Henryspenncer - Saturn

Si le label parisien Bookmakers Records sévit depuis mars 2011 et la sortie du premier LP d'Henryspenncer - projet solitaire de Valentin Féron par ailleurs membre dudit label -, c'est successivement par le biais de l'ultra-recommandé LP vinyle Good Morning Africa de Michael James Tapscott paru en février 2012 et celui récent et non moins mémorable d'Appalache, Sourire (lire), que ce dernier allait définitivement apposer son nom aux côtés de ceux hexagonaux dont on ne tarit pas d'éloges, entre exigence et indépendance, BLWBCK, Hands in the Dark, La Station Radar ou Fin de Siècle. Et s'il convient de prendre la mesure scénique de leurs productions à l'occasion d'un concert réunissant Seabuckthorn et Appalache le 22 février prochain à l'Espace B (event FB), le 14 du même mois sera disponible, en co-réalisation avec le label romain Trips Und Träume, le second long format d'Henryspenncer. Faisant suite à un split EP partagé avec Among the Bones, Saturn révèle en six morceaux et dans ses grandes largeurs la palette d'émotions susceptibles de naître de la guitare d'Henryspenncer, invitant à ce voyage introspectif, immobile et infini, celui où la psyché s'échappe par les soupiraux de paupières mi-closes. C'est plongé dans la nuit noire de nos intentions que ce disque acquiert sa dimension, quelque part entre intimité blême et géographie cosmique. Alternant drone suspendu aux aspérités temporelles (Mirages), psychédélisme ouaté (Eclipse), mais aussi folk méandreux (Canyons à laquelle participe Michael James Tapscott à l'harmonica) et brouillards de saturations concassés de rythmiques lourdes (la seconde partie de Gambetta, l'ultime et sublime Sarah), Saturn est le fruit de deux années d'écriture et d'un méticuleux travail d'enregistrement au studio Holy Mountain de Londres. Rien que le nom de celui-ci (voir) évoque la puissance psychédélique d'un ensemble à découvrir ci-après.

Vidéos

Tracklist

Henryspenncer - Saturn (Bookmakers Records / Trips Und Träume, 14 février 2013).

01. Gambetta
02. Canyons
03. Mirages
04. Nebula
05. Eclipse
06. Sarah


Who are you Not Not Fun?

Feindre de découvrir le label angelin Not Not Fun (NNF) - un filon prolixe et continu de nos trends musicaux - pourrait paraître surprenant quand bien même aucun écho n'avait été jusque là proposé de façon aussi directe à l'un de ses géniteurs, Britt et Amanda Brown. D'ailleurs, lorsque j'ai contacté Britt, ce dernier paru bien plus motivé à l'idée de confectionner un mix - ci-après en écoute et en téléchargement - que de ressasser une histoire entamée depuis presque plus de dix ans. La musique et avant tout la musique, tel un passionné jamais rassasié, notre homme n'est pas là pour se gargariser. Pourtant les jalons de cette aventure discographique sont riches en enseignements.

Contextualisation : 2004, la scène punk expérimentale de Los Angeles, l'attrait pour le format cassette et la première sortie du label, Have An Uptight Party - une première référence incrémentée depuis lors jusqu'au numéro 275. Durant deux ans, le label naissant va exclusivement se consacrer à des productions californiennes underground, sortes de peintures en négatif et décalcomanies crasses d’une Cité des Anges urbaine et cramée de soleil. C'est ainsi que défilent sur les bandes magnétiques de NNF un nombre incalculable de formations aussi éphémères que radicales, germes d'une scène indie encore loin d'être figée. Pour exemple, et à quelques exceptions près (Abe Vigoda), sur les quelques vingt groupes réunis sur la compilation ironiquement intitulée Love Means Never Having To Say You're Sorry (2004), aucun ne poursuivra plus avant l'aventure sous ses oripeaux patronymiques initiaux. En revanche, chacun s'emploie à dégrossir ses idées, lesquelles se formalisent sur la durée. Il en va de Ducktails, de Sun Araw, de Raccoo-oo-oon - devenu depuis Wet Hair -, mais aussi de Robedoor - le projet de Britt - et de Pocahaunted qu'Amanda forme avec Bethany Cosentino (Best Coast). Profitant de la notoriété expansive de la plupart de ces derniers, mais aussi de leur démarche exploratoire et ouverte aux sonorités lo-fi, noise, drone, psyché, indus ou électronica, le label acquiert une dimension nouvelle et un rythme de sorties impossible à tenir pour tout auditeur lambda.

Fait par des musiciens, la passion prend le pas sur la rationalité et les cassettes affluent en pagaille alors que la structure commence à lorgner à l'étranger. C'est dans ce contexte que Maria Minerva radine son joli minois et qu'une tripotée de Français s'invitent à la fête avec, dans le désordre, le Rennais High Wolf, le Parisien Holy Strays et le Montpellierain Cankun. Dès 2010, alors que NNF s'essaye aux productions vinyles, Amanda s'adonne à ses penchants club pour initier de façon quasi concomitante L.A. Vampires et la division disco du label, 100% Silk. Même démarche, mêmes effets, une petite tribu se forme, d'Ital à Magic Touch, en passant par Cuticle, Octo Octa ou Innergaze, et s'en va pervertir les dancefloors d'Europe et d'ailleurs. L'année suivante, NNF sort 936 des Peaking Lights - partiellement remixé par les artistes 100% Silk (lire) - installant s'il le fallait le label au centre de toutes les attentions : celui-ci devient une sorte de marque de fabrique dépassant le strict cadre de son activité.

Entretien avec Britt Brown

Le nom du label semble signifier que la musique n'est pas un jeu alors que la marque du temps est justement de considérer tout comme un spectacle, un amusement... Ce nom est-il une preuve de résistance ?
The name of the label seems to mean that the music is not that a game. Isn't it the mark of the time what to consider everything as a show, a game? So, the name "Not Not Fun" is like a kind of resistance?

« Not not fun » est une expression utilisée par Amanda lors de notre première rencontre pour qualifier une chose de « pas amusante mais PAS amusante du tout », ce qui décrit assez bien la gestion d'une entreprise dans le domaine de la création en général. C’est-à-dire une tonne de tâches emmerdantes et rébarbatives heureusement contrebalancée par le côté enrichissant, inspirant et stimulant de ce travail. Même en considérant la musique comme un jeu, nous prenons ce que nous faisons très au sérieux. Nous croyons évidemment en l'humour et en l’espièglerie et gardons cela en perspective. Je considère que nous diffusons une forme d’art... mais cela ne veut pas dire que ça doit être fait de façon pesante et exagérément sérieuse.

Not not fun is a phrase amanda used to always say when we first met describing something as "not fun, but NOT not fun". Which sort of describes what it's like to run a creative business in general. Itt's a shit-ton of work, but it's rewarding and inspiring and stimulating in a way that counter balances all that effort. As far as music being a game, we take what we do very seriously but we definitely believe in humor and playfulness and keeping a perspective on things. I consider what we release to be art on a certain level, but that doesn't mean it needs to be presented in a stuffy, overly serious way.

Après plus de deux cents sorties en six ans, comment juges-tu votre travail ? Considères-tu toujours NNF comme un label artisanal ?
With more than two hundred releases to your credit in six years, how do you judge your work? Do you still consider NNF like a bedroom label?

Nous dirigeons toujours le label avec notre cœur car nous n’avons pas une âme d'homme d’affaires. Le label est pourtant devenu quelque chose d’assez professionnel qui nous prend pratiquement tout notre temps. Nous sommes plus disposés à nous tourner vers l’avenir plutôt que vers le passé, de sorte qu'il est difficile pour nous d'évaluer notre travail. Nous pensons que tout ce qui nous arrive est merveilleux.

We still run the label with a bedroom sensibility because at our core neither of us are business-people, in terms of what interests us in this endeavor. but it's also become a pretty professional thing and basically devours all of our time. We're more inclined to look forwards than backwards, so it's hard to say how we judge our work. we think everything coming is brilliant.

En tant que musicien et gérant de label, Los Angeles a-t-elle une influence particulière sur ton travail ?
As musicians and as label owner, Los Angeles has a strong influence on your work?

Je pense que Los Angeles influence plus fortement le côté personnel qu'artistique des gens. J'aime la mentalité de cet endroit en tant que ville, je n’aime pas systématiquement des groupes ou artistes originaires de LA. J'aime et j’ai toujours aimé vivre ici.

