Peaking Lights - Cosmic Logic

Si Lucifer, “porteur de lumière”, éclairait le duo d’une agréable teinte roots qui donnait envie de tisser son chanvre en fumant sa ganja, mais confortablement lové dans son sofa en lin, une tasse de thé Kusmi posée sur sa table basse MUJI, Cosmic Logic, lui, se perd aux confins de l’univers, associant des gimmicks et des sonorités planantes, spatiales, à une ambiance plus pop que ce à quoi le duo Peaking Lights nous avait jamais habitués.

Ça sent moins la Jamaïque (et moins le Wisconsin), c’est plus cosmopolite (comme LA, où ils sont retournés), les influences sont plus nombreuses et, il faut le dire, plutôt bien accordées. La voix gagne en clarté, en superbe, mais on est en droit de regretter cette réverb qui participait au charme des précédents albums. Superbe contre réverb, chacun choisira son camp. Ce qu’on y gagne ? Une saveur pluridisciplinaire qui mêle dancehall, italo, house, afrobeat, Zamrock et même hip-hop West Coast. Cette opulence de références positionne le duo dans une ambiance qui n’a plus grand chose du dub psyché qui flattait alors nos oreilles intéressées, mais se satisfait visiblement de faire dandiner quelques bassins au lieu de faire dodeliner de la tête. Aujourd’hui, Peaking Lights ça se danse, n’en déplaise aux aficionados du hamac.

Aaron Coyes et Indra Dunis se complètent dans un tandem qui se rapproche aujourd’hui forcément, vu leur récente sympathie pour les accords de synthé pétillants, de certains duos clairement pop comme New Look ou Rainbow Arabia, mais ils s’accordent le droit de conserver un certain (mais minime) parti-pris psyché qui offre à ce quatrième long une atmosphère qui leur reste personnelle. Le groove cosmique de Telephone Call répond aux bumps italo d’Everyone And Us tandis que la ritournelle Tell Me Your Song ne se laisse pas étouffer par les sonorités afrobeat de Bad With The Good. Un vrai fourre-tout, on vous dit.

Pour être franc, on s’y perd un peu, mais a priori, c’est normal. Du propre aveu du binôme, « l’identité même de Peaking Lights a toujours été basée sur l’idée d’une ‘Fucked Modern Pop’, mais nous cherchons toujours à définir exactement de quoi il s’agit. » Cette recherche d’identité perce à travers les onze morceaux de cet album fantasque, aux humeurs inégales, et c’est en quelque sorte le fil d’Ariane de Cosmic Logic. Un fil un peu trop lâche au final, du genre à nous guider sains et saufs, et même avec le sourire, jusqu’à la sortie d’un labyrinthe sonore composite et bien foutu certes, mais dont la clarté mélodique ne nous empêche pas de nous prendre quelques murs en pleine poire, faute de voir très loin devant soi. Sans doute leurs remixes pour Chrome Canyon ou Young Galaxy en 2013 auront-ils inspiré leur nouvelle fraîcheur pop au duo californien, plus « golden » que jamais, mais un tantinet moins cool.

Pour ceux qui souhaiteraient, le temps d’une soirée, troquer leur sofa contre un mètre carré de dancefloor, Peaking Lights se produira sur la scène de la Machine du Moulin Rouge le 21 octobre prochain, aux côtés de Jaako Eino Kalevi, lui aussi sous la houlette du digne label Weird World. Plus d'informations par ici.

Ted Supercar

Audio


Tracklist

Peaking Lights - Cosmic Logic (Weird World, 2014)

1. Infinite Trips
2. Telephone Call
3. Hypnotic Hustle
4. Everyone and Us
5 .Little Light
6. Dreamquest
7. Eyes To Sea
8. Bad With The Good
9. New Grrrls
10. Breakdown
11. Tell Me Your Song


Peaking Lights - Cosmic Logic

Peaking Lights - Cosmic LogicSi le duo le plus cool du monde Peaking Lights a déjà annoncé la sortie de Cosmo Logic, un nouvel album prévu le 6 octobre, via le single Breakdown dévoilé quand il le fallait, en plein été, décliné depuis hier en vidéo, et présageant d'un virage plus pop sans que cela soit un gros mot, la date de leur passage à Paris se faisait quant à elle attendre. Et c'est avec un plaisir non feint qu'Hartzine et La Machine, en collaboration avec les labels Domino Records et Weird Wolrd, présenteront le 21 octobre prochain leur retour en terre francilienne après une date remarquée à la Villette Sonique en 2012. Ceux qu'on avait interviewé à cette occasion (lire), seront accompagnés en première partie du gracile finlandais Jaakko Eino Kalevi auteur fin 2013 d'un EP Dreamzone de toute beauté. On en reparle très vite.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=-xjZZVb3jhU

Audio

Tracklisting

Peaking Lights - Cosmic Logic (Domino Records / Weird World, 6 octobre 2014)

01. Infinite Trips
02. Telephone Call
03. Hypnotic Hustle
04. Everyone and Us
05. Little Light
06. Dreamquest
07. Eyes To Sea
08. Bad With The Good
09. New Grrrls
10. Breakdown
11. Tell Me Your Song


Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


Who are you Mexican Summer?

