François Floret (Route du Rock), l'interview bilan

Sur la base d'une programmation 2017 tout à fait affriolante, la Route du Rock aura tenu globalement ses promesses musicales tandis qu'éclatait le « fumiergate », mettant ainsi au grand jour les fortes tensions entre le festival et la mairie qui l'accueille après qu'un agriculteur a déversé du fumier sur ses terrains en guise de message de bienvenue aux festivaliers. Une situation de merde donc, obligeant l'équipe de la Route du Rock à envisager contre son gré un déménagement futur. Outre ces péripéties, on retiendra surtout que cet été, la RDR nous aura permis de prendre l'apéro en compagnie d'Arab Strap dans une forme éblouissante, de constater que The Jesus & Mary Chain est bien vivant et branché sur courant alternatif, que ce gredin de Car Seat Headrest a définitivement un foutu talent, qu'on aime ce branleur de Mac DeMarco qui arrive à nous faire chanter du Vanessa Carlton (MAKING MY WAYYY DOWNTOWWWN !!!) ou encore qu'il est bien trop tôt pour enterrer Interpol qui a rappelé à toute berzingue qu'ils possédaient une palanquée de bonnes chansons qui, contrairement à leurs auteurs, ne prennent pas une ride. Mention spéciale également pour notre chouchoute Helena Hauff qui aura injecté ce qu'il faut de rigueur électronique au bon moment. Quoi qu'il en soit, il convenait donc de faire le bilan avec François Floret, directeur du festival malouin, remonté comme une pendule mais toujours aussi motivé pour défendre sa RDR et continuer à écrire l'histoire d'un rendez-vous presque trentenaire et toujours vert. Bref, vivement l'an prochain, en espérant y respirer davantage d'embruns que de purin.

François Floret l'interview

Cette histoire de tas de fumier est devenue anecdotique une fois que la presse s'en est emparée, non ? L'agriculteur est devenu assez vite la risée de tous...

Pour le public fidèle du festival peut-être, ils viennent voir d’abord de super concerts. Mais hélas pas en local, où cela prend une autre tournure. Nous aurions sans doute dû nous taire et dire merci pour que cela ne dégénère pas. Nous nous devions pourtant d’expliquer le pourquoi d’une telle connerie. Hors de question que les festivaliers imaginent que nous étions responsables d’un tel accueil. Quelle symbolique...

Pour autant, cette affaire a agi comme un détonateur qui a mis à jour des conflits plus profonds. Pourquoi cette soudaine flambée de tensions si celles-ci existent depuis plusieurs années sans avoir provoqué plus de remous que cela ?

Parce que jusque là, les tensions permanentes avec cet agriculteur n’étaient pas vraiment visibles. On prenait beaucoup sur nous. C’était usant. Là c’est la provocation de trop et nous pensons que le maire est responsable parce qu’il a laissé les choses dégénérer. Ces conflits récurrents ne sont pas d’hier.

Il apparaît que le vrai problème se cristallise surtout autour de la relation qui vous oppose à Jean-Francis Richeux, maire de Saint-Père-Marc-En-Poulet, commune propriétaire du Fort Saint-Père. Celui-ci reproche notamment au festival d'en demander toujours plus sans contribuer financièrement à quoi que ce soit... Qu'en est-il ?

On a multiplié les réunions cette année pour justement aplanir les problèmes et nous pensions vraiment qu’elles pouvaient améliorer les choses. Mais les paroles n’ont jamais été concrétisées dans les faits et, pire, nous entendons de plus en plus souvent M. Richeux déclarer dans notre dos qu’il a hâte de nous voir partir du site, qu’on ne fait plus partie de ses projets, qu’on ne lui rapporte rien à part des emmerdes... Au bout d’un moment, c’est pesant. On lui demande de le dire en face et aux journalistes devant qui il n’a pas du tout le même discours. On a juste l’impression de perdre du temps en réunion et d’être manipulés (il ne pouvait soi-disant pas contrôler son ami d’enfance qui nous a déversé du purin). Quant au fait d’en demander plus, c’est surréaliste puisque, bien au contraire, tous les ans nous perdons de vieux acquis, des locaux (avant cette affaire, on nous a demandé d’enlever tout notre matériel stocké dans le Fort depuis des années dans une casemate – il n’y a plus rien de la RDR dans le Fort). Et le plus important : les gratuités dont nous bénéficions sont l’objet d’une convention passée avec la mairie de Saint-Père, Saint-Malo Agglomération et le Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine dans le cadre des travaux effectués en 2015. Elles sont parfaitement connues et acceptées depuis l’élaboration de cette convention. Le reste, c’est de la com' pour ceux qui n’ont pas envie de réfléchir quand ils lisent l’article de JF Richeux. On n’a rien de plus que ce qui est écrit dans cette convention et celle, complémentaire, qu’on passe tous les ans avec la mairie - copiée-collée depuis des années.

Le maire vous invite à « aller voir ailleurs » si l'herbe est plus verte. Le festival a-t-il réellement les moyens de déménager ? Et n'y perdrait-il pas une part de son identité ?

Les moyens, oui... tout s’organise dans l’absolu. Perdre de son identité, c’est sûr. Mais il faut m’expliquer comment on peut organiser un festival sans terrains extérieurs (en 2018, JL Lecoulant nous refusera toujours ses champs et les autres terrains seront en culture) et dans une telle hostilité. Nous n’envisageons pas du tout de quitter le site mythique du Fort Saint-Père. Là-dessus, on est parfaitement d’accord avec notre public et tous nos partenaires. Après, même si je parle pour toute l’équipe (j’insiste !), mon rôle m’oblige à envisager le pire et réfléchir à un plan B. Ailleurs, forcément. Mais ne nous trompons pas, ce ne serait pas de notre initiative et de gaieté de cœur. Nous sommes insidieusement chassés du Fort depuis ces dernières années, surtout depuis 2015.

A contrario, que gagnerait la Route du Rock à déménager ?

Sans doutes des relations normales avec les accueillants, et de l’énergie.

Passée une convention courant jusqu'à 2020, le maire menace de vous réclamer des loyers pour les locaux et terrains environnants si vous êtes toujours là... Et l'atmosphère ne risque pas de se détendre beaucoup dans les années à venir, si ? Comment les choses peuvent-elles désormais rentrer dans l'ordre ?

Aucune idée. On l’a écrit (le communiqué est celui de toute l’équipe), nous avions besoin de vider notre sac mais sommes toujours positifs. La fin du communiqué précise que nous voulons impliquer les populations, prises en otage de ces pénibles conflits. J’ai cette année demandé à acheter 50 % de nos besoins en boulangerie/pâtisserie à Saint-Père (les autres 50 % à côté, à Châteauneuf) et je crois que l’épicerie de Saint-Père a invité les festivaliers à venir chez elle (sympa, c’est une première). Enfin, j’ai l’idée depuis des années de proposer un système Airbnb sur la commune de Saint-Père, qui permettrait de créer du lien entre les habitants et notre adorable public et, accessoirement, de gagner un peu de sous. Mais je pense que les gens de Saint-Père ne le savent pas parce qu’on nous refuse tout contact avec le conseil municipal. M. Richeux reste le seul filtre de communication, il ne parle pas de cela à ses concitoyens et raconte ce qu’il veut. En fait, personne ne nous connaît vraiment à Saint-Père !

Intéressons-nous davantage au contenu : quel bilan tirez-vous de cette édition qui a attiré cette année plus de 36 000 spectateurs, un gros chiffre pour la Route du Rock ?

Oui. Nous nous sommes rendu compte que depuis des années nous étions trop modestes et ne parlions que des entrées payantes du Fort. Ce chiffre correspond donc, à quelques centaines près, au nombre de visiteurs du jeudi au dimanche, sur l’ensemble des spots de la RDR, payants et gratuits. Ça reste malgré tout un chiffre important, le troisième meilleur de l’histoire du festival ! Nous sommes donc satisfaits même si on pouvait espérer plus avec une telle programmation.

Vous avez, je crois, presque doublé la ligne budgétaire pour la rémunération des artistes afin d'attirer plus de monde. Au final, et notamment d'un point de vue comptable, le jeu en valait-il la chandelle ?

