On y était : Midi Festival été 2011, les vidéos

Cette rubrique se nomme On y était, ce post pourrait s’appeler On y était... et mieux vaut tard que jamais. Non - et malgré les apparences - Patrice, notre vidéaste en immersion, n'a pas entamé un road trip sur les chemins opiacés de Katmandou suite à ces trois jours de feu, en plein cœur du Midi Festival. Versant juste ce qu'il faut de thé dans son riz, il a en revanche bichonné comme il se doit, par le son et l'image, un Midi Festival été 2011 préalablement reporté dans nos colonnes par les mots (lire). Ça tombe bien, l'édition hiver est tout juste dans un mois. D'ailleurs on vous fait gagner des places par ici.

Midi Festival été 2011, les vidéos

Alt-J

R. Stevie Moore

Stay +

Psycholigist

Washed Out

Primal Scream

Puro Instinct

Holy Shit

King Krule


On y était : MIDI FESTIVAL 2011

Photos©Patrice Bonenfant pour Hartzine

Jour 1

Rendez-vous immanquable et apprécié des fans de musique indé que nous sommes, cette nouvelle édition du MIDI Festival réservait, comme chaque année, son lot de surprises : jeunes pousses alertes, quelques revenants et autres retrouvailles… Il fallait se lever tôt pour les Parisiens d’Hartzine que nous sommes afin d’assister à cette première salve de concerts donnée à Villa Noailles ; mais nous ne sommes pas du genre  à nous déballonner pour si peu… Juste le temps d’attraper Patrice, notre bol de riz pas trop frais à 4h30 du mat' (photos du spécimen sur demande) et de tailler la route direction Hyères… J’ai beau dépasser les 88 miles à l’heure, ma Clio ne s’est pas transformée en Delorean pour autant et c’est au bout de neuf heures (ponctuées de radars en tout genre) d’un trajet aussi interminable qu’accablant que nous troquons la belle endormie pour le chant des cigales. Je me jette au sol (aïe ! les cailloux !) et remercie saint Steve Job pour sa plus glorieuse invention, sans laquelle ce périple aurait pu être impitoyable : l’iPod !

Les rotules brisées, le cul en compote…  La soirée promet d’être épique !

Reçus comme des petits princes par nos hôtes, mon esprit s’échappe, se faufilant à travers les conifères, voltigeant au gré de la musique d’ALT-J. Envoyez-moi sur la lune, accueillez-moi avec des colliers de fleurs, l’effet serait similaire. On ne vous refera pas une énième visite guidée des lieux, Thibault s’en était brillamment chargé l’année dernière. Me voilà donc revigoré devant tant de bonne humeur alors que le quatuor anglais glisse à mes oreilles des mélodies couleur pastel un brin chargées d’électricité. Quelques envolées qui font taper du pied, à l’image de leur single Breezeblocks - le groupe de Leeds maîtrise son répertoire et réveille doucement son auditoire avec une poignée de titres qui lorgnent dangereusement sur le terrain de jeu de Grizzly Bear.

R. Stevie Moore @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 22.07.2011

Le changement de plateau nous autorise à nous glisser en bordure de scène, nous permettant de savourer l’arrivée du bedonnant, charismatique, extravagant, loufoque (je crois que je vais m’arrêter là)… R. Stevie Moore… et ses Tropical Ooze. Difficile de savoir qui est le plus au centre de l’attention : la musique ou R. Stevie Moore lui-même ? Cet assoiffé de notoriété, assis sur plus de 400 albums distribués ou non, accuse physiquement sa jeune soixantaine, mais déploie l’énergie d’un minot. Un spectacle  à la fois drôle, touchant mais également éloquent. Car derrière le personnage se cache un artiste exigent, rompu au système D, n’ayant d’autre obligation que de se satisfaire de l’art du D.I.Y. et contribuant ainsi à propagation du mouvement lo-fi. De complaintes pop en assauts grungy, papy Moore chevauche la scène avec désinvolture, s’offrant le suffrage unanime du public et une seconde jeunesse au passage. Il faut dire qu’il ne badine pas sur les effets : contorsions au sol, petits moulinets de la main ou gros fuck, au choix… Slam… euh non pas ça… non, non… Ce principule de la pop foutraque fait rapidement oublier son personnage déglingo derrière des prouesses aussi abrasives que capiteuses. Tenant la cadence, après plus d’une heure d’érosion parfois cacophonique, Stevie clôturera son set en douceur, nous ensorcelant de sa voix rauque et paternelle.