Lorsqu'un saut calendaire d'une année sur l'autre se profile, il est désormais coutume de dresser des listes exhaustives classant les groupes et morceaux ayant fait l'année, en plus de labels sans cesse plus nombreux à assumer les risques de la production vinylique et ce, malgré ou grâce à la musique en ligne et au téléchargement. D'ailleurs, on ne déroge pas à la règle (lire). Mais au-delà du coup d'éclat, à quoi se jauge un bon label ? À son identité, ses sorties, son activité mais aussi et surtout à son modèle de développement : un bon label est un label qui dure, qui s'inscrit dans le temps et qui par ses choix imprime une esthétique à la fois multiple et référentielle. Le label créé une unité visuelle et stylistique, permettant à l'auditeur déjà acquis de s'y fier presque aveuglément, tout en conservant une diversité musicale intrinsèque. Dans la musique indépendante contemporaine, si l'on veut s'extraire de la ghettoïsation engendrée par les modes de production lo-fi - digital et cassette - il n'y a pas trente-six solutions. Il y a quelques années déjà, au cours d'un long entretien (lire), Julien Rohel, instigateur de Clapping Music, nous livrait de but en blanc l'une des recettes les plus réalistes : aujourd'hui notre modèle économique est quasi le même que celui d’il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller. Dans dix ans ? Le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste… Pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu’avec les groupes qu’on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français… Si l'on reste convaincu de l'acuité d'un tel constat, inutile de préciser que les exemples qui viennent à l'esprit pour l'illustrer ne sont pas légions en France quand d'autres, outre-Atlantique, se posent là, tout auréolés d'une flopée de disques ayant fait date en 2013. Ce qui n'est pas rien à l'heure où tout se perd et se confond dans un fil d'actualité continu, noyant littéralement l'auditeur de nouveautés et rééditions après l'avoir sevré de si longues années. Parmi ceux-ci, les labels Arbutus Records (lire) et Mexican Summer, chacun ayant soufflé en 2013 leur cinquième bougie, méritent un éclairage tout particulier, cristallisant l'attention, par-delà leurs spécificités respectives, autour d'un triptyque de valeurs cousu d'amitié, d'intégrité et d'éthique.

Entrevue avec Andrés Santo Domingo

Mexican Summer by Shan BrackbillSi Mexican Summer s'est révélé au monde par le biais du LP Crazy For You de Best Coast (lire), sorti en septembre 2010, le label fondé en 2008 par le triumvirat déjà à l’œuvre au sein de Kemado Records - Andrés Santo Domingo, Keith Abrahamsson et Tom Clapp - n'a pas attendu ce cap de relative exposition pour enchaîner les productions de choix, le plus souvent à l'orée de leur popularité : de Kurt Vile à Washed Out en passant par Haunted Graffiti, Real Estate, Jacuzzi Boys ou encore l'aujourd'hui encensée Marissa Nadler, dont une chanson à conféré le nom au label et qui vient de faire paraître le 4 février dernier via Sacred Bones (lire), July - structure avec qui ils partagent leurs locaux à New-York. Le plus souvent assimilé à un laboratoire huppé, sorte d'intermédiaire entre la profusion de label cassettes - tel Not Not Fun, NNA tapes ou Night People - et le monde des majors, à la fois courroie de transmission et entonnoir donc, Mexican Summer tend à asseoir son savoir-faire - à l'étendre même sur le terrain expérimental et électronique par la création de  avec Daniel Lopatin d'Oneohtrix Point Never et regroupant Pete Swanson, Autre Ne Veut, Huerco S ou Co La sous une même enseigne - tout en gardant ses artistes sur la durée avec, en plus des multiples sorties à tirage limité annuelles, quelques productions à plus gros tirages en collaboration avec d'autres labels : il en va des ultimes Peaking Lights (lire) et Connan Mockasin. Entre la fin d'année 2013, et celle 2014 qui se profile, un bon panachage de toutes ces aspirations se dessine, avec les albums de No Joy, Happy Jawbone Family Band, Mood Rings et Quilt, en plus de ceux à prévoir de Weyes Blood, Travis Bretzer, The Fresh & Onlys et Peaking Lights.

Andrés, avec Tom Clapp, tu as fondé de Kemado Records en 2002. Pourquoi avoir instigué ensemble Mexican Summer en 2008 ?

On a commencé Mexican Summer en 2008 comme une division de Kemado Records. Cela faisait presque cinq ans qu’on faisait Kemado d’une façon très traditionnelle, avec un nombre restreint d’artistes par an. Avec tous les bouleversements qu'a connu le music business durant ces années, on s’est rendu compte de la rupture et on a voulu spontanément éditer beaucoup plus d’artistes. L’idée était de ne sortir que du vinyle et du digital. Mexican Summer était la structure qui nous motivait le plus alors on a dédié tous nos efforts à ce nouveau label.

En 2011, vous avez mis sur pied Software Recording avec Daniel Lopatin. Pourquoi ?

On a créé le label  après avoir rencontré Daniel Lopatin dans notre bureau. On voulait travailler avec lui sur ses projets Oneohtrix Point Never et Ford and Lopatin. Pendant la réunion il nous a exposé tous les autres projets auxquels il était associé : on a décidé de créer un label avec lui.

Vous semblez très proche d'autres labels... 

On est très proche de Captured Tracks, mais aussi de Sacred Bones. Mike Sniper de Captured a eu son bureau chez nous pendant plusieurs années alors que Caleb de Sacred Bones continue de diriger son label depuis chez nous. À Greenpoint, on se considère plus comme une famille que comme des concurrents - d’ailleurs on collabore très souvent.

