Cankun l'interview

Parti très tôt explorer les recoins les plus étranges d’un univers psyché mâtiné de dub et de boucles hypnotiques addictives, Cankun aura su entretenir une véritable trajectoire ascendante depuis ses premiers projets en 2011. Armé de sa guitare et d’une boite à rythmes, sa première approche franche et directe révèle une ambition de faire danser sans arrière-pensée tout ce que l’imaginaire exotique peut lui permettre d’agiter le temps de morceaux gorgés de soleil d’ailleurs et d’évocations tribales. Très vite, Cankun ambitionne pourtant d’altérer lui-même sa formule pour y injecter une dose maximale d’errance et de recherche spirituelle pleine de détour et de circonvolutions moins évidentes, plus proches de ce qu’il est : un rêveur. A n’en pas douter, un héritage de ses premières armes alors qu’il agitait des paysages drone / ambient sous le pseudonyme Archers By The Sea. Les deux ans écoulés depuis la parution de Culture Of Pink chez Hands In The Dark en 2013 racontent cette recherche d’un nouveau souffle, d’une synthèse entre le passé et le futur d’un Cankun qui trouve alors le moyen d’associer les différents pans de sa personnalité pour donner naissance il y a quelques mois à Only The Sun Is Full Gold. Un nouvel album en forme d’aboutissement musical et personnel qui préfigure peut-être un nouveau changement de direction, à la croisée des chemins, dont nous avons pu explorer la genèse à l’occasion de l’un de ses rares passages sur la capitale en mai dernier pour un live au Monseigneur.

Cankun l'interview

Cankun (1)

Photo © Vincent Fribault

Comment tu vois ton évolution depuis Culture Of Pink, ta dernière sortie chez Hands In The Dark, il y a deux ans ? Comment le projet Cankun a évolué depuis ? Tu as été plus absent ces derniers temps, il semblerait que tu aies pas mal travaillé dans ton coin sur ce nouveau disque, Only The Sun is Full Of Gold.

Durant cette période, j'ai beaucoup travaillé pour intégrer aux nouveaux morceaux un maximum d'idées. Sur Culture Of Pink, à mes yeux, il y avait trop de cassures très nettes, avec des boucles assez rigides, tout ça n'était pas très construit. J'ai aussi cherché à intégrer le plus d'éléments organiques possible. Je me suis acheté un kit de batterie électronique qui retranscrit vraiment la batterie classique. Ça ne s'est pas complètement fait comme je le voulais au final mais j'ai cherché à construire les morceaux de manière plus poussée, surtout avec de nouveaux éléments de percussion. Sortir de la boite à rythmes.

Tu as appris au fur et à mesure à te servir d'une série d'instruments sans forcément les avoir étudiés de manière classique ?

Je suis guitariste à la base mais les synthés, l'informatique musicale, tout ça c'est un univers avec lequel je n'étais pas forcément familier à la base. Je pense d'ailleurs que c'est les limites de ma création : la maîtrise de cette informatique musicale. J'utilise vraiment le minimum des logiciels que j'ai, je ne peux pas prétendre vraiment maîtriser tout ça correctement. Du coup je fais avec les moyens en ma possession. Mais quelque part ça me plaît, c'est ce que j'ai toujours cherché à faire, travailler avec ces limites là, faire les choses par moi-même.

Est-ce que ça n'est pas frustrant, de sortir un nouveau disque, ce Only The Sun Is Full Of Gold donc, d'essayer de monter le niveau ou de franchir un cap, tout en fournissant beaucoup d'efforts, à la mesure de ce que tu ne maîtrises pas justement ? C'est à ça que tu as consacré beaucoup d'énergie ces deux dernières années ?

J'ai longtemps cherché les meilleures associations, sur pas mal de morceaux. Certains ont eu plusieurs versions assez différentes, que j'ai retravaillées de nombreuses fois. Ça m'a pris beaucoup de temps. Mais ce disque s'est fait en 6-7 mois, en réalité, depuis l'écriture jusqu'au bout du processus. Je n'ai quasi pas tourné l'année dernière, je suis resté beaucoup chez moi à travailler là-dessus. Par ailleurs, ce disque devait sortir plus tôt en réalité mais ça ne s'est pas fait. Les morceaux datent en fait de début 2014. Il ne devait pas sortir à la base chez Hands In The Dark.

Est-ce qu'il s'agit de l'album qui devait voir le jour chez Mexican Summer, dont tu m'avais parlé il y a quelques temps ?

Oui, c'est ça. Ils m'avaient contacté juste avant la sortie de Culture Of Pink. Il n'y avait pas d'opportunisme de leur part ou quoi que ce soit, juste l'envie de collaborer. Ils voulaient sortir quelque chose avec moi, j'étais super chaud pour ça. Au final, ça ne s'est pas fait. Ils aimaient bien les morceaux mais, a priori, pas assez pour le sortir. Après, je ne sais pas vraiment ce qu'ils voulaient de moi, ce qu'ils attendaient, je n'ai pas trop compris ce revirement de situation après avoir autant discuté.

Ce qui est assez étrange car, à mes yeux, il s'agit du disque le plus abouti de Cankun, en fait. Tu es même parti un peu des boucles basiques pour aller vers quelque chose d'un peu plus travaillé. Avec une démarche très humaine, qui me parle : une démarche humble, où tu travailles à la hauteur de tes moyens. Ça se ressent beaucoup dans tes sorties et notamment dans ce nouveau disque.

Il y avait peut-être d'autres raisons que la qualité musicale en tant que telle, aussi. Je n'en sais rien. Ils ont un catalogue hyper éclectique, assez difficile à comprendre, je trouve, maintenant. Quand je travaille sur un disque, je procède d'une manière assez particulière : je n'envoie pas le disque tout fait, d'un seul coup. J'envoie les morceaux tels que je les termine au fur et à mesure, ça me plaît bien. Ça me permet d'établir une relation avec un label, que ce dernier me dise "Ok, ça c'est bien mais est-ce que tu ne pourrais pas optimiser ça ?". C'est ce qu'a toujours fait Britt de Not Not Fun. C'est un échange qui me plaît bien car je fais tout vraiment tout seul, ça me permet de relativiser, d'améliorer... J'ai donc envoyé les morceaux à Mexican Summer au fur et à mesure, ils étaient super enthousiastes et quand le disque au global a été finalisé, ça ne s'est pas fait. Honnêtement, je ne me suis jamais trop fait d'illusion non plus sur la sortie du disque. Ils ont lancé une bouteille à la mer. Mais ils m'ont quand même fait signer des papiers pour les droits d'auteur, ils ont annoncé la sortie sur leur site... Sur le coup, j'ai été un peu déçu de la tournure des événements, je le reconnais. Mais quand j'ai reçu l'avis de Morgan (ndr : de Hands In The Dark) et Britt et qu'ils m'ont confirmé que le disque leur plaisait, ça m'a vraiment rassuré. J'essaie au maximum de ne jamais refaire le même disque deux fois, du moins de le faire différemment. Ce disque là je l'ai voulu vraiment construit, même si la trame est venue au fur et à mesure, à base de beaucoup d'impros, d'assemblage... J'ai beaucoup cherché de cohérence dans les morceaux et à l'intérieur du disque. Au vu du temps imparti, j'aurais aimé faire beaucoup plus de musique, sortir carrément un double album. J'avais plus d'une heure, réduit à 40 minutes sur le LP, un peu plus sur la K7 et le digital.

Tu sentais que tu touchais à quelque chose d'intéressant à explorer, de nouveau pour toi, dans la structure des morceaux et de l'album ?

Je voulais faire un disque hyper consistant. Je ne suis pas fan de musique progressive particulièrement mais je voulais partir dans un délire plus complexe, avec une recherche et un façonnage plus subtil des morceaux, à la hauteur de ce que j'étais capable de faire. Un peu de concept, de travail sur les arrangements, les structures de morceaux, ça m'aurait fait marrer d'aller plus loin encore, pour voir.

Cankun

Ce qui est différent des débuts de Cankun, à savoir une musique plus simple, basique, très tournée sur des boucles uptempo, avec une ambiance exotique affirmée. Mais au-delà de cet esprit un peu prog dont tu parles, ce que j'ai ressenti surtout c'est cette tentative de revenir vers ce que tu faisais avec Archers By The Sea, très ambient / drone, et de le fusionner avec ce qu'est Cankun aujourd'hui. C'était une démarche volontaire ?

C'était totalement ça, effectivement. Quand j'ai commencé à travailler sur Only The Sun Is Full Of Gold, je me suis mis à réécouter pas mal de musique expérimentale. Ce que je n'avais pas fait depuis un moment. J'y ai retrouvé des éléments qui me plaisaient, qui me parlent vraiment. C'est ce vers quoi j'ai aussi envie de retourner, aujourd'hui. Il y a un mec pour qui j'ai beaucoup d'admiration : c'est Mark Nelson de Labradford, qui fait Pan American aussi. Je trouve que c'est fantastique ce qu'il fait, un mélange d'expérimental et d'accessible, ce travail subtil sur les rythmiques. Ça m'a donné envie de revenir un peu vers de l'ambient mais un peu plus travaillé. Et essayer de me passer du synthé, faire de l'ambient avec de la guitare. Je ne voulais pas faire un disque cool, dub, comme les précédents. J'ai cherché à revenir vers ces racines là qui sont celles qui me parlent le plus, au final. J'ai cherché des éléments de distorsion aussi, notamment sur le morceau bonus de la K7 (ndr : Trezz), qui se rapproche pas mal d'ABTS. J'ai eu envie de mélanger ces univers là. Aujourd'hui, j'aurais même envie de produire des choses encore plus épurées, en fait.

Quand tu as arrêté Archers By The Sea, vers 2011, et que tu as lancé le projet Cankun, on a senti une cassure nette. Comme si tu voulais tout stopper et passer brusquement à autre chose. Aujourd'hui, on a l'impression que tu refais un peu le chemin dans l'autre sens. Qu'est-ce qui t'avait poussé à faire ça à l'époque et pourquoi tu reviens un peu vers tes premières amours, je dirais, maintenant ?

Je pense que je n'ai jamais vraiment changé à proprement parler, j'avais juste envie que la musique soit différente, qu'elle se manifeste d'une manière nouvelle. Mais je ne crois pas qu'elle ait changée tant que ça, dans le fond. Je ne suis pas spécialement à l'aise de refaire les mêmes morceaux à l'infini. Avec ABTS, j'étais sûrement arrivé à un niveau de saturation, où j'avais sorti beaucoup de choses, j'ai eu besoin de tourner la page et d'aller ailleurs. Mais je me rends compte aujourd'hui que ça ne correspond pas forcément à qui je suis. Le délire dub, ça me fait marrer mais c'est pas ma culture musicale, c'est moins mon identité. Avec Only The Sun Is Full Of Gold, j'ai eu envie de revenir vers quelque chose de beaucoup plus personnel. Ce disque est beaucoup plus personnel que Culture Of Pink, même s'il y avait beaucoup de samples que j'aimais beaucoup dedans. Peut-être aussi une envie de ma part, au moment de lancer Cankun, de sortir un peu de l'underground complet dans lequel j'étais et d'aller voir ce que ça donnerait avec une musique un peu plus accessible que ce que je faisais avec ABTS. Une solution de facilité, quelque part, mais qui ne me satisfait pas non plus totalement. Au-delà de ça, j'aime bien jouer en live mais je ne suis pas un grand fan de ça. J'avais construit le projet Cankun autour de cette idée, pour faciliter le fait de faire du live, de manière plus simple et plus immédiate, de me confronter à ça. Finalement, je n'ai pas une passion incroyable pour ça, j'ai envie de revenir vers la création musicale pure, ce que j'ai fait sur Only The Sun....

Ce que l'on peut voir éventuellement comme un retour en arrière, pour toi ça ressemble plutôt à un aboutissement, non ? A mes yeux, c'est le disque que j'attendais de Cankun il y a 2-3 ans, sans le savoir. Sinon il y a un autre élément dont on n'a pas encore parlé mais que je trouve important chez toi, c'est ce travail sur les mélodies. Proposer de petites mélodies simples mais qui se mémorisent bien et qui entraînent dans une spirale légère, très aérienne en fait. C'est un élément que tu recherches spécialement ou ça te vient sans trop y penser ?

Au final, ouais, j'ai essayé de trouver quelques gimmicks pour accrocher l'auditeur. Ça reste un peu simple mais ça fonctionne bien, je trouve. Je ne sais pas trop ce vers quoi je veux aller aujourd'hui, tout est un peu confus en réalité. Mais peut-être retourner même vers de l'ambient pur, sans ces gimmicks là, ça me tente bien.

À l'époque d'ABTS, il y avait une véritable dynamique internationale en termes d'ambient ou de drone. Je trouve que ça s'est un peu perdu en 2015, par rapport à il y a 5 ans. Tous les groupes versés là-dedans, la plupart a arrêté ou est retournée dans des niches lointaines. D'autres ont essayé de se mettre à des trucs plus uptempo ou accessibles, au point de créer une scission, comme ce fut le cas pour Emeralds, entre autres. Revenir vers ça, c'est assumer un retour vers une musique plus confidentielle, non ?

Disons que je n'ai pas de plan de carrière, je m'en fiche un peu de ça. Ce vers quoi je veux aller prochainement, c'est retrouver un plaisir simplement personnel. Revenir vers une démarche DIY à mort, quitte à ne plus sortir de disque à proprement parler, tout mettre en ligne gratuitement ou que sais-je. Je ne suis pas blasé mais il y a beaucoup de choses qui sortent et en tant que passionné de musique, j'ai du mal aujourd'hui à trouver des choses qui me portent ou qui m'inspirent. On marche un peu sur la tête, on est en saturation complète. Au-delà de ça, Culture Of Pink, je ne vais pas le nier, sa notoriété est due à Pitchfork en grande partie. La Route Du Rock etc., tout est arrivé grâce à ça. Ça n'est pas un problème en soi mais quand ça commence à arriver, tu prends une espèce d'habitude. Et quand tu ne l'as plu, tu vas inconsciemment essayer de retrouver ce soutien. Ma réflexion aujourd'hui est là : un disque va aussi beaucoup se faire en fonction des gens qui vont le soutenir ou non, au-delà de toi. C'est ce qui me gêne, en réalité. Même si mon intention de base n'est pas de "plaire à Pitchfork", quelque part tu peux avoir ce réflexe là. Je ressens un grand ras-le-bol de tout ça, d'où mon envie là tout de suite de retourner à des choses basiques, plus à mon échelle.

