Xiu Xiu l'interview

XiuXiu_phDanBleckley_DSC_6631editChaque album de Xiu Xiu est différent, chaque album est semblable… Se pencher plus profondément sur le cas Jamie Stewart semble tenir de la psychanalyse tant la musique du collectif tenu d’une main de fer par son imperturbable leader fait étalage de nos propres phobies, nous renvoyant à nos angoisses à travers de macabres comptines narrées par la diva de l’expé-folk. En apparence du moins… Car derrière cette sensiblerie malsaine se cache une trivialité d’une extraordinaire insignifiance. Une vie en somme toute banale dans une société où l’atrocité et le malaise ont atteint une certaine forme de normalité. Voilà le message qui pourrait se cacher derrière l’étrange et fascinant Angel Guts: Red Classroom, dernier disque du duo californien. Le passage récent de Xiu Xiu à Petit Bain nous a donné l’occasion de s'entretenir avec la tête pensante du band de San Diego. Réputé pour ses sautes d’humeur, nous avions pris toutes nos précautions avant cette rencontre, armés de questions à l’épreuve des balles. Une appréhension absurde car c’est avec un homme serein et souriant avec qui nous avons discuté. Récit des faits ici, n’importe comment, autour de n’importe quoi…

Retrouvez la vidéo de Black Dick ici et celle d'El Naco .

Xiu Xiu l'interview

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Bonjour Jamie, peux-tu nous dire comment s’est déroulée la session d’enregistrement d'Angels Guts: Red Classroom ? Cet album sonne plus brut que les précédents, quel était ton état d’esprit en l’enregistrant ?
Hello Jamie, Can you tell me how the recording session of Angels Guts: Red Classroom went about ? This album sounds more raw than the ones before. What was your state of mind when you recorded it ?

Techniquement, ça s'est déroulé en deux étapes. J'ai un petit home studio. J’ai y donc enregistré les boîtes à rythmes et les synthés puis je me suis envolé à Dallas pour enregistrer les voix et les batteries chez John Congleton. Il a un studio un peu funky mais vraiment magnifiquement équipé et il a produit le disque. C'est quelqu'un que je connais depuis des années. Il a mixé beaucoup de mes disques mais nous n'avons jamais eu la chance de travailler ensemble sur un projet du début jusqu’à la fin. Durant le processus, je lui ai parfois envoyé des paroles, il y a eu beaucoup d’allers-retours entre nous, ce que nous n’avions jamais fait auparavant.

Tu m’as demandé dans quel état d’esprit j’étais ? Pendant que nous mixions le dernier album, John a suggéré que les mélodies et l’harmonie du prochain soient beaucoup plus simples et nous a conseillé de prendre exemple sur Suicide, ce que nous avons fait - nous les avons allègrement copiés tout au long de l’album. Au même moment, j’ai quitté cette petite ville toute pourrie de rien du tout en Caroline du Nord, au sud des Etats-Unis, pour retourner à Los Angeles où j’ai grandi, mais malheureusement dans un quartier compliqué et dangereux, le genre de quartier où je n’avais jamais habité auparavant, dans lequel on ne peut pas sortir la nuit ; même le jour, il faut être en permanence aux aguets, voir ce qu’il se passe autour de soi si on veut rester sain et sauf. Le disque a été fortement influencé par cette constante tension et vivre dans une telle pourriture est une chose que je n’avais jamais vécue. Je comprends que la plupart des gens sur terre vivent comme ça, mais ceci me préoccupait en permanence. Il s’agissait vraiment d’un voisinage inhabituel pour moi, peuplé d’une quantité de sans-abri, de dealers et de gangsters mais il y avait de l’autre côté de la rue ce qui avait dû jadis être un très beau parc. Il y a donc ce parc plutôt charmant, occupé par ces gens dont les vies ne sont qu’un effondrement et notre appartement étant en face de ce parc, il est clair que ce voisinage a vraiment influencé le disque.

Technically, we did it in 2 stages. I have a small home studio so I recorded all the synth and drum machines first there and then I flew out to Dallas, to the person who produced the disc, John Congleton who has a kind of funky but really beautifully equipped studio and did the vocals and the drum parts there. He is someone I have known for several years, he mixed a lot of records but we haven’t had the chance to really work from the beginning on something, and during the process, I occasionally sent him lyrics, there was a lot of back and forth between us wich is something we had never done before particularly with lyrics.

You asked me what was my stage of mind? While we were mixing the last record, John suggested the next record should be a lot simpler harmonically and more simpler melodically, suggesting maybe to use the band Suicide as a reference wich obviously we did, we rip them off constantly for this record. And at the same time, I had moved from this kind of rotten little city of North Carolina which is in the south of the US, kind of nothing and went back to Los Angeles where I grew up, but kind of inadvertedly to a very complicated and dangerous neighbourhood which is the type of place I had never lived before, the type of place where you can’t go out at night, even in the day time, you’ve got to be really aware of what is going on around to stay safe. So the record was really largely informed by that sense of really constant tension and being around that much decay essentially is not something I had ever experienced before. I mean, I understand that most people on earth live like that, but for me, it was something I had to think about in every different way. It is a really an unusual neighbourhood, a tremendous amount of homeless people, lot of drug dealers and gangsters, but it is across the street from this, what once was a very beautiful park. So there is this kind of a nice park but it is populated by all these people whose lives are essentially totally falling apart and that was across the street from our apartment.So the neighbourhood really influenced the record.

Le titre de cet album se réfère à la célèbre série de films Pinku-Eiga de Takashi Ishii. Pourquoi avoir choisi ce titre ? Et pourquoi Red Classroom et pas un autre ?
The album’s title refers to the famous film series Pinku Eiga by Takashi Ishii, what made you choose this title? And also why Red Classroom and not another one?

Pour plusieurs raisons. La première est très simple et la plus folle. D’un point de vue non-intellectuel, la consonance nous a plu. C’est aussi lié à L.A. J’ai quitté cette petite ville débile pour L.A. et durant. les jours qui suivirent, j’ai vu que le film se jouait dans une salle du genre plutôt normale. Tu sais, c’est l’un des films les plus transgressifs et débauchés que j'aie jamais vu.. Ce n’est même pas un bon film, c’est juste... horrible à tout point de vue, mais c’est justement ce genre de choses qui m’interpelle généralement. J’étais tellement soulagé d’être dans un endroit où quelque chose comme ça paraissait presque normal. Ce n’était pas un endroit bizarre et caché dans un dortoir de collège comme ça aurait pu l’être, mais dans une des rues les plus fréquentées de la ville. Ils ont passé ses films pendant toute une semaine dans ce cinéma, ce qui a en quelque sorte donné le ton à ce qui allait être le climat esthétique de ma vie. J’ai été en quelque sorte dépendant les quatre années qui ont suivi.