I think LA has a stronger influence on as people than as artists. I like the attitude of this place as a city, i don't typically like bands or artists more when they're from LA, but i love living here and always have.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que vous essayez de garder à chaque sortie ?
What's the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Plutôt que d’utiliser chaque sortie comme outil de propagande pour faire valoir une plus grande esthétique du label, nous nous préoccupons davantage de la musique, album par album. J'aime l'état d’esprit du fan. Vous avez des préférences qui influencent tous vos choix, mais qui évoluent constamment, et souvent vous vous surprenez à aimer un artiste qui fait un type de musique qui ne vous aurait normalement pas attiré. Nous essayons toujours de rester ouverts à ce comportement.

We're more concerned with the music on an album by album basis than we are using the releases as propaganda to assert a larger label aesthetic. I like the attitude of being a fan. You always have a taste and it threads through everything but it's constantly changing and often times you find yourself loving an artist who makes a type of music you typically never gravitate to. We always try to stay open to that.

Est-ce pour ne pas dévier de l’esthétique initiale de NNF que vous avez eu l'idée de créer 100% Silk ? Tu peux m'en dire plus sur ce projet ?
It is for not distort the aesthetics up to here defended that you had the idea to create 100% Silk? Can you tell me more about this project?

Amanda n'a jamais voulu se lancer dans un autre label pour promouvoir son projet solo. Elle a uniquement eu l'idée de sortir des productions de dance music d’amis et de musiciens qu’elle respecte et adore. Elle a eu l'idée de 100% Silk de la même manière que nous est venue l’idée de NNF - suivre la passion, l'intérêt et l'art divin.

Amanda never wanted to start another label to promote her solo project. she's only ever been inspired to release dance music by friends and fellow musicians who she respects and adores. she had the idea for 100% Silk the same way we first had the idea for NNF - you follow the passion, the interest, and the awesome art.

Quelle est la relation entre les groupes et NNF ?
What are the relations between the bands and NNF?

Quelques-uns des artistes avec qui nous travaillons sont des amis, d'autres sont des cyber‑relations. Et puis il y a certains artistes que nous n'avons jamais rencontrés à cause de la grande distance qui nous sépare. Mais c'est agréable d'établir une relation humaine dès que possible, lorsque les circonstances le permettent.

Some of the artists we work with are friends, others are more email acquaintances. Some we've never been able to meet before because they live so far away. But it's nice to have as human a relationship as possible when circumstances allow it.

Après la réédition de Geneva Misses (Mental Groove Records, 2012), quelle est la suite pour Pocahaunted ?
After the re-issue of Geneva Misses, what will be the suite for Pocahaunted?

Le projet Pocahaunted est clos depuis des années et il n’y a rien de prévu dans le futur.

Pocahaunted's been broken up for years. There's nothing in the future.

Quel est le futur proche de NNF ?
What’s the near future for NNF?

La musique et encore la musique

Music, music, music.

Mixtape

01. Bruce Hart - Hartwork (fitting track for 'Hartzine' i thought! haha)
02. Maria Minerva - Coming Of Age
03. White Poppy - Trouble
04. Father Finger - Separation Anxiety
05. Golden Donna - Infinite Earths
06. Design - Bubbles
07. Cruise Family - Gone By Dawn
08. Super Jam presents: Upper Layer Cruisers - End Credits
09. Russian Tsarlag - Fading Fast

NNF en dix chroniques

Peaking Lights - 936

Si Aaron Coyes et Indra Dunis de Peaking Lights doivent beaucoup à leur ami Shawn Reed et son label Night People - celui-ci ayant sorti en 2008 l’un de leurs premiers CD-R, Clearvoiant, en plus du LP Imaginary Falcons (2009) et de l'EP Space Primitive (2010) - c’est pourtant sur Not Not Fun, avec ledit 936, que le couple signe son coup de maître en forme de décalcomanie auditive d’une Californie auparavant désertée. Réfugié depuis quatre ans dans le Wisconsin et coupant court à leurs projets respectifs – Numbers pour elle et Rah Dunes pour lui – c’est à l’épreuve d’hivers rigoureux et de moyens faits de bric et de broc que le duo accouche des premières et lumineuses esquisses de 936, où l’on perçoit déjà cette volonté de concilier bruits blancs et rythmiques cotonneuses, pour aboutir enfin à cette ode adressée à leurs terres natales baignée de soleil. Aucun disque ne suggère avec autant de candeur et de détachement les formes ondoyantes, nées de cette altération visuelle provoquée par la chaleur, se complaisant ici dans une distorsion sensuelle entre instrumentation psyché et rythmiques dub. L’une invitant au voyage, l’autre arrimant au sol. Une fois dissipées les volutes sonores de l’introductif Synthy, All The Sun That Shines pose la géométrie fluctuante de cette escapade onirique, entre voix célestes et basses ensorcelantes, que la trilogie Amazing And Wonderful, Birds Of Paradise Dub Version et Key Sparrow n’a de cesse de décliner jusqu’au sommet Tiger Eyes (Laid Back), puissante pharmacopée aussi mélodique qu’addictive. Et si chaque drogue dispense ses fastes au prix d’une inévitable redescente aux relents nauséeux, Marshmellow Yellow et Summertime évitent l’écueil, distillant d’introspectives balades où le chant d’Indra joue au chat et à la souris avec un clavier en apesanteur. Le duo a depuis sorti l'excellent Lucifer (lire) via Weird World, filiale de Domino.

Holy Balm - It's You

It’s You - premier LP du trio australien Holy Balm - est disponible depuis le 3 août dernier via Not Not Fun et RIP Society. Holy Balm se révèle être un puissant addictif gorgé d’essences estivales - boîtes à rythmes érodées, boucles hypnotiques et synthétiseurs cramés - mais régurgitant celles-ci sous le soleil noir d’une dark-wave transcendée de beats disco. À la fois proche - tout en étant plus incisive - de Tropic Of Cancer, Maria Minerva ou encore Peaking Lights, la formation composée d’Emma Ram, Jonathan Hochman et Anna John s’avère experte dans l’art d’insuffler un groove obscur, dans lequel se lovent d’élégiaques voix féminines, triturées à dessein.

Umberto - Prophecy Of The Black Windowsorti

La vague italo-spaghetti revient régulièrement sur le devant de la scène. Sous des oripeaux de plus ou moins bon goût, ils sont nombreux à dévouer leurs créations modernes synthétiques aux références 70′s/80′s du cinéma d’horreur. L'artiste américain Matt Hill, membre du collectif drone Expo 70 et empruntant son patronyme Umberto au maître du bis italien Umberto Lenzi, s’est largement détaché du lot avec son LP Prophecy Of The Black Windowsorti sur Not Not Fun convoquant les spectres de Goblin, Carpenter et autres Soft Machine autour d'une darkwave, moite et inquiétante, illustrant des visions fantasmagoriques d'apocalypse latente. L'homme a depuis sorti Night Has A Thousand Screams via Rock Action, le label de Mogwai, et s’apprête à sortir le 5 février prochain Confrontations sur Not Not Fun.

Dylan Ettinger - Lifetime Of Romance

Il y a plus de deux ans, Dylan Ettinger sortait via Not Not Fun l’hypnotique New Age Outlaws, par l’entremise duquel étaient exposées les influences cosmico-kosmische du jeune homme. Et si le propos se concentre une nouvelle fois sur des déflagrations d’origine synthétique, Lifetime Of Romance, sorti le 20 mars dernier toujours sur NNF, fait montre d’une inclinaison sans limite pour la décennie suivante, celle d’une synth-pop froide et transgressive. En témoigne l’inquiétante vidéo réalisée par Melissa Cha de Wintermute, morceau inaugural du LP, à découvrir ci-après.

Mi Ami - Decades

Les San Franciscains Daniel Martin-McCormick (Ital) et Damon Palermo (Magic Touch) forment désormais Mi Ami, ex-trio rock devenu duo électronique, auteur en mai dernier de Decades paru sur la division club de Not Not Fun, 100% Silk. Si l’esthétique délurée et les vocalises éparses de Daniel font le lien entre les premières productions du groupe – toutes (res)sorties via Thrill Jockey - et celles disco/house entamées par l’EP Dolphins, Mi Ami franchit avec Decades un pas supplémentaire dans sa mue électro-dance, conservant de sa radicalité punk un inénarrable penchant pour l’imagerie outrancière piochant abondamment dans le folklore coloré des années quatre-vingt-dix. Formé en 2006 par le susnommé Daniel – alors chanteur et guitariste du groupe – et Jacob Long à la basse, et ce sur les braises encore fumantes du quintette post-punk Black Eyes, Mi Ami s’enjoint dès l’année suivante les services de Damon à la batterie. La sainte trinité ainsi composée, celle-ci se met en branle et dilapide dès 2008 deux maxis, Ark Of The Covenant et African Rhythms, très vite suivis de deux longs formats, Watersports (2009) et Still Your Face (2010). Son brinquebalant et production ultra lo-fi, Mi Ami, en trois ans d’existence, n’a jamais vraiment été catalogué tel un vrai groupe, sinon au rayon side-project plus ou moins récréatif. Depuis Dolphins et le départ de Jacob la donne change, Decades ne faisant qu’enfoncer le clou. S’inspirant de leurs ébats solitaires respectifs avec Ital (Havre Minds, 2012) et Magic Touch (I Can Feel The Heat, 2011), et s’évertuant sur le même label que ces derniers (100% Silk), la formation s’arroge une place toute particulière au sein de la scène actuelle, dressant un pont lysergique entre émanation rock et transpiration dancefloor.