Assurément, oui. On sera a priori équilibrés, le festival a retrouvé du peps, on a vu des concerts exceptionnels. Le seul regret, encore une fois, est de ne pas avoir fait encore mieux.

C'est l'arrivée du No Logo BZH, avec qui vous avez mutualisé vos installations, qui vous a permis un plus gros investissement sur les groupes ? Quid de ce partenariat si vous deviez bouger ailleurs ?

C’est une simple mutualisation. A priori une première (réussie) dans le monde des festivals ! Tout va bien entre nous. On fait actuellement les bilans ensemble. On verra comment évoluent les situations mais, de notre côté, nous sommes partants pour une seconde version en 2018.

Est-ce à dire que la survie du festival passe forcément par la venue d'artistes plus populaires, forcément plus chers ? Comment tenir dans ce cas l'équilibre entre l'exigence artistique qui caractérise habituellement le festival et velléités plus populaires pour appâter le chaland ?

Comme nous l’avons fait cette année. L’équilibre était parfait et tant les fidèles que les nouveaux festivaliers ont été scotchés (comme nous) par les équilibres et la qualité des concerts. L’essentiel étant de savoir bien mettre le curseur. Jusqu’où devons-nous faire des efforts et seront-ils au minimum équilibrés ? Et évidemment, les groupes respectent-ils bien l’ADN du festival ?

Le risque n'est-il pas de tomber dans une gémellité de line-up qu'on reproche à beaucoup de raouts estivaux ?

Non. Sûr à 100 %. Je n’ai pas vu de line up proche du nôtre cet été. Nous savons ce qu’est l’ADN de la Route du Rock et ce qui ne l’est pas.

Cette année, il y a eu finalement peu de musiques électroniques au Fort, à part la machine Soulwax et Helena Hauff. Est-ce une volonté ou purement conjoncturel ?

Il y a eu aussi Shadow et, dans l’électro-pop, Future Islands. Mais oui, je suis d’accord, il manquait une touche supplémentaire en électro. Ce n’est pas une volonté, on essaie toujours en priorité d’avoir des ovnis comme Soulwax mais il n’y en pas des milliers.

Pour vous, quel a été le meilleur concert de cette édition 2017 ?

Sans hésiter, Soulwax et Idles. Puis Thee Oh Sees, Helena Hauff et PJ Harvey. Mais c’est personnel.

Forcément, on est aussi obligé de vous demander votre plus grosse déception...

DJ Fumier.

Dans une interview (lire) qu'il nous avait donné après son passage en 2014, Baxter Dury avait fait part de son enthousiasme sur le festival en nous expliquant qu'il ressentait qu'il y avait une réelle « intention » ici. Comment expliqueriez-vous en mots cet état d'esprit, cette atmosphère particulière s'agissant du festival ?

Il a tout dit. Je cherchais à l’expliquer. C’est bien ça, il y a une véritable « intention ». Le festival est notre œuvre d’art, peaufinée dans tous ses domaines. La passion des organisateurs que nous sommes, additionnée à celle du public. Les artistes ne peuvent que ressentir cette fièvre collective et je pense que, souvent, ça transcende leurs shows et rend particulier leur passage chez nous. Ils en reparlent souvent en interview et autour d’eux, ce qui nous aide forcément à préserver l’identité du festival, sa grande spécificité.

Un dernier mot ?

On est totalement hallucinés des retours presse de la RDR. Un grand merci parce que c’est grâce à ceux qui comprennent bien notre quête du Graal, qu’on continue d’avancer contre vents et fumiers.


La Route Du Rock Collection Hiver 2016

La Route Du Rock Collection Hiver 2016, du 24 au 28 Février 2016 à Rennes & Saint-Malo

Inaugurée sur les chapeaux de roues avec une première soirée rennaise illuminée, paraît-il, par une prestation dantesque des montréalais de Jerusalem In My Heart, on était pas mécontents pour notre part de démarrer cette édition hivernale avec l'alléchante programmation de cette seconde soirée: Car Seat Headrest, Kevin Morby et Here We Go Magic, autant dire que ça sentait bon la dentelle. Will Toledo, premier à fouler la scène de l'Antipode, ne décevra pas nos attentes, provoquant même un enthousiasme réel et des dodelinements de tête garantis sans coup du lapin: avec sa dégaine et ses chansons définitivement laid back, Car Seat Headrest délivre une slacker-pop délicieusement addictive et définitivement détendue du gland, piochant dans les qualités d'un certain nombre de nos héros, de Yo La Tengo à Teenage Fanclub en passant, bien sûr, par Stephen Malkmus. Le petit Will est sans doute promis à des lendemains enchanteurs. Kevin Morby, lui, sera la déception de la soirée: non pas que l'individu manque d'inspiration, ou que l'on remette ses qualités d'écriture en cause. Avec Woods, Morby a prouvé ces derniers temps qu'il était capable du meilleur (même si le prochain album du groupe, City Sun Eater In The River Of Light, à paraître en avril prochain, divisera sans doute un peu plus...). Mais sur ce coup, il convient de reconnaître que le garçon, seul sur scène, agira sur nous comme si on on nous avait collé trois Temesta dans la bière: une prestation gentiment soporifique, sans être désagréable, mais terriblement convenue et plan-plan. Les fans seront restés fans à la fin du set, les autres se seront poliment et progressivement détournés de la scène, un peu engourdis. Par la suite, Here We Go Magic, qui avec leur dernier album Be Small sont revenus à une formule plus épurée et plus intimiste, remplira son contrat sans difficultés: avec un Luke Temple serein aux manettes, le groupe délivre un show empreint d'une classe naturelle et d'une finesse qui lui sied à ravir. C'est beau, c'est juste, et constitue une conclusion idéale de la parenthèse rennaise avant le coup d'envoi des réjouissances malouines.

Cavern Of Anti Matter
Cavern Of Anti Matter

Et il convenait d'être à l'heure à La Nouvelle Vague le lendemain pour assister à ce qui restera comme l'un des highlights de cette édition: Novella, le quintette de Brighton aux trois-quarts féminin, aura remporté la mise haut la main avec un show mêlant mélodies légères, raffinées, et puissance sonique entêtante. Certes, tout ne semble pas totalement abouti chez Novella, mais ces chansons armées d'une sensibilité mélodique typiquement twee, d'une dimension hypnotique non sans rappeler DIIV, et d'une efficacité digne de leurs glorieuses ainées Elastica ou Lush, ont toutes les qualités pour faire sacrément parler d'elles. Un concert réjouissant, énergisant, galvanisant. Et de l'énergie, il nous en faudra pour supporter la suite des évènements: La Priest, qui aura choisi son plus beau pyjama pour investir seul la scène de la Nouvelle Vague, délivrera un set pour le moins... anecdotique. Enchaînant ses vignettes electro-pop se voulant plus érudites qu'il n'y paraît mais sonnant pourtant inexorablement datées, l'ancien leader de Late Of The Pier ne déclenchera pas un enthousiasme débordant, bien qu'il semble décidé à s'agiter un maximum pour honorer le festival. Pas foncièrement désagréable, mais tout sauf mémorable. Dans tous les cas, le pire était à venir: le collectif Bon Voyage Organisation, dont on se demande bien comment ils ont pu atterrir dans la programmation, constitue sans doute l'un des pires traumatismes vécus durant une Route Du Rock, été et hiver confondus. Visiblement plus soucieux de leur apparence que de la qualité de leur musique, et probables malheureuses victimes d'une hypertrophie égotique carabinée, les Bon Voyage Organisation tournent à vide, sans que l'on comprenne pourquoi ils semblent si réjouis de la vacuité de leur œuvre. Qu'ils tentent à l'occasion de faire guincher quelques commerciaux du BTP dans des afterworks niortais, ou qu'ils ambiancent des retours de mariage à Juan-les-Pins, d'accord. Mais pitié, qu'ils nous laissent en dehors de ça, on a rien demandé. Heureusement, Flavien Berger aura réussi par la suite à nous ramener à la vie, et c'est une sacrée performance quand on a été précédé d'une telle catastrophe. Berger, fidèle à ce qu'on connaît de lui, promènera sur scène sa touchante singularité, ses chansons surréalistes en bandoulière, qui allient à merveille poésie contemplative et froideur techno. Une parenthèse spatiotemporelle, à la fois bucolique, urbaine et intersidérale, qui aura sauvé les meubles de la soirée avec brio, avant que Benjamin John Powers, moitié des délicieux Fuck Buttons, ne s'occupe de clôturer en beauté la nuit avec son projet solo Blanck Mass. Nappes de synthés saturés, rythmes extatiques, incandescence du son et des sens: quoi de mieux pour terminer une soirée nichée au cœur de l'hiver breton qu'une bonne gifle de ce type, à la fois capable de faire rosir les joues et glacer les synapses. Il était temps de rentrer se pager, un peu étourdis par tant d'émotions contradictoires, pour remettre à nouveau le couvert le lendemain.