J'interviewais Max (High Wolf) il y a peu. Je lui disais que toi, lui et Seb Forrester (Holy Strays), vous aviez été mis dans le sac des "Frenchies de NNF", avec des musiques que l'on rapprochait beaucoup. Aujourd'hui, vos 3 parcours sont assez différents : Seb essaie de partir sur quelque chose qui se rapproche d'une carrière sérieuse aujourd'hui, Max tourne beaucoup, à l'étranger notamment. Comment tu vois cette évolution là, depuis vos premières sorties ?

On ne se parle pas trop souvent ces derniers temps mais je regarde ça un peu de loin. Seb est jeune, on a dix ans d'écart, c'est maintenant que ça se joue pour lui, c'est bien qu'il tente le coup, il a le talent pour. Il essaie d'être dans une démarche construite, hyper clean, d'un autre niveau. Mon parcours est différent, j'ai commencé à travailler et je me suis dit ensuite que tout ce que j'avais en stock, ce serait bien que ça sorte. Le point de départ était plutôt celui-là. J'ai commencé à sortir des disques mais j'étais déjà un peu "âgé", quoi, 27-28 ans (rires). De son côté, Max a construit un truc assez hallucinant : à partir de rien, en tournant comme un fou, il a bâti une réputation dingue autour du nom High Wolf, que je trouve vraiment superbe. Mais c'était clairement son délire de tourner dés le début, c'est là qu'on est différent lui et moi. Je suis admiratif de ce qu'il a fait, les sorties, les tournées, le premier a avoir été chez NNF de nous trois. C'est un peu grâce à lui qu'on s'est retrouvés là-bas aussi. Il y a aussi Felicia (Le Petit Chevalier), qui commence à bien marcher.

Tu te dis que là où tu en es aujourd'hui, c'est ce à quoi tu aspirais au final ? Que tu ne voulais pas spécialement être vu comme un "professionnel de la musique", faire 250 concerts par an, mais plutôt garder cet esprit DIY ?

Carrément, oui. Professionnel ça n'a jamais été ma motivation. Ça a toujours été un à-côté, j'ai fait ça de manière amateur mais le plus professionnel possible, je dirais, dans l'exécution. Il y a beaucoup de choses qui me sont arrivées, que je trouve géniales. Jouer à la Route du Rock, même si j'en garde un souvenir mitigé (rires), être sur Pitchfork... Je suis hyper content de tout ça, ça restera une passion, très prenante mais une passion. Je n'ai jamais eu l'envie d'aller au-delà de ça. Quand Culture Of Pink a commencé à recevoir pas mal de retours positifs, ça m'a un peu titillé, mais ça n'a pas duré longtemps. J'ai beaucoup parlé à des pros du milieu, je me suis fait ma propre opinion et ça ne m'a pas forcément donné envie d'aller chercher le statut d'intermittent. J'ai pas envie de faire de compromis, je veux faire ce que je veux. Cette liberté là est dure à concilier avec l'envie de vivre uniquement de la musique. Mais c'est une réflexion très banale aujourd'hui de toute façon : la plupart des musiciens a un boulot à côté, trime... On est tous pareil.

Cankun 2

L'avantage de ton parcours c'est d'avoir tissé une relation intéressante et, je crois, forte avec Morgan d'Hands In The Dark. Comment tu travailles avec lui ?

Notre relation est totalement différent de celle du début. On en est à la troisième sortie ensemble, c'est comme si j'étais à la maison. C'est important pour moi d'avoir ce genre de personnes autour de moi. J'habite dans un endroit totalement paumé, je n'ai pas l'occasion d'avoir un paquet de personnes autour de moi pour écouter ma musique, participer, etc. Avoir un regard extérieur sur ma musique, c'est crucial. C'est le cas aussi avec Britt. Avec Morgan, je sais qu'il fait à chaque fois le maximum pour mettre en avant la musique. On a une super relation, c'est un super label, je ne pourrais pas rêver mieux.

C'est un bon exemple de mec qui fait les choses à sa sauce, sans forcément trop calculer tout le temps ou de faire des compromis à tout bout-de-champ. Il est parvenu à trouver le juste équilibre entre faire ce qui lui plaît et trouver un public.

Le nerf de la guerre, ça reste les PR. Il a un super réseau aujourd'hui, ça aide beaucoup pour la mise en avant des disques. Quand Mexican Summer m'a dit non, je me suis naturellement tourné vers HITD. Morgan m'a dit qu'il ne pourrait pas le sortir de suite, j'ai attendu sans problème, pour faire les choses comme il faut. Je ne voyais pas passer du temps à envoyer mon disque à plein de labels différents alors qu'il y avait HITD derrière moi. C'était une super opportunité de prolonger cette relation particulière.

Quelles sont, selon toi, les différences entre Culture Of Pink et Only The Sun Is Full Of Gold ? Tu en vois un plus abouti que l'autre ?

Only The Sun... est clairement plus abouti, il n'y a pas photo. Même s'il y a plein de choses que j'ai voulu y mettre et que je n'ai pas pu, des cuivres, etc. Ça me plairait bien sur un prochain disque, pour enrichir le son. Par exemple j'ai découvert Flying Lotus il n'y a pas longtemps, je trouve ça fantastique ce qu'il fait. Ces petits morceaux, ces petites saynètes, c'est fascinant, ça me donne envie de tenter ça aussi. Pourquoi pas s'ouvrir à autre chose, j'adore le free jazz par exemple. Quand j'ai commencé à faire de la musique, j'ai quasi arrêté d'en écouter. J'enregistrais beaucoup. Je m'y suis remis pas mal avant la sortie de Only The Sun..., tout était prêt, j'ai eu du temps. Ça m'a redonné envie d'aller vers de nouvelles directions. Mais ce dernier LP en date, oui c'est clairement mon plus abouti. Il correspond vraiment au postulat de base que j'avais, travailler sur un disque compact, comme je te disais tout à l'heure.

Je voudrais qu'on s'attarde un peu sur le live, un élément essentiel pour tous les musiciens. Beaucoup voient leur musique d'abord comme du live, avant d'aller en studio. Pour toi, le live, ça reste un exercice avec lequel tu es le moins à l'aise, je pense. Tu te sens obligé de le faire ou tu en tires une forme de plaisir tout de même ?

Je ne suis pas quelqu'un d'hyper expressif, globalement. Je vois le live un peu comme une obligation, oui. Mais je ne veux pas juste être le mec qui met de la musique sur le web, non plus. Du coup c'était un peu l'objectif de base avec Cankun, de sortir de ça, d'exister réellement. Le live te donne une crédibilité assez importante. Je n'ai pas énormément tourné, même si j'ai un peu joué à différents endroits. Il y a des lieux dans lesquels je me suis vraiment éclaté, sincèrement. Mais je trouve qu'en live, les limites techniques ressortent énormément, en tout cas pour moi. Et ça ne me passionne pas des masses, je ne suis pas vraiment à l'aise. Le fait de jouer seul accentue ça pas mal.

J'imagine que tu as déjà réfléchi au fait d'incorporer quelqu'un dans une mini-formation à deux, par exemple ?

Oui j'y ai réfléchi mais c'est compliqué aujourd'hui. L'adrénaline que certains ont en finissant un live, moi je l'ai en complétant un morceau, tu vois. Si on était deux, je pourrais peut-être un peu plus me lâcher. Mais je ne sais pas vraiment comment prendre le sujet. Je n'ai pas d'autres dates prévues pour le moment, je n'en cherche pas d'autres particulièrement. J'accepte quand j'ai des opportunités intéressantes mais pas davantage, pour le moment. Et la répétition de jouer toujours les mêmes trucs en live, ça ne me plaît pas. Jouer live, je le ressens un peu comme aller au taf, tu vois, refaire les mêmes choses. Avec Seb Forrester et Robedoor, on avait joué à Milan dans un endroit exceptionnel, ça s'était super bien passé, c'était un très bon moment. Mais c'est rare. De toute façon, c'est dur de se refaire à 35 ans (rires). Et puis il y a des musiques plus faciles à jouer en live, mes impros complexes sur Only The Sun..., c'est un challenge pour moi de les exprimer sur scène. J'essaie de faire le maximum pour ne pas me mettre derrière un ordinateur et appuyer sur des boutons, ça ne me parle pas.

Comment tu construis tes morceaux en live ? Tu le fais par couche progressivement, c'est ça ?

C'est le système que j'avais sur les anciens morceaux, oui, que je n'ai plus trop maintenant. Les morceaux d'Only The Sun Is Full Of Golf, aujourd'hui, sont quasi injouables sur scène. Il y a trop d'éléments. Parfois sur une seule partie, j'ai 3-4 lignes de guitare. Si je gardais le même système en live, un morceau me prendrait peut-être une heure à se faire (rires). Même à deux, ce serait compliqué. Il faudrait que quelqu'un s'occupe de la rythmique, un clavier, moi à la guitare etc. Ce serait trop complexe, surtout au vu des niveaux de rémunération dans lesquelles je suis aujourd'hui.

Tu as fait quelques splits / collaborations par le passé. Tu es plutôt sur le solo aujourd'hui mais est-ce que tu aurais des envies d'ouvrir ça à d'autres musiciens, confronter ta musique à d'autres projets ?

Oui, ce sont des réflexions qui reviennent un petit peu ces temps-ci. Je suis assez proche de certaines personnes qui gravitent autour de Bruno de Ruralfaune. On collabore sur quelques petites tentatives, des choses qui ne sont jamais perdues. Mais il y a pas longtemps je me suis dit que ce serait cool. Revenir vers un peu d'ambient, sur des projets collaboratifs, ça pourrait être une solution, ça me motive bien, oui. Je fais un peu tout tout seul dans Cankun, hormis lemastering. Même le mix je le fais seul. Je pense que je suis un peu arrivé à la limite de ça, aussi. Je me remets en question sur tous ces items là, sur ce que j'ai envie de faire, dans quelles conditions... J'ai envie de repartir d'une feuille blanche et de retrouver un nouvel élan dans le projet. Disons que je suis un peu dans une vision négative, là, même avec la sortie du disque. Je sors juste d'une période compliquée pour ce nouvel album, il n'est pas encore complètement extérieur à moi, du coup je traîne ces questions et ces interrogations que j'ai eues pendant sa réalisation. Je sens que j'ai besoin d'un nouveau souffle, qui doit venir de moi. Récemment, je me suis retrouvé dans une vieille vidéo de Dominique A sur VHS, tirée d'un vieux disque de la fin des 90's, Remué. Le mec est un peu paumé, ça m'a pas mal parlé (rires). Mais ça me reconnecte avec ce qui est important pour moi : l'humain et l'échange, notamment celui que j'ai avec Britt ou Morgan. S'ils n'avaient pas aimé, je ne l'aurais jamais sorti, c'est important d'avoir ce genre de soutien. A ce moment là, je me suis dis que j'étais dans le vrai. Sortir ça tout seul, ça n'aurait pas eu d'intérêt. Le partage via la musique, c'est clairement galvaudé aujourd'hui, mais c'est l'essentiel pour moi. Ça me permet de rencontrer un tas de gens, de venir vous voir et de discuter, même si venir à Paris, pour moi, ça n'est pas vraiment la folie (rires).

Audio

Tracklist

Cankun - Only The Sun Is Ful Of Gold (Hands In The Dark, 4 mai 2015)

01. System
02. Cuts
03. Words
04. Moyit
05. Tyreu
06. Sytern


High Wolf l'interview

High Wolf

Souvent présenté comme un mystique français, mystérieux et peu disert sur sa propre personne, High Wolf est avant tout un rêveur. Depuis ses premiers trips il y a cinq ans en solo puis chez les Californiens de Not Not Fun, High Wolf a toujours mis un point d’honneur à proposer une musique du voyage et de l’évasion ; pour l’auditeur mais avant tout pour lui. Une expérience spirituelle pour mettre en son sa propre vision du monde qui l’entoure, nourrie de ses multiples voyages sur les différents continents.

Sans jamais dévier de sa route, High Wolf a conduit sa monture musicale en suivant son instinct qui l’a vite poussé à synthétiser ces influences exotiques et folkloriques qui lui parlent tant. Aujourd’hui porteur d’une patte musicale reconnaissable entre mille, enrichie de ses projets annexes Black Zone Myth Chant ou encore Iibiis Rooge, High Wolf s’en va explorer des territoires voisins et nouveaux pour lui, flirtant de près avec l’expérience dansante et électronique sur Growing Wild, son nouvel album prévu le 9 juin prochain chez le label californien Leaving Records.

High Wolf sera à l'affiche de la soirée FUTURA™ organisée par Imagenumerique​ et le Collectif MU​ dans le cadre du festival BARBES BEATS le 19 juin prochain au FGO Barbara (concours).

High Wolf l'interview

HIGH WOLF tokyo
Ces derniers mois, il y a eu une vraie effervescence autour de toi pour ton projet Black Zone Myth Chant sorti en 2011, à l'origine un projet annexe pour toi. Mais la ressortie du premier volet des aventures de BZMC fin 2014 par Laitdbac a donné une seconde vie, ou une "vraie" vie, au projet, alors que tu préparais la sortie d'un deuxième disque. Comment tu as perçu cette récente évolution ?

Disons que c'était un peu une surprise pour moi, en fait. Ce premier volet, je l'avais volontairement sorti de manière confidentielle, il y avait presque un côté expérience : je m'étais dit que je n'allais pas faire de promo, que j'allais sortir très peu d'exemplaires, donc avoir une visibilité très limitée du projet. Mais si la musique est bien et plaît, à un moment donné il trouvera son second souffle, soit dans l'immédiat, soit dans le futur. Même si ça n'est pas forcément un pari que j'étais sûr de remporter, évidemment. Au final, ça a pris un peu de temps, ça s'est construit au fil des ans. Quand Damien de Laitdbac a voulu le rééditer, quand on voit le résultat aujourd'hui, on se dit que c'est une bonne idée mais ça n'était pas si évident que ça que ça (re)trouverait son public.

Oui et non, je dirais. Je lui avais fait découvrir le disque lors de sa sortie, ça nous avait pas mal marqués à l'époque, la musique, la cover, etc. Et quand Damien m'a dit qu'il pensait à le ressortir, je me suis dit : "Mais oui, c'est une vraie bonne idée, en fait" : un projet singulier, avec ses qualités et ses défauts, qui n'a jamais vraiment été exploité par le passé mais que beaucoup de gens appréciaient.