There ar a couple of reasons. The simple one is just, it is the craziest title. Just from a non intellectual sort of sub-aesthetic reason, we just liked how it sounded. But additionally, it kind of has to do with LA a little bit and so forth when I moved from the stupid little town to LA and within a couple of days saw the movie was playing at a pretty normal movie theatre. You know, it is one of the most kind of debauched transgressive movies I‘ve ever seen, it is totally unbelievable, it’s not even a good movie, but it’s just...awful at almost every regard. But that is the sort of thing that appeals to me generally and I felt so relieved to be back in a place where something like this was sort of normal almost. It wasn’t like a secret weird little place in some college kids dorm like it would be... It was on one of the busiest streets and they did a whole week of his movies at this movie house. So it was kind of resetting the tone of what was going to be available in my life aesthetically. I felt deprived for 4 years after that.

On te sait particulièrement attiré par le cinéma, la littérature... As-tu déjà été tenté par d’autres expériences artistiques que la musique ? Tes textes sont empreints de beaucoup de poésie, n’as-tu jamais pensé à en écrire ?
We know you are particularly attracted by the cinema and by literature. Have you ever thought of experimenting via other vectors besides music? Your texts are full of poetry. Have you ever thought of writing some yourself?

J’aime le fait qu’il y ait un médium dans lequel je ne m’investisse pas et que je peux seulement aimer comme un fan. Je suis vraiment intéressé par les films mais je crois que si je m’impliquais d’une manière ou d’une autre, c’est quelque chose qui me servirait surtout d’échappatoire à la musique. Même chose pour la littérature. Un jour, j’ai tenté d’écrire un livre mais c’était très mauvais. Je crois que je serais un mauvais écrivain... Cependant, je crois que j’ai écrit peut-être quatre - peut-être deux, c’est difficile à dire - deux livres complets de haïkus puis trois plus petits, qui sont plus ou moins proches de haïkus. Je crois qu’il y en a peut-être près de 2000 de publiés ou quelque chose comme ça.

I really sort of like the fact that there could be a medium that I don’t have really any investment, that I can just as a fan, totally enjoy. I think that I am totally interested in movies but I think that if I got involved in them, it would be something that I could just essentially use as an escape from music. Same thing with literature. I also tried to write a book once but it was terrible, I think I would be a bad writer so...But I wrote I think maybe 4... maybe 2, it’s hard to say, 2 full books of haikus and then kind of 3 smaller ones but I think more or less are just sticking to Haikus, I think I have maybe like 2000 published or something.

Tu as un rythme de travail effréné. Depuis les débuts de Xiu Xiu, on dénombre à peu près une sortie par an, et dernièrement le rythme semble encore s’accélérer... Comment vois-tu ta musique ? Comme une psychanalyse ? Un exutoire ?
You have a frenetic work rhythm since Xiu Xiu had debuted, about one recording a year and the rhythm seems still to accelerate. How do you see your music? As a psychoanalysis? An emotional release?

Je crois principalement comme une béquille, pour le meilleur et pour le pire. C’est devenu un moyen d’organiser ma vie émotionnelle. Je ne sais pas vraiment ce qu’elle serait sans ça. Ce n’est pas comme si les chansons faisaient fuir les mauvaises ondes, mais c’est un endroit ou mettre les énergies négatives, un exutoire. J’ai d’ailleurs du mal à envisager ce que je vais faire de Xiu Xiu plus tard, et c’est même la raison pour laquelle je panique un peu. L’idée de faire face à ma vie sans le groupe est un peu inquiétante.

I think essentially a crutch, you know what that word is? I think it is for better or for worse, it has become the way that I essentially organise my whole emotional life. I don’t really know what I would do without it. It’s not like songs make bad feelings go away, but it’s a place to put negative energy, so it’s an emotional release. I am actually having a really difficult time figuring out what to do with Xiu Xiu next and it makes me panic a little bit for that very reason. The idea of facing my life without it is a little worrisome.

Xiu Xiu a toujours été vu comme un groupe à géométrie variable avec toi comme chef d’orchestre. Cependant depuis quelques années Angela Seo semble faire partie intégrante de ta pensée musicale. Comment vivez-vous cette collaboration au jour le jour ? Elle semble être à la fois ta muse et ton âme soeur.
Xiu Xiu has always been seen as a fluctuating group with you as leader. However, since several years Angela Seo seems to be an integral member. How do you experience this collaboration daily? She seems to resemble at once your muse and your soul-mate.

C’est mon amie la plus proche et nous tournons ensemble depuis 2012. Mais nous habitons dans deux villes différentes. Nous n’avons donc pas l’occasion de faire de la musique ensemble si souvent. Ça fait des années qu’elle est ma meilleure amie bien avant qu’elle ne s’implique dans le groupe et nous avons une profonde compréhension l’un de l’autre. Notre relation est basée sur la confiance. Il est difficile de décrire notre relation de travail. Je peux expliquer la partie fonctionnelle, mais c’est assez dur de traduire avec des mots la partie sous-jacente, musicale. D’habitude, si je travaille sur un morceau et que je lui fait écouter, elle va me dire : “Ça c’est bien, ça c’est mauvais, continue avec ça ou ne va pas vers ça". C’est vraiment quelqu’un dont l’opinion compte tout particulièrement pour moi ces dernières années. Je crois que lorsque je perds confiance en moi, je compte plus sur elle. Je ne sais pas combien de tournées elle pourra encore assurer car elle a un travail stable qu’elle doit garder. Mais elle va sûrement continuer à s’impliquer dans les disques...

She is my closest friend and we’ve been touring together since 2012. But we live in different cities so we don’t get a chance to work on music as often. She has been my closest friend several years before she got involved in the band and we have a really deep understanding of each other, a lot of trust is there. It’s difficult to describe our working relationship, I can explain the functional part of it, but the underline subconscious, the musical part is kind off difficult to put on words. Usually I work on something and then will have her listened to it and she will say this part is good this part is bad, keep on going with this or don’t go with that.. it’s really somebody whose opinion that I trust particularly in the last couple of years. I think as I get less confident, I am relying more on her. I don’t know how much touring she will be able to do in the future but she got a regular job that she needs to hold on too, but she will certainly continue to be involved in the records.

