Who are you Service?

Une décennie que le label suédois Service éclabousse de son élégance minimaliste le landerneau indie-pop. Et si certains se sont carapatés quelques rues plus loin dans un Göteborg à la créativité fourmillante, tel le duo The Tough Alliance - qui en créa dès 2006 son propre label, Sincerely Yours, avant de se séparer en 2009 - d'autres, comme The Embassy, auteur de l'indispensable Tacking (2007), Erik De Vahl, Jens Lekman, ou plus récemment Ikons, restent fidèles parmi les fidèles du label, grimant ses lettres de noblesse dans un catalogue, certes resserré, mais sans faute de goût apparente. Entre électro-pop radieuse et synthétique, house crossover et shoegaze éthéré, Service cultive une esthétique procédant tout à la fois de la beauté froide d'une scène suédoise extensible, et d'une fascination sans limites pour celle anglaise, comme si Technique (1989) de New order avait été l'ultime et indépassable disque de pop music électronique. Laboratoire à l'alchimie reconnaissable entre toutes, la structure met les petits plats dans les grands à l'heure de souffler ses bougies : une compilation digitale, à télécharger par ici, est ainsi offerte au chaland, quand un blog retrace à coup de photos, vidéos et top ten cette brève histoire au long cours. L'occasion était donc toute trouvée pour questionner Ola Borgström, pierre angulaire du label, mais aussi pour dresser deux top ten ci-dessous éventés, l'un audio, l'autre vidéo.

Raconte-moi comment Service est né ? Qui est derrière ? Quelle est l'idée d'origine ?
Tell me how Service Records was born? Who is behind? What was the idea of origin?

On ne peut pas vraiment parler d'idée à l'origine : à la base, c'était juste Dan de Studio et moi. On traînait dans les rues de Göteborg avec l'impression que quelque chose allait finir par arriver. Et sans aucune ambition ou but en particulier, mais avec tout de même une sorte de détermination bizarre, on a commencé à agir, spontanément, mais tout en suivant une certaine direction. Une sorte de culture s'est formée, et (dés-) organisée, propulsant toute une scène locale qui s'est développée juste après.

There was no real origin, just me and Dan from Studio bumming around on the streets of Göteborg with a feeling something had to happen. And so with no particular ambition or goal, but with a strange confidence, actions were taken, spontaneously but in a certain direction. Some kind of culture was created and (dis)organized, and catalyzing the local scene that boomed shortly after.

Pourquoi ce nom ?
Why this name, Service Records?

Essaie de chercher ça sur Google.

Try to google it.

Quel sentiment as-tu quand tu considères ces dix dernières années ?
How do you feel about the last ten years?

Un sentiment doux-amer, comme si on n'avait pas encore atteint notre potentiel en termes de public. Il reste des perles rares qui attendent toujours d'être découvertes.

A bittersweet feeling that our stuff has not yet fulfilled it's public potential. They are are pearls still waiting to get found.

Quelles sont les sorties dont tu es le plus fier ?
What are the releases you are most proud of?

Je les considère toutes comme mes bébés adorés, mais certains d'entre eux ont besoin d'un peu plus d'attention: Optimismens hån de Franke est magistral et devrait être considéré comme l'un des meilleurs albums du 21ème siècle. Tacking de The Embassy est juste parfait et Secrets Adrift de Erik de Vahl est ensorcelant.

All of them are precious babies, but some need more attention: Franke "Optimismens hån" is super majestic and must be discovered as one of the greatest albums of the 21st century. The Embassy's "Tacking" is perfect and Erik de Vahl's "Secrets Adrift" keeps mystify.

Service sort aussi bien des albums de shoegaze que de synthpop... Comment choisis-tu les artistes avec qui tu travailles ?
Service Records releases slow pop
as well as shoegaze or synthpop's records… How do you choose the artists you work with?

C'est juste une question d'avoir les mêmes attitudes. Si on peut vivre, travailler et jouer ensemble, la musique finit généralement aussi par être géniale.