On flâne un peu en backstage, profitant de l'installation de Gross Magic pour remplir nos godets. Nous ne semblons pas être les seuls puisque notre très cher R. Stevie Moore multiplie les allers-retours, allant taper dans sa réserve privée. En coin, nous observons Matt Fishbeck (Holy Shit) déambuler, seul, comme en proie à ses démons… Brrr… glauque.

Gross Magic  @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 22.07.2011

Si nous nous étions déjà aperçu d’un certain retour du grunge, dont Yuck aura porté fièrement l’étendard l’an dernier, le style musical qui aura fait la gloire de Seattle et le désespoir des vendeurs de jeans n’aura pas manqué d’influencer ce très jeune combo de Brighton qui, pour le coup, aurait pu s’appeler « Gosse » Magic. Présent au MIDI par un concours de circonstances (Violens en panne de passeports), le jeune quatuor anglais jouait donc la carte de la pure révélation et avait donc tout à prouver sur scène.  Hélas, bienvenue dans l’antre de la souffrance,  dans l’enfer du broyage de tympans au verre pilé… Il n’y a rien de magique dans le fait de ne pas avoir mué ; on appelle juste cela l’adolescence. Sam McGarricle et son groupe entonnent pourtant quelques mélodies affables, ni finaudes, ni désagréables, et qui séduisent même par moment… Un condensé de pop noisy mal arrangé à des influences Nirvana tellement (trop ?) flagrantes, là serait surement l’un de leurs plus gros défauts. Le pire restant cette voix affreusement criarde et mal maîtrisée. Au cours de chant, je conseille Robert Harvey (The Music) qui s’en sortait nettement mieux avec son timbre pourtant si criard. On notera néanmoins en touche de bon goût la casquette Wayne’s World vissée sur la tête de Sam McGarrigle - je sais, ça paraît stupide dit comme ça… Mais merde, qui n’a jamais éprouvé un putain de « schwiiiing » pour ce putain de film ?!

 

Pour le dernier concert de la soirée, notre bienveillant programmateur Frédéric Landini a vu les choses en grand. Installation d’un écran 4x4 pour recevoir le secret le mieux gardé de Manchester : Stay +, aussi connu sous le nom de Christian AIDS. Avec seulement quelques titres diffusés sur le web, Stay + avait déjà rassemblé un parterre d’admirateurs voués corps et âme à ses mélodies aussi ténébreuses qu’acides. Un single publié sur Double Denim plus tard et on crie au retour de Madchester. Le show qui allait suivre répondrait indubitablement à la question qui nous brûlait tous les lèvres : vraie arnaque ou inestimable découverte ?

On peut les revendiquer post-ce qu’on veut… La musique de Stay + est axée sur un savant mélange de dubstep (pour les basses), de dark-wave (pour les mélodies synthétiques obscures, crades et les chants lyriques noyés dans la réverb’) et d’acid-house (résonnances, psychédélisme, etc.). Un cocktail venimeux qui vous pète à la gueule, transformant le terreau de la Villa Noailles en dancefloor improvisé. Des boucles d’images illustrent un monde malade, au bord du gouffre, prêt à imploser… Danser sur le chaos tout du long d’une symphonie qui ne l’illustre pas moins, tout dépend de l’interprétation du mythe que s’en fait chacun. Fever exacerbe la tension, point d’orgue d’une prestation en tout point épileptique. Et pourtant, la sauce ne prend pas tout à fait. Si on exclut les problèmes sonores importants dûs à une installation trop rapide et des balances faites à la va-vite, on pourrait tout simplement penser à un fruit cueilli trop jeune. Une armée de bidasses partie sans carte ni boussole à l’assaut de la jungle viêt-cong. Nos chanteurs en couple mixte ne semblent pas très à l’aise avec leurs micros, parfois plus occupés à poser qu’à chanter juste… Et puis d’ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique un peu la scénographie. Cinq personnes sur scène étant habillées avec un t-shirt représentant une lettre, formant un tout représentant « Stay »… Alors, dites-moi, c’est un job à plein temps ou bien ? Nos loustics ayant pour mission de rester aussi immobiles que la garde royale britannique, ça doit être assez emmerdant quand tu as le cul qui te gratte, non ?

