ADULT. - Detroit House Guests

L’électroclash, un vague souvenir dans le paysage musical qui n’aura guère laissé de marque intarissable. Né au début des années 2000, quelque part entre New York et Détroit, ce mouvement avait pour ambition de révolutionner l’électro à grand renfort de new-wave, synth-pop, punk et j’en passe. Un croisement étrange entre cuir et paillette, libéralisme culturel et iconographie du troisième sexe, l’électroclash deviendra d’ailleurs rapidement LA bande son des soirées LGBT.  Mais apparaissant rapidement comme un fourre-tout étriqué pour moults revival eighties en devenir, le style musical se désagrège peu à peu, entraînant avec lui certains de ses principaux fers de lance - quelqu’un a des nouvelles de Felix Da Housecat ou de Fischerspooner ? Et pourtant, s’il y a bien un groupe qui aura su tirer son épingle du jeu durant cette période pas vraiment mémorable de la musique électronique, c’est le duo ADULT. composé de Nicola Kuperus et d’Adam Lee Miller. Hors-norme, hors-cadre, hors-champs, ADULT., depuis le premier album Nausea, n’a jamais vraiment aspiré à entrer dans une case, se renouvelant à chaque essai depuis vingt ans maintenant. La preuve encore avec Detroit House Guests, dernier LP composé uniquement de collaborations et qui fout un sacré pied de nez à ceux qui les pensaient rangés de toutes exubérances.

Il faut dire que The Way Things Fall était peut-être jusqu’ici le disque le plus symbolique du combo, à la fois tendu et péchu mais aussi ouvert à des mélodies parfois plus sages, non moins sournoises, combinant ce que le duo avait fait de mieux jusqu’à présent tout en s’offrant le luxe de plaire à un plus large auditoire. Mais voilà, avec Detroit House Guests, les cartes sont redistribuées et le passé balayé sans être oublié. D’ailleurs, il est plutôt question ici de mettre un sacré coup dans le rétroviseur, tant sur le plan musical qu’à la citation de certains de leurs invités (Douglas McCarthy, Michael Gira). Avec Detroit House Guests, nos deux adeptes de l’électro-punk ont décidé de sortir de leur zone de confort, habitués à composer en couple dans leur studio, ils ont cette fois-ci loué un espace de 4000 m2 dans lequel ils se sont immergés jours et nuits avec leurs "invités" afin de rendre cet album le plus unique possible. Une démarche qui, ma foi, leur aura donné raison, puisqu’une fois de plus la musique d’ADULT. fait mouche et sort l’auditeur des sentiers battus.

À ce titre, les morceaux They’re Just Words (feat. Douglas McCarthy) et We Chase The Sound (feat. Shannon Funchess) sont les plus attendus. Calibrées EBM, les deux tracks s’inscrivent parfaitement dans ce qu’a pu nous offrir l’ADULT. des débuts même si l’on restera plus scotchés par We Are A Mirror, toujours accompagné par McCarthy, pépite synthwave mid-tempo aux accents industriels qui a vite fait de nous vriller la caboche. Et que dire de cette balade électro-tribale, As You Dream, où Micheal Gira nous envoûte littéralement de sa voix caverneuse, ou du claudiquant et mystique Enter The Fray auquel la talentueuse Dorit Chrysler insuffle une bonne dose de malice. Bref, encore une fois, rien à jeter dans ce nouvel opus d’ADULT. qui se dévoile toujours un peu plus au fil des écoutes et qui, comme à l’habitude du groupe, réjouit autant nos esgourdes que nos guiboles. On serait bien tentés de demander leur recette pour qu’à chaque rendez-vous la magie opère. Mais une fois le secret révélé, cela ne perdrait-il pas un peu de son charme ?

Vidéo

Tracklist

ADULT. - Detroit House Guests (Mute, 17 mars 2017)

01. P rts M ss ng feat. Robert Aiki Aubrey Lowe
02. Breathe On feat. Michael Gira
03. Into The Drum feat. Lun*na Menoh
04. We Are A Mirror feat. Douglas J McCarthy
05. Enter The Fray feat. Dorit Chrysler
06. Uncomfortable Positions feat. Lun*na Menoh
07. We Chase The Sound feat. Shannon Funchess
08. They're Just Words feat. Douglas J McCarthy
09. Inexhaustible feat. Dorit Chrysler
10. Stop (And Start Again) feat. Shannon Funchess
11. This Situation feat. Robert Aiki Aubrey Lowe
12. As You Dream feat. Michael Gira


Arca - Mutant

On connaît Arca comme producteur, on le connait aussi comme compositeur. Mutant est son deuxième album, il sort chez Mute, est c’est encore une fois un moment de bravoure, et une réussite assez fascinante. Difficile de qualifier le style d’Arca et pourtant, il est sans doute aujourd’hui un des producteurs les plus influents de la scène électronique. Tantôt en tournée avec Björk, tantôt arrangeur sur ses morceaux ou sur ceux de Kelela, Arca a su en quelques années créer une « pâte » très singulière dans la manière d’envisager la musique aujourd’hui. À ce titre on envisagera pâte, comme une façon de travailler une matière sonore. Il fait aussi partie de cette génération qui ne hiérarchise pas ses influences entre musique expérimentale, techno, dubstep, reggaeton, kuduro, et autres satellites de cette génération Soundcloud.

Mutant est son deuxième album, et il se compose comme Xen, son précédent album, d’une vingtaine de morceaux. On retrouve assez rapidement sa « pâte », des contre-temps, des stridences, des bruits au sens le plus noise du terme, des mélodies presque pop, des voix bouclées et samplées, un certain sens de la matière et de la vitesse. Chez Arca, quand on dit « pâte », il faut l’envisager également de manière très concrète, il y a quelque chose de l’élasticité, de la torsion, du mouvement, du rythme, quelque chose d’une matière qu’on travaille, quelque chose aussi d’une durée très particulière: dans un même morceau, on peut atteindre différentes vitesses, différentes manières d’envisager le rythme. Le tout donne un tas de son très concrets, une masse très dense et très profonde. Il y a un véritable travail de texture, des couches superposées, des nappes qui se croisent, des sons qui se bouclent, des accélérations et des décélérations.

