Milton Bradley (The End of all Existence), l'interview

Se frotter à Milton Bradley, c’est s’attendre à semer la division. En effet, l’artiste ne jouit pas de la même aura de célébrité que certain de ses contemporains. Et pourtant, Patrick Radomski de son vrai nom est une source d’inspiration inépuisable parmi ses pairs. Générateur d’une musique complexe, profondément lugubre, alternant chaos statique et bourrasques analogiques, Milton Bradley doit autant aux crispations électriques de Sleeparchive qu’aux rêves apocalyptiques de Klaus Schulze. Et ce n’est pas anodin si le premier vrai vinyle techno que j’ai acheté (si j’occulte ma période minimale, hardcore et consorts…) fut Last flight to Cologne. Époque bénie s’il en est d’un revival à une techno pure et brute ! Berlin trouvait alors son second souffle, le Berghain était the place to be, le Tresor venait de rouvrir ses portes, l’Arena organisait certaines des soirées les plus undergrounds de la ville… Pendant ce temps là plusieurs artistes sortaient des salves de tueries qui allaient devenir mythiques, des vinyles ornés de petits macarons simplement tamponnés à la chaine avec le nom du label et le numéro du disque… A l’époque tout le monde jouait le morceau Untitled de l’artiste Unknown. C’est ici que commence l’épopée de cet anti-héros du clubbing, qui après avoir affirmé sa suprématie avec son impeccable album Tragedy of Truth, revient avec un troisième EP de son projet The End of All Existence. Plus accessible pour certains, plus âpre et brutal pour d’autres, le concept a au moins le mérite d’être clair, écrire une symphonie électronique en ode à la destruction de la vie.  Alors à l’occasion de cette nouvelle sortie, on a tenu à s’entretenir avec cet artiste iconoclaste et incontestablement majeur, et pourtant tellement discret.

Interview

Qu’est-ce qui t’as poussé à te lancer dans la musique ?
What led you to launch you into music?

La musique a toujours été un élément central dans ma vie, en particulier ces musiques où je pouvais me perdre dans la dérive de mondes fantasmatiques. Quand j'étais enfant, je suis entré en contact avec la musique en écoutant des cassettes de mix que mes parents s’étaient faits pour eux-mêmes. Sans savoir particulièrement que c’était des sons électronique de Giorgio Moroder, Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk qui allaient déclencher mes fantasmes. Tous ces sons venus de la science-fiction m’ont excité pendant un temps.

Music has always been a central part of my life, especially those music that I could loose myself into and drift into phantasy worlds. When I was a kid I got in contact to music by listening to mix tapes my parents made for themselves. Without knowing what exactly it was particularly electronic sound by Giorgio Moroder, Jean Michel Jarre or Kraftwerk unleashed my fantasy. All those science fiction like sounds got me excited by this time.

Le milieu des années 2000 a été très prolifique pour la Techno… Comment t’es-tu venu l’idée de lancer ton label Do Not Resist The Beat ?
The mid-2000s was very prolific for Techno music ... How did the idea to start your label Do Not Resist The Beat come ?

Je voulais déjà produire des disques dans les années 90, juste pour le plaisir. Mais je n’étais jamais vraiment satisfait du résultat en raison du matériel limité que je possédais à ce moment là. À la fin de 2007, un de mes amis m’a fait découvrir certains logiciels qu'il produisait et je découvrais des possibilités étonnantes en combinant ce logiciel avec le matériel que j'avais déjà. Les premières pistes utilisables sont nées assez rapidement et nous avons alors décidé de les sortir.

Je n'ai jamais trop été dans les trucs d’envoi promo donc mon ami et moi-même avons décidé de mettre un peu d'argent et de réaliser mon premier enregistrement. Voilà comment Do not resist The Beat a commencé - comme une future plateforme pour sortir mes propres productions et interprétations de la musique électronique.

I already wanted to produce records back in the 90s, just for fun. But I was never really satisfied with the result because of the limited hardware I owned by this time. By the end of 2007 a friend of mine showed me some software he was producing and I saw amazing possibilities combining this software with the hardware I still had. The first usable tracks were done pretty quickly then and I decided to release them.

I was never much into sending out promo stuff so a friend and I decided to put some money in a pot and release the first own record. That’s how „Do Not Resist The Beat“ started - as a future platform for releasing my own productions and interpretations of electronic music.

the-end-of-all-existence-label-logoAvec d’autres labels comme Horizontal Ground, Frozen Border, etc., vous avez choisi d’adopter une esthétique minimaliste, un son aux grooves froids et tranchants… Cette musique a fini devenir peu à peu le son référence de techno berlinoise. Avec le recul quels souvenirs gardes-tu de cette période ?
With other labels like Horizontal Ground, Frozen Border, etc ... you choosed to adopt a minimalist aesthetic, a sound with cold and sharp grooves ... This music became gradually the benchmark of Berlin Techno. Looking back , which memories do you have of that period ?

Après avoir pris une petite pause, j'ai commencé à m’engager à nouveau avec une musique électronique plus contemporaine en 2006. Après cette période d'abstinence il y avait beaucoup à redécouvrir, ce fut une période très excitante. Je regardais les catalogues des magasins et internet et j’ai découvert les productions de Marcel Dettmann, Sleeparchive et beaucoup d’autres. Ce fut la musique que j'ai aimée à cette époque, Cela semblait nouveau, frais et intéressant. Des clubs comme le Berghain et Tresor, qui a rouvert en 2007, étaient les endroits où je passais beaucoup de temps, et je me suis senti inspiré à nouveau.

After taking a small break I started to get engaged with contemporary electronic music again in 2006. After this time of abstinence there was a lot to rediscover, it was a quite exciting time. I was browsing records shops and the internet and found productions by Marcel Dettmann, Sleeparchive and many more. This was the music I liked by that time, it sounded new, fresh and interesting. And as well clubs like Berghain and Tresor which has been reopened in 2007 were the places I spent a lot of time and got inspired again.

Il y a dans ta musique quelque chose de sombre, froid, mécanique… Ta musique semble très inspirée par les sonorités dub et ambient, plus mentale que physique, non ? Quelle est ta vision de la musique électronique ?
There are in your music something dark, cold, mechanical ... Your music seems very inspired by dub and ambient sounds, more mental than physical, isn’t it ? What is your vision of electronic music?

Je tiens à exprimer certaines humeurs, cela fonctionne mieux sur la couche mentale. Mais je ne dirais pas que je suis inspiré par le dub. Le son "dubby" vient par lui-même quand je produis et il s'inscrit dans le processus de production qui vise à trouver des sons qui reflètent mes émotions, mes sentiments, mes humeurs. De plus, j'aime les morceaux trippy, mais dans le contexte de club, je préfère, la plupart du temps, les tracks qui ont du corps dans un sens plus large.

I want to express certain moods, this is working best on the mental layer. But I wouldn’t say that I’m inspired by dub. The "dubby“ sound just came by itself while producing and I’d call it a follow up of the whole production process which aims to find sounds that reflect or mirror my emotions, my feelings, my moods. Furthermore I like trippy tracks, but in the club context I mostly like physical tracks in a wider sense.

Dans The End Of All Existence tu imagines une sorte de soundtrack à l’apocalypse, d’où t’es venu cette idée ?
In The End Of All Existence you imagine a kind of soundtrack to the Apocalypse, from where comes that idea ?

L'idée de ce projet m’est venue dans un moment assez sombre. En étant inspiré par certains films "Worlds End", le slogan de The End Of All Existence m’est venu à l’esprit. Certaines de mes humeurs donnent souvent naissance à des concepts de rejet, et ce slogan convient de ce scénario de fin du monde dans lequel j'étais à cette époque. J'ai donc développé l'idée de faire une sorte de bande-son pour une fin du monde fictive.

The idea for that project came up in a quite dark moment. Being inspired by some Worlds End movies the slogan of The End Of All Existence came to my mind. Certain moods are often give birth to concepts of releases, and this slogan suited this end of the world scenario I was into by that time. So I developed the idea to make some kind of soundtrack to a fictional worlds end.

Il y a une certaine progression tout le long de ce nouveau EP qui commence par Choir of Devastation plutôt contemplatif et se termine par un Echoes of the Nameless très dur et rugueux. Était-ce ce que tu cherchais dès le début ?
There is a kind of increase during this new EP that begins by Choir of Devastation more contemplative and ends with an Echoes of the Nameless much hard and rough. Was it what you were looking for from the beginning ?

Oui bien sûr. Comme ce projet consiste à créer une sorte de bande-son, les morceaux (même si ce n’est seulement quatre d'entre eux) eux-mêmes devaient être en cascade, une suite logique de sorte que vous êtes en mesure de voyager à travers ma fiction.

Yes, for sure. As this project is about being some kind of soundtrack, also the tracks (even if it’s only four of them) should be in a cascading, logical order so you’re able to have a kind of a travel through my fiction.

Avec ton projet AlienRain, tu démontres une facette totalement différente de ta musique, totalement axée acid techno. Pourquoi avoir segmenté ces différents univers ?
With your Alien Rain project, you demonstrate a completely different side of your music, totally focused on acid techno. Why did you chose to segmente those different worlds ?

Tout en produisant des sons acids, j'ai toujours eu ce thème alien dans ma tête, ainsi que l'image de la tête d'alien bien connu d'ailleurs. Le son de la 303 (Roland TB-303) est tout à fait spécial et unique,  C’était donc une conséquence logique qu’un projet différent en soit sorti. En outre, j'aime l'idée de créer des projets qui sont cohérents et qui développent leur propre univers.

While producing the acid sounds I always had that alien theme in my head, as well as the picture of the well-known alien head. The 303 sound is quite special and unique, so it was a logic consequence to make another project out of it. Furthermore I like the idea of creating projects that are coherent and which develop their own enclosed world.

miltonbradley

Tu sors très peu de disques en dehors de tes propres labels. Pourquoi ce choix ?
You edit only few discs outside your own labels. Why ?

En raison de mon désir d'exprimer, j'ai toujours certaines idées au sujet de prochaines versions. Thématiquement certaines pistes doivent s'inscrire dans un certain contexte. C'est quasiment impossible quand vous êtes sur le label des autres parce qu'il y a toujours des intervenants qui décident des tracks, de la créa, et de l'ensemble du processus. Avoir son propre label vous donne une sorte de flexibilité, je peux décider par moi-même comment, quand et dans quel cas produire un morceau. Cela ne signifie pas que je sois opposé à travailler avec d'autres labels, mais je ne veux pas créer l'ensemble du process aléatoire et hors controle.

Due to my wish to express I always have certain imaginations about upcoming releases. Thematically certain tracks should be inside some context. You hardly get that possibility if you release on other people’s label because there’s other people who decide about the tracks, the artwork, the whole process. Having your own label gives you some kind of flexibility, I can decide by myself what, how, when and in what case I release a track. This doesn’t mean I’m opposed to release on other labels, but I don’t want to create the whole process to random and inflationary.

