Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


William Cody Watson interview & Mixtape

Au regard de leur polysémie, certains mots siéent à merveille au sujet qu'ils embrassent sémantiquement. Celui de "prolifique" épouse sentencieusement les contours vastes et extensifs de l'œuvre solaire de William Cody Watson, artiste touche à tout, plus connu sous les divers patronymes, voués à l’extinction, de Pink Priest, Malibu Wands ou Gremlynz. Prolifique - c'est à dire fertile et fécond à la fois - l'homme est susceptible de conjuguer, d'un même mouvement vers l'absolu et le néant, discographie démesurée, difficilement quantifiable, et sommation névrotique à la réflexion, à l'introspection. Jouant sur les textures sonores, au détriment d'harmonies réduites à leur portion congrue, et s'adonnant sans rémission à la contiguïté des sons - ces fameux "accords continus", pierre angulaire d'une drone music initiée par La Monte Young en 1958 - William Cody Watson donne corps à ses émotions, à son sentimentalisme exacerbé et exaspéré, entre plages méditatives, silences inquiets et fracas bruitistes. Odyssée désespérée et enivrante, sa musique brûle telle une invitation au voyage nihiliste, sans but certain et sans intention d'ailleurs, où ne compte que le mouvement, celui vain mais éternellement beau.

Nombreux sont et seront les réfractaires, insensibles à cette surdité mélodique, mais fidèles sont les adeptes d'une telle expérience extatique au bruit, s'éprouvant comme il se doit, dans les marécages insomniaques et opiacés de nuits tentaculaires. L'ouïe sensiblement arnachée à ses déflagrations cosmiques, les rétines ne sont pas en reste puisque de nombreuses vidéos, réalisées par des amis inspirés, doublent les éditions vinyles par des versions DVD. En témoigne le LP Swallow Your Dreams, récemment paru via La Station Radar, et magistralement porté à l'image par Geoffrey Sexton. Décliné par une mixtape à écouter et télécharger ci-après, cet LP, faisant suite à Honeysuckle premier long format du projet, est l'ultime sortie de William Cody Watson sous la patronymie Pink Priest. Une parenthèse se ferme donc mais la vision s'élargie au-delà d'un océan de promesses : celui qui griffonna un temps pour Impose Magazine et qui apporte aide et soutien inconditionnels à Jon Hency de Bathetic Records, s'évertue d'ores et déjà à diligenter en son propre nom ses pérégrinations contemplatives sur l'asphalte (Night Music for Driving I & II) et l'idiome cinématographique (le futur LP Bill Murray), et ce, tout en s'initiant à l'écriture au sein du Satan’s Crystal Art Collective. Cela, sans mentionner Scissoring, son projet avec Dan Svizeny de Cough Cool (lire). Prolifique on vous dit.

Audio

Entretien avec William Cody Watson

J'ai lu sur ton bandcamp, que tu regrettais ne pas dormir vint-quatre heures sur vingt-quatre. Comment décrirais-tu ta personnalité et est-ce que celle-ci est indéfectible de ton approche musicale ?
I read on your bandcamp that you wish you could sleep 24/24. How would you describe your personality? Would you say it is relevant to the way you approach music in general?

Ouais, j’ai dit ça…C’est vrai. J’aime beaucoup dormir. On y est en paix. J’aime vivre dans mes rêves. Quant à ma personnalité… C’est assez difficile. Je ne sais pas trop, vraiment. Je suis quelqu’un d’un peu perdu. J’approche la trentaine et je suis toujours en quête d’une voie ; une voie vers quoi ? Je n’en sais trop rien. C’est vraiment la motivation derrière tous mes projets ‘’artistiques’’, qu’il s’agisse de musique, d’écriture, n’importe quoi vraiment. Je n’aime pas du tout parler de moi en tant qu’artiste, mais dans l’absolu, je me laisse guider par ma personnalité, mes moments d’excentricité, mes peurs et mes désirs.

Yeah, I said that... It's true. I love sleep. It's a time for peace. I love to live inside my dreams. My personality... Tricky. I don't know, honestly. I'm a mixed up guy. I'm in my late twenties and still trying to carve a path; a path to what? I'm not sure. That's the reason I make any kind of "art," be it music, writing, anything really. I hate referring to myself as an artist in any sense, but absolutely, it's driven by my personality, my quirks, my fears, and my desires.