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Vous vous mettez d’ailleurs souvent en scène dans vos clips, souvent dans des situations contradictoires... Ça vous plaît de jouer face à la caméra ?
You are often together on stage in your video clips, often in opposing situations... Does the camera inspire you?

Elle est superbe sur les photos et moi je suis affreux. Sur 500 photos, il y en a peut-être deux bonnes de moi alors qu’elle sera bien sur 400. Je déteste les shootings mais elle les aime et s’en sort bien.

She looks great on photos and I look terrible on photos... Ok if you saw 500 photos, maybe you will see 2 good ones? She will look good on like 400 and I will look possible on 2 of them. I hate photoshoots but she likes them and she’s good at it.

Je parlais plus des clips en fait.
I was actually talking more of the video clips I am sorry.

Je fais tout pour les éviter.

I do my best to stay out of them.

Dear God I hate myself par exemple ? Lorsqu’elle se fait se fait vomir ?
Dear God I hate myself for example? With the throwing up?

Je crois que si c’était juste une vidéo de moi en train de manger, ça ne voudrait rien dire. Mais le fait de nous avoir tous les deux nous montre plus en complémentarité qu’en opposition. Il s’agit encore de venir avec un concept direct et simple de quelque chose que quelqu’un pourrait avoir envie de regarder pendant 3 min. Tout comme Black Dick, il s’agit d’une vidéo qui a un concept. Je ne me rends pas compte de leur succès mais l’intention est de faire quelque chose d’extrêmement direct.

Je crois qu’après avoir fait cette vidéo, les gens ont commencé à nous poser un tas de questions à son sujet et nous nous sommes mis à nous demander quel en était le sujet. Mais nous nous sommes sentis obligés de défendre ce clip parce qu’il a été très mal compris. Les gens ont dit énormément de choses terriblement racistes sur cette vidéo. C’est fou ce que certaines personnes peuvent être débiles. Ça a pris des proportions bien plus folles que ce qu’on attendait, ce qui est très bien. Je suppose que c’est bien là le but de toute expérimentation esthétique.

Et bien c’est réussi.

I think if it was just a video of me eating it wouldn’t mean anything, but having us together is more complementary than in opposition. That again is trying to come up with some fairly, direct and very simple idea that somebody could potentially want to look at for 3 min. That’s another video not unlike Black Dick that has one idea and Dear God has one idea. I don’t know how successful they are but the attempt is to do something incredibly direct.

Well it is then a success.

I think after we made that video and people started asking us about of it a lot, we started considering what the subjects would be, but we almost felt we had to defend it because it was really largely misunderstood. People said a lot of tremendously racist things about the video. It is really surprising how fucking stupid some people are. It became a hell lot more than it intended to be which is fine, which in some ways I suppose would be the goal of any sort of aesthetic experiment.

En parlant de vidéo, le clip de Black Dick a clairement été rejeté par les canaux habituels... Etait-ce inconscient ou un but recherché ? Une manière de voir ce que les médias et le public pouvaient tolérer ?
Speaking of videos, Black Dick was evidently rejected by the habitual channels. Was this unpremeditated or a definite provocation, testing what the media and the public could tolerate?

Essentiellement, le contenu de la vidéo repose sur une idée : filmer sur mon laptop des images porno particulièrement débauchées, puis des images de chats. C’est une idée très stupide et très simple. Il n’y a vraiment rien derrière tout ça. J’aurais aimé que ce soit une sorte de provocation envers les habituels médias rasoirs, mais ils sont tellement ennuyeux que je ne vois vraiment pas l’intérêt de les provoquer. C’était un truc vraiment adolescent et toute cette vidéo est une vraie sottise d’adolescent. Je trouvais ça drôle. J’aurais aimé que ce soit très malin mais ce n’est pas le cas.

The content of the video is just basically one idea: Film on my laptop screen images of particularly debauched pornography and then images of cats. It’s a very stupid and simple idea.Considering that we were going to be using them really over pornographic images, we knew it wouldn’t be anything else... There really is nothing behind it at all. I wish that it was something like a provocation against a sort of regular boring media, I think those things are so boring already, I see no point in provoking them anyway Pause...It is really being a total teenager, the whole video is really a teenage idiocy. I thought it was funny. I wish I was smarter but that is not the case.

Il y a clairement une évolution entre le Xiu Xiu de Knife Play et celui d'Angel Guts, mais le plus surprenant reste ta manière d’aborder certaines thématiques. Le côté très mélancolique et sombre des débuts semble s’être mué en humour noir ou colère franche... Comment expliques-tu cela ?
There is a clear evolution, between de Xiu Xiu of Knife Play and the one of Angel Guts, but most surprising is your manner to take on certain subjects. The dark and melancholic side of your first albums seems to have muted into black humour or sincere anger... Can you tell us about this?

Voilà une question parfaitement légitime mais je suis sans doute la dernière personne à pouvoir y répondre car je n’ai pas du tout de recul sur tout ça. Nous avons fait des disques dans l’idée de : “On commence un disque, on le finit puis on en démarre un autre, on le finit”. Les disques sont presque toujours des témoignages, comme je l’ai dit, des vies familiales des membres du groupe, des différentes choses personnelles qui leur arrivent. C’est pourquoi il n’y a pas le recul nécessaire. J’apprécie que tu aies vu une évolution, c’est possible, mais je crois qu’à moins de rester assis une heure durant à y réfléchir, je ne crois pas pouvoir en dire grand chose. Merci de l’avoir remarqué. Ok, j’imagine que la chose à retenir est ce qui a compté pour moi depuis douze ans, un reportage sur les vies des gens du groupe et de leur entourage.

This is a totally fair question but I am probably the worst person to answer that question because I don’t have any perspective on it at all. Because we made records, like “we start a record, finish one and we will start another one and finish one” the records are always documents, are, as I said, the lives of the family members of the band, politics and things that happened to people in the band. There’s really no kind of distance from it. I appreciate that you have seen some evolution and that might be a possibility but I think without like sitting and thinking of it for an hour, I don’t know if I could really say a lot about it. Thanks for observing it. Ok, I guess the one thing it would be is as a document of the lives of the people of the band and things around them that are important to me over 12 years.