Bien sûr, mais ça restait un pari risqué. Et ça a bien marché, le disque a été sold out très rapidement, Damien a fait du super bon boulot, le disque a eu une belle exposition médiatique dans notre milieu. Il y a eu aussi un buzz autour qui n'était pas forcément justifié selon moi. J'ai du mal à juger ça mais certaines chroniques allaient un peu loin dans une apologie du disque qui m'a un peu gênée par moments, que je trouvais un peu exagérée. D'autant que j'étais en train de préparer le second Black Zone (ndr : disponible depuis), et j'avais peur qu'on ne donne pas sa chance à une suite du projet en glorifiant trop le premier, avec des attentes démesurées pour le deuxième.

L'impact de Mane Thecel Phares, le second BZMC sorti chez Gravats, aurait probablement était moindre, cependant, sans la réédition du premier, non ?

C'est clair. Mais je me suis posé la question à un moment donné de le faire ou non. S'il se construit une espèce de "mythe", enfin c'est un grand mot mais tu vois ce que je veux dire, autour de ce premier Black Zone, même en donnant le meilleur de toi-même, quand tu essaies d'aller contre l'imaginaire qui se construit chez les gens, ça peut devenir très compliqué. Mais les choses se sont plutôt bien passées au final, le deuxième LP est sorti et a été bien accueilli.

Cette histoire pose la question du décalage, pour le musicien, entre le moment où un disque est écrit, puis enregistré, avant d'être sorti. Il peut se passer un, deux, trois ans parfois. Dans le cas présent, pour Black Zone, ç'a été assez long, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Tu n'as pas ressenti ça comme une exploitation de morceaux avec lesquels tu n'es plus du tout en phase aujourd'hui ? Pour travailler avec des musiciens régulièrement, je sais qu'ils pensent vite les morceaux datés et qu'ils ont besoin de passer à autre chose.

Oui, c'est un sentiment que je connais très bien. Quand on te présente un de tes disques comme "ton nouveau travail" alors que tu l'as fini il y a un an et demi, c'est clair qu'il est difficile d'être en phase avec ça. Dans le cas présent, il s'agissait d'une réédition, l'aspect temporel était moins important. L'ayant déjà sorti moi-même, sa parution à l'époque correspondait bien à l'état d'esprit dans lequel j'étais et au contexte dans lequel je m'inscrivais. Le ressortir aujourd'hui, ça n'était qu'invoquer en fait ces éléments du passé mais sans véritable tromperie, en gardant le principe que c'était une deuxième vie du projet, que ça n'était pas un nouveau High Wolf. Maintenant, je n'ai pas réécouté le disque récemment mais il y a forcément, au fond de moi, des éléments qui ne me parlent plus aujourd'hui, par rapport à ce que je produis et ce que je sors dernièrement.

En parlant d'évolution, comment tu vois ton parcours depuis 2009, 2010, tes premières sorties chez Winged Sun ? Te concernant, il est compliqué d'y voir une trajectoire ou un parcours évident, c'est moins clair et rectiligne que certains.

La principale évolution qui me marque, par rapport à mes premiers enregistrements, c'est la façon dont j'ai évolué en tant que musicien. A mes débuts, j'étais vraiment un "bedroom musician", je faisais ça chez moi, des impros, des trucs dans le genre. A un moment donné, j'ai voulu me rapprocher du live, il a donc fallu que j'apprenne à jouer de manière plus "efficace", c'est-à-dire laisser moins de place au hasard, contrôler davantage ma musique sur scène. Je n'ai jamais pris aucun cours de musique, étant plutôt autodidacte. Mais aujourd'hui, je sais que j'ai une vision plus claire et plus de maîtrise de ma musique. Depuis le premier High Wolf jusqu'au prochain qui va sortir sous peu, il a dû se passer cinq ou six ans, j'ai fait pas mal de concerts dans différents endroits, ça m'a aidé à mieux comprendre ce que je faisais et à le maîtriser.

HW

Il y a une constance évidente dans ta musique néanmoins, c'est le fait d'avoir creusé ce sillon, tes inspirations autour du voyage - l'Inde, l'Asie -, ce qui t'a aidé à créer l'imaginaire autour de ta musique. Ce sont ces éléments qui sont très prégnants et qui subsistent, au fil des ans.

En fait, je n'ai jamais vraiment arrêté de voyager depuis les premières sorties. Je voyage beaucoup moins "gratuitement", juste pour le plaisir, mais je bouge sur pas mal de continents, dans différents pays, grâce à ma musique. J'essaie de rester un peu sur place dans les endroits où je me rends et ça nourrit en continu cette inspiration intacte. Mais c'est compliqué de définir les déterminants d'une évolution artistique. Disons que je me pose peu la question de la direction musicale dans laquelle je vais. Mon seul désir c'est d'éviter de me répéter, c'est assez important pour moi, c'est ce qui me fait avancer, me permet de rester motivé à faire des albums, des concerts. L'excitation d'expérimenter des territoires nouveaux, des manières de faire ou des idées différentes, tout ça me fait me focaliser moins sur le résultat que sur le processus en lui-même. Je fais beaucoup de musique, c'est mon occupation principale, ce renouvellement est indispensable pour éviter de me faire chier.

Et cette envie de creuser dans des musiques dites "folkloriques", avec des idées de transe et de méditation très fortes, cela te vient d'où ?

C'est complexe d'expliquer ça en cinq minutes, il y a beaucoup d'inconscient, si ce n'est essentiellement, du moins en partie. Mais ce genre de musiques "folkloriques" me plaît car j'aime l'idée de faire de la musique sans avoir une véritable intention de créer une "œuvre d'art" ou un produit culturel. Dans ces cultures-là, la musique est un prétexte à autre chose et non pas une fin en soi. Un prétexte, souvent, à une pratique spirituelle. C'est un peu l'antithèse de la musique pop, à mes yeux. Faire cette musique de manière honnête, limite existentielle et passionnée, c'est ce qui me plaît. Je ne minimise pas la pratique de la musique mais ces musiques-là ont un rapport au monde différent, sans se dire : "Je fais de l'art". Ce que j'exprime à travers la musique, c'est important pour moi que ça présente aussi mon rapport au monde, pour le dire de manière un peu pompeuse. Comme je le dis souvent, si je savais exprimer ces choses-là différemment, je crois que je ne ferais pas de musique, j'utiliserais plutôt le langage pour le dire. Il y a du métaphysique ou du spirituel dans ce que je souhaite exprimer et c'est dans ces musiques-là que je retrouve le plus ça. Dans ces musiques africaines, asiatiques ou même occidentales (même si ça s'est beaucoup perdu aujourd'hui), les gens ne se considéraient pas comme des artistes ou des gens avec un statut à part. Ils pratiquaient une activité qui s'immergeait plus dans le quotidien. Et j'essaie de "désintellectualiser" un peu la pratique de la musique, pour retourner vers ça.

Pour revenir à ce que tu évoquais auparavant, le thème du voyage semble très important pour toi. Tu te déplaces beaucoup, on a l'impression que tu es en concert à de nombreux endroits une bonne partie de l'année. C'est ça aussi ton idée de la musique ? L'emporter dans de nombreux lieux et la vivre à travers ce déplacement ?

Oui, c'est vrai que tourner un maximum, je cherche ça en permanence. Il y a beaucoup de gens proches de moi qui font une tournée par an et qui se contentent de ça, pour plein de raisons : la famille, le boulot, etc. J'aime bouger à droite, à gauche. Mais j'ai beaucoup voyagé avant de le faire grâce à la musique. J'ai besoin d'avoir plusieurs voyages de calés dans le futur pour me sentir bien. J'aime beaucoup aussi ma vie chez moi, très stable, très agréable et équilibrée. Je l'aime beaucoup mais j'ai aussi besoin de beaucoup bouger, de rencontrer des gens, d'aller dans de nouveaux endroits. C'est très profond en moi. J'ai mis ce schéma en place très tôt quand j'ai commencé à faire de la musique. Mes albums sont, avant tout, à mes yeux, des outils de promotion pour pouvoir faire des concerts, très honnêtement. Je ne suis pas de ces musiciens qui passent des heures en studio et qui prennent plaisir à affiner ce qu'ils vont proposer. L'album reste pour moi l'occasion de me rendre sur le terrain, face aux gens, qu'ils soient au courant de mon son du moment en live.

Tu me fais penser à tous ces gars qui ont beaucoup pratiqué le field recording, qui ont même construit des "carrières" sur cette idée de la prise de son terrain, à la rencontre d'autres quotidiens, d'autres univers, proches ou lointains. Ce côté témoignage est assez présent, comme si tu étais parti visiter un pays et que tu en avais rapporté des sons, des idées.

Avant que la musique ne soit quelque chose d'un peu plus sérieux pour moi, le field recording, je l'ai pas mal pratiqué. Lors de voyage, à la rencontre de gens, c'est une pratique qui m'a toujours intéressé et qui transparaît peut-être dans ce que je fais.

Dans ta relation avec d'autres musiciens, il y a eu ce parcours un peu parallèle, à un moment, avec Vincent (Cankun) ou Sébastien (Holy Strays). Vous vous êtes retrouvés tous les trois chez Not Not Fun, les petits "Frenchies" avec leurs délires exotiques, ça a créé une forme de mini-scène imaginaire spontanée. Tu as senti un lien à un moment donné entre vous ?

Avec Vincent, on a le même âge, on a commencé ensemble avant que je ne fasse High Wolf, chez Not Not Fun, ou qu'il fasse Cankun. On était déjà lié avec toute la clique Ruralfaune, deux ou trois années en amont, on avait déjà joué ensemble. C'est un peu différent de Seb qui est plus jeune, je me souviens qu'il était venu me voir jouer à Paris en 2010, à mes débuts. Je n'ai jamais fait de musique avec lui à ce moment-là mais je pense que ça lui a permis de découvrir quelque chose qui l'intéressait, dans lequel il a sûrement trouvé une forme d'inspiration, j'imagine. Il a commencé à s'orienter là-dedans avant de complètement s'affranchir et de vraiment trouver son truc, sa patte personnelle, qu'il entretient très bien aujourd'hui. Je l'ai encore vu récemment, il y a quelques mois. On reparlait de cette époque où, au final, il y avait très peu de gens pour véritablement s'intéresser à cette musique. Tu te retrouvais fatalement connecté parce qu'il y avait cinq personnes intéressées par ce style de musique en France, à ce moment-là. Et parmi ceux-là, ceux qui faisaient cette musique-là, on était encore moins nombreux.

A votre façon, on retrouve chez tous les trois ces inspirations lointaines, des rythmes africains ou des mélodies asiatiques. De là se forme une connexion par la pensée, plus que par les faits, du coup.

Seb a une formation de batteur et c'est pour moi une des rares personnes qui saisisse vraiment l'importance des rythmes, de la rythmique, il a une vraie sensibilité pour ça et ces influences-là s'en ressentent franchement. C'est un sujet sur lequel on peut se retrouver. Je n'ai pas les mêmes connaissances que lui à ce niveau-là, on ne va pas parler du sujet de la même manière mais ça nous rapproche, dans un certain sens. Il comprend ce que j'essaie de faire à ce niveau-là, il voit la différence entre mes premiers enregistrements et là où je vais aujourd'hui. On partage cet intérêt, même si nos musiques sont complètement différentes aujourd'hui.

(Bartolomé du label français Shelter Press, organisateur de la soirée, se joint à l'interview.)

Bart, vous semblez assez proches, Max et toi. Comment vous vous êtes rencontrés ?

Bart : Je vais répondre à ta question mais je voudrais saisir l'occasion, si tu me le permets, pour poser une question à Max que j'ai toujours voulu lui poser (rires).

Vas-y je t'en prie (rires).

Bart : Hé bien, en fait, quand je t'ai connu, Max, les musiques africaines, ce mélange avec le drone/ambient, tous ces éléments-là, il n'y avait pas beaucoup de gens intéressés par ça en France. Aujourd'hui, il y a pas mal de structures qui véhiculent tout ça, Awesome Tapes of Africa, etc., qui sont quasi mainstream pour certaines. Tu vas à Paris aujourd'hui, tu as au moins cinq disquaires qui vendent des trucs de Mississippi Records, par exemple. Beaucoup de gens se disent influencés par ça aujourd'hui : tu prends Cut Hands, tout le concept du gars est basé sur ce mélange noise dure/musiques africaines, comme une marque de fabrique. Comment tu vois le fait que cet élément soit devenu aujourd'hui un élément commercial évident ?

High Wolf : Je pense qu'on n'en est qu'au début, de cette dynamique. L'afrofuturisme, dont personne ne me parlait il y a quelques mois, on me le sort à toutes les sauces aujourd'hui alors que je n'ai jamais vraiment changé là-dessus, même si ma musique évolue (et le prochain High Wolf en sera la preuve évidente). Je ne cherche pas à prouver que je m'y intéressais avant ou pas, je reste dans mon truc.

Bart évoquait cette scène drone/ambient, très Côte Ouest des Etats-Unis. Tu as senti un lien avec cette musique à un moment, ce qu'il se passait dans la première moitié des années 2000 ?

High Wolf : Ça m'a essentiellement montré que des mecs comme eux qui ne savaient pas faire grand-chose étaient capables de faire de la musique. Ç'a été un tournant décisif pour moi. Quand j'étais adolescent, j'étais très branché sur les musiques du monde, le free jazz, etc., des musiques où les gars maîtrisaient leur instrument suite à un long apprentissage, la plupart du temps. Même les musiques traditionnelles, tu ne te mets pas aux tablas du jour au lendemain, tu mets quinze ans à apprendre à en jouer. Je n'ai pas eu d'éducation musicale particulière mais j'adorais la musique, je faisais de la radio à la fac. Et quand est arrivée toute cette scène DIY avec une idée, une manière de faire, ça m'a vraiment marqué. Je n'ai pas forcément commencé par l'auto-édition parce que j'avais besoin qu'on légitime mon travail, avant tout. Je ne me sentais pas de le faire seul. Il a fallu que deux ou trois labels s'intéressent à ce que je fais pour vraiment me faire à l'idée que j'avais quelque chose à proposer.

Bart : Tu as aussi commencé un label quasi en même temps, non ?

High Wolf : Oui c'était suite à un séjour en Finlande, je suis resté quelques mois là bas en 2005-2006. Ils ont une grosse culture DIY, des groupes comme Avarus ou Kemialliset Ystavat / Tomutonttu qui avaient eu un beau papier dans Wire l'année où j'étais là-bas. En revenant, j'ai eu envie de faire ça en France. Je ne connaissais quasi personne qui le faisait, Ruralfaune commençait juste je crois. J'avais envie d'apporter ma pierre à l'édifice. Je n'étais pas encore dans le schéma où je voulais faire de la musique mais c'était le moyen d'être dans le truc sans produire directement des disques.