Hookworms
Hookworms

Malheureusement, intervient ici une ellipse que commande un minimum d'honnêteté: des raisons impérieuses nous ayant conduit à manquer une partie de la soirée, exit tout commentaire sur la pop argentée de l'Écossais C Duncan, et de celle de son voisin Irlandais Villagers. Mais notre arrivée tardive ne l'aura heureusement pas été assez pour manquer Hookworms, combo de Leeds qui avec son second album a considérablement gagné en cohérence et en puissance. Leur psych-rock bien frontal fait merveille sur scène, éructé avec urgence, sincérité, et à une vitesse folle. Excellente entrée en matière, donc, avant que Cavern Of Anti-Matter, nouveau projet de Tim Gane de Stereolab pour faire court, ne déboule sur scène. Avec une galette convaincante en poche ne s'éloignant pas de l’œuvre "stereolabienne" mais incluant des éléments kraut et parfois garage, on était en effet impatients de voir la puissance de frappe de ces morceaux sur scène. Et elle se révèle considérable: dans une formule guitare/batterie/machines à l'efficacité sans faille, chaud comme la braise, le trio jouera à merveille la carte de l'hypnotisme et finira par remporter la mise auprès d'un public pourtant quelque peu désarçonné en début de set. La soirée se conclura sur la même dynamique vertueuse avec Drame (lire notre interview), nouveau projet kraut-disco de Rubin Steiner. Bien plus enjouée que son nom ne l'indique, cette nouvelle entité, sans complexe et en toute décontraction, aura su s'occuper de fournir au public une dernière secousse avant de renvoyer tout le monde à ses pénates. La dimension impro et éminemment collective saute aux yeux et fait plaisir à voir et entendre, tant ces types semblent s'amuser sur scène. Avec en cadeau bonux un Quentin Rollet des grands soirs, chaud-bouillant au saxo, on ne cachera pas notre plaisir d'avoir pris un bon shoot de cette sauce kraut-disco-techno bien fêlée du casque et jamais prétentieuse.

Drame
Drame

Et la fin d'une édition hiver nous amenant invariablement à envisager sa prochaine homologue estivale, on en profite donc, satisfait de notre week-end malouin, pour nous faire l'écho d'une initiative plutôt originale du festival: faisant appel aux talents de pronostiqueurs de son public, La Route Du Rock organise en effet  un concours sortant des sentiers battus. Vous pouvez en effet laisser dès maintenant libre cours à vos fantasmes de line-up parfait, en imaginant celui de la prochaine édition été sur cette page dédiée. Les affiches les plus approchantes de la réalité gagneront deux passes VIP. De quoi goûter, en plus des concerts, à l’inénarrable ambiance de l'espace pro du Fort Saint-Père.


On y était : La Route du Rock été 2014

caribou
On y était : La Route du Rock été 2014

Cette année encore, Hartzine était à la Route du rock. Et oui, nous sommes certainement un peu maso, mais comme chaque été depuis maintenant près de vingt ans, vos serviteurs sacrifient ce week-end central de leurs congés annuels, congés qui pourraient nous voir mettre les voiles vers des horizons lointains, pour un festival à Saint-Malo en Bretagne (!) qui se déroule le plus souvent sous la pluie et dans un froid relatif (!!). Vous vous demandez pourquoi ? Eh bien même si vous ne vous le demandez pas, nous allons tout de même vous le dire. Parce que certains d'entre nous sont originaires du coin, (ça aide à se motiver quand on n'est pas obligé de dormir dans les champs de maïs voisins du site), parce que nous n'avons pas trouvé meilleure ligne artistique depuis toutes ces années dans l'hexagone (bon, la je vais peut-être me faire allumer par certains collègues de la rédaction pas vraiment en phase...), parce que l'association Rock Tympans qui a lancé le festival est toujours aux manettes avec autant de passion et d'activisme et que ses fondateurs sont à chaque édition sur la corde raide, à ne pas savoir si leur bébé pourra survivre l'année suivante. Pour cette édition 2014, pas vraiment d'exception à la règle... et évidemment, il a plu. Les trombes d'eau tombées toute la journée du jeudi, avant le lancement de la première soirée au mythique Fort Saint-Père, ont bien salopé le site. De mémoire de fidèle, nous n'avions jamais vu autant de boue baignée dans des marres d'eau sur un site de festival (bon on n'aime pas bien les foires aux bestiaux anglaises, c'est certainement pour ça...).

JOUR 1

De quoi bien plomber la soirée qui s'annonçait la meilleure, vu l'affiche proposée ? Et bien pas vraiment : le Breton ne se laisse pas abattre aussi facilement car il sait s'équiper de bottes et de ponchos, le festival lui assurant le ravitaillement en galettes saucisses et bières. Et puis, évidemment, la pluie s'est arrêtée de tomber en début de soirée. Seule Angel Olsen ne joua pas au sec. Nous ne pouvons pas vous en dire grand chose, la faute à une interview de Real Estate programmée en même temps, mais les quelques morceaux vus de son set nous l'ont montrée  beaucoup moins introvertie et sauvageonne qu'elle n'y paraissait, même si ses compositions sont moins mises en valeur jouées par son groupe country folk.

Les War On Drugs d'Adam Granduciel étaient ensuite très attendus. Apres les écoutes multiples de leur magnifique Lost In The Dream bien calé sur notre platine depuis des mois (lire la chronique), nous ne voulions pas rater ça. Nous n'avons pas été déçus, même si le groupe est ressorti peu satisfait de sa prestation, il est vrai polluée par divers problèmes techniques liés à la pluie et les décharges électriques qui ont fait dresser les cheveux du chanteur, l'obligeant à chanter dans un micro recouvert d'une serviette de bain (!). Les Américains ont été courageux sur ce coup-là, démontrant la finesse de leurs compositions et toute leur classe dans l'exécution. Ça sera moins le cas avec Kurt Vile et ses Violators, le gars semblant rincé et peu enclin à lâcher les chevaux. Ça a donné un concert assez ennuyeux, et ce malgré un final plus enlevé. La vague de la hype l'avait pourtant porté, mais au final c'est moyen. Non pas que le chevelu n'est pas doué guitare en main, mais ses compositions nous semblent belle et bien surcotées. A moins que ce soit un jour sans ; allez... nous voulons bien lui laisser le bénéfice du doute.

Les problèmes techniques se sont multipliés au cours de cette soirée, preuve en est la fin de concert désastreuse de nos chouchous de Real Estate, que personne ne viendra aider alors qu'un ampli rendait l'âme, poussant le chanteur à la crise de nerfs. La palme va au régisseur de cette petite scène qui leur refusa une légère prolongation de set qui leur aurait permis de placer deux tubes attendus par le public venu nombreux. Car ces bons gars du New Jersey qui ne payent pas de mine, sont de vrais orfèvres pop, devenus maîtres dans l'art d'entrecroiser deux guitares claires avec une basse tout aussi légère, capables de délivrer une qualité de son dans des conditions pourtant vraiment pas avantageuses. Nous allions dire prometteur si le groupe n'avait pas confirmé avec son dernier album. Donc vraiment classe. Proposition à nos chers organisateurs préférés : les faire revenir à la Route du Rock d'hiver après leur avoir payé, en signe d'excuse, une bonne thalasso (salvavatrice vu leur longue tournée en cours, d'autant que certainement assez roots).