As-tu déjà imaginé ta vie sans Xiu Xiu ? Sans la musique, où tu te verrais-tu aujourd’hui ?
Have you ever imagined life without Xiu Xiu? Without music, where would you see yourself now?

J’y ai beaucoup réfléchi et j’essaye d’imaginer ce que je pourrais potentiellement faire après, je me demande si... (longue pause)... Ça a l’air une blague, mais je crois que ça n’en est pas une. Je crois que je vais devenir un entrepreneur de pompes funèbres. Mais je vais devoir en parler à mon psy, parce que ça me fait très peur.

Pourquoi pas après tout.

Ma mère travaille au cimetière donc...

Ça prend son sens.

Dans un sens, totalement, ridiculement plutôt embarrassant et super évident, je réalise vraiment que ça a du sens. N’hésite pas à me rire au nez. J’en ai parlé à un de mes bookers et ça l’a aussi fait rire.

Well I’ve been thinking of it a lot and I just try to figure out what potentially to do next, I am wondering if... (pause)... This will sound like a joke (laughs) I don’t think it is a joke, but I think I might become a mortician. But I have to talk to my therapist about it because it is freaking me out so.

Well why not after all.

My mum works at the cemetery so...

It does make sense.

In a really totally, super obvious and ridiculous and semi-embarassing way, I do realize that it makes sense. Feel free to laugh at my face. I mentioned this to a booking agent of mine and he was also laughing.

Merci beaucoup Jamie.
Thank you so much Jamie.

Interview & traduction : Juliette Indjic

Audio


Xiu Xiu - El Naco (Video)

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Décidément infatigable le groupe de Jamie Stewart, nous offre une seconde vidéo en à peine deux semaines ! Cette fois c’est le morceau El Naco qui est à l’honneur. Toujours tiré de l’album Angel Guts : Red Classroom, dont il s’agit déjà du troisième extrait, le titre ne lésine pas sur les détails scabreux et le clip ne se prive pas d’en faire l’apologie. Pas vraiment étonnant donc de découvrir cette vidéo sur le site ricain Bloody Disgusting, bien connu des fans de films trashouilles donnant dans la tripaille. Après Black Dick uniquement visible sur la chaine cochonne pornhub, Xiu Xiu affirme un peu plus son orientation artistique et n’en fini plus de faire des choix très osés. Et ce dans tous les sens du terme.

El Naco Music Video from jamie stewart on Vimeo.


Xiu Xiu - Black Dick

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Xiu Xiu ne fait décidément rien comme personne. Son dernier opus Angel Guts: Red Classroom - faisant directement écho au chef-d’œuvre ero-guro du réal nippon et maître du Pinku-Eiga Noburo Tanaka - rompt avec la "légèreté" d'Always et Nina pour retrouver une crudité propre au style du groupe, déjà éprouvée sur les classiques Fabulous Muscles et Women as Lovers. Après un premier extrait, Stupid in the Dark, illustré par un clip bien malsain et gore, menacé par la censure, Jamie Stewart enfonce un peu plus le clou avec Black Dick dont la vidéo, des plus explicites, s'est vu refuser tout hébergement sur canaux musicaux. Récupéré par la plateforme de cul Pornhub, Black Dick s'offre une seconde vie, et à travers ses déboires confère une certaine forme d'échappatoire au X enfermé depuis des décennies dans un style moribond.

Vidéo

INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS


BLACK DICK brought to you by PornHub


Xiu Xiu l'interview

Il est toujours là, sur scène, transpirant à grosses gouttes, à susurrer dans une agonie théâtrale ses bonnes vieilles petites formules telles que « incinère-moi avant de jouir sur mes lèvres », ou à hurler soudainement comme si on lui arrachait une jambe en lui disant que son père était en fait sa mère. Voilà dix ans que Jamie Stewart défend Xiu Xiu, une des meilleures formations indie à fournir quasi-annuellement un brillant album de musique pour gens à problèmes. Dix ans de mal-être toxique, de tragédie d’être vivant, de pop songs accidentées, de plaies rouvertes. Huitième du nom, le bien nommé Always (lire la chronique) creuse encore le même sillon pavé d’orties. On y trouve un morceau sur Gul Muddin, adolescent afghan tué pour le fun par des soldats américains ; un autre sur la tentative de suicide d’un membre viré l’année dernière, écrit par le-dit membre ; une déclaration pro-avortement sur fond de chaos industriel ; un tube limite disco-rock sur la douleur de vivre ; beaucoup de surréalisme gore, de violence romantique, de choses personnelles – comme d’habitude. En découvrant la chose, on se demande d’abord « pourquoi encore ? » puis on se dit vite « parce que toujours ». L’icône alternative américaine Stewart, qui n’est pas avare en mots en a échangés quelques uns avec nous avant sa date parisienne le mois dernier.

Here he is again, on stage, sweating heavily, whispering in affected agony his good old lines such as « cremate me before you cum on my lips », or screaming suddenly as if his leg had been chopped off and someone told him his father actually was his mother. For ten years now, Jamie Stewarts defends Xiu Xiu, one of the best indie combos that supplies almost annually one brilliant album of music for people with problems. Ten years of toxic self-loathing, existential tragedy, bruised art-pop songs and re-opened wounds. The eigth of its kind, the aptly titled Always still digs the same nettles-paved ditch. Here you can find a song about Gul Muddin, an afghan teen killed for sports by American soldiers ; another one about the suicide attempt of a band member fired last year, written by said band member ; a pro-abortion declaration with a chaotic industrial background ; a simili-disco-rock hit single about the pain of being alive ; a lot of gore surrealism, romantic violence and personal things – as usual. When you first get to hear it, you can’t help thinking « why again ? » and then realize « 'cause that’s forever ». American alternative icon Stewart, who’s not sparingwith words, shares a few ones with us before his Parisian date last month.

Xiu Xiu n’a jamais eu de changement radical d’état d’esprit, la violence et la tragédie ne cessent de se développer. Est-ce que la haine de soi se nourrit d’elle-même ?
There’s been no radical change of mood in your art within ten years, it still develops the same violence and tragedy. Does self-hatred feed itself?