Bart : Je me souviens de Maxime à l'époque. J'habitais Rennes et Maxime avait sorti une petite compil' qui m'avait bien marqué. C'est là que tu vois que c'est important  d'avoir des tous petits labels qui touchent des petites sphères. Je comprenais que les groupes de sa compil', ça m'intéressait, mais je n'en connaissais aucun vraiment. Ça peut paraître anecdotique mais pour les gens qui ont chopé cette compilation à l'époque, ç'a été une porte d'entrée importante.

BZMC

C'est à ce moment-là que vous vous êtes rencontrés ?

High Wolf : Oui, c'était vers 2006-2007, en gros. On habitait tous les deux Rennes sans se connaître.

Bart : A Angers, il y avait la scène avec Ruralfaune, des labels plus électroniques genre Ego Twister, etc. Je connaissais bien Yann d'Ego Twister. A l'époque, il y avait un forum sur leur site. Bruno de Ruralfaune le fréquentait, des mecs qui sortaient des CD-R sur des labels américains. Plus ça allait, moins je m'intéressais à ce que faisait Ego Twister et plus je m'intéressais à ce que faisaient ces mecs-là. Par extension, Bruno poste un truc sur une compil', je la commande. Je comprends par hasard que c'est un mec de Rennes qui l'a sortie. Je pensais que le mec vivait en Finlande ou à Austin. Je lui ai écrit, on boit un coup et on devient potes. Peu de temps après, on s'est installé en colocation ensemble. Une rencontre très aléatoire mais qui m'a fait réaliser que le terreau local est super important.

High Wolf : Mais il n'y avait pas vraiment de scène à Rennes, on était trente à écouter ce genre de musique, tu vois. Et nous on était surtout tous les deux, dans notre coloc', à aimer ce son et à vibrer dessus.

A cette époque-là, ou peu après, qui achetait les disques Winged Sun ? Surtout des étrangers ?

High Wolf : Oui, surtout des Etats-Unis, un peu du Japon, etc. Je n'en ai jamais vendu un en France au début, à part une poignée en tournée. C'était surtout du mailorder, de la commande à distance.

Bart : C'est la limite du DIY sur Internet, je dirais : c'est souvent en anglais, tous avec la même esthétique ou presque, c'est difficile de savoir d'où ça vient, de soutenir de la création locale.

High Wolf : Je les vendais bien néanmoins, les cent exemplaires sortaient sans trop de soucis, mais c'est vrai que c'était peu visible en France, peut-être en raison du manque d'intérêt pour cette forme de musique hybride, ici.

Parmi la liste des projets que tu as sortis, il y en a un que j'apprécie tout particulièrement, c'est ta collaboration avec Neil Campbell, Iibiis Rooge. C'est beaucoup plus électronique que le reste de ta musique à l'époque. Comment s'est construit le projet ?

High Wolf : Neil, c'était un de mes héros, enfin ça l'est toujours d'ailleurs. Dans le délire DIY, dont on parlait tout à l'heure, mais aussi l'homme en tant que tel, son rapport à la musique. Il n'en a rien à foutre de la notoriété ou quoi que ce soit, il fait son truc. C'est un vrai modèle pour moi, j'ai un profond respect pour lui. A l'époque du premier MySpace, une époque dorée où tu pouvais très vite chatter avec n'importe quel musicien, je lui avais envoyé un friend request, il avait écouté ma musique, on a commencé à sympathiser et on s'est dit qu'on allait faire un split. Je lui envoie ma musique et lui me dit : "Ca te dérange si je rajoute des éléments, si je triture un peu tout ça ?" Et c'est devenu le premier Iibiis Rooge, Pink Hybrid, sorti en CD-R chez Winged Sun en 2009. C'était Bart qui avait fait la pochette un peu au dernier moment, parce que je lui avais demandé.

Bart : On avait fait une pochette avec quelques éléments limite un peu tropicaux. On pouvait encore faire ça à l'époque sans que ce soit trop grillé (rires). Ce que faisaient Ducktails ou Sun Araw, dans leur genre.

On a l'impression d'une vraie connexion entre Neil et toi alors que le projet s'est construit presque par hasard, sans forcément y avoir pensé.

High Wolf : Le premier disque, Iibiis Rooge, sorti chez Dekorder, s'est construit comme ça, de manière un peu improbable. Le deuxième LP, Hesperides, sorti chez Weird Forest, on l'a vraiment construit et travaillé ensemble. On avait booké une journée en studio ensemble. On a ensuite refait une cassette sur Winged Sun. Récemment, on s'est dit que ce serait cool de donner une suite à ce projet mais on ne le fera que lorsqu'on aura le temps de se retrouver dans la même pièce, d'enregistrer ensemble. Mais on ne se prend pas la tête, qu'il se passe un an ou cinq ans entre deux disques, ça n'est pas un soucis.

Hormis ce projet-là, tu as une approche assez "solitaire" de ta musique. Tu travailles beaucoup dans ton coin, tu collabores peu, de manière générale.

High Wolf : En fait, ça n'est pas très flatteur pour moi mais je peux être un peu un connard si je fais de la musique avec d'autres gens. J'ai envie de prendre toutes les décisions, ce qui peut poser un problème. Même si j'ai fait quelques collabs par le passé et ça s'est toujours bien passé. Disons que je peux avoir du mal avec le compromis quand il s'agit de musique.

Bart : Je me permets d'intervenir pour contrebalancer ça et donner une image un peu différente, mais les deux premières années de tournée de High Wolf, Max se rend dans une ville, il rencontre des musiciens de cette scène qu'il écoutait et aimait et leur propose de jouer ensemble, de manière improvisée. Il déboule au Japon ou ailleurs, ils sont cinq, il est tout seul et se met à organiser une session live improvisée. Ou sur la Côte Ouest, de Seattle à Los Angeles, les mecs peuvent avoir une culture free jazz ou autres, Max débarque là-bas et se met à jouer avec eux.

High Wolf : A l'époque, mes sets étaient totalement improvisés. Du coup ça me rassurait certainement un peu d'être avec d'autres musiciens, même si je ne me l'avouais pas vraiment. Et puis c'était un peu casse-gueule d'improviser tout seul. Je connaissais quand même un peu les gars avec qui je collaborais un soir, de loin, et je connaissais bien leur musique surtout. On sortait sur les mêmes labels, c'était naturel pour moi de collaborer avec ces gars-là.

Aujourd'hui tu ne fais plus trop ça, au final.

Avec le temps, j'ai monté des tournées un peu plus structurées, des dates dans des endroits un peu plus formels. Il a fallu que j'aie des choses plus construites. Maintenant, ce serait plus compliqué de laisser des musiciens improviser sur une musique qui l'est beaucoup moins. Sur disque, si c'est une collaboration, c'est une collaboration mais si c'est ma musique que je joue, j'ai du mal à partager. Même si je vais en refaire, j'ai des projets en tête.

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Si je reviens au projet Black Zone, qu'est-ce qui a changé pour toi sur ce deuxième disque, sorti chez Gravats ?

Déjà, il a fallu me convaincre de le faire, ça n'était pas si évident. Et Phil (ndr : Low Jack, fondateur de Editions Gravats) m'a vraiment poussé, en me disant qu'il fallait que je le fasse. Je me méfiais un peu : il s'était passé plusieurs années, je ne savais pas si j'allais retrouver le feeling, si j'allais vraiment sentir le projet de la même manière. J'ai accepté d'essayer de reconstruire quelque chose sans savoir si ça allait véritablement aboutir. J'ai réfléchi un peu, j'ai laissé le temps passer, pour saisir une esthétique qui ne soit pas trop proche du premier disque mais pas trop éloignée non plus. Tout ça sans réécouter le premier disque, ce qui est un peu compliqué car tu te raccroches souvent à des souvenirs qui ne sont pas vraiment totalement fiables. A un moment donné, j'ai senti une couleur, une intuition forte qui m'a fait me dire : "Il va être comme ça, ce disque", et j'ai eu un déclic pour me replonger dans Black Zone.

Les approches sont différentes mais on sent un lien entre les deux disques. Ton matériel a sûrement évolué, ta manière de procéder aussi, mais on sent une connexion forte néanmoins. 

En fait je l'ai travaillé en plusieurs fois. J'ai commencé à travailler sur le nouveau disque durant le printemps et l'été 2014. A ce moment-là, je tournais pas mal : je bougeais deux semaines, puis je rentrais à la maison deux semaines avant de repartir. Quand je repassais chez moi, j'essayais de faire trois ou quatre morceaux à chaque fois, pour que cela avance. En termes de méthode de travail, avec Black Zone je suis plutôt proche de la manière dont je travaillais sur le High Wolf du début : tout est très intuitif, j'essaie de passer un minimum de temps sur les morceaux. Pour High Wolf, j'ai justement voulu sortir de ça afin de pouvoir aboutir à des choses différentes entre les projets, ne pas refaire tout le temps la même chose. Pour Black Zone, je n'avais qu'un disque de sorti quand j'ai travaillé sur Mane Thecel Phares, je me suis dis que je pouvais me permettre de rester dans un truc assez inconscient, naturel, qui pourrait s'avérer répétitif si à terme j'aboutis à dix albums de ce projet. Mais pour le moment, le problème ne se pose pas.

Sur High Wolf, les disques sont plus travaillés, cela s'entend évidemment. Notamment sur ton nouvel album à venir que j'ai pu écouter. On sent que tu vas explorer un nouveau territoire tout en restant dans cet esprit exotique à la High Wolf, mais plus travaillé et maîtrisé. Et surtout j'ai l'impression qu'il est plus "joyeux", lumineux, plus électronique aussi, moins dans une forme de transe mystique sombre que tu as pu avoir par le passé.

Oui, j'ai un album qui sort en juin sur Leaving Records. Je l'ai commencé en 2012-2013 en fait, cela remonte un peu, mais j'ai mélangé avec des choses plus récentes. J'ai essayé de faire en sorte que le disque ne soit pas trop bordélique. Pour ce côté lumineux, comme tu dis, je pense que Black Zone a aspiré pas mal de vibes dark qui pouvaient exister dans High Wolf, même à la marge. Ce nouveau disque a été pas mal influencé par mes tournées et mes concerts, dans un esprit davantage tourné vers la fête, un délire plus dansant, où les gens sont là et s'amusent. J'ai beaucoup pensé à ça en le préparant. Je voulais quelque chose de plus physique, d'un peu moins purement cérébral, tout en restant connecté à ces musiques rituelles, très axées sur le rythme, la participation du corps dans la musique, ça m'a beaucoup influencé.

Et pourquoi Leaving Records ? Tu connaissais déjà Matthew David, le boss du label ?

Je l'ai rencontré il y a quelques années. La véritable histoire de cet album c'est que j'avais cherché à mettre davantage l'accent sur les beats et les sonorités électroniques mais j'avais quelques soucis dans la conception des morceaux. Matthew, c'est un vrai beatmaker, qui vient de la scène post-hip-hop ou ce que tu veux, du côté de L.A. Du coup, au départ, je lui avais envoyé l'album pour lui poser quelques questions techniques, un peu geek sur les bords, traitement du son, etc. Et il est rentré à fond dans le disque, il a vraiment souhaité le sortir lui-même et ça me paraissait être une bonne idée. Le seul frein que j'ai eu à un moment c'est que Matthew c'est un pote, je ne voulais pas rentrer forcément dans ce type de relation avec lui, je trouve ça souvent compliqué. C'est parfois délicat quand tu connais les gens. Je n'ai pas envoyé mon disque à Bart, par exemple, parce que je ne veux pas le mettre dans une situation inconfortable où il pourrait se dire : "J'ai pas envie de le faire mais je le fais pour faire plaisir à Max." Avec Matthew, on s'envoyait beaucoup de mails sur plein de sujets, on discutait pas mal, mais il est à L.A., c'est différent, on ne se voit pas tous les jours comme avec d'autres potes. Finalement je suis passé au-dessus de ça et le disque a pu aboutir.

Tu as d'autres projets à venir pour High Wolf, Black Zone ou un autre alias ?

High Wolf : Tout sort un peu en ce moment, le Black Zone, le High Wolf, du coup ça me donne pas mal de temps pour réfléchir à la suite. Il y a des inédits de Black Zone qui arrivent aussi chez Gravats, ils sont chauds pour me faire bosser comme un petit Chinois (rires). On réfléchit à un projet de duo avec Low Jack, on a des dates de bookées, ça commence à prendre forme. Phil est en train de faire un truc hyper important pour la scène française, je trouve. On est tous en train de se plaindre qu'il n'y a rien de vraiment fort en France, que tout le monde reste séparé et qu'on ne fait rien pour que ce soit autrement. Et lui, même s'il bosse avec In Paradisum et la techno française qui cartonne, il crée un label lui-même pour ramener des mecs d'un autre réseau et mélanger les délires, je trouve ça important. La connexion entre Phil et moi, c'est assez marrant : il kiffait la K7 de Black Zone que Damien a rééditée mais il ne savait pas que j'étais français. Il a fallu deux ou trois ans avant qu'il le sache, puis on s'est envoyé cinquante mails et on s'est appelé plusieurs fois avant qu'il apprenne que j'habite Rennes. Lui aussi à habité là-bas pendant cinq ans, il a grandi à Saint-Malo pendant quinze ans, on vient du même coin sans le savoir. Moi, c'est un mec des Etats-Unis qui m'avait fait découvrir In Paradisum et Low Jack alors qu'à la base on est de la même région ! Notre rencontre s'est faite par des détours improbables, mais on avait vingt piges dans la même ville, on faisait les mêmes concerts, etc.

Bart : C'est d'ailleurs assez drôle parce qu'au final, Max et moi, on aurait pu aussi ne pas se rencontrer tout de suite, tout en habitant dans la même ville.

High Wolf : Disons qu'à l'époque de MySpace et autres, personnellement j'étais super proche de mecs de Los Angeles mais pas du tout de gars autour de chez moi. Avant, il y avait le schéma scène locale/scène nationale mais ce truc a complètement explosé. Aujourd'hui, les rencontres se font dans tous les sens, peu importe la situation géographique, presque. A vingt piges, on a sûrement essuyé un peu les plâtres de ce changement qui était compliqué à appréhender mais je me rends compte aujourd'hui que ça a créé une forme de richesse différente mais super importante, qui a contribué à créer le paysage musical d'aujourd'hui.