Quels sont les labels qui t'ont influencé dans ta démarche ? 

Même si on essaye de ne pas se comparer à d’autres labels, beaucoup nous ont inspirés : Factory, SST, Vertigo, Motown, Atlantic, Crammed, 4AD, Sub Pop, Bomp! Stiff, Rough Trade, Touch and Go, Warp.

Mexican Summer 2

Comment définirais-tu l'identité du label ? 

On n’a pas vraiment de ligne esthétique : on publie ce qu’on aime tout simplement. Plus que notre son, c'est notre public qui fait notre identité. On écoute toute sorte de musiques différentes et les auditeurs qui achètent nos disques aussi. C'est l’ensemble des artistes qui définit Mexican Summer, ce n'est pas untel ou untel qui caractérise le label.

Qu'est-ce qui te pousse à collaborer avec un groupe ?

Pour commencer il faut qu’on adore la musique du groupe avec qui on décide de bosser, en plus de la performance scénique. Mais le plus important est qu'il s'agisse de personnes avec qui l’on puisse s'entendre pour travailler.

De quel disque es-tu le plus fier ?

C’est comme choisir un fils préféré. Impossible !

Comment vois-tu le futur proche de Mexican Summer ?

On n’est pas un énorme label, mais nous sommes plus que deux mecs avec un ordinateur. On est ambitieux, on veut se développer tranquillement, avec intégrité. On a été très excité de publier le nouvel album de Connan Mockasin au États-Unis. En début 2014, on attaque avec le nouvel album de Quilt et des Fresh and Only’s sur Mexican Summer et le nouvel album de Napolian et Thug Entrancer sur Software.

Et alors... comment s'est passé votre anniversaire ?

Pour nos cinq ans on a fait une belle fête avec Home Blitz, Bobb Trimble’s Flying Spiders, Mike Wexler, Fresh and Only’s, Tamaryn, Ariel Pink, Soldiers of Fortune, Weyes Blood, Quilt, Linda Perhacs, Happy Jawbone Family Band, Lilacs and Champagne, Co la, Lansing Dreiden, Connan Mockasin, No Joy et Spirtualized. On était tous hyper excité de voir Lansing-Dreiden jouer pour la première fois avec son fondateur principal - Jorge Elbrecht. Cela fait presque dix ans qu’on travaille avec lui et le set a été incroyable. Ariel Pink a chanté le dernier morceau avec le groupe : juste incroyable.

Audio

TOP 5 LP Mexican Summer 2013

01. Part Time - PDA
02. No Joy - Wait To Pleasure ‎(lire)
03. The Happy Jawbone Family Band - s/t (lire)
04. Mood Rings - VPI Harmony (lire)
05. Spectral Park - s/t (lire)

TOP 3 EP Mexican Summer 2013

01. Lace Curtain - Falling/Running
02. Ariel Pink And Jorge Elbrecht - Hang On To Life (lire)
03. Peaking Lights - More High

TOP 3 LP Mexican Summer 2014

01. Weyes Blood
02. Peaking Lights
03. The Fresh & Onlys

Vidéos

http://www.youtube.com/watch?v=HINIs3Sp5Lk

http://www.youtube.com/watch?v=7WYDMj_sCFg

http://www.youtube.com/watch?v=a-SamkV33Nk

http://www.youtube.com/watch?v=918wtp_jLyo

http://www.youtube.com/watch?v=NT9GZmHLj8I


YOUNG GALAXY - Pretty Boy (Peaking Lights Remix)

Le quatrième album des montréalais de Young Galaxy est annoncé pour le mois d'avril prochain via paper bag records et s'intitulera sobrement Ultramarine. Distillé quelques mois plus tôt, son avenant premier extrait Paper Boy se voit aujourd'hui sympathiquement remixé par la paire de thaumaturges qui compose Peaking Lights.

Audio


Peaking Lights - Beautiful Dub

Le 10 décembre dernier, Peaking Lights mettait fin à un insoutenable suspens en révélant Lucifer In Dub via Mexican Summer et Weird World, filiale de Domino. S'il faut être sourd ou niais pour ne pas entendre à quel point le dub, cette méthode d'enregistrement propre aux studios de Kingston, est inextricablement lié à leur ultime effort Lucifer (lire), Aaron Coyes précise ce qu'Indra Dunis nous suggérait en mai dernier à l'occasion de leur concert à la Villette Sonique (lire) : "Nous avons toujours aimé répondre au défi de retravailler notre musique sous un angle d'approche différent. Et même si l'aspect dub de notre son est présent dans les structures même de nos morceaux, c'est bien la première fois avec Lucifer In Dub que nous optons pour celui-ci". Après l'optique club mise en lumière par la somme de relectures contenues dans 936 Remixed (100% Silk, 2012) - avec Ital, Xander Harris, Innergaze et Cuticle à la baguette (lire) -, c'est donc selon le prisme de basses omniscientes et d'échoïsations diverses et variées que les fabuleuses textures sonores du duo prennent toute leur ampleur. Beautiful Dub, paresseusement retranscrit par l'image, en témoigne ci-après. L'été est encore loin, mais on a déjà sa bande-originale.

