On y est: La Route Du Rock #25 - Jour 2

La Route Du Rock 2015

On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 2

Petite descente de Suze en ce second jour de festival, après une première soirée dantesque durant laquelle Sun Kil Moon et surtout The Notwist auront bien savonné la planche à leurs colistiers: difficile en effet de passer sans encombre l'étape du contrôle qualité quand la barre a été placée si haut dès le concert inaugural. À ce petit jeu, rares auront été hier soir les groupes à réellement nous taper dans l'œil. Une promesse aura au moins été tenue pendant cette première soirée au vénérable Fort de Saint-Père: malgré une météo bien dégueulasse pendant une bonne partie de la journée, on ne patauge pas cette année dans une fosse à purin, et ça suffit à mettre de bonne humeur à peu près tout le monde. Life's a -dry- pitch. Wand, en ouverture, aura su en profiter et convaincre le public déjà présent avec, à vrai dire, pas grand chose: "Tu l'as vue ma grosse pédale fuzz?". Des titres plats, servis tièdes, et en dessert une reprise de The End des Doors à chialer, au choix, de rire ou d'ennui. Comme quoi, certains protégés de l'omniprésent Ty Segall méritent juste de tomber du nid, droit sous les roues d'un 30 tonnes.

Le Thurston Moore Band, sans surprise, remontera le niveau d'un claquement de fût, même si l'on regrettera l'absence de Steve Shelley. L'ami Thurston n'en finit plus de rajeunir depuis la fin de Sonic Youth, et ça s'entend: ça joue vite, ça joue fort, ça joue juste, voire un peu trop juste. On a déjà connu Moore plus audacieux dans la dissonance, mais peu importe. Le groupe, visiblement content d'être là, a de l'énergie à revendre et vrille les tympans bien comme il faut, faisant tout le nécessaire pour placer définitivement la soirée sur de bons rails. Et c'est au tour de Ty Segall, justement, d'assurer la suite avec ses acolytes de Fuzz. Cette fois à la batterie, le californien, maquillé comme la Ford Falcone de Gene Simmons, aura envoyé du bois sans se poser de question: un shoot sonique et sonore sec comme un coup de trique, débarrassé de tout maniérisme superflu et à la sauvagerie communicative. De quoi déclencher quelques batailles d'apéricubes dans la fosse, et énergiser encore un peu plus un public en mal de sensations fortes. Malheureusement, le soufflé retombera durant la prestation d'Algiers, qui eux, question maniérisme, se posent là. Avec leurs protest songs bourgeoises, mélangeant post-punk et gospel sans le moindre sens de la sobriété - s'agissant même de la gestuelle de Franklin James Fisher - on s'ennuie ferme et on sourit poliment devant cette tentative lolcat de concert pop et politique, qui sonne bien creuse.

Fort heureusement, Timber Timbre effacera rapidement ce mauvais moment, avec une prestation de haute volée. Le décor est planté en moins de deux, et l'ambiance est du style velours et merisiers. Tout en tension rentrée et sophistication bienvenue, Timber Timbre aura délivré un set crépusculaire à la puissance évocatrice étonnante. Se permettant même de jouer sans complexe dans la cour des Tindersticks - arrangements somptueux, claviers brûlants - les Timber Timbre auront tenu leur rang sans la moindre difficulté apparente, et réchauffé les cœurs fragiles. Après cela, tout ira très vite: que dire de Girl Band? Pas grand chose, si ce n'est que les nouveaux petits irlandais de chez Rough Trade auront fait beaucoup de bruit, avec les guitares, avec le chant, avec les fûts. Ça amuse les gamins en manque de consultation ORL, ça laisse le temps aux autres d'aller se taper une bonne frite. Et puis vint Ratatat, visiblement très attendu par la foule, et bien décidé à faire le show. A grands renforts de lasers et projections vidéos animalières, les mecs feront le job, s'agitant aux quatre coins de la scène et enchainant leurs vignettes électro pop instrumentales, arrosées de guitare tranchante. Bon, avouons-le d'emblée, c'est pas notre came, et l'intérêt semblait davantage résider dans la scénographie que dans la musique, bien trop scolaire. Suite à ce constat bien froid et devant la perspective d'un samedi bien chargé et prometteur, on s'arrêtera donc là, pliant les gaules avant l'arrivée de Rone. Une première soirée au Fort finalement mi figue, mi raisin, donc, mais qui aura tout de même donné lieu à de beaux moments. Vivement demain.


Photoshoot : Ty Segall et JC Satàn à la Cigale

tysegall-20-web

Photos © Emeline Ancel-Pirouelle

Ty Segall et JC Satàn, La Cigale, Paris, le 21 octobre 2014

Le dernier album de Ty Segall, Manipulator, a beau ressembler un peu trop aux précédents, on n'arrive pas à se lasser du jeune Californien, particulièrement en live. Et il continue à nous donner raison puisque cette fois encore, son groupe a, en l'espace de quelques instants, transformé la salle en sauna, reprenant nouveaux et anciens tubes à toute bringue, sans oublier d'encourager les slammers, qui s'en sont donné à cœur joie tout le long du concert. En première partie, les Franco-Italiens de JC Satàn (lire l'interview) n'ont pas démérité, s'offrant même le luxe d'une apparition du président de Groland. On attend avec impatience d'écouter leur nouvel album (dont la date de sortie n'a pas encore été annoncée).