Comment est né le projet Pink Priest ? En quoi est-il différent de tes deux autres projets épisodiques Gremlynz et Malibu Wands ?
How did you start Pink Priest? How is it different from the 2 other side-projects Gremlynz and Malibu Wands?

J’ai commencé Pink Priest entre 2007 et 2008. A la base, je voulais entreprendre quelque chose inspiré par mon environnement, avec de puissants amplificateurs de son qui émettraient une musique belle, chatoyante et ambiante ; de la drone mélancolique. Puissante, tout en demeurant bien ciblée et magnifique. Pas mal de choses ont changé depuis le début du projet, et j’ai fini par jouer en solo ma propre musique en cours d’année, jusqu’à fin 2008, pour expérimenter un peu. C’était au tout début de Pink Priest.

Gremlynz est né du fait que je commençais à en avoir marre du nom de Pink Priest et du tournant que la musique avait commencé à prendre. J’ai fini par m’inspirer de gens comme Spencer Clark et James Ferraro, qui parvenaient à monter tous ces projets sous des noms différents avec une aisance folle. Je voulais que Gremlynz soit de la minimale absolue. Le projet avait débuté pour exprimer un certain nihilisme (la majeure partie de mon travail prend racine dans une forme de nihilisme naïf), mais de manière amplifiée. A la base, je voulais que Gremlynz remplace peu à peu Pink Priest qui allait ainsi disparaître peu à peu dans l’ombre. Et puis, il s’est passé des choses qui ont rendu tout ça impossible. Alors, Gremlynz demeure un side-project, mais pour tout dire, certains morceaux sortis sous ce nom restent parmi les préférés de tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici.

Je vais à Malibu Wands quand j’en ai marre de tout.

Pink Priest started sometime between 2007 and 2008. Originally, I wanted a project that would be focused on the living setting, loud amplifiers emitting beautiful, shimmering, ambient music; drone music, dirge music. Heavy, but focused, and beautiful. Things changed from the original plan, and by the middle to late end of 2008, I was making my own music, solo, as an experiment. That stuff became the early Pink Priest work.

Gremlynz was... initially it was started just because I was annoyed by the name Pink Priest and some of the directions the music of Pink Priest had taken. I looked at how easy it was for people like Spencer Clark and James Ferraro to just create all these names and projects, so I took a cue from that. Gremlynz was going to be absolute minimalism. It started as a project to express some sense of nihilism (most of my work is rooted in some naive sense of nihilism), but amplified. The original idea was to allow Gremlynz to slowly take over and let Pink Priest fade into obscurity. Some things popped up, and it was really impossible to let that happen. So Gremlynz remained a side project, but honestly, some of the Gremlynz material is my favorite of my musical output.

Malibu Wands is where I go when I give up.

Ta mixtape est là pour nous en donner un fidèle aperçu, mais quelles sont tes influences musicales profondes ? Quel a été pour toi l'artiste ou le courant musical qui t'a donné la volonté de te consacrer à la musique ?
Your mixtape already gives us a good idea of some of your musical influences, but could you tell us more about your most important influences? What has been the most important artist or musical genre for you? What inspired you to start making music?

Merde… La liste est longue. J’y pensais justement l’autre jour, comme quoi certains artistes ont vraiment été des influences essentielles… Je dois dire tout d’abord que My Bloody Valentine a vraiment été majeur... L’ensemble de leur musique. C’était vraiment une grande source d’inspiration. Red House Painters également, je les ai découverts quand j’avais genre, seize ans, et je n’ai jamais été le même depuis. La façon dont Mark Kozolek aborde tout ce qui est son, le minimalisme, la structure, et les paroles, tout ça m’a vraiment inspiré. D’autres aussi, évidemment…The Cure a toujours été très important pour moi, et continue de l’être aujourd’hui, avec des albums comme Pornography et Faith. Pas mal de noise music aussi : Prurient, Wolf Eyes, Kites, Work/Death. J’ai énormément de respect envers eux, et j’ai toujours voulu au moins m’essayer à ce genre de musique. Et puis d’autres aussi, je ne sais pas trop, des trucs comme Slowdive, Fennesz, Steve Reich, William Basinski - très, très grande influence -, Angelo Badalamenti, Harold Budd, Brian Eno, etc…Pas mal de trucs new age aussi. La liste n’en finit pas. Je suis influencé par de très nombreux genres et artistes.

