Walleyed - Constantinople

Le premier EP de Walleyed nous baladait dans les spires déroutantes d’un imaginaire froid à la photographie travaillée, entre messes noires et autoroutes lysergiques. Pour Constantinople, le groupe parisien dilue son psychédélisme sans grain dans une shoegaze qui tire vers la dream pop, ou le propulse dans un space rock cataclysmique, du genre qui pourrait accompagner la fin du monde soufflé par une supernova. Pas de fuzz brouillon ou de saturation superflue, l’effort est propre, technique sans s’éloigner de l’amorce créative qu’on avait sentie dans le précédent quatre titres, et qui dévoile ici un onirisme sensible et lumineux, dans une contradiction évidente avec le précédent EP.

Ce qui frappe d’abord, c’est la voix, dont la musicalité opère un grand écart. Du ton autoritaire de Quest, on passe à un lyrisme suggestif porté par des vocales hautes et plaintives, qui n’intiment plus le prêche mais laissent déborder leur émotion en s’essoufflant sur les voyelles à grands coups de réverb. L’orchestration soutient l’élan en puisant dans l’esthétique du fantasme injecté avec précautions, sans toutefois craindre les ecchymoses en brisant l’enthousiasme de ses plages modulaires (et le rythme motorik de Quest) par des breaks exhaustifs. En essence, Constantinople peut se lire comme la deuxième étape d’une quête à prolonger hors apesanteur, au-delà de la stratosphère, en évitant la stupidité icarienne d’une chute précipitée par l’urgence et l’orgueil.

Avant la release party au Divan du Monde le 22 avril prochain en compagnie de The Underground Youth et Blondi’s Salvation, le groupe nous offre en exclu le clip de Parhelic Circles, co réalisé par Simonne Villamichel Borel & Spenser Stewart. Comme l’appareil photo fixe la fugacité du phénomène optique parhélique, la vidéo traduit dans un contexte naturaliste figé et une action ralentie un épisode de vie, l’embrasement progressif d’un corps féminin assujetti au passé, au souvenir. Le temps suspendu laisse se développer le fantasme, le dialogue gestuel de la sensualité puis de la sexualité, avec l’objectif d’abord, avec le groupe ensuite, dans une morbidité esthétisée par l’immobilisme d’animaux statufiés, sacrifiés sur l’autel de la science, et d’un bain aviné et enivrant, au paganisme cérémonieux et sublimé. Clairement il n’y a rien de très catholique, mais le péché en vaut la peine.

Vidéo

Walleyed - Parhelic Circles

Tracklisting

Walleyed - Constantinople
01. LA Imaginée
02. Parhélie Circles
03. Noyau de Nuit
04. La Brume
05. Voices


Wall/Eyed - A Quest

Pour un groupe dont le nom renvoie à un état d’ébriété que ne négligerait aucun amateur de psych, l’impression sobrement sécrétée par la première écoute de Of Birds And Clouds, titre principal de l’EP de Wall/Eyed, n’est pas celle d’une ascension éthylique irraisonnée, turbulente et dodelinante mais plutôt celle d’une défonce progressive, rythmée par les déhanchés langoureux des riffs, la cadence hypnotique du batteur, un refrain qui vibre comme un orgasme… C’est une séquence planante érotique qui babille dans les oreilles avec la sensualité d’une langue décomplexée nous chatouillant jusqu’au tympan, ce que n’infirme pas le clip assujetti au morceau, lequel dépeint les déambulations suantes et désordonnées d’un zombie en descente de LSD sur fond de triolisme vaudou.

On ne ressort pas indemne d’un tel échange de sécrétions, et c’est avec l’esprit engourdi et le bas-ventre encore gazouillant qu’on se laisse gentiment porter par les autres morceaux au traitement très correct, fidèles au genre, qui s’entendent à respecter une thématique spirituelle (à défaut de spiritueuse) sibylline, hermétique, comme réservée aux initiés, laquelle tantôt revêt des accents ecclésiastiques dans le titre Ceremonial Prayer, appuyé par une texture gothique qui redonne du rythme à l’EP, tantôt nous est explicitement révélée par un « Écoute religieusement ! » aux premières secondes de Mirrors. C’est l’heure du sermon, et même si l’on reste plus proche de la diatribe au vin de messe (ou à l’ayahuasca) que de la thaumaturgie musicale, l’expérience mystique nous exhorterait presque à nous « prosterner devant [notre] maître », comme cela nous est proposé avec un cynisme racoleur pas déplaisant. Le profane n’aura aucun mal à se laisser séduire tandis que l’initié saura apprécier un premier EP honnête et encourageant dont l’intelligence sous-jacente pourrait tôt ou tard laisser quelques stigmates et des bourses vides. À chacun de choisir lesquelles.

Audio

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=GhPKEfeU-pU

Tracklist

Wall/Eyed - A Quest (Humble Musique, 12 novembre 2014)

01. Of Birds And Clouds
02. Ceremonial Prayers
03. Mirrors
04. Mental Traveller