The Pilotwings l'interview

À mi-chemin entre le secret le mieux gardé d’une micro scène house/techno indée et la fierté nationale, les Pilotwings viennent de sortir un double album sur le label lyonnais BFDM. Une pochette quatre étoiles, onze morceaux kaléidoscopiques et une formule musicale sans équivalent sur le territoire national.
Guillaume et Louis ont répondu à nos questions et mis en perspective leur (courte) discographie, l'essor rhodanien du moment et les encouragements de Teki Latex.

Comment se passe la promo de l'album ? Vu de loin ça me paraît hyper encourageant et positif.

La promo est assurée par Judaah, le boss de BFDM, et surtout Chez Emile qui distribue le label. Ce qui nous prenait beaucoup de temps est donc maintenant une formalité. Parler de « promo » n’est pas vraiment juste dans le sens où on envoie essentiellement notre musique à nos connaissances. Les gens se sont emballés à l’annonce du disque et on reçoit beaucoup de retours positifs, ce qui nous rassure quand même vu que musicalement, on s’est mis à poil sur les onze titres du disque.

Revenons un peu sur la genèse du projet. Vous faisiez de la musique chacun de votre côté avant les Pilotwings ? Judaah parle souvent de cette phase tech-house dans la maturation de votre duo. Vous êtes vraiment passés par là ?

On a geeké ensemble les logiciels de production et fait des morceaux sous des pseudonymes aussi affreux les uns que les autres, avant de se réunir sous Pilotwings il y a cinq ans environ. S’ensuit une grande période de désert musical dont le pic de nullité a été la tech-house, qui n’a même pas le mérite d’être drôle.  Le premier morceau qu’on a mis sur Soundcloud était un mélange de synthpop, de Pharell et de Justice, avec des paroles pédophiles au vocoder. Teki Latex nous avait envoyé un message de félicitation sur Twitter, j’ai encore la capture d’écran.

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En parlant de progression, j’ai l’impression que depuis vos premiers disques, tout est allé à vitesse grand V. Comme si Agorespace et Molitor 71 étaient des échauffements à balles réelles, et qu’une nuit au Boxboys et les Portes du Brionnais amenaient enfin le « truc » Pilotwings. Est-ce que vous partagez ce sentiment ?

On a à la fois plus de temps en studio, et plus de confiance dans ce qu’on enregistre.  Il y a aussi une donnée technique : les morceaux des premiers EP étaient produits piste par piste, en galérant pour chaque manip’ à cause du manque de matériel. On aime toujours les enregistrements à l’arrache qui sonnent comme un pet, la saturation à outrance, etc. Mais en s’équipant un peu mieux, on a pu réaliser des morceaux plus ambitieux, dans la production et l’écriture. La palette s’est élargie et on a pu oser plus de choses, tant que ça nous faisait marrer en studio.

Les quelques trucs que j’ai lu sur votre LP essayent de vous lier à une esthétique 90’s qui reste surement le truc le moins bien délimité et bordé dans le continuum dance music. Il me semble que vous êtes assez détendus avec le fait de concevoir la dance music contemporaine comme la répétition de gimmicks tirés du passé. Est-ce que vous pourriez me parler d’une référence commune qui ferait l’unanimité entre vous deux ? Et a contrario d’ une référence qui fait dissensus ?

On n’a en fait ni l’intention de « concevoir la musique contemporaine », ni celle de rentrer dans une répétition du passé. Les pionniers, les défricheurs nous touchent parce qu’il ont souvent une approche naïve et hésitante mais en même temps des idées fortes. On joue avec cet héritage, ces instruments, avec la même envie de foutre le bordel dans les normes. Sans avoir de véritable héros commun, on cite souvent Yellow Magic Orchestra ou Yello comme groupes qui font de la musique ridicule de la plus belle façon qu’il soit. Pour ce qui est des désaccords, mis à part sur la trap et quelques trucs de library impossibles, il y en a peu.

Je suis toujours assez prudent avec ces notions de scène qui apparaissent au gré des saisons et qui relèvent plus d’un effet journalistique que d’une réalité concrète. Votre ville, Lyon, et votre label, BFDM, sont régulièrement spottés comme le truc du moment.
J’ai l’impression que, pour une fois, tout cela n’est pas fantasmé : les différents artistes/labels de la ville semblent liés à un terreau commun en terme d’état d’esprit, de points de chute (disquaire, radio)… Comment vous résumeriez ça ?

Dès lors que Lyon s’est débarrassé de sa haine des Parisiens, et que les vieux gars de la minimale ont arrêté de gangréner les clubs,  on a commencé à être optimistes et enthousiastes. Il y a eu l’arrivée des disquaires qui sont les parfaits lieux de rencontre, BFDM, Macadam Mambo, LYL radio et l’atelier SUMO, les aventures du Boxboys ou les sauteries délirantes de Groovedge… Beaucoup de projets « débrouille » se côtoient, et de beaux disques arrivent. On pense aux futurs Franck Gérard chez Groovedge, à Lastrack et OKO sur BFDM, Raymonde ou encore le label Silo qui vont tout niquer.