Audio

Tracklisting

High Wolf – Growing Wild (Leaving Records, 9 juin 2015)

1. Wild At Heart
2. Girls, Amen
3. 1314
4. Savage Beasts Be Wise
5. Life Don't Care
6. Maithuna
7. Exploratory Impatience


Cankun - Moyit (PREMIERE)

CankunAprès un tour de chauffe le temps d'une poignée de sorties en 2011 et 2012, Cankun aka Vincent Caylet débarquait il y a deux ans chez Hands In The Dark avec un second LP en bonne et due forme. Un Culture Of Pink (lire) qui repoussait les limites du style si particulier de l'énigmatique guitariste/compositeur français, à mi-chemin entre rêveries psychés et grooves hypnotiques ; les pieds bien campés dans un bouillon de cultures exotiques passionnant à explorer. Et ce même s'il se voyait légèrement freiner par quelques instants de relative rigidité dans son exécution, Culture Of Pink dévoilait un Cankun enfin passé aux choses sérieuses le temps de 45 minutes denses et captivantes.

Quasi disparu des radars depuis, les deux années écoulées auront permis au musicien de perfectionner sa formule et d'en affirmer encore l'identité, pour la rendre plus subtile et personnelle. A la faveur du printemps naissant, Cankun réapparaît soudainement chez HITD, son troisième album sous le bras : Only The Sun Is Full Of Gold. Rempli à ras bord de ces boucles de guitares rayonnantes et de séquences de percussions interminables, comme des prières au dieu Soleil, ce deuxième long format voit le Français renouer avec un persnonage de son passé, feu-Archers By The Sea, à travers lequel il manipulait les textures ambient/ lo-fi dans la longueur.

Combinant ce qu'il fût et ce qu'il recherche, Cankun dévoile ainsi une approche plus fine, d'une redoutable efficacité, transcendant encore un peu plus ses talents de compositeur pour dévoiler une facette plus ambigüe mais ô combien captivante de sa personnalité. A l'image de ce premier titre dévoilé en exclu ici, Moyit : des riffs de guitare abrasifs qui viennent percer les plaines infinies dans lesquelles se perdent quelques tintements timides, isolés et perdus. Au détour d'une énième vague pourtant, un groove redoutable prend l'auditeur pour ne plus le lâcher et lui faire savourer les plaisirs d'une rythmique effrenée qui tourne en boucle jusqu'à l'épuisement du morceau. Une délicatesse dans la forme et dans le fond qui laisse entrevoir un second LP plus mature, en forme de nouvelle étape réjouissante pour le musicien. Et pour l'auditeur, une nouvelle aventure cosmique sombre en territoire psyché qu'il n'oubliera pas de si tôt.

Only The Sun Is Full Of Gold sera disponible le 4 mai prochain en vinyle via Hands In The Dark et au format K7 via Not Not Fun. Cankun sera en concert gratuit au Monseigneur en première partie de Toys (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Cankun - Only The Sun Is Full Of Gold (Hands in the Dark, 4 mai 2015)

01. System
02. Cuts
03. Words
04. Moyit
05. Tyreu
06. Sytern


Ill Winds - Vision

Ill WindsSi les trois Australiens d'Ill Winds, résidents à Berlin, ont jeté les bases de leur post-punk émacié, lancinant et dépressif il y a deux ans à l'occasion d'un split sur Noisekölln Tapes, avec un obscur morceau ambient d'Olle Holmberg de Moon Wheel en face B, leur premier album sera distillé très prochainement via le label angelino Not Not Fun Records, pourtant de moins en moins friand de ce type de came, à la fois cradingue et addictive - notamment les jours sans, où le froid pénètre jusqu'à l'os. Vision, en écoute ci-après, serait capable de foutre le bourdon au moins geignard d'entre nous, avec ses stries lugubres et son chant neo-goth, et malgré tout, on y retourne, comme au turbin. Déprime 1 Soleil 0.

Audio

Tracklisting

Ill Winds - s/t (Not Not Fun Records, 2015)

A1. Room For Error
A2. Matter
A3. Knut
A4. Hysteria
B1. Too Late
B2. Vision
B3. Tired or Sick
B4. No Fire No Glory

Capture d’écran 2014-12-05 à 15.30.52


Profligate - Girl Full of Joy (PREMIERE)

Profligate-640x640Noah Anthony, par le biais de son projet Profligate, aura l’honneur avec la sortie de son second LP Finding The Floor en novembre prochain de constituer la trois-centième référence du label californien Not Not Fun (lire), lui qui a pour le moment divulgué trois maxis sur NNF, DKA Records et Gooiland Elektro. Déjà mis sur orbite par la vidéo perchée de Laughing Song (lire), ce disque - véritable tournant pour Profligate s'agissant de la direction empruntée, passant d'une post-rave bruitiste à une déconstruction systématique par l'électronique des canons mélodiques et rythmiques - est défloré par deux nouveaux extraits dont l'haletant Basement, à découvrir plus bas, et la fascinante et hypnotique Girl Full of Joy, récemment mise en images par Rick Weaver et Bridget Venuti - enrôlant entres autres Carlos Gonzalez a.k.a. Russian Tsarlag comme acteur (lire). Rick Weaver avec qui Noah Anthony a déjà collaboré, formant avec Ren Schofield de Container (lire) la trop méconnue collaboration Form-a-Log. Déluge d'images stroboscopiques piquant les yeux tout autant que la cervelle ne se trouve elle réduite en miettes par les beats captifs assénés par le jeune Philadelphien, ce dernier clip, à mirer sans lunettes 3D ci-après, se pose là dans la série des objets-non-identifiés.

Vidéo (PREMIERE)

http://vimeo.com/108325563

Audio

Tracklisting

Profligate - Finding the Floor (Not Not Fun, Novembre 2014)

01. Girl Full of Joy
02. We’re Desperate
03. Can’t Stop Shaking
04. Dormant
05. Maniac Will Win
06. Basement
07. Laughing Song
08. Finding the Floor
09. Ambient Metal Room (Impossible)
10. We Can Have It All


Profligate - Laughing Song

ProfligateAprès Suppression extrait de l'album Come Follow Me paru en novembre 2012, le réalisateur Chrissy Jones remet le couvert pour diriger avec dextérité et moult opiacés la mise en image d'un morceau de Profligate, le projet de Noah Anthony, qui aura l'honneur avec la sortie de son LP Finding The Floor en novembre prochain de constituer la trois-centième référence du label californien Not Not Fun (lire). A l'instar du clip complètement pété, sorte de virée à Venise sous kétamine, et télescopant une nouvelle fois post-punk et techno, Laughing Song confirme par ses multiples textures analogiques tout ce qu'avait laissé entrevoir le morceau Girl Full Of Joy dévoilé en début de mois : une putain de lessiveuse à neurones. Et un sacré album avec.

Vidéo

http://vimeo.com/105493399

Audio

Tracklisting

Profligate - Finding the Floor (Not Not Fun, Novembre 2014)

01. Girl Full of Joy
02. We’re Desperate
03. Can’t Stop Shaking
04. Dormant
05. Maniac Will Win
06. Basement
07. Laughing Song
08. Finding the Floor
09. Ambient Metal Room (Impossible)
10. We Can Have It All


Torn Hawk - Through Force of Will

Si comme le dit Aki, tous les chemins mènent à L.I.E.S., alors nombreux sont ceux qui ont déjà croisé sur leur route le nom de Torn Hawk. Inconnu du grand public il y a encore deux ans, le compositeur et vidéaste Luke Wyatt est devenu l'une de figures représentatives de la frange "non-dance music" du label, après s'être illustré en 2012 avec la sortie de son premier EP Tarifa. Cette fois, c'est sur Not Not Fun que le compositeur de Brooklyn a décidé de frapper, et cette fois, c'est avec un album qu'il nous donne rendez-vous.

Avec quatorze projets musicaux menés, en collaboration ou en solo, sur au moins quatre formats différents, c'est presque un euphémisme d'affirmer que Luke Wyatt est producteur... productif. Même s'il est de notoriété publique qu'une partie de ces morceaux ont été composés il y a déjà plusieurs années, force est d'admettre que Wyatt ne se repose pas sur ses lauriers. D'abord reconnu pour son travail de "video mulch", pour des artistes tels qu'I:Cube, Shadowlust, Mock & Toff ou Steve Summers, le vidéaste a prouvé lors de son passage à la composition qu'il n'était pas en reste sur le plan de l'expression musicale où, chose remarquable, il a persévéré dans le déploiement d'un univers extrêmement cohérent - comme si la musique n'était qu'un autre point de vue porté sur son intuition originelle.

torn-hawk-interview-cinder

Torn Hawk travaille avec humour, cynisme et mélancolie les images et les mythes produits par l'industrie culturelle américaine des années 80/90. En récupérant, déchirant, réhabilitant, collant, brusquant et superposant l'imagerie surannée des années Bush, Wyatt (re)met en scène avec beaucoup d'intelligence et de singularité une certaine idée de la puissance qui s'épuise dans sa ringardise. Profondément marqué par les diverses interprétations du mythe du champion éternel, et sans doute par les œuvres d'écrivain tels Edgard Rice Burroughs ou Michael Moorcock, les mangas, les jeux vidéos et le cinéma de série B, il ne cesse de mettre en perspective les symboles du rêve américain avec des éléments issus des univers fantastiques cités précédemment. Des épées glissent en syncope sur un joueur de baseball et les corps de pin-up qui gambillent (Born to Win (Life After Ghostbusters)"M" Megamix d'I:Cube). Des clichés pornographiques se fondent dans des plaies purulentes sur lesquelles fourmillent des insectes (Mark of the Hound). Son site internet lui-même est composé d'une mosaïque d'autoportraits striée par de larges glaives tout droit sortis d'un manuel de Donjons & Dragons. Des vidéos maculées de sang, de sexe, de plages, d'armes, de vampires, de beauté, de désir, de bras qui frappent, de feu, d'explosions, de blondes, de fitness, de sexe et d'armes, d'héroïnes et de héros, de vanités, du temps qui bute et de la mort qui passe, d'arrêts sur image et d'images arrêtées, de visages anguleux et des muscles rutilants, de Michael Douglas qui clignote comme un néon de supermarché, de cuir, de Christ, de rayures sur la bande, etc. Un ramassis de clichés délirants, témoignages d'une époque et assemblés à l'aide d'un montage épileptique et crasseux. Une certaine idée de l'Amérique - d'une Amérique certaine d'elle-même et de ses idées.

Through Force of Will ne s'inscrit pas dans une autre perspective. Neufs morceaux instrumentaux qui résonnent comme la bande originale d'un film imaginaire. De longues ballades psyché-rock portées tantôt par la mélodie de guitares noyées sous les effets, tantôt par des lignes de synthé serrées qui vibrent comme le tableau de bord d'un vaisseau spatial à l'abandon. Dérivant au gré d'une inspiration marquée aussi bien par le krautrock, toutes les déclinaisons du post, les solos interminables d'un heavy metal sous-marin, et sans doute aussi par certaines ambitions de l'ambient, Torn Hawk déroule la pellicule des ses fantasmagories glitch et convoque dans le même studio de longs travellings au cœur de mégalopoles en ruines, des héroïnes meutries, des vengeances qui soulagent les poitrines comprimées, des couchers de soleil où tout est bien qui finit bien, de l'espoir en conserve, et cent fois peut-être, la vision de ce champion qui renaît de ses cendres quand tout le monde pensait que tout était perdu. "A sort of parody of “toughness”" comme il le déclare lui-même. Un poing levé avec déterminitation vers on ne sait trop quoi. À l'image de cette pochette sur laquelle s'esquisse à gros pixels la sillhouette de Judd Nelson. S'esquisse ou se désagrège - l'aigle ne nous le dira pas.

Audio

Tracklisting

Torn Hawk - Through Force of Will (Not Not Fun, 2014)

1. I Am Returning
2. Damage With Jeremy Irons
3. Palace Racket
4. Hutchison
5. Streets on Fire
6. A November Mission
7. To Overthrow
8. Through Force of Will
9. Blindsided


Umberto - Temple Room

Umberto - Temple Room (Silvio Mix)Ceci expliquait cela : Matt Hill ne voyageant jamais la valise vide, il était donc peu probable que le schizophrène américain, partageant sa folie à équidistance de Moroder et Carpenter, se radine en Europe les mains vides et notamment le 24 avril

prochain à l'Espace B (). Le premier avril sortira donc, après le remarqué LP Confrontations en 2013 (lire), le maxi Temple Room d'Umberto, toujours via Not Not Fun, issu inopinément des tiroirs numériques débordants de celui-ci après un bon vieux nettoyage de printemps. L'effort à du bon puisque Temple Room - aussi bien dans sa version extended, clippée façon horror movie, que dans sa relecture italo - colle on ne peut mieux à la dichotomie de l'univers cinématographique d'Umberto, entre fantasmagorie et rêve, entre effusions de sang et rires jaunes.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=NW-yS4_i914

Audio

Tracklisting

Umberto - Temple Room 12" (Not Not Fun Records, 01 avril 2014) 01.Temple Room (Extended Version) 02.Temple Room (Silvio Mix)


Ensemble Economique - We Come Spinning Out Of Control

Fever LogicParce que Brian Where's my guitar dude!? Pyle, parce qu'un nouvel LP de l'ami sous le patronyme qui lui sied le mieux Ensemble Economique et intitulé Fever Logic vient de sortir sur Not Not Fun, parce que l'été ne ressemble pas vraiment à un été sans baisers langoureux et vocalises trempées de désespoir, parce que la vidéo de We Come Spinning Out Of Control réalisée par PɨK vaut une nouvelle fois le coup. Parce qu'on aime et qu'on ne compte plus (lire).

Vidéo

https://vimeo.com/69100514


White Poppy - Daydreaming

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Le maxi Drifter's Gold à peine révélé le 2 juillet dernier via une cassette sortie sur Constellation Tatsu, Crystal Dorval divulguera le 2 septembre prochain sous son patronyme scénique White Poppy - saillant à merveille à ses incantations shoegaze chloroformées -, un premier LP éponyme sur le label californien Not Not Fun. Afin de ménager la chèvre et le chou, un extrait vidéo du premier est à mirer ci-après - Daydreaming ou le fantasme onirique d'une nuit d'été, la voix de la Canadienne se noyant paisiblement dans un océan de réverbérations - quand une mise en bouche du second est à découvrir par l'entremise de l'électrique et éthéré Wear Me Away. Aussi troublantes qu'un songe évanescent, les compositions de Crystal Dorval conjuguent d'un même mouvement lascif, abandon et confusion, résonnant en parfaite adéquation à l'étiquette de therapeutic pop dont on affuble sa musique.