Rites Wild - Ways Of Being

Stacey Wilson vient d'Adelaide - en Australie - et confirme, s'il le fallait, la vitalité de la créativité musicale locale. D'un label confectionné de ses dix doigts - Faux Friends, aujourd'hui en sommeil - à plusieurs projets musicaux emmenés seule - Rites Wild, Regional Curse & Confort Zone - ou accompagnée - Terrible Truths (Mexican Summer) - celle qui eut la malchance de voir son tout premier show à Los Angeles annulé par une intervention policière musclée, n'a de cesse d'enquiller concerts et sessions d'enregistrement au point que ce fabuleux album qu'est Ways Of Being, paru en octobre dernier, ne constitue que l'esquisse de son entreprise Rites Wild : d'abord parce qu'il s'agit d'une collection de morceaux déjà parus sur des tirages ultra-limités via Faux Friends, ensuite parce qu'elle a déjà deux autres albums enregistrés sous ce patronyme dans l'escarcelle. À mi-chemin entre Tropic Of Cancer - pour la voix langoureuse et monotone - et Peaking Lights - pour les multiples bidouillages - on ne saurait gré NNF que de suivre son rythme à marche forcée, coûte que coûte.

L.A. Vampires with Maria Minerva - The Integration

Si le LP Integration est avant tout une collaboration entre L.A. Vampires, patronyme d'Amanda Brown - moitié de NNF et instigatrice de 100% Silk - et Maria Minerva - nouvelle égérie du label et frisson dance lo-fi venu de l'Est (à tort ou à raison) -, soit deux femmes aux idées lointaines et au caractère bien trempé, l'album porte à merveille son nom, tel le stigmate évident de sa conception, puisque ce sont sur des gimmicks house échantillonnées par Amanda à Los Angeles que Maria a posé sa voix dans un studio de Londres, avant que l'ensemble ne soit complété par les claviers et les rythmiques de Nick Crozier-Malkin. Comme si il leur avait été sommé de régurgiter la chanson pop idéale en brouillons discoïdes, les sisters-with-voices confectionnent par là même la bande-son idéale pour petits matins berlinois au sortir de nuits échevelées de clubbing - où les réverbs de synthés se télescopent à des mélodies pop concassées d'échos.

Golden Donna - S/T

Golden Donna est le projet psy-trance de Joel Shanahan, guitariste de Julian Lynch et récent auteur des cassettes All Alone et Pour Resnais sur Signal Dreams - son propre label - et de l'EP Gloaming Thirst sur All Hell. Originaire de Madison dans le Wisconsin, l'homme à l'imposante corpulence s'essaye avec brio aux divagations muettes et symphonies synthétiques, dilatant l’espace temps sur l'autel d'odes schultziennes carénées d'éparses soubassements rythmiques R&B envoyant CVLTS sur un improbable dancefloor halluciné. L'album éponyme paru en octobre 2012 sur NNF résulte d'un coup de cœur immédiat d'Amanda lors de la réception d'une de ses cassettes démos. Si l'on taira ce qu'elle avait ingéré ce jour-là, on comprend aisément l’enthousiasme ce celle-ci à l'écoute de l’aphrodisiaque Shifter.

Profilgate - Videotape

Si le projet Profilgate - paru via NNF en novembre 2012 et bénéficiant d'une mise en image avec Videotape par Robert Beatty, plus connu pour ses pochettes dHieroglyphic Being et de Peaking Lights - semble tomber du ciel, son auteur - Noah Anthony - beaucoup moins puisqu'il officie déjà en solitaire sous le nom d'emprunt de Night Burger et en duo sous celui de Social Junk. Soit deux entités à la discographie longue comme le bras, loin d'être méconnues de structure comme NNF, Night People ou Digitalis. Par le biais de Profilgate, le résident de Philie n'y va pas par quatre chemins pour jeter les bases d'une negative dance music, aussi lo-fi que transgressive, conviant Vatican Shadow à se pacser avec les doux rêveurs de la côte ouest, Ital en tête. Videotape, 12" réunissant quatre morceaux dont une version live du précité single, est assurément l'un des disques les plus entêtant que NNF ait sortie en 2012.

Samantha Glass - Mysteries From The Palomino Skyliner

Sous une patronymie à connotation plus que féminine, Samantha Glass – évoquant un croisement devant l’éternel de Samantha Fox et Phillp Glass – le ténébreux Beau Devereaux a sorti son premier LP, Mysteries From The Palomino Skyliner via NNF. Une invitation au voyage, entre gravitation et introspection, qu’il serait malencontreux de ne pas accepter tant les volutes synthétiques du grand escogriffe s’avèrent convaincantes. Introduisant la trilogie Return To The Sky (Pt. 2 & Pt. 3), la déjà parue (Celestial Night Skyse – NNF, 2011) et retravaillée Seasonal Seduction, laisse choir toute notion de temporalité, à mi-chemin entre odyssée schultzienne et l’Urban Gothic d’un Xander Harris voisin de label.

NNF en dix vidéos


Who are you Huble Records ?

AVATAR HR-1Jeune label parisien, Huble Records insuffle rêve et contemplation par le prisme d'une techno gravitationnelle, lorgnant à part égale entre Max Cooper et James Holden - deux monstres sacrés du genre. Inutile de dire donc que l'on retrouve quelques gènes communs avec l'entreprise aboutie Border Community - et plus largement des labels comme le Hollandais Gem ou le Français Meant Records -, d'évidence le futur n'est pour eux qu'une somme de projections plus ou moins folles que 2013 devrait aider à dégrossir. À mille lieues du photocopiage vide de sens, la galaxie Huble s'étend selon ses propres échéances et ses propres lois : s'intéressant aux paysages sonores dans leurs multiples dimensions, aussi bien suggérés auditivement que figurés par l'image (voir ci-après la vidéo d'Almira par Poussière), et dilatant ces derniers dans un espace-temps embrassant aussi bien une piste de danse qu'un confortable canapé, les deux fers de lance du label - Edgar Stalker et Kevin Jonson - prennent leur temps pour maturer leurs longs formats respectifs. Et ce, sans nommer Cosi Fan Tütte dont il sera bientôt question avec un premier maxi.

Mixtape téléchargeable et présentation du label avec Benoît, aka Edgar Stalker.

Agenda

Huble Records a le plaisir de recevoir en invité d'honneur REMAIN, figure de proue de la techno française et co-fondateur du réputé label Meant Records, pour une Partie Fine se tenant au "R" Pigalle, un ancien cabaret classé des années 1920, constellé de grands miroirs et de fresques d'époque. L'event FB, avec l'ensemble des détails de la soirée, est à glaner par ici.

Entrevue

ES

Benoît, peux-tu présenter Huble Records en quelques mots ? D'où te sont venus l'idée et le nom du label ?

Huble Records s’est construit dans un élan collectif par des passionnés qui ont voulu mettre en commun leurs visions respectives de la musique électronique. Aujourd’hui, cette structure nous permet de sortir librement des projets auxquels nous croyons. Le nom fait allusion au télescope spatial Hubble qui capte au-delà de l’atmosphère des galaxies lointaines… Nous aimions bien l’idée et la manière dont cela sonne !

Quelle est l'esthétique musicale et visuelle recherchée à travers Huble Records ?

Le travail de composition sur la microstructure et sur la profondeur de l’espace sonore nous a progressivement amenés à produire des choses se trouvant en phase avec nos aspirations. Nous voulons créer des images sonores et retranscrire une atmosphère singulière à travers l’écoute. Notre esthétique musicale est donc intimement liée à l’aspect visuel mais aussi aux expériences vécues de chacun. Bien que nous pouvons qualifier nos productions comme étant « aériennes », nous voulons également qu’elles puissent se danser car nous faisons de la techno avant tout. Je trouve que les termes de braindance ou encore de musique bicéphale sont particulièrement adaptés dans ce cas.

Huble Records à un an, réunit trois artistes pour trois EP. Quel est son futur proche ? Des longs formats sont-ils en préparation ?