N’en reste pas moins un concert rythmé et jouissif, mais qui détruit malgré tout les illusions élitistes qui reposaient sur ces énigmatiques mancuniens.

La souffrance dans les guiboles commence à s’entasser, mais comme nous ne sommes pas venus pour jouer aux fiottes (pardon aux petites joueuses du monde entier), nous décidons donc de continuer les festivités sur la plage de l’Almanarre. Nous suivons donc une bande d’amis bien entamés et finissons évidemment par nous égarer en chemin (note pour plus tard : éviter de prendre la montée de Noailles en sens inverse, la nuit)… Quand, au bout d’un quart d’heure, nous finissons enfin par rattraper le flot des voitures, la lumière des spots de la plage transperce la nuit. Nous sommes tout proches.

Nous nous approchons du son, marchant péniblement dans le sable… Parisiens que nous sommes. Une petite cabine rose surplombe la scène, à peine plus grande que ma cabine de douche. A l’intérieur, Callum Right, aussi connu sous le pseudo espiègle de D/R/U/G/S, combine house, disco-pop et glitch qu’il réduit en mélodies subtilement cheesy, hypnotisant une foule de nightclubbers à sa merci. Des rythmiques minimales efficaces concassées de beats funky qui nous renverraient quelques dizaines d’années en arrière. Un set plombé par quelques pains (relativement étonnant pour un artiste qui joue en live) et décrochant son public sur un remix du vulgos Hey You de Pony Pony Run Run. Hudson Mohawke ne peut se vanter d’autant de talent et de témérité. Après nous avoir offert l’intro de Glass Jar de Gang Gang Dance en guise d’ouverture, le musicien anglais glisse doucement dans un mélange de grime et d'électro-bass des plus insipides. Mon attention se tourne alors vers Zoo Kid déambulant parmi les badauds et qu’une bande d’amis tente de convaincre de les accompagner à une after-party de leur bon cru (rêves ouatés couleur MDMA et vodka coulant à flot). Le jeune garçon se fait alors remettre à l’ordre par son cerbère de manager : un suppo et au dodo. Pas facile d’être un ado rebelle-rebelle ! Mohawke continuant d’offrir un DJ-set des plus boiteux, la plage se vide à vue d’œil. Je réalise alors à mon tour que personne ne m’en voudra si je prends la poudre d’escampette, même pas le pauvre Dj qui ne semble jouer pour nul autre que lui-même.

Jour 2

King Krule @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

J’aimerais pouvoir dire qu’une bonne nuit de sommeil m’a revigoré… Mais pas tellement. Après la douleur, les courbatures, et le manque de repos creuse mon visage. Bien entendu, la cuisine de l’hôtel ne sert plus de petit-déjeuner. Je me retrouve donc à préparer mes futures interviews en terrasse, me regonflant à grand renfort de larges tasses de café noir et de clopes, que j’enchaîne les unes après les autres. Le breakfast équilibré de tout bon chroniqueur qui se respecte.

Quelques kilomètres plus tard, nous voici de retour à la plage de l’Almanarre. Les bourrasques du Mistral font le bonheur des kite-surfeurs, un peu moins celui des festivaliers. Nous optons pour une position oblique, puisqu’il est impossible de se tenir droit, et nous laissons bercer par les deux derniers morceaux de Porcelain Raft, dont l'émouvant Tip of Your Tongue, qui assène une magistrale gifle à cette programmation du MIDI… A moins que ce soit le sable qui me fouette la face, mais qu’importe… Inutile de rappeler au lecteur tout le bien qu’Hartzine pense des esquisses floutées et des troublantes épiphanies mélancoliques du très rital Mauro Remiddi. Il nous est d’autant plus insupportable de devoir nous contenter d’un concert donné sous un vent de force 8, Porcelain Raft jouant enfermé dans son enclos, ne laissant apparaître que son buste et le manche de sa guitare. Un talent quelque peu gâché tant les prouesses du musicien récemment signé sur le label Secretly Canadian dessinaient une belle tête d’affiche.