Vidéo


Peaking Lights interview & chronique


D'évidence, certaines formations résistent mieux - artistiquement s'entend - à la chape de plomb créative que peut représenter l'esquisse d'une renommée fortuite. Citons - sans balancer outre mesure - Memoryhouse, signé sur Sub Pop après quelques singles encourageants (To The LighthouseBonfire), qui s'avéra incapable, sur leur LP The Slideshow Effect, d'accoucher d'autre chose que d'un continuum de fadaises oscillant entre basses prétentions et néant absolu. Des poubelles, ras la gueule, de l'histoire que n'est pas prêt de fréquenter Peaking Lights, autre duo, ayant déjà survolé l’écueil fatidique du second album avec l'inépuisable 936 (lire) paru l'année passée sur Not Not Fun. A dire vrai, que l'été fut long et agréable, baigné de cette ode lascive à l'adresse des cieux, délayant ses faveurs entre le tempo magnétique d'All The Sun That Shines et l'ivresse sensitive de Tiger Eyes (Laid Back). Faisant suite à la verve plus psyché lo-fi d'Imaginary Falcons (Night People, 2009), 936 tenait déjà du manifeste hypno-pop quasi indépassable, enrobant d'une basse ronde et obnubilante le cheminement flegmatique d'évanescentes mélodies. A ce titre d'ailleurs, la comparaison inversée avec les Chromatics de Johnny Jewel, leur double antithétique, prend tout son sens, ces derniers étant à la nuit ce que Peaking Lights est au jour, à savoir une indicible accoutumance charriant toute notion de temporalité. Obsédant mais diurne donc. Chose pouvant étonner à l'heure où une nuée de formations se prévalent de la fascination pour le morbide et la mystique associée, les Peaking Lights - comme leur patronyme l'indique si bien - honorent la vie, chantent la lumière et l'amour, et ce, sans porter les stigmates d'horripilants curaillons.

Franchissant pas à pas les étapes de leur carrière, Indra Dunis et Aaron Coyes, résidant alors encore à Madison dans le Wisconsin - lieu de conception leur premier enfant et de 936 - et œuvrant pour la scène locale par le biais de leur magasin The Good Style Shop - sorte de brocante vintage, friperie et salle de concert - se laissent séduire par les exigeants labels Weird World (How To Dress Well, Washed Out), division de Domino, et Mexican Summer. En suivant, ils opèrent un retour en Californie après une escapade d'un mois à Brooklyn, au Gary's Electric studio, afin de coucher sur bande Lucifer, à paraître le 18 juin prochain. Loin de se sentir grisé par l'intérêt suscité par de-là la blogosphère et ailleurs, le couple réédite sur Lucifer le processus créatif de 936 - le format étant sensiblement analogue, huit morceaux dont deux, introductif et conclusif, exclusivement instrumentaux - étayant ce dernier d'une instrumentation aussi luxuriante que raffinée, en plus d'une production d'orfèvre, signée Aaron Coyes himself, en partie aidé par Al Carson (Oneohtrix Point Never). Mêmes causes, mêmes effets, les sommets d'antan deviennent les Everest d'aujourd'hui, susceptibles de subjuguer n'importe quel quidam un tant soit peu attentif à la frénésie de détails ornant chacune des compositions. Une fois l'indolent prologue Moonrise consumé, la guitare d'Aaron étire langoureusement Beautiful Son aux confins d'une impénétrable quiétude - ayant trait aux joies de la parentalité - avant d'ouvrir sur Live Love, véritable décoction dream-pop à la délicatesse roborative. Cosmic Tides, sa basse plus lourde et ses duveteuses réverbérations inoculent cette sensuelle caresse dub propre au duo tandis que Midnight et Lo Hi - le single - colorent, à la guitare et aux claviers, l’envoûtante voix d'Indra de motifs reggae très largement influencés par Big Youth et consort. Dilaté sous le double effet d'une sérénité percluse de beats opiacés, le temps reprend alors son court et son rythme sur le sémillant Dream Beat, véritable point d'orgue de Lucifer, où l'on se plaît à se perdre, entre profusion des textures, des arrangements et autres saturations luminescentes.

Indra nous raconte ci-dessous le reste, les quelques mixtapes concoctées à l'occasion de la sortie de Lucifer complétant idéalement le tableau. Peaking Lights sera à l'affiche de la Villette Sonique le 29 mai prochain en compagnie de Julia Holter et Dirty Three.

Audio

Entretien avec Indra Dunis

Indra, comment décrirais-tu ta personnalité et celle d'Aaron ? Influencent-elles votre approche de la musique ?
Indra, how would you describe yours personalities with Aaron? Would you say it is relevant to the way you approach music in general?

Je dirais que je suis plutôt tranquille, réfléchie et réservée, alors qu'Aaron est plein d'énergie, enthousiaste et extraverti. Il se fait des amis partout ! Je pense vraiment que nos énergies transparaissent au travers de notre musique... Parce qu'on on est différents, on se lance des défis en permanence. Nous sommes tous deux très têtus. On s'encourage mutuellement à faire de notre mieux.

I think I am pretty mellow, thoughtful and reserved, and Aaron is highly energetic and enthusiastic, as well as outgoing. He makes friends everywhere! I'm sure our energies translate in our music... Because we're different, we challenge each other all the time. We're both very head strong. We push each other to do our best.