Si Thee Oh Sees a bien enchaîné à l'heure, ils auront participé à notre frustration de ne pas pouvoir voir une fin de concert de Real Estate digne de ce nom. A priori pour cause de problème auditif du batteur, leur show n'aura duré qu'une demi-heure. Court, mais finalement suffisant, car si le groupe impressionne par la densité punk produite en simple trio, la recette fini par lasser, sans pour autant que puisse être remis en cause l'engagement total de John Dwyer dans sa musique.

La grande lose de l'équipe Hartzine aura été le concert de The Fat White Family passé au bar, la faute à une info donnée quelques heures plus tôt à l'espace presse : "Le groupe s'est bastonné et refuse promo et concert !"... Vous ne saurez donc rien de ces sulfureux Anglais (on tremble...), même si les échos reçus le lendemain étaient plutôt positifs. Avant que la pluie - revenue pour de bon pour la nuit - n'ait raison de nous au début du concert de Darkside (très bon également a priori... C'est pas de bol ça... On les aurait bien vu jouer un peu plus tôt pour notre part), nous avons conclu cette soirée en dansant lascivement sur l'électro disco de Caribou jouée par de vrais gens tout de blanc vêtus avec de vrais instruments. Daniel V Snaith est un habitué du festival, que ce soit avec Caribou ou auparavant avec Manitoba, et le lui rend bien : un show bien mis en scène et bien rodé, généreux. Le public a manifestement apprécié. Nous aussi, même si nous tempérerons un peu tout de même car il sera difficile pour le Canadien de reprendre durablement le flambeau laissé par LCD Soundsystem, le genre semblant un peu épuisé.

JOUR 2
slowdive

Apres une bonne nuit et un bon plateau de fruits de mer chez maman (en pensant bien à la colonie d'Anglais avinée qui s'était installée au "camping" le long d'un tas de lisier du gentil agriculteur ayant mis a disposition son champ pour le week-end), retour au front... enfin dans les douves, où les spectateurs incrédules se sont entassés jusqu'à 18h30, avant que les chers vigiles acceptent d'ouvrir les grilles... Cheatahs en payera les pots cassés, devant jouer son shoegaze devant un public aussi fourni que celui qu'il aurait pu trouver dans un pub londonien. Un peu navrant sur ce coup-là, ce qui vaudra un certain nombre de gentils messages à destination des organisateurs sur les réseaux sociaux du festival.

Et ce n'est pas le set d'Anna Calvi qui amènera les festivaliers à passer l'éponge. C'est convenu, surjoué et ennuyeux. Un réchauffé de PJ Harvey quinze ans plus tard, l'authenticité et l'originalité en moins. Décidément, ce début de soirée nous laissera franchement sur notre faim. Les prétendus allumés de Protomartyr, eux, ne révolutionneront pas le rock. Certes correct, mais trop près des affreux Kaiser Chiefs pour nous convaincre. On doit être honnêtes, on a lâché en cours de route pour s'acheminer tranquillement à travers la paille fraîchement déposée sur la boue de la veille (mélange sympathique !) vers le bar pour un ravitaillement nécessaire avant de se rapprocher de la grande scène pour assister au grand retour de Slowdive, attendu mais craint en même temps tant nous avons été déçus ces dernières années par les réformations financières de gloires passées (The Jesus And Mary Chain !).

Et bien bonne pioche ! Le groupe a su renaître de ses cendres. C'est sobre, propre mais franchement beau. Pas besoin de jeu de scène ; les langoureuses compositions, pour certaines devenues des classiques de l'indie pop, suffisent. Les Américains sont concentrés, peinent à vraiment se lâcher, mais font mieux que bien. Le véritable lancement de ce vendredi soir et une véritable première partie digne de ce nom pour Portishead. Étonnant que, vingt ans après la sortie de son inaugural Dummy, le groupe fasse guichet fermé (car c'est bien le groupe qui a permis au festival de presque atteindre son record d'affluence ce soir là avec 11 000 personnes). La, nous changeons de dimension. On découvre ce qu'est un concert sonorisé par de vrais ingénieurs du son et mis en forme par d'excellents vidéastes. Les Anglais sont au sommet de leur art ; précis, carrés et d'une rare finesse. Ils sont capables de jouer leurs morceaux en live avec la même exigence que ce qui sort du studio. La voix de Beth Gibbons est toujours aussi juste, sensible et possédée. A vrai dire, nous n'en attendions pas moins. Le plus dur avec un tel groupe, à un tel niveau, c'est qu'il aura de fait plus de chance de nous décevoir que de nous surpendre dans l'avenir.

Difficile donc de ne pas s'arrêter là, d'autant que le froid tombe sur Saint-Malo. On se réchauffe tout de même devant l'incandescence de Metz, qui fait subir à nos tympans relâchés ses déflagrations électriques dont ferait bien de s'inspirer Protomartyr. Les gandins donnent tout sur scène. C'est extrêmement sauvage et bourrin mais ça fait drôlement de bien. Nous n'attendions pas grand chose de Liars, suite à la sortie de leur dernier album (lire la chronique). Et bien pire que cela, nous avons assisté à l'imposture du festival. Du grand n'importe quoi, le leader Angus Andrew entrant sur scène en cagoule péruvienne... Ce groupe pourtant prometteur à ses débuts a complètement perdu pied à trop vouloir faire différent et expérimental. Vraiment pas inspiré, voire pénible. Autant vous dire que nous avons vite rendu les armes et répondu à l'appel des bras de Morphée. Tant pis pour Moderat mais Slowdive et Portishead auront suffit à notre bonheur ce vendredi soir.

JOUR 3
macdemarco

Ce dernier soir commencera par un constat : l'équipe de Hartzine aura boycotté la plage durant ces trois jours où étaient programmés Johnny Hawai, Aquaserge et Pégase... Pas bien mais on renvoie volontiers la faute au soleil qui n'a pas daigné pointer le bout de ses rayons. De même, comme les jours se ressemblent, nous avons assez vite passé notre chemin à l'écoute des premières notes du premier groupe du soir, Perfect Pussy, certes signé sur Captured Tracks mais pas très intéressant pour autant.

Une bien médiocre première partie pour leur compagnon de label, Mac DeMarco, devenu en quelques mois la tête de proue de l'écurie de Mike Sniper grâce à trois excellents albums. Et sur scène, me direz-vous ? Et bien nous avons tout d'abord failli ne jamais pouvoir en juger, le Canadien et sa bande de weirdos ayant longtemps été coincés dans les bouchons de Saint-Malo (là encore, classique  le 15 août... mais pourtant...). Arrivés quelques minutes avant de monter sur scène, ces jeunes gens ultra cool sont de bonne humeur, jouent tranquilles les tubes de leur patron qui, lui, est bien fidèle à son image : bordélique, drôle et un peu crado, mais aucun gonflage de cheville ni de tête chez Mac DeMarco. Le spectacle nous a paru un chouïa court (un long changement de corde ayant en outre été magnifiquement meublé par une reprise totalement foutraque de Coldplay par un bassiste franchement jouasse) mais c'est bon signe ; la prestation a bien plu.

Baxter Dury est quant à lui beaucoup plus "professionnel" aujourd'hui. Son set est carré mais le dandy briton gagne toujours un peu plus en charisme pour atteindre un niveau dont nous ne l'aurions pas cru capable après un de ses premiers concerts en France lors de la première Route du Rock d'hiver en 2006. Les morceaux tirés de Happy Soup, dernier album en date, passent toujours aussi bien, et avant écoute du nouvel album, It's A Pleasure, à paraître en octobre, il semble que les extraits soient dans la même lignée, bien que moins immédiats et mélodiques, plus minimaliste. En tout cas, l'Anglais a su se faire un prénom et on prédit qu'il fera passer son glorieux géniteur aux oubliettes d'ici quelques années. L'interview (lire) réalisée quelques minutes après sa sortie de scène nous confirmera le professionnalisme et la gentillesse du garçon, pourtant totalement cuit après une journée semble-t-il harassante.