Rapidement fatigués de nous faire malmener par les bourrasques rendant le terrain impraticable, nous décidons à l’unanimité de faire une croix sur les prestations de  et de Star Slinger, afin d’aller combler le vide de nos estomacs avant les réjouissances nocturnes.

Dépité par l’annulation de notre interview avec Ernest Greene (Washed Out) et sachant pertinemment que notre entretien avec Primal Scream ne tenait qu’à un fil, je me consolai à la joie de découvrir Psychologist, dont le minimalisme lugubre de l'EP Waves of Ok devrait parfaitement trouver sa place parmi les résineux surplombant les dédales de la Villa Noailles, installant un climat aussi sinistre qu’inquiétant. Pied-de-nez aux sépulcrales ascèses de piano de Comes in Waves, Iain Woods et son groupe déboulent avec une série de morceaux douloureusement sautillants qui, à l’instar de James Blake, font la part belle à une house aux teintes noirâtres et à des beats dubstep aérés. De 1 :1 à Seance, Psychologist se taille la part du lion, cannibalisant le public de ses futurs hymnes dance. Loin des clichés, le groupe compose une musique savante aussi turbulente que mentale, se permettant quelques élucubrations pop truculentes comme des lamentations dark-soul adroitement placées. Un avant-goût savoureusement glacial de Propeller, nouvel EP à paraître finalement le 15 août et dont les internautes auront déjà pu se régaler du clip extrait du titre éponyme, effroyablement mégalo et ténébreux. Comme quoi le talent mène à tout, même à un Disco at Twin Peaks.

Puro Instinct @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

Bla bla bla… Chacun y va de son petit commentaire, mais Psychologist a brillamment réveillé le public du MIDI Festival. Les sœurs Kaplan tiendront-elles la cadence ? Pas sûr ! Lauréates d’une poignée de maxis essentiellement sortis sous le nom de Pearl Harbor, un album dans les bacs suppurant leur amour pour la pop sixties et les déluges lo-fi, nos deux sœurs, accompagnées de deux guitaristes et d’un batteur, allaient devoir convaincre sous l’œil bienveillant, mais la gestuelle taquine, de leur parrain de scène, R. Stevie Moore. A la hauteur de nos attentes, la prestation de Puro Instinct restera vide de sens. Un jeu de scène emphatique qui colle parfaitement aux titres aussi bling-bling que creux du trop surestimé Headbangers in Ectasy. Référence à Virgin Suicides ? Slowdive ? Ok, qu’on les pende à des cables XLR et qu’on me rende Soulvaki. Et même si on souffre pour le pauvre groupe qui vient de se taper douze heures de caisse pour pouvoir répondre aux contraintes d’un planning bien chargé, on sombre en état de catatonie devant cet étalage de paresse sous couvert de spleen, une tristesse qui n’a rien de mélancolique, relevant certainement plus de l’ennui. Un miasme de minauderie insupportable sous couvert de mélasse pop et perdu dans un amas de reverb’ et d'écho. Nous prenons alors un plaisir sadique et hilare à mater notre cher Matt Fishbeck, dans un état d’ébriété avancé, se complaire à ruiner maladroitement le show de nos Californiennes aux formes molasses. Si nous avions un cœur, nous en aurions presque de la peine…