Ah it's a matter of sharing existential attitudes. If we can live, work and play together, the music usually turns out to be brilliant too.

Quelles sont les relations entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Il n'est pas question de carrière, mais de faire partie d'un collectif.

It's an anti-career, pro-living collective.

Quelle est la ligne artistique du label ? Y-a-t-il une esthétique dans laquelle s'inscrit chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept you try to keep for every release?

Toutes les sorties s'auto-suffisent en elle-mêmes et n'ont pas vraiment besoin de faire de références à autre chose ou d'appartenir à une scène ou un son en particulier. On peut voir ça sur les pochettes au design souvent plat, gris et minimaliste.

All releases are self-sufficient pieces of works, hardly referring outside themselves, not trying to be part of a "sound" or a "scene". This can be easily seen on the often kind of flat, grey, minimalist artworks.

Service vient de sortir une compilation pour ses dix ans. Les choix n'ont pas été trop durs à faire ?
The label has just released a free compilation for its tenth birthday. Was it not too hard to select the tracks?

Je voulais que cela soit évident et magistral. Et que tous les artistes soient représentés. Et que le flow des morceaux soit bon. Et inclure le nouveau single de Ikons, ''Free Spirit'', pour aller de l'avant, comme une fenêtre sur le futur.

I wanted it to be obvious and majestic. And of course cover all artists. And have a nice track order flow. And include Ikons' new single Free Spirit for pointing forward, futurewise.

Quel est le futur proche du label ?
What’s gonna happen in the near future for Service Records?

Life Rhythm, le nouvel album phénoménal de Ikons, que je considère comme la version suédoise de Screamadelica. Swedendelica peut-être? C'est vraiment génial. Le premier morceau, Free Spirit, est téléchargeable dès maintenant sur notre site et la toute nouvelle vidéo pour le single Sister est à visionner par . Et un peu plus tard, un nouvel album de The Embassy !

A new phenomenal album by Ikons called "Life Rhythm", which I think of as kind of a Swedish Screamadelica. A Swedendelica? It's really amazing.
The first track Free Spirit is downloadable now on our site and a brand new video for another single, Sister, here. And later this year: finally a new Embassy album!

Et le futur... dans dix ans ?
And the future...In another ten years?

Comme l'ont dit les Sex Pistols: No Future.

Like Sex Pistols says: No Future

Podcast : le top ten d'Hartzine

TOP  SERVICE RECORDS by Hartzine à écouter sur Spotify

01. The Embassy - Some Indulgence
02. Kool DJ Dust - Driverunserver
03. The Embassy - New Plans
04. Ikons - Honey
05. Forest - Out In The Streets
06. The Whitest Boy Alive - Burning
07. The Tough Alliance - Koka-Kola Veins
08. Erik De Vahl - Summertime
09. Lake Heartbeat - Golden Chain
10. Franke - Öppna Alla Dörrar Och Fönster


