Minimal Wave, label éponyme de ce genre des années quatre-vingt, réédite depuis 2005 des perles obscures et oubliées d’Oppenheimer Analysis à Moderne en passant plus récemment par Deux. Et derrière tout ça se cache la discrète mais passionnée Veronica Vasicka qui, au bout de six ans, a réussi à monter un des labels les plus intéressants  pourtant fondé uniquement sur des rééditions. La patronne s’explique pour Hartzine sur ses débuts, son futur et ses différents projets….

Pourquoi as-tu lancé ton propre label ?

En 2003, je tenais une émission de radio sur East Village Radio, « Minimal-Electronik Plus » (devenue plus tard « Minimal Wave »). Je voulais que l’émission soit éducative et je m’étais lancé le défi d’amener deux heures de nouveautés chaque semaine. J’étais particulièrement intéressée par la musique synthétique des années quatre-vingt, qui m’avait déjà marquée à l’adolescence. Du coup, je me suis focalisée sur cette période pré-new wave : minimal synth et coldwave. J’ai commencé à faire de plus en plus de recherches et réalisé que beaucoup de bonne musique n’avait pas été proprement sortie. Le point déterminant a été la fois où j’ai joué dans un petit club et j’ai mis The Devil’s Dancers par Oppenheimer Analysis, qui était seulement sorti en cassette à 200 exemplaires. Le public a immédiatement bien réagi ; il venait à la cabine du deejay pour demander ce que c’était. Cela a été déterminant pour le lancement du label, et m’a fait prendre conscience que je n’étais pas la seule à aimer ce genre.

Peux-tu nous décrire, avec tes mots, ce qu’est la minimal synth / minimal wave ?

Le terme minimal wave est apparu il y a peu de temps, dû au regain d’intérêt envers les racines du pré-midi electronic new wave (1978-1985), émanant principalement d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon. Cette musique est souvent référencée comme minimal electronic, minimal synth, cold wave, new wave, techno pop ou synthpop, tout dépend des particularités du genre, de l’année et de l’origine du groupe. Beaucoup de ces derniers enregistraient leur musique sur cassette ou vinyle qu’ils distribuaient eux-mêmes. Ils créaient leur musique avec des synthés et des boîtes à rythme qui restaient fidèles aux sons de batterie obtenus en faisant de la programmation sur synthé et des mélodies fines et pleines de treble. Ils mettaient l’accent sur le son artificiel du synthé au lieu de le faire disparaître. Les éléments principaux : un beat mécanique, répétitif et des vocaux en contrepoint de ce côté artificiel. Les groupes n’ont jamais essayé d’utiliser les synthés afin d’imiter les groupes pop mainstream de cette période. Cependant il est vrai que certaines structures de chansons sont similaires à celles de la pop. On obtient une new wave très épurée. Comme le disait Jeremy Kolosine (l’un des membres fondateurs du légendaire groupe de synthpunk Futurisk), dans Alternative Rythms (juillet 1983) : « On peut espérer que le concept de « synthpop » disparaisse. Ça peut paraître étrange de me l’entendre dire ; mais si la « synthpop » disparaît, alors on utilisera les synthétiseurs. »

Il y avait plein de genres qui émergaient pendant les années quatre-vingt. Pourquoi as-tu choisi ce style en particulier ?

Ce n’était pas un choix conscient. J’ai une passion pour ce genre. Peut-être que tout a commencé lorsque j’ai reçu, à 11 ans, pour Noël, un Casio SK-1, ou peut-être la station de radio indépendante que j’ai écoutée pendant ma jeunesse et dont je faisais des compilations grâce à mon radiocassette .

minimal

Peux-tu nous décrire la manière dont tu procèdes pour sortir un vinyle ?

Premièrement, je contacte le groupe et vois s’ils sont intéressés par une réédition de leur musique. S’ils sont d’accord, je leur demande tous leurs morceaux et ensuite je sélectionne ceux qui sont, à mes yeux, leurs meilleurs ou ceux qui, ensemble, donnent un album des plus logiques. Ensuite nous faisons le mastering. Puis je fais la tracklist, et écoute en continu les morceaux jusqu’à ce que j’aie une idée pour l’artwork. A 90% je le fais moi-même, à moins que je me sente coincée et donc là je fais appel à d’autres artistes. Et pour finir nous envoyons les tracks et l’artwork à l’usine pour qu’ils nous fassent l’album.

Tu as choisi le format vinyle. Pourquoi ce choix ? Penses-tu que cela fait partie de l’image de la minimal wave ?

J’aime le vinyle pour le côté tactile qui est perdu avec le format digital (cd et téléchargement). J’aime que l’artwork amène à un autre niveau d’écoute et aussi la graduation visible sur le vinyle. L’art et la musique sont pour moi très connectés, le vinyle fut donc un choix naturel. Je pense qu’ils s’améliorent les uns les autres : vinyle, pochette, notes.

Tu as aussi créé un sous-label à Minimal Wave, Cititrax. Pourquoi cela ? Que voulais-tu explorer ?