Ta musique est finalement très attachée à Berlin et on se rend rapidement compte qu’elle en est une fidèle bande son.  Quel impact cette ville a eu et  a toujours sur toi ? Te vois-tu un jour vivre ailleurs?
Your music is ultimately very attached to Berlin and we quickly realize that it’s his truthful soundtrack. Which impact this city has had and still has on you ? Do you see yourself one day live somewhere else ?

L'environnement où tu grandis et où tu vis durant une longue période a toujours une influence sur toi. J'ai toujours aimé l'ambiance brute et sombre qu’avait Berlin jusqu'au milieu des années 90. Cela convenait assez bien à mon humeur à ce moment-là. Ma plus grande influence ce sont les souvenirs de ma jeunesse. Les changements de ces dernières années (maisons peintes, appartements de luxe, des centres commerciaux sans fin) je ne les trouve pas du tout inspirants. Pour ce qui est de vivre ailleurs, je pourrais imaginer partir m'installer au Japon un jour.

The environment you grow up at or you live in for a longer period of time always has an influence on you. I always liked the rough, raw and dark feel Berlin had until the mid 90s. This suited my mood pretty well by this time. The biggest influence were memories from my younger days. The changes of the last years (painted houses, luxury apartments, endless shopping centers) I don’t find them inspiring at all. If it comes to other places, I could imagine to live in Japan one day.

Audio

The End Of All Existence - 6 Minutes Before Dawn

Vidéo

The End Of All Existence - The Final Hours


Who are you Tripalium?

On le fera pour lui. "Je n'ai pas vraiment envie de me mettre en avant." Voilà ce que répond sans fausse modestie l'ami Benjamin Dierstein, instigateur du label Tripalium, quand on le questionne sur sa personne, son intimité ou son parcours. L'homme, malgré une bouille d'éternel jouvenceau aux cheveux ras, reste discret, voire secret, sur ses multiples et incessantes activités. Impossible même de lui soutirer une putain de photo avec une résolution pas trop dégueulasse. Alors on taira, ou presque, ses consistantes chroniques et mixtapes pour notre confrère bordelais Seek Sick Sound, on chuchotera à demi-voix son activisme sans faille pour La Mangouste - désormais en sommeil mais reconnue pour avoir littéralement éventré Paris de ses fameuses Casse ton Singe, Marathon Électronique et autre Spring Break Core Festival - , on passera sous un silence de cathédrale son rôle clé dans la réhabilitation du Glazart avec son compère Matthieu Meyer, aujourd'hui au Trabendo, de même qu'on ne dira pas un mot sur sa fonction actuelle au sein d'une des agences de booking les plus exigeantes et excitantes de Paris - dont la division électronique compte parmi ce qui se fait de mieux à nos yeux entre Samuel Kerridge, Helena Hauff ou Powell. D'ailleurs, inutile de préciser que c'est avec beaucoup de plaisir et de décontraction que l'on a co-organisé il y a tout juste un an une soirée dédiée au rudoyant pour les tympans label Repitch de la triplette italienne en jogging Shapednoise, Ascion & D.Carbone. L'occasion d'appréhender l'extrême méticulosité de notre sujet : muni d'un petit agenda, ce stakhanoviste du bruit dansant et de la nuit sans fin notait absolument tout, histoire de s'affranchir d'une mémoire potentiellement défaillante. A ce titre, le binôme qu'il forme avec Marine Giraud est plus que complémentaire : ensemble ils sont à l'initiative, puis à la gestion millimétrée et sans stress, des plus orgiaques teufs acid franciliennes. D'ailleurs quand ils s’échappèrent ensemble le temps d'un tour du globe de presque six mois, c'est peu de dire qu'il y eût un paquet de ravers orphelins - ceux qui ne se satisferont jamais de la vacuité froide et dispendieuse des usines à BPM dont le business est plus que florissant - , ne sachant plus à quel saint se vouer.

C'est avec la même énergie, ce même regard sans concession et ce même positivisme, optant plus pour le faire que pour le parler - comprendre ici le marketé - , que Tripalium est né en 2014. Et si la référence étymologique n'est pas neutre - dans l'Antiquité ce mot désignait un instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles - , la volonté étant délibérément de mettre à l'épreuve via des séries événementielles et discographiques distinctes les codes de la musique électronique actuelle, il serait bien trop facile de ne réduire cette démarche multi-dimensionnelle, gravitant autour d'un dense noyau de producteurs hexagonaux ou étrangers, qu'à sa propension à faire littéralement du bruit pour du bruit. Si les ORL de France et de Navarre ne remercieront jamais Tripalium, la castagne auditive n'est qu'une des facettes d'une structure qui oscille entre retour aux sources acid ou rave et expérimentations techno-noise, s'organisant pour ce faire en de multiples sous-labels prêts à donner en 2016 la pleine mesure de leur respective potentialité. Déjà évoquée dans ces pages, à travers l'inaugural EP cassette Tesla du trublion Paulie Jan (lire) ou l'album-concept Contritum Crusis de Verset Zero (lire), ou en passe de l'être, avec les futurs Terdjman et Jaquarius / Mono-enzyme, respectivement via les sub-divisions Digital Mutant Series et Acid Avengers, la substantifique raison d'être du label gagne en profondeur à mesure que le nombre de sorties prend de l'ampleur, labourant à la fois les terres maintes fois brûlées de l'hédonisme festif et celles de la recherche sonore. Parfois, le trop n'est pas l'ennemi du bien. Profitant de la future grande messe acid du collectif - la troisième Acid Avengers du nom ce 18 mars au Batofar avec au programme Unit Moebius, Andreas Gehm, Voiron et Lunar Distance (Event FB) et pour laquelle on fait gagner des places en fin d'article - on a posé quelques questions au principal intéressé qui, c'est dit, ne parlera pas de lui à défaut de nous offrir une belle mixtape certifiée 100% Tripalium.

Benjamin Dierstein l'interview

T1
Le label a un peu plus d'un an. Tu peux nous indiquer les étapes importantes de cette aventure ?

À la base, Tripalium a été créé dans le but d'organiser des soirées. On pensait au label, mais on ne savait pas vraiment quand ce moment arriverait. Et puis finalement c'est arrivé très vite, au bout de six mois à peine d'existence de Tripalium on a eu envie de se lancer dans le bain. Ça a commencé avec une cassette de Paulie Jan pour laquelle on a eu de très bons retours, donc ça nous a motivé à continuer. On a enchaîné avec les sorties de Jaquarius, 14anger, Hawkta, Verset Zero et puis on a sorti aussi notre compilation Some Like It Raw au printemps 2015 qui faisait appel à plein de producteurs français orientés bidouillage analogique à tendance noisy... Ça nous a permis de mettre une étiquette sur cette série d'EP, les Digital Mutant Series, et ça a permis au public de mieux comprendre comment on se positionnait. Les deux grandes étapes suivantes ont été la création des deux autres sous-labels, pour lesquels on a fait appel à des forces vives : Acid Avengers, dont on gère la DA avec Jaquarius, et Tripalium Rave Series, qui n'aurait pas pu se faire sans le soutien de 14anger et de Toolbox.

Quelle est l’esthétique défendue par le label ? Quels sont tes modèles en termes de maisons discographiques ?

Notre panel esthétique est assez large mais se retrouve autour des mêmes valeurs... On aime bien ce qui tape, ce qui fait du bruit et ce qui est complètement barré. En gros tout ce qui sort du sillon techno traditionnel, tout en y étant fortement apparenté. Le tout avec un gros coup de cœur pour les sons 90s, que ça soit la scène expé improvisée ou la hardtek de hangar, on fait le grand pont sans problème. Nos trois séries d'EP sont chacune sur un type de sons. Digital Mutant Series est notre laboratoire de sons expérimental techno, braindance, drone, ambient, noise, indus. Tripalium Rave Series est à l'inverse clairement orienté dancefloor, avec des sorties techno qui flirtent à la fois avec la scène industrielle UK et les sons rave 90s. Acid Avengers enfin, comme son nom l'indique, est dédié à l'acid sous toutes ses formes, que ce soit techno ou braindance. On a pas vraiment de modèle discographique, le nôtre étant très particulier. Si on parle référence musicale, je te citerai pêle-mêle Bunker, R&S, Rephlex, Downwards, Kommando 6, Planet Mu, Hospital Productions, Avian, Opal Tapes...

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et quelles sont vos relations avec eux ?

On démarche certains artistes, d'autres viennent nous voir directement, il n'y a pas vraiment de règle. Dans tous les cas, on essaye de créer une vraie famille Tripalium autour de quelques artistes français, avec notamment Jaquarius, Paulie Jan, 14anger, Terdjman, Verset Zero, et quelques autres sur qui on compte pour intégrer le noyau dur. On aime cette idée de fédérer une scène qui est sous-représentée par rapport à la techno traditionnelle, qui se reconnaît dans des esthétiques assez différentes, qui est ouverte d'esprit, qui aime les sons énervés tout autant que la recherche musicale. On a la chance d'organiser des soirées à côté du label et donc d'avoir des facilités pour faire jouer les artistes, ça permet d'avoir des relations assez proches avec eux.

Verset Zéro

Créer un label, c’est avoir un rapport particulier à l’objet, le disque et l’artwork. Quel est le vôtre et jusqu’où avez-vous envie de le pousser ?

Je ne pense pas que la partie "objet" soit un des points forts de Tripalium. On est dans le DIY, on fait ce qu'on peut pour sortir des albums et des EP, dont certains à moindres frais parce que le modèle économique n'est pas toujours au rendez-vous. Ça ne nous empêche pas d'avoir parfois de supers artworks - je pense à ceux de Verset Zero ainsi qu'à la série Acid Avengers de Prozeet notamment - parce qu'on reste très attachés à la partie visuelle. Mais ça peut prendre forme en K7, en vinyle ou en digital en fonction de la sortie... L'objet n'a pas d'importance sacrée. On a pas de culture design ni marketing, on ne vise pas un absolu. Tripalium c'est avant tout de la realpolitik, on fait avec ce qu'on a, parfois avec un sentiment d'urgence qui nous fait dire que c'est maintenant ou jamais. En gros on fabrique d'abord et on réfléchit après !

Quel est le futur proche de Tripalium, notamment en termes de sorties, de formats ?

Beaucoup de sorties sont dans les tuyaux, l'année va être assez fournie. Des vinyles avec les Acid Avengers et les Tripalium Rave Series, avec une moyenne de 3 à 4 EP par an pour chaque série. Et des K7 et sorties digitales sur les Digital Mutant Series avec un rythme un peu plus élevé - près d'une dizaine de sorties par an. Les deux prochains sont un EP de Terdjman et le deuxième volet de notre compilation Some Like It Raw, tout ça en sortie K7. On a aussi pas mal de soirées qui se préparent, entre les Acid Avengers, les Tripalium Arena et les releases parties de nos sorties...