La haine de soi ne fait sûrement rien pour s'aider elle-même ! Quand on a commencé ce groupe, l'idée était d'écrire sur ce qui se passait dans nos vies, dans nos familles, ainsi que sur la politique. Toutes ces choses-là sont constamment restées du côté obscur, ainsi le groupe ne fait que refléter ces expériences. Néanmoins, chaque morceau n'est pas le plus sombre que l'on n'aie jamais écrit, il y a une certaine graduation (rires) ! On peut en trouver quelques uns qui ne traitent pas de sujets si durs que ça, ça arrive occasionnellement.

Self-hatred surely doesn’t help itself! When we started the band we decided that we would always write about what was going on in our lives, about politics, and our families, that has been consistently on the bleak side, so the band is only reflecting the experience of the band members and the politics. Not every single song is the darkest song we ever wrote. There’s a certain graduation (laugh). There are a couple of them that aren’t about dark subjets at all, they sneak in occasionally.

Dear God I Hate Myself était conçu comme un album très pop et immédiat. Quel était la ligne directrice de Always ?
Dear God I Hate Myself was meant to be a straightforward pop album. What was the approach with Always?

Tout a été un peu moins contrôlé que sur le précédent album. Avec celui-ci nous avons été très attentifs à écrire 12 pop songs aussi bien que nous le pouvions, en quelque sorte, écrire des "pop songs". Il y avait encore moins de direction esthétique que sur nos précédents albums. Normalement j'ai toujours une idée du ton général du disque, mais ce n'était pas le cas avec Always.

It was a little bit less considered than when we did DGIHM. With that one we were very much attentive to write twelve pop songs, as well as we can, you know, write "pop songs". Less than with any other record, we didn't have any aesthetic certainty with that record. With most other records, I think I had an idea what the tone was gonna be like, and it was not the case with Always at all.

La brutalité et l’intensité de Xiu Xiu sont-elles cathartiques ?
Are the brutality and intensity of Xiu Xiu cathartic?

Ce n'est pas cathartique, ça n'évacue pas tous ces sentiments, mais ça leur donne une sorte de signification autre que celle de se sentir tout simplement mal. Ça permet de les mettre dans un endroit, au lieu de les transformer en un comportement destructif. J'ai toujours été incroyablement dépendant de la musique pour organiser ma vie émotionnelle. Ça évite juste de rendre les choses ingérables.

It's not cathartic, it doesn't make these feelings go away, but it certainly gives them some meaning outside of just feeling horrible. It gives a place to put them instead of just putting them into destructive behavior. I've been incredibly dependent on making music to organize my emotional life. It just keeps things from getting too out-of-hand.

Les arrangements de Xiu Xiu sont éternellement saturés et chaotiques, comme si vous essayiez de fourrer un maximum d’éléments dans tous les morceaux. Comment est-ce que tout ça s’articule ?
Your arrangements are eternally busy and saturated, as if you were trying to shove the maximum amount of elements in every track. How do you articulate all that?

C'est très vrai (rires). Sur le prochain disque, on compte travailler avec un producteur, et il nous a conseillé d'essayer de faire exactement le contraire de ça et de voir ce que nous pouvions produire en nous limitant au moins d'éléments possibles. C'est clairement un défi. Nous avons toujours reposé sur des couches et des couches de son, de chaos, et je suis curieux du résultat. Je pense qu'au point où nous en sommes il est important d'essayer quelque chose de différent. Mais tous les disques que j'écoute ont toujours été très saturés. Nous sommes très influences par le Gamelan, où 6 ou 7 choses peuvent se passer en même temps.

All that is pretty accurate (laughs). We're going to work with a producer on the next record and he said that we should try to do the opposite of that and see what it would be like to have the least amount of things going on as possible. That's a kind of a challenge indeed. We've always relied on layers and layers of sound, and chaos, so I'm curious about the results. I think at this point it's important to try something different. I think all the records that I've liked in my life have always been that way. We've always been influence by gamelan music, with 6 or 7 things happening at the same time.

La précédente tournée était un pensum apparemment (cf. un de ses articles dans le Huffington Post). Celle-ci, elle donne quoi ?
The previous tour was a torture apparently (check one of his Huffington Post articles). What about this one?

Cela ne fait que quelques jours qu'on a commencé celle-ci, donc tout va bien. Rien ne nous est arrivés pour le moment, rien de comparable à ce que je décrivais dans le Huffington Post. C'est même plutôt plat (rires) ! Le groupe avec lequel j'ai bossé ces quelques dernières années ne jouait tout simplement pas bien, et je ne m'entendais pas bien du tout avec eux, c'était juste lourd.

This one's only a couple of days in. Nothing happened to us during that tour, compared to what I described in the Huffington Post. This one's only boring (laughs). The band I had been working with in the past couple of years, we knew that she only able to do it for a couple of years and that she had to be back to school, so I had to find some other people, and I just didn't get along and I think they played really poorly so it was a drag.

Dans ta présentation sur le Huffington Post, tu dis être en train de gâcher ta vie et que Xiu Xiu est juste un moyen d’immortaliser tout ça. Qu’est-ce qu’aurait été une vie pas gâchée ?
In the Huffington Post description of yourself, you wrote that  you were wasting your life and Xiu Xiu was a way to document it. What would have been a life not wasted?

Je pense juste que je voulais faire le malin dans ma description… Une vie qui n'aurait pas été gâchée ? Une vie au service direct des autres, travailler dans le social par exemple. Ou probablement une vie avec quelqu'un qui soit plus apte à avoir des sentiments (rires). Le but du groupe est de faire ça bien sûr, ou en tout cas on essaye d'approcher les choses comme ça.

I think I've just been cheeky in my description… A life not wasted? All life in direct service to other people is not wasted. Working in services for instance. Probably a life with somebody who is more capable of feelings (laughs). the point of the band is to do that of course, we attempt to approach it that way.

Gul Middin, Factory Girl, I Luv Abortion expriment tous une dissidence politique plus forte que jamais chez Xiu Xiu. Ça fait comment d’être quelqu’un comme Jamie Stewart aux USA en 2012 ?
Gul Muddin, Factory Girl or I Luv Abortion express a stronger-than-ever political concern in Xiu Xiu. How does it feel to be someone like Jamie Stewart in the USA in 2012?