Well, shit... There's so much music that's inspired me over the years. i was thinking about this the other day actually, like, what artists were absolutely necessary in inspiring me to make music... I'd have to say first and foremost, My Bloody Valentine was always a key... Their entire package of sound. It was very inspiring. Red House Painters, I discovered them when I was, like, 16 and have never been the same. The way Mark Kozolek approaches sound, minimalism, structure, and words. That's always been a huge inspiration. Other artists, necessary... The Cure was important early on and even today, albums like Pornography and Faith. A lot of noise musicians inspired me... Prurient, Wolf Eyes, Kites, Work/Death; these were artists I respected and very much had a vibe I wanted to at least touch upon. Others, I don't know, stuff like Slowdive, Fennesz, Steve Reich, William Basinski -- huge, huge influence, Angelo Badalamenti, Harold Budd, Brian Eno, etc etc etc, tons of new age artists. There's just so much. My musical influences are vast.

Album après album, la musique de Pink Priest semble être une profonde introspection culminant dans une sorte de plénitude psychédélique sur Swallow Your Dreams. Ta musique est-elle un moyen de te libérer ou au contraire de t'isoler dans ton monde ?
One after another, all of the Pink Priests albums seem to reflect a deep introspection, with a sort of psychedelic bliss climax on Swallow Your Dreams. What does music represent to you: a way to free yourself or a way to cut yourself off the world?

C’est une façon de me libérer et de me couper du monde. Il s’agit d’une dualité assez dure. Ma musique est très bipolaire et j’aime plutôt ça. Je ne veux pas que ma musique soit trop facile. Honeysuckle est un morceau assez difficile. On m’a déjà dit, « Ton album est trop bizarre, mec », « c’est vraiment trop dur à l’écoute ». Je ne m’en excuse pas. Je ne fais pas de la musique pour qu’on puisse juste la passer et se masturber mentalement dès les premiers instants. C’est voulu. Honeysuckle est né d’une phase troublée et de désespoir absolu. Je voulais que cet album en soit le reflet, mais pas juste de façon à simplement en dire : « Oh…Il devait vraiment être malheureux ». Au contraire, je voulais qu’on se sente vraiment désespéré à l’écoute. C’est cruel, mais beau d’une certaine façon. Beurk… Je dois vraiment avoir l’air d’un trou du cul ultra prétentieux.

Je savais que Swallow Your Dreams serait le dernier album de Pink Priest. Il y aura peut-être des compilations rétrospectives un jour, mais Swallow Your Dreams est la dernière sortie inédite. Je ne vais plus jamais rien produire sous ce nom. En fait, je voulais travailler de manière complètement opposée à celle qui a prévalu lors de mon premier LP Honeysuckle. Je ne voulais pas faire de redite. Swallow Your Dreams est construit autour de thèmes comme la fin, la destruction, la restructuration, l’espoir et le déclin. J’ai exploité ces idées avec de la musique longue, flottante. Il y a avait du désespoir et l’idée de déclin dans Honeysuckle également, mais d’une autre façon, à travers la tristesse, la désolation, la colère et la douleur. Swallow Your Dreams révèle cette même tristesse, mais avec de l’espoir et plus de clarté. Ça reste assez sombre, mais de façon tout à fait différente.

On a dit que ma musique était comme un mur que je bâtissais entre mes auditeurs et moi…C’est assez vrai, mais c’est aux auditeurs de faire l’effort de passer au-delà de ce mur ou non. Ils peuvent y creuser une fenêtre petit à petit, pour voir ce qui s’y passe, ou choisir de défoncer ce putain de mur pour venir me rejoindre dans le coin bizarre où je réside.

It's definitely a way to free myself and a way to cut myself off. I think it's a harsh duality. The music is very bipolar. I like that. I don't want to let people in too easily. Honeysuckle is a heavy listen. I've been told that. "Dude, your record is weird." "Dude, it's too hard to listen to." I don't apologize for that. I don't make music that you can just drop the needle on and immediately mentally masturbate. It's intentionally a hard listen. Honeysuckle was coming from a place of absolute desperation and turmoil. I wanted the album to reflect that, not in just a way where you say "oh... he must've been so hurt." but rather in a way where you feel absolutely fucking dismal too. It's cruel, but it's beautiful. Yuck, I must sound like such a pretentious asshole.