Quelles sont les approches musicales qui t'inspirent le plus en ce moment ?

Il y a deux mouvements qui me parlent beaucoup en ce moment. Un qui est clairement tourné vers le passé, avec ce retour des sons acid, rave, EBM, synthwave... Beaucoup de sons qui ont pour certains été bannis de la doxa pendant des années, donc c'est un vrai plaisir, j'attendais ça depuis longtemps. La continuité de ce mouvement, ça serait de remettre à l'honneur les sons hard techno, qui sont mis au ban depuis plus de dix ans avec toute la scène free party. On a oublié tout un immense pan des cultures électroniques, boudé par les medias, alors que si on cherche bien, du côté d'Okupé, d'Heretik ou de Spiral Tribe par exemple, il y a de vraies perles. Ces disques-là vont bientôt être rejoués dans les clubs, peut-être avec moins de BPM, mais ça n'est qu'une question de timing. C'est à nous, labels et artistes, de participer à cette redécouverte de certains sons, en affirmant clairement certaines influences et en sortant des disques qui tracent une filiation. L'autre mouvement qui m'inspire, c'est celui qui regarde vers le futur, celui qui va balayer la scène techno actuelle comme elle a balayé il y a trois ans la deep house et l'electro à la Ed Banger. Je pense à des labels comme PAN qui mélangent techno, bass, expérimental... Il est là le futur, dans ce mélange des genres, les Anglais l'ont très bien compris avant nous. On va bientôt revenir à des sons plus groovy, plus bass, plus chaleureux, mais aussi plus violents, et surtout complètement déstructurés par la modernité. Dans trois ans tout le monde écoutera de l'espèce de trap doom vrillée incompréhensible avec des gros kicks hardcore !

Acid Avengers

Tripalium c'est aussi une série récurrente de soirées à la thématique largement Acid. Qu'est ce qui vous motive à les organiser et les conçois-tu comme un prolongement de ton travail au sein du label ?

Les soirées Acid Avengers sont le prolongement scénique d'Acid Avengers Records. C'est la version 2016 de soirées qu'on organisait déjà l'an dernier, les Acid Attack, sur lesquelles on a reçu Ceephax, Mark Archer, Kosmik Kommando ou encore Minimum Syndicat, quelques mois avant l'engouement actuel. On a dû changer de nom parce qu'il y avait déjà des soirées avec ce nom là en Belgique mais le concept est le même : faire des soirées clairement orientées acid & rave. On les organise entre le Batofar et la Java et ça nous permet de faire venir quelques guests de poids, dont Unit Moebius et Andreas Gehm pour la prochaine, tout en faisant jouer nos artistes. Il n'y avait pas vraiment de soirée identifiée "acid" avant à Paris, je pense qu'on a comblé un vide au bon moment. Il y avait une vraie attente là-dessus.

Vous êtes basés à Paris. Cela influence votre travail ? Tu t'imaginerais poursuivre le label ailleurs ?

Paris est vraiment génial pour les soirées, les rencontres, le bouillonnement culturel incroyable qui existe à chaque coin de rue. Mais ça n'est pas vital, on peut gérer un label sans. Paris donne un vrai coup de boost, mais il fatigue aussi, il y a comme un éternel lendemain de speed. On prévoit à terme avec Tripalium de se rapprocher de certaines régions et notamment de la Bretagne, qui est notre terre de cœur, tout en gardant un pied à Paris. Il y a plein de choses à faire dans toutes les villes et les campagnes de France, plein d'artistes et de nouveaux partenaires à rencontrer. Il n'y a pas de mal je pense pour un label contemporain à sortir de ses œillères urbaines, parfois un peu élitistes, pour prendre le pouls de ce qui existe en-dehors de la ville.

Peux-tu nous présenter en quelques mots ta mixtape ?

C'est une mixtape 100% Tripalium, avec un condensé de tout ce qu'on a sorti en 2015. Toutes nos sorties y sont représentées, c'est pourquoi certains artistes sont plus présents que d'autres, je pense à Jaquarius par exemple. Ça va de l'acid à la techno industrielle limite hardcore, en passant par l'ambient, l'IDM, la techno expé, le drone... Toutes nos influences, aussi vastes soient-elles, sont là. Petit cadeau avec un track unreleased de Verset Zero qui devrait sortir sur un long format cet été.

Mixtape

01. Jaquarius - Polyzarb
02. ABSL - La Mélancolie de l'Innocent
03. Terdjman - Mieux Vivre Pour Mieux Mourir
04. Paulie Jan - 8
05. Verset Zero - Fine Viae
06. Hawkta - Stellar
07. Monoenzyme 307 - Reboot
08. Verset Zero feat Lady Mary of The Infinite Spiral- Grex Perditus
09. Jaquarius - Blau
10. 14anger & Dep Affect - Eye Trap
11. Habyss - Acapulcore
12. Jaquarius - So, You Want To Be A Vampire
13. Deikean - Conception
14. 14anger - Saliva (Keepsakes Remix)

Concours

On fait gagner deux places pour la soirée Acid Avengers #3 du 18 mars au Batofar avec Unit Moebius, Andreas Gehm, Voiron et Lunar Distance (Event FB). Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille de la soirée.

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Murray CY - 80s Cassette Edits

Alerte. Le dénommé Murray CY s'efforce, à raison, depuis 2014 de combiner via une série de compilations à la fois cette techno crade et bruitiste qui jase d'à peu près partout dans certains microcosmes, et cette nébuleuse expérimentale propre aux années 80, née du post-punk et de la musique industrielle. Via son label Contort Yourself, que l'on situerait à brûle-pourpoint à mi-chemin entre Clan Destine Records (lire) et Unknown Precept (lire), Le Glaswegien a ainsi tracklisté sur quatre EP vinyles des jeunes producteurs tels que Parrish Smith, Perseus Traxx, DJ Slugbug, Beau Wanzer, Prostitutes ou encore Volition Immanent - associant le précité Smith à Mark van de Maat - à certaines légendes et vétérans de l'underground EBM et synth-wave comme Zombies Under Stress, Esplendor Geométrico, Die Form ou Pankow - remixé notamment par Helena Hauff. Un art de l'équilibre donc, de la recherche et de la mise en cohérence historique de sonorités insufflant l'électronique dans la noirceur, mais aussi plus qu'une simple démarche de label, puisque piochant dans l'univers des diggers invétérés. Ce qui naturellement l'a poussé encore plus loin dans le cheminement emprunté, notamment par le dépoussiérage d'incroyables morceaux et groupes, pour la plupart oubliés et sortis à l'époque sur cassette, que notre homme a décidé de mettre à disposition en libre téléchargement via sa page Soundcloud. Une véritable mine appelée à connaître par la suite d'autres ajouts.

Audio

Tracklisting

Murray CY - 80s Cassette Edits (Contort Yourself, 11 mars 2016)

01. Portion Control - Collapsed (1983) (Murray CY Edit)
02. Tara Cross - Long Distance (1985) (Murray CY Edit)
03. Pornosect - Disinformation(1984) (Murray CY Edit)
04. JAR - Tag X (2nd Version) (1984) (Murray CY Edit)
05. Doxa Sinistra - Entomorbide (1982) (Murray CY Edit)
06. Influenza Prods - Muira Puamas (1986) (Murray CY Edit)
07. Brokenpaws & Weep O Mine Eyes - Vampires in the Trees (1988) (Murray CY Edit)


Julie Hascoët l'interview

julie-hascoet

Il y a peu, Maud Geffray, moitié du duo Scratch Massive, ressuscitait via un EP paru en février via Pan European et un film documentaire réalisé par Christophe Turpin l'été 1994 (lire) où les raves à ciel ouvert importées d'Angleterre constellaient, avec une spontanéité qui n'avait d'égal que la quête d'autonomie d'un mouvement free alors en gestation, le littoral Atlantique historiquement criblé par les vestiges brutes de la Seconde Guerre Mondiale. Vingt-et-un ans depuis se sont écoulés, et Julie Hascoët, par le biais de l'exposition Les Murs de l'Atlantique qui se tiendra du 12 au 21 juin au BAC(K) Up à Saint Nazaire (Event FB), en figure elle la pérennité et le dynamisme, envers et contre tout, et ce, malgré un certain dédain du grand public, voir un profond mépris, et une répression sans cesse inexorable par des forces de l'ordre voyant naturellement d'un mauvais œil ces rassemblements, sporadiques et insaisissables, de collectifs luttant pour la reconnaissance culturelle de leurs actions et prônant encore et toujours l'autogestion et la débrouillardise. Faisant coïncider son finissage avec la Fête de la Musique le 21 juin prochain (Event FB), nous avons posé quelques questions à la Finistérienne qui, en fin d'article, à la gentillesse de nous offrir quelques clichés imageant ce dialogue entre la fête libre et son environnement.

Julie Hascoët l'interview

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Photo © Guillaume Thiriet

Julie, comment est né ton projet Murs De L'Atlantique ? Quelles ont été ton intention, ta volonté, au moment de photographier les free-parties bretonnes ?

Murs de l’Atlantique est un projet qui a vu le jour au début de l’année 2013. J’avais terminé mes études en photographie l’été précédent, et je venais de passer plusieurs mois au Mexique en résidence. J’ai eu envie de revenir sur un territoire familier, pour photographier quelque chose dont je me sentais proche.

Je viens du Finistère, où les côtes sont constellées de fortifications militaires. Pour moi, ça a toujours fait partie du paysage. Et il en va de même pour les free-parties car je suis née à la fin des années 80 et que, dès mon enfance, les battements des basses me sont régulièrement parvenus des campagnes alentours.

Pour ce qui est de l’intention, le projet Murs de l’Atlantique balaie du regard le territoire breton et propose un dialogue visuel entre ces deux phénomènes: d’une part, les restes du Mur de l’Atlantique (blockhaus, casemates, bunkers) qui marquent le paysage de manière lourde et permanente, et d’autre part, les rassemblements techno illégaux, qui apparaissent spontanément pour disparaître aussitôt, dans les zones périphériques du littoral.

C’est une sorte d’étude photographique autour de la notion de mur, des manières d’occuper un territoire.

Tu te sens proche de mouvement ? Quelle est ton expérience de la techno ?

La techno est arrivée assez « tard » dans mon parcours musical.

Mon adolescence s’est plutôt faite dans le punk et le hardcore, avec les salles de répétition où tu vides tes premiers packs de bières, les festivals dans des fermes isolées ou les concerts dans des rades sur le port, la scène crust, les squats, etc. J’écoutais parfois Manu Le Malin et Liza N’Eliaz mais pour moi ça s’inscrivait dans une dynamique de musique violente, énervée, et je n’étais pas plus curieuse que ça.