Assurément loin des codes dancefloor, Mutant comme une bonne partie des productions d’Arca doit s’écouter comme un énorme patchwork, comme une pièce au sens plastique du terme. Une sorte de généalogie et d’assemblage d’émotions, d’états du corps et de l’amygdale. Ça a aussi peut-être quelque chose à voire avec la couture, ou la broderie, avec l’assemblage et le montage en tout cas… Non pas en termes de précision, ça, ça n’est pas à démontrer, mais en termes généraux. C’est un album comme une tapisserie en patchwork, quelque chose de cousu à la main, avec ses aspérités, et ses à-côtés. Peut-être qu’Arca c’est une nouvelle façon d’imaginer la tapisserie de Bayeux… Une tapisserie émotive, à l’heure où le capitalisme est en terreur devant les émotions. Pas vraiment une tapisserie post-moderne donc, mais au contraire une tapisserie qui dépeint un ensemble d’émotions et d’intensités comme ce lieu d’inquiétude du système dominant de l’époque. En tout cas, on connait le goût d’Arca pour les projets trans-medium, on avait pu le voir autour du projet Trauma réalisé avec Jesse Kanda (qui réalise aussi ses clips et la pochette de Mutant) et diffusé au MoMA PS1 (sic!). Mutant est une forme plastique. Tant dans la manière d’appréhender et de produire les matières sonores, que dans la manière de narrer, ou de mettre en scène une idée.

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Xen, l’album précédent avait un très grand caractère introspectif, quelque chose d’une intimité et d’une identité qu’il fallait affirmer, expérimenter et performer dans sa radicalité. Mutant s’attache davantage peut-être à ce que le titre nous promet. C’est une permanente torsion des sons, des rythmiques, des samples, des mélodies, comme autant de manières de produire une sorte d’extraversion de sa musique. Quelque chose de complètement décomplexé qui n’hésite pas à mélanger des dizaines d’instruments ensemble. Parfois très classiques, piano voire des trucs qui ressemblent à du clavecin ou de l’épinette, parfois au contraire très technologiques, avec tout ce que les samplers peuvent apporter à la production électronique. Il y a une manière de « performer son genre », de performer en tout cas une appréhension de la musique. Une appréhension tant plastique que mélodique. Produire et performer des mélodies mutantes, des mélodies « n genre ». C’est un sentiment de musique intempestive qui domine, extravertie et intempestive. Non pas qu’elle soit légère, mais plutôt au contraire, que son épaisseur décomplexée apporte une réception très immédiate aux différentes textures et à leurs mutations permanentes. C’est un travail de texture au sens le plus architectural et au sens le plus émotionnel du terme. Mutantest un album complexe, qui ne se laisse pas appréhender par une écoute distraite, pourtant il fonctionne aussi sur ce mode là. C’est un album où tout déborde, où tout creuse les marges et les détails.

Ce qui est certain, c’est qu’Arca donne une plasticité et une épaisseur très radicale à sa musique, on est presque dans une matérialisation musicale de certaines théories de la poésie de la fin des années 90. Mutant n’est pas une « patmot » mais plutôt une « patson ».  « Patmo », chez Christophe Tarkos c’est l’idée d’une pâte produite par l’ensemble des sons et des mots qui travaillent à l’intérieur de sa bouche. Une matière très concrète de la langue dans son organe émetteur. Une pâte donc que l’on travaille et qu’à la manière d’un boulanger, ou d’un sculpteur, on étire, on met en mouvement, on mouille. Quelque chose proche du travail de plasticien tout en ne s’éloignant pas de celui de compositeur.

Finalement, Mutant est sans doute un des albums les plus radicaux sortis ces dernières années. Radical parce qu’épais, radical parce que dans une densité très profonde, et radical parce que de facto extrêmement politique. C’est vraiment une sorte « d’évènement » comme seuls peut-être quelques producteurs savent en offrir dans une décennie.

Vidéo

Tracklist

Arca - Mutant (Mute, 20 novembre 2015)

01. Alive
02. Mutant
03. Vanity
04. Sinner
05. Anger
06. Sever
07. Beacon
08. Snakes
09. Else
10. Umbilical
11. Hymn
12. Front Load
13. Gratitud
14. En
15. Siren Interlude
16. Extent
17. Enveloped
18. Faggot
19. Soichiro
10. Peonies


Liars - Mess On A Mission (Silent Servant Remix)

LiarsLes trois Liars ont surpris leur monde en balançant l'info comme on saute à pieds joints dans une flaque d'eau : après le très synthétique WIXIW (lire) paru en 2012, et dans le prolongement de leur incontrôlable discographie (lire), le groupe, emmené par Angus Andrew, dégainera le 24 mars prochain un nouvel album, Mess, toujours sur le label de Daniel Miller, Mute Records. Derechef, le single Mess On A Mission, révélé fin janvier, envoyait paître toute sérieuse prédiction quant au contenu de l'album - ce dernier ayant quand même quelques airs de Plaster Casts Of Everything, la paranoïa en moins. Devançant l'album d'une dizaine de jours, le maxi Mess On A Mission sortira lui le 17 mars et sera composé de moult relectures dont celles de Silent Servant, SFV Acid de 100% Silk, Jennifer Herrema de Royal Trux sous le patronyme de Black Bananas et des Australiens de Nest Of Teens. Afin de mettre tout le monde d'accord, s'agissant de l'intérêt de l'objet à la pochette gentiment bariolée, le premier d'entre eux a été révélé pas plus tard qu'hier. Et forcément, l'hyperactif Juan Mendez n'y va pas par quatre chemins pour sustenter la décharge d'adrénaline originelle.

Audio

Tracklisting

Liars - Mess (Mute, 24 mars 2014)

01. Mask Maker
02. Vox Tuned D.E.D.
03. I’m No Gold
04. Pro Anti Anti
05. Can’t Hear Well
06. Mess On A Mission
07. Darkslide
08. Boyzone
09. Dress Walker
10. Perpetual Village
11. Left Speaker Blown


Cabaret Voltaire - #8385 Collected Works

Fort connu pour être l’un des groupes fondateurs du mouvement industriel aux côtés de Throbbing Gristle ou encore SPK, le trio originaire de Sheffield, berceau métallurgique anglais, est devenu au fil des ans un incontournable de ce courant musical politiquement incorrect, puisant son inspiration dans de nombreux ouvrages littéraires d’anticipation (notamment Ballard, William Burroughs et plus tard William Gibson), précipitant la civilisation moderne dans une chute inéluctable mais également un climat social mondial désastreux, les conflits liés à la Guerre Froide et les résultantes des bombardement durant la Seconde Guerre Mondiale. Le groupe, dont le patronyme est largement influencé par le mouvement dadaïste mais également un hommage au célèbre café-cabaret zurichois, doit sa reconnaissance à des performances acoustiques d’une rare violence en association à une désinvolture scénique parfois choquante qui lui vaudra d’être immédiatement signé sur le label Industrial Records fondé alors par Genesis P-Orridge et Peter Christopherson. Réduits à la forme de duo au début des années 80, ces expérimentateurs de génie et artistes touche-à-tout révolutionnent une fois de plus la musique grâce à quatre albums pondus successivement entre 83 et 85. Plus que des recueils de morceaux à la fois géniaux et sans concessions, The Crackdown, Micro-Phonies, Drinking Gasoline et The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord posent les pierres fondatrices de ce que l’on appellera plus tard l’EBM, la new wave et la techno. Avec ces quatre masterpieces compilées dans un somptueux coffret complété d’inédits et de vidéos indisponibles à ce jour, cette réédition réalisée sous la houlette du label Mute, qui a récupéré le catalogue du groupe, se révèle être à la fois un objet de convoitise pour tout fan de Cabaret Voltaire mais aussi l'une des clés de la compréhension de l’ascension de ce groupe sur lequel n’a jamais cessé de planer un voile de mystère. Une initiative plus que bienvenue qui devrait faire des heureux… Enfin une poignée car l’objet édité en série limitée est voué à devenir collector.

