Bill Callahan – Apocalypse

Bill Callahan, c’est d’abord une voix : grave, chaude, rassurante. C’était Smog, souvenez-vous. Apocalypse est donc le titre de ce nouveau disque. Les pointes d’amertumes n’ont rien des souffrances d’un Johnny Cash même si l’envoûtement, là aussi, est au rendez-vous. Une voix qui remplit les espaces, s’inscrit avec élégance dans l’immensité d’un territoire, dans ses forêts sombres et sauvages et ses montagnes froides et renversantes. The real people went away lance t-il en début d’album. Plus loin c’est America! America! qu’il souffle comme dans un écho malin à Alan Vega. Un texte faussement simpliste – il énumère les grades militaires de quelques chanteurs country – et vraiment mordant sur un pays qui doit enfin se regarder en face, longuement, durement. Les rythmiques se font parfois doucement répétitives dans un lointain parallèle au cycle des éléments naturels. Puis c’est la divergence contemplative, le scintillement inattendu au détour d’un sentier, l’harmonie fragile d’une échappée au vent, souvenirs en tête. Riding for the feeling. Les arrangements discrets soutiennent avec subtilité la musicalité d’une voix-présence qui affirme une proximité par-delà le grand nulle part. Callahan file l’asphalte comme les champs, longe cette terre-univers dont il puise une inspiration rare, soulevant la simplicité de son approche d’une chaleur étonnante. Dans la retenue des compositions se dessine une maturité légère comme quelques notes de piano en arrière-plan. Mais cette maturité signe aussi ces septs morceaux mémorables d’une authenticité singulière. C’est que même le grand Gil Scott-Heron a repris une de ses chansons sur son album I’m New Here l’an passé. Avec ce disque d’une grande beauté, Bill Callahan confirme qu’il est l’un des plus grands songwriters du moment.

Tracklist

Bill Callahan – Apocalypse (Drag City, 2011)
1. Drover
2. Baby’s Breath
3. America!
4. Universal Applicant
5. Riding For The Feeling
6. Free’s
7. One Fine Evening