On y était - Lower Dens au Nouveau Casino

L'occasion était plutôt anodine. Lower Dens est déjà venu à Paris deux fois cette année, il n'y avait donc aucune raison de rajouter cette troisième date, visiblement calée pour amortir leur passage en Europe pour d'autres festivals. Entre ça et l'annulation de la première partie, le Nouveau Casino se remplit très peu et c'est tant mieux : il en résulte une atmosphère résolument intimiste, limite Black Session, un contexte idéal pour dérouler toute la magie sournoise du groupe américain.

Il aura fallu du temps à Nootropics, sorti cette année, pour révéler ses charmes et sa singularité. Bombardé de comparaisons partiellement justifiées avec Beach House ou même Radiohead, ce deuxième album plante pourtant une graine chez l'auditeur qui pousse à se repencher sur son cas. Lower Dens aurait pu être un groupe parfaitement gonflant : son langage ne diffère en rien de n'importe quel autre combo indie-pop, son ton est plutôt langoureux, ses morceaux assez inoffensifs - si on ne se penche pas sur eux, on ne les remarquerait pas. Sur scène, on comprend pourtant davantage la douce déviance qui les rend attirant - une déviance que véhicule parfaitement Jana Hunter, chanteuse gnomique et androgyne dont la présence rappelle celle du Swan de Phantom Of The Paradise transformé en personnage de South Park. Sa voix, l'élément qui interpelle généralement le plus chez LD, transporte en live la même beauté et la même sorte de perversité un peu mutante que sur disque.

La musique demeure sobre et posée, pas un son au dessus de l'autre. Même lorsque le groupe durcit gentiment le ton quand il reprend son premier album à orientation shoegaze, il avance toujours du bout des pieds et personne n'est bousculé. Pourtant, un mystère se déroule, une sorte de venin distillant abandon, amertume et légèreté, derrière lequel on peut distinguer un léger rictus trahissant un humour noir mais bienveillant. Alphabet Song est cette micro-épiphanie toute de volupté qui semble nous mettre face à la fragilité de l'existence. Candy est cette ballade de velours, touchante mais vicieuse. Quant à Brain/Stem, seul morceau qui sortira le public de sa torpeur approbatrice, il rappelle ce que Sea Within A Sea est à The Horrors : ce morceau-signature en forme de suite Krautrock touchée par la grâce qui, dans le cas de Lower Dens, procure une extase à mi-teinte, jamais dans la jouissance totale, mais toujours dans cet entre-deux onirique depuis lequel on peut contempler la vie avec mélancolie et une touche d'ironie. À la fin de leur caressante performance, on se dit finalement que Lower Dens est bien le genre de groupe qui pourrait nous sortir un gros chef-d'oeuvre venu de nulle part un jour ou l'autre.


On y était - Spectrum au Nouveau Casino

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Début novembre, Spectrum était de retour en Europe pour une série de dates. Si le set en lui-même n'avait pas varié d'un iota depuis mars 2010, soit la dernière date parisienne du groupe, il faut bien avouer que la performance est à la hauteur de sa réputation : épurée et efficace. La simplicité des compositions fonctionne à merveille sur scène, tout comme l'austérité scénographique de Sonic Boom.

Trois points culminants du concert, mis en image par notre nouvelle collaboratrice Marie-Eva, vous sont offerts : When Tomorrow Hits, cover de Mudhoney, War Sucks, extrait du dernier EP en date et How You Satisfy Me.

Vidéos

Un remerciement appuyé à Spectrum pour la prise son.


On y était - Soldout

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SOLDOUT, Paris, Nouveau Casino, le 10 Avril 2010

C’était ambiance branchi-branchouille ce week-end dans les salles parisiennes. Entre Chloé qui présentait la veille son One In Other en live au Point FMR, Anoraak et Tresors qui venaient faire chauffer la piste de la Flèche d’Or, le ré-acoquinement des membres de Raggasonic au Bataclan et la présence de l’inégalable Seth Troxler au Régine’s… Difficile de savoir où donner de la tête. Pourtant, à mille lieues de ces mini-évènements, j’avais pris rendez-vous au Nouveau Caz’ pour m’assurer du potentiel scénique du duo initié par les deux Belges, Charlotte Maison et David Baboulis.

Une chose est certaine, Soldout n’affichait pas complet ! Et les charmants énergumènes que sont Gachettes of the Mastiff de chauffer le dancefloor comme il se doit. Je ne sais d’ailleurs pas si c’est le look de la jeune chanteuse/musicienne ou la programmation électro-rock décadente, mais le public présent me donna l’impression de m’être égaré dans un épisode de The L World. Cela dit nos Gachettes ne passèrent pas inaperçues, motivant une meute certes réduite, mais pas mollassonne pour autant, leur électro tout terrain fait remuer la tête sans casser les oreilles. Un brin D.I.Y, borderline sous contrôle, Caïman Kawaii et GAtO détournent les sonorités claviériques synthétiques les plus salopées pour s’en réapproprier l’originalité, et faire leur tambouille. Un charmant couple mixte qui rappellera par moment Kap Bambino ou Crystal Castles… Rien que ça !