Audio

Tracklist

The Pilotwings - Les Portes Du Brionnais (Brothers From Different Mothers, 2016)

A1. Les Portes Du Brionnais
A2. Aladdinde
A3. Le RSA
B1. Pousse Un Peu Plus Chaque Jour
B2. Christrance
B3. Yomogi
C1. Debeurdinoir
C2. Brigade Des Moeurs
C3. Le Rock Des Plages
D1. John Deere, Tcheu!
D2. Balearic Nordine


Who are you Positive Education?

Non, à Saint-Etienne il n'y a pas que la mine et le Chaudron. N'en déplaisent aux Gones. Il y aussi l'infatigable collectif Positive Education, dressant un pont entre post-punk et techno via des soirées au line-up recherché, et dont la première mouture de son festival ayant eu lieu du 7 au 10 octobre 2015 a été abordée en long, en large et en travers (lire). S'exportant aussi bien à Lyon, Paris et bientôt Rennes et fricotant avec des organisations toutes aussi excitantes que sont La Fête Triste ou Danse Noire d'Aïsha Devi, les énergisant Stéphanois fêtent depuis presque un mois maintenant leur quatrième anniversaire, ayant invité pour ce faire les mythiques Barcelonais d'Esplendor Geométrico et s'apprêtant à recevoir le 18 mars prochain à La Coop Samuel Kerridge et Beau Wanzer (Event FB) - soirée pour laquelle on vous fait gagner des places en fin d'article. L'occasion idoine de leur poser quelques questions en plus de leur soutirer un mix signé Antwn.

Positive Education l'interview

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Positive Education est né il y a quatre ans à Saint-Étienne. Pouvez vous me dire comment le collectif s'est formé et avec quel objectif ?

Au départ nous étions 2 puis, 6 puis, 40. Le collectif s’est formé au fil des rencontres, des liens de cœur et envies communes.

L’objectif était de faire vivre notre ville, notre patrimoine mais aussi d'éveiller, de développer des idées, créer des rencontres en organisant des soirées et des concerts avec les artistes que nous aimons.

Aujourd’hui, celui-ci évolue avec la concrétisation de notre festival dont nous avons lancé la pré-édition en octobre dernier et l’envie de monter un label commence à venir. On ressent désormais la nécessité d’une presse locale gratuite et d’une émission radio.

PE compte dans ses rangs une bonne poignée de DJ / producteurs. Pourquoi ne pas avoir monté sur cette base un label ?

Au moment ou nous avons lancé le projet Positive Education, notre ville n’avait aucune envie de recevoir notre esthétique. Nous y avons cru parce que Saint-Étienne ressemble à tout ce que nous aimons dans notre musique.

Il y a quatre ans, nous aurions monté un label inutile, on n'aurait rien apporté, nous n'étions pas prêts, nous n’avions pas la même oreille et c’est sans doute la première chose à retenir. Nous nous sommes toujours dit que, avant de monter le label à Saint-Étienne, nous devrions tous signer sur un label qu’on affectionne, et se laisser le temps de développer une touche singulière. Nous n'en sommes pas encore là, mais ça viendra avec encore un peu de travail.

Le fait de se démarquer et de se regrouper avec PE, est-ce une façon d’affirmer une conception différente de la musique électronique ? En quoi diffère le message, s'il y en a un, par rapport à d’autres entités ?

Nous ne sommes pas certains de cette question, si elle entend les bénévoles ou les artistes.

Dans les deux cas, c’est que du feeling. Nous avons notre conception, nos goûts, nos envies et avant tout nous sommes potes ou amis.

Nous ne jouons pas tous et pas toujours sous PE DJ’s, nous avons également des envies de carrières indépendantes, nous sommes nombreux à avoir des productions de coté avec de nouveaux projets en cours. Parfois nous jouons à deux, parfois à trois, parfois à dix juste par plaisir.

Se démarquer à travers un groupe n’a jamais été un sujet de préoccupation. Pour ce même plaisir, il nous arrive de jouer gratuitement lorsque les déplacements ont pris tout le budget mais c’est pas un problème, c’est un choix. Chacun fait les choses comme il l'entend.

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On l'a bien vu à l'occasion de votre premier festival l'année dernière : vous faites ostensiblement un pont entre précurseurs et musiques électroniques actuelles ? L'un ne va pas sans l'autre ?

Il est un peu dur de situer Ron Morelli avec LIES records ou encore Container, comme précurseurs à travers cette question. Pourtant ils le sont. Ce qui nous intéresse avant tout c’est le cœur et l’originalité.

Nous avons eu Das Ding et Esplendor Geométrico en concert, Jeff Mills en soirée. Nous pensons aussi que Aïsha Devi, Powell, Traxx, et nombre d'artistes que nous invitons ont quelque chose de puissant en eux. Le format première partie perchée, suivie d'un concert légendaire du genre The The ou Severed Heads, poursuivant sur une soirée avec des DJ ou lives, nous paraitrait le meilleur déroulement émotionnel d'une soirée extraordinaire, donc pas toutes les semaines.

