
TAME IMPALA - It Feels Like we Only Go Backwards
THE ROLLING STONES - Under My Thumb
THE WHO - Silas Stingy
THE ROLLING STONES - Play With Fire
THE BEATLES - Day In The Life
LEE HAZLEWOOD & NANCY SINATRA - Summer Wine
THE BEATLES: Because
POND - Medicine hat
THE MOODY BLUES - Legend of a mind
SIMON & GARFUNKEL - Benedictus
LEONARD COHEN - So long Marianne
THE BEATLES - In my life


Who are you Dur et Doux?

C’est sans doute par un héritage no wave que la musique expérimentale contemporaine s’ébroue avec tant d’enthousiasme dans les remous du contraste. Contraste des matières, fusion des genres, l’expé est un bouillon de culture sur lequel croissent les bourgeons des courants bruitistes à l’affût de nouvelles niches musicales à explorer et mélanger. Depuis sa capitale des Gaules, le collectif Dur et Doux cultive avec une paternité toute familiale l’attachement aux contrastes qu’il porte jusque dans son nom, du jazz rock progressif saharien de uKanDanz au lo-fi minimaliste et anti puritain de Brice et sa Pute, sans laisser de côté le noise rock de L’Effondras, pépite du label, qui a récemment bouclé un EP avec Niko Wenner d’Oxbow. Cette émulsion foisonnante sert de faire-valoir à toutes les prises de risque, et en 2016, l’écurie lyonnaise lâche la bride d’un concert concept: le rapprochement de deux de ses poneys math rock, Ni et PoiL, pour une tournée à formation double, batteries comprises, aux six coins de l’Hexagone. Et c’est avec le discours autocritique et mature des roadies qui ont souvent installé leur merch à côté des pissotières que le crew répond à nos questions sur eux, l’industrie musicale et les tours de France en famille.

Quand et comment le projet est-il né, de quelle initiative et avec quelle motivation? Cette motivation a-t-elle évolué jusqu’à présent?

Dur et Doux a été fondé en 2008 par les membres du groupe lyonnais Brice et sa Pute, Marie, Pierre et Rod. Sa première vocation était de fournir au groupe une structure juridique permettant de se produire en respectant le cadre légal. Ensuite, Clément est arrivé fin 2010 et à partir de là plein de groupes se sont greffés au projet. D'abord PoiL après une tournée en coplateau avec Brice et sa Pute, puis Ni, qui tombe amoureux de PoiL et vice et versa, L'Effondras, Icsis, Herr Geisha, Chromb!, Mercy, Gwyn Wurst, uKanDanZ... et puis il y a même un gros bébé qui naîtra début 2016 des copulations entre PoiL et Ni et qui s'appelle PinioL.

Tous les projets ont un lien de capillarité humaine et artistique. On retrouve des musiciens communs dans la plupart des formations et dont la majorité d’entre eux sont issus de la scène rock, jazz et musiques improvisées lyonnaise.
La motivation initiale était de pallier à l’absence de structure de production et de label pour tous ces projets. Aujourd’hui, Dur et Doux est devenu un collectif protéiforme faisant à la fois de la production de groupe, de tournée et de disques.

Votre nom, Dur & Doux, représente assez bien vos sorties, ce paradoxe entre subtilité et brutalité qu’on retrouve dans quasiment tous les groupes de l’écurie. Comment est-ce de tenir un label dans une niche prog expé?

On ne reviendra pas sur le nom, en effet il colle bien à ce que nous défendons. Tenir un label de niche est à la fois excitant et aventureux. Comme expliqué plus haut, nous avons commencé l’activité phonographique car nous ne trouvions pas de labels prêts à s’investir sur nos projets, ces derniers n’étant pas assez rock, pas assez jazz, pas assez world, toujours aux frontières de l’inclassable. “Ça marchera jamais” a toujours été notre devise, et ça marche. Nous apprenons un peu à chaque sortie ce que c’est que d’être un label, il est évident que ce n’est jamais gagné mais nous nous rendons compte qu’en réunissant les énergies de tous ces projets nous arrivons à défendre une niche sur laquelle il est difficile de raisonner avec une logique commerciale. L’industrie de la musique n’a pas grand intérêt à porter des aventures comme la nôtre, le développement est long et incertain, nous gardons et utilisons toute l’énergie disponible, et ça a plutôt l’air de porter ses fruits si on en juge par les soutiens que nous avons après sept ans de pataugeage créatif, une vingtaine de disques et des centaines de concerts.