La première chose qui vous saute à la gueule lorsque Zoo Kid monte sur scène, c’est son physique ingrat : jeune ado de 16 piges à la peau d’albâtre et maculé de tâches de rousseur, sa crinière flamboyante étouffée sous une casquette à la visière semi relevée, les oreilles décollées, etc. Lorsqu’Archy Marshall prend le micro, vous finissez par oublier tous ces détails superflus pour ne suivre que sa voix, étonnamment rauque et mâture. Ce môme chétif embrase la scène, épaulé de son groupe King Krule, déversant toute sa hargne le long de copieux vers habillés d’une musique punk-rock funky, un brin bluesy, rappelant parfois le Combat Rock de The Clash. Dit comme ça, il y avait de quoi s’exciter devant la performance de notre Poil de Carotte à l’accent cockney prononcé. Sauf que passé deux chansons, on commence sérieusement à se faire chier. King Krule lorgne du côté de Nick Cave sans en atteindre la profondeur poétique, ni la tension anxiogène, mais également de The Streets, propageant une certaine vanité en somme toute britannique qui sied mal à un minot à peine sortie de l’âge pubère. le songwriting reste néanmoins des plus agréables, piqué d’un style vindicatif, illustré de références aux grands poètes et écrivains de ce siècle, mais un vide abyssal quand il s'agit de construire une dynamique cohérente entre la musique et le chant.

Dirty Beaches @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

La nuit est maintenant tombée et on s’attend à ce que le ciel nous tombe sur le coin de la gueule.  Une mini tempête semble s’être invitée au MIDI, imposant un climat de fin du monde sur la Villa. C’est dans cet environnement ombrageux que Dirty Beaches s’apprête à entrer en scène. Imaginez la réincarnation du King dans le corps tatoué d’un molosse taïwanais et vous aurez une représentation assez fidèle d’Alex Zhang Hungtai. L’artiste canadien, dont les multiples focus ont jalonné nos colonnes toute l’année durant, ouvre son set d’un : « Jusqu’ici tout va bien… » emprunté à La Haine de Matthieu Kassovitz avant de déverser un flot de boucles nervurées rapidement noyées dans l’excitation de riff stridents. Alex pose sa voix de crooner apocalyptique sur des ballades névrotiques post-fifties, créant un pont temporel entre le rock fiévreux de Johnny Cash et les fractures suicidaires et minimalistes d’Alan Vega. Impossible d’ignorer une certaine filiation entre le rockabilly lynchien de Dirty Beaches et les composition de Collision Drive ou encore Saturn Trip. Un show qui vire rapidement à la performance, le musicien se livrant entièrement sur scène, sa voix portée par le vent semblant s’étendre à l’infini. Un son âpre, éraillé, magnétisant le public de son aura hypnotique. Alex Zhang se retranche derrière ses icônes, portraits au vitriol d’images délavées, comme à Françoise Hardy à qui ce Lord Knows Best sera dédié. Un pur moment de rock’n’roll aussi intense qu’exceptionnel, qui nous laissera un souvenir des plus mémorables. Nous n’en attendions pas moins.

Il est assez difficile pour moi de parler du concert qui suit, m’étant dans un premier temps mis martel en tête de mettre la main sur Alex Zhang Hungtai afin de l’asséner de questions sur sa superbe prestation, et secundo car mon avis diverge grandement de celui de mes comparses. J'avais été relativement impressionné par la direction prise par Ernest Greene sur Within and Without, s’évadant du carcan chillwave pour plonger de plain-pied dans l’hédonisme pop à consonance lo-fi. On était donc en droit de s’attendre à un set épuré, aussi glacial que pouvait le laisser entendre le titre Echoes. C’est pourtant en clone de Metronomy que Washed Out grimpe sur les planches (la ressemblance avec la mixité pluri-ethnique du groupe est d’ailleurs en tout point troublante) et nous assène un concert un brin putassier. Un enchaînement de titres malmené par un passage au live poussif. Pire, certains morceaux perdent radicalement de leur saveur (Echoes et Amor Fati en tête…), faisant passer ces agréables complaintes pop pour une B.O. digne de la Foire du Trône. Il y a des moments où il faut savoir renoncer.