CABARET-VOLTAIRE

Élevé au rang d’institution par les aficionados, étrange laboratoire des curiosités pour le profane, vous l’aurez rapidement compris, la musique de Cabaret Voltaire laisse difficilement indifférent. Et alors que Red Mecca et Hai!, parus l’année précédente, laissaient l’auditeur la chaise entre deux culs, The Crackdown marque un virage radical à 180° consacré par la suite par l’imparable Micro-Phonies. Les Anglais délaissent peu à peu l’improvisation empruntée au free-jazz pour se consacrer à des mélodies plus élaborées mais toujours empreintes de l’expérimentation la plus folle. On retrouve alors avec un bonheur absolu ces comptines DIY dont le son marque l'apogée de ces vieux synthés Casio et l’utilisation approximative de sampleurs analogiques, donnant le sentiment extrême d’être face à un enregistrement live. Une touche d’authenticité qui transformera rapidement des titres comme Talking Time, Over and Over ou encore In Just Fascination en perles électroniques avant-gardistes et façonnera directement le style d’artistes comme Depeche mode, Fad Gadget mais aussi Soft Cell. Et que dire de Micro-Phonies, dont Ministry extraira le barré Slammer pour modeler son premier succès, Over the Shoulder ? Poussés par le boss de leur label, Some Bizzare, à s’orienter dans un domaine plus électro, Cabaret Voltaire enfonce le clou avec des morceaux comme Do Right, Spies in the Wire, Sensoria, The Operative… Le duo combine avec habileté post-punk crasseux et électro minimale hantée tout en continuant de véhiculer des messages politiques hargneux et à rejeter une société impie qui s'entre-dévore. Un exploit en partie dû au travail d’un certain Flood qui donnera plus tard ses lettres de noblesse à l’EBM dont nous vivons ici les balbutiements, en mixant notamment les premiers albums de Nitzer Ebb. Et si on passera plus rapidement sur Drinking Gasoline, marqué néanmoins par le single Sleepwalking, l'EP marque la nouvelle transition du band de Sheffield, s’orientant dans un domaine qui sied parfaitement à Section 25 ou 23 Skidoo avec lequel le duo partage une affinité : la musique noire. Avec The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord, Richard H. Kirk et Stephen Mallinder subliment ce qu’ils appellent le future-funk, et ce dès l’ouverture de l’album, L21ST marquant les esprits de son slap synthétique improbable et de son groove froid comme la mort.

À ces quatre ogives viennent s’ajouter deux CD dont le premier fait office de best-of de cette période charnière, autour d’une compilation de quelques-uns des meilleurs tracks de ces quatre albums au format single et dont le second prolonge l’expérience autour de faces B méconnues mais pourtant délicieuses paru sur les maxis. Et enfin, pour clôturer, Mute se fend de la réédition DVD dans une version remasterisé de Gasoline in Your Eyes, recueil des meilleurs clips de Cabaret Voltaire où Richard H. Kirk fait montre de ses talents de réalisateur de génie mais également de sa maitrise du cut-up, et aussi, dans un second disque, deux prestations live enregistrées en 1984, restituant parfaitement la grandiloquence et démesure scénique d’un groupe que nous ne sommes malheureusement pas près de revoir sur les planches. Alors que l’on soit adulateur, sceptique, curieux ou bien mélomane, il n’y a aucune mauvaise raison pour que ce coffret ne figure pas sous son sapin, peut-être tout simplement parce que non content d’avoir à jamais changé le visage de la musique, Cabaret Voltaire a su bousculer les codes à une période où l’on pensait avoir tout inventé. En un mot : indispensable !

Audio

Vidéo

Tracklist

CD1: Micro-Phonies
1. Do Right
2. The Operative
3. Digital Rasta
4. Spies In The Wires
5. Theme From Earthshaker
6. James Brown
7. Slammer
8. Blue Heat
9. Sensoria

CD2: Drinking Gasoline
1. Kino
2. Sleepwalking
3. Big Funk
4. Ghost Talk

CD3: The Crackdown + EP
1. 24-24
2. In The Shadows
3. Talking Time
4. Animation
5. Over And Over
6. Just Fascination
7. Why Kill Time (When You Can Kill Yourself)
8. Haiti
9. Crackdown
9. Diskono
10. Theme From Doublevision
11. Moscow
12. Badge Of Evil

CD4: The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord
1. L21ST
2. I Want You
3. Hells Home
4. Kickback
5. The Arm Of The Lord
6. Warm
7. Golden Halos
8. Motion Rotation
9. Whip Blow
10. The Web

CD5: Cabaret Voltaire 83-85 12" As and Bs
1. Just Fascination (12" Version)
2. Crackdown (12")
3. The Dream Ticket (12" Version)
4. Sensoria (12" Version)
5. James Brown (12" Version)
6. I Want You (12" Version)
7. Safety Zone (12" Version)
8. Cut The Damn Camera (12" Version)
9. Bad Self Pt.1 (12" Version)
10. Drink Your Poison (12" Version)
11. COMA (12" Version)

CD6: Earthshaker
1. Earthshaker 5
2. Earthshaker 1
3. Theme From Earthshaker (Sheffield Mix)
4. Digital Rasta (Dub Version)
5. Earthshaker 3
6. Whip Blow (Instrumental Dub)
7. James Brown (Instrumental)
8. Golden Halos (Instrumental Dub)
9. Earthshaker 2
10. Cut The Damn Camera (Sheffield Mix)
11. Do Right (Cut Up Mix)
12. Earthshaker 4

DVD1: Bedford Boys Club 18.08.84
1. Intro
2. Crackdown
3. Sensoria
4. Just Fascination
5. Safety Zone
6. Ghost Talk
7. Digital Rasta
8. Kino
9. Do right

Hammersmith Palais 02.12.84
1. Mao Intro
2. Animation
3. Big Funk
4. Sensoria
5. Digital Rasta
6. Japno
7. Ghost Talk
8. Sleepwalking
9. Kino
10. Do Right

DVD2: Gasoline In Your Eye
1. Introduction
2. Crackdown
3. Diffusion
4. Sleepwalking
5. Slow Boat To Thassos
6. Sensoria
7. Automotivation
8. Big Funk
9. Kino
10. Ghostalk
11. Fadeout