Nous ne sommes encore qu’aux prémices de l’existence d’Huble. Certes, pour prendre du poids et être visible aujourd’hui il est nécessaire de sortir des productions mensuellement. Nous ne sommes pas encore entrés dans une telle logique. Nous préférons faire peu, mais bien, et proposer au public quelque chose qui nous ressemble. La sortie du premier album de Kevin Jonson est prévue pour avril 2013. Les formats longs se font de plus en plus rares en techno et demandent un certain investissement pour aboutir à quelque chose de cohérent. Trois autres projets devraient voir le jour au cours de cette année : le premier maxi de Cosi Fan Tütte, mon deuxième EP et une réalisation que l’on pourrait assimiler à de la cold-wave trancey.

Peux-tu présenter ton propre projet, Edgar Stalker, et ceux de tes amis, Kevin Jonson et Nouveau Pratique Gratuit ?

Le premier maxi de Nouveau Pratique Gratuit, Dans la limite des stocks disponibles, est né bien avant Huble. L’idée était de proposer au public un maxi téléchargeable gratuitement où des samples de matériaux ménagers se fondent aux textures électroniques… Les tracks de Kevin Jonson et les miens collent davantage à l’esprit du label en s’orientant vers une techno plus contemplative. Bien que nos manières de produire se différencient quelque peu, nous sommes constamment en interaction.

Parle nous des soirées Huble Records...

Nous avons commencé à organiser nos premières soirées il y a de cela déjà quelques années. Aujourd’hui nous avons une idée assez précise de ce que nous voulons faire et ne pas faire. Le plateau artistique, le choix du lieu, l’habillage visuel sont autant d’éléments à prendre en compte pour donner le ton. À chaque nouvelle édition, notre line-up est constitué d’artistes aux territoires vastes qui peuvent se conjuguer avec notre approche de la scène. Notre prochaine soirée se tiendra d’ailleurs au « R » Pigalle le samedi 5 janvier 2013 avec Remain en invité d’honneur.

Quelles sont tes influences principales ? Ta mixtape est-elle un bon panorama de celles-ci ?

Mes influences sont très larges. Pour être franc, mises à part les sorties des labels tels que Border Community, Gem, Traumschalplatten, Herzblut ou encore Ostgut Ton, je n’écoute pas beaucoup de techno à mes heures perdues. J’apprécie énormément de choses : la musique classique, répétitive, ambiante, le jazz, le rock psyché... Cette mixtape met en lumière le travail d’artistes électro qui à mon sens produisent une musique insaisissable et éthérée.

Mixtape

01. Idiot Idols - Homing (Mode B Remix)
02. Edgar Stalker - Almira
03. Max Cooper - Gravity Well (Microtrauma Remix)
04. Ricardo Tobar - Together (Fairmont Remix)
05. Sasha Wins & Igor Shep & S.W.I.S - Submachine
06. Christian Löffler - A Hundred Lights
07. Mauro Norti - Last Day (Oliver Lieb Remix)
08. Blokc & Groj - Ektorp
09. Kollektiv Turmstrasse - Heimat (Robag's Turmkolle Rekksmow)
10. Oliver Schories - Sunday
11. Pablo Bolivar - Into t-The Televerse
12. Matthew Dekay & Lee Burridge - Lost In A Moment

Crédit photo: Alice Dubot.

Audio

Vidéo


Beko Interview & mixtape

Battre sa coulpe s'agissant de Beko, c'est reconnaître d'avoir fort injustement passé sous silence la mue "physique" d'un label jusqu'alors exclusivement "digital". Les occasions de bien faire n'ont pourtant pas manqué, avec déjà quatre sorties sur lesquelles on reviendra ci-après. Choix du contresens assumé, à l'heure où une foultitude de groupes semblent se satisfaire d'un écoulement de leur production via les abysses du 2.0, Beko se réincarne en élaborant un impénétrable calendrier de sorties vinyles et CD à la fois exigeant et excitant. Battre sa coulpe à l'égard d'une telle initiative, c'est aussi et surtout en définir ses contours avec Reno, son architecte. Entrevue, écoute et mixtape, toutes trois aussi essentielles qu'instructives.

Audio

Entretien

Un peu plus d'un an après le beko_hartzine et la fin de l'aventure digitale de Beko - signifiée par le pantagruélique beko_100 -, Beko n'a finalement pas chômé, se réincarnant "matériellement" avec déjà quatre sorties à son actif. À partir de quand est né cette idée et quelle ligne directrice avais-tu en tête ?

La volonté d’arrêter Beko ne s'est jamais posée. Le beko_100 marque, à mon humble avis, la fin de l'ère digitale. Une parfaite synthèse de tout notre travail. Trouver cent artistes a été simple, il suffisait de recontacter les artistes avec qui nous avions collaboré auparavant et de compléter par de nouveaux coups de cœur et des amis. J'avais juste besoin d'une pause - bien méritée - et de prendre le temps de réfléchir au nouveau concept que je voulais s'agissant des débuts physiques. Cela m'a pris moins de temps que prévu....

Le label repose-t-il toujours sur Jack et toi ? Comment t'organises-tu désormais ?

Jack m'a épaulé supporté tout au long de Beko dsl. Sortir un single ou une collaboration toutes les semaines pendant plus de deux ans nous a épuisés. Difficile de concilier vie de famille avec cette abondance de sorties. De ce fait, Jack a décidé de stopper l'aventure. Ne vivant pas dans la même ville, l'aventure "physique" était bien plus difficile à gérer... Bien entendu nous sommes restés en contact, quitte à se choper des torticolis au téléphone. J'ai fait appel à Denis (qui dirige Offoron Records), un ami brestois, qui a répondu favorablement à ma demande. On se voit régulièrement, c'est bien plus facile de travailler sur nos sorties.

Musicalement, une esthétique plus qu'une autre est-elle recherchée ?

Pas du tout, nous fonctionnons toujours aux coups de cœur. La série de 3'' correspond à ce que nous aurions pu sortir en single digital.

De Haiduks à I Do Not Love, en passant par White Lyon - dont le prochain 3" CD sort le 15 décembre prochain, comment as-tu choisis les groupes présents sur le label ? Chaque disque a-t-il déjà son histoire ?

Haiduks. J'adorais son morceau sur la compilation beko_hobocult (lire). J'ai proposé à Christian de sortir le premier 7''. Le 45t c'est fait très rapidement. Je suis très content du résultat.

Eyedress, je l'ai repéré sur le bandcamp du label digital philippin Number Line Records. La qualité de ses productions dream-pop empreint d'électronique et ses featurings féminins (Louise Ferguson, Cat Cortes & Skint Eastwood...) m'ont directement séduit. Un email, une demande d'EP, et en trois semaines nous sortions notre premier 3''.

I Do Not Love. Je suis le travail de Gregory Miller depuis l'excellente sortie cassette sur Svn Sns Rcrds (lire). Des titres de I Do Not Love étaient déjà présents sur des collaborations Beko dsl. J'aurais adoré qu'il ait son propre single digital. Faute de temps et surtout de place... cela ne s'est jamais fait. Quoi que plus naturel de lui demander ce 3'' ?

White Lyon. J'ai reçu son EP démo avec Tim Martin de Maps + Diagrams, Atlantis, Hessien... Une seule écoute et banco ! Cet EP dubstep pop est très différent de toutes nos sorties, j'en suis très fier. Un pur chef-d’œuvre qui aurait mérité plus qu'une sortie 3''.

Justement, vu qu'il s'agit de la dernière sortie de Beko, peux-tu nous en dire un peu plus concernant White Lyon ?

Rob est originaire de Bristol mais il vit actuellement à Londres. Il officie sous le nom de YLID sur la scène électronica depuis longtemps et a déjà une discographie impressionnante : Static Caravan, U-Cover, Awkward Silence, Cactus Island... Il a également un projet folk, Robh Hokum, des plus intéressants. Tim Diagram nous a remis en contact, Rob est une vieille connaissance vu qu'il avait collaboré à mon deuxième album en 2005.

Que peux-tu nous dire de la série 3"CD ? Quel est le concept ?

Promouvoir des artistes à petit prix. J'espère en sortir un tous les mois. J'aime beaucoup l'objet, même si malheureusement tout le monde ne peut pas les lire...

Je sais que tu veux garder quelques secrets concernant l'avenir du label et les prochaines sorties. Mais peux-tu nous dire si Beko sortira également des LP ? Comment vois-tu le moyen/long terme ?

En effet, je trouve important de ne pas tout dévoiler, mon planning va jusqu'en septembre et j'espère m'y tenir... Ce n'est pas évident mais vu que les premières sorties ont reçu un accueil plus que favorable... Qui sait ? Le premier LP beko_300 est en préparation pour la rentrée (en collaboration avec un label ami)... D'autres suivront...