Ses concitoyens de Toy, eux, seront l'agréable surprise de la soirée. Leurs compositions psychédéliques ont hypnotisé le festivalier pourtant fatigué, l'augmentation des décibels l'empêchant de sombrer après ce calme début de nuit pop. Ça ressemble à pas mal de choses déjà vues et entendues mais ça fonctionne plutôt bien sur scène. Temples enchaînera ensuite par un show assez convenu, bien que très maîtrisé. On sent que le groupe tourne depuis près d'un an et joue à la perfection les très bonnes chansons de son premier album, bien aidé par un excellent son (d'ailleurs assez surprenant pour un groupe aussi jeune). Il manque pourtant un grain de folie dans tout ça. Ce groupe a atteint le haut des affiches très vite, certainement trop. A la différence d'un Mac DeMarco, parfait opposé des Anglais en tout, ça manque d'âme. La suite est un grand écart: ça fait toujours tout bizarre de se prendre une bonne vieille baffe par Cheveu. Le show est enragé, ultra énergique. Les Parisiens jubilent d'être sur cette scène. C'est punk, c'est fort, c'est pas souvent très fin mais ça réveille !

La fin de soirée devait nous dégourdir les jambes. L'honneur était donné a Jamie XX, que nous étions un peu étonnés de retrouver à la Route du Rock, tant le festival avait été mis dans la panade par son refus tardif d'assurer son set dans une boîte de Saint-Malo après le concert de ses corbeaux de The XX lors de l'édition 2012. Pas rancuniers, les organisateurs. On n'est pourtant pas sûr que cela valait vraiment la peine de persévérer. On danse quelques minutes avant de finalement s'ennuyer très vite. L'Anglais est incontestablement doué, mais son dubstep ne nous surprend plus vraiment...Todd Terje peut lui en vouloir, car la mollesse du set aura eu raison de nous et nous aura entraîné à déclarer forfait  pour la suite.

Bilan : du bon et du moins bon comme toujours, mais l'impression d'une édition réussie. Le public ne s'y est pas trompé et l'affluence permettra à Rock Tympans de repartir pour une saison de plus... et évidemment, nous serons au rendez-vous pour souffler les bougies des 25 ans. Ça nous rajeunit pas ces conneries !


Baxter Dury l'interview

Portrait Baxter Dury itw hartzine
A quelques semaines de la sortie de son quatrième et excellent nouvel album, It's A Pleasure, l'immense Baxter Dury a accepté de nous accorder un entretien quelques minutes après avoir terminé en beauté son set sur la scène de La Route du Rock, sur laquelle il est d'ailleurs apparu particulièrement à l'aise. Une courte interview menée au pas de charge, certes, mais durant laquelle notre cockney favori s'est montré comme à son habitude particulièrement sympathique, intelligent et drôle, bien que visiblement exténué.

Même si ça peut sembler déjà long, seulement trois ans séparent Happy Soup de It's A Pleasure, contre six précédemment entre Floorshow et Happy Soup... Tu deviens plus rapide ?

Oui, comme vous l'avez vu, je suis dans une phase assez lente et je ne sais pas pourquoi je le suis autant... Peut-être que le prochain album sortira trop rapidement, ou mettra dix ans à voir le jour, je n'en sais rien... Je vais peut être me mettre à diriger un ballet, ou autre chose... Non, ça c'est faux !

Tu as dit que Happy Soup était un album « féminin », notamment grâce aux apports de Madeleine Hart, contrairement à Floorshow, très masculin. Qu'en est-il d'It's A Pleasure ? Est-ce un plaisir masculin ou féminin ?

Il s'agit de la vision masculine du plaisir féminin, sans le comprendre. Donc... il s'agit des deux.

Tu décris cet album comme plutôt dépouillé, un peu berlinois, kraftwerkien...  Qu'en est-il vraiment, et qu'est-ce qui a influencé la couleur de ce disque ?

L'état d'esprit du moment et l'envie de faire quelque chose de différent, d'être plus tranchant, plus avant-gardiste, histoire de recevoir d'autres invités à ma table... C'était simplement changer d'ambiance, car tu ne peux pas te permettre de faire la même chose quand tu reviens aux affaires.

As-tu le sentiment d'avoir obtenu le résultat que tu souhaitais ? En es-tu fier ?

Oui, je crois ! C'est très difficile d'en juger, vraiment, puisqu'à un moment, il faut juste arrêter de travailler sur les chansons, les sortir, et espérer qu'elles soient bonnes. Un jour j'aime une chanson, et le lendemain, pas du tout... Je ne pense pas qu'il faille être trop dans l'autosatisfaction, sinon on peut devenir vite très ennuyeux.

Je me rappelle t'avoir vu jouer ici, à Saint-Malo, en 2006 et la différence d'attitude sur scène est saisissante : tu étais plutôt statique, habillé d'un un long manteau noir... Aujourd'hui tu sembles beaucoup plus joyeux d'être sur scène. Ce plaisir a-t-il réellement augmenté ?

Oui, c'est vrai ! Je pense que faire de la scène change progressivement ta vision de la manière dont tu dois te comporter sur scène. Faire de la scène s'apprend comme n'importe quoi d'autre. J'ai commencé à en faire sur le tard et j'ai dû apprendre à la contrôler. Avant cela, je n'avais pas la moindre idée de comment faire, j'étais terrorisé. Je me rappelle de quelqu'un à ce concert, qui en plein milieu du set a crié "merci". Je lui ai répondu, et lui m'a dit " Tu n'es qu'une merde !". C'est à ce moment que j'ai décidé de changer !

Qu'en est-il de ton rôle de producteur pour les autres ? Quel plaisir y prends-tu ? Y a-t-il d'autres projets en perspective ?

Oui, plein de projets ! J'aime le travail de production quand tout prend la direction que je souhaite, ce qui n'est pas toujours possible. La plupart du temps, je finis par faire sonner les gens comme moi, donc je ne suis pas sûr que cela soit toujours un bon résultat, mais oui, j'aime produire. Ce que je n'aime pas, c'est la partie commerciale de la chose.

C'est la troisième fois que tu viens jouer à La Route du Rock. Ce festival a-t-il une saveur particulière pour toi ?

Oui, évidemment ! C'est la Bretagne, je ressens donc une affiliation avec le nom de cette région. Cet endroit ressemble à la Cornouailles. C'est chouette d'être présent ici l'été. J'aime les crêpes (NDLR : en français dans le texte) et tout le monde est toujours très sympa. Il y a une sorte de vraie intention, à La Route du Rock. Et c'est très gai, ici, c'est un festival joyeux.

Et sinon, qu'écoutes-tu en ce moment ?

J'écoute toujours des vieux trucs, mais justement, j'ai bien aimé ce type qui a joué un peu plus tôt, là... DeMarco ? Oui, honnêtement, je le trouve très bon. Mais je n'écoute définitivement pas assez de choses, je suis un type assez borné.

Un dernier mot ?

Ça a été un show fantastique, et merci d'avoir été si sympas ! A plus !

Interview: Marie Baudouin & Sylvain Le Hir aka SLH

English version

Even if it can appear to be a long time, only 3 years are between Happy Soup and It's A Pleasure, when there were 6 betweenFloorshow and Happy Soup… You’re getting quicker?

Yeah, as you can see I've got a slow phase so I don't know why it's slow... May be the next one will be too quick or the next one will be ten years, I don't know, I might go and direct a ballet or something... No, that's not true.

You've said that Happy Soup was a very feminine album, thanks for the most part of it to Madeleine Hart’s contribution, contrary to Floorshow, a very masculine one. And what about It’s A Pleasure? Is it a rather masculine or feminine kind of pleasure?

It's about the male view on feminine pleasure without understanding it. So it's about both.

You describe this album as a rather understated one, a bit Berlin inspired or Kraftwerkish… Is it really, and what influenced the colour of this album? 

Moods, and trying to do something different, being kind of a bit more angular, kind of a bit more edgy, possibly, in order to change the dinner party, change the guests. It was just an environment change, as you can't do the same thing when you return.

Do you feel like you have achieved the result you were aiming at ? Are you proud of this result? 