Les temps sont durs pour qui que soit aux USA actuellement, du fait de la situation politique actuelle. Tout semble encore plus grave et malsain qu'à l'époque de Bush, ce que je ne pensais pas possible. Tout est là pour nous diviser. La droite semble être dirigée par des gens encore plus débiles qu'avant, ce que je ne pensais pas humainement possible non plus. Les gros candidats républicains sont encore plus terrifiants que Bush, et plus extrêmes. C'est carrément flippant parfois. Si Obama est réélu ça se fera sur une toute petite marge. Il n'a rien d'extraordinaire de toute façon, je ne l'aime pas plus que ça, mais au moins il ne me terrifie pas. Tout le monde semble être devenu totalement dingue dans sa manière de considérer les services sociaux, la protection de la santé, les droits civils. J'ai du mal à croire à quel point la droite est devenue vicieuse. J'ai demandé à ma mère comment elle percevait ça, puisqu'évidemment elle est plus âgée que moi comme n'importe qui pourrait s'en douter, et même elle m'a dit que c'était la période la période la plus violente qu'elle ait vécu. La droite a tendance à être très puissante étant donné qu'elle a été au pouvoir pendant un bon moment avant Obama, et depuis qu'il a été élu, le fait qu'ils devraient prendre en compte l'humanité ne serait-ce qu'une seconde était plus qu'ils ne pouvaient tolérer. La réaction est donc très brutale.

It's a difficult time to be just anyone in the US at the moment due to the political situation. It seems even more fucked than it did during the Bush era, which I didn't think was possible. It's incredibly divisive. The right wing seems to be run by even stupider people than it was, which I also didn't think was humanly possible. The big right wing candidates are actually even more terrifying than Bush, and more extreme. It's very worrying sometimes. If Obama gets elected, that would be with a very slim margin, well he's not great, I don't like him particularly, but he doesn't terrify me. People seem to be fucking out of their minds, in the way they're considering social services, health care, civil rights. I can really not believe in how vicious the right wing has become. I asked my mom about this, about how she perceives this, as she's obviously quite a bit older than me as anyone would expect, and she said that was the roughest she's ever witnessed. The right wing tends to be incredibly powerful as they've been in power for quite a while before him, and since Obama got elected, the fact they would have to consider humanity for a second was more than they could bear, so the reaction to that is that they became much more brutal.

Qui s’est fait tatouer pour la pochette du dernier album ?
Who got tattooed for the sleeve?

C'est mon frère qui s'est fait tatouer pour la pochette. Il avait déjà fait le design de plusieurs de nos pochettes différentes et un jour il a débarqué en nous disant : "J'ai une idée incroyable, on doit faire ça". Nous sommes très proches, c'était donc très touchant. Il a beaucoup de tatouages donc ce n'est pas non plus comme si c'était le seul tatouage qu'il avait, mais j'ai été très ému par son dévouement !

My brother got tattooed for the sleeve. He has designed several of our last records sleeves, and he came up some day saying "I have an amazing idea, we have to do it". My brother and I are quite close so it's very touching. He has a lot of tattoos so it's not like it's the only tattoo he has, but I was very moved by his dedication!


Photoshoot : Xiu Xiu au Point Éphémère

L'objectif d'Hartzine était au Point Éphémère le 18 mars dernier. Au programme, Xiu Xiu (lire la chronique).

Photos


Xiu Xiu – Always

La plupart du temps,  la seule prononciation  du mot Always nous est synonyme de serviettes hygiéniques. Au final,  nous n'en sommes pas si loin, tant le nouvel opus des Californiens de Xiu Xiu semble se gorger de sang. Une redondance malsaine, maculant une pop loin d’être proprette, éponge des sentiments délabrés et des expériences malheureuses d’un Jamie Stewart dont les névroses nous sont dévoilées sans retenue. Une recette qu’il érode sur neuf albums indispensables, sans aucune assonance ni verbiage, faisant fi d’une originalité à toute épreuve, plongeant peu à peu l’auditeur dans un univers aussi morose que délectable. Se réinventer tout en restant constant, tel pourrait être le secret de la longévité de Xiu Xiu. Il faut dire que Jamie Stewart sait tirer le meilleur parti de ses collaborateurs. Il confie une nouvelle fois la production de son dernier bébé à Greg Saunier, légendaire batteur du groupe Deerhoof avec qui il partageait autrefois le même label, mais surtout ce goût impétueux pour les mélodies expérimentalo-grotesques. On retrouve également au casting de ce nouvel opus la magnifique et charnelle Angela Seo, déjà partenaire dans le crime de l’excellent Dear God, I Hate Myself, mais également Zac Pennington, leader incontesté de Parenthetical Girls et proche de Stewart, embrassant le même amour de la controverse.

À peine entré dans le vif du sujet, Stewart nous invite, autour d’un Hi répulsif, à prendre le siège du psychanalyste et à écouter ses complaintes colorées, sublimées d’une horreur euphorique coulant le long de sa voix timide. Une synth-pop éraillée et acide, dissimulant parfois les instances macabres  de Joey’s Song et de Beauty Towne - ce dernier faisant d’ailleurs écho au morceau Clowne Towne, figurant sur l’essentiel Fabulous Muscles. Et bien que l’on soit fan de ces atmosphères bordéliques et borderline, ce sont finalement les complaintes mortifères du groupe qui nous touchent le plus. De la ballade faussement folktronica mais vraiment tordue Honey Suckle à la danse obscure des arpèges de Factory Girl, Xiu Xiu triture nos sens, laissant notre âme totalement cabossée. Et c’est toute l’histoire de cet Always, qui provoque chez l’auditeur des traumas sonores délectables (I Luv Abortion) qui n’ont d’égale que la noirceur des fables devenues la marque de fabrique du groupe de San José. Les furieux labours anaux d’une tendre chanson d’amour finissant dans le meurtre le plus craspec, entonné sur des rythmiques gymnastiques, des entrelacs de bidouillage électronique dissonant et de mélodies lo-fi débraillées bien qu’acoustiques. Des formules certes mille fois entendues, mais dont le degré de fascination semble ne vouloir cesser de nous torturer avec le temps… Des titres comme Chimneys Afire et Gul Mudin se positionnent non seulement comme au centre névralgique de ce nouveau monument musical, mais bâtissent aussi un nouveau palier architectural et viscéral dans la carrière déjà très riche du groupe californien.

Alors dire que le dernier album de Xiu Xiu surprend serait mentir, mais en ont-ils vraiment besoin, tant Jamie Stewart nous assène avec régularité d’ovni discographiques aussi audacieux que de première nécessité. Et une fois de plus, notre croquemitaine de la pop-expérimentale ne nous fait pas faux bond, nous offrant un recueil de poèmes lacérés aux barbelés, parfumés aux chrysanthèmes et au foutre.