En désordre, comment vois-tu 2013 ? Si tu dois coucher sur papier quelques noms de groupes, de labels, de collectifs, par qui commencerais-tu spontanément ?

My Bloody Valentine ? Même si je n'attends rien, leur génie se réincarnera en 2013 chez les Australiens de Virgo Rising. Le Jonny Pierce, leader de The Drums, vu le premier extrait de son album solo... très Tough Alliance, un gage de qualité. L'album tant entendu de Vår, dont In Your Arms, mon morceau favori de l'année. Des valeurs sûres, le Pan American chez Kranky ou les Pastels qui ont fini leur mixage depuis quelques mois... Et surtout la participation intrigante des Splash Wave (lire) à la compilation génération Balavoine avec le titre Mon Fils Ma Bataille...

Mixtape



01. Ylid - A Cat Kills For Fun, Not Food

Un joli morceau d'introduction par Rob (White Lyon) sorti en 2006 sur Spunktronic Records UK.

02. Iberia - An Ending (Ascent)

Sûrement un de mes morceaux préférés de cette année par les ex-Pistol Disco sur Hybris (label suédois avec lequel nous avons collaboré à la sortie d'Azure Blue).

03. Spazzkid - Candy Flavored Lips (feat. Skymarines)

04. Eyedress - Mountbatten

Des artistes phillipins à suivre de très près... Ce pays s'offre à tous comme l'un des fleurons du bon goût... Preuve déjà faite avec les Moscow Olympics.

05. Super Crayon - Sunny Sunday

Un duo rennais avec qui nous travaillons sur une sortie 3'' en janvier.

06. Love Dance - Ninety Six

Extrait de Result, album sorti en 2007 sur Marsh-Marigold. Nos chouchou norvégiens.

07. The Bilinda Butchers - Teen Dream

Extrait de leur dernier EP sorti sur Discau... en attendant (très prochainement) un nouvel EP et surtout leur premier album en 2013.

08. Freelove Fenner - Paisley And Pastel

09. Brave Radar - Disintegrate

10. Drug Train - Idioms

Montreal heros ! Merci à Dimitri de Chevalier Avant Garde !

11. Arc Light - Space, Come

Ryan avec qui j'espère retravailler très bientôt...

12. I do not love - Over over

L'un des titres phare du beko_100.

13. Ice Eyes feat. Jamie Byres - Systematic Symptomatic

Duo d'Athènes. Une experience futuriste qui vous attire aisément sur une piste de danse.

14. Amethyst Milk - Rainbow

Tara de Free Loving Anachist & Pink Playground... 4AD peut encore se resaisir sur les choix de ses sorties...

15. - The Cold, Cold Hand (a cynical love song)

L'album ovni de cette année sortie sur Phantasma Disques. Une vision nouvelle d'une BO d'Ennio Morricone.

Vidéo


RE(FLUX) 6

RE(FLUX) n'est pas une mixtape. RE(FLUX) est un revue "passé, présent, futur" de disques que l'on ne peut se résoudre à passer sous silence. RE(FLUX) est une publication (presque) hebdomadaire changeant de mains et d'optique à chaque numéro. RE(FLUX) à vocation à être sommaire, partiel et subjectif. RE(FLUX) n'est pas une mixtape, mais peut s'écouter - en fin d'article - comme un mixtape.

RE(FLUX) 6

Mere Mortals - B12

Shawn Foree, multi-instrumentiste déjà repéré à bon escient au sein de Digital Leather (lire), récidive sur les territoires d'une pop acidulée, blindée de synthés gras à souhait, et ce, en compagnie de sa femme, Rachel Grace. Le duo se nomme Mere Mortals et son premier EP, Purple Fire, est disponible via leur bandcamp.

Black Bug - Reflecting The Light

Le label Eighteen Records (lire) n'a pas chômé en 2012 : des concerts à la pelle et deux LP bien troussés - le 12" de La Secte Du Futur et l'intense Reflecting The Light des Bordelais de Black Bug dont est extrait le morceau ci-après. Quand le synth-punk se fait lo-fi de la sorte, la claque n'est pas loin. Vraiment pas loin. Le trio sera en tournée dès janvier en France et en Europe.

Os Ovni - This Is/On Drifting

Extrait d'un split partagé avec Twins et paru en septembre dernier via Clan Destine Records, le double morceau This Is/On Drifting figure à merveille le son extraterrestre d'Os Ovni - que l'on avait déjà admiré du côté de chez Beko DSL. Les Américains Logan Owlbeemoth et Omebi Velouria nous embarquent dans un voyage en apesanteur où leurs claviers vrillent ostensiblement sur des beats élastiques. Et nous avec.

Lazy Magnet - Crystal Cassette

Jeremy Harris est Lazy Magnet. À défaut de tenir un site internet attractif, l'homme fréquente la crème des labels indé US pour délayer son onirisme synthétique aussi beau qu'attachant - de Bathetic Records (lire) à Night People, sur lequel est sortie ladite Crystal Cassette. En octobre dernier, Bathetic Records a révélé le méticuleux LP Acts Without Error de l'Américain, tout simplement indispensable.

Tablets - Hunting For Your Shadow

Le duo synth-pop Low Sea ne s'ennuie pas : achevant à peine une tournée européenne et sur le point de publier dès février un second album via Dell'Orso Records - dont Remote Viewing (vidéo) est le premier single -, les "presque" Irlandais se réincarnent en Tablets, leur permettant d'explorer une facette plus pop de leur songwriting, non moins intéressante. Un LP de Tablets est d'ores et déjà dans le viseur pour 2013.

Blacksmore - Dark Dream/Cold Sweat/Bad Morning

Seul Français à avoir infiltré le pinacle du label orégonais  par le biais de son projet Premier Rang et son 12" , Thomas Borgé ressort du bois et met tout le monde d'accord sous le nom d'emprunt Blacksmore. Encore à l'état de "démo", les trois diamants bruts que recèle Hard Night - EP tout juste divulgué - témoignent d'une rare intensité. Une sorte de Cosmetics aux amphéts. Mention spéciale à Cold Sweat mariant fiévreusement sonorités italo-disco et rythmiques agressives.

Magic Touch & Sapphire Slows - Just Wanna Feel (I:Cube Remix) 

Agissant par intermittence avec Daniel Martin-McCormick (Ital) sous la bannière Mi Ami (lire), Damon Palermo n'a de cesse d'exporter son projet solitaire, Magic Touch, et ce, principalement aux alentours de Berlin. Pour autant, le San Franciscain n'oublie pas d'étoffer sa collection d'EP au sein du catalogue 100% Silk, division club de Not Not Fun. Étalonnant son savoir-faire nu-disco à celui de la productrice japonaise Sapphire Slows pour ce 7" à quatre mains sorti fin novembre, Damon enfante d'un brillant Just Wanna Feel savamment remixé ici par I:Cube. Propre.

Martin Eden - Verions

A priori Martin Eden est avant tout un fantastique livre de Jack London. Depuis 2012, c'est aussi la nouvelle direction empruntée par Matthew Cooper, connu dans le monde gravitationnel de l'ambient music sous le patronyme d'Eluvium. Le Portlandais additionne d'ailleurs plus de quinze sorties avec l'exigeante structure Temporary Residence Limited. Avec Martin Eden l'expérimentalisme à tout crin du producteur se fond en d'obnubilantes et caressantes odyssées électroniques que Dedicate Function, récemment paru via Lefse Records, insuffle harmonieusement, tel un philtre euphorisant.

RE(FLUX) MIX 6


Interview & chroniques : Mount Eerie

Parfois, un entretien - surtout par mail - laisse un goût amer. Comme une impression d'inachevé, d'occasion manquée. D'inutilité devant la vacuité des propos débités. Parfois aussi, il induit quelque chose qu'il ne révèle pas littéralement, une perception en creux, entre les lignes, de ce que l'on ne voulait pas voir, ou croire. Celui qui suit est de cette teneur. Les réponses, oscillant entre rigoureuse simplicité et subtile concision, esquissent sans redondance les traits d'un caractère trempé d'honnêteté. Le visage de Phil Elverum n'enfonçant que plus le clou d'une indélébile intégrité : sous un large front se dessinent les traits fins de l'Américain, presque austère, si ce n'est ses cheveux courts, grisonnants, anarchiquement coiffés. Ses yeux, arnachés au lointain, figurent les méandres d'un esprit vagabond, insoupçonnable creuset d'émotions brutes.