DVD Extras
Just Fascination 7” Mix
Sensoria 7” Mix
I Want You 7” Mix
I Want You 12” Mix


Devendra vs Liars

devendra-liarsBonjour c'est Rigobert. Vous savez ici les Liars c'est un peu toutes les semaines qu'on vous en parle et heureusement pour vous je ne vais pas échapper à la règle aujourd'hui. En effet comment ne pas se faire l'écho de la belle initiative du label Mute qui, pour seulement quelques piécettes de plus, change l'album Sisteworld en objet Deluxe. Aussi accompagnant le dit album on trouvera gravés sur une galette bonus, les mêmes titres que l'orignal mais oh surprise réinterprètés ou remixés par Thom Yorke, Bradford Cox, Melvins, Alan Vega, Tunde Adebimpe... s'il vous plaît. On ne gâchera donc pas notre plaisir en offrant à vos chers tympans la reprise de The Overachievers par Devendra Banhart accompagné de The Grogs Redo.

Audio

Liars - The Overachievers (Devandra Banhart & The Grogs Redo)


Liars - une discographie sélective

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On ne peut réprouver son instinct très longtemps... et il n'y a pas de groupes plus instinctifs que Liars. Les Liars ne mentent donc jamais, paradoxalement. Ne suivant pas les modes, et encore moins celles qu'ils lancent, ils ne sont jamais là où on les attend. C'est avec un naturel déconcertant pour l'armée de critiques prête à leur tomber sur le râble qu'Angus Andrew (guitare, chant), Julian Gross (batterie) et Aaron Hemphill (claviers, guitare et percussions) défendent leurs plaidoyers expérimentaux. Et il y a matière à flipper tant l'orientation précédente se transforme en voie sans issue et quand l'impasse d'hier tend à devenir un nouvel Everest. Tout est alors une question de choix, rapides et sans concession. Si Angus Andrew admet se sentir concerné par la manière dont leurs disques sont perçus, il récuse l'idée d'être influencé par cette réaction: comme toujours le meilleur art vient de l’instinct. En clair, qui m'aime me suive. Indiscutablement, nombreux sont ceux encore collés à leurs basques et ce malgré les déluges de décibels. Les Liars ont traversé la décennie écoulée d'avant garde en avant garde, sans jamais se départir d'un passé cousu d'indélébiles références. À l'occasion de la sortie de Sisterworld, chroniqué par ailleurs dans ces pages, Hartzine propose un éclairage non exhaustif sur leur discographie complexe et tortueuse.

liars-band-2Les Liars sortent en octobre 2001, dans la confusion d'un New York meurtri à jamais par le terrorisme de masse, They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top. L'année précédente, Angus Andrew, australien d'origine, et Aaron Hempill, deux étudiants en art et 22 printemps chacun, sillonnent de part en part les Etats-Unis, quittant Los Angeles pour venir s'installer à New-York. Avec la ferme intention de monter un groupe, ils répondent en suivant à une petite annonce adroitement scotchée sur la caisse enregistreuse de l'un des nombreux disquaires que compte Brooklyn. Celle-ci mentionne les numéros de Pat Noecker et de Ron Albertson, futurs bassiste et batteur du groupe. C'est ainsi que nait Liars. Comme tout est possible, et très vite, à New-York, Steve Revitte, responsable, entre autres, de l'imparable Hello Nasty des Beastie Boys, accepte de produire They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top qui sort dans un premier temps sur le label indépendant Gern Blandsten (Ted Leo and the Pharmacists), avant de se retrouver réédité début 2002, via Blast First, sur le label anglais Mute records. Subdivision indie-rock de Mute records, Blast First accueille depuis 1985, sous la férule de son fondateur inspiré Paul Smith, la fine fleur de l'underground américain (Butthole Surfers, Labradford, Dinosaur Jr) mais aussi et surtout new-yorkais, de Sonic Youth (Bad Moon Rising, Evol, Sister, Daydream Nation, Ciccone Youth...) à Suicide. Suite à un concert démentiel dans un bouge de New York, Paul Smith ne s'en remet pas. Une entrevue plus tard, pour lui l'affaire est entendue, "Liars a une honnêteté et une motivation que je n’avais pas vues depuis bien longtemps. En fait, je n’avais pas revu ça depuis les premières années de Blast First". Le disque, enregistré en deux jours, sort et obtient d'emblée un succès auprès de critiques s'empressant d'assimiler le groupe à l'énième vague de nouveaux talents venus de big apple, Strokes, Interpol et Yeah Yeah Yeahs en tête. Pourtant, loin de chercher à revigorer la formule éculée d'une Old Wave en plein Revival, comme la bande de Julian Casablancas, tout en cheveux et blousons en cuir; s'évertue approximativement à faire, les quatre Liars n'appliquent dans They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top qu'une intime conception d'un rock violent et sombre, savamment trituré d'électroniques, et empruntant tant à l'Angleterre post-punk, du Pink Flag (1977) de Wire à l'Entertainment (1979) de Gang of Four, qu'à l'Amérique post-hardcore de Fugazi. D'emblée, sur Grown Men Don't Fall in The River, Just Like That, Angus provoque l'auditeur : "Can you hear us ?" interroge-t-il avec insistance, au moment même où la batterie ouvre sèchement les hostilités. Les morceaux courts réactivent l'instantanéité punk, quand le groove dégagé par les rythmiques ne sied que trop parfaitement aux saillies d'électricité blanche des guitares ciselées. L'ombre de John Lydon (P.I.L) rode, sa Death Disco hantant chacune des plages du disque, quand celle d'ESG s'immisce, elle, directement dans le disque, UFO étant samplé et repris dans le morceau Tumbling Walls Buried Me In The Debris with ESG. Le chant d'Angus Andrew, distordu, égraine un phrasé vindicatif et accrocheur tout au long des sept premières chansons, anguleuses et coupantes, à l'intensité rare et culminant sur Mr Your On Fire Mr et We Live NE of Compton. Angus Andrew se mue alors en véritable Damo Suzuki du vingt-et-unième siècle sur This Dust Makes That Mud, morceau conclusif de près de trente minutes, psalmodiant et vitupérant son chant, proche de la rupture, dans un fatras de larsens et de distorsions, tout en le laissant se faire progressivement happer par une boucle cyclique et obsédante répétant jusqu'à l'étourdissement son propre sample. Le sang krautrock, de Can et de Neu!, coule bel et bien dans les veines du groupe. L'album reste néanmoins considéré comme un véritable manifeste Punk-Dance. Les concerts qui s'en suivent, chaotiques et imprévisibles, ne font que parachever la catégorisation. Un journaliste du NME écrit, suite à un concert donné à Londres en juin 2002 dans le cadre du festival Sonik Mook, "vers la fin du set, on est davantage du côté d’Aphex Twin que de Lee Ranaldo. Les meilleurs singes bruyants de krunk en tricot que vous verrez de tout le siècle." Il fallait le dire.