Et quand vient l’heure pour Soldout de faire son entrée sur les planches, c’est une vague d’hystérie qui accueille l’explosif duo qui s’entoure exclusivement de vieux synthés vintage et rappelle l’éloquence de Suicide. Charlotte Maison, que l’on avait découverte avec un look plutôt naïf et bon enfant sur le plutôt noisy Stop Talking, arbore maintenant plus l’allure d’un pendant féminin d’Alan Vega. Même les sonorités plus proprettes de Cuts sont torturées par les deux trublions belges, ajoutant une touche punk à un show prenant des accents démesurés pour la petite salle du Nouveau Casino. Le jeu de lumière absolument fabuleux s’adaptant parfaitement à leur univers électro-crade mais sexy. Le groupe disparaît dans un nuage de fumée pour mieux réapparaître derrière des lasers balayant une salle en transe. Des visuels assassins collent aux kicks brutaux et écorchés balancés sans mise en garde par un David Baboulis en très grande forme. La jeune chanteuse quant à elle, n’en finit plus de captiver l’audience de sa voix hypnotisante et lascive. Et un I don’t want to have sex with you n’empêchera pas les corps de se mêler, car comme elle le dit elle-même : I can’t wait. Electro-rock sans guitare et exécuté exclusivement à l’aide de machines, Soldout envoie sévère, et décolle les pieds du sol qu’on le veuille où non. Et vous ? Qu’avez-vous fait samedi soir ?


On y était - Broken Bells

Broken Bells, Paris, Lundi 1er mars 2010 au Nouveau Casino

Tout le projet Broken Bells, fruit de la collaboration entre James Mercer, chanteur de The Shins et Brian Burton, aka Danger Mouse, est basé sur l'effet d'annonce. En effet ce n'est qu'en décembre 2009 que nous apprenions la naissance de cette rencontre iconoclaste soit trois mois seulement avant la sortie de leur premier album et, ce n'est que fin février 2010, que nous est annoncé 10 jours plus tard la tenue d'un concert à Paris, première date de leur mini tournée européenne. Mais que vaut cette collaboration au final ?

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En attendant de pouvoir contempler le chat et la souris, en première partie, nous avons Joker's Daughter, le projet folk de Brian Burton avec la jeune jeune chanteuse anglaise multi-instrumentiste Helena Costas. Ils ont commencé à collaborer ensemble en 2003. Mais avec les diverses collaborations de Danger Mouse (Gorillaz, Danger Doom..),  le fruit de leur session d'enregistrement n'a jamais pu aboutir sur un album fini. Jusqu'à l'année dernière où finalement The Last Laugh sort sur Domino Records. Arrivé tout juste pour la dernière chanson, force est de constater que sur scène Helena et ses compères se sont juste trompés de fête, l'épiphanie et les couronnes de galette des rois le 1er mars, c'est has-been ! Ajouté au chapeau du fou du roi d'Helena, on ne va peut être pas commencer à parler musique maintenant...

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Broken Bells ou la rencontre de deux grands hommes. Brian et James font connaissance en se croisant sur divers festivals avec leurs groupes du moment, Gnarls Barkley pour l'un et The Shins pour l'autre. Même si certains membres d'Hartzine n'aiment pas forcément tout ce qu'a pu produire Danger Mouse, force est de constater qu'avec l'âge Mister Burton se bonifie et ses collaborations sont de plus en plus intéressantes aussi bien musicalement qu'artistiquement parlant (on se souvient alors de l'admirable travail fait autour du projet Dark Side Of Your Soul avec le regretté Sparklehorse).
Il aura fallu tout de même un an pour que Broken Bells sorte leur premier album et ce 1er mars est un peu particulier pour ce "super groupe". C'est tout juste leur 2ème concert et il se tient seulement une semaine avant la sortie officielle de leur album. Un vrai test grandeur nature en somme. Mais cet événement n'était apparemment pas assez vendeur ou annoncé trop tardivement pour pouvoir remplir le Nouveau Casino. On pouvait ainsi encore acheter ses places au guichet. Seuls les nombreux curieux et aussi tout le gratin habituel de la hype  médiatique parisienne sont présents dans la salle.  En déposant mon matériel au vestiaire, une gentille dame de chez Magic essaie de placer sa une de magazine (avec Broken Bells) au comptoir du vestiaire, il n'y a pas de petit profit comme on dit. On arrive devant la scène et on découvre la setlist. On commence déjà à côté de moi à réviser le refrain du single vitaminée The High Road qui ouvrira le concert. Sur l'album, Brian et James jouent de tous les instruments et assurent à eux seuls la composition des morceaux. Sur scène, ils sont accompagnés par quatre autres musiciens.
L'instant de vérité a sonné. Les deux compères arrivent sur scène ovationnés par la foule se faisant pressante aux premiers rangs. James à la guitare et au chant et Brian à la batterie, la grande route peut commencer ! Des petits problèmes de son pour leur première chanson n'empêchent pas d'admirer la voix du sosie officiel de Kevin Spacey. En plus du traditionnel éclairage de la salle, on a droit à un véritable spectacle visuel avec des projections vidéo qui jouent habilement avec les visages et ombres des artistes présents sur scène. Ces projections sont toutes inspirées de la pochette du disque : graphique, épurée et colorée. Jouant les morceaux dans le même ordre que celui de l'album, on a finalement plus l'impression d'assister à une écoute privilégiée de ce dernier qu'à un véritable concert. Heureusement le spectable prend une toute autre ampleur lorsque Brian décide se mettre au piano à côté de James. Au premier plan, on a les deux compères face à face se donnant la réplique à grands coups de montées vocales pour l'un et de notes de clavier pour l'autre, énorme ! Après 10 bonnes chansons bien mouillées et passés par de grands moments d'émotion (Citizen ou October) , le duo Danger-Mercer  repart en coulisses devant l'admiration et les acclamations du public. Pour faire durer un peu plus le plaisir, ils reviennent sur scène non pas pour jouer des inédits (il paraît que pas mal de titres sont déjà en boîte pour un second opus) mais pour nous offrir une séance de reprises et pas des moindres : Don't Let It Bring You Downde Neil Young et Crimson & Clover de Tommy James and the Shondells. Du pur bonheur !

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Merci à Fabrice de chez Phunk