Responsable des expérimentations de The Microphones puis de l'éblouissante discographie de Mount Eerie - Phil Elverum est un personnage atypique et décalé, à rebours de l'artiste contemporain. Son besoin de solitude, son désir d'exil, cette relation quasi organique entre ses aspirations musicales et cette nature qui l’obsède - de la beauté froide des grands espaces aux violents soubresauts des océans -, tout semble l’inscrire en porte-à-faux d'une génération de compositeurs ne rechignant jamais à se montrer, ou, tout du moins, à communiquer. Ma dizaine de questions envoyée, c'était feindre d'espérer que, même si l'homme possède un compte twitter, il serait volubile sur sa personnalité tout autant que sur sa musique. Un marécage intime et charnel, défloré ici à l'aune de rares confessions. D'évidence, la plus touchante d'entre toutes reste celle évoquant son rapport solitaire au monde. Un rapport nécessitant une cohérence et une discipline absolues avec soi-même : mise à part une parenthèse de cinq années à Olympia du temps de The Microphones, Phil Elverum est né et vit à nouveau Anacortes - au nord de Seattle dans l'état du Washington -, ville dans laquelle il compose, enregistre et distribue lui-même sa musique par le biais de son propre label, P.W. Elverum & Sun. Ascète dédié à sa propre musique, ledit label n'est que l’idoine artéfact permettant à celui-ci d'explorer de nouvelles idées, tant en terme de packaging - No Flashlight (2005) était par exemple enveloppé dans un immense poster -, que de concept créatif. Le diptyque composé de Clear Moon et d'Ocean Roar, respectivement parus en mai et septembre de cette année, en est le témoignage le plus récent, d'autant qu'une version condensée et égrainée fin octobre sur-ajoute une touche expérimentale à l'ensemble (écouter) - chaque album étant mixé en une seule plage de quelque minutes.

Indéniablement, depuis trois ans Phil Elverum sait où il va. Si son regard exhume tout doute à ce sujet, sa discographie accidentée peut néanmoins confondre d'incertitudes. Depuis 2009 et le ténébreux et Wind's Poem - Phil Elverum scarifiant la plupart de ses compositions d'influences black métal, exceptions faites de Wind Speaks et de l’éternelle Between Two Mysteries, empruntant de troubles résonances à la bande originale du film Twin Peaks -, seul le 7" To The Ground (lire), sorti exceptionnellement via la micro-structure Atelier Ciseaux, brise ce silence finalement loin d'être anodin, puisque successivement Clear Moon et Ocean Roar portent à six le nombre de LP sous le patronyme Mount Eerie.

Loin d'éclipser Clear Moon, Ocean Roar en constitue une sorte de double antithétique fonctionnant, comme au théâtre, en perpétuelle association : la lune paisible et mystérieuse annonce le déchaînement des éléments quand, inversement, de la funeste tempête éventrée procède l'harmonieuse clarté. L'un comme l'autre possèdent donc leur dominante, une thématique ne trouvant son sens qu'au regard de l'autre : de la forêt de cordes, de résonances et de vocalises rassérénées de Clear Moon (Though The Trees Pt.2, The Place I Live, Yawning Sky), de la quiétude de ses embardées célestes (House Shape) et instrumentales (Something, Synthetizer), prennent corps les tumultes de saturations carénant Ocean Roar. Et ce, de l'introductive sinusoïde Pale Lights à la convulsive Waves, où la rythmique se consume d'elle-même sur un tonnerre de distorsions. Les deux Instrumental n’obèrent en rien cette violence viscérale et primaire que la reprise de Popol Vuh, Engel Der Luft, ne fait qu'intensifier.

L’ordonnancement des choses aurait cependant été trop simple si un jeu de miroir ne s’immisçait pas entre les deux LP. Ancient Times et I Walked Home Beholding d'Ocean Roar sont baignés d'une luminosité ne dépareillant en rien de celle inondant Clear Moon, tandis qu'Over Dark Water, contenu sur ce dernier, s'agencerait sans anicroche au sein d'Ocean Roar. Entremêlés à l'extrême, les deux disques trouvent leur ineffable synthèse sur la suscitée Pale Lights, où la voix diaphane de Phil Elverum, drapée d'infimes notes de piano, interrompt et interroge la déferlante bruitiste se tramant dès l’orée du morceau. Une synthèse que l'on piaille d'impatience de voir s'édifier sur scène, sous les coups de boutoirs d'un songwriter ayant le DIY dans les veines, dépareillant comme quelques grands avant lui - de Daniel Johnston et Tom Waits aux regrettés Mark Linkous (lire) et Vic Chesnutt (lire) - à cette somme incalculable et innommable d'artistes interchangeables. Qu'il en soit ainsi, le grand disque de 2012 est un double album, aussi rare que précieux.

 Entrevue avec Phil Elverum

Après avoir sorti quatre albums sous le nom de Microphones, comment le concept de Mount Eerie est-il apparu et d'où vient le nom ?
After releasing four albums under the Microphones moniker, how did the whole concept of Mount Eerie come about and how did you come up with the name?

Il y a une montagne près de chez moi qui s'appelle Mount Eerie. Je l'adore. Mais j'aime aussi le mot "eerie" ("eerie" signifie "étrange", ndlt) en raison de son sens ambigu et de son sentiment menaçant. L'idée d'une montagne qui donne cette impression est très semblable au sentiment que j'essaie de créer avec ma musique, alors j'ai décidé d'appeler ma musique de cette manière. Et j'avais l'impression d'être arrivé au bout du projet Microphones. C'était plus un projet de réflexion sociale et d'exploration personnelle. Mount Eerie s'intéresse principalement aux choses non humaines.

There is a mountain near my home called Mount Erie. I love it. But also, I like the word "eerie" because of its ambiguous meaning and menacing feeling. The idea of a mountain that feels this way is very similar to the feeling I try to create with music, so I decided to call my music that. Also, the Microphones project felt complete to me. It was more of a project of social thinking and personal exploration. Mount Eerie is about non-human things mostly.

Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as clôturé l'histoire de Microphones en 2003 ?
Can you explain why have you in 2003 close the Michrophones story?

Je crois que je viens d'y répondre à l'instant, mais oui, j'avais l'impression d'en être arrivé au bout.

I guess I kind of just answered that, but yeah, it felt complete.

Comment décrirais-tu Mount Eerie et qui sont tes plus grandes influences pour ce projet ?
How would you describe Mount Eerie, and who are your biggest influences in this project?

J'essaie d'éviter d'avoir à le décrire. C'est juste de la musique. J'essaie de découvrir de nouveaux sons et de nouvelles sensations en permanence donc c'est difficile à résumer. De même avec les influences. Je peux être aussi bien influencé par My Bloody Valentine que par autre chose, et cet autre chose peut être la musique au piano de Gurdjieff comme du black métal C'est toujours différent, et quelque soit l'influence, j'échoue à en faire une copie, par conséquent ça garde une sorte d'originalité bizarre.

I try to avoid having to describe it. It is just music. I try to always discover new sounds and feelings so it is difficult to summarize. Same with the influences. Sometimes I am influenced by My Bloody Valentine or something, and sometimes it's Gurdjieff piano music, or sometimes black metal. It's always different, and no matter what the influence, I fail at making a replica and so it turns out to be its weird self.

Tu cites souvent Steve Reich comme une de tes influences principales. Peux-tu expliquer de quelle manière tu retranscris cette relation à la musique minimaliste au sein de Mount Eerie ?
You often quote Steve Reich as one of your major influences. Can you explain how you retranscribe this relation with minimalist music within Mount Eerie?

C'est vrai, j'aime la musique de Steve Reich. Je ne sais pas si c'est une influence majeure. J'ai vraiment dit ça ? D'ailleurs, n'est-ce pas également étrange qu'on qualifie sa musique de minimaliste ? Je pense qu'elle est très "maximale". À propos de sa musique, j'aime la manière dont elle crée un sentiment que ton esprit est en train de changer, une confusion totale et une extase de façon très directe, semblable à Sun O))) en concert, ou peut-être à l'hypnose.

It's true, I do like Steve Reich's music. I don't know if it's a major influence. Did I say that? Also, isn't it weird that his music is called minimal? I think it is so "maximum". About his music, I like how it creates a feeling that your mind is being altered, total confusion and rapture in a really direct way, similar to Sunn O))) live, or maybe similar to hypnotism.

Tu sembles être très attaché et inspiré par la nature. Les deux facettes de Mount Eerie (claire/obscure) semblent être celles, imprévisibles, de la nature, parfois calme et parfois déchaînée ?
You seem very attached and inspired by the nature. Both sides of Mount Eerie (clear / dark) seem to be the ones unpredictable of the nature, sometimes quiet and sometimes furious?

Je suppose.

I guess so.

Tes premières sorties étaient très lo-fi. Maintenant, tu sembles très soucieux de la production de tes albums. Pourquoi ?
Yours first releases were very lo-fi. Now, you seem very worried by the production of your albums. Why?