Rapidement j’ai préféré la scène post-punk, no wave. J’ai passé beaucoup de temps à écouter des productions des années 80, pas mal de NDW aussi, et du noise rock. Des trucs comme Neubauten ou Sonic Youth.

La musique a toujours joué un rôle essentiel, j’ai beaucoup fouillé, dans les bacs des magasins de vinyles et aussi sur Soulseek, qui était un bon compagnon de route! J’ai écouté beaucoup de noise, de musiques expérimentales - c’est sûrement ce que j’écoute le plus, encore aujourd’hui.

La techno s’est imposée naturellement dans la lignée de cette curiosité pour les musiques expérimentales, noise, new-wave, et s’est développée au fil de voyages dans les capitales européennes et sur le dancefloor de nombreux clubs. Je suis entrée dans l’univers de la techno grâce à des sons froids, martiaux, sans concession. Des productions qui pouvaient me rappeler DAF, ou Front242.

D’ordre général, la techno jouée en free-parties a quelque chose de plus rapide, plus dur et plus rugueux que celle jouée dans les clubs. Ça me parle, parce que c’est plus bruitiste. Et je me sens proche du mouvement également pour l’aspect humain, libertaire, qui l’accompagne.

Enfin, ça m’a permis de me rapprocher de mon petit frère, qui était dans ce milieu. C’était donc une belle rencontre.

Vingt-cinq ans après la naissance du mouvement rave en France, importé d'Angleterre, comment celui-ci se porte-t-il ?

Du point de vue de la fête: toujours bien. D’un point de vue extérieur : plutôt mal.

Ça fait vingt cinq ans que ce mouvement existe, avec une histoire, des valeurs, des codes, une identité (faite de multiples identités), des sous-genres, c’est une culture à part entière. Et pourtant, cette culture souffre toujours d’une mauvaise image, d’une mauvaise presse, et subit toujours une énorme répression.

Si le mouvement est descendu d’Angleterre au début des années 90, c’est justement à cause de la répression exercée par le gouvernement mis en place par Thatcher. Les soundsystems étaient plus tranquilles en France et pouvaient organiser des fêtes assez librement. Ça a changé au début des années 2000 avec la mise en place de lois pour contenir le mouvement. Du point de vue du gouvernement, la free-party a été encadrée pendant quinze ans par une législation qui dépendait du Ministère de l’Intérieur, qui ne la considérait pas comme un événement culturel mais comme un risque potentiel, sanitaire et sécuritaire.

Au mois de mars dernier et pour la première fois depuis quinze ans, grâce au travail d’associations actives comme Freeform ou Techno+ (pour la défense de la free-party comme mouvement culturel), le dossier a de nouveau été mis sur la table. On pourrait croire à une évolution positive, une volonté de mieux faire - malheureusement la répression a repris de plus belle, et on a assisté à de larges abus.

Mais ce mouvement est fort, il sait tenir bon, et il s’est construit dans la clandestinité et l’illégalité donc ça ne l’empêchera pas de vivre. C’est simplement dommage car le manque de dialogue accentue les fractures et les problèmes. Il y a cette phrase des Spiral Tribe qui résume assez bien la situation « You might stop the party but you can’t stop the future ».

La scène bretonne est riche et vivante, des jeunes se rassemblent pour former de nouveaux soundsystems, la fête bat son plein. La musique techno a connu de belles évolutions ces dernières années, des tas de productions intéressantes, et la free-party s’est développée avec ces nouvelles sonorités, moins sombres en général. Si je m’en tiens aux témoignages, la scène a l’air plus festive et joyeuse qu’au milieu années 2000.

On garde en tête des collectifs tels que Spiral Tribe. Que reste-t-il aujourd'hui de ce réseau ? S'est-il recomposé ? Véhicule-t-il les mêmes idéaux libertaires et d'autogestion qu'autrefois ?

Le mouvement free-party véhicule toujours des idéaux libertaires, nomades, et les principes de DIY et d’autogestion. Après, je pense quand même qu’il s’est sédentarisé - peut-être à cause du prix de l’essence, ou de l’évolution de la société et des moeurs en général. Je pense aussi que la scène est moins « punk », que les jeunes participants sont moins concernés, moins engagés, et que l’aspect politique s’est un peu perdu.

Beaucoup vont en free-party comme on irait en boîte, ou en concert, sans trop se poser la question du sens qu’il y a derrière, des valeurs véhiculées par le mouvement et de son histoire. Ils y vont pour s’éclater, pour boire avec leurs potes, profiter du son. Ils respectent l’environnement, le travail des organisateurs, et ils respectent l’autre dans sa différence, c’est l’essentiel. Mais ils ne pensent pas particulièrement que ces fêtes sont l’amorce de quelque chose de plus global, une réflexion sur la société, sur la consommation. Ça n’en reste pas moins une expérience riche, politique, et certainement une des expériences les plus intéressantes à vivre quand on est jeune (ou moins jeune) aujourd’hui, car je crois que le manque de conscience politique est assez généralisé et que la free-party reste un milieu engagé où l’on prend conscience des choses et des gens qui nous entourent.

Après, c’est assez difficile pour moi d’effectuer une comparaison car je n’ai pas connu la scène de l’époque, et qu’assez peu d’ « anciens » vont encore en free-party aujourd’hui. Si ça se trouve, la situation était la même dix ans auparavant.

Tandis que la techno devient un véritable produit commercial, avec notamment une profusion de clubs et de festival dédiés, comment communique et s'inscrit tous ces collectifs revendiquant la free party ?

D’un point de vue personnel, ce que j’apprécie dans la free-party, si l’on compare aux clubs et aux gros festivals techno, c’est d’une part la dimension humaine, où tu peux échanger librement avec les autres sans redouter d’être mal interprété, et de te faire dévisager, et d’autre part, le culte de la musique et du son. Je ne dis pas que le son est moins important en club, mais dans la configuration d’une free-party, le DJ est placé sous une bâche sur le côté, et non à l’avant-scène. Le public fait face au mur d’enceintes, il se prend la musique de plein fouet. Il n’y a pas cette glorification du DJ, mais plutôt une reconnaissance du collectif dans sa totalité, pour le travail aussi bien fourni au niveau musical qu’organisationnel. Le soundsystem devient l’organisme responsable d’un ensemble de facteurs qui rendront la fête agréable ou non: un son bien réglé, le lieu où se déploie la free-party, l’ambiance au sein du public, les mixes opérés par les DJs, les styles musicaux choisis, la déco, le chill-out, et j’en passe… C’est une expérience totale, contrairement aux gros clubs et aux gros festivals qui sont des temples de la consommation où les gens se mélangent assez peu, où le DJ se tient comme une figure-totem, et qui terminent en champs de bataille jonchés de déchets car il y aura toujours un salarié pour venir nettoyer le lendemain. Et par dessus tout ça, tu vois rarement le soleil se lever en club! Ça ne m’empêche pas de continuer à clubber de temps à autres, mais plutôt dans des lieux indépendants.

C’est aussi agréable de voir que certains collectifs jouent une techno assez séduisante, commerciale, et revendiquent la free-party comme mode d’expression, pour les valeurs qu’elle véhicule. Les choses se mélangent, et c’est plutôt bien.

Ton exposition rentre en parfaite résonance avec le récent film documentaire de Maud Geffray, 1994. En avais-tu connaissance ? Que t'inspire-t-il ?

Je l’ai découvert via votre magazine au moment de sa publication, grâce à des amis qui faisaient tourner le lien. Je ne connaissais pas le boulot de Maud Geffray et je connaissais très peu Scratch Massive. C’est une très belle production, autant pour la vidéo que pour les sonorités, à la fois atmosphériques, acides, expérimentales qui m’ont rappelé Coil ou Throbbing Gristle. Et bien entendu, de voir des images d’une rave de 1994 du côté de Carnac, où l’horizon est criblé de blockhaus, au moment où je travaillais sur la série Murs de l’Atlantique, ça m’a plu, ça m’a semblé directement familier.

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Peux tu présenter le vernissage et le "finissage" de ton exposition qui se tient au BAC(K) Up à Saint Nazaire ?

Cette exposition est avant tout le fruit d’une rencontre, avec Morgane - Mö - qui est aux commandes de ce petit lieu, le BAC(K) UP, anciennement BAC (Beach Art Center), qui a ouvert il y a cinq ans, puis qui avait fermé ses portes l’année dernière, avant de ré-ouvrir exceptionnellement sous ce nouveau nom.

Mö est une artiste punk, musicienne, activiste, et sa pratique consiste à détourner, détraquer, créér et recomposer - depuis plus de vingt ans. Elle a endossé de multiples identités et a opéré sous différents pseudonymes, tels que Monik2, Mimosa ou encore Cchwet. Elle a fondé le soundsystem B0rd3l1k, et collaboré avec pas mal de monde.

L’idée de cet événement est né de nos échanges.

Murs de l’Atlantique fait donc l’objet d’une exposition du 12 au 21 juin prochain, et l’installation est pensée à la manière d’une cartographie. A cette occasion on fête aussi le lancement d’un fanzine photo que je viens de publier, qui fait partie intégrante du projet.

Vendredi 12, le vernissage est mis en musique par deux DJs: Monik (B0rd3l1k) & Vic (Body-Rytmik)

Pour la clôture de l’événement, qui a lieu le jour de la fête de la musique, on monte une scène devant le lieu, de 14h à minuit, et on invite des artistes pour des DJsets, du live, de la performance vidéo. Ils ont tous un lien avec la free-party. Il y aura de l’acid techno, du breakcore, du hardcore, du crossbreed, etc. L’idée est de faire connaître cette culture, avec l’organisation de l’exposition, de cette scène, et la rencontre entre les artistes et le public.

Parallèlement tu as projet de fanzines, Murs. Tu peux développer ? Quel en est l'intention ?

Ca n’est pas vraiment parallèle, ça fait partie du même projet global. La série Murs de l’Atlantique se présente sous la forme d’une exposition / installation et au sein de cette installation j’intègre un ensemble de petites publications qui viennent apporter autre chose, compléter, enrichir le projet.

MURS est la première publication: c’est un petit fanzine photo d’une quarantaine de pages que j’ai auto-édité. J’en ai sorti 100 exemplaires que j’ai cousus à la main. Et comme j’apprends la sérigraphie en ce moment (merci Roméo), la prochaine publication sera sûrement une petite édition de bunkers sérigraphiés.

Le fanzine est un médium que j’affectionne particulièrement.

Depuis trois ans, je suis d’ailleurs co-fondatrice d’un projet nomade, qui est une collection de fanzines photo / publications auto-éditées utilisant de la photo. On organise pas mal d’expositions pour partager et enrichir la collection, et ça s’appelle ZINES OF THE ZONE.