L'année 2002 est celle d'un premier contre-pied. Celui-ci se matérialise par deux EP sortis coup sur coup. L'un We No Longer Knew Who We Were, enregistré en tant que démo en 2000, conforte l'ampleur disco-punk du son des Liars, qui, en sept minutes, dépouillées de toute sinuosité expérimentale, assènent trois morceaux acérés et remuants. Les stylos de scribouilleurs rock sont chauffés à blanc, d'autant que les Liars entrent à nouveau en studio. L'autre, Fins To Make Us More Fish-like, en trois titres également, insinue l'expérimentation noise et la déconstruction des rythmiques (Every Day Is A Child With Teeth). Le chant d'Angus, outragé et inquiétant, stipule clairement la suite : les Liars n'emprunteront pas la voie la plus simple, la plus commerciale. Et une fois de plus, il ne mentait pas.

5_liarsÉchaudés par la personnalité et la direction expérimentale que veut emprunter Angus, direction que le split EP Atheists, Reconsider, paru en 2002 en collaboration avec Oneida, confirme un peu plus, Pat Noecker et Ron Albertson quittent le groupe. Ils s'associent  à Christian Dautresme pour former No Things. Sans état d'âme, Angus sentence : "Aaron et moi avons toujours été les songwritters, écrivant les rythmiques et les lignes de basse. (...) On n'a plus envie, désormais, que notre travail soit réinterprété par quelqu'un d'autre". Ambiance.  Julian Gross, ami de longue date des deux compères et s'occupant du merchandising du groupe lors des concerts, les rejoint à New York où le trio débute l'enregistrement du second album sous la direction de David Siteck, producteur émérite et membre de TV On The Radio. Ennuyé par l'atmosphère ronflante et clinquante d'un New York bohème, le groupe termine They Were Wrong, So We Drowned dans la propre maison d'Angus, située dans un coin paumé, en plein cœur de la forêt du New Jersey. "L’une des raisons qui nous a poussés à partir, a été ce qu’est devenu New York. Nous y habitions, et l’idée de scène, cette obligation d’être cool nous a rendus complètement claustrophobes." Il n'est pas difficile de croire sur parole Angus tant They Were Wrong, So We Drowned, sorti finalement en 2004, dégage une ambiance malsaine et oppressante que la pochette, par son artwork inquiétant, scénarise à merveille (le livret qui accompagne le disque est composé de dessins représentant bouc, chèvres, cadavres...). "Nous faisons de longues balades de nuit dans la forêt [afin] de s'effrayer le plus possible, juste pour essayer de se mettre dans un bon état d'esprit." Et c'est plutôt réussi : l'évocation de la sorcellerie, du folklore allemand, des procès du XVIème siècle et de la "tortures des innocents, que l'on retrouve noyés, pendus et brûlés" s'entiche d'un fond musical dense et débarrassé de toute volonté mélodique. Du post-punk british, on sent bien dès Broken Witch, morceau d'ouverture glacial, au chant monocorde et à l'écriture automatique insidieuse (I no longer wanna be a man / I want to be a horse / Men have small thoughts / I need a tail / Give me a tail / Tell me a tale...), qu'il n'en reste plus grand chose, quelques lambeaux ici et là (There's Always Room On The Broom). La piste de danse est fermée, le battant des portes du manoir Liars claquent et terrorisent l'adepte de la première heure. La No Wave new-yorkaise, de Mars à D.N.A, en passant par les premiers efforts de Sonic Youth (notamment Bad Moon Rising ou Evol), résonne dans l'acidité rêche et métallique d'une production corrosive. De l'aveu de Mute Records, le suicide commercial pointe à l'horizon, mais la boîte à Pandore est ouverte. Il est trop tard, et déjà, le bon vent de la critique reflue. À tort, car They Were Wrong, So We Drowned est un concentré possédé de light-métal, le trio déambulant sur les plates-bandes indus des berlinois d'Einstürzende Neubauten. Read the Book That Wrot Itself et We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own en sont les plus beaux exemples, même si c'est pour la pochette (voir) du single There's Always Room On The Broom, paru quelques mois avant le disque, que le groupe détourne le logo d'Einstürzende Neubauten, allant jusqu'à demander à Blixa Bargeld lui même d'en assurer les illustrations. La vidéo de There's Always Room On The Broom est assurée, sous le pseudo de Marshmellow, par Karen O, chanteuse-guitariste des Yeahs Yeahs Yeah's, avec qui l'esthète Angus fricote depuis quelques temps (en plus de collaborer musicalement sur split EP, The Year Of The Endless Summer, sorti en 2003, uniquement au Japon et en Australie). They Were Wrong, So We Drowned est une véritable expérience sensorielle, où l'angoisse répond d'effroi à l'épouvante, et se termine, telle une mauvaise blague qui dérape, sur l'organique et potache Flow My Tears The Spider Said.