Nous n’étions pas là il y a vingt ans pour parler du passé mais l’industrie musicale d’aujourd’hui ressemble à un gros requin compresseur, il y a un gros gâteau, même si tout le monde a pleuré la mort du disque. Quand tu vas chez les disquaires généralistes et même un peu les spécialisés (il faut bien qu’ils croûtent), tu trouves des tonnes de rééditions qui se vendent à 9,99 € ou à 27,50 €, c’est super de pouvoir acheter des disques de Nirvana en vinyle mais ce n’est pas vraiment stimulant en terme de création. Niveau prise de risque ce n’est pas la fête pour les grosses machines. Par contre il y a tout un florilège de petits labels et d’autoprods, de groupes de distros qui se sortent les doigts pour faire exister des groupes indéfendables commercialement. Pour ce qui est du digital, nous ne comprenons pas encore grand chose, à part que les répartitions du streaming et des ventes sur les plateformes ne font pas rêver, quand tu vois que Sony récupère 78 millions d’euros des parts de Deezer et Warner 38 millions, tu sens bien que tes poneys ne sont pas dans les courses et tu te demandes si il faut continuer à mettre en ligne du contenu sur ces plateformes. Une chose est sûre, nous concernant et concernant les labels similaires, les groupes que nous défendons sont des groupes vivants, qui tournent beaucoup, l’essentiel des disques sont vendus aux concerts et placés dans les disquaires à leur demande ou quand nous passons dans les villes. C’est assez agréable et humain de diffuser les productions de manière artisanale, ça ne rapporte pas des milles et des cents, de toute manière ce n’est pas l’objectif mais ça avance à force de brasser plein de gens et de projets.

Le rapport qui vous unit aux artistes que vous représentez semble assez fort, presque familial. Comment les dénichez vous et quel genre de rapport entretenez-vous par la suite?

Il y a effectivement un lien fort entre nous et les artistes et entre les artistes entre eux. Le côté famille est évident, tout le monde vient de la même scène même si ils n’ont pas tous la même formation musicale. Il n’est pas rare que nous montions des tournées en coplateau, ça rapproche et globalement les groupes s’apprécient mutuellement. Nous ne dénichons pas exactement les groupes, ça se fait par connexion et par coup de cœur. Si tu prends tous les projets tu peux former un cercle infernal qui permet de comprendre un bout de la scène lyonnaise actuelle, d’ailleurs, un musicologue essayait de schématiser le processus il y a quelques temps et ça a donné ça :

Scène Lyonnaise_V1 Hartzine
Scène lyonnaise V2 Hartzine
Pour ce qui est du rapport que nous entretenons avec eux il est à la fois amical et professionnel. Nous travaillons ensemble sur les projets, allons ensemble en tournée, voir des concerts et ripailler. Bon, nous n’en sommes pas aux vacances au ski et aux arbres de Noël du comité d’entreprise mais sait-on jamais.

Le projet PinioL rassemble en mode cousinage consanguin deux groupes de la fraternité Dur & Doux, PoiL et Ni. Il ne s’agit pas d’un side project mais d’une vraie complétion puisque la formation est doublée : deux batteries, deux basses, deux guitares, deux claviers. Comment le concept est-il né et comment se passe cette première tournée?


PinioL est né de la rencontre entre PoiL et Ni. Après quelques tournées en coplateau — les musiciens s’entendant à la fois sur le plan artistique et sur le plan humain — l’idée a germé de créer un groupe et de monter un répertoire. Il y a eu une première résidence crash test en 2013 puis plus rien faute de temps, PoiL et Ni ayant sorti un album respectivement en 2014 et en 2015. Fin 2014 nous avons tenté de relancer la machine, nous avons contacté des salles pour tâter le terrain et monter des dossiers pour avoir des financements sur la création. Ça a marché et ça nous a poussés à accélérer le processus. Nous ne pouvons pas encore parler des tournées parce que la première aura lieu en février et mars prochain, par contre pour ce qui est de la création, c’est un bon défi avec deux batteries, deux basses, deux guitares, deux claviers et les méthodes de compositions de chacun des groupes et des musiciens. Nous avons pu bosser le projet dans des bonnes conditions au Brise Glace, à la Tannerie, au Périscope et à la Fraternelle, ça nous a permis de faire un travail sur le son et la lumière en parallèle de la composition. De toute façon, ce projet n’est pas destiné à tourner dans des minis lieux, il y a trop de monde au plateau, trop de besoins techniques et un volume sonore trop important pour faire des caves et des café concerts. Pour les tournées, nous ne pouvons que l’imaginer pour le moment, ça devrait être un vrai plaisir de se retrouver à dix, faire du camion et envoyer de la grande saucée, le premier jet sera sans aucun doute un beau voyage en poneysie.