With Swallow Your Dreams, knowing it was going to be the last Pink Priest release; and in the future there will probably retrospective releases, but Swallow Your Dreams is the last Pink Priest release of new material. I'm not doing anything else under that name again. Anyway, I wanted to do the absolute opposite of my first full-length LP release, Honeysuckle. I didn't want to retread any waters. Plus, the album had a theme of finality, destruction, restructure, hope, and decay. So I expanded on that idea with long, floating music. Whereas Honeysuckle displayed despair and decay in another way, through sadness and sorrow and anger and pain; Swallow Your Dreams displayed sadness with hopefulness and brightness, and yes, it was dark, but in a completely different way.

People have said I build a wall between myself and the listener with my music... That's very true, but it's up to the listener to decide how they get over that wall. They can chip away at it and peek through, or they can knock the motherfucker down and come join me in the the weird room I reside in.

Au-delà de sa dimension onirique, ta musique à un fort potentiel cinématographique. Pink Cream mise en image par Geoffrey Sexton met en évidence celui-ci. Est-ce pour toi un prolongement naturel et voulu ou est-ce seulement le résultat de circonstances et de hasards ?
Beyond its dreamlike aspect, your music has a very strong cinematographic potential. Pink Cream's vid directed by Geoffrey Sexton is a good example. Did you mean all of this, or did it all happen sort of by chance?

L’aspect cinématographique de ma musique est tout à fait intentionnel. Je n’irais jamais jusqu’à dire que je suis cinéphile ou peu importe quel autre terme, mais j’adore le cinéma. Je pense qu’au départ, c’était quelque chose d’inconscient. J’ai toujours prêté une attention toute particulière à la musique de film, et ça m’a beaucoup influencé, que ce soit le travail d'Angelo Badalamenti avec David Lynch, Alexandre Desplat, John Carpenter, Cliff Martinez, et beaucoup d’autres ; des personnes qui ont créé des bandes originales de films incroyables, et aussi juste des films avec de la très bonne musique.

Je rêve notamment de créer une bande originale de film, de produire quelque chose de vraiment perturbant ou au contraire de vraiment très beau. J’aimerais vraiment travailler sur des films, m’occuper de la BO, compiler de la musique, etc…

The cinematic aesthetic of my music is absolutely intentional. I would never say I'm a cinephile or whatever the term is, but I love movies. I think initially, it was something subconscious. I've always paid attention to music in films, and that's been an influence. Angelo Badalamenti's work with David Lynch, Alexandre Desplat, John Carpenter, Cliff Martinez, so many more; people who have done amazing scores, but also just films with great soundtracks.

A dream of mine would be to score a movie, do something very unsettling, or something very beautiful for film. I'd love to work on movies, make soundtracks, compile music, etc.

Dans les remerciements que tu prodigues à la fin des deux volumes de Night Music for Driving, on y trouve... Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling, Carey Mulligan, Gaspar Noe et Fletch. Tu a aussi dédié un de tes disques à Harmony Korine. Qu'est-ce qu'un bon film pour toi... et en quoi l'univers filmique influence-t-il ta musique ?
In the thanks list at the end of the 2 volumes of Night Music for Driving, we can read the names of Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling, Carey Mulligan, Gaspar Noe et Fletch. You've also dedicated one of your albums to Harmony Korine. What's a good movie according to you? And how is your music influenced by films?

Ah, je crois que je viens juste de l’expliquer un peu en quelque sorte. Toutes ces personnes m’ont beaucoup inspiré. Pas seulement la musique du film en question. Mais surtout l’action, le contrôle et le style utilisés et certains réalisateurs. Refn réalise des films incroyables, avec beaucoup de style et de classe, et il y a toujours un élément de chaos un peu cool dans son œuvre. Ça m’inspire beaucoup. Les films de Korine sont très viscéraux, pas faciles à regarder, et pourtant, je m’y retrouve personnellement. Si on prend un film comme Gummo et qu’on le met avec un disque comme Honeysuckle, je pense que l’on peut retrouver quelque chose de similaire entre les deux dans l’esprit, même si ça reste très basique.

J’aime juste les films qui me font ressentir des choses. J’attends d’un film qu’il me fasse sortir de la salle en me disant : « Putain ! Ce film m’a complètement changé ! ». Pour moi, c’est ça un bon film. Refn me fait cet effet, tout comme Noé, Terrence Malick, Michael Haneke, David Lynch et des documentaires comme The Mark of Caïn, Hell House et The Devil’s Playground. Des films qui te font voyager, qui te mettent en face de choses qui rendent mal à l’aise. C’est ce que je veux faire avec ma musique, alors je suis tout naturellement attiré par ce genre de films.