Comment avez vous initié Peaking Lights ? En quoi ce projet est-il différent de Rahdunes, votre premier groupe ?
How did you start Peaking Lights? How is it different from your first project Rahdunes?

Nous avons créé Peaking Light en 2008, après avoir déménagé dans le Wisconsin, et laissé derrière nous un de nos potes au sein de Rahdunes, à San Francisco. Tout naturellement, on a voulu se lancer dans une nouvelle aventure musicale. Radhunes était plutôt axé sur de l'improv' drone et psych noise, alors que Peaking Lights est né de l'envie de créer de la pop moderne et bordélique. Tout a débuté dans un appartement minuscule en plein hiver pour se poursuivre ensuite dans une maison gigantesque au beau milieu de nulle part, dans la campagne du Wisconsin. Nous avions la place pour installer un studio en plus du calme nécessaire pour pouvoir se concentrer. C'était vraiment un très bel endroit, entouré d'arbres et de collines, sans parler de la rivière Wisconsin et de la faune sauvage. Un endroit vraiment plein d'inspiration, parfait pour y vivre et faire de la musique.

We started in 2008, after we moved to Wisconsin and left our bandmate in Rahdunes in San Francisco. We naturally needed a new music project. Rahdunes was more improvised drone/ psych noise, and peaking lights was started with the idea of creating "fucked modern pop". We started our band in a tiny apartment in the dead of winter, and soon moved to a huge house in the middle of nowhere, countryside wisconsin, where we had room for a studio and the isolation to really focus. It was a beautiful spot surrounded by trees and hills, the wisconsin river, and tons of wildlife. It was really an inspiring place to live and work on music.

Vos mixtapes donnent déjà une bonnes idée de vos horizons musicaux. Mais quelles sont vos principales influences ?
Yours mixtapes already gives us a good idea of some of your musical influences, but could you tell us more about your most important influences?

Nos influences musicales sont tellement variées, tout comme nos mixtapes ! Je ne saurais pas choisir lesquelles sont les plus importantes. Au début, Peaking Lights était pas mal influencé par des groupes de krautrock des années 70, comme Cluster, Flaming Tunes, du dub et du reggae, de l'afro beat, du garage et des 45 tours de soul, même d'autres groupes tels que New Order et Tom Tom Club...

Our musical influences are so varied, like our mixtapes! It's impossible to name a couple as being the most important. PL was initially very inspired by kraut rock bands from the 70s, Cluster, Flaming Tunes, tons of Dub and reggae artists, afro beat, garage and soul 45s, and even bands like new order and tom tom club...

Album après album, chaque disque de Peaking Lights semble refléter une profonde introspection. Que représente la musique pour toi : un chemin pour se libérer soi-même ou un moyen de se couper du monde ?
One after another, all of the Peaking Lights albums seem to reflect a deep introspection. What does music represent to you: a way to free yourself or a way to cut yourself off the world?

Composer et jouer de la musique est une activité très libératrice, et il s'agit aussi de partager tout ça avec les autres. Dans l'idéal, toute musique fait passer un bon moment à celui qui l'écoute. Je pense qu'on peut vraiment se sentir connecter les uns aux autres à travers la musique. C'est pour ça qu'on compose toujours en pensant à ceux qui nous écouteront. Même si, parvenir à expliquer d'où vient notre musique reste chose difficile, il faut vraiment creuser au plus profond de soi - on doit vraiment se laisser aller pour pouvoir le trouver.

It's a freeing experience to write and play music, and it's also about sharing with others. Music is ideally enjoyed by the listener and can hopefully make them feel good as well! I think people really connect with each other through music. we always write with the intention to make music not just for ourselves but for everyone that hears it. Although, it's not easy to explain the process of where that music comes from, it's a place beyond yourself - you've got to let go of yourself to really find it.

Parlons de votre discographie. Imaginary Falcons est sorti sorti en 2010 sur Not Not Fun, tout comme 936 l'année d'après. Quelque chose a-t-il changé depuis Imaginary Falcons, notamment en terme de processus créatif ?
What about your discography? Imaginary Falcons was released in 2010 on Not Not Fun label, like 936 the year after. Has anything changed since Imaginary Falcons, including your writing process?

En fait, Imaginary Falcons est sorti en 2009 sur Night People Records, et ce n'est qu'un peu plus tard que Not Not Fun l'a sorti sur cassette exclusivement. Shawn Reed, qui s'occupe de Night People, a sorti tous nos premiers enregistrements, y compris notre toute première cassette, Clearvoyant, en plus d'Imaginary Falcons et Space Primitive. Je pense que nous évoluons en permanence en tant que groupe, on apprend de nouvelles choses et on cherche à exprimer d'autres idées. Bien entendu, Imaginary Falcons reste cohérent malgré tout, ayant été composé un été alors que nous vivions en pleine campagne. Je pense que cela nous a beaucoup inspirés. Le matos était très limité, on utilisait des magnétophones d'occasion pour s'enregistrer, et n'importe quel micro qui traînait dans le coin. Une grande partie de l'album est issue de séances d'improvisations. Quelques uns de morceaux étaient déjà écrits, mais sans grande structure. C'est aussi assez vrai pour 936 : les morceaux étaient déjà écrits, mais modifiés suite à de l'improvisation, enregistrés live sur l'album. La plus grande différence entre Imaginary Falcons et 936 reste que nous avons eu accés à un studio d'enregistrement pour le second. Imaginary Falcons reste très lo-fi, en comparaison, mais sur 936, on peut enfin entendre tous nos instruments !