Portofolio Les Murs de l'Atlantique par Julie Hascoët

MURS DE L'ATLANTIQUE

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Jeff Mills l'interview

Jeff Mills 3

Souvenez-vous, le 6 février dernier, nous nous rendions au Louvre pour assister à l’ouverture du cycle des « Duos éphémères », où Jeff Mills et Mikhaïl Rudy nous offraient une relecture splendide de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot. Profitant de cette occasion pour poser à nouveau quelques questions au producteur touche-à-tout (lire), nous avons eu la chance d’en savoir un peu plus sur le rapport de Mills à ses nouveaux terrains de jeux.

Jeff Mills l'interview

Jeff Mills 2
En guise d’introduction, est-ce que tu pourrais revenir sur la genèse de ce partenariat avec le Louvre ? Comment en es-tu arrivé à participer à cette nouvelle saison des « Duos éphémères » ? Comment la collaboration avec les artistes s’est-elle mise en place, qu’est-ce qui a déterminé le choix des œuvres, etc. ?
As an introduction, could you please come back on your partnership with the Louvre. How dit it begin? How did you choose the artists with whom you were to work with? How did you choose the subject of the differents performances?

Tout a commencé lors de la projection du film Man From Tomorrow de Jacqueline Caux. Lors de la première, Jacqueline, avec qui je visionnais le film, a suggéré à la directrice de l’Auditorium, Pascale Raynaud, qu’il pourrait être intéressant de m’offrir une carte blanche — ce que Pascale a fait, et qui nous a permis de mettre la machine en route pour que je puisse créer la série d’événements et de performances.

L’essentiel des événements étant fondé sur l’utilisation de films, j’ai assisté à une série de réunions avec des archivistes spécialisés et des agences gérant des archives cinématographiques qui sont étroitement liés au musée — comme Lobster Films. On a beaucoup réfléchi aux artistes qui allaient être invités. Mon but était de rassembler une variété de performances qui montre à quel point la forme artistique des musiques électroniques peut être large et sans frontière, de façon à ce qu’aucun des concepts ne se ressemble. C’était aussi une façon pour moi de me mettre au défi de créer une méthode qui permette de tous les matérialiser. Le fil conducteur essentiel de ces nuits est le sujet du Temps — traiter le Temps selon différentes approches et possibilités.

The invitation came from the contact I had when the French film director Jacqueline Caux and I screened her film Man From Tomorrow It was the debut and Jacqueline suggested to the director of the Auditorium, Pascale Raynauld that it might be interesting to offer me a Carte Blanche. Pascale did exactly that and we immediately begun the process so that I could create the series of events and performances.

Since the events are mainly based around the usage of film, I had a series of meetings with film archivists and film archive agencies that are closely connected to the Musuem, like Lobster Films. The invited guests were well discussed and thought about. I wanted to have a variety of performances that would display how wide and borderless the artform of Electronic Music could reach, so no one concept seems the similar. This would also be a challenge for me to create the method in which to materialize them. The main theme that connects all the nights together was the subject of Time – to approach Time ins various ways and possibilities.

Au cours de ces dernières années, tu as plutôt eu l’occasion de travailler avec des orchestres. Comment s’est déroulée la collaboration avec Mikhaïl Rudy ? Quelles ont été vos méthodes de travail ?
During these last years, you worked several times with different orchestra. This time, you collaborated with a single classical musician – Mikhaïl Rudy. How did you manage to work together? What were your working processes?

Travailler avec Mikhaïl a été une expérience révélatrice. Nous avions discuté des différentes approches que pourrait prendre notre collaboration. Comme nous sommes tous les deux habitués à travailler la musique en concept, nous avons vite abandonné la démarche discursive pour jouer effectivement. C’était une démarche unique. J’ai réalisé une série de compositions que je lui ai présentées. Il les a écoutées et a commencé par extraire des parties d’œuvres classiques existantes, chez Wagner par exemple, qui présentaient une structure similaire — puis à les assortir dans le but de faire partir les compositions dans une autre direction, tout en préservant la cohérence de ton et d’humeur. En appliquant cette méthode, nous avons réalisé que la différence entre la techno et la musique classique était encore plus ténue que nous ne pensions.

Working with Mikhaïl was an eye-opening experience. We had discussed the various ways that we could work together. As we both are accustomed to working with Music in concept, the process went quickly from talking about it to actually doing it. The process was unique. I made a series of compositions and presented them. He listened and began to pull parts from existing classical works, like Wagner that were similar in structure – matching them up in order to find out where to branch it off into another direction, while keeping the sentiment in the same mood. By doing this, we both realized that the difference between Techno Music and Classical was even shorter than we thought.

When Time Splits est une relecture visuelle et musicale du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot. Qu’est-ce qui t’a amené à travailler sur ce film ?
When Time Splits is a new visual and musical interpretation of the unfinished film, L’Enfer, by Henri-Georges Clouzot. What drove you to work on this particular film?

C’est principalement dû à mon affection pour l’Op Art. Henri-Georges Clouzot était un grand admirateur de cette discipline et avait prévu d’y recourir à foison dans son film. De nombreux artistes notoires comme Victor Vasarely et Julio Le Parc avaient créé des œuvres spécialement pour ça. Visuellement, c’est assez bluffant. Il y a de cela quelques années, à la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence, j’avais travaillé sur un projet artistique mêlant la danse et la musique, appelé Chroniques de mondes possible. C’est avec ce projet que j’ai vraiment commencé à apprécier le genre.

It was mainly my appreciation for the art discipline of Op Art.  Henri-Georges Clouzot was a great admirer of the artform and was planning on using a lot of it in this film. Works by Victor Vasarely and Julio Le Parc and other notable artists had created works for it. Visually, its quite stunning. I had worked on a art, sound and dance project called Chronicles Of Possible Worlds at the Foundation Vasarely in Aix-en-Provence a few years ago, so I became more fond of this style from that experience.

Le sujet principal du film de Clouzot est la jalousie et la façon dont elle influe sur notre rapport au réel. Toi qui es plus accoutumé à explorer les thématiques technologiques et futuristes, comment as-tu abordé ce travail sur la passion et la perception ?
Clouzot’s film deals mainly with jealousy and how it impacts our way to perceive reality. As you are more familiar with subjects related to science, exploration and futur, how did you tackle this subject dealing with human feelings and perception ?

Les pistes que j’ai composées étaient principalement fondées sur l’émotion. J’ai eu recours à des sonorités et à des textures qui mettaient l’accent sur des émotions profondes. Certaines notes, résonances et métriques ont le pouvoir de susciter des émotions précises qui impliquent que ce doit être précisément ce son qui doit servir d’arrière-plan à tel ou tel sujets sensuels.

The soundtracks I made were mainly based on emotion. Using sounds and textures that emphasized the deeper feelings. Certain musical notes, chord and time signatures have a way of arosing certain feelings that imply the notion that « this » sound is the backdrop for certain sensuous subjects.

Jeff Mills

Lors de la performance, j’ai senti un glissement progressif du figuratif vers des formes plus abstraites, et peut-être aussi un usage de boucles visuelles de plus en plus courtes et rapides. Comment opères-tu les associations entre les images et la musique ? Qu’est-ce qui a guidé tes choix lors du montage ? Est-ce que tu composes pour l’image ou au contraire est-ce que tu utilises la matière visuelle comme un prolongement de ta performance musicale ?
During the performance, I felt that the images slightly shifted from figurative to abstract figures, and also that, as the film went, you used quicker and shorter visual loops. How did you make images and sounds work together? What guided you during the editing process? Are images edited for music or was it the other way?

Pour l’essentiel, le son était réglé sur les images. En mesurant visuellement le tempo et la cadence des boucles visuelles, j’ai pu créer une échelle dans laquelle prescrire le son. Il fallait aussi que je tienne compte de ce que Mikhaïl allait faire. D’un point de vue stratégique, il y a trois éléments à prendre en compte pour chaque partie de la performance et, d’une façon ou d’une autre, Mikhaïl et moi devions trouver un moyen de les fusionner de façon appropriée. A certains moments, nous partions chacun dans des directions très personnelles en référence à l’idée d’univers parallèles, à d’autres, nous étions parfaitement synchronisés.

The sound mainly followed the images. Visually measuring the tempo and pace of the video loops, allowed me to have a scale in which to prescribe the sound. Also, I had to take in consideration what Mikhaïl would do. Strategically, there were three things at play for each part of the performance and somehow, Mikhail and I had to find the appropriate fusion. At times, we each went our own way to reference the idea of parallel universes, other times, we were completely in sync.

Plus que les notes à proprement parler, j’ai l’impression que l’attention portée au tempo joue un rôle crucial dans la manière dont tu as abordé le film de Clouzot. Est-ce que tu peux nous en dire un plus à ce sujet ?
I felt that tempo was very crucial in the way you tackled Clouzot’s film, even more than melodies and the types of sounds you used. Could you tell us a bit more about that?

En effet, nous avons beaucoup discuté de l’aspect tempo. Nous savions tous les deux que nous pouvions souligner l’exemple du parallélisme en contrastant le tempo et les métriques. Dans ces compositions, nous sentions que l’auditeur appréhenderait d’abord la forme dans sa dimension abstraite, mais qu’à force d’écoute, la symétrie finirait par refaire surface.

Yes, the aspect of tempo was greatly discussed between us. We both knew that we could emphasize the example of parallelism by contrasting tempo and time signatures. On these compositions, we felt that the listener would first consider in the form of abstraction. But the more you listened, the symmetry would surface.

Arrête-moi si je me trompe, mais le 6 février dernier, il me semble t’avoir vu utiliser seulement des platines. Pourquoi avoir choisi de mixer plutôt que de faire un vrai live machine ?
Correct me if am wrong, but I think I saw you using strictly turntables and CD-players during your performance. Why did you choose to mix instead of performing a real live machine?

C’est bien ça. J’ai choisi de procéder ainsi car je suis plus un arrangeur qu’un musicien « performeur ». Je ne suis pas le genre de musicien qui peut jouer d’un instrument en temps réel. Généralement, je compose et j’arrange la musique dans mon studio où je suis en mesure de penser à la meilleure façon de cerner mon sujet par le son. Ainsi, préparer la musique en amont me donne l’opportunité de mieux calculer et d’être plus précis. J’ai été batteur dans ma jeunesse, du coup, j’ai suis toujours en train d’essayer d’utiliser les machines comme un autre type d’instrument. En poussant et pressant les boutons en rythme par exemple. En musique électronique, c’est cette façon de composer qui rend la discipline si accessible aux personnes n’ayant pas reçu de formation musicale académique. Cela permet aux gens comme moi d’explorer des moyens créatifs de s’exprimer avec les machines à disposition. Je pense que c’est ce qui explique, en partie, la raison pour laquelle le genre continue de rencontrer un tel succès.