L’Effondras a invité Niko Wenner d’Oxbow à enregistrer un EP, Lemures / Je reste avec Vous. Le résultat est un post rock sublime, à écouter ci-dessous. Comment le projet s’est mis en place puis déroulé? Peut-on espérer d’autres collaborations de ce genre?

Le groupe a joué avec l’Enfance Rouge et Eugène S. Robinson il y a quelques temps, L’Effondras étant bien fan d’Oxbow, nous avions profité de cette occasion pour échanger et parler d’une possible collaboration. Niko Wenner passe pas mal de temps en France, il y était pendant que L’Effondras était en studio, ils l’ont invité au Hameau pendant deux jours et ont enregistré l’EP sorti en novembre 2015. Bien sûr nous aimerions pouvoir renouveler ce genre de collaboration, PoiL aimerait enregistrer un album avec des chanteurs de Nô japonais. Ca ne se prête pas nécessairement à tous les projets et l’envie doit venir des groupes et nous espérons qu’il y en aura d’autres prochainement !

Vous pouvez nous présenter le festival La dure Beuglante de la douce Abeille et nous expliquer l’implication du label?

Nous organisons régulièrement des concerts sur Lyon, principalement pour les artistes du collectif et parfois pour des artistes potes ou pas potes en tournée. Nous avons fait pas mal de choses avec feu le Clacson (la meilleure salle qui transpire le rock de Lyon), le Périscope, le Marché Gare et des cafés concerts de l’agglo. Marie qui avait un “vrai” travail jusqu’à l’année dernière était régisseuse au NTH8. Le théâtre suit depuis longtemps ce quelle fait à côté et donc les projets de Dur et Doux. Ils nous ont proposé une carte blanche dans leur saison en 2014 avec deux semaines d’occupation du plateau pour de la résidence et deux jours de festival, le cadeau de rêve de récupérer un théâtre, un plateau et un parc lumière que tu peux moduler comme tu veux pour faire ce que tu veux.
Nous nous sommes associés avec l’Abeille Beugle qui organisait un festival magnifique dans la Drôme jusqu’en 2012 (et qui sont accessoirement ces messieurs de PoiL et plein de musiciens) et nous avons monté une programmation sur deux jours. Le label était naturellement impliqué dans la prog, quelques groupes du collectifs ont joué sur les deux soirées, PoiL qui fêtait la sortie de Brossaklitt, Brice et sa pute et Gwyn Wurst.
Nous montons un nouveau festival sur Lyon pour mai 2016, le nom ne sera pas le même et nous investirons d’autres lieux, mais l’idée demeure la même, faire jouer des groupes que nous aimons, brasser plein de genres musicaux et disciplines artistiques, ripailler, tâcher de ne pas perdre de sous et surtout faire une belle fête !

Que prévoyez-vous pour 2016 et comment voyez-vous l’avenir du label? Et que pourrait-on vous souhaiter?

Pour 2016, comme dit juste au-dessus, nous prévoyons un festival, pas mal de soirées sur Lyon et énormément de tournées pour les groupes du collectif. Côté discographique, nous allons défendre les sorties récentes (L’Effondras, Ni, Herr Geisha & the Boobs, Brice et sa pute), nous avons deux sorties planifiées sur la première partie de l’année, un album pour uKanDanZ en février et un pour Icsis en juin. Chromb ! et L’Effondras seront en studio pour enregistrer de nouveaux albums en mars et en juin. Nous aimerions développer encore plus les collaborations avec d’autres labels et avec d’autres groupes de France ou d’ailleurs.
Je crois que ce que vous pouvez nous souhaiter : que nous devenions extrêmement célèbres avec des musiques improbables, que nous gagnions un maximum de pognon avec lesdites musiques et que les bouleversements politiques n’entrainent pas la disparition de nos soutiens en région et ailleurs.`

Quelques mots pour introduire votre mixtape?

Bon courage, en avant pour 1h30 de musique ! Et si vous avez des questions rendez-vous sur 3615 Dur et Doux !