Il ne s’agit pas seulement de violence, de cran ou de dures réalités, mais aussi d’amour. J’ai vaguement fait l’apologie du film Drive, pas parce que Gosling y défonce la tête d’un mec – même si cette scène est tout bonnement géniale – mais pour tout ce qui précède. Il y a de la beauté, de l’amour et de la passion, et une sorte de dimension féérique. C’est aussi source d’inspiration. J’aime la romance. Mélange tout ça à quelques scènes bien crues, peut-être même un peu de violence, enfin…Tu me comprends.

Ha, I guess I sort of just explained that. Yeah, all those people inspired me. It's not just about the music of a film. It's about the action and control and style of films and certain directors. Refn makes amazing films with style and class and there's an element of cool and chaos in his work. That inspires me. Korine made movies that were visceral, hard to watch, and yet I connected with them on personal levels. You can put a film like Gummo against a record like Honeysuckle and I think you can understand there's something, at least on a very basic level, similar in spirit and soul of the two projects.

I just enjoy films that make me feel something. I want to watch a movie and get up and leave and be like "holy shit, I'm different now." That's a good film to me. Refn does that, Noé does that, Terrence Malick does that, Michael Haneke does that, David Lynch does that, there's documentaries out there, like The Mark of Caïn or Hell House or The Devil's Playground. Films like that take you places, that put images in front of you that force you to step outside of your comfort zone. I want to do that with music, so obviously films inspire me.

It's not just about violence or grit or harsh nature, it's about love too. I made a vague ode to the film Drive, not because Gosling crushes a guy's head -- though that scene was pretty fabulous -- but because of the lead up to that. There's beauty and love and passion and a fairy tale reality to that. That is just as inspiring. I love romance; couple that with some shocking imagery, maybe violence maybe not, but... Yeah. You get my point.

Ces deux disques apparaissent sous ton propre nom William Cody Watson ? Est-ce une façon d'en finir avec Pink Priest ?
Those last two records have been released under your real name William Cody Watson. Is this a way to signify the end of Pink Priest?

Tout à fait.

Absolutely.

Tu es la moitié agissante de Bathetic Records. Qu'est-ce qui te pousse à colaborer avec d'autres structures comme Night People ou Digitalis Ltd ?
You're the executive half of Bathletic Records. What makes you want to collaborate with other companies such as Night People and Digitalis Ltd?

J’aime pas trop dire que je suis la ‘’moitié active’’ de Bathetic Records. Alors, oui, c’est une compagnie, mais je ne veux pas être aussi formel avec des choses comme ça. Jon Hency est le cerveau absolu derrière Bathetic. Il est génial à ce qu’il fait. Il travaille énormément, y met beaucoup de temps, passe beaucoup de coups de téléphone et il fait en sorte que ça avance. C’est lui qui, au bout du compte, met tout en place et c’est grâce à lui que Bathetic existe. Je l’apprécie énormément.

J’ai vraiment beaucoup de chance de pouvoir bosser à Bathetic à ce niveau. Heureusement, je suis ami avec Jon depuis près de cinq ans (si ce n’est pas plus), et nous formons une bande. On est comme des frères. On a traversé des moments difficiles ensemble et on a fini par trouver un bon équilibre pour travailler de manière efficace et je ne suis pas peu fier de ce que Bathetic est devenu. Nous avons fait des choses qu’on n’aurait pas crues possibles il y a quelque temps. On vient juste de sortir une K7 de spoken word par Eric Paul (Arab on Radar)… On se dit juste : « Wouah, j’y crois pas ! ». C’est sûrement pas grand-chose pour d’autres, mais pour Jon et moi qui avons fraternisé grâce à notre respect mutuel pour Arab on Radar, c’est vraiment énorme. C’est comme si nos rêves étaient devenus réalité, et j’en suis vraiment content. Et depuis que Omar bosse avec nous depuis… Je ne sais plus combien de temps... C’est comme s’il avait toujours été là. C’est un artiste et musicien génial qui nous a beaucoup aidé à affirmer notre style. Ce fut une bonne leçon d’humilité.