Vidéo

Audio


Umberto - Night Fantasy

Matt Hill attaque l'année 2013, muni de son projet Umberto, de la même façon qu'il a terminé celle tout juste écoulée : par le bon bout. Publiées via Rock Action - le label de Stuart Braithwaite de Mogwai - les dix compositions hommages à John Carpenter, John Williams, Jerry Goldsmith et Vangelis de Night Has A Thousand Screams, créées et enregistrées à l'occasion du Glasgow Music And Film Festival de février 2012, touchaient juste, peuplant la pénombre urbaine et dépravée de moult vicissitudes fantasmagoriques. Le temps de planifier une tournée européenne (event FB) - avec un arrêt le 19 mars prochain dans le cadre d'une soirée Les Yeux Fermés partagée avec Lonely Walk, Egyptology et Violence Conjugale à la Flèche d'Or - que le résident de Kansas City, par ailleurs membre du collectif Expo 70, s'apprête à sortir un nouveau LP via son écurie de cœur, Not Not Fun (lire). Prévu pour le 5 février prochain, Confrontations est entamé par Night Fantasy - ci-après en écoute - témoignant d'une ostensible évolution dans l'approche musicale et référencée d'Umberto, s'éloignant diamétralement de Carpenter qu'il ne se rapproche de Goblin. Le résultat est toujours aussi sombre, cinématographique et lo-fi mais s'adjoint d'une légèreté disco jusqu'alors suggérée. De là à glisser tendancieusement d'un sci-fi-movie à un érotico-porno spaghetti, il n'y a qu'un pas.

Audio

Tracklisting

Umberto - Confrontations (Not Not Fun, 2013)

01. Night Fantasy
02. Initial Revelation
03. Confrontation
04. Dead Silent Morning
05. The Summoning
06. Final Revelation
07. The Invasion


Not Not Fun records - Chroniques

Peaking Lights - 936

Si Aaron Coyes et Indra Dunis de Peaking Lights doivent beaucoup à leur ami Shawn Reed et son label Night People - celui-ci ayant sorti en 2008 l’un de leurs premiers CD-R, Clearvoiant, en plus du LP Imaginary Falcons (2009) et de l'EP Space Primitive (2010) - c’est pourtant sur Not Not Fun, avec ledit 936, que le couple signe son coup de maître en forme de décalcomanie auditive d’une Californie auparavant désertée. Réfugié depuis quatre ans dans le Wisconsin et coupant court à leurs projets respectifs – Numbers pour elle et Rah Dunes pour lui – c’est à l’épreuve d’hivers rigoureux et de moyens faits de bric et de broc que le duo accouche des premières et lumineuses esquisses de 936, où l’on perçoit déjà cette volonté de concilier bruits blancs et rythmiques cotonneuses, pour aboutir enfin à cette ode adressée à leurs terres natales baignée de soleil. Aucun disque ne suggère avec autant de candeur et de détachement les formes ondoyantes, nées de cette altération visuelle provoquée par la chaleur, se complaisant ici dans une distorsion sensuelle entre instrumentation psyché et rythmiques dub. L’une invitant au voyage, l’autre arrimant au sol. Une fois dissipées les volutes sonores de l’introductif Synthy, All The Sun That Shines pose la géométrie fluctuante de cette escapade onirique, entre voix célestes et basses ensorcelantes, que la trilogie Amazing And Wonderful, Birds Of Paradise Dub Version et Key Sparrow n’a de cesse de décliner jusqu’au sommet Tiger Eyes (Laid Back), puissante pharmacopée aussi mélodique qu’addictive. Et si chaque drogue dispense ses fastes au prix d’une inévitable redescente aux relents nauséeux, Marshmellow Yellow et Summertime évitent l’écueil, distillant d’introspectives balades où le chant d’Indra joue au chat et à la souris avec un clavier en apesanteur. Le duo a depuis sorti l'excellent Lucifer (lire) via Weird World, filiale de Domino.

Holy Balm - It's You

It’s You - premier LP du trio australien Holy Balm - est disponible depuis le 3 août dernier via Not Not Fun et RIP Society. Holy Balm se révèle être un puissant addictif gorgé d’essences estivales - boîtes à rythmes érodées, boucles hypnotiques et synthétiseurs cramés - mais régurgitant celles-ci sous le soleil noir d’une dark-wave transcendée de beats disco. À la fois proche - tout en étant plus incisive - de Tropic Of Cancer, Maria Minerva ou encore Peaking Lights, la formation composée d’Emma Ram, Jonathan Hochman et Anna John s’avère experte dans l’art d’insuffler un groove obscur, dans lequel se lovent d’élégiaques voix féminines, triturées à dessein.

Umberto - Prophecy Of The Black Windowsorti

La vague italo-spaghetti revient régulièrement sur le devant de la scène. Sous des oripeaux de plus ou moins bon goût, ils sont nombreux à dévouer leurs créations modernes synthétiques aux références 70′s/80′s du cinéma d’horreur. L'artiste américain Matt Hill, membre du collectif drone Expo 70 et empruntant son patronyme Umberto au maître du bis italien Umberto Lenzi, s’est largement détaché du lot avec son LP Prophecy Of The Black Windowsorti sur Not Not Fun convoquant les spectres de Goblin, Carpenter et autres Soft Machine autour d'une darkwave, moite et inquiétante, illustrant des visions fantasmagoriques d'apocalypse latente. L'homme a depuis sorti Night Has A Thousand Screams via Rock Action, le label de Mogwai, et s’apprête à sortir le 5 février prochain Confrontations sur Not Not Fun.

Dylan Ettinger - Lifetime Of Romance

Il y a plus de deux ans, Dylan Ettinger sortait via Not Not Fun l’hypnotique New Age Outlaws, par l’entremise duquel étaient exposées les influences cosmico-kosmische du jeune homme. Et si le propos se concentre une nouvelle fois sur des déflagrations d’origine synthétique, Lifetime Of Romance, sorti le 20 mars dernier toujours sur NNF, fait montre d’une inclinaison sans limite pour la décennie suivante, celle d’une synth-pop froide et transgressive. En témoigne l’inquiétante vidéo réalisée par Melissa Cha de Wintermute, morceau inaugural du LP, à découvrir ci-après.

Mi Ami - Decades

Les San Franciscains Daniel Martin-McCormick (Ital) et Damon Palermo (Magic Touch) forment désormais Mi Ami, ex-trio rock devenu duo électronique, auteur en mai dernier de Decades paru sur la division club de Not Not Fun, 100% Silk. Si l’esthétique délurée et les vocalises éparses de Daniel font le lien entre les premières productions du groupe – toutes (res)sorties via Thrill Jockey - et celles disco/house entamées par l’EP Dolphins, Mi Ami franchit avec Decades un pas supplémentaire dans sa mue électro-dance, conservant de sa radicalité punk un inénarrable penchant pour l’imagerie outrancière piochant abondamment dans le folklore coloré des années quatre-vingt-dix. Formé en 2006 par le susnommé Daniel – alors chanteur et guitariste du groupe – et Jacob Long à la basse, et ce sur les braises encore fumantes du quintette post-punk Black Eyes, Mi Ami s’enjoint dès l’année suivante les services de Damon à la batterie. La sainte trinité ainsi composée, celle-ci se met en branle et dilapide dès 2008 deux maxis, Ark Of The Covenant et African Rhythms, très vite suivis de deux longs formats, Watersports (2009) et Still Your Face (2010). Son brinquebalant et production ultra lo-fi, Mi Ami, en trois ans d’existence, n’a jamais vraiment été catalogué tel un vrai groupe, sinon au rayon side-project plus ou moins récréatif. Depuis Dolphins et le départ de Jacob la donne change, Decades ne faisant qu’enfoncer le clou. S’inspirant de leurs ébats solitaires respectifs avec Ital (Havre Minds, 2012) et Magic Touch (I Can Feel The Heat, 2011), et s’évertuant sur le même label que ces derniers (100% Silk), la formation s’arroge une place toute particulière au sein de la scène actuelle, dressant un pont lysergique entre émanation rock et transpiration dancefloor.

Rites Wild - Ways Of Being

Stacey Wilson vient d'Adelaide - en Australie - et confirme, s'il le fallait, la vitalité de la créativité musicale locale. D'un label confectionné de ses dix doigts - Faux Friends, aujourd'hui en sommeil - à plusieurs projets musicaux emmenés seule - Rites Wild, Regional Curse & Confort Zone - ou accompagnée - Terrible Truths (Mexican Summer) - celle qui eut la malchance de voir son tout premier show à Los Angeles annulé par une intervention policière musclée, n'a de cesse d'enquiller concerts et sessions d'enregistrement au point que ce fabuleux album qu'est Ways Of Being, paru en octobre dernier, ne constitue que l'esquisse de son entreprise Rites Wild : d'abord parce qu'il s'agit d'une collection de morceaux déjà parus sur des tirages ultra-limités via Faux Friends, ensuite parce qu'elle a déjà deux autres albums enregistrés sous ce patronyme dans l'escarcelle. À mi-chemin entre Tropic Of Cancer - pour la voix langoureuse et monotone - et Peaking Lights - pour les multiples bidouillages - on ne saurait gré NNF que de suivre son rythme à marche forcée, coûte que coûte.

L.A. Vampires with Maria Minerva - The Integration

Si le LP Integration est avant tout une collaboration entre L.A. Vampires, patronyme d'Amanda Brown - moitié de NNF et instigatrice de 100% Silk - et Maria Minerva - nouvelle égérie du label et frisson dance lo-fi venu de l'Est (à tort ou à raison) -, soit deux femmes aux idées lointaines et au caractère bien trempé, l'album porte à merveille son nom, tel le stigmate évident de sa conception, puisque ce sont sur des gimmicks house échantillonnées par Amanda à Los Angeles que Maria a posé sa voix dans un studio de Londres, avant que l'ensemble ne soit complété par les claviers et les rythmiques de Nick Crozier-Malkin. Comme si il leur avait été sommé de régurgiter la chanson pop idéale en brouillons discoïdes, les sisters-with-voices confectionnent par là même la bande-son idéale pour petits matins berlinois au sortir de nuits échevelées de clubbing - où les réverbs de synthés se télescopent à des mélodies pop concassées d'échos.

Golden Donna - S/T

Golden Donna est le projet psy-trance de Joel Shanahan, guitariste de Julian Lynch et récent auteur des cassettes All Alone et Pour Resnais sur Signal Dreams - son propre label - et de l'EP Gloaming Thirst sur All Hell. Originaire de Madison dans le Wisconsin, l'homme à l'imposante corpulence s'essaye avec brio aux divagations muettes et symphonies synthétiques, dilatant l’espace temps sur l'autel d'odes schultziennes carénées d'éparses soubassements rythmiques R&B envoyant CVLTS sur un improbable dancefloor halluciné. L'album éponyme paru en octobre 2012 sur NNF résulte d'un coup de cœur immédiat d'Amanda lors de la réception d'une de ses cassettes démos. Si l'on taira ce qu'elle avait ingéré ce jour-là, on comprend aisément l’enthousiasme ce celle-ci à l'écoute de l’aphrodisiaque Shifter.

Profilgate - Videotape

Si le projet Profilgate - paru via NNF en novembre 2012 et bénéficiant d'une mise en image avec Videotape par Robert Beatty, plus connu pour ses pochettes dHieroglyphic Being et de Peaking Lights - semble tomber du ciel, son auteur - Noah Anthony - beaucoup moins puisqu'il officie déjà en solitaire sous le nom d'emprunt de Night Burger et en duo sous celui de Social Junk. Soit deux entités à la discographie longue comme le bras, loin d'être méconnues de structure comme NNF, Night People ou Digitalis. Par le biais de Profilgate, le résident de Philie n'y va pas par quatre chemins pour jeter les bases d'une negative dance music, aussi lo-fi que transgressive, conviant Vatican Shadow à se pacser avec les doux rêveurs de la côte ouest, Ital en tête. Videotape, 12" réunissant quatre morceaux dont une version live du précité single, est assurément l'un des disques les plus entêtant que NNF ait sortie en 2012.

Samantha Glass - Mysteries From The Palomino Skyliner

Sous une patronymie à connotation plus que féminine, Samantha Glass – évoquant un croisement devant l’éternel de Samantha Fox et Phillp Glass – le ténébreux Beau Devereaux a sorti son premier LP, Mysteries From The Palomino Skyliner via NNF. Une invitation au voyage, entre gravitation et introspection, qu’il serait malencontreux de ne pas accepter tant les volutes synthétiques du grand escogriffe s’avèrent convaincantes. Introduisant la trilogie Return To The Sky (Pt. 2 & Pt. 3), la déjà parue (Celestial Night Skyse – NNF, 2011) et retravaillée Seasonal Seduction, laisse choir toute notion de temporalité, à mi-chemin entre odyssée schultzienne et l’Urban Gothic d’un Xander Harris voisin de label.


Not Not Fun x Hartzine

01. Bruce Hart - Hartwork
02. Maria Minerva - Coming Of Age
03. White Poppy - Trouble
04. Father Finger - Separation Anxiety
05. Golden Donna - Infinite Earths
06. Design - Bubbles
07. Cruise Family - Gone By Dawn
08. Super Jam presents: Upper Layer Cruisers - End Credits
09. Russian Tsarlag - Fading Fast


Who are you Not Not Fun?

Feindre de découvrir le label angelin Not Not Fun (NNF) - un filon prolixe et continu de nos trends musicaux - pourrait paraître surprenant quand bien même aucun écho n'avait été jusque là proposé de façon aussi directe à l'un de ses géniteurs, Britt et Amanda Brown. D'ailleurs, lorsque j'ai contacté Britt, ce dernier paru bien plus motivé à l'idée de confectionner un mix - ci-après en écoute et en téléchargement - que de ressasser une histoire entamée depuis presque plus de dix ans. La musique et avant tout la musique, tel un passionné jamais rassasié, notre homme n'est pas là pour se gargariser. Pourtant les jalons de cette aventure discographique sont riches en enseignements.