That’s correct. I chose this way because I’m more a music arranger than a « performing » musician. I’m not the type of musician that can play an instrument in real time. I typically compose and arrange music in my studio where I have the ability of thinking about the best way to address the subject with sound. So, preparing the Music beforehand gives me the chance to be more calculated and precise.  I used to be a drummer in my youth, so I’m always trying to use machines as a different type of instrument. Pushing and pressing buttons in a rhythmic way.  In Electronic Music, this way of composing is what made the artform so accessible to people that had no formal background in making Music. It allowed people, like myself, to find out creative ways of expressing ourselves with the machines that we were able to have access to. I believe this is partially the reason why the genre has and will continue be so successful.

Ta performance du 6 février a été brutalement interrompue par un problème technique (une panne de courant, je crois). Au-delà de l’incident technique à proprement parler, comment la dépendance aux machines, l’imprévu lié à la nature des outils électroniques, influencent ta manière de travailler ?
During this first show in February, your have been suddenly interrupted by a technical problem. How these kind of events, depending on machines, and being submitted to unexpected because of electronic tools, impact your way of working?

En effet, c’est une surtension, dont le Louvre fait parfois l’expérience, qui a causé l’interruption lors de la performance. C’est un bâtiment énorme dont les systèmes électriques sont vraisemblablement mis rude à épreuve. Malheureusement, c’est tombé sur nous. A chaque fois qu’un musicien a recours à de l’équipement alimenté par de l’électricité ou connecté à quelque chose, il y a toujours une chance pour que ce genre de choses se produise — et ça se produit. Le public a été compréhensif et bienveillant et nous l’en remercions sincèrement. Malgré ça, nous sommes parvenus à nous remettre dedans et à finir le spectacle de la meilleure manière possible.

Yes, the unfortunate disruption happened as the result of power surges that Le Louvre sometimes experiences. It’s an enormous building and the electrical systems are probably strained to capacity. We were just unlikely at that moment. When ever a musican is using a piece of equipment that electrically plugged in or connected to something, there is always this chance for these things to happen – and they do. The audience was kind and understanding and we appraicate them greatly. Despite that, we were able to regain our mind-set to go on to finish the show in the best possible way.

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Au cours du cycle des « Duos éphémères », tes productions musicales sont confrontées aussi bien au cinéma qu’à la danse, ou encore à la littérature. Comment abordes-tu ces différents types de fusion artistiques ?
During the « Duos éphémères », your work is confronted to cinema but also to danse or even literature. How did you approach these diffent types of artistic fusions?

J’envisageais d’explorer les arts que j’admire le plus. En particulier la danse. Mon objectif était de mélanger les disciplines dans le but de découvrir quelque chose de nouveau. De montrer que les étiquettes importent peu, que le geste artistique est la clef de notre appréhension du monde et des autres.

I considered exploring the arts that I admire the most. Especially Dance. My goal was to mix and match artforms together for sake of disccovering something new. To show that it doesn’t really matter what its called, that an artistic gesture holds the keys to the way we see the world and each other.

Comparativement à d’autres formes d’expression musicale, la techno et les musiques électroniques ont très vite été adoptées par les musées et le circuit culturel institutionnel « classique ». Pourtant, la dimension « rave » des musiques électroniques souffre toujours d’une réputation sulfureuse auprès des institutions et, peut-être, du public traditionnel des musées. Comment expliques-tu cette ambivalence dans la façon de percevoir la techno aujourd’hui ?
Relatively speaking, techno and electronic musics have been rapidely adopted by museums and traditional cultural institutions. However, the rave dimension of electronic musics still suffers from bad reputation among institutions, and, maybe, traditional people that frequent museums and classical music venues. How did you explain this paradox in the way techno is perceived and integrated to society today?

Time est en mesure d’ajuster les perceptions des gens et les idéologies. Je pense que lorsque des exemples positifs sont mis en avant et examiné de plus près, il devient très clair que la techno dépasse de loin les perceptions négatives que les gens en ont parfois. Le genre n’est pas différent d’un autre. Il a autant de possibilités et de perspectives à offrir. Et si nous faisons le choix de ne pas les explorer, de ne pas regarder et écouter d’un peu plus près, alors nous réduisons nos chances de découvrir.

Time has a way of adjusting people perception and ideologies. I think that when positive examples are laid out and examined more closely, it's clear to see that Techno Music is much more than the negative perceptions people sometimes try to have. This genre isn’t any different than any other. It’s full of many different possibilities and perspectives. And if we choose not to explore them, to look and listen closer, we then reduce the amount of chances to discover.

A Pleyel comme à l’Auditorium du Louvre, j’ai été extrêmement surpris par l’hétérogénéité des publics qui viennent assister à tes performances. On retrouve aussi bien un public de club que des personnes plus âgées, des cinéphiles, des amateurs de musique classique, etc. Est-ce que le brassage des populations et le décloisonnement culturel font partie de tes objectifs esthétique et politique lorsque tu t’engages dans ce genre de partenariats ?
At Pleyel as well as the Louvre, I have been extremely surprised by the heterogeneity of the publics that comes to your concerts. One can meet usual people from club but also elder people, films lovers, classical music lovers, etc. Are, mixing populations and breaking traditional cultural borders, part of your esthetical and political objectives when you engage yourself in that kind of partnerships?

C’est fantastique et je ne pourrais pas rêver d’un meilleur public auquel présenter mes idées. Je pense que cette diversité vient en partie de l’heure à laquelle le concert est prévu. Nous sommes en 2015 ! Plus que 85 ans avant le XXIIe siècle. Les gens sont différents car l’époque que nous vivons est différente. J’imagine que l’idée de « mix » est devenue bien plus banale que ne le pensent la plupart des gens. À bien y penser, ce n’est pas vraiment une surprise.

It’s fantastic and I could not wish for better audiences in which to present new ideas to. I believe the diverse mixture is partially due to the time we sit in. It’s the year 2015 ! Only 85 Years to go until the 22nd Century. People are different because this time is different. I assume the idea to « mix » has become more common than most people realize. It’s not really a surprise when we really think about it( ?).

La prochaine performance du cycle, Life To Death And Back, est directement liée à l’Egypte antique. Travailler l’histoire et la mythologie, c’est presque l’antithèse de ce que tu as fait jusqu’à maintenant. Qu’est-ce qui t’intéresse dans ce sujet ?
Your next performance, Life To Death And Back, is  directly related to Ancient Egypt. Working on history and mythology is, in a way, the contrary of what you have been doing up to now. What motivates you to drill down this subject?

La galerie du Louvre consacrée à l’Egypte est l’une des plus importantes du monde ; c’est un véritable océan de savoirs à explorer. C’était l’une des parties du musée que je voulais découvrir en priorité et pour laquelle j’avais le plus envie de créer une performance. Avec l’aide du chorégraphe Michel Aboul, ça a débouché sur tout un long métrage de danse contemporaine. Mon objectif était de traduire les pratiques et croyances que les habitants de l’Égypte antique avaient à propos de leurs vies, comment elles allaient immanquablement les conduire à la mort avec la certitude qu’ils allaient renaître et vivre sur Terre encore et encore.

A de nombreux égards, les Égyptiens vivaient leurs vies de façon beaucoup plus déterminée et guidée par un sens. Ce que j’espérais, en explorant ces croyances, c’est que le public prenne conscience de « notre » histoire et de la façon dont nous sommes connectés à notre environnement et à la poursuite du divin.

The Egyptian Exhibiton at Le Louvre is one of the largest in the World, so there is a sea of information to learn. This was one of first areas of the Museum I wanted to explore and try to create a performance for. With the help of the choreographer Michel Abdoul, what resulted was a full length feature film of contemporary Dance. My objective was to translate the process and beliefs that Ancient Egyptians had about how their lives would eventually lead to death with the granted assumption that they would be reborn to walk the Earth again and again.

In many ways, the Egyptians lived their lives with much more direction and purpose. It was my hope that by exploring these beliefs would make the viewing audiences take notice to « our » history and how we used to connect ourselves to our surrounding in the pursuit of the divine.


Cio D'Or - Perspective II (PREMIERE)

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Dans quelques semaines sortira All in all, nouvel album tant attendu de la productrice un brin barré Cio D'Or sur Semantica. En attendant de se faire une réelle idée de ce qui nous attend, on peut découvrir via son soundcloud un mix de trois morceaux tirés du LP à venir, un court teaser permettant de découvrir les tracks After and before, Tomorrow was yesterday, XLIV for Mike dans une forme non définitive. A la croisé de l'expérimental, la dub techno et l'ambient, cet extrait émoustille, surtout lorsqu'on sait que After and before utilise un sample du At the heart of it all de Nine Inch Nails, qui était déjà une reprise de Coil à la base. Ca sent plutôt bon cette histoire... En attendant Cio D'Or sera l'invitée le 11 Avril prochain du collectif Concrete aux côté de Terence Fixmer, Claudio PRC et Corcos. Quand on sait à quel point ses sets sont aussi rares que ravageurs, on ne peut que vous conseiller de vous y ruer.

Audio (PREMIERE)


Civil Defence Programme & Sleeparchive - S/T

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Alors que le public parisien se remet doucement de l'édition Winter du Weather Festival - Kermesse Techno pour les teufeurs urbains, fête des Loges version grand cirque où la MDMA remplacera la barbe à papa pour les plus jeunes - le weekend fut surtout l'occasion pour certain de goûter au superbe Maxi de Roger Semsroth signé sous ses doubles identités Sleeparchive et Civil Defence Programme. Et si l'on retrouve bien auprès d'Incomplete Open Cubs la rigueur minimaliste du vétéran Berlinois à la dégaine de nerd, la version live de Fifty Fierces démontre le goût de son auteur pour une Techno rèche et qui tabasse. Côté recto, l'artiste dévoile grâce à un projet monté en 2009, avec les tracks The comfort of things/Assembly line works, son amour pour l'EBM, tout en y injectant une bonne dose de BPM, travaillant des mélodies binaires, mais meurtrières, avec la grâce d'un marteau piqueur. Deux versants d'un même artiste dont l'influence dépasse aujourd'hui les époques et les frontières, qu'elles soient géographiques ou musicales. Un vrai coup de génie.