Très tôt, j’ai voulu travailler avec beaucoup de gens…Je voulais sortir autant de musique que possible. J’ai ainsi rencontré beaucoup de gens géniaux, reconnaissants et vraiment sympathiques, en dispersant mon travail depuis le début. Je ne pourrai jamais assez remercier Shawn de Night People par exemple, et Brad de Digitalis, pour avoir cru en ma musique dès le début. J’ai d’autres projets en cours avec d’autres personnes de labels différents, mais en ce moment, je pense surtout à Bathetic pour sortir ma propre musique.

I don't like even saying I'm the "executive half" of Bathetic Records. Yes, it's a business, but I don't want to be so formal about things like that. Jon Hency is the absolute, end all be all, mastermind of Bathetic. He's amazing at what he does. He is a genuine worker, he puts in the time, he makes the calls, he finances, and he gets things done. He's the dude, that at the end of the day, puts it together, makes it happen. I love that dude.

I'm absolutely 100% fortunate to be involved in Bathetic at the level I am. Luckily, I have been friends with Jon for close to 5 years now (if not longer) and we've developed a pack. We're brothers. We've been through the ringer together, and we've established a way to work together effectively and efficiently and I could not be more proud of what Bathetic has become. We're doing things I never thought possible. We just released a spoken word cassette by Eric Paul... it's like "WOW, is this real?" That may not seem like such a big deal to anyone, but Jon and I bonded over a mutual respect of Arab On Radar, so to us. That was a huge accomplishment. It's a fantasy come to life, and I'm so excited. And now, with Omar having been on board for, shit I don't even know, it just seems like he's always been there. Now, Omar is in with us, and he's amazing... He's an amazing artist, as well as musician, and he's helped us develop our style. It's very humbling.

Early on, I wanted to work with everyone... I wanted to release as much music as possible to anyone that would release it. I met a lot of amazing, accomplished, grateful, and just infinitely nice people through spreading my work around early on. I couldn't be more thankful for people like Shawn from Night People and Brad from Digitalis for giving my music a chance early on. My collaborations with other labels, continues with certain projects, but at this point, my heart is pretty much with Bathetic, in regards to my own personal releases.

Pourquoi avoir sorti Honeysuckle et Swallow Your Dreams sur La Station Radar ? Quel est le fin mot de cette rencontre ?
Why was Honeysuckle and Swallow Your Dreams released on La Station Radar? What did you get from this collaboration in the end?

J’ai contacté La Station Radar au tout début. J’avais beaucoup de respect pour leur travail. J’avais écouté le Jen Paul & Jeans Wilder split 12", et j’avais adoré. Ils m’ont proposé de commencer avec une petite sortie en CD-R, de Western Futures, officiellement le premier Pink Priest. Par la suite, ils m’ont donné l’opportunité de sortir un LP sur vinyle et j’étais ravi. Tu sais, après avoir débuté avec Pink Priest en solo, je rêvais juste de sortir un vinyle. Après ça, je pensais laisser tomber, ayant atteint mon but.

J’étais sur Honeysuckle pendant un an ou presque et je l’ai envoyé au label. Quelques mois plus tard, ça y était. Un vinyle rouge contenu dans une pochette avec un collage génial de James Hines. C’était parfait. La Station Radar venait de réaliser mon rêve. Je ne pouvais pas les remercier assez.

Après la sortie de Honeysuckle, et des chiffres de ventes relativement bons, ils m’ont proposé d’en faire un autre. A ce moment-là, je pensais déjà en finir avec Pink Priest. Alors, j’ai décidé que Swallow Your Dreams, mon dernier LP sous le nom de Pink Priest, devrait se faire avec eux. Ça coulait de source : la boucle était bouclée.
La Station Radar… Fleur et Jérôme sont des gens géniaux. Vraiment. Ils m’ont aidé à réaliser un rêve que je pensais impossible. Je leur serai toujours reconnaissant.

La Station Radar was a label I reached out to early on. I respected what they were doing. I had heard the Jen Paul & Jeans Wilder split 12", and loved it... I just respected them. I reached out to them, they offered to start with a small cd-r release, which was Western Futures, the first official Pink Priest release. After that, they just offered me a chance to release an LP, a full-length vinyl release. I was absolutely delighted at the prospect of that. You see, starting Pink Priest as a solo project, my dream was just to release one vinyl record. After that I could've called it quits, with my dream achieved.

I worked on Honeysuckle for maybe a year or less, and sent it in... However many months later, there it was. Red vinyl wrapped up in an amazing James Hines collage jacket. It was perfect. La Station Radar made my dream a reality. I couldn't be more grateful.