I hope so, it's really hard to judge really, because you stop, put them out, and you hope that they're good. I think so: one day I like one song and the next day I don't, it changes, but I think so. I don't think you shoud be over-contented because then you become quite boring.

We remember seeing you on stage here in Saint-Malo in 2006, and the difference of attitude on stage is startling: you were rather static, dressed in a long black coat… Today you seem far happier to be on stage. Did this pleasure actually increased?

Ah ah! Yeah that's true. I think the process of performing changes your idea of how to perform. You learn how to perform  like anything. I just started quite late, so I learned how to control the stage, then I had no idea, I was really frightened. I think someone in the middle of the gig stood up in that first gig and went "thanks for now", and I answered him, and he said "you are shit!". That's when I changed!

What about your producer activity ? Do you experience some satisfaction in working for others? Do you have other projects in perspective?

Lots of things, I like producing when it entirely goes the way I want it to, which is not always possible. Basically I end up making people sound a bit like I am so I don't know if that's always a good result... But yeah I quite enjoy it. But I don't like the commercial side of it.

It’s the third time you’re playing at the Route du Rock. Does this festival have a particular resonance for you?

Yeah of course, it's in Brittany, I feel an affiliation with the name, the place looks like Cornwall, it's nice to be here in the summer. I like crêpes, and everyone is always very nice in here. And there is a sort of good will in this festival, it's very jolly, a happy place.

What do you listen to at the moment?

I always listen to old stuff, but I quite liked that dude that was playing earlier on... Demarco? I think he is honestly very good. I don't listen to enough things really, I'm quite kind of insular.

One last word? 

Fantastic show, and thanks for being so nice! See you later!

Interview: Marie Baudouin & Sylvain Le Hir aka SLH


On y était - La Route du Rock Collection Hiver 2014

VISUEL_RDRH2014_640X290La Route du Rock Collection Hiver, Saint-Malo et Rennes, du 19 au 23 février 2014

Les jeux de Sotchi suffisant amplement à nous dégoûter durablement des sports d'hiver, une escapade en terre malouine s'imposait d'elle-même le week-end dernier. Par l'odeur d'une prometteuse programmation alléché, on est donc parti, le pas altier, dévaler la piste aux étoiles corsaire, sans même devoir — conditions indoor obligent — s'inquiéter d'une éventuelle météo chagrine. Une collection hiver dont on aura malheureusement raté l'entame rennaise, qui fut apparemment — renseignements pris de source sûre — mémorable : on peine à croire que Crystal Stilts y soit pour quelque chose, mais que Michel Cloup retourne une salle en deux coups de cuillère à pot, et que Petit Fantôme charme son monde avec sa pop argentée, on le conçoit tout à fait.

Pour notre part, c'est en tous cas avec la première soirée de La Nouvelle Vague que ce petit marathon hivernal débutera. Et plus précisément avec l'homme orchestre Piano Chat, dont la prestation était censée relever de la performance plus que d'un concert ordinaire. On se rendra donc à l'évidence, le culte de la performance ne doit pas être fait pour nous, tant ceRémy Bricka indie-pop ne nous aura à aucun moment touchés par sa musique souvent surjouée à défaut de paraître inspirée, et ce malgré ses efforts de communion avec le public, allant jusqu'à prêcher sa propre cause au beau milieu d'une foule plutôt indulgente. Les gredins de Traams, eux, préfèrent jouer en équipe et ont sans doute raison, tant leur prestation commando aura donné au public un sacré coup de fouet : ce trio de joyeux braillards a de l'électricité dans les veines, et leur post-punk craché comme une Valda à la face des auditeurs a le mérite de délivrer gratos un bon shoot énergétique, qui servira soit à fuir au plus vite, soit à participer à la fête jusqu'à plus soif. On choisira sans conteste la deuxième option, tant ces saillies bruyantes et brûlantes nous auront battu les tempes et rendu le sourire, avant d'affronter les nouvelles protest songs de Thee Silver Mt.Zion, groupe sans doute le plus attendu de cette soirée. Avec de nouveaux titres plus directs et rageurs qu'à l'habitude, les Montréalais offriront une prestation honnête, sans pour autant déclencher un enthousiasme débordant. Généreuse, détendue, visiblement contente d'être là, on ne peut pourtant pas reprocher grand chose à la petite troupe : ça joue bien, fort, c'est maîtrisé, politiquement conscient, et on aura même le droit à un hommage bienvenu au regretté Vic Chesnutt. Mais voilà : impossible, malgré la sympathie qu'on leur porte, de réprimer un ennui poli. Peut-être aussi parce qu'il était temps de reprendre des forces du côté du bar, avant d'assister au retour en forme de The Warlocks, dont on avait soigneusement évité les albums insipides et lourdauds virant inexorablement au mauvais prog-rock et succédant au formidable Phœnix Album en... 2003. Passé l'éclat de rire à la vue de ce sacré Bobby Hecksher qui ressemble de plus en plus à une version rock'n'roll de Patrick Juvet — parfois, il faut savoir renoncer à un style vestimentaire qui nous boudine désormais trop — on sera vite happé par la puissance scénique des Californiens. Un son crado à souhait sans être pour autant brouillon ou inaudible, au service de chansons bien plus convaincantes en live que sur disque. Et puis on a beau réentendre à loisir Shake The Dope Out ou The Dope Feels Good, ce genre de titres porte définitivement la marque des classiques instantanés, que leurs amis The Dandy Warhols ne seront jamais capables d'écrire malgré leurs efforts désespérés. Et puis, et puis, après tout cela, on pourrait justifier de mille façons le fait de n'être pas resté voir les Montpellierains de Marvin, mais on se contentera de dire qu'on en avait franchement pas envie.

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Par contre, on était bien au rendez-vous pour la seconde manche à la Nouvelle Vague, bien décidé à profiter de la pop kaléidoscopique de Cate Le Bon. Et si l'on aime certes le sauvage, le brutal, l'éructation, un peu de délicatesse et de ligne claire de temps en temps ne font pas de mal non plus. Auteure récente d'un excellent Mug Museum, la jeune femme lancera cette soirée de la meilleure des manières, captivant l'auditoire au travers de sa pop à la fois classique et psychédélique, tantôt délicate, tantôt rageuse, écrin idéal pour son chant doucereux laissant apparaitre, derrière une façade multicolore, une inquiétante noirceur. Un véritable ravissement, prélude idéal à l'arrivée sur scène d'un des chouchous de Hartzine, The KVB. Et en effet, si on vous en a souvent parlé dans le passé, ça n'est pas pour rien : Klaus Von Barrel et Kate Day réussissent à nous subjuguer à chacune de leurs sorties, grâce à leur musique à la fois poisseuse et aérienne, en mouvement perpétuel, créant des ponts passionnants entre darkwave, coldwave et noisy pop, et sublimant une certaine idée de la mélancolie au travers d'une rage sourde. Un concert qui aura sans doute déstabilisé ou laissé dubitatif une bonne partie du public. Pour ceux, en revanche, qui se seront laissés embarquer dans cette captivante tempête sonore, on parie sans mal sur une belle histoire d'amour au long cours. Le concert des Eagulls, lui, a plutôt fait dans le court terme. Tellement court, à vrai dire, qu'on aura à notre arrivée à peine le temps de prendre la mesure du groupe sur scène après une vingtaine de minutes de live. Mais une chose est sûre : pour ce qu'on en a vu et entendu, la bande de Leeds semble avoir le talent et l'énergie pour sérieusement botter les fesses de nombre d'autres formations pseudo-punk qui n'ont à faire valoir ni la même gnaque, ni la même richesse mélodique affleurant à la surface de leur collection d'abrasions sonores. À suivre sérieusement, donc, à l’orée de la sortie de leur premier album. Et tout aurait pu continuer à se passer pour le mieux si l'on n'avait pas eu à subir les catastrophiques Breton. Arrivant sur scène comme des messies qu'ils ne sont pas, le groupe illustrera durant son passage tout ce qu'on ne supporte pas : indigence mélodique, refrains pompiers, attitude cool aussi ridicule que feinte... Bref, un mezze de dubstep, hip-hop ou électro, sciemment calibré pour appâter le chaland et décrocher la timbale de la rotation lourde sur les radios de djeuns. Une sorte de sous-Foals, c'est dire. Une catastrophe, donc, voire une perdition. Autant dire qu'après cela, notre motivation aura pris un sérieux coup de mou. On laissera tout de même sa chance à Jackson And His Computer Band, qui clôturera cette soirée de concerts avant l'arrivée de la DJette Clara 3000chargée de faire transpirer les irréductibles clubbeurs jusqu'au petit matin. Malheureusement, malgré une configuration scénique originale lorgnant vers la science-fiction, l'exception française du label Warp ne nous convaincra pas, ou peu, avec son électronique elle aussi de plus en plus pompière. Peut-être la faute à ces maudits Breton.