Sheezahee – Snooze (2015)
uKanDanZ – Sewotch Men Yelalu (2016)
Ni – Torfesor (2015)
PoiL – Fionosphère (2014)
Herr Geisha & the Boobs – Chapter IIII (2015)
L’Effondras – L’Âne rouge (2015)
Saint Sadrill – 1 (2016)
Chromb ! – Atmosphère 4014 (2012)
Icsis – A gun (2013)
Mercy – Favourite sinner (2013)
PigRider – Dry und wunderbar song (2014)
Vile Imbeciles – Rolling in ice cream (2012) – parce qu’on a collaboré avec eux à cette époque et que ce groupe déboîte !
Pili Coït – Holy house (2015)
Vil François – Les couleurs du café
Brice et sa pute – Suis-je assez pauvre (2015)
Gwyn Wurst – Impro #5 (2014)

Mixtape


La Société Étrange - Au Revoir

Alors que L'Humanist SK Festival bat son plein entre Lyon et Paris (Event FB), le label plus Lyonnais que Bocuse S.K Records vient de révéler le 21 septembre dernier l'un des secrets les mieux gardés de la capitale des Gones avec la parution du premier EP de La Société Étrange. A la base duo né d'une attirance commune surnaturelle entre Antoine Bellini et Romain Hervault, avec en toile de fond un amas d'instruments analogiques et des résonances de musiques industrielles, krautrock et early electronic, cette toute nouvelle formation, pour laquelle François Virot a enregistré et mixé Au Revoir conçu à quatre mains, s'est récemment étoffée d'un percussionniste en la personne de Jonathan Grandcollot. A l'écoute de leurs divagations aussi minimalistes qu'habitées, et dans les interstices desquelles il n'est pas rare de rencontrer un Genesis P-Orridge, un Chris Carter ou même un Holger Czukay, on se prend vite à croire en leur bonne étoile, ressuscitant sans en profaner l'essence ces nébuleuses virées instrumentales ayant fait danser les enfants de l'Occident sur les cendres encore fumantes de la guerre puis de la désindustrialisation. Au Revoir se déflore ci-après en intégralité quand bien même La Societé Etrange sera en concert le temps d'une mini-tournée avec Clara Clara et Deux boules Vanille du 1er au 3 octobre.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

La Société Étrange - Au Revoir (S.K Records, 21 septembre 2015)

01. Coke
02. Voiturin à Phynances
03. Des Nouvelles De Pélaguie
04. Premier Soulier
05. Première Valise
06. Orangeade

Concours

Societé Etrange2
La Societé Etrange sera en concert le temps d'une mini-tournée avec Clara Clara - qui en profitera pour présenter son tout nouvel album - et Deux boules Vanille qui débute dès ce soir à Genève et qui se termine samedi à l'Espace B parisien. Si tu aimes les Lyonnais et que tu t'en carre de JMA, on t'offre deux places. Pour tenter ta chance, rien de plus simple : envoie tes nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplis le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

Oct 1st @ l'usine, Geneve, ch
Oct 2nd @ Grrrnd Zero, Lyon, fr
Oct 3rd @ Espace B, Paris, fr

[contact-form-7 id="21274" title="Concours post"]


GRRRNDZERO au bout du rouleau : lettre ouverte à Gérard

affiche portrait gerardBien qu'Hartzine n'ait pas la vocation d'exprimer d'autres opinions que celles dédiées à la sphère musicale dans son ensemble - hexagonale ou non -, il apparaît néanmoins évident que sphère culturelle et champ politique sont intimement liés s'agissant de la viabilité sur le long terme des lieux de création artistique. On déclarait récemment notre soutien au Bootleg bordelais (lire) - qui vient de recevoir un avis favorable de la commission de sécurité municipale afin de débuter les travaux du "nouveau Bootleg" (accessibilité handicapés, issues, placos anti-feu, système de désenfumage) et ce grâce à un soutien financier émanant du crowdfunding - on relaie aujourd'hui la lettre ouverte à Gérard Collomb, maire de Lyon et président du Grand Lyon, des activistes de Grrrnd Zero, dont le projet de relogement à Bohlen est un échec puisque les services fonciers de la métropole leur demandent purement et simplement de quitter des lieux afin de les réhabiliter, conditionnant leur présence à celle "de colocataires plus lucratifs". Pour rappel, Grrrnd Zero c'est des centaines de concerts d'artistes inconnus et reconnus et ce à prix modique depuis plus de neuf ans. Inutile de dire qu'il ne sert à rien de s'étonner de la situation politique actuelle - où l'inaction, le désintérêt et l'inconséquence font le lit des extrémismes - sans essayer de trouver une solution viable pour ce type d'initiatives fécondes et alternatives. Qu'il ne sert à rien de théoriser le vote Front National, sans se questionner parallèlement sur les raisons de l’abstentionnisme massif, et notamment du rôle des édiles qui n'utilisent plus les étiquettes politiques qu'à des seules fins personnelles. Ainsi, qui n'aura pas la tentation de se radicaliser si les socialistes sont incapables de soutenir de quelconque façon de tels collectifs spontanés, dépositaires d'une vitalité culturelle à l'heure actuelle plus que nécessaire ?

Allez Gérard, implique toi pour GRRRNDZERO.