Audio

Vidéo

Tracklist

Xiu Xiu– Always (Bella Union, 2012)

01. Hi
02. Joey’s Song
03. Beauty Towne
04. Honeysuckle
05. I Luv Abortion
06. The Oldness
07. Chimneys Afire
08. Gul Mudin
09. Born to Suffer
10. Factory Girls
11. Smear the Queen
12. Black Drum Machine


On y était - Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu à la Fondation Cartier

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Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu, La Fondation Cartier, Paris, 18 novembre 2010

Les adorateurs de Nika Roza en auront eu pour leur compte, enfin façon de parler... Car étonnamment, Zola Jesus, au sein de cette formation triangulaire semblait être l'entité la plus attendue du public parisien. La jeune femme ne cessant de fasciner par son flegme gothique et son aura mystique. Les moins cultivés la rapprochant tendancieusement de Fever Ray, avec qui elle partagea une partie sa récente tournée, les plus prétentieux la désignant héritière du testament musical légué par Siouxsie Sioux et ses Banshees, qui dois-je le rappeler, n'est pas disparue. Et me souvenant alors que la salle affichait complet depuis des semaines, je fus surpris de la surface encore disponible. J'aurais pu m'allonger sur le sol ou dresser une nappe pour pique-niquer que mes voisins n'en aurait pas été plus gênés. Et d'ailleurs, en scrutant un peu plus le public, je remarquai de plus en plus l'absence de Monsieur Lambda. Ici un attaché de presse, par ici un responsable éditorial, à ma gauche une journaliste, à ma droite le staff promo d'un label... Mais où était donc passé Monsieur tout-le-monde ? Ce concert prenait d'un tour des allures de prestation artistique mondaine. Accrochez les artistes à des toiles et sortez les petits fours. Mais connaissant le mauvais goût de nos musiciens, attendez-vous à ce que quelqu'un ait dégueulé dans les tartines de foie gras.

Loin de refléter l'Art contemporain comme l'ambitionnent les multiples expositions de la Fondation Cartier, Former Ghosts confirme par ailleurs le talent de Freddy Ruppert pour exhiber les plaies des êtres blessés sous leurs formes les plus animales et larmoyantes. Accompagné de Jamie Stewart, le duo entame le set par le strident The Days Will Get Long Again. Les saturations de guitares s'accompagnent de cris, tandis que Freddy fracasse une grosse caisse avec hargne. New Orleans ne se fera pas attendre, la voix grave du chanteur tranchant l'aorte de spectateurs pourtant égarés. On retrouve dans le morceau toute la crispation et la douleur qui nous avaient saisi lors de sa première écoute en format domestique. L'auditoire ne semble pourtant pas convaincu, restant patiemment à attendre la venue de Nika Roza. Ce qui sera d'ailleurs relativement hilarant, puisque personne ne semblera la reconnaître lorsque celle-ci grimpera sur scène pour interpréter Chin Up. Ce morceau qui avait pourtant ravi à l'écoute de New Love peine à convaincre lors de son passage en live. Une faiblesse dans la voix de la chanteuse n'y sera pas étrangère et ne sera pas sans inquiéter pour la suite. Taurean Nature sera le dernier morceau de ce (trop) rapide concert de Former Ghosts, laissant Freddy Ruppert seul face à un public qui commence seulement à s'immerger dans sa musique. Poussée à son paroxysme, la dramaturgie de cette chanson explose littéralement à la gueule de l'auditoire et laisse le chanteur en larmes. Celui-ci prononcera quelques mots brefs concernant l'accident mortel qui le poussèrent écrire cette chanson, avant de quitter la salle la tête basse. Ceci n'est pas un show, c'est de l'émotion brute mise en musique. Il est regrettable que le public ne l'ait pas apprécié à sa juste valeur. Moi, oui.

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Une lourde pause permet de souffler un peu. Dommage, il n'y a pas de bar pour se soûler la gueule. Peu importe, je profite de ce moment de répit, pour m'allonger sur le sol et passer un appel longue distance. Quand je vous disais qu'il y avait de la place. A vrai dire, j'ignore ce qui prendra autant de temps aux techniciens pour effectuer le changement de plateau, car le battement sourd et introductif d'I Can't Stand semble venir de nulle part. C'est sur une scène quasi nue que grimpe la toute petite mais énergique Nika Roza. Cependant, les premiers sons expulsés par la chanteuse nous rassurent quant à l'état de sa voix et celle-ci exécute avec brio ce qui restera, il faut bien l'avouer, l'hymne tortueux de Stridulum II. Il y a dans ce morceau une puissance douloureuse qui tiraille jusqu'aux larmes et déchire l'âme. La chanteuse se donne corps et âme, se balançant sur elle-même et poussant sa voix dans ses derniers retranchements. Et pourtant... Les titres s'enchainent avec une certaine répétitivité, et la chanteuse commence à nous lasser par ses gimmicks et ses allers-retours le long du plateau. Même l'aide d'Angela Seo, totalement en retrait, ne lui sera d'aucun secours. Il manque à cette voix l'âme d'un groupe, qui fasse vivre les compositions pourtant enivrantes recrachées ici, bêtement par un lecteur MP3 (SIC !). Bizarrement, au-delà de toute comparaison, le timbre de Nika Roza, ne me fait ni penser à Siouxie Sioux ou à Jarboe à qui l'on a pu la comparer si souvent, mais à Kim Carnes pour son ton grave, voir Cindy Lauper pour l'éraillement strident de sa voix et sa facette punkette-trash... N'y voyez-là aucun mauvais jugement, malgré leurs carrières pop, ces nanas avaient du coffre. Enfin quoiqu'il en soit, malgré un répertoire bien fourni, Stridulum et Run Me Out en tête, le spectacle en forme de cérémonie aura grand peine à rassasier une assistance qui en attendait beaucoup plus, et moi le premier.