Je ne suis pas soucieux. Mais j'ai toujours essayé de la faire sonner de la manière la plus belle possible, selon moi. Je travaille assez dur en studio et je me donne beaucoup de temps. Je ne m'inquiète pas de sonner "professionnel" ou quoi que ce soit. Je m'intéresse à de nouvelles sortes de sons, et parfois une distorsion brute m'apparaît comme belle. Ni hi-fi, ni lo-fi. Simplement des sons.

I am not worried. But also, I have always tried to make it sound as beautiful as possible, to me. I work pretty hard in the studio and I give myself plenty of time. I am not concerned with sounding "professional" or anything. I'm interested in new kinds of beautiful sounds, and sometimes raw distortion sounds beautiful to me. Not hi-fi or lo-fi. Just sounds.

As-tu enregistré Clear Moon et Ocean Roar au même moment ? Quel est le rapport entre ces deux albums ?
Have you recorded Clear Moon and Ocean Roar in the same time? What's the relation between these two records?

Oui. Le rapport se situe essentiellement dans le fait que je les ai enregistrés au même moment. Ils traitent du même sujet, simplement selon deux catégories différentes de morceaux sur ce même sujet.

Yes. The relation is pretty much that I recorded them at the same time. They are about the same subject, but just 2 different categories of songs about that subject.

Tu décris Ocean Roar comme plus sombre. Est-ce le même procédé d'écriture que pour Wind's Poems, où l'on trouve de belles chansons calmes (Wind Speaks, Between Two Mysteries) et d'autres plus tourmentées (The Hidden Stone, The Mouth Of Sly) ?
You describe Ocean Roar as darker. Is it the same process of writing as for Wind's Poems, where we find beautiful quiet songs (Wind Speaks, Between Two Mysteries) and others very tourmented (The Hidden Stone,The Mouth Of Sky) ?

Ocean Roar s'apparente peut-être un peu à Wind's Poem, mais pas exactement. Il y a des chansons plus longues et des choses plus expérimentales qui ne sont même pas des chansons. Et bien sûr, quelques moments plus calmes. C'est important pour moi que mes morceaux n'aient pas tous la même énergie, le même ton. J'aime les variations.

Ocean Roar is maybe a little bit similar to Wind's Poem, but not exactly. There are some longer songs, and some more experimental things that aren't even songs. And of course yes, a few quieter moments. It's important to me to not have every song in the same energy, same tone. I like variation.

Peux-tu expliquer le symbolisme du diptyque entre la lune silencieuse et la mer agitée ? Musicalement, comment se traduit ce symbolisme ?
Can you explain the symbolism of the diptych between the quiet moon and the angry sea? Musically, what's happening, what's the translation of this symbolism?

Je pense que l'idée est simplement celle de deux existences différentes : la clarté ou l'obscurité totale. Elles font toutes deux partie de notre esprit. Ce sont aussi des concepts que je trouve inspirants dans les anciens poèmes bouddhistes que j'apprécie. Les moments abstraits de pure clarté en contraste avec un nuage de brouillard infini. En musique, j'essaie d'incorporer un sentiment avec l'autre, comme le tintement étincelant d'une cloche lointaine, ensevelie sous un tas de couches de basse distordue.

I think the idea is just two different states of being; total clarity and total obscurity. They are both part of our minds. These are also ideas that I find inspiring in the old Buddhist poems that I really like. Abstract moments of pure clarity contrasted with an endless sea of fog. Musically I like to embed one feeling within another, like a clear bell ringing mixed deep beneath many tracks of distorted bass.

Beaucoup de disques de Microphones sont sortis sur le label K Records. Quels étaient tes rapports avec le label et pourquoi as-tu arrêté de travailler avec eux ?
A lots of the Microphones's records were released on K Records. What was the relation with them and why have you stopped working with this label?

K Records m'a ouvert les portes en 1997, je vivais à Olympia et ne quittait pour ainsi dire jamais leurs bureaux/studios. Ils ont tout rendu possible. En 2004, j'ai décidé de retourner à mes fondamentaux et de tenter de sortir mes propres disques de manière à avoir ma propre et totale organisation DIY, et parce que ça me semblait marrant. Nous sommes bien sûr toujours très proches.

K records opened their doors to me in 1997 and I lived in Olympia and basically never left their offices/studios. They made everything possible. In 2004 I decided I wanted to return to basics and attempt to release my own records just so I had my own complete DIY foundation, and because it sounded fun to me. We are still very close friends of course.

Clear Moon et tes autres disques de Mount Eerie sont sortis sur ton propre label. Pourquoi est-ce important pour toi ?
Clear Moon and your other Mount Eerie records were released on your own label. Why it's important for you?

C'est important pour moi de comprendre tout le processus pour faire ce que je fais. C'est mon travail et je veux le faire du mieux possible. J'ai l'occasion de faire ces choses à ma petite échelle et j'aime travailler de cette façon.

It's important for me to understand the whole process of making the thing I make. It's my life's work and I want to do the best possible job. I am able to do these things on my small scale and I enjoy working this way.

Après Ocean Roar, qu'est-ce-qui est prévu ? Repars-tu en tournée ? En Europe ?
After Ocean Roar, what’s next? Are you going back out on tour? In Europe?

Je viens juste de fonder un nouveau groupe live pour Mount Eerie. On vient de faire une tournée US de cinq semaines en septembre et octobre derniers. Rien n'est encore prévu pour l'Europe mais on aimerait. Peut-être en 2013.

I just put a new live Mount Eerie band together. We're going on a tour of the US for 5 weeks in September/October. We don't have plans for a Europe tour but hopefully soon. Maybe in 2013.

Tu vis à Anacortes. À quoi ressemble ta journée type là-bas ?
You’re from Anacortes. What looks like your daily life over there?

Malheureusement je dois énormément travailler sur ordinateur chaque jour. Répondre aux emails, préparer les tournées, gérer les affaires du label, les livraisons, etc. Je passe aussi beaucoup de temps à emballer les disques commandés par correspondance et aller au bureau de poste. Je bois du bon café et lit un livre près de la fenêtre. Je me promène. Je vais parfois nager au lac. Parfois je joue de la musique mais pas tellement. C'est une ville très paisible mais j'en arrive à être toujours super occupé.

Unfortunately I have to do so much work on the computer every day. Answering emails, booking tours, dealing with record label stuff, shipping etc. I also spend a lot of time packing mail-order records and going to the post office. I drink some good coffee and read my book by the window. I walk around. I sometimes go to swim at the lake. Sometimes I play music, but not that much. It's a very quiet town but I'm always super busy somehow.

Ta musique témoigne d'une solitude délibérée. Est-ce un désir personnel réel ?
Your music testifies of a deliberate solitude. In fact, it's a real and personal desire?

J'aime effectivement être seul. J'imagine que c'est pour ça que je vis dans cette petite ville. Mais je suis également marié. Je vis avec quelqu'un. On vit une chouette solitude à deux. C'est important pour moi d'avoir l'opportunité de me plonger dans mes pensées et d'explorer mon esprit, de le laisser divaguer. Le monde semble être déjà rempli de trop de distractions, y compris avec toute cette solitude.

I do like being alone, yes. I guess that's why I live in this small town. But also, I'm married. I live with a person. We have a good 2 person solitude happening. It's important for me to have the opportunity to think my thoughts and explore my mind, let it wander. The world feels full of too many distractions already, even with all this solitude.

Enfin, comment décrirais-tu ta personnalité ?
At last, how would you define your personality?

Je ne peux pas. Désolé.

I can't do that. Sorry

Quelle est ta relation à la photographie ?
What's your relation with photography?

J'aime prendre des photos quand le monde est sous son beau jour. C'est simplement le prolongement de mon activité préférée, marcher seul et laisser mon esprit divaguer.