After Honeysuckle was released and had sold relatively well, they offered me a chance to do another LP. At this point, I was already thinking about ending the Pink Priest name and project. I decided that my last LP with Pink Priest, Swallow Your Dreams, had to be with them. It only made sense. Beginning/End. Circle completed.

La Station Radar... Fleur and Jerome; both amazing people. Absolutely. They helped me reach a dream I didn't think was possible. I'm forever grateful to them.

Tu as longtemps collaboré avec l'excellent Impose Magazine. Quel regard portes-tu sur ton expérience et plus largement sur le monde musical que tu connais ?
You've worked with the brilliant Impose Magazine for a very long time. What are your thoughts concerning your career so far and the music industry you know in general?

Oh, j’en sais trop rien. Je n’ai pas de plan de carrière. Cela fait maintenant plus de dix ans que je fais de la musique, d’une forme ou d’une autre. Et ça fait juste quatre / cinq ans que je commence à être reconnu. J’en suis content, mais je ne considère pas vraiment avoir eu une carrière en tant que telle. Je crois que depuis tout ce temps, j’ai dû gagner dans les 400 dollars grâce à ma musique en solo. Je ne prête aucun intérêt à ce genre de conneries. Tout ce que je veux, c’est que les gens ressentent des choses quand ils écoutent ma musique, que cela soit positif ou négatif. C’est tout ce qui m’importe.

L’industrie musicale ? Peu importe. Bonne chance à tous ceux qui s’y frottent. Ecoute du Black Flag, le Get in The Van de Henry Rollin, parle à des gens sympas. J’emmerde la hype, j’essaie de rester loin de tout ça. Je n’écoute pas de groupes à Wayfarer fluo, ou quoique ce soit du genre.

En ce qui concerne Impose, ce sont vraiment des types sympas. Ils ont toujours veillé sur moi. Je n’ai rien écrit pour eux depuis longtemps, mais c’est juste que mon cerveau est un peu pourri en ce moment, mais ces gens sont supers. Encouragez-les.

Oh man I don't know. I don't have a career. I've been doing music, in some form or another for the past, well, over ten years. Just in the past 4-5 years have I gained any real notoriety. I'm appreciative of it, but I don't consider myself having a career. I think in this whole time, I've maybe pocketed 400 bucks through my solo music. I don't care about shit like that. I love when anyone listens to my music and feels something from it, negative or positive. That's all I care about.

Music industry? Whatever. Good luck to everyone trying. Listen to Black Flag, listen to Henry Rollin's Get In The Van, talk to people who are cool. Fuck hype, etc. I stay away from a lot of it. I don't listen to bands that wear, like, neon green sunglasses and shit.

Regarding Impose, good dudes over there Always been angels to me. I haven't written for them in a while, because my brain just kinda shit the bed, but those guys are great. Support Impose.

Quels sont tes projets futurs ?
Any other plans/future projects?

J’ai toujours pas mal de choses en cours : mon premier LP par exemple, à paraître sous mon propre nom, William Cody Watson, chez Bathetic dans deux ou trois mois. L’album s’appelle Bill Murray. Ouais, parfaitement, c’est son nom. Une ode à l’homme qui m’a beaucoup inspiré. Alors, oui, c’est une autre référence de film, le fruit d’un amour intense. Je pense vraiment que c’est ce que j’ai jamais fait de mieux. Je me lance un peu des fleurs…Mais, bon, oui, il sort bientôt.

Avec Dan de Cough Cool, nous avons sorti une nouvelle cassette No Dreams/No Regrets, sur le label Skrot Up. C’est un truc de malade, comme un brouillard dans le désert, un trip de taré long de 60 minutes. Un truc vraiment profond. Je vous le conseille vraiment… Et il y encore pas mal de morceaux en cours avec Scissoring. Il y aura sûrement un album rétrospectif de Pink Priest, avec en bonus quelques morceaux inédits et quelques classiques tirés de cassettes à tirage limité.

A part ça, j’ai décidé de faire une pause dans mes projets solo jusqu’à la fin de l’année pour me consacrer à l’écriture. J’ai déjà plusieurs projets en route. Je viens de publier mon premier zine, Mating Season For Goons, chez Calico Grounds (). J’en suis très content. Je prépare un autre zine avec Grarett Crowe, un ami de très longue date. C’est un écrivain talentueux qui vient de Chattanooga dans le Tennessee. Nous avons juste démarré notre petit collectif d’écrivains et autres : Satan’s Crystal Art Collective. Si tout va bien, on va pouvoir se mettre à bosser sur de petites choses sympas dans les mois qui viennent.

