Future Islands – In Evening Air

future-islands-in-evening-air-cover-artIl arrive que certains albums soient pénibles à l’écoute ou que d’autres vous fichent une gaule d’enfer, si bien que ça en devienne gênant. Très rarement vous vous prenez des crochets comme seul Joe Frazier savait en décocher, vous laissant dans un état de semi-coma devant cette révélation qui s’offre à vous. Et bien non seulement In Evening Air vous dégomme la tête à coup de massue, mais sans pitié, vous semblez assailli par une horde de nains déculottés et haineux, armés de petites fourches chauffées au fer blanc et prêts à vous gnacker le cul… Plus qu’une découverte, une épiphanie.

Imaginez trente secondes que ce soit Bernard Sumner qui ait quitté New Order, et non Peter Hook, et que celui-ci ait été remplacé par Mark Lanegan et vous obtiendrez une synthèse réaliste de l’environnement musical de Future Islands. Étrange croisement de post-punk et de new-wave écorché par la voix rauque et bluesy de Samuel T. Herring, chanteur aussi charismatique que décalé. D’entrée de jeu, les trois musiciens déflorent les oreilles inattentives, s’enorgueillant de faire remuer des pieds pourtant habituellement malhabiles (Walking Through That Door, Long Flight). Les Islandais jugent d’ailleurs la déflagration provoquée par la diffusion du clip du tubesque Tin Man responsable du réveil de l’Eyjafjöll. D’ici à ce que les compagnies aériennes demandent des dédommagements… Nerveux et plaintif, le trio invente la formule parfaite de l’élégie dancefloor proto-punk. La ligne de basse fiévreuse et les mélodies claviers de Swept Inside rappellent ainsi un certain groupe de Manchester souvent copié mais rarement égalé. Pourtant aujourd’hui le donneur de leçon s’appelle Future Islands et pond le meilleur morceau de New Order depuis Low-Life… Curieux mais absolument jouissif. La démonstration pourrait s’achever là, mais le groupe originaire du Maryland se pose une fois de plus en chauffeur de piste avec un Vireo’s Eye hystérique, voire convulsif avant de conclure sur le bouleversant As I Fall. Les braises s’éteignant dans la voix brumeuse de Samuel Herring, bercée par un alliage de ronflement de basse et de cœurs outrageusement déchirants.

Pourtant loin d’être un club de newbies, puisque le trio traîne derrière lui une ribambelle de maxis et signe ici son second LP officiel, Future Islands sillonne depuis plusieurs années dans l’entourage du bidouilleur timbré mais non moins talentueux Dan Deacon. Thrill Jockey donne enfin une chance au combo de sortir de son trou perdu… Les USA, un truc comme ça… Connais pas. Grand bien leur prit, car au risque de me mettre mes collègues à dos, In Evening Air possède une essence enivrante qui devrait aromatiser votre été. Parachuté album estival, les yeux fermés. Aïe… Qu’est-ce que j’ai dit ?

Vidéo

Tracklist

Future Islands – In Evening Air (Thrill Jockey, 2010)

1. Walking Through That Door
2. Long Flight
3. Tin Man
4. An Apology
5. In Evening Air
6. Swept Inside
7. Inch Of Dust
8. Vireo’s Eye
9. As I Fall