The Radio Dept - Clinging To A Scheme

coverA Lund, en Suède, on laisse le temps au temps. En 1995, deux amis de longue date, Elin Almered et Johan Duncanson, charrient l'aurore boréale et forment The Radio Dept, sorte de collectif pop à géométrie variable, ne posant sa première pierre discographique que sept ans plus tard et trois maxis anonymes plus loin sur l'infinitésimal label Slottet. Malgré cette relative passivité, les Suédois tutoient la gloriole, presque inopinément, onze ans plus tard, profitant d'une double aubaine circonstanciée : l'estimé label pop de Stockholm, Labrador Records, leur offre la possibilité de sortir un album aux influences shoegaze assumées, Lesser Matters (2003, Labrador), jetant les bases d'un revival du même nom, quand Sofia Coppola pioche dans ledit album pour sertir sa Marie-Antoinette (2006) d'un joyau pop à l'électricité diffuse du plus bel effet. Le hasard faisant bien les choses, leur second album, Pet Grief (2006, Labrador), parait dans la foulée d'un succès déjà bien taillé au-delà de leurs frontières. Par ses ambiances contrastées, où une irrépressible mélancolie se pare d'atours nettement moins redevables à la bande de Kevin Shields, Pet Grief convertit avec une indéniable subtilité la bruyante déclaration d'intention que constituait Lesser Matters. Précisément là où My Bloody Valentine et consorts se contentent d'assourdir et d'assaillir l'auditeur de corrosives nappes de guitares saturées, The Radio Dept enfonce les portes célestes de son imaginaire pour égrainer une pop onirique jonglant habilement entre le souffle terrestre de distorsions anémiées et la candeur spectaculaire de synthétiseurs aériens. Et depuis, peu ou sinon rien : une apparition lors de l'édition 2007 du Midi festival et le maxi Freddie And The Trojan Horse (2008, Labrador) ne peuvent qu'imparfaitement contenir à eux seuls l'ardente attente d'un troisième effort dont l'annonce fut quelque peu prématurée via le single David en juin 2009.
Tel un doux euphémisme s'échappant de mes lèvres, inutile de dire que Clinging to a Scheme, à paraître finalement le 21 avril prochain, mettra tout le monde d'accord. Décrit par ses auteurs comme "arty et étrange", le successeur de Pet Grief taille son émérite évidence dans une dream-pop pétrie de multiples horizons rythmiques. Si la stellaire introduction, Domestic Scene, se passe de beat pour mieux insinuer sa vaporeuse élégance, Heaven's on Fire ne s'embarrasse pas de telles précautions pour marteler son groove symphonique. Un sample de Thurston Moore appelant à détruire le "processus capitaliste qui vérole la culture adolescente", ouvre le morceau jusqu'à ce que Johan Duncanson reprenne de son timbre doucereux cette mélopée de haute volée aux synthés carillonnants et aux cuivres conclusifs. This Time Around et son rythme concassé chasse volubilement sur les terres d'Electric President quand le clavier de Never Follow Suit emprunte au répertoire reggae le plus basique pour poser les fondations d'un des sommets de l'album : tout n'est alors que justesse d'instrumentation, perfection des arrangements et suspension des vocalises. Choses que l'on retrouve dès A Token of Gratitude et son ode spectrale à l'apesanteur. The Video Dept reprend, dans un brouillard à peine dissipé, les fulgurances shoegaze d'antan, pour une escapade contrite sur les berges d'une nostalgie vitupérée, savamment mise en abîme sur l'éthéré Memory Loss. S'ensuit l'ondoyant David et l'instrumental Four Months in the Shade, telles deux évocations d'hybridations propres au groupe, entre pop chaloupée et incandescente divagation triturée d'effets. You Stopped Making Sense, dont la basse évoque le passé proche des américains de Yo La Tengo, conclut en points de suspension l'évanescent Clinging to a Scheme, dont on ne regrettera au bout du compte que l'atmosphérique célérité. L'excellence à un prix : la rareté. A nous donc d'apprécier ce disque à sa juste valeur, en laissant du temps au temps.

Audio

The Radio Dept - A Token of Gratitude

Tracklist

The Radio Dept - Clinging to a Scheme (Labrador, 2010)

1. Domestic Scene
2. Heaven's on Fire
3. This Time Around
4. Never Follow Suit
5. A Token of Gratitude
6. The Video Dept.
7. Memory Loss
8. David
9. Four Months in the Shade
10. You Stopped Making Sense