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En 2004, alors retourné à Los Angeles, et ayant déjà débuté l'enregistrement du successeur de They Were Wrong, So We Drowned, le groupe décide de partir s'installer à Berlin. "Berlin était parfait pour l'aliénation, la solitude. Le fait d’être perdus à Berlin a pour nous été un sentiment très productif." Énième changement de cap géographique, énième changement de cap créatif, l'un n'allant pas sans l'autre. Drum's not Dead, enregistré dans la foulée de leur arrivée à Berlin, et mixé à Londres, dégage un sentiment d'apaisement bien que toujours contre-balancé par une volonté expérimentale intacte, lorgnant instinctivement du côté des soubassements rythmiques d'un Krautrock des plus inspirés. Une sorte de schizophrénie assumée : "l'Allemagne a eu un passé mouvementé et on ressent toujours l'influence de l'Est dans Berlin. On s'est servi de ces thèmes pour construire le côté schizo et dérangeant de nos chansons. L'idée de changement, de perte de repères et de reconstruction nous a vraiment inspiré." Le disque est prêt à sortir mais Mute préfère temporiser. Deux singles, extraits de Drum's not Dead, précéderont la parution dudit album, présentant tout deux une sensibilité espiègle jusque là inconnue dans la musique crasse du trio. Dès ses premières notes, It Fit When I Was A Kid, qui parait courant 2005, semble prolonger l'ambiance glauque de They Were Wrong, So We Drowned. La batterie aux cliquetis métalliques roule machinalement quand le chant monocorde d'Angus s'empare de l'espace sonore sur de discrets et volubiles arrangements. Cette impression première se délite progressivement et lorsque le silence se propage à l'exacte moitié du morceau, on pressent le déluge sonore. Il n'en est rien, de fines nappes de clavier magnifient laconiquement la voix de l'australien, laissant le rythme s'effiler et s'exténuer paisiblement dans une brume ouatée et synthétique. Trois vidéos réalisées par chacun des membres, et présentant de grandes différences dans le traitement de l'image et la mise en scène, accompagnent ce single, annonçant là une lubie qui ne quittera plus le groupe. Quelques jours avant la sortie de l'album, The Other Side of Mt. Heart Attack sort, et malgré son titre téméraire, il s'agit en fait d'une balade légère et délicate s'enroulant autour d'un arpège de guitare électro-acoustique. De quoi inoculer un peu plus la confusion et l'impatience sur la teneur de Drum's Not Dead. Les Liars se sont-ils enfin assagis ? Se préparent-ils, de la lointaine Europe, à mitrailler la bande FM étasunienne de leur illustre talent, laissant de côté leurs penchants morbides ? Certes, il y a un peu de vrai, le disque est moins claustrophobe, plus aéré. Il présente même un concept ludique, plus justificateur que fondateur, construit autour de deux personnages fictifs antinomiques, Drum et Mount Heart Attack (d'où le titre des morceaux), l’un déterminé et autoritaire, l’autre timide et mesuré, censés représenter les deux pôles de la création musicale : "disons que Drum est la force du disque, celle qui décrit son aspect positif, qui va de l'avant sans réfléchir. Et son négatif est Mount Heart Attack, plus réservé et craintif. En fait c'est un échange entre Aaron et moi. On alterne les phases et les rôles. Chacun de nous peut se sentir proche d'un des deux personnages." Dualisme pouvant prendre corps dans l'antonymie entre racines punk du groupe et visées expérimentales motorik (la base rythmique propre à Neu!), mais qui n'exprime qu'imparfaitement le parti pris musical du disque : les morceaux, conçus comme une suite logique, n'ambitionnent pas la mélodie mais le voyage intérieur, le glissement d'ambiances distordus et faussement calmes (Be Quiet Mt. Heart Attack!, Hold You, Drum) vers une tension palpable mais retenue et dont la rythmique se fait le plus puissant écho (Let's Not Wrestle Mt. Heart Attack, A Visit From Drum). Le disque est dépouillé d'électronique, quand les saturations gagnent en âpreté ce qu'elle perdent en omnipotence (Drum And The Uncomfortable Can). Le chant d'Angus traverse le disque de part en part sans jamais éructer, épousant de ses circonvolutions vocales l'atmosphère aride de Drum's Not Dead (excepté The Other Side of Mt. Heart Attack). Le disque est accompagné d'un DVD proposant trois clips pour chacun des morceaux réalisés par Angus, Julian et Marcus Awmbsganss. Cette volonté de création visuelle semble s'inscrire dans le code génétique de Liars, Angus expliquant avoir "rencontré plusieurs personnes dont Aaron et Julian [lui ayant] permis d'envisager Liars comme un vecteur multimedia, les trente-six vidéos n'étant pas là pour faire beau."

liars-band-4Durant l'année 2006, Angus reste à Berlin tandis qu'Aaron et Julian regagnent Los Angeles. La composition du quatrième disque au titre éponyme se fait donc à distance. "Aaron et moi travaillons chacun de notre côté, lui à Los Angeles et moi à Berlin. Cet éloignement géographique et cette forme d'isolement font que nos compositions ont pris des directions différentes." Ainsi Liars prend de contre-pied Liars : loin de l'homogénéité de They Were Wrong, So We Drowned et Drum's Not Dead, celui-ci s'annonce plus accessible et hétérogène. "Sur nos précédents disques, nous avions échafaudé des concepts, transformant l'album en une unité réelle. [...] Cette fois-ci, par contre, nous voulions revenir à quelque chose de plus direct, créer une musique sans trop la penser. En un sens, il fallait que les chansons parlent d'elles-mêmes." Toujours au studio Planet Roc, ancien studio de la radio étatique Est-allemande édifié dans les années cinquante par l'architecte Bauhaus Franz Ehrlich, et qui accueillit, entre autres, Throbbing Gristle, apôtre de la musique industrielle, les trois Liars se retrouvent dès décembre 2006 pour enregistrer en une quinzaine de jours les onze morceaux que compte Liars. Pour ce faire, ils s'entourent de l'australien Jeremy Glover à la production, ami de longue date d'Angus. "Jeremy savait d'où nous venions et il a décomposé minutieusement chaque morceau en studio pour nous aider à trouver le côté viscéral qu'on souhaitait leur donner. On voulait faire un disque qui aurait le même impact sur les gens que lorsque nous avons écouté pour la première fois les Ramones." Rien de moins. Exit donc le concept album, "véritable filet de sécurité", l'unité de valeur devient la chanson. L'ascendant musical, lui, est clairement déplacé de la batterie vers la guitare, "plus fun". Il est commode de voir là une sorte de retour au source et à l'album They Threw Us In A Trench And Stuck A Monument On Top. A quelques différences près cependant. D'une part, le groupe s'affranchit de sa définition wikipédiesque ("outre sa musique atypique, Liars se distingue par les titres longs et absurdes de ses morceaux") pour mieux laisser vivre chaque morceau : "d'habitude, nous prenions un malin plaisir à trouver des noms à rallonge en lien avec le concept de l'album. Mais au final, nous nous sommes demandé si ce genre de titres ne sonnait pas comme un mode d'emploi qu'on imposait à l'auditeur. [...] Avec "Liars", nous laissons chacun libre de définir notre musique. En ce sens, le titre est parfait." D'autre part, les influences se font différentes, délaissant les plages post-punk et krautrock pour gagner celles shoegaze (What Would They Know et Pure Unevil dont les saturations emmurées et la voix noyée dans la réverb constituent un clin d'œil appuyé aux frères Reid et leur groupe The Jesus and Mary Chain), noise (Leather Prowler nous replonge dans les rades new-yorkais où Thurston Moore triturait ses guitares), ou encore celle d'un bon vieux rock alternatif à papa (Freak Out est une véritable ode à la surf music que les Pixies n'auraient pas renié). Angus précise : "avec cet album nous assumons nos influences et les groupes que l'on aime écouter, qu'il s'agisse de The Cure, Jesus And Mary Chains ou Led Zeppelin." C'était oublier quelques escapades inhabituelles tantôt loufoques (Houseclouds et ses beats rigolo-bricolo d'un Beck période Odelay), tantôt touchantes (Protection, sibylline ballade à l'atmosphère éthérée et planante à la Floyd). Sailing To Byzantium anticipe elle à merveille le son new rave des Klaxons qui sortiront Myths of the Near Future la même année. Le coup de maître reste Plaster Casts Of Everything sorti en single peu avant le disque : mise en bouche percussive et résolument lynchienne voyant le chant d'Angus personnifier effrontément la catatonie des sens, doublant, voire triplant sa voix. Histoire de ne pas nous faire oublier que s'il s'avère plus mélodique et moins exigeant quant aux formats, Liars reste un album de Liars. Complexe et méchamment parano. Reste que le trio met tout le monde d'accord : on tient bien là l'un des groupes les plus importants de la décennie, la folle tournée mondiale qui suivra ne faisant qu'enfoncer un peu plus le clou.