J’avais envie de créer un label pour la musique que j’apprécie qui soit autre que de la minimal wave. J’aime beacoup les débuts de la house de Chicago et les nouveaux groupes qui utilisent les synthés d’une façon moderne. Tandis que Minimal Wave a généralement un côté froid et sombre, Cititrax est plus solaire. J’ai réédité un album culte de Chicago Z-Factor, The Dance Party Album, peut-être un des premiers exemples de house et probablement le seul album de house. Il y a aussi un groupe, Medio Mutante, qui
« wrings a mutated blend of raw and propulsive energy from their limited analogue gear. » [torture un mélange mutant d’énergie brute et propulsive de son équipement analogique limité].

Tu fais aussi de la musique au travers de ton projet 2VM. Est-ce un cheminement logique ? Comment as-tu produit cet EP ? Avec l’aide de Marc Houle ?

Oui, bien sûr. Nous étions ensemble et partagions un studio ensemble. Je faisais déjà de la musique de mon côté et nous avons décidé de collaborer. 2VM était un projet à deux, et nous avons enregistré environ une trentaine de morceaux. Nous les avons envoyés au label allemand Genetic qui les a immédiatement sortis (l’EP Placita). Eventuellement, les autres verront un jour la lumière du soleil.

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Ton label vient juste de sortir la compilation The Minimal Waves Tapes parmi d’autres tels que The Found Tapes, The Lost Tapes, etc. Quel est but de faire une compilation ? Comment décides-tu quels artistes seront sur une compilation et lesquels méritent une édition complète ?

Les compilations servent d’introduction pour les novices. J’ai commencé à faire des compilations car j’aimais en faire pour mon émission de radio, et essentiellement parce que c’est sympa de combiner des tracks qui vont bien ensemble. Je prends un réel plaisir à les faire, mais cela prend plus de temps vu le nombre d’artistes impliqués. Parfois, acheter la licence d’un morceau pour une compilation amènera à une sortie complète, comme pour Deux et Futurisk. Ce n’est pas tant à propos de quels artistes méritent une édition complète ou non, ça arrive naturellement lors de discussions.

Tu es aussi DJ. Comment va la nuit à New York ? N’est ce pas dur d’être une artiste dans cette ville ?

C’est vraiment bien. La vie nocturne s’est améliorée ces dernières années. Il semble que devant la crise économique, les gens cherchent plus à se libérer, à sortir. Cela a été  particulièrment bien pendant la période estivale. Je mixais une fois par semaine depuis le printemps et c’est  dur de trouver des dates. Je n’ai pas d’agent ou de RP. Tout se fait par le bouche-à-oreille. Et je réalise que plus je joue, plus les personnes entendent ce que je fais, ce qui amène à de meilleures dates. J’ai récemment mixé au MoMA (Museum of Modern Art) pour une exposition sur la typographie. Un vrai honneur. Le 10 juillet, je vais mixer au PS1 Museum à Long Island.

Tu as étudié la photographie. Souhaites-tu explorer d’autres formes d’art que la musique ?

Oui, j’ai une passion pour la photographie et je l’intègre dès que c’est possible aux albums. J’ai appris par moi-même les bases du graphisme donc cela me permet d’avoir un échappatoire et de toujours travailler pour le label. Je suis inspirée par la typograhie suisse, le mouvement futuriste italien et le mouvement situationniste des années cinquante et soixante.

Aurais-tu voulu signer des artistes sur Minimal Wave que tu n’as pas pu au final ?

J’ai toujours voulu sortir Space Museum de Solid Space. En 2005, j’étais en contact avec un des membres, Maf Vosburgh, au début du label, et je l’ai interviewé ainsi que les autres membres. Il a fini par me donner le master de l’album mais il reste toujours hésitant pour une réédition. J’aimerais toujours le faire !

Peux-tu nous en dire plus à propos du site internet ?

Je l’ai créé en 2005. Je voulais en faire une base de données en ligne autour de la musique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt avec des interviews, des clips vidéos… Créer une communauté de fans qui peut avoir accès à une librairie virtuelle. J’ai été fortement inspirée par le livre International Discography of the New Wave: Volume 1982 / 1983 et par un magazine hollandais de musique des années quatre-vingt appelé Vinyl.  Mais après la sortie du LP d’Oppenheimer Analysis, je me suis plus penchée sur les activités du label, les futurs vinyles et j’ai créé des moyens pour que les gens puissent les écouter comme bon leur semble.

Quel est le futur de Minimal Wave ?

Je suis actuellement en train de créer un nouveau site internet qui sera plus interactif.  Il mettra en avant des évenements autour du monde, et la communauté qui s’est créée autour du label. Le label s’agrandit de plus en plus et sert de connexion pour différents groupes actuels qui ont le même esthétisme musical. Il y a beaucoup d’albums en devenir qui sont intéressants et j’entends bien les sortir. Je travaille aussi sur une sortie Italo pour Citiras, un artiste que j’admire depuis bien longtemps ! Tous ces futurs projets seront annoncés bientôt à travers le site internet.