La première fois que j’ai vu Zombie Zombie sur scène, c’était en 2011 et j’étais sobre. Pourtant, à la fin de leur set, j’étais incapable de dire où j’étais, ce que j’avais vu et combien de temps ça avait duré. Autrement dit, je me suis pris un truc vénère même pas chimique qui m’a propulsée loin, dans un putain d’ailleurs… et l’effet est le même à chaque nouvelle rechute, je ne suis toujours pas sûre d’en être totalement revenue.

Déjà à l’époque de A Land For Renegades, écouter Zombie Zombie relevait plus de l’expérience immersive que de l’écoute distraite. Acides, les boucles se dessinaient et tenaient en haleine tout du long, propulsées dans une transe analogique et obnubilée. Des plages sonores à mettre quiconque sur orbite comme autant de montées violentes où la démence sonore guette et le pétage de plomb préfigure un point de non-retour existentiel. Sur Slow Futur, l’idée reste la même mais l’album se retrouve adossé à un projet artistique spécifique, celui de la jongle moderne du duo Elsa Guérin/Martin Palisse du cirque Bang Bang, sur ce spectacle éponyme dont il signe la mise en musique.

Etienne Jaumet (lire), Cosmic Néman et Jérôme Lorichon y distillent toujours cette tension, effet répétitif qu’ils manient à la perfection et qui consiste à faire enfler les voltages, petit à petit, à mesure que le son se fait plus englobant, plus absorbant. Mécanisme imperturbable, la progression magistrale des compositions trace le sillon stellaire d’une autoroute anti-voie de garage vers l’espace. Le spectre des possibilités s’est à nouveau élargi, les motifs modulés aux sonorités exotiques et les percussions tribales du titre d’ouverture, Hyperespace, s’imbriquent à la toile rigoureuse et machinale de Slow Futur. Dans cette étude musicale du rapport homme-machine, les découpes rétro-futuristes de Blue Screen font de la danse contemporaine et Extra Life clôt cette construction étrange et inquiétante en un ressac synthétique réjouissant, toujours sinusoïdal avant d’être un poil déséquilibré par le Selmer de Jaumet. C’est la superposition comme puissance conductrice d’électricité. Entre transcendance et dystopie, les trois Zombie Zombie tournent les pages d’un Aldous Huxley 2.0. Le quadrilatère Slow Futur pourrait faire dire : la musique peut ressembler aux rayons X, si l’on s’en sert convenablement, elle transperce n’importe quoi. On écoute, et l’on est transpercé.

Tracklist

Zombie Zombie – Slow Futur (Versatile, 22 avril 2016)

01. Hyperespace
02. Slow Futur
03. Blue Screen
04. Extra Life