L'année suivante, Angus retourne s'installer à Los Angeles. L'écriture de Sisterworld est une nouvelle étape dans le processus créatif de Liars et non la moins excitante : "je crois que nous sommes de plus en plus intéressés par les mélodies. C’est notre étape actuelle." Le rendez-vous est donc pris.

Lire la chronique de Sisterworld.

Audio

Liars - Grown Men Don't Fall in The River, Just Like That
Liars - There's always room on the broom
Liars - Plaster Casts Of Everything

Discographie

Album

2001 - They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top (Blast First/Mute)
2004 - They Were Wrong, So We Drowned (Mute)
2006 - Drum's Not Dead (Mute)
2007 - Liars (Mute)
2010 - Sisterworld (Mute)

Singles

2002 - Fins To Make Us More Fish-like
2004 - There's Always Room On The Broom
2004 - We Fenced Other Gardens With The Bones Of Our Own
2005 - It Fit When I Was A Kid
2006 - The Other Side of Mt. Heart Attack
2007 - Plaster Casts Of Everything
2007 - House Clouds
2008 - Freak Out EP

Split EP

2002 - Atheists, Reconsider (with Oneida)
2003 - the Year of the Endless Summer (with the Yeah Yeah Yeah's)

Vidéos


Liars l'interview

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C'était le 13 janvier dernier dans un petit hôtel près de Pigalle. Les trois gaillards de Liars se prêtaient à l'exercice périlleux de la promo pour leur nouvel album Sisterworld (sortie programmée le 8 mars prochain) enchaînant interview sur interview, et c'est à la fin d'une journée bien chargée que nous les avons rencontrés. Fans de la première heure, nous nous sommes rués sur l'occasion de récolter la bonne parole d'Angus Andrew, le leader charismatique du groupe et de ses deux acolytes Aaron Hemphill et Julian Gross, dans l'aventure toujours plus surprenante de Liars. Impressionnant et même parfois effrayant sur scène, Angus nous a surpris par sa gentillesse et l'attachement qu'il a porté à répondre à toutes nos questions. Si Sisterworld est une telle réussite, c'est aussi grâce à la douceur et à l'empathie que le groupe a su développer pour capter au mieux la détresse du monde qu'il a décidé de dépeindre en musique.

Vv.

Video


Liars - Sisterworld

liars-sisterworldQu'il est bon de retrouver un vieil amant. Ce n'est certes pas la première chose que je me sois dite en apprenant le retour des Liarsavec leur nouvel album Sisterworld. Ma première réflexion donnait plutôt "youpi c'est le retour des cinglés", refrain qu'entonne d'ailleurs joyeusement leur dossier de presse. Comme si leur étrangeté, au sens premier du terme, garantissait d'office une certaine déviance mentale. Il faut vraiment être fou pour produire une musique pareille, se disent-ils. Mais ce qu'on retrouve avant tout avec chaque nouvel album des Liars, c'est la passion inaltérée d'un trio sans étiquette aucune. En marge, et fiers de l'être.

Cinquième album d'une discographie empreinte de liberté artistique toujours plus forte, Sisterworld nous prend immédiatement à la gorge avec le premier extrait Sissors, dans lequel la voix d'Angus Andrew nous chuchote qu'il "l'a trouvée avec ses ciseaux". On frissonne, et la première salve de marteaux-piqueurs nous envoie direct au tapis, où l'on va rester pour écouter la suite. Après tout, rien ne sert de se débattre, ils nous tiennent déjà trop fort entre leurs pattes. Angus a beau répéter qu'il est un lâche (I'm a Coward), il veut avant tout réparer les dégâts (I Wanna Make It Up). Et les titres d'osciller entre une certaine douceur, baignée d'angoisses il est vrai (I Still Can See an Outside World ou No Barrier Fun), et de pures envolées de nerfs, tout en retenue, une véritable rage contenue dans la gorge (Scarecrows On a Killer Slant). On se retrouve un peu à la maison, hantée certes, avec ce chant dissonant qui fait toujours un peu grincer les dents, cauchemar éveillé où se croisent des silhouettes cabossées (Here Comes All The People).

Et c'est sans aucun doute sur ces quelques titres plus lancinants que l'inspiration des Liars transparaît le plus. Témoins de la pauvreté et de la violence d'une société en pleine explosion dans la ville du cinéma et du glamour, Angus et ses deux acolytes se sont approchés au plus près de la réalité de Los Angeles. L.A, Delhi ou Shanghai, peu importe. La mégalopole qui aspire ses habitants dans une spirale toujours plus rapide, c'est précisément dans l'oeil du cyclone que se trouvent les Liars. "Nous pensons que la majorité de la musique produite aujourd'hui n'est pas représentative de ce que la vie est vraiment". Tout est dit.

Malgré tout, l'espoir émerge à quelques moments. C'est soudain, ça ne prévient pas, c'en est presque déstabilisant. Proud Evolution vient d'un autre hémisphère. Tout n'est pas foutu. Ce titre apparaît à contrario comme le plus étrange de l'album, entre guitares cinglantes, sonorités râpeuses et chant inquiétant, le monde post-apocalyptique des Liars nous devient familier, presque une décennie qu'Angus nous chante ses angoisses les plus profondes, et d'un coup d'un seul, il nous tend la main, nous relève du tapis, et nous souffle qu'une "évolution fière" est possible. Décoiffant. C'est là aussi très étrange à énoncer ici mais il y a un je ne sais quoi de Massive Attack dans l'arrangement de ce morceau.

Autre motif de réjouissance, Sisterworld sort en édition limitée avec une flopée de remixes et de duos (dont un avec Alan Vega), un projet qui tenait les Liars à coeur "L'idée était de vraiment repenser ce qu'est un remix, parce qu'il semble que c'est devenu une catégorie très formelle de production, un truc entre dj's et producteurs qui font du dancefloor avec des titres rock, ce qu'on trouve assez ennuyeux. Nous avons donc demandé à des gens qui ne font jamais de remixes de s'y coller, pour voir ce qu'il arriverait s'ils n'avaient aucune limite, et le résultat est assez excitant." La liste des participants elle, transpire d'excitation c'est sûr : Thom Yorke TV on the Radio, Blonde Redhead, Devendra Banhart, Cris and Cosy (Throbbing Wristle)...