Washed Out @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

Nous arrivons tôt sur la plage et profitons pleinement du set de The Glimmers. Si celui-ci fait le bonheur des kids, se déhanchant frénétiquement sur les bombes disco-house de David Fouquaert et Mo Becha, l’aficionado de techno que je suis appréciera la dextérité de nos deux DJ sans affectionner la teneur du set pour autant. Ne pouvant résister à l’éreintement qui me tenaille, j’abandonne mes acolytes aux bras d’Ivan Smagghe (et de la fée alcool !). Une sieste sur la banquette arrière de ma voiture me fera certainement le plus grand bien. Mes yeux se closent enfin lorsque je reçois un message de Patrice me stipulant : « On est tout à gauche de la scène »… Et merde, impossible de dormir. L’envie irrépressible de pisser me tiraille, mais le froid m’empêche de bouger… Le sang s’agglutine dans mon crâne, provoquant une migraine des plus atroces. Au loin, j’entends Smagghe poser son dernier disque, Boys and Girls de Blur… Un choix des plus surprenants si on occulte les années Pulp du DJ parigot. Quelques secondes plus tard, la portière s’ouvre sur le visage de ma dulcinée, les lèvres cripsées, m’annonçant de sa voix éraflée : « Hey ! On se fait une petite after ! ». Mais où est mon lit, bordel ?

Jour 3

Primal Scream @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Mon téléphone sonne. Mélissa, notre contact sur place, nous informe que les concerts initialement prévus à la plage sont déplacés à la Villa Noailles. Aurait-il pu en être autrement ? L’expérience de la veille sur la plage de l’Almanarre m’incite à croire que non. Et c’est donc une fois de plus le ventre vide que nous nous rendons sur les hauteurs de Hyères afin d’assister aux performances du clan Born Bad.

Mauvaise surprise à l’arrivée : les concerts, prenant place sur les jardins suspendus, ne peuvent accueillir qu’un nombre de spectateurs très limité. Nous nous retrouvons donc coincés parmi un cortège de furieux devant une porte close, gardée par un gentil cerbère qui n’en mène pas large. On sort donc le sauf-conduit « badge presse » (ouais, je sais, c’est de la triche) qui nous permettra d’accéder finalement aux hauteurs. Feeling of Love joue depuis quelques minutes, assénant à un public restreint mais apparemment sous le charme de riffs stakhanovistes des mélodies du très récent et tonitruant Dissolve Me. Un heavy mental nappé de psychédélisme et de sonorités garage percutantes, à l’instar des incontournables Cellophane Face ou encore I’m Right, You’re Wrong. Un show furieux perturbé par une légère panne électrique. Le début d’une série d’incidents dont Cheveu fera également les frais. A peine notre trio parisien a-t-il pris les rennes que les déconnades s’enchaînent : panne électrique, saturation d’enceinte, faux-contact sur le machine-drum, etc. Mais rien n’empêche Cheveu de jouer. D.I.Y. jusqu’au-boutistes, David Lemoine et son équipée déballent une série de hits en cavalcade, passant de l’électro-punk d’un My First Song au hip-rock de Sensual Drug Abuse… Si Mille est mis à l’honneur, les élucubrations noisy-indus de Cheveu, l’album éponyme, ne seront pas en reste. La prestation est accouchée dans la douleur, ajoutée à la souffrance de l’atmosphère caniculaire suffocante. Une fois de plus, nos freaks rockers tirent leur épingle du jeu, et comblent l’infortune de leur hardiesse illuminée.

Mazes @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Cela fait quelques heures maintenant que nous traînons nos guêtres dans le terrain vague de l’hippodrome de la plage, suivant du coin de l’œil Matt Fishbeck qui nous a pourtant promis une interview, mais dont le comportement asocial durant les deux premières journées festivalières ont de quoi nous tordre les boyaux. Une heure plus tard, nous quittons avec regret le leader de Holy Shit bien plus enclin à la confession que nous aurions pu l’espérer. Un échange translucide, clairsemé de mélancolie foudroyante et de révélations dévotes, qui vous laisse à la dérive, seul avec votre âme. Un moment de solitude partagée qui vous sera bien entendu bientôt révélé dans nos colonnes.