JJ - N°3

jj_no3_covNe croyez pas que la vie de chroniqueur soit aisée… Comme tout le monde, vous pointez au pôle emploi ou galérez 45 heures par semaine au SMIC horaire. Votre mec ou nana s’en fout un peu de vous parce que, franchement, le Pulitzer c’est pas pour demain. Vous passez tellement de temps à écrire que vous en avez perdu la notion de la parole. Parfois, c’est à peine si vos potes vous reconnaissent ou vous saluent, tellement vous avez changé. Vous vous prostituez pour des places de concerts, des interviews… Et vous sentez meurtri lorsque l’artiste avec qui vous avez passé la soirée la veille ne vous reconnaît même plus le lendemain. Vous sombrez dans l’alcoolisme, les stéroïdes, la malbouffe, le proxénétisme…
Mais de temps en temps, pas très souvent, mais quelquefois, un moment d’apaisement vient frapper à vos carreaux. Ce mois-ci il est personnifié par le duo suédois JJ, signant son second album sur le label qui monte, Secretly Canadian après un passage remarqué chez Sincerely Yours. Tout simplement intitulé n°3, car et oui, n°1 était en fait leur premier single. Jusqu’ici vous me suivez ?
Si le duo reste un vrai mystère se cachant derrière les initiales de Jules et Jim, en hommage à François Truffaut, leur musique flirte également avec l’irréel. Pop aérienne et doucereuse couvée d’une voix vaporeuse, on les rapprochera immédiatement des sur-buzzés The XX. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que JJ. ouvrira pour les quatre Anglais lors de leur tournée américaine. Mais moins maniérés que leurs comparses britanniques, le couple offre des mélodies un brin exotiques qui dénotent avec ce fond délicat et éthéré (Voi Parlate, lo Gioco, You Know…). Et malgré cette ambiance Sunset and Coconuts si précieuse aux harmoniques planantes de ce nouvel essai, notre séraphique chanteuse n’oublie pas de soigner ses textes abordant une très large palette de thématiques qui…
Non, non mais en fait je suis en train de me foutre de vos gueules, cet album est à chier, comme le précédent d’ailleurs… Allez hop, gardez vos 15 euros pour sponsoriser des artistes qui en valent vraiment la peine. D’ailleurs, il en faut de l’esprit pour appeler son album numéro 3, sûrement pour le dépareiller du précédent au cas où nous n’aurions pas fait la différence. Et un disque de plus à la benne… Je commence à mieux comprendre pourquoi son industrie se casse la gueule… Comme une petite envie de suicide moi aujourd’hui…

akitrash

Audio

JJ - Let Go

Video

Tracklist


JJ - N°3 (Secretly Canadian)

01. My Life
02. And Now
03. Let Go
04. Into the Light
05. Light
06. Voi Parlate, Io Gioco
07. Golden Virginia
08. You Know
09. I Know
10. No Escapin’ This


DIETER SCHOON - Lablaza

dieterschoon

Je ne sais pas si l’on devrait écrire quoique ce soit sur Lablaza tant notre cœur balance entre le souhait de livrer au monde le nom de son talentueux concepteur et la volonté  de faire de cette découverte l’apanage de quelques uns. Soyons cependant honnêtes ! Nous ne sommes pas les seuls sur le coup et d’autres, au vu de la floraison de chroniques entrevues ici et là, n’ont pas eu autant d’états d’âmes à laisser transpirer leur enthousiasme derrières quelques lignes sans ambages. Alors tant qu’à être un mouton soyons un bon mouton et participons nous aussi à cette volonté collective de faire de Dieter Schööm autre chose qu’un parfait inconnu. Le premier album du suédois, au-delà d’être une simple découverte sympathique, fait déjà figure de disque chevet. Une pop bricolée à l’électronique - que l’on pourrait classer entre l’oeuvre sous-estimée de Ms John Soda et les élucubrations d’Owen Ashworth - qui navigue aussi bien sans chavirer sur des eaux calmes et folktroniques que sur celles plus mouvementées et Uptempo. Bref, un disque en forme de  grand écart qui a su tout autant faire danser les noctambules du Södermalm stockholmois que ravir les chasseurs d’aurores boréales du Lappland. Et maintenant, parisiens, corréziens, même combat !

 

AUDIO

DIETER SCHOON - Warm Hearts

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