Oh for sure. I still have tons of things in the works. I have my first full-length vinyl LP, under my own name William Cody Watson, coming out on Bathetic in the next couple months. The record's called Bill Murray, and yeah, that's really what it's called. It's an ode to a man who really inspired me. So there's another film reference. Yeah, it was an intense labor of love. I personally feel like it's the best thing I've ever done. Toot my own horn for a sec. So, yeah, that's coming out...

Me and Dan from Cough Cool have a new Scissoring tape out called No Dreams/No Regrets. It just came out on Skrot Up. It's a psyched out ass-gazer, desert haze, weirdo trip out for 60 minutes. It's a deep vibe. People should definitely check it out... And there's more Scissoring stuff in the works. There's probably going to be a Pink Priest retrospective type release with some unreleased material and some of my favorite "classics" stripped from certain limited cassette release. That'll hopefully come out at the end of the year, through Intercoastal Records and Holy Mountain.

Other than that, I've decided to step back from my solo work for the rest of the year to focus on my writing. I've got several writing projects in the works. I just released my first official zine, Mating Season For Goons, on Calico Grounds. I'm excited about that. I've got another zine project in the works, it's a split zine between me and a friend of mine from wayyyy back, Garrett Crowe. He's an amazing writer out of Chattanooga, Tennessee. We just started our own little collective of writers and such, Satan's Crystals Art Collective. Hopefully, we'll have our fingers in a lot of nice things here in the near future.

Que doit-on te souhaiter pour 2012 ?
What can we wish you for 2012?

Ah, je crois que je viens d’en parler. En 2012, Bill Murray sortira sur Bathetic, il y aura plus de zine, des projets avec Scissoring et puis, à part ça ? Qui sait. Bill Murray est vraiment le truc crucial de l’année 2012 pour moi. Je m’endors le soir en y pensant. A part ça… Ecrire, énormément. Allez-donc acheter mon zine.

Ha, I think I just summed it up. 2012 will have the Bill Murray LP on Bathetic, lot of writing, more zines, more Scissoring stuff, man, other than that? Who knows. Bill Murray is absolutely my pinnacle of 2012. I go to sleep at night thinking about that record. Other than that... Writing, just lots of writing. Go buy my zine.

Traduction : Simone Apocalypse

Swallow Your Dreams Mixtape


(DL/TC)

01. This Mortal Coil - Another Day
02. Harold Budd - Juno
03. Kyle Bobby Dunn - An Extension
04. Steve Roach - A Darker Light
05. William Basinksi - D|P 2.1
06. Fennesz - 015
07. Nine Inch Nails - The Day The World Went Away (Quiet)
08. Bell Orcheste - Water-Light-Sifts (Tim Hecker Remix)
09. Terry Riley - Poppy Nogood & The Phantom Band
10. Dead Can Dance - Dawn Of The Iconoclast
11. Nick Cave & The Bad Seeds - (I'll Love You) Till The End Of The World
12. Peter Broderick - Part 3
13. Flying Saucer Attack - September 25th 1997, No. 4
14. Harold Budd + Ruben Garcia + Daniel Lentz - The Messenger
15. Brian Eno - Three Variations On The Canon In D Major: French Catalogues
16. Skeeter Davis - The End Of The World

Vidéo


William Cody Watson - Night Music for Driving

Certains feront de Drive une référence tant esthétique qu'auditive, entre violence froide, solitude émotionnelle et vitesse cathartique. D'autres transperceront cette oeuvre de Nicolas Winding Refn, partagés entre le vide et l'ennui. William Cody Watson - artisan du projet Pink Priest (lire) et présent sur le beko_hartzine à écouter en streaming ici - en réécrit lui les codes syntaxiques le temps du bien nommé EP Night Music for Driving. Neuf morceaux crépusculaires et minimalistes, revisitant ces musiques d'ambiance - glaçantes et réconfortantes à la fois - propres aux films de David Lynch. Les serpentins d'asphalte se confondent ici dans une nuit où la lumière blême de la lune magnétise nos pupilles.

Night Music For Driving by William Cody Watson