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Tracklisting

Civil Defence Programme & Sleeparchive - S/T (Sleeparchive, 20 février 2015)

A1. Civil Defence Programme - The Comfort Of Things
A2. Civil Defence Programme - Assembly Line Work
B1. Sleeparchive - Incomplete Open Cubes
B2. Sleeparchive - Painting Number 7
B3. Sleeparchive - Fifty Fences (Live)


Low Jack - Imaginary Boogie

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Avec Imaginary Boogie, le français Low Jack célèbre dignement la vingt-cinquième sortie du label britannique The Trilogiy Tapes. Et pour le coup, le gars Philippe Halais ne s'est pas payé notre tête. S'en suit un morceau titre qui donne dans le gettho-house version low-BPM, jouant avec les fréquences et des rythmiques à la dynamiques variables, qui donnerait le vertige à un funambule sous keta. Un entrelacs de modulation séquentielles qui broient le cerveau autant qu'elles font bouger les guiboles. Si la suite est bien plus expérimentale, brassage de mélodies élastiques où se fracassent musique noise et techno codéiné, on reste dans l'univers du producteur d'origine hondurienne qui joue avec nos nerfs sur le diptyque TTT Beats (partie I et II) et nous offre un hymne technoïde quasi-religieux avec FM Fields (Swing Mix). Le producteur SLF (sans label fixe: Get The Curse, In Paradisum, L.I.E.S, Delsin) effectue un boulot sans fausse note et continue à se démarquer de du milieu électro parisien en proposant des œuvres indéniablement qualitatives, avec une touche personnelle authentique mais marqué d'une rigueur indiscutable. Chapeau bas.

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Tracklisting

Low Jack - Imaginary Boogie (The Trilogy Tapes, 19 janvier 2015)

01. Imaginary Boogie
02. Scratch Variation
03. TTT Beat I
04. FM Field (Swing Mix)
05. Mallet Theme
06. TTT Beat II


Sosak - Buy this wreck

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Sosak est un artiste britannique qui fait une entrée fracassante dans le monde de la techno! Après Sketch, son premier EP à la limite de la Ghettotech paru sur son propre label Overlee Assembly, le jeune producteur reviens avec ce Buy this wreck à la limite de la hard-techno et calibré pour les dancefloors qui puent l'asphalte. Le morceau titre d'ailleurs, est un petit bijou de kicks foudroyant clairsemé d'un sample de voix rappé et agressif et de mélodies orientales. Le remix de son compatriote, Joefarr n'est pas en reste, gommant en grande partie les nappes aux sonorités berbères pour se concentrer sur les beats, qu'il charcute à grand coup de sécateur, pour un résultat craspec à souhait mais encore plus barré. On a hâte de découvrir ce que donne la musique de Sosak sur scène, en tout cas on ne se lassera pas si tôt de ce Buy this wreck totalement vrillé, et complètement addictif.

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NHK yx Koyxeи - Hallucinogenic Doom Steppy Verbs

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Même pour ses fans les plus hardcore, l'artiste nippon Kouhei Matsunaga, plus connu sous les pseudonymes NHK'Koyxeи, Koyxeи, NHKyx et plus récemment sous l'alias NHK Yx Koyxen reste un mystère à part entière. Ce dernier effectue un retour fracassant accompagné de son compatriote Xix avec Hallucinogenic Doom Steppy Verbs, EP virulant et vrillé, où boucles étranges se marient à d'étranges rhytmiques entre breakbeat et électronica délirante. Dans la digne continuité de sa trilogie Dance Classics paru sur PAN, le producteur japonais balance une sauce plus aigre que douce aux sonorités cradingues posées sur des beats taillés au katana. Un classicisme hors-norme pour ce long EP où chaque titre est toujours placé sous le signe de la numérologie. Incontournable!

Audio

Tracklisting

NHK yx Koyxen - Hallucinogenic Doom Steppy Verbs EP (Diagonal Records, 16 février 2015)

A1. 218_
A2. 845_
B1. Whispering Gallery
B2. 234_
B3. The Spiral of Babel


Vessel - Drowned in Water and Light

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Pierre angulaire du label Tri Angle, le jeune prodige anglais Sebastian Gainsborough plus connu sous le nom de , nous avait servi à travers Punish, Honey, un LP d'une qualité rare flirtant avec le dubstep (scène dont il est issu), l'expérimental et la techno, livrant une musique viscérale et dérangeante, mais d'une beauté fascinante. Alors que nous avions malheureusement passé cette immense sortie sous silence, le tout récent clip Drowned in water and light nous permet de faire amende honorable, tant la vidéo rend justice à l'univers malsain mais envoûtant de cet artiste pas tout à fait comme les autres prolongeant la noirceur de ses mélodies par une successions d'images cradingues filmées en Super 8 par le cinéaste Pedro Maia. Un résultat étrange et dérangeant mais dans lequel on se plonge avec un délice pernicieux.

Vidéo

https://www.youtube.com/embed/OVMrp2RBFxY

Tracklisting

Vessel - Punish, Honey (Tri Angle, 2014)

A1. Febrile
A2. Red Sex
A3. Drowned In Water And Light
B1. Euoi
B2. Anima
C1. Black Leaves And Fallen Branches
C2. Kin To Coal
D1. Punish, Honey
D2. DPM


Mixtape: Hartzine Horror Show I

popeye-pals

Comme chacun le sait, la veille de la Toussaint, c'est l'occaz parfaite pour les mômes d'arpenter les rues déguisés et de quémander des bombecs... C'est aussi l'opportunité pour les adultes de se baffrer de popcorn en matant de vieux films bien flippants ou de grosses niaiseries bien dégueulasses... C'est surtout pour nous l'opportunité de tomber le masque et de révéler notre vrai visage. Si ta vie est un cauchemar alors en voilà la bande-son... Les autres vous n'avez qu'à appuyer sur play ! Creepy Halloween!

Hartzine Horror Show I by Hartzine on Mixcloud

Et n'oubliez pas, pour nous...

Tracklisting

01. Pharmakon – Primitive Struggle
02. Alien Sex Fiend – R.I.P ( Blue Crumb Truck)
03. Ausgang – Weight
04. Skinny Puppy – Lust Chance
05. Naka Naka – Vibrocalyx
06. Hecate Vs Lustmord – Heresy resurrected
07. Pharmakon – Autoimmune
08. Burzum –Dunkelheit
09. Sunn O))) – Alice
10. Ennio Morriconne – The Thing Theme
11. Umberto – The Child
12. Techno Animal – DC-10 (feat. Sonic Sum)
13. White Zombie – I, Zombie
14. Interlude – Interview with a vampire – Furious Lestat
15. Death in June – Torture Garden
16. John Carpenter & Alan Howarth – Halloween II Main Theme


Perc l'interview

Aux côtés d’artistes tels que Sandwell District, James Ruskin ou encore Adam X, le Londonien Ali Wells, plus connu du grand public sous le pseudonyme de Perc, s’attache à abreuver nos oreilles de tracks brutaux et sans concession, démonstration viscérale d’une musique tirant son inspiration du chaos urbain et reflet mélodique d’une civilisation au bord du précipice. Chaque nouveau morceau est un tour de force, frôlant la perfection, entre manifeste indus et machine à carboniser le dancefloor. Alors qu’il y quelques mois déboulait dans les bacs The Power & The Glory, nouveau pamphlet incendiaire entre bruitisme et tribalisme, nous avons cherché à interroger l’homme derrière la machine et à le questionner sur son processus de création et sa manière d’appréhender la musique.

Perc retrouvera Clark le 21 novembre prochain au Showcase (Event FB). On fait gagner cinq fois deux places pour cette soirée, en plus de deux compils Perc Trax. A vous de jouer.

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Perc, l'interview

Perc
Tu as commencé ta carrière en tant que Spartak and Votion. Pouquoi avoir choisi de continuer sous le nom de Perc au final ?
You began your career as Spartak and Votion. Why do you have finally choose to continue under Perc?

J’ai toujours préféré le nom de Perc. Les autres noms ont juste été créés parce que certains des labels avec lesquels je travaillais au début de ma carrière voulaient des noms d’artiste qui leur étaient exclusifs. Heureusement, ça n’arrive plus trop maintenant et les artistes sont libres d’enregistrer pour pour plusieurs labels sous le même nom.

I’ve always liked the Perc name the most. The other names were just created as some of the labels I was working with early in my career wanted artist names that were exclusive to their labels. Thankfully this does not happen so much now and artists are free to record for multiple labels using the same recording name.

Tu fais partie d’une poignée d’artistes qui ont mis la hardtek ou plutôt la musique techno-industrielle sur le devant de la scène. Qu’écoutais-tu plus jeune ?
You’re a part of handful artists who presented Hardtek or rather Techno-industrial music front of the stage. What did you listen younger? 

Hmmm je ne dirais pas que je représente la hardtek ; il y a beaucoup de techno qui sort qui est bien plus dure ou rapide que ce que je fais et joue. Regarde des trucs comme Pet Duo. Quand j’étais plus jeune, j’ai commencé à écouter de la pop à la radio, puis de l’indie et du grunge, ce qui a mené aux raves et au hardcore qui à leur tour m’ont mené à la house et la techno. Maintenant j’écoute beaucoup de choses, de la pop très commerciale à des sorties plus abstraites, expérimentales et bruitistes.

Hmmm I would not say I represent Hardtek; there is a lot of techno out that that is much harder or faster than what I make and play. Look at something like Pet Duo. When I was younger I started listening to pop music on the radio, then indie and grunge, this led to rave / hardcore which in turn led me to house and techno. Now I listen to a lot of things, some very commercial pop music to more abstract noise and experimental releases.

J’ai l’impression que tu as justifié la dureté de Wicker & Steel par l’ambiance qui régnait alors en Angleterre et en particulier à Londres (émeutes, crise économique, etc.) mais The Power & The Glory sonne encore plus dur. Quel était ton état d’esprit quand tu l’as enregistré ?
It seems to me that you had justified the hardness of Wicker & Steel by the climate that prevailed in England and especially in London at that time (riots, economic crisis, etc.) but The Power & The Glory sounds even rougher. What was your state of mind when you recorded it?

Je ressentais une certaine insatisfaction avec le système politique au Royaume Uni au moment d’écrire l’album, mais c’est un disque plus personnel que Wicker & Steel. Il parle du pouvoir qui existe en chaque personne et de ce qu’elle peut accomplir. La brutalité fait partie du son actuel de Perc mais elle pourra diminuer avec le temps. J’aime continuer à évoluer donc ce n’est pas comme si chaque disque que je ferai deviendra de plus en plus bruitiste et expérimental. La dernière chose que je souhaite, c’est d’être prévisible.

I was feeling some dissatisfaction with the political system in the UK at the time of writing the album, but it is a more personal album that Wicker & Steel. It is about the power within a person and what one person can achieve. The roughness is part of the current Perc sound but it might reduce as time goes on. I like to keep evolving so it is not like every album I do will get more and more noisy and experimental. The last thing I want to be is predictable.

Le morceau Rotting sonne très industriel, la rythmique est très particulière. Tu as travaillé avec Nik Colk Void de Factory Floor sur ce morceau. Comment votre collaboration s’est-elle faite ? Il semble que vous partagez une même vision tout en évoluant dans deux milieux différents.
The track Rotting sounds are strongly industrial, the rhythm sounds really particularly peculiar. You’dve worked with Nik Colk Void from Factory Floor on this track. How did  your collaboration took take place? You seem to share the a vision while you’re evolving in two different backgrounds.