Nous écoutons beaucoup de choses, et c’est toujours très plaisant d’inviter un artiste qu’on affectionne depuis très longtemps, mais c’est pas le plus important.

Quelles sont les figures tutélaires de PE ou si tu préfères, les références les plus partagées au sein du collectif ?

Bourbonese Qualk, IXTAB, CP/BW, Charles Manier, Pan Sonic, Blush Response, Rich Oddie, In The Mouth of the Wolf, SΛRIN, Bruta Non Calculant, Taciturne, QUAL, Noumeno…

Lyon a les Nuits Sonores, Saint-Étienne, Positive Education. "Sainté" a-t-elle une influence sur votre manière de concevoir vos soirées ?

Évidemment, notre ville transpire la musique électronique et le rock’n’roll. Nous avons pour souvenir de voir une salle vide devant Agoria et de voir peu de temps après 10 fois plus de monde devant Willie Burns. Très marrant et intemporel.

Il y a de plus en plus d’artistes qui viennent vivre ici pour les bas prix et travailler leurs projets artistiques avec moins de pression financière. C’est peut être ça l’avenir de notre ville. Un laboratoire créatif. La taille idéale pour réinventer le monde.

Vous avez de visibles affinités avec La Fête Triste et Danse Noire. Qu'est-ce qui vous attire dans ces collectifs ? Quels sont vos autres amis ?

La Fête Triste et Danse Noire sont des amis proches, nous avons un immense respect pour eux, leurs choix, leur lecture, leur radicalité, leur beauté.

Danse Noire c’est différent, deux de nos fondateurs ont participé à la naissance de ce merveilleux projet, c’est une famille encore aujourd’hui. Danse Noire pour nous, c’est un grimoire, un livre sacré de la musique, ils connaissent énormément de choses dans de nombreux genres, ils nous fascinent.

Nous avons beaucoup de respect pour les labels et collectifs qui portent de belle identité, des sentiments sincères. Nous sommes fan et ami avec Antinote, BFDM, CLFT, LIES, Gravats.

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Vous fêtez dès vendredi vos quatre ans avec la réception d'Esplendor Geométrico. Peux-tu nous détailler à ta manière le programme d'anniversaire mettant par ailleurs en orbite Samuel Kerridge et Beau Wanzer ?

Saint-Étienne est une ville marquée par le rock, le punk, nous invitons Esplendor Geométrico et Beau Wanzer pour le plaisir des plus radicaux, des plus curieux en mode concert de début de soirée. Finir avec Samuel Kerridge en DJ set, c’est retraverser l'univers musical de l'association et du mois anniversaire. Il y aura du drone, des semblants de post-punk, de l'électro et de la techno.

L’étape au planétarium pour le live de Eomac est une collaboration pour le petit festival du grand espace. C’est un concept que nous allons développer.

On n'aime pas les soirées plates ou totalement décousues. On recherche à travers les racines un line up progressif où on commence tranquillement pour finir fort. Le dernier quart d’heure se passe en fonction du guest le plus important de la soirée généralement, mais pas toujours.

Pour la suite, vous avez quoi au programme ? Une seconde édition de votre festival ?

Une première soirée à Rennes (invités par Leonard Wanderlust) le 1 avril avec Svengalisghost. Le 29 Avril au Fil à Saint-Étienne avec Ontal, Umwelt, Kemaa, PEEV, S.Y.R.O.B. et des locaux de 22h à 5h.

Il serait difficile de ne pas voir naître comme il se doit, ce projet de festival. Nous y travaillons sans relâche. Nous espérons que celui-ci sera le plus intéressant possible, de par sa programmation et les étapes qui seront proposées.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

On a dû se partager les podcasts, celui-ci est fait par Antwn (Positive Education - Rennes / Sainté).

Une mix très sombre, pas vraiment facile d'accès je pense mais qui reflète bien ce que j'écoute en ce moment. La technique n'est pas parfaite, mais l’ambiance globale du mix est là !

Mixtape

01. M//R - No Tag No Food
02. Tolouse Low Trax - Rushing Into Water
03. SØS Gunver Ryberg - Skolezit
04. Ron Morelli - In Secret
05. Samuel Kerridge - FLA-4
06. Samuel Kerridge - FLA-6
07. Savage Grounds - Motoric
08. Marie Davidson - The Voyage Out
09. Shapednoise - Until Human Voices Wake Us
10. Pan Daijing - OVERDOSE 猝
11. Noumeno - Phantom! (WSR Re-cycle)
12. ADMX-71 - My Theme Song
13. Not Waving - They Cannot Be Replaced
14. Antigone & Francois X - Pagan Woman

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée du 18 mars à La Coop de Saint-Étienne avec Samuel Kerridge, Beau Wanzer et The Pilotwings (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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