Durant ce temps, Mazes a pris place sur scène. Le quatuor de Jack Cooper a la lourde tâche d’inaugurer ce nouvel espace qui semble démesuré pour la formation power-punk britannique. Fleuron de l’écurie Fat Cat, ces Mancuniens iront chercher leurs influences du côté de Pavement et de Sebadoh plutôt que dans le post-punk vicié de leurs légataires, Joy Division ou The Fall. Si on ne remarque rien de bien désagréable dans la musique de Mazes, on pourra effectivement leur reprocher d’essayer de trop calquer leurs modèles. Summer Hits or J Plus J Don't Like aurait pu être emprunté au répertoire de Stephen Malkmus tandis que leur jeu de guitare semble issu d’un croisement de Jay Mascis période Where You Been et de Scott Kannberg époque Crooked Rain, Crooked Rain. Le quatuor entonne des ritournelles post-ado un brin cliché, qui firent la gloire de bands comme Supergrass, Blur… mais pilonnèrent un bon nombre de jeunes groupes des années 2000. Sans être inintéressant, le public ira chercher ailleurs ses centres d’intérêts. Moi, je me contenterai de contempler le fond de mon verre… vide.

Le crépuscule s’installe sur les planches de l’hippodrome, décrivant en toile de fond un tableau aux couleurs post-apocalyptiques alors qu’une légère bise s’est levée. Holy Shit ne pouvait rêver meilleur décor pour son entrée en scène. Une arrivée sous un Maus is Missing aussi contemplatif que bancal. Puis Matt Fishbeck prend le temps de s’accorder avec ses ouailles avant de nous jeter en pâture la plus belle version live de Stranded at Two Harbors jamais entendue, ni plus, ni moins. Malgré les quelques mésententes techniques entre le chanteur/musicien et son ingénieur du son (Fishbeck lui aura pourtant ramoné le cerveau tout l’après-midi), l’esthétisme musical des compositions du groupe touche au sublime, parcourant le catalogue varié d’un phamplet pop bien trop sous-estimé. De somptueuses ritournelles hantées par la voix chevrotante d’un Matt visiblement habité mais serein. Retrouvailles émouvantes entre le band californien et la French Riviera qui les avait accueillis cinq ans plus tôt. Pourtant, Holy Shit livre une prestation très éloignée de celle qui fit sa réputation. Ombrageuse certes, mais aussi lascive et éthérée, embarquant l’auditeur dans son bateau ivre pour mieux l’abandonner à la grâce de ses arias délicatement nostalgiques. Captivante ? Belle à chialer ? Si pour certains la musique de Matt Fishbeck restera jusqu’à la fin une énigme, c’est peut-être parce qu’il faut cesser de chercher le mystère là où il n’y en a pas.

Certes, question classe, Holy Shit ne possède pas le glam de Frankie & The Heartstrings, mais question talent, c’est une autre histoire… Les Britons sont jetés en pâture au public comme des vaches que l’on conduirait à l’abattoir. Le quatuor décharge un éventail de chansons pop insipides (Glamorous Glue) d’un songwriting pillé chez Morrissey et Pulp. Le Frankie en question singe le Moz sans aucune pudeur, tandis que chaque musicien essaye vainement de donner une quelconque cohérence à l’ensemble. Et si le public ne semble pas insensible à ces fallacieuses facéties musicalement indigestes, le mélomane, lui, reste de marbre devant autant de pauvresse mélodique. Le chanteur lui-même, un peu gêné, semble presque s’excuser de sa propre performance en remerciant l’audience de patienter jusqu’à l’arrivée de Primal Scream. On a atteint le comble du pathétique.

Holy Shit @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Près de vingt longue années que j’attends ce moment. Mes jambes me soutiennent avec une légère fébrilité. Monument pop aussi bien qu’acid-house, Screamadelica est l’albatros d’une ère désormais révolue, faisant rentrer la petite bande écossaise menée par Bobby Gillespie dans les affres des nuits délurées madchesteriennes. La cinquantaine presque épargnée, l’emblématique leader de Primal Scream harangue la foule au son de Movin' On Up, qui exulte un moment avant de tomber en catalepsie. La foule se sépare alors en deux espèces, hooligans devant, hipsters fainéants derrière. Pogoter sur Higher Than the Sun ? Vraiment ? Je me retrouve alors coincé parmi une bande de jeunots allumés à qui je n’aurais aucun scrupule à démonter la mâchoire et broyer quelques os afin de retrouver un brin de tranquillité. Primal Scream tire habilement les ficelles d’un show maintes fois répété auquel le