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Il n’empêche : si l'on doit tirer un bilan de cette nouvelle collection hiver, il restera très positif. Un contingent de très bon concerts, finalement peu de réelles déceptions, des soirées affichant complet, des conditions d'accueil parfaites, et au final un évènement à la hauteur de l'amour que l'on porte à sa grande sœur estivale. La preuve : fâché de devoir terminer la fête, on se rendra même à La Chapelle Saint-Sauveur le dimanche pour le concert de clôture du festival, qui nous permettra de revenir en douceur à la réalité : dans un cadre parfait, et même si Mélanie De Biasio nous aura tout de même globalement plongés dans l'ennui, la jeune violoncelliste Julia Kent nous aura quant à elle ravis grâce à ses superpositions de cordes teintées d'une électronique discrète, allant parfois même fureter du côté de la musique sacrée. Une clôture en douceur, donc, durant laquelle on a pu se rendre à l'évidence : bien sûr, qu'on reviendra.


On y était - La Route du Rock 2013

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Je me souviens de ma première participation au festival malouin en 2001 - c'était, je crois, ma première expérience d'immersion complète dans trois jours riches de concerts, de rencontres et d'émotions fortes... J'avais eu la chance d'y être invité par Ladytron, un des groupes programmés, et je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, je voulais juste revoir la belle Mira... Je ne connaissais pas tous les groupes présents à l'affiche et ce fût un vrai baptême du feu... Découvrir Mogwaï sur scène, déflagrations de guitares assourdissantes dans un orage de lumières blanches stroboscopiques, un concert qui me laissa KO debout... Je me souviens aussi d'un Jarvis Cocker plus cabotin que jamais, débarquant sur scène, feignant d'être fatigué avant d'entamer, avec Pulp, un Common People retentissant comme un hymne dans tout le fort Saint-Père... Quelle fierté d'avoir pu voir sur scène The Avalanches qui, avec leur unique album Since I left You, ont marqué l'histoire de l'électro à base de samples telle celle de DJ Shadow... Quel étrange souvenir que celui d'avoir sympathisé avec Josh T. Pearson, alors leader des Lift to Experience, avec qui je me suis saoulé à la vodka, alors qu'il ne boit plus une goutte d'alcool aujourd'hui... J'étais donc trop saoul et j'ai fait fuir Mira, mais je la remercie pour m'avoir fait découvrir ce fabuleux festival.

Chaque année, c'est un plaisir de retourner sur les terres bretonnes pour l'accueil chaleureux et l'esprit positif qui y règnent. L'ambiance festive entre les bénévoles fait plaisir à voir et, bien sûr, la programmation reflète le bon goût et l'indépendance de la Route du Rock.

Je ressens l'excitation d'un gosse à l'approche de Noël chaque week-end du 15 août, et cette édition elle aussi restera gravée dans ma mémoire... Je n'attendais rien de Nick Cave et de ses Bad Seeds cette année, je les avais même boudés lors du Primavera Sound à Barcelone en mai, préférant m'éclater devant Dan Deacon et les Liars... Pourtant, Push the Sky Away, leur dernier album sorti en février, vient nous rappeler que l'animal reste inapprivoisable. Un disque de blues sombre co-écrit avec Warren Ellis, un des Bad Seeds et membre des Dirty Three. Si je n'avais plus écouté Nick Cave depuis des années, je me souviens parfaitement de son interprétation dans les Ailes du Désir de Wim Wenders et du morceau From Here to Eternity... C'est sur le sol breton que j'ai pu voir de près et pour la première fois ce monstre scénique qui s'impose comme le patron des frontmen tant sa prestation le propulse simplement dans une dimension qu'aucun autre chanteur partageant l'affiche ne peut imaginer atteindre, une sorte de nirvana du concert dû à sa présence magnétique mais aussi au charisme impeccable des Bad Seeds. Ce ne sont pas les personnes qui ont eu la chance de lui tenir la main pendant le concert qui me contrediront... Nick Cave est dans une forme extraordinaire, en tournée depuis six mois et jusqu'en novembre, il semble drogué par la scène... Il suffit d'aller faire un tour sur YouTube pour se rendre compte de l'ampleur de l'énergie que Nick Cave déploie pour chaque concert cette année. On peut y voir des séquences d'anthologie sur ce tumblr, notamment le concert qu'il a donné à Glastonbury et cette petite rousse sortie de nulle part qui va le défier du regard devant 50 000 témoins pendant un refrain de Stagger Lee. Nick Cave passe la quasi-totalité du concert en équilibre sur la crash barrière, saisissant les mains tendues d'une foule ensorcelée, essuyant parfois ses semelles sur une marée humaine à qui il crache ses textes. Stagger Lee est un des morceaux qui fonctionne le mieux en live, comme le montre cette vidéo où Nick Cave hurle sur son public - je vous laisse imaginer les frissons...

Incontestable tête d'affiche du festival et meilleur concert de l'année - le public de la Route du Rock ne s'y est pas trompé et avait fait le déplacement en masse pour l'applaudir. Je n'avais pas le souvenir d'avoir vu le Fort Saint-Père aussi plein une première journée de festival...

Pour se désenvoûter progressivement, les programmateurs ont tout misé sur le groove disco des !!! emmenés par Nic Offer, un Michel Gondry sous ecstasy qui a peiné pour imposer son caleçon à motifs, mais une fois la machine à danser lancée, l'ombre de Nick Cave qui planait sur le fort s'est envolée pour laisser place à la fièvre du samedi soir. Cette première journée pouvait alors se terminer en apothéose avec Fuck Buttons - les Anglais, face à face, un écran géant disposé derrière eux projetant leurs ombres chinoises sur des images psychédéliques, nous ayant invité à une transe apocalyptique à l'image de leur album Slow Focus. Les nappes épaisses de leurs synthétiseurs et les rythmes lents et puissants repoussent la limite entre électro et noise sans négliger les mélodies qui se fracassent dans notre crâne... Une première soirée parfaite qui m'a complètement plongé dans l'ambiance du festival.

Après une nuit au camping, la deuxième journée allait être ponctuée par un des rares concerts de la formation canadienne Godspeed You! Black Emperor et ses longues plages sonores étirées... Les voir à Saint-Malo fait sens, on reconnaît bien la prise de risque dont sont capables les programmateurs. S'ils attirent un public averti, ils laisseront sur le carreau la plupart de ceux qui ne les connaissaient pas... Pour les avoir vus au Cirque Royal de Bruxelles pour la tournée de leur album Allelujah! Don't Bend ! Ascend ! l'année dernière, je n'ai pas réussi à être transporté par ce concert - il manquait le confort d'un bon siège, tout comme la densité de cette musique qui s'exprime mieux dans un endroit couvert que debout en plein air. J'ai vu le public quitter la fosse à la moitié du concert et imaginé les critiques que j'allais entendre à la fin - alors Godspeed You! Black et Decker n'ont pas brillé ce soir-là - mais ce n'était pas la peine d'attendre ensuite un rappel...