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Cela dit, malgré tout le respect que je dois aux artistes précités, Le Gros Morceau de la soirée restait Xiu Xiu. Et si je n'avais malheureusement pu assister à leur unique date donnée cet été au Point Ephémère, je ne pouvais immanquablement rater l'occasion de me faire un avis sur la prestation live de mon entité musicale chouchou. Si l'installation du matériel nécessaire à leur prestation semble tirer sur la longueur, le jeu en vaut cependant la chandelle. Il y a une sorte d'alchimie muette entre Jamie Stewart et Angela Seo qui semble rendre l'utopie accessible. Le duo accorde fureur, supplication, ironie, grotesque et sériosité avec un rare sens de la mélodie, la repiquant ensuite d'extravagances les plus folles. Je ne vais pas vous faire une description musicale de l'univers des Californiens, vous y êtes déjà probablement familier, je dirai simplement que le show auquel je pus assister était bien supérieur aux émotions dégagées par les multiples écoutes qu'avaient pu me procurer n'importe quel album du groupe. Comment ne pas céder à l'affolement d'un Crank Heart électrique ou au bouillonnement contagieux de Gray Death, comment rester de marbre devant le traumatisme saisissant de Pox ou l'électronica boulimique de Chocolate Makes You Happy. Jamie se jetant à corps perdu dans chaque morceau, se laissant à chaque fois une bonne minute de récupération. Et alors que le public attends avec lubricité Boy Soprano, je me régalerais d'un I Love the Valley Oh ! joué à la perfection, et qui sera l'occasion pour l'artiste aux multiples talents de montrer comment utiliser une Nintendo DS à d'autres fins que récréatives. Après tout, à chacun son classique ! Sur scène, la très magnétique et charnelle Angela Seo attise les regards, tout en gardant une distance imperturbable. A eux deux, nos musiciens symbolisent parfaitement le feu et le glace. Après un Save Me, glissant doucement dans l'affliction, Xiu Xiu termine son concert autour des deux titres crève-cœurs Dr.Troll et Sad Pony Girl Guerilla, livrant au spectateur deux comptines douces-amères emplies de tristesse et d'affection, avant de le laisser seul face aux méandres de la solitude.

Je repartai donc avec un sentiment de suffocation, d'étranglement, de profond désenchantement, un sourire narquois en coin. L'illusion d'avoir passé la soirée en compagnie des rejetons de Brett Easton Ellis et Jay McInerney. Je vaquai donc dans la nuit, bercé par les gouttes, le regard perdu, sachant pourtant pertinemment qu'en me réveillant le lendemain matin, les choses ne seraient plus tout à fait pareilles...


Xiu Xiu - Dear God, I Hate Myself

xxdeargodcoverIl serait peut-être temps d’en finir avec Animal Collective. Si le groupe de Brooklyn fut l’un des précurseur à renouveler le rock indé expérimental, il faut aussi compter, à la même période, sur l’émergence de son pendant négatif Xiu Xiu (à prononcer chouchou s’il vous plaît) et des très sauvages Gang Gang Dance. Et bien que cette sainte trinité laborantine de l’exploration sonique attache une grande valeur à partager une perception plutôt qu’à réellement communiquer, il existe chez Jamie Stewart une barrière inquiétante et infranchissable.
L’artiste semble mu autant d’un sentiment de rébellion que d’automutilation, retranscrivant dans ces textes cette ambivalence avec un tragique quasi psychotique. Car la musique de Xiu Xiu n’est pas noire pour autant, au contrario de Former Ghosts, projet de pétales fanés auprès duquel il servit l’année dernière, au côté de Freddy Ruppert et Nika Roza. Alors que Fleurs rappelait effectivement le son du premier New Order, marqué par la disparation de son charismatique leader, Dear God, I hate myself nous laisse entrevoir ce qu’auraient pu être les Smiths s’ils avaient explosé dans les années 2000 et que Morrissey avait secrètement été fasciné par le bondage et trouvé les armes de tueurs en série arty.
J’exagère bien entendu, puisque c’est sur ces digressions que se repose tout le malaise et la fascination que provoque la musique de Xiu Xiu. Il y a de Gray Death à Impossible Feeling, ce troublant rejet de l’auteur pour ces fascinations morbides qu’il expose délibérément, faisant étalage de la stupidité humaine, la populace se recroquevillant dans l’auto-flagellation afin de se sentir exister, d’être regardé, de se sentir bouger (anorexie, boulimie, automutilation, strangulation…).
C’est donc dans un état des plus dépressif que le disque s’entame, partagé entre envie de suicide et colère craché au visage. Jamie fait pleuvoir des rafales de guitares sur l’orageux Gray Death et s’amuse à triturer sa Nintendo DS sur House Sparrow. Et oui, nouveau instrument non négligeable mais assez surprenant dans la panoplie déjà bien fournie du groupe Californien. Angela Seo, remplace au pied levé la pourtant attachante Caralee McElroy, tenant en laisse les pulsions de son leader de cousin. Cependant la nouvelle venue semblera s’être bien acclimatée comme en attestera la vidéo du morceau Dear God, I hate myself, ode à la boulimie, dans lequel Angela passe sont temps les doigts au fond de sa gorge en plein écran.
Falkland Rd. Restera peut-être la chanson la plus mystérieuse de ce nouvel et très réussi album. La voix faussement androgyne de Jamie Stewart rappelle celle d’Antony Hegarty, mais celui-ci semblant s’être perdu dans les voies sombres et ténébreuses qu’empruntaient habituellement Skinny Puppy à l’époque de Remission & Bites.
Même s’il est étrange de parler d’atrocités avec tant de tendresse dans la voix (Chocolate Makes You Happy), s’attendant à ce que l’attitude de Stewart en dérange plus d’un, on ne pourra faire l’impasse sur la magnificence d’une pop cisaillé au scalpel, rafistolé par des sutures noise et pansements de rythmiques binaires. Cette voie, Bauhaus, Cure ou encore les Smiths l’avaient emprunté avant lui, Xiu Xiu en devient simplement le nouveau porte étendard, se mutant en l’ultime groupe qu’on adorera détester, car derrière le génie cynique et sarcastique, ce sont tous nos penchants sombres qui sont pointés du doigt…

Audio

Xiu Xiu - Chocolate Makes You Happy

Video

Tracklist


Xiu Xiu - Dear God, I hate myself (Kill rock star, 2010)

1. Gray Death
2. Chocolate Makes You Happy
3. Apple For A Brain
4. House Sparrow
5. Hyunhye's Theme
6. Dear God, I Hate Myself
7. Secret Motel
8. Falkland Rd
9. The Fabrizio Palumbo Retaliation
10. Cumberland Gap
11. This Too Shall Pass Away (For Freddy)
12. Impossible Feeling