Contextualisation : 2004, la scène punk expérimentale de Los Angeles, l'attrait pour le format cassette et la première sortie du label, Have An Uptight Party - une première référence incrémentée depuis lors jusqu'au numéro 275. Durant deux ans, le label naissant va exclusivement se consacrer à des productions californiennes underground, sortes de peintures en négatif et décalcomanies crasses d’une Cité des Anges urbaine et cramée de soleil. C'est ainsi que défilent sur les bandes magnétiques de NNF un nombre incalculable de formations aussi éphémères que radicales, germes d'une scène indie encore loin d'être figée. Pour exemple, et à quelques exceptions près (Abe Vigoda), sur les quelques vingt groupes réunis sur la compilation ironiquement intitulée Love Means Never Having To Say You're Sorry (2004), aucun ne poursuivra plus avant l'aventure sous ses oripeaux patronymiques initiaux. En revanche, chacun s'emploie à dégrossir ses idées, lesquelles se formalisent sur la durée. Il en va de Ducktails, de Sun Araw, de Raccoo-oo-oon - devenu depuis Wet Hair -, mais aussi de Robedoor - le projet de Britt - et de Pocahaunted qu'Amanda forme avec Bethany Cosentino (Best Coast). Profitant de la notoriété expansive de la plupart de ces derniers, mais aussi de leur démarche exploratoire et ouverte aux sonorités lo-fi, noise, drone, psyché, indus ou électronica, le label acquiert une dimension nouvelle et un rythme de sorties impossible à tenir pour tout auditeur lambda.

Fait par des musiciens, la passion prend le pas sur la rationalité et les cassettes affluent en pagaille alors que la structure commence à lorgner à l'étranger. C'est dans ce contexte que Maria Minerva radine son joli minois et qu'une tripotée de Français s'invitent à la fête avec, dans le désordre, le Rennais High Wolf, le Parisien Holy Strays et le Montpellierain Cankun. Dès 2010, alors que NNF s'essaye aux productions vinyles, Amanda s'adonne à ses penchants club pour initier de façon quasi concomitante L.A. Vampires et la division disco du label, 100% Silk. Même démarche, mêmes effets, une petite tribu se forme, d'Ital à Magic Touch, en passant par Cuticle, Octo Octa ou Innergaze, et s'en va pervertir les dancefloors d'Europe et d'ailleurs. L'année suivante, NNF sort 936 des Peaking Lights - partiellement remixé par les artistes 100% Silk (lire) - installant s'il le fallait le label au centre de toutes les attentions : celui-ci devient une sorte de marque de fabrique dépassant le strict cadre de son activité.

Entretien avec Britt Brown

Le nom du label semble signifier que la musique n'est pas un jeu alors que la marque du temps est justement de considérer tout comme un spectacle, un amusement... Ce nom est-il une preuve de résistance ?
The name of the label seems to mean that the music is not that a game. Isn't it the mark of the time what to consider everything as a show, a game? So, the name "Not Not Fun" is like a kind of resistance?

« Not not fun » est une expression utilisée par Amanda lors de notre première rencontre pour qualifier une chose de « pas amusante mais PAS amusante du tout », ce qui décrit assez bien la gestion d'une entreprise dans le domaine de la création en général. C’est-à-dire une tonne de tâches emmerdantes et rébarbatives heureusement contrebalancée par le côté enrichissant, inspirant et stimulant de ce travail. Même en considérant la musique comme un jeu, nous prenons ce que nous faisons très au sérieux. Nous croyons évidemment en l'humour et en l’espièglerie et gardons cela en perspective. Je considère que nous diffusons une forme d’art... mais cela ne veut pas dire que ça doit être fait de façon pesante et exagérément sérieuse.

Not not fun is a phrase amanda used to always say when we first met describing something as "not fun, but NOT not fun". Which sort of describes what it's like to run a creative business in general. Itt's a shit-ton of work, but it's rewarding and inspiring and stimulating in a way that counter balances all that effort. As far as music being a game, we take what we do very seriously but we definitely believe in humor and playfulness and keeping a perspective on things. I consider what we release to be art on a certain level, but that doesn't mean it needs to be presented in a stuffy, overly serious way.

Après plus de deux cents sorties en six ans, comment juges-tu votre travail ? Considères-tu toujours NNF comme un label artisanal ?
With more than two hundred releases to your credit in six years, how do you judge your work? Do you still consider NNF like a bedroom label?

Nous dirigeons toujours le label avec notre cœur car nous n’avons pas une âme d'homme d’affaires. Le label est pourtant devenu quelque chose d’assez professionnel qui nous prend pratiquement tout notre temps. Nous sommes plus disposés à nous tourner vers l’avenir plutôt que vers le passé, de sorte qu'il est difficile pour nous d'évaluer notre travail. Nous pensons que tout ce qui nous arrive est merveilleux.

We still run the label with a bedroom sensibility because at our core neither of us are business-people, in terms of what interests us in this endeavor. but it's also become a pretty professional thing and basically devours all of our time. We're more inclined to look forwards than backwards, so it's hard to say how we judge our work. we think everything coming is brilliant.

En tant que musicien et gérant de label, Los Angeles a-t-elle une influence particulière sur ton travail ?
As musicians and as label owner, Los Angeles has a strong influence on your work?

Je pense que Los Angeles influence plus fortement le côté personnel qu'artistique des gens. J'aime la mentalité de cet endroit en tant que ville, je n’aime pas systématiquement des groupes ou artistes originaires de LA. J'aime et j’ai toujours aimé vivre ici.

I think LA has a stronger influence on as people than as artists. I like the attitude of this place as a city, i don't typically like bands or artists more when they're from LA, but i love living here and always have.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que vous essayez de garder à chaque sortie ?
What's the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Plutôt que d’utiliser chaque sortie comme outil de propagande pour faire valoir une plus grande esthétique du label, nous nous préoccupons davantage de la musique, album par album. J'aime l'état d’esprit du fan. Vous avez des préférences qui influencent tous vos choix, mais qui évoluent constamment, et souvent vous vous surprenez à aimer un artiste qui fait un type de musique qui ne vous aurait normalement pas attiré. Nous essayons toujours de rester ouverts à ce comportement.

We're more concerned with the music on an album by album basis than we are using the releases as propaganda to assert a larger label aesthetic. I like the attitude of being a fan. You always have a taste and it threads through everything but it's constantly changing and often times you find yourself loving an artist who makes a type of music you typically never gravitate to. We always try to stay open to that.

Est-ce pour ne pas dévier de l’esthétique initiale de NNF que vous avez eu l'idée de créer 100% Silk ? Tu peux m'en dire plus sur ce projet ?
It is for not distort the aesthetics up to here defended that you had the idea to create 100% Silk? Can you tell me more about this project?

Amanda n'a jamais voulu se lancer dans un autre label pour promouvoir son projet solo. Elle a uniquement eu l'idée de sortir des productions de dance music d’amis et de musiciens qu’elle respecte et adore. Elle a eu l'idée de 100% Silk de la même manière que nous est venue l’idée de NNF - suivre la passion, l'intérêt et l'art divin.

Amanda never wanted to start another label to promote her solo project. she's only ever been inspired to release dance music by friends and fellow musicians who she respects and adores. she had the idea for 100% Silk the same way we first had the idea for NNF - you follow the passion, the interest, and the awesome art.

Quelle est la relation entre les groupes et NNF ?
What are the relations between the bands and NNF?

Quelques-uns des artistes avec qui nous travaillons sont des amis, d'autres sont des cyber‑relations. Et puis il y a certains artistes que nous n'avons jamais rencontrés à cause de la grande distance qui nous sépare. Mais c'est agréable d'établir une relation humaine dès que possible, lorsque les circonstances le permettent.

Some of the artists we work with are friends, others are more email acquaintances. Some we've never been able to meet before because they live so far away. But it's nice to have as human a relationship as possible when circumstances allow it.

Après la réédition de Geneva Misses (Mental Groove Records, 2012), quelle est la suite pour Pocahaunted ?
After the re-issue of Geneva Misses, what will be the suite for Pocahaunted?

Le projet Pocahaunted est clos depuis des années et il n’y a rien de prévu dans le futur.

Pocahaunted's been broken up for years. There's nothing in the future.

Quel est le futur proche de NNF ?
What’s the near future for NNF?

La musique et encore la musique

Music, music, music.

Mixtape

01. Bruce Hart - Hartwork (fitting track for 'Hartzine' i thought! haha)
02. Maria Minerva - Coming Of Age
03. White Poppy - Trouble
04. Father Finger - Separation Anxiety
05. Golden Donna - Infinite Earths
06. Design - Bubbles
07. Cruise Family - Gone By Dawn
08. Super Jam presents: Upper Layer Cruisers - End Credits
09. Russian Tsarlag - Fading Fast

NNF en dix chroniques

Peaking Lights - 936

Si Aaron Coyes et Indra Dunis de Peaking Lights doivent beaucoup à leur ami Shawn Reed et son label Night People - celui-ci ayant sorti en 2008 l’un de leurs premiers CD-R, Clearvoiant, en plus du LP Imaginary Falcons (2009) et de l'EP Space Primitive (2010) - c’est pourtant sur Not Not Fun, avec ledit 936, que le couple signe son coup de maître en forme de décalcomanie auditive d’une Californie auparavant désertée. Réfugié depuis quatre ans dans le Wisconsin et coupant court à leurs projets respectifs – Numbers pour elle et Rah Dunes pour lui – c’est à l’épreuve d’hivers rigoureux et de moyens faits de bric et de broc que le duo accouche des premières et lumineuses esquisses de 936, où l’on perçoit déjà cette volonté de concilier bruits blancs et rythmiques cotonneuses, pour aboutir enfin à cette ode adressée à leurs terres natales baignée de soleil. Aucun disque ne suggère avec autant de candeur et de détachement les formes ondoyantes, nées de cette altération visuelle provoquée par la chaleur, se complaisant ici dans une distorsion sensuelle entre instrumentation psyché et rythmiques dub. L’une invitant au voyage, l’autre arrimant au sol. Une fois dissipées les volutes sonores de l’introductif Synthy, All The Sun That Shines pose la géométrie fluctuante de cette escapade onirique, entre voix célestes et basses ensorcelantes, que la trilogie Amazing And Wonderful, Birds Of Paradise Dub Version et Key Sparrow n’a de cesse de décliner jusqu’au sommet Tiger Eyes (Laid Back), puissante pharmacopée aussi mélodique qu’addictive. Et si chaque drogue dispense ses fastes au prix d’une inévitable redescente aux relents nauséeux, Marshmellow Yellow et Summertime évitent l’écueil, distillant d’introspectives balades où le chant d’Indra joue au chat et à la souris avec un clavier en apesanteur. Le duo a depuis sorti l'excellent Lucifer (lire) via Weird World, filiale de Domino.

Holy Balm - It's You

It’s You - premier LP du trio australien Holy Balm - est disponible depuis le 3 août dernier via Not Not Fun et RIP Society. Holy Balm se révèle être un puissant addictif gorgé d’essences estivales - boîtes à rythmes érodées, boucles hypnotiques et synthétiseurs cramés - mais régurgitant celles-ci sous le soleil noir d’une dark-wave transcendée de beats disco. À la fois proche - tout en étant plus incisive - de Tropic Of Cancer, Maria Minerva ou encore Peaking Lights, la formation composée d’Emma Ram, Jonathan Hochman et Anna John s’avère experte dans l’art d’insuffler un groove obscur, dans lequel se lovent d’élégiaques voix féminines, triturées à dessein.

Umberto - Prophecy Of The Black Windowsorti

La vague italo-spaghetti revient régulièrement sur le devant de la scène. Sous des oripeaux de plus ou moins bon goût, ils sont nombreux à dévouer leurs créations modernes synthétiques aux références 70′s/80′s du cinéma d’horreur. L'artiste américain Matt Hill, membre du collectif drone Expo 70 et empruntant son patronyme Umberto au maître du bis italien Umberto Lenzi, s’est largement détaché du lot avec son LP Prophecy Of The Black Windowsorti sur Not Not Fun convoquant les spectres de Goblin, Carpenter et autres Soft Machine autour d'une darkwave, moite et inquiétante, illustrant des visions fantasmagoriques d'apocalypse latente. L'homme a depuis sorti Night Has A Thousand Screams via Rock Action, le label de Mogwai, et s’apprête à sortir le 5 février prochain Confrontations sur Not Not Fun.

Dylan Ettinger - Lifetime Of Romance

Il y a plus de deux ans, Dylan Ettinger sortait via Not Not Fun l’hypnotique New Age Outlaws, par l’entremise duquel étaient exposées les influences cosmico-kosmische du jeune homme. Et si le propos se concentre une nouvelle fois sur des déflagrations d’origine synthétique, Lifetime Of Romance, sorti le 20 mars dernier toujours sur NNF, fait montre d’une inclinaison sans limite pour la décennie suivante, celle d’une synth-pop froide et transgressive. En témoigne l’inquiétante vidéo réalisée par Melissa Cha de Wintermute, morceau inaugural du LP, à découvrir ci-après.

Mi Ami - Decades

Les San Franciscains Daniel Martin-McCormick (Ital) et Damon Palermo (Magic Touch) forment désormais Mi Ami, ex-trio rock devenu duo électronique, auteur en mai dernier de Decades paru sur la division club de Not Not Fun, 100% Silk. Si l’esthétique délurée et les vocalises éparses de Daniel font le lien entre les premières productions du groupe – toutes (res)sorties via Thrill Jockey - et celles disco/house entamées par l’EP Dolphins, Mi Ami franchit avec Decades un pas supplémentaire dans sa mue électro-dance, conservant de sa radicalité punk un inénarrable penchant pour l’imagerie outrancière piochant abondamment dans le folklore coloré des années quatre-vingt-dix. Formé en 2006 par le susnommé Daniel – alors chanteur et guitariste du groupe – et Jacob Long à la basse, et ce sur les braises encore fumantes du quintette post-punk Black Eyes, Mi Ami s’enjoint dès l’année suivante les services de Damon à la batterie. La sainte trinité ainsi composée, celle-ci se met en branle et dilapide dès 2008 deux maxis, Ark Of The Covenant et African Rhythms, très vite suivis de deux longs formats, Watersports (2009) et Still Your Face (2010). Son brinquebalant et production ultra lo-fi, Mi Ami, en trois ans d’existence, n’a jamais vraiment été catalogué tel un vrai groupe, sinon au rayon side-project plus ou moins récréatif. Depuis Dolphins et le départ de Jacob la donne change, Decades ne faisant qu’enfoncer le clou. S’inspirant de leurs ébats solitaires respectifs avec Ital (Havre Minds, 2012) et Magic Touch (I Can Feel The Heat, 2011), et s’évertuant sur le même label que ces derniers (100% Silk), la formation s’arroge une place toute particulière au sein de la scène actuelle, dressant un pont lysergique entre émanation rock et transpiration dancefloor.

