Broken Bells – Broken Bells

1261929669_coverBroken Bells est une affaire sérieuse, pas seulement l’ultime projet hype de Brian Burton, mais une façon pour moi de me réconcilier avec un homme que j’ai tant aimé et tant haï. Burton plus connu du grand public sous le pseudo de Danger Mouse, à connu son heure de gloire en 2004 en bravant l’interdit musical absolu : sampler les Beatles. Mais ce n’est pas tout, du cerveau bouillonnant du New-Yorkais avait germé une idée saugrenu, confondre le White Album des quatre de Liverpool au Black album du rappeur Jay-Z. Et ainsi naquit le Grey album, mashup complètement illégal le plus téléchargé de tout l’univers. Il en fallait du culot pour réaliser une tel œuvre.
Mais avant cela notre super souris s’accoquina avec la crème de l’underground et pondit coup sur coup, Ghetto Pop Life avec Jemini et l’excellent The Mouse and The Mask avec le terrifiant MF Doom. Et cela avant de sombrer dans le mainstream le plus grossier, tout d’abord en produisant l’inutile deuxième opus de Gorillaz, mais surtout en s’associant à l’ex Goodie-Mob, Cee-lo, afin de monter ce qui peut paraître comme la plus grosse escroquerie musicale jamais réalisée : Gnarls Barkley. Crazy cartonne aux hit-parades, la ménagère est aux anges, et les fans rongent leurs freins. Guimauve et choux gras font recettes, mais pas pour longtemps. The Odd Couple se mange un platane, et ça sent le souffre pour le duo. Les mauvaises langues rient jaune, et je ne peux cacher en avoir fait partie.
Pourtant un petit miracle se produisit mi-2009, Danger Mouse s’associant à l’artiste Sparklehorse, se place là où on ne l’attend pas et accouche avec son comparse tout simplement du meilleur album Folk de l’année. Le projet au mille feats et dont la supervision visuelle est confiée à David Lynch redore le blason d’un Burton que l’on pensait fatalement usé. Mais est-ce assez de crédit pour le réhabiliter ?
Cependant, il est bon de se dire que la rédemption arrivera de ce Broken Bells, nouvelle entreprise antifolk composée à quatre mains. Et à James Mercer de faire des merveilles, transcendant ses capacités vocales déjà bien rodées autour de son groupe The Shins, le musicien insuffle de nouvelles cordes à son organe et bouleverse sur October et Citizen. Et même si Mercer n’est pas Sparklehorse, on se réjouit de la légèreté des compositions et des arrangements dus à l’appréhension de l’univers mutuel de chacun. Les mélodies n’en sont que plus accessibles et variées.
Pas de grosse artillerie, ni d’artifices superflus, le duo livre une dizaine de titres à l’impact immédiat, comme ce High Road, single à consonance pop mais dont le songwriting si simpliste s’impose par sa sincérité revendiquée. On ne crachera pas non plus sur de réels moments de bravoure comme ce Vaporize à la fibre so british fusionnée aux vertiges fantomatiques de feu Elliott Smith. Le producteur relève à sa sauce l’ambiance sans la rende délétère et pimente les cordes de quelques notes de piano ainsi que de légères instrumentalisations électroniques bienvenues. Et si l’ensemble reste moins pointu que le précédent opus de Sieur Brian Burton, Broken Bells devrait cependant réconcilier le New-Yorkais avec un pan de son public ou tout du moins prouver que celui-ci n’a rien perdu du feu qui l’anime.

Audio

Broken Bells – Citizen

Video

Tracklist

Broken Bells – Broken Bells (Sony, 2010)

1. The High Road
2. Vaporize
3. Your Head Is On Fire
4. The Ghost Inside
5. Sailing to Nowhere
6. Trap Doors
7. Citizen
8. October
9. Mongrel Heart
10. The Mall and Misery