La dernière journée proposait un plateau plus orienté électro avec Hot Chip et Disclosure, qui ne m'intéressaient guère plus que les hippies de Tame Impala et leur son beaucoup trop lisse... En revanche les Américains de Parquet Courts sont pour moi LA révélation du festival. Programmés pour leur deuxième concert en France sur la petite scène baptisée Scène des remparts, le punk rock qui coule dans leurs veines a réussi à faire monter le sang à la tête d'un public compact lancé dans un magnifique pogo que j'ai filmé un peu à l'écart... Petit bémol pour cette scène qui se situait  à l'entrée du site le long des remparts et qui permettait d'assurer les transitions lors des changements de plateau de la Scène du fort. En effet, les programmateurs n'avaient pas anticipé le flot des festivaliers qui s'y agglutinerait pour tenter d'assister en vain parfois aux concerts, comme celui des Suuns, habitués du festival, pourtant programmés sur la grande scène en 2011...

Alors que le mastodonte Rock en Seine a reçu quelques 118 000 personnes, on préfèrera se réjouir pour la Mecque des festivals rock qui, après quelques difficultés l'année dernière, a redressé la barre en passant de 13 000 à  26 000 festivaliers. En élargissant son public avec des groupes comme TNGHT ou Disclosure, qui transformèrent la scène en énorme club, les programmateurs ont réussi leur pari d'attirer les plus jeunes tout en continuant à satisfaire l'exigence des habitués avec la présence de Godspeed You! et de Nick Cave, dont le concert continue encore de me hanter...


On y était : La Route du Rock

La Route du Rock, Saint-Malo, du 10 au 12 août 2012

Comme on vous l'annonçait avant le festival, on était franchement confiant quant à cette cuvée 2012. La programmation était pleine de belles promesses, avec quelques uns de nos chouchous conviés à l'évènement, dont on se languissait de voir les exploits sur la scène du Fort Saint-Père. Alors, qu'est-ce qui a donc pu rebuter à ce point le public, le festival accusant une baisse de fréquentation de 30% ? La crainte d'une météo qui n'a, il est vrai, pas épargné les festivaliers ces dernières années ? Une affiche trop ambitieuse, refusant de céder aux sirènes de la facilité malgré la crise crainte par tant d'autres ? Oui, sans doute ces éléments ont-ils pesé dans cet échec comptable.

Pourtant, c'est baignée de soleil que cette 22ème édition s'est déroulée, pour le plus grand bonheur des irréductibles amoureux de la Route du Rock qui auront eu tout le loisir, durant trois jours, de cacher leurs yeux embués par le houblon sous leurs Ray-Ban favorites... L'ambiance était définitivement estivale, et c'était sans conteste le premier bonheur partagé du festival.

Question musique, on ne va pas vous mentir : toutes les promesses n'auront pas été tenues. Mais les déceptions n'auront pas eu le dessus sur les quelques grandes satisfactions vécues au fil de ce week-end tant attendu.

Un week-end qui aura débuté par un quasi sans faute, entamé pour notre part avec la pop à géométrie variable d'Alt-J, visiblement un peu impressionnés de se retrouver là, mais qui s'appuieront avec bonheur sur leur musique à fort potentiel addictif. Et si par la suite, Patrick Watson et Dominique A, auteurs de prestations solides mais manquant singulièrement de folie, ne retiendront pas franchement notre attention, c'est sans doute parce que celle-ci était déjà toute tournée vers le concert à suivre des revenants Spiritualized, qui ne nous décevront pas : une louche de lyrisme, une pincée de grandiloquence, et une sacrée énergie positive pour un concert, finalement, d'une beauté folle. Alors forcément, après la musique chatoyante de Jason Pierce et ses acolytes, on s'attendait à un sérieux choc anaphylactique dans le public à l'arrivée des monochromes The Soft Moon. Il n'en sera rien, tant les Californiens arriveront à capter la foule à grands coups de violence froide et de brume électrique. Puis ensuite, que voulez-vous, après de telles satisfactions, il était de toute façon compromis de s’intéresser vraiment à l'électro de Squarepusher, dont les grands coups de boutoir nous en toucheront une sans faire bouger l'autre.

Difficile, en revancge, de garder de grands et bons souvenirs de la soirée du samedi : Lower Dens a beaucoup écouté My Bloody Valentine, mais ne leur arriveront jamais à la cheville. The XX, très attendus, nous plongeront dans un ennui d'une profondeur abyssale, nous servant leur post-new wave comme on se passe un plat de gigot-flageolets durant un trop long et pluvieux dimanche de Pâques. La grande performance du soir, on la devra à l'incroyable Willis Earl Beal, sur la minuscule scène de la Tour, qui délivrera son blues primal avec une intensité scotchant tout le monde aux alentours, même les affamés venus faire un arrêt aux stands après la purge The XX. Finalement, cette seconde scène s'avère de plus en plus indispensable : après le mémorable set du cinglé Dan Deacon l'année passée, c'est au même endroit qu'on restera tout ébaubis cette fois encore.

Mark Lanegan fera quant à lui le boulot, captant forcément à son tour l'attention du public avec son rock tout autant écorché que sa voix. On n'a rien à lui reprocher, c'est beau et authentique. Authentique, c'est un terme qu'on n'emploiera pas à propos de Breton, qui clôturera ce deuxième jour. Le groupe veut faire danser le public, et certes, il y arrivera en partie avec son melting-pot de hip-hop, d'électro, de rock, en somme de tout ce qui passe à leur portée. Pour notre part, même si on ne remet pas en cause une certaine efficacité, le patchwork nous donnera un peu trop la nausée : une belle arnaque, bien ficelée.

Heureusement, le dimanche, lui, nous permettra de ne pas nous sentir floués : on plaçait de vraies attentes dans la programmation du jour, elles auront été en grande partie satisfaites. Stephen Malkmus, notre slacker favori, nous gratifiera d'un concert d'autant plus réjouissant que le grand échalas fut ce soir-là d'une bonne humeur étonnante. Même si on n'échappera pas à quelques boursouflures prog-rock, on sortira tout vivifié de la performance du bonhomme. Par la suite, les Chromatics rendront justice à leur merveilleux récent album en nous délivrant un set touchant au sublime. Blottis sur scène les uns contre les autres, comme s'ils ne voulaient faire qu'un, les musiciens captiveront un public littéralement retourné par tant de beauté, qui se déchainera lorsque le tube In The City retentira enfin dans le fort. Après tant d'émotions, c'est de loin qu'on écoutera les légendaires mais apparemment, ce soir-là, bien soporifiques Mazzy Star. C'est drôle, à bien y penser, on s'en doutait un peu... On sera par contre emballé par les inoxydables The Walkmen, qui creusent avec bonheur, depuis leurs débuts, le même sillon d'un classicisme rock certes pas franchement innovant, mais toujours humble et finalement, presque toujours convainquant.

Puis l'édition 2012 se terminera avec le bouillonnant Hanni El Khatib, qui  clôturera les débats avec son rockabilly enflammé. Efficace, gominé et testostéroné, comme là aussi on pouvait s'y attendre.

Comme d'habitude, c'est donc finalement avec le sentiment d'avoir participé à un festival indispensable et unique qu'on quittera les lieux, en espérant que les difficultés économiques de cette année de disette ne modifieront en rien le credo des organisateurs, toujours prompts à se préoccuper du bonheur de nos esgourdes à défaut de celui de leur portefeuille.

Crédits Photos : Stéphane Deschamps.


Retour sur La Route du Rock 2011

Deux mois plus tard… Il fallait faire sécher les bandes, et sauver des eaux les cellules du micro ruinées par le déluge qui s'est abattu cette année sur le festival de La Route du Rock. J'avais embrigadé mon vieux pote Guillaume, chacun caméra au poing, avec l'envie de faire un reportage original et un peu décalé sur ce que l'on vivrait pendant ces jours de concerts. Faire quelque chose d'objectif et d'exhaustif sur la programmation était impossible. On a gardé le meilleur, en tout cas les moments que l'on a préférés dans cette édition. L'enthousiasme des filles d'Electrelane, la fin du set d'Aphex Twin totalement barbare, l'humilité et la classe de Dirty Beaches, la puissance de feu de Battles qui nous a séchés sur place, ou encore la folie de Dan Deacon pour un final où il enchante le public de La Route du Rock qui exulte. Cette dernière est un bain de jouvence, un festival à dimension humaine qui nous comble chaque année. Retour sur cet été qui semble si loin déjà et ces moments forts dont on se souvient tous encore...

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