Et non, les Liars ne sont pas complètement frappés, ils s'approchent avec justesse du monde dans lequel nous vivons et de tous ses aspects plus effrayants les uns que les autres. Et avant de condamner une fois de plus les trois californiens à la camisole chimique pour "étrangeté" messieurs les jurés, dites vous bien une chose, les Liars créent le son de notre époque, que celle-ci vous plaise ou non. Et avec Sisterworld, notre petite soeur la Terre a du souci à se faire. Goodnight Everything.

Audio

Liars - Scissor

Tracklist

Liars - Sisterworld (Mute, 2010)

01. Scissor
02. No Barrier Fun
03. Here Comes All The People
04. Drip
05. Scarecrows On A Killer Slant
06. I Still Can See An Outside World
07. Proud Evolution
08. Drop Dead
09. The Overachievers
10. Goodnight Everything
11. Too Much, Too Much


Liars en vidéos

Liars - Hou­se­clouds

Liars - The Other Side Of Mt Heart At­tack



Liars - Drum And The Un­com­for­table Can Re­mix

Liars - Plaster Casts of Everything

Liars - We Fenced Other Gardens With Bones of Our Own


Liars - It Fit When I was A Kid (Crystal Castles remix)

liarsBonjour c'est Rigobert, je fais aujourd'hui une apparition pour crier aux oreilles de celui qui veut bien lire ces lignes  que les Liars sortiront le 8 mars prochain Sisteworld, le successeur du j'ai nommé "on s'est pas foulé comme titre de second album en l'appelant Liars". En attendant on ne cache pas notre plaisir de vous donner à réentendre le désormais classique It Fit When I was A Kid ici remixé par le duo Crystal Castles dont on attend aussi avec beaucoup d'impatience le retour l'été prochain.

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Liars - It Fit When I was A Kid (Crystal Castles remix)


Yeasayer - Ambling Alp

yeasayer

En 2007, Les premières chansons du quatuor de Brooklyn nous avaient laissé perplexe; sentiment sans doute provoqué par le goût de déjà entendu engendré  par l'émergence  fracassante de  nouvelle scène new-yorkaise et les références estimables affichées à l'époque par le groupe.  Yeasayer ont depuis fait un break, peaufiné leurs look affreux et leurs gimmicks eighties et reviendront début 2010, aidé de Britt Myers (Chairlift),  avec un album prénommé Odd Blood et dont le premier extrait  Ambling Alp sera sans nul doute sur les playlists des soirées appartement de nouvelle an.

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A Place to Bury Strangers - Exploding Head

page 1&4Les superlatifs ne manquent pas et chacun peut, à sa sauce, les amonceler, les superposer pour dépeindre ce que provoque l'écoute du premier album éponyme d'A Place to Bury Strangers. Facile aussi de leur coller une montagne de références, bien trop partagées pour être indicatives, des Cure à The Jesus and Mary Chain en passant par Joy Division ou My Bloody Valentine, et d'étiquettes éculées, shoegaze or not, post punk ou quoi. Et si le prolixe critique se gargarise à l'avance du second album du trio new-yorkais, Exploding head, paru sur Mute records, le lecteur, lui, se perd déjà dans cet océan de mots annonçant le déluge tellurique, le ras de marré sonique. La terre tremble dirait l'autre, les acouphènes frémissent. Mais si science du bruit il y a, celle qui habite le groupe réputé jouer le plus fort de la scène new yorkaise va définitivement plus loin qu'un simple jeu de miroir réfléchissant trente ans d'histoire noise. S'ils collectionnent depuis 2006, année de formation du groupe, les affiches prestigieuses - ils ont tourné en première partie des Brian Jonestown Massacre, Jesus and mary chain ou encore Nin Inch Nails - Oliver Ackermann (guitare et voix), Jono Mofo (basse) et Jay Space (batterie) confectionnent avant tout des morceaux à la puissance pop imparable malgré l'épaisseur bruitiste de leur texture sonore. Et en premier lieu de celle de leur guitare saturée. En cela, rien de très surprenant lorsque l'on sait qu'Oliver Ackermann dirige sa propre boîte de pédales de distorsions, Death by Audio, et non des moindre puisqu'elle fournit des groupes tels Wilco, My Bloody Valentine ou Lightning Bolt. S'ils agaçent certains à mixer fort leurs compositions - sans doute trop fort, à tel point que ceux ayant voulu transférer le single To Fix the Gash in Your Head pour l'Angleterre ont vu leur beau matériel rendre l'âme - les dix morceaux intrinsèquement sombres, contenus sur leur premier album, esquissent, à rebours de l'actuelle scène new yorkaise, la beauté frustre d'un rock ciselé, nimbé d'électricité, où la voix s'efface à dessein. Au sein de ce manifeste pour le moins compact, la noirceur lente et vénéneuse de The Falling Sun contraste avec celle intempestive et violente de My Weakness quand I Know I'll See You est un incontournable sommet pop, véritable réminiscence new orderienne. D'évidence Exploding head se situe dans le prolongement de son prédécesseur. D'abord parce que nombre des morceaux qu'il comporte ne sont pas de toute première jeunesse. Everything Always Goes Wrong comme I Live My Life to Stand in the Shadow of Your Heart figuraient à l'état brut comme face b de précédents maxis (Breathe pour le premier, Missing You pour le second), tandis que Deadbeat et Ego death - qui s'appelait alors Gimme Acid - étaient déjà jouées par le groupe en version live (SXSW radio session). Ensuite parce que le disque est cousu d'un même fil, acéré et radical, laissant l'urgence s'insinuer dans les interstices d'une production cependant plus fine et aboutie. Les guitares, empruntes d'une surf music crasse et entêtante (Deadbeat, Exploding Head), dressent ce qu'il faut d'intensité rock et d'efficacité pop pour voir se déployer, entre-deux, une rythmique folle (Is it Nothing, Smile When You Smile) ou inquiétante (Lost Feeling, Ego Death). Keep Slipping Away constitue le point d'orgue mélodique d'Exploding Head, quand I Live My Life to Stand in the Shadow of your Heart et sa basse sur-saturée le conclut de la plus brutale des manières. Un second disque et un second tour de piste en moins d'un an : A place to Bury Strangers enchaîne dès octobre les dates de concert, dont une, le 19 novembre à la Maroquinerie (Paris).

Thibault

Audio

A Place to Bury Strangers - Smile When You Smile

Tracklist

A Place to Bury Strangers - Exploding Head (2009, Mute)

1. It Is Nothing
2. In Your Heart
3. Lost Feeling
4. Deadbeat
5. Keep Slipping Away
6. Ego Death
7. Smile When You Smile
8. Everything Always Goes Wrong
9. Exploding Head
10. I Live My Life to Stand in the Shadow of Your Heart

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