Rites Wild - Ways Of Being

Stacey Wilson vient d'Adelaide - en Australie - et confirme, s'il le fallait, la vitalité de la créativité musicale locale. D'un label confectionné de ses dix doigts - Faux Friends, aujourd'hui en sommeil - à plusieurs projets musicaux emmenés seule - Rites Wild, Regional Curse & Confort Zone - ou accompagnée - Terrible Truths (Mexican Summer) - celle qui eut la malchance de voir son tout premier show à Los Angeles annulé par une intervention policière musclée, n'a de cesse d'enquiller concerts et sessions d'enregistrement au point que ce fabuleux album qu'est Ways Of Being, paru en octobre dernier, ne constitue que l'esquisse de son entreprise Rites Wild : d'abord parce qu'il s'agit d'une collection de morceaux déjà parus sur des tirages ultra-limités via Faux Friends, ensuite parce qu'elle a déjà deux autres albums enregistrés sous ce patronyme dans l'escarcelle. À mi-chemin entre Tropic Of Cancer - pour la voix langoureuse et monotone - et Peaking Lights - pour les multiples bidouillages - on ne saurait gré NNF que de suivre son rythme à marche forcée, coûte que coûte.

L.A. Vampires with Maria Minerva - The Integration

Si le LP Integration est avant tout une collaboration entre L.A. Vampires, patronyme d'Amanda Brown - moitié de NNF et instigatrice de 100% Silk - et Maria Minerva - nouvelle égérie du label et frisson dance lo-fi venu de l'Est (à tort ou à raison) -, soit deux femmes aux idées lointaines et au caractère bien trempé, l'album porte à merveille son nom, tel le stigmate évident de sa conception, puisque ce sont sur des gimmicks house échantillonnées par Amanda à Los Angeles que Maria a posé sa voix dans un studio de Londres, avant que l'ensemble ne soit complété par les claviers et les rythmiques de Nick Crozier-Malkin. Comme si il leur avait été sommé de régurgiter la chanson pop idéale en brouillons discoïdes, les sisters-with-voices confectionnent par là même la bande-son idéale pour petits matins berlinois au sortir de nuits échevelées de clubbing - où les réverbs de synthés se télescopent à des mélodies pop concassées d'échos.

Golden Donna - S/T

Golden Donna est le projet psy-trance de Joel Shanahan, guitariste de Julian Lynch et récent auteur des cassettes All Alone et Pour Resnais sur Signal Dreams - son propre label - et de l'EP Gloaming Thirst sur All Hell. Originaire de Madison dans le Wisconsin, l'homme à l'imposante corpulence s'essaye avec brio aux divagations muettes et symphonies synthétiques, dilatant l’espace temps sur l'autel d'odes schultziennes carénées d'éparses soubassements rythmiques R&B envoyant CVLTS sur un improbable dancefloor halluciné. L'album éponyme paru en octobre 2012 sur NNF résulte d'un coup de cœur immédiat d'Amanda lors de la réception d'une de ses cassettes démos. Si l'on taira ce qu'elle avait ingéré ce jour-là, on comprend aisément l’enthousiasme ce celle-ci à l'écoute de l’aphrodisiaque Shifter.

Profilgate - Videotape

Si le projet Profilgate - paru via NNF en novembre 2012 et bénéficiant d'une mise en image avec Videotape par Robert Beatty, plus connu pour ses pochettes dHieroglyphic Being et de Peaking Lights - semble tomber du ciel, son auteur - Noah Anthony - beaucoup moins puisqu'il officie déjà en solitaire sous le nom d'emprunt de Night Burger et en duo sous celui de Social Junk. Soit deux entités à la discographie longue comme le bras, loin d'être méconnues de structure comme NNF, Night People ou Digitalis. Par le biais de Profilgate, le résident de Philie n'y va pas par quatre chemins pour jeter les bases d'une negative dance music, aussi lo-fi que transgressive, conviant Vatican Shadow à se pacser avec les doux rêveurs de la côte ouest, Ital en tête. Videotape, 12" réunissant quatre morceaux dont une version live du précité single, est assurément l'un des disques les plus entêtant que NNF ait sortie en 2012.

Samantha Glass - Mysteries From The Palomino Skyliner

Sous une patronymie à connotation plus que féminine, Samantha Glass – évoquant un croisement devant l’éternel de Samantha Fox et Phillp Glass – le ténébreux Beau Devereaux a sorti son premier LP, Mysteries From The Palomino Skyliner via NNF. Une invitation au voyage, entre gravitation et introspection, qu’il serait malencontreux de ne pas accepter tant les volutes synthétiques du grand escogriffe s’avèrent convaincantes. Introduisant la trilogie Return To The Sky (Pt. 2 & Pt. 3), la déjà parue (Celestial Night Skyse – NNF, 2011) et retravaillée Seasonal Seduction, laisse choir toute notion de temporalité, à mi-chemin entre odyssée schultzienne et l’Urban Gothic d’un Xander Harris voisin de label.

NNF en dix vidéos


Umberto l'interview (Not Not Fun)


La vague italo-spaghetti revient régulièrement sur le devant de la scène. Sous des oripeaux de plus ou moins bon goût, ils sont nombreux à dévouer leurs créations modernes synthétiques aux références 70's/80's du cinéma d'horreur. Umberto s'est détaché du lot avec son LP Prophecy of the Black Windowsorti sur Not Not Fun.

Faire le lien entre son parcours musical et l'influence des pionniers du genre nous semblait plus simple à partir de vidéos. C'est moins chiant qu'un blind test et ça a l'avantage de ne mettre personne dans l'embarras.

Cette chanson est cool. Je n'en avais jamais entendu parler avant, mais j'ai quelques albums de Mort Garson. J'oublie lesquels, mais j'aime encore plus cette chanson que celles que j’ai.

This song is cool.  I have never heard it before but I have a couple Mort Garson albums.  I forget which ones they are but I like this song better than them.

On a souvent qualifié ta musique d'horror music. Ça te correspond ? 
Tes pochettes d'albums sont dans cet esprit. As-tu des références cinématographiques à l'esprit lorsque tu construis les artworks de tes albums ?
We often identify your music as horror Music. Is this term right to you? Your covers are in this spirit. Do you have film references in mind when you do the artwork for your albums?

J'ai écrit de la musique dans cette veine-là. Cela ne veut pas dire que je ne voudrais pas écrire de la musique d'un autre genre, mais c'est ce que j'ai le plus fait jusqu'à présent. Oui, j’ai des références cinématographiques à l'esprit quand je planifie la pochette des albums. Habituellement, j'ai une scène en particulier ou une humeur à l'esprit quand je travaille avec les graphistes qui contribuent aux albums.

I have written some music in the horror music vein. That is not to say that I wouldn't write music in another genre, but it is what I've produced the most of so far. Yes, there are film references in mind when I'm planning out the album artwork. Usually I have a particular scene or mood in mind when I work with the graphic artists who contribute to the albums.

Ces bandes-sons des années 70 semblent moins froides, moins synthétiques que celles produites dans les décennies suivantes, le côté psychédélique semble plus présent. Ta musique donne l'impression d'être au milieu de ces deux esthétiques. Cet équilibre est important pour toi ?
These soundtrack albums of the 70s seem less cold, less synthetic than those produced in the subsequent years, the psychedelic side seems more present. Your music seems to be in the middle of these two aspects of music. Is this balance important to you?

Bien que le maintien d'un équilibre entre « naturel » et psychédélique ne soit pas exactement ce que je vise en matière de son, le matériel source pour la musique est ancré dans cette époque.

Although maintaining a balance between 'natural' and psychedelic isn't exactly what I'm aiming for in terms of sound, the source material for the music is definitely from this time period.

J'écoutais beaucoup ce genre de trucs quand j'étais plus jeune. C'est génial.

I used to listen to this stuff a lot when I was younger. It's great.

Le synthétiseur occupe une place importante dans tes albums. Tu pratiques depuis longtemps ?
The synthesizer occupies an important place in your albums. How long have you been playing?

Je joue du clavier, peu importe la forme, depuis que je suis gamin. J'ai d'abord pris des leçons de piano et tout s'est développé à partir de là.

I've been playing keyboards in one form or another since I was a kid. I originally took piano lessons and have expanded from there.

Le renouveau de la musique synthétique induit un intérêt croissant pour le matériel analogique.Utilises-tu ce type de matériel ?
The resurgence of synthetic music induces a growing interest in analog equipment. Do you use such material?

Je le faisais par le passé, mais actuellement je ne compose plus de musique sur du matériel analogique vintage. J'utilise des claviers midi, des laptops et des logiciels home studio. Ça ne discrédite pas l'influence ou l'importance du matériel analogique et des techniques d'enregistrement. Mais je n'ai pas vraiment beaucoup d'argent à investir dans ces équipements à l'heure actuelle et il est beaucoup plus facile de voyager et de jouer live en utilisant ma configuration simplifiée. J'ai simplement à me brancher sur une sono et je peux commencer. C'est tout simplement pour plus de commodité.

I have before but currently I'm not composing music on vintage analog equipment, though. I'm using midi keyboards, laptops and modern recording programs. However that is not to discredit the influence or importance of analog instruments and recording techniques. But I really don't have a lot of money to invest in such equipment right now and it's actually much easier to travel, set up and perform using my streamlined setup. I can simply plug into a PA at a venue and I'm ready to go. It's merely for convenience.

Avant de jouer tes premiers sets live, as-tu pensé à la configuration que tu utiliserais ?
Before playing your first live acts, have you questioned the configuration you would use?

Les premiers shows d'Umberto étaient tous différents. Parfois, il y avait un bassiste et un batteur. Lors des deux premiers shows il y avait entre douze à quinze personnes sur scène en train de jouer du synthé en étant déguisées. Il m'a fallu un certain temps pour comprendre comment faire vivre ce projet et le rendre divertissant. En ce moment, c'est juste moi et un batteur. J'aime que les visuels jouent leur effet et qu'il y ait de la fumée sur scène.

The first Umberto shows were all different.  Sometimes there would be a bass player and a drummer.  Two of the early shows had twelve to fifteen people on stage playing synths and people wearing costumes.  It took me awhile to figure out how to do this stuff live and make it entertaining.  Right now it's just me and a drummer.  I like to have visual stuff going on and a fog machine.

Je n'avais jamais écouté cette chanson auparavant mais ça sonne bien.

I haven't heard this before but it sounds good!

Gianni Rossi est l'un des artistes contemporains dont l'esthétique est proche de la tienne.
Gianni Rossi is one of contemporary artists whose sound aesthetics is similar to yours.

Oui, Gianni Rossi et moi partageons des sonorités similaires, bien qu'il fasse de la musique depuis bien plus longtemps que moi.

Yes, Gianni Rossi and I share similar elements, although he's been making music for much longer than I have.

As-tu déjà rencontré Steve Moore ?
Had you already met Steve Moore?

Je ne l'ai malheureusement jamais rencontré. J'ai rencontré Roger Moore.

I am familiar with Steve Moore, unfortunately I have yet to meet him.  I have met Roger Moore.

As-tu des artistes à recommander ?
Do you have artists to recommend?

Goodwillies, Peaking Lights, Breathing Flowers, Sounding the Deep, Brainworlds, Dylan Ettinger. Je viens de découvrir ce type appelé Senrick et c'est vraiment très bien.

Goodwillies, Peaking Lights, Breathing Flowers, Sounding the Deep, Brainworlds, Dylan Ettinger. I just found out about this guy from a long time ago called Senrick which is really really good.

Quelle est ta playlist du moment ?
What would be your playlist of recently released records?

Psychic Reality - Vibrant New Age
Breathing Flowers - Lumeria - Sirius -Draco
Forest Swords - Dagger Paths
Clams Casino - Instrumental Mixtape
Ces derniers temps, j'ai beaucoup écouté ce que mes amis produisent. J'ai surtout écouté des mixes. Beaucoup de rap et de dance.

Psychic Reality - Vibrant New Age
Breathing Flowers - Lumeria - Sirius -Draco
Forest Swords - Dagger Paths
Clams Casino - Instrumental Mixtape
I've pretty much just been listening to whatever my friends are doing or what they show me lately.  I mostly listen to mixes.  A lot of rap and dance stuff.

Cette chanson est mortelle, j'aime vraiment Rocky.

This song is great! I really like Rocky.

Parlons du Freeze! 7". La chanson Put an Apb on Those Bastards a un côté Bill Conti, très orchestré, mais qui reste en tête. Ça ressemble à une légère évolution de ton son ?
Talking about the Freeze! 7". The song Put an Apb on Those Bastards has a Bill Conti side, very orchestrated but which goes to the head. It sounds like a slight turn in your sound?

Freeze! a été conçu après un week-end à regarder des films policiers et boire des margaritas. Je voulais voir si je pouvais écrire des chansons qui pourraient convenir à ce genre. J'ai eu de bons retours de la part de mes amis, mais je n'avais pas nécessairement l'intention de diffuser quoi que ce soit au départ. Prophecy of the Black Widow commençait à avoir des retours presse, et j'ai eu une offre d'un label pour sortir quelque chose de nouveau, j'ai donc eu l'occasion de presser le 7’’. Je ne parlerais pas d'évolution de mon son. C'est quelque chose qui était amusant à faire et en terme d’ironie, c’est identique à ce que j’ai fait jusque là.
Freeze! was an idea that was conceived after a weekend of watching cop flicks and drinking margaritas. I wanted to see if I could write songs that would fit into this genre. The music was well received among my friends but I wasn't necessarily intending to release anything initially. Prophecy of the Black Widowstarted getting some press, however, and I had an offer to put out something else and I took the opportunity to press the 7''. I wouldn't call it a 'turn in sound'. It's something that was fun to put together and is as tongue-in-cheek as anything else I've made.

John Carpenter C'est le maître selon toi ? Tu te vois produire des titres plus dansants? Je pense en particulier à ce type de danse déviante produite sur 100% Silk.
Is he the master in your opinion?
 Do you see yourself producing more danceable titles? I am refering in particular to the kind of deviant dance which is currently released on the 100% Silklabel.

Bien sûr, John Carpenter est le maître. Il est le maître de mon âme ! Il a eu une influence sur beaucoup de musiques et de films depuis qu'il a commencé. Je me voyais suivre son chemin et produire des films en plus des B.O. Je vais probablement faire de la musique plus dansante. Je ne suis pas encore sûr.

Sure, John Carpenter is the master. He is the master of my soul! He had an influence on a lot of music and movies since he's started. I could see myself following in his path and producing movies in addition to the soundtracks at some point in time.  I'll probably make some more danceable music. I'm not really sure yet.

Umberto jouera live aux Siestes Electroniques le dimanche et à Paris la même semaine.