Actually, imaginary falcons was released on night people records in 2009, and then later not not fun released it on cassette only. Shawn Reed who runs night people put out all our early recordings including our first cassette release, clearvoiant, then Imaginary falcons and space primitive. I think as a band we are always changing, and learning new things and expressing new ideas. But of course there are threads that tie the albums together. imaginary falcons was written that first summer living out in the country, and i think it's very inspired by that experience. We had limited resources and recorded ourselves on 2nd hand reel to reel tape machines, with whatever mics we had lying around.. a lot of the record was recorded improvisations, parts of live jams. some songs were written, but still pretty loose, structurally. thats true for 936 too, the songs are somewhat written, but then they were jammed out live on the record. The biggest difference between IM and 936 is that we actually went into a nice recording studio to record 936. IM was very lo-fi in comparison, but on 936 you were able to actually hear all the sounds we were making!

Que signifie le titre de votre nouvel album, Lucifer ?
What's the meaning of the album title, Lucifer?

Lucifer signifie ''porteur de lumière'', et fait référence à la lumière de l'étoile du matin ou au premier rayon de lumière le matin. C'est aussi une référence à la planète Vénus, qui est plus facilement repérable le matin.

Lucifer means "bearer of light" and refers to the morning star or first light in the morning. It also refers to the planet venus which is visible best in the early morning.

Quels sont vos objectifs avec cet album ?
Did you have specific goals for Lucifer?

Nous voulions qu'il y ait pas mal de groove sur Lucifer, et cela parce que nous avions accès pendant un mois dans le studio à du matériel dont nous ne disposions pas habituellement - y compris un piano ! Ceci dit, le processus d'écriture est resté le même que pour nos albums précédents : quelques morceaux ont été écrits chez nous, surtout tout ce qui est batterie et basse, mais le reste inclue pas mal de mélodies et de parties chantées improvisées au studio. La majeure partie de l'album a été écrite en studio, en fait. Je dirais que nous voulions juste faire de la bonne musique, de la musique que l'on puisse vraiment ressentir.

we wanted it to have a lot of groove, and because we were able to spend almost a month in the recording studio we had access to all this stuff that we don't normally have - like a grand piano! But it was still written in a similar way to our previous records, some of the parts were written at home, especially the drum and bass lines, but then the rest including a lot of melodies and vocals were jammed out in the studio. Most of it was written in the studio, actually. I think our only goal was creating a good feel, music you can feel in your whole being.

Qu'est-ce qui vous a poussé à glisser autant de références dub et reggae dans 936, puis Lucifer ?
What drew you to the dub and reggae influence on 936 & now Lucifer?

Ce n'était pas vraiment prévu, mais c'est vrai qu'on a toujours été fans de dub. Un jour, alors qu'on bossait sur 936, Aaron m'a demandé si je pouvais jouer un rythme reggae à la batterie. Bien sûr, je lui ai tout de suite répondu : ''Hors de question ! ''. Les rythmes reggae sont vraiment durs à jouer, surtout si on veut bien le faire ! Il a réussi à me convaincre malgré tout, alors j'ai essayé et c'est comme ça qu'est né Birds of Paradise dub version. Ce n'est pas vraiment parfait en termes de rythmique, mais c'est mon interprétation perso d'un rythme reggae. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on fait du dub, on est juste un peu inspiré par le genre !

It wasn't really that planned, but we just always loved dub. One day when we were writing 936, Aaron asked if I could play a reggae beat on the drums. My answer was of course, no way! It's really hard to play reggae drums, especially well! But he convinced me to try, so I did, and thats when we recorded "birds of paradise dub version". it's not really accurate drumming, but more my own interpretation of a reggae beat. I don't think we are a dub band, just influenced by it!

Lucifer sort sur Mexican Summer et Weird World. Tu peux nous dire quelques mots à leur sujet ?
Lucifer was released on Mexican Summer and Weird World. Could you say a few words about them?

C'est un plaisir de travailler avec ces deux labels ! Ils ont tous deux derrière eux une équipe solide de gens qui vous aident à transformer vos rêves en réalité !

Both labels are great to work with! It's great to have solid team of people helping you bring your dreams into reality!

Restez-vous en contact avec Night People et Not Not Fun, vos premiers labels ? Avez-vous d'autres projets avec eux ?
Are you still in touch with Night People and Not Not Fun, your previous labels? Would you consider any other project with them?

Bien sûr ! On est restés en contact avec les deux ! 936est toujours sur NNF, et nos autres enregistrements sortent toujours sur Night People de Shawn Reed. Shawn est un très bon pote et il nous sera toujours très important. On sera toujours très heureux de bosser avec lui.

Sure! We're still in touch with both! 936 is still released by NNF, and our other recordings are still being pressed by Shawn Reed at Night People. Shawn's a great friend and will always be very dear to us. We would always be happy to work with him.

L'esthétique graphique de vos albums est-elle primordiale à vos yeux ? Si oui, pourquoi ?
Is the graphic & aesthetic aspect of your album important? If so, could you explain us why?