I love taking pictures when the world looks good. It is just an extension of my favorite activity of walking around alone and letting my mind wander.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Audio

Vidéos

Tracklisting

Mount Eerie - Clear Moon (P.W. Elverum & Sun, 2012)

01. Through The Trees pt. 2
02. the Place Lives
03. the Place I Live
04. (something)
05. Lone Bell
06. House Shape
07. Over Dark Water
08. (something)
09. Clear Moon
10. Yawning Sky
11. (synthesizer)

Mount Eerie - Ocean Roar (P.W. Elverum & Sun, 2012)

01. Pale Lights
02. Ocean Roar
03. Ancient Times
04. Instrumental
05. Waves
06. Engel Der Luft (Popol Vuh)
07. I Walked Home Beholding
08. Instrumental


Èl G - Mil Pluton

Le nom de cet album a de quoi intriguer : l'association d'un groupe de céréales largement utilisées en Afrique (à moins que ce ne soit le code générique pour les aéroports de Milan) et d'une planète naine violemment boutée hors du système solaire (à moins que ce ne soit le Dieu des Enfers chez les Romains) est en effet inédite. Mais pour qui connaît un peu le parcours d'Èl G, brillant musicien touche-à-tout installé à Bruxelles, il y a là une certaine logique. Moitié du duo Opéra Mort et membre du trio Reines d'Angleterre avec le célèbre Ghedalia Thazartès, l'homme aime brouiller les pistes, de somptueuses errances folk acides (l'album Tout Ploie sur Kraak) en tours de force schizophrènes et fantastiquement créatifs (l'album Capitaine Présent 5 sur Nashazphone) jusqu'aux expérimentations électroniques tangentielles que nous tentons de décrypter sur Mil Pluton.
Empilant les couches sonores, Èl G construit d'étonnants morceaux-météorites sur la base de réflexes percussifs, de répétitions, de mille voix hallucinatoires croisant les trajectoires imprévisibles de ces étranges objets de l'imaginaire qui semblent filer, chacun à leur rythme, dans un coin de cosmos. Puisant subtilement dans la nuit des temps des musiques électroniques, croisant à l'occasion musique concrète et coups de chaud technoïdes de night-clubs perdus dans la campagne froide de l'univers, Mil Pluton installe chez l'auditeur une indicible sensation de flottement stellaire qu'aucune parade stratosphérique dopée à la taurine ne pourra jamais égaler. On rejoint directement cette masse innommable de corps en perdition dans le grand vide galactique jusqu'à échouer avec Pol Culte sur cette bonne vieille planète Mars sous l'objectif interloqué d'un robot Curiosity en manque de découvertes. Déchet humain ou entité extraterrestre, la question n'est plus là.

Four Acts Amazon, pièce maîtresse mijotée dans un grand saladier en forme de poubelle de la NASA avec l'aide de quelques pointures comme Bill Kouligas (boss du label PAN), TG Gondard et Tomutonttu achève de nous couler dans une voie lactée totalement psychotonique, sorte d'inévitable rivière du non-retour. Les lasers claquent mais sont vite suivis d'échos de sirènes perdues dans une jungle urbaine terrienne qui semble soudain tellement improbable. On croît même reconnaître le droïde C-3PO en train d'essayer de se rebrancher. Des incantations l'auront vite éloigné, immédiatement suivies par un foutraque mélange de rythmiques proto-industrielles, bourdonnements synthétiques et déclamations dans des langues non-identifiées, tantôt enjouées et suraiguës, tantôt calmes et posées. Au final, avec ce disque magistral, Èl G construit rien de moins qu'un nouveau langage, aux frontières de notre imaginaire, titillant l'inconnu avec la fièvre des grands explorateurs.

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Mushy - I Don't Care

Il y a un peu plus d'un an, Valentina Mushy nous expliquait à l'occasion de la sortie de son premier LP, Faded Heart (Mannequin, 2011), qu'elle était "souffrance et libération à la fois. J’ai des sentiments très contrastés. Avant chaque live, je ressens une forte pression que je libère quand je commence à chanter, et là commence le processus de rédemption… Je vis la scène comme une expérience cathartique. J’essaie toujours de créer une atmosphère et une ambiance autour de moi. C’est comme un transfert psychanalytique musical de moi vers le public, amplifié par une projection d’images suggestives" (lire l'interview complète). Des propos susceptibles de titiller la curiosité envers une artiste complète - musicienne, architecte et designer - à l'affiche d'une soirée co-organisée par le collectif MU et Hartzine à l'Espace B le 29 novembre prochain (event FB), en compagnie de Led Er Est et 202 Project, et récente auteure de Breathless, vespéral second LP paru le 19 dernier via le label italien . Se démarquant des artistes et influences qu'on lui affuble communément, de Liz Fraser or Zola Jesus, Valentina étire délicatement sur ce dernier d'occultes compositions savamment imprégnées de musiques industrielles. En témoigne I Don't Care, ci-après en écoute.

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Femminielli - Double Invitation

Bernardino est un homme aimable et aimant. Et ce n'est pas Jef Barbara - avec qui il sera à l'affiche d'un concert à l'Espace B le 19 décembre prochain (event FB) - qui dira le contraire : "Bernardino a récemment rasé sa barbe et ça me plaît moins. Cela dit, j’ai rencontré Femminielli il y a plusieurs années, alors qu’il faisait partie d’un duo électro nommé Violencia Nocturna. Je l’ai vu évoluer à travers ses albums, ses looks, ses phases… Je l’aime beaucoup. C’est notre lien d’amitié qui fait qu’il a participé à l’enregistrement de trois morceaux deContamination. J’en suis très fier." (lire l'itw complète). Presque deux ans que Double Invitation, son premier LP à paraitre le 26 novembre via Desire Records, se trame, se révélant ici et là, via de multiples labels aussi modestes que fascinants : de Chauffeur sur Fixture Records à ¿A Que Quieres Jugar? par l'entremise de la dense compilation d'Electric Voice Records. Et ce sans compter Actriz, dévoilée à l'occasion d'une entrevue parue voilà six mois dans nos pages (lire). C'est d'ailleurs à l'occasion de celle-ci que Bernardino éventait le contenu de Double Invitation, appréhendé par l'intéressé telle "une continuité, mais beaucoup plus émotive et sombre que Sprezzatura et moins lo-fi que Carte Blanche Aux Désirs. La thématique de l’album est l’étrange dilemme de satisfaire les autres au détriment de soi, en souhaitant qu’un jour tout vous sera concédé. C’est une forme subtile d’autodestruction. Le son italo-disco n’est pas très loin mais je désirais aller ailleurs musicalement et le fait d’avoir travaillé avec Dominic Vanchesteing à la production m’a énormément aidé à marier des plages dansantes atmosphériques à des ballades olympiques". Une dichotomie stylistique caressant l'oreille de son éclatante véridicité dès la première écoute : le philtre aphrodisiaque du plus italo des Canadiens se contextualise du dancefloor à la chambre à coucher, et inversement. Cette fameuse Double Invitation que l'on subodore écrite entre "histoires de couple, de sexe et de spiritualité". Susurrant une kyrielle de frivolités selon le trilinguisme de l'érotisme - italien, espagnol et français - sur de fantasmées plages musicales, où le sentimentalisme synthétique s'étire sur d'érectiles pulsations italo-disco, Femminielli figure l'hypothétique période moroderienne d'un Gainsbourg ivre de sensualité. Il en va ainsi du morceau conférant son titre à l'album, Double Invitation, mais aussi des nébuleuses cavalcades d'alcôves (El Ultimo Tango Para MiChauffeur). Et si l'intensité de sa verve érotomane prend toute son ampleur sur les hypnotiques ¿A Que Quieres Jugar? et Performance Video, toutes deux mâtinées d'une syncope rythmique à la répétition extatique, Actriz grime introductivement une ode aux claviers intimement arrimée à l'oeuvre stellaire de Klaus Schulze, doublé d'un hommage appuyé - une fois le beat installé - à la pilosité d'un certain cinéma italien. Double Invitation - à glaner par  et en écoute en intégralité ci-après - fourmille de références, évidentes ou imaginées, mais crée instantanément son propre idiome, celui charnel et hédoniste. Celui de Femminielli.

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Tracklisting

Femminielli - Double Invitation (, sorti le 26 novembre 2012)

01. Actriz
02. Double Invitation
03. ¿A Que Quieres Jugar?
04. Performance Video
05. El Ultimo Tango Para Mi
06. Chauffeur


Paulie Jan - Pour Ont Son

Les disques passent, s'accumulent et, par mégarde, Fin de Siècle demeure réduit au silence, du moins dans nos pages. Pourtant, de GesteKwoon ou d'Archer By The Sea, on ne pense que du bien. Il aura donc fallu que l'astre Paulie Jan - un mystérieux Parisien à la messagerie Hotmail - nous illumine de sa pluie de synthétiseurs pour que l'on daigne déclarer notre flamme, en bonne et due forme, à ladite micro-structure francilienne. Une dérouillée, une claque, un choc auditif, peu importe le nom conféré à la chose, on reste pantois, sur le cul et légèrement sonné. Paulie Jan - que l'on avait scruté de loin le temps d'un EP de remixes de Geste publié en milieu d'année - subjugue sans ciller dans sa savante appropriation d'un son rétro-futuriste, fait de bidouille, claviers analogiques et boîtes à rythme, rappelant aux entournures, en plus mâle, le projet de Craig Storm, Monroeville Music Center (lire). La mise en image de Pour Ont Son est aussi sublime que ne l'est le morceau lui-même, et par extension, cet Humian EP, sorti le 23 octobre dernier et en écoute intégrale ci-après.

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