Photos

JC Satàn

Ty Segall


VIDEOSTAR 08

Videostar 08Il n’y a pas LA vidéo de la semaine, chaque lundi, et toutes celles qui ne méritent pas d’y figurer. On arguera que tout est une question de timing et que, pour le coup, début novembre, c'est toujours un beau bordel mâtiné des premières dégelées mélancoliques. Après quelques mots doux échangés, on saura ainsi apprécier, avec un amour fleurant bon le souffre, l'étonnante Winter Family se mettant en scène pour clipper la vindicative The land of the free, prélude d'un nouvel album enregistré à New-York par Ruth Rosenthal et Xavier Klaine que l'on avait, il y a deux ans, interviewé (lire), on badinera sans ciller avec l'histoire pullulant de zombies narrée par Seth Mendelson autour du morceau Say Goodbye de Digits, extraite d'un 7" du même titre, on écarquillera froidement les yeux devant la mise en images toute cheloue de la bien nommée Bizarre entonnée par la néo-berlinoise Perera Elsewhere ayant sorti son premier LP Everlast le 28 octobre dernier via Friends of Friends Music et en concert demain à l'Espace B (Event FB), on se replongera avec une joie non contrite dans les effluves san-franciscaines de l'ami Ty Segall ressortant visiblement The Man Man de son ultime Sleeper, dilapidé via Drag City, à l'occasion d'Halloween, tout comme la jeune et jolie new-yorkaise Bermuda Bonnie entubant elle aussi sa propre mort sur la vespérale The Prince And The Temptress qui anticipe de quelques mois à peine son nouvel LP, Drama 2, more Drama. Allô Houston, reçu cinq sur cinq.

VIDEOSTAR 01
VIDEOSTAR 02
VIDEOSTAR 03
VIDEOSTAR 04
VIDEOSTAR 05
VIDEOSTAR 06
VIDEOSTAR 07

Vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=CkZQB8s8T-A

http://www.youtube.com/watch?v=QK7jOJYkn5o&hd=1

https://www.youtube.com/watch?v=mnKY6KcPfP4

http://youtu.be/kkzEBdF_3_c

http://vimeo.com/78240330


Ty Segall - Melted

ty-segall-meltedOn a souvent du mal à imaginer que beaucoup de gens fêtent Noël au soleil plutôt que sous la neige. Il existe pourtant des contrées charmantes où l'été dure toute l'année, où les horribles doudounes à capuche en peau de loutre n'ont jamais mis les manches et au sein desquelles les bons groupes semblent pulluler à la faveur d'un éternel printemps. Comme il est largement temps de faire notre liste au Père Noël, profitons de l'occasion pour lui demander que l'un de ceux-là se retrouve au pied du sapin d'Hartzine.

En bon Californien, Ty Segall a deux amours : le surf et la musique. En sus, il est blond, plutôt mignon et porte des chemises à carreaux. Un vrai cliché. Pourtant, sous ces airs de minet se cache un vrai génie du rock garage, probablement biberonné dès son plus jeune âge au meilleur des 60's. Extrêmement prolifique, le petit a déjà sorti une sacrée flopée d'albums sur autant de labels différents. L'avant-dernier en date, Melted, sorti en mai dernier sur Goner Records (Jay Reatard) et défendu en France par Born Bad, s'est rapidement hissé à la place tant convoitée de meilleur album de l'année. Mais qu'est-ce qui différencie Ty Segall de l'avalanche de groupes de pop-garage lo-fi subie cette année ? On pourrait commencer par citer son sens certain de la mélodie pop qui s'appuie sur des choeurs fragiles et cabossés (Sad Fuzz) - les Beatles à la sauce punk, en quelque sorte. Ensuite, il faudrait aborder son art pour les arrangements fouillés (Caesar), son goût pour les ambiances psychédéliques (Alone), et puis ses paroles poétiques et sucrées (Mike D's Coke). Le tout couronné par un je-ne-sais-quoi qui le place au-dessus des Harlem, Wavves et consorts. Un je-ne-sais-quoi insaisissable qui se cache dans les couches de disto, se sauve entre les lignes de chant torturé et s'échappe à la fin de chaque morceau dans une trombe d'électricité rageuse et sensible, à la poursuite d'un optimisme infaillible. Cerise sur le gâteau, Ty n'est pas du genre à se reposer sur ses lauriers : après une petite dizaine d'albums en 2009-2010 et pas moins de quatre side-projects, il en prépare probablement au moins autant pour 2011. Même à ce rythme, on n'est pas près de se lasser.

Audio

Ty Segall - Sad Fuzz

Vidéo

Tracklist

Ty Segall - Melted (Goner Records, 25 mai 2010)

1. Finger
2. Caesar
3. Girlfriend
4. Sad Fuzz
5. Melted
6. Mike D's Coke
7. Imaginary Person
8. My Sunshine
9. Bees
10. Mrs.
11. Alone