Aaron est impliqué dans tout ce qui est design. Il s'est chargé de la couverture de 936, et a conceptualisé celle de Lucifer. Même si au final, Robert Beatty s'en est occupé, ainsi que Leif Podhajsky pour la jaquette, et nous en sommes très contents ! Se préoccuper de l'esthétique en tant que groupe reste primordial. Cela révèle beaucoup de ce que l'on est au final, et c'est l'image que l'on présente au monde.

Aaron is especially involved in all the artwork, and created the 936 art, and also conceptualized the Lucifer cover art. But we had Robert Beatty do the final cover art for Lucifer, and Leif Podhajsky did the insert art, which we're really stoked on! It's super important to be involved with the aesthetic of your band, it says a lot about who you are i think, it's how the world sees you.

Vous vivez dans le Wisconsin. Comment décrire la scène de Madison à l'heure actuelle ?
You've lived in Wisconsin. What's the music scene like in Madison now?

On a déménagé il y a environ six mois, et on vit à Los Angeles depuis. Il y a une scène limitée mais assez cool à Madison. Quand on y vivait, on organisait pas mal de concerts au milieu de notre magasin de fringes vintage et de disques, Good Style Shop. Quelques uns des groupes locaux sont devenus de bons amis, comme Second Family Band, Julian Lynch, Zola Jesus, Dead Luke, Max Elliot, Burial Hex, Spiral Joy Band, Trin Tran, Samantha Glass, Problem Child, Deep Shit et plus encore... Une fois que les concerts ont commencé, tout le monde est vraiment sorti de l'ombre ! On a fini par vendre la boutique au moment du déménagement, mais cela reste une plaque tournante de la scène locale et pour d'autres groupes en tournée, et ça, c'est plutôt cool.

Well, we left about 6 months ago,and now live in LA. But there is a small but cool scene there. When we were there we would organize shows at our vintage clothing and record store, Good Style Shop. Some of the local bands we became friends with included Second Family Band, Julian Lynch, Zola Jesus, Dead Luke, Max Elliot, Burial Hex, Spiral Joy Band, Trin Tran, Samantha Glass, Problem Child, Deep Shit and more... Once we started having shows people really came out of the woodwork! We sold our shop when we moved and it's still a thriving hub for local and touring bands, which is really cool i think.

Peux-tu nous expliquer pourquoi s'être impliqué dans The Good Style Shop ?
Can you tell us why are you involved in The Good Style Shop?

Good Style a ouvert ses portes en 2009, pour nous aider à financer notre musique. On a toujours aimé les brocantes et les trucs d'occasion, et on avait commencé à amasser fringues vintage et albums pour les vendre en ligne pour gagner un peu d'argent alors que nous vivions à la campagne. À un moment donné, on s'est dit que ce serait chouette d'ouvrir une boutique et d'utiliser l'endroit pour des concerts et des expo d'art. Alors, on a fini par trouver l'endroit idéal, la boutique a ouvert, même si au début on n'avait pas trop le sens des affaires. On a vite appris sur le tas ! On espérait que cela nous rapporterait assez d'argent pour partir en tournée et bosser sur notre musique, mais c'est finalement devenu notre activité principale pendant environ deux ans... J'y travaillais presque tous les jours ! J'ai ainsi rencontré énormément de gens super, ainsi que des musiciens locaux. Un bon nombre de personnes venait régulièrement nous filer un coup de main et assister aux concerts, ça nous a beaucoup aidés. C'était un peu comme une famille. Un de nos amis nous l'a racheté et continue dans le même esprit - peut-être même en mieux ! - à faire marcher la boutique. Ça me fait vraiment plaisir.

We opened Good Style Shop in 2009 as a way to support our music. We always loved thrifting, and started collecting vintage clothes and records and selling them online to support ourselves when we lived in the country. But after a while we thought it would be fun to open an actual store, and use it as a space to have art and music shows as well. So we found the space and opened the shop, not knowing much about running a business, but we learned quick! We were hoping it would be able to support us while we went on tour and worked on music, but it kind of became our life for a couple years.. I worked there almost everyday! We got to know so many cool people, and lots of local musicians. We had a regular crew of people that came to shows and even worked or volunteered at the store, to help it thrive. It was a famliy vibe, really cool. I'm so happy that a friend bought it from us and is continuing it in the same spirit - only they are better at it i think!

Vous jouez mardi soir à la Villette Sonique. Etes-vous excité à l'idée de donner ce concert ? Quelle est votre relation à la scène ?
You play in few days at Villette Sonique Festival. Are you excited to do this show? What's your relation with live show?

Oui ! Nous avons vraiment hâte de jouer pour ce festival ! Et puis, on adore Paris. Un concert est toujours bien meilleur si l'on peut vraiment se perdre dans la musique... Quand je relève la tête parfois lors de concerts, je me rend compte que tout le monde a l'air tout autant en transe que moi, et ça me plaît beaucoup.

Yes! We are so excited to play your fest! Plus we love visiting Paris. The live show is always best when you can really lose yourself in the music... It's great to have that moment for me when I wake up and look out at the audience and everyone looks just as entranced as me!

Avez-vous d'autres projets ou collaborations de prévues ?
Any other plans/collaborations projects?

On va bientôt partir en tournée, pour la promotion de Lucifer, et nous allons commencer à travailler sur le prochain album ! Aaron s'occupe également d'un side-project, Faceplant, dont deux morceaux sont sortis cette année au sein d'une compilation sur Immune Records

We'll be touring a bit this year to promote Lucifer, and starting to write the next record! Aaron also has a solo project called Faceplant, he's releasing a couple songs on a comp record this year on Immune Records.