Je connais Nik et le reste de Factory Floor depuis un moment maintenant. Ils ont remixé Forward Strategy Group sur Perc Trax il y a quelques années et j’ai remixé leur morceau Two Different Ways pour DFA en 2012. Nik vient d’un milieu plus artistique et expérimental tandis que je suis arrivé ici par la techno et la musique industrielle du Royaume Uni. Je crois qu’on partage quelques idées sur la musique mais je pense plus au dancefloor alors que Nik a plus une vision artistique globale de ce qu’elle fait.

I’ve know Nik and the rest of Factory Floor for some time now. They remixed Forward Strategy Group on Perc Trax a few years ago and I remixed their track Two Different Ways for DFA in 2012. Nik comes from a more art and experimental background whilst I arrived here though techno and UK industrial music. I think we share some ideas about music but I think more of the dancefloor whilst Nik has more of an overall artistic vision of what she is doing.

Contrairement à ces nombreux artistes techno qui décident d’émigrer en Allemagne et le plus souvent à Berlin, tu as préféré rester à Londres. Tu a l’air particulièrement attaché à cette ville et ça se ressent dans ta musique. Qu’est-ce qu'elle t’inspire ?
Unlike than these many Techno artists who choose to migrate in to Germany and more often in to Berlin, you preferred to stay in London. You seem really especially attached by this town particularly and it feel shows in your music. What does this city inspire to you?

Pourquoi déménagerais-je à Berlin ? On me le demande souvent et c’est une question si bizarre. Il y a de multiples raisons qui poussent à choisir une ville où vivre. Je sais que Berlin possède une scène artistique et musicale intéressante mais si ta raison principale au choix d’une ville pour y vivre est le prix des loyers, alors tu as vraiment besoin de prendre du recul et de revoir tes priorités. Londres m’inspire en ce sens que c’est chez moi, mais si je vivais ailleurs ma musique sonnerait toujours pareil. Ma musique vient de moi et non de la ville qui m’entoure.

Why would I move to Berlin? I get asked this a lot and seems like such a strange question. There are many reasons to choose a place to live in. I know Berlin has an interesting art and music scene but if the dominating factor in where you live is how cheap the rents are then you really need to step back and look at your priorities in life. London inspires me as it is my home, but if I lived somewhere else my music would still sound the same.  My music comes from me not from the city around me.

Perc Trax

Ta musique a un côté très réaliste. Tous les sons que tu utilises semblent être enregistrés live et ne pas provenir de machines ou de banques de sons. Quelle est ta manière de travailler ? Comment construis-tu ta musique ?
Your music has a very realistic side. All the sounds that you use seems to be recorded live and does not come from machines or soundbanks. What is your way of working? How do you build your music?

J’utilise les même trucs que beaucoup de musiciens électroniques. Ableton Live, quelques boîtes à rythme en hardware et des effets. J’aime à penser que quand je fais quelque chose qui ressemble à ce que fait quelqu’un d’autre, je m’arrête tout de suite et je l’efface, je ne continue pas avec pour m’accorder avec la scène techno existante. Il y a beaucoup de peaufinage et de randomisation dans ma musique, les sons et les rythmes changent constamment ce qui donne l’illusion d’une performance live complète plutôt que d’une boucle d’une mesure répétée sur 6 minutes. Faire une musique qui comprend un élément humain et qui est en évolution constante est un de mes principaux objectifs. Je n’utilise pas beaucoup de field recordings, ou d’enregistrements de longues performances instrumentales ou de percussions et j’aime travailler sur la musique en coupant ou en épurant les sons, et pas en apportant des choses continuellement.

I use the same stuff as a lot of electronic musicians. Ableton Live and some hardware drum machines and effects. I like to think that when I make something that sounds like someone else I stop right there and delete it, not continue with it to fit in with the existing techno scene. There is a lot of subtle tweaking and randomization in my music, sounds and rhythms change all the time giving the illusion of a full length live performance, rather than a 1-bar loop repeated for 6 minutes. To make music that has a human element and which is always changing is a main aim of mine. I don’t use a lot of field recordings or recordings of long percussion or instrument performances and I like to work on music by deleting or thinning sounds, not continually building things up.

Tu as sorti un EP avec Einstürzende Neubauten. Comment s'est passée votre collaboration ? Ils possèdent une spontanéité DIY que l’on peut aussi trouver dans ta musique. Comment concevez-vous vos lives ?
You released an EP with Einstürzende Neubauten. How was your collaboration? They have a DIY spontaneity that we can also found in your music. How do you approach your lives?

Je crois que leur spontanéité passe par le groupe se réunissant pour jouer live, improviser et jammer. La mienne passe par des mois de travail solitaire en studio à utiliser un ordinateur pour simuler une performance live ! Je crois que les gens comme moi, Nok Void et Neubaten ont des approches très différentes de la musique mais quelque part vers le milieu existe une petite zone de points communs.

I think their spontaneity is through the group coming together to play live, improvise and jam. Mine is through months of lonely studio work using a computer to simulate a full length live performance! I think people like myself and Nik Void and Neubauten have very different ways in which we approach our music but somewhere near the middle is a small patch of shared common ground.

Tu as également l’air très concentré sur l’activité de ton label. Des artistes comme Sawf ou Forward Strategy ne travaillent qu’avec toi. Quel genre de relation entretiens-tu avec eux ?
You seem also very focused on your label activity. Artists like Sawf or Forward Strategy Group work only with you. What type of relation do you maintain with your artists?

Personne n’a de relations exclusives avec Perc Trax et aussi bien Forward Strategy Group que Sawf ont enregistré des EP pour d’autres labels. J’essaie de travailler avec des artistes avec qui je peux m’entendre sur le plan personnel en plus de les respecter musicalement. Si je sors la musique d’artistes et qu’ensuite je les rencontre et que je ne m’entends pas avec eux ou que je les trouve impolis ou arrogants, alors je ne leur demanderai probablement pas de faire quelque chose d’autre pour le label, qu’importe la qualité de leur musique. Ça me facilite la vie et ça me stresse moins et si des artistes jouent à un showcase Perc Trax quelque part dans le monde je sais qu’il n’embarrasseront pas le label en étant impolis ou exigent.

No one is exclusive to Perc Trax and both Forward Strategy Group and Sawf have recorded EP for other labels. I try and work with artists who I can get on with personally as well as who I respect musically. If I release an artist’s music and then meet them and I don’t connect with them personally or I find them rude or arrogant then I probably won’t ask them to do anything else for the label, no matter how good their music is. This makes my life easier and less stressful and if I have artists playing at a Perc Trax showcase somewhere in the world I know they will not embarrass the label by being rude or demanding.

Comment définirais-tu l’identité de Perc Trax ? Y a-t’il une idéologie derrière ton travail ?
How could you define the Perc Trax identity? Is there an ideology behind your work?

La plupart des productions du label ont un son brut et c’est évidemment centré sur la techno mais toute musique est la bienvenue sur Perc Trax du moment qu'elle me plaît. J’aime croire que Perc Trax a plus de personnalité que certains autres labels techno. Tout, des titres des morceaux au graphisme en passant par le choix des remixeurs, est fait pour essayer de différencier Perc Trax de la masse des labels de techno industrielle répondant au même portrait-robot. L’explosion actuelle d’une techno industrielle assez banale est la raison qui éloigne de plus en plus Perc Trax de ce son en 2014.

There is a rough sound to most of the label’s output and of course it is techno focused but any music is welcome on Perc Trax as long as it appeals to me. I like to think there is more personality to Perc Trax than some other techno labels. Everything from the tracks titles to the artwork to the choice of remixers used is done to try to differentiate Perc Trax from the mass of identikit industrial techno labels out there. The current explosion of fairly generic industrial techno is the one thing pushing Perc Trax further away from that sound as 2014 continues.

Es-tu intéressé par la scène techno en France ?
Are you interested by the techno scene in France?

La scène parisienne et la scène française m’intéressent bien entendu. Je pense que Paris est beaucoup plus intéressant pour le clubbing aujourd’hui qu’il y a 5 ans, des styles musicaux plus divers trouvent leur place et pas seulement l’électro d’Ed Banger et Justice, ce qui constitue une chose positive pour tous les genres de musique électronique.

Of course the Paris scene and the French scene is interesting to me. I think Paris is much better now for clubbing than it was 5 years ago, more musical styles are being embraced, not just the electro sound of Ed Banger and Justice and this has to be a positive thing for all genres of electronic music.

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

Tracklisting

Perc - The Power and the Glory (Perc Trax, 17 février 2014)

01. Rotting Sound
02. Speek
03. Lurch
04. Galloper
05. David & George
06. Horse Gum
07. Dumpster
08. Bleeding Colours
09. Take Your Body Off
10. A Living End


DSCRD - Panopticon

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Le nom de DSCRD (à prononcer Discordance) vous dit certainement quelque chose. En effet nous avions invité le combo parisien le 27 Septembre dernier  au Petit Bain autour d’une carte blanche au label Dement3d, auquel le collectif est associé, et fait partie des artistes phares. Après un passage remarqué sur Sillicate et Stroboscopic Artefacts (décidément omniprésent), les cinq musiciens signent un retour attendu sur Dement3d avec Panopticon, bloc de poésie noire, rugueuse et crasseuse dont on ne sort pas tout à fait indemne. Un alliage savoureux de mélodies baroques concassées par des sonorités technoïdes brutes et froides. A noter que DSCRD se produira pour la première fois à Berlin le 15 Mars aux côtés de Delmore FX et Exrotaprint à l’occasion de la 8ème édition des soirées Heizraum. A ne pas louper si vous êtes dans les parages.


Lucy - Churches Schools and Gun

R-5372854-1391803953-2021On attendait avec un peu d’appréhension la sortie du nouvel album de Lucy, curieusement intitulé Churches Schools and Guns et récemment paru sur le label du producteur expatrié à Berlin, Stroboscopic Artefacts. Il est vrai que Wordplay for working bees avait placé la barre très haut, petit bijou de Tech-indus noir de jais. Et pourtant, ce second LP se place dans la lignée de son prédécesseur ou plutôt dans sa continuité. Lucy n'a de cesse d’explorer et d’expérimenter, laissant l’auditeur face à des blocs de sonorités brutes portées par des mélodies amères. A n’en point douter Churches Schools and Guns est l’excuse pour Lucy de nous livrer sa vision du monde (de son monde) à travers des titres faisant preuve d’une mélancolie extrême bien que poétique (Human triage, The illusion of choice…). N’en reste que ce nouvel opus variant entre Dark ambient et expé-house se classe immédiatement comme la pièce maitresse de la déjà longue discographie du pourtant jeune musicien italien, peut-être tout simplement grâce à une spontanéité  désenchantée des plus personnelle.