Lettre ouverte à Gérard

affichegznoir


On y était - Cate Le Bon au Sonic

Cate Le Bon by Bryan Parker & Pop Press International 2

Photos © Bryan Parker & Pop Press

Cate Le Bon, Le Sonic, Lyon, le 24 février 2014, par Melville Bouchard

Julien et moi arrivons à l'heure convenue pour les accueillir. Leur van blanc est déjà là, posé à côté de notre péniche préférée. Ils descendent un à un, nous nous saluons brièvement mais chaleureusement. Ils ont l'air sympathiques. Elle descend à son tour et le va-et-vient d'instruments et d'amplis peut commencer. Ils parlent parfois gallois entre eux, ce qui est à la fois surprenant et normal puisqu'ils sont, pour certains, originaires du pays au dragon rouge. Nous posons dans les loges les plats préparés par nos soins le matin même, du fromage, quelques bières, du vin. L'atmosphère se détend, il est 18h en ce lundi 24 février et Cate le Bon va commencer les balances sur la petite scène du Sonic.

C'est sa voix qui frappe d'abord, par sa clarté, sa justesse et son amplitude. Son jeu de guitare est aussi sec qu'il est précis. Le groupe est clairement rôdé. Je sens bien cette affaire. Nous servons le dîner dans la loge du Sonic. Ils parlent entre eux, je les laisse tranquilles, et ne leur adresse la parole que par brèves incursions, lorsque ma canette est vide et que je dois accéder au frigo, c'est-à-dire régulièrement.

Comment cette tournée se passe-t-elle ?
Bien, très bien même, nous avons tourné au Royaume Uni, super accueil, me répond Cate.

J'apprends aussi que Cate et sa bande sont sur la route depuis le mois de novembre, qu'elle vit en Californie avec H. Hawline, son guitariste et partenaire. Steve, le bassiste, n'est personne d'autre que Sweet Baboo. Le batteur est un ami néo-zélandais et remplace Nick Murray (White Fence) sur la tournée. Ils sont exténués par un marathon de quatre mois. Avant hier à Saint-Malo pour la Route du Rock, demain à Paris, puis la Suisse, les Pays-bas. La vie sur la route, éreintante. D'un coup, j'ai peur que cette fatigue ne fasse de l'ombre à leur concert. Cate est plongée dans un bol de roquette. « I loooove rocket salad ». Elle se met à rire, moi aussi. Je répète la phrase, j'en ferai ma réponse à ses questions pour la soirée.

21h30. Un set feutré de Riegler Girl qui assure la première partie. Chloé, habituée des lieux, délivre une folk sensible et intime, une voix chaude et juste, semblable à celle de Lou Doillon (aucun sarcasme, bande de vilains), une guitare sèche aux accords simples, une bonne entrée en matière. « À quelle heure monte t-on sur scène ?» Je n'en sais rien, « I looove rocket salad », et ça rigole, et ça rigole. Cate and the gang prennent le relai vers 22h30.

S'ensuit alors un set maîtrisé, dans une veine tantôt Velvet tantôt Americana. L'ombre de Nico plane sur la scène, et dans certaines harmonies vocales, c'est même Laetitia Sadier qui s'invite parfois. I Can't Help You, No GodFold The ClothSistersAre You With Me Now... tout s'enchaîne à merveille et le public, regroupé devant la scène, est avec elle. Applaudissements, rappel, sourires.

Nous revoilà dans la loge. Je remercie Cate et ses acolytes pour ce concert efficace et dense. J'explique à Cate que je suis arrivé à elle par le duo qu'elle chante avec Perfume Genius sur Mug Museum, son dernier album. J'aime Perfume Genius : il m'a sérieusement ébranlé en 2012, au point d'aller deux fois à Paris spécialement pour le voir. Je me rappelle aussi la joie qui m'a envahi lorsque son nom est apparu au line-up d'ATP The National, pour lequel j'avais mes tickets depuis six mois.

Pourquoi ne joues-tu pas I Think I Knew sur scène ?
- Parce que je ne peux la jouer qu'avec Mike (aka Perfume Genius), et cela va arriver à End of the Road cette année d'ailleurs !
Entre nous, rien que pour ça je prendrais bien mes billets pour ce festival. Pour le reste de la programmation aussi d'ailleurs.

« J'ai beaucoup aimé jouer à Lyon » ajoute t-elle. « Nous avons été très bien reçus. Nous avons passé un bon moment, merci. » Elle décide même de mentir en disant que c'était sûrement leur « best gig of the tour so far ». Je souris timidement, rougis intérieurement et lui répond que décidément, « I love rocket salad ».

Audio