Que peut-on vous souhaiter pour 2012 ?
What can we wish you for 2012?

De la LUMIERE et de l'AMOUR en 2012.

LIGHT and LOVE 2012

Traduction : Simone Apocalypse

Mixtape

Tracklisting

Peaking Lights - Lucifer (2012, Weird World / Domino)

01. Moonrise
02. Beautiful Son
03. Live Love
04. Cosmic Tides
05. Midnight
06. Lo Hi
07. Dream Beat
08. Morning Star


Peaking Lights - Lucifer

D'évidence, certaines formations résistent mieux - artistiquement s'entend - à la chape de plomb créative que peut représenter l'esquisse incertaine d'une renommée fortuite. Citons - sans balancer outre mesure - Memoryhouse, signé sur Sub Pop après quelques singles encourageants (To The Lighthouse, Bonfire), qui s'avéra incapable, sur leur LP The Slideshow Effect, d'accoucher d'autre chose que d'un continuum de fadaises oscillant entre basses prétentions et néant absolu. Des poubelles, ras la gueule, de l'histoire que n'est pas prêt de fréquenter Peaking Lights, autre duo, ayant déjà survolé l’écueil fatidique du second album avec l'inépuisable 936 (lire) paru l'année passée sur Not Not Fun. A dire vrai, que l'été fut long et agréable, baigné de cette ode lascive à l'adresse des cieux, délayant ses faveurs entre le tempo magnétique d'All The Sun That Shines et l'ivresse sensitive de Tiger Eyes (Laid Back). Faisant suite à la verve plus psyché lo-fi d'Imaginary Falcons (Night People, 2009), 936 tenait déjà du manifeste hypno-pop quasi indépassable, enrobant d'une basse ronde et obnubilante le cheminement flegmatique d'évanescentes mélodies. A ce titre d'ailleurs, la comparaison inversée avec les Chromatics de Johnny Jewel, leur double antithétique, prend tout son sens, ces derniers étant à la nuit ce que Peaking Lights est au jour, à savoir une indicible accoutumance charriant toute notion de temporalité. Obsédant mais diurne donc. Chose pouvant étonner à l'heure où une nuée de formations se prévalent de la fascination pour le morbide et la mystique associée, les Peaking Lights - comme leur patronyme l'indique si bien - honorent la vie, chantent la lumière et l'amour, et ce, sans porter les stigmates d'horripilants curaillons.
Franchissant pas à pas les étapes de leur carrière, Indra Dunis et Aaron Coyes, résidant alors encore à Madison dans le Wisconsin - lieu de conception leur premier enfant et de 936 - et œuvrant pour la scène locale par le biais de leur magasin The Good Style Shop - sorte de brocante vintage, friperie et salle de concert - se laissent séduire par les exigeants labels Weird World (How To Dress Well, Washed Out), division de Domino, et Mexican Summer. En suivant, ils opèrent un retour en Californie après une escapade d'un mois à Brooklyn, au Gary's Electric studio, afin de coucher sur bande Lucifer, à paraître le 18 juin prochain. Loin de se sentir grisé par l'intérêt suscité par de-là la blogosphère et ailleurs, le couple réédite sur Lucifer le processus créatif de 936 - le format étant sensiblement analogue, huit morceaux dont deux, introductif et conclusif, exclusivement instrumentaux - étayant ce-dernier d'une instrumentation aussi luxuriante que raffinée, en plus d'une production d'orfèvre, signée Aaron Coyes himself, en partie aidé par Al Carson (Oneohtrix Point Never). Mêmes causes, mêmes effets, les sommets d'antan deviennent les Everest d'aujourd'hui, susceptibles de subjuguer n'importe quel quidam un tant soit peu attentif à la frénésie de détails ornant chacune des compositions. Une fois l'indolent prologue Moonrise consumé, la guitare d'Aaron étire langoureusement Beautiful Son aux confins d'une impénétrable quiétude - ayant trait aux joies de la parentalité - avant d'ouvrir sur Live Love, véritable décoction dream-pop à la délicatesse roborative. Cosmic Tides, sa basse plus lourde et ses duveteuses réverbérations inoculent cette sensuelle caresse dub propre au duo tandis que Midnight et Lo Hi - le single - colorent, à la guitare et aux claviers, l’envoûtante voix d'Indra de motifs reggae très largement influencés par Big Youth et consort. Dilaté sous le double effet d'une sérénité percluses de beats opiacés, le temps reprend alors son court et son rythme sur le sémillant Dream Beat, véritable point d'orgue de Lucifer, où l'on se plait à se perdre, entre profusion des textures, des arrangements et autres saturations luminescentes.

Inutile d'aller plus loin, Indra nous raconte ci-dessous le reste, les quelques mixtapes concoctées à l'occasion de la sortie de Lucifer complétant on ne peut mieux un tableau déjà bien fleuri. Cerise sur le gâteau, Peaking Lights sera à l'affiche de la Villette Sonique le 29 mai prochain en compagnie de Julia Holter et Dirty Three.

Audio

Tracklisting

Peaking Lights - Lucifer (2012, Weird World / Domino)

01. Moonrise
02. Beautiful Son
03. Live Love
04. Cosmic Tides
05. Midnight
06. Lo Hi
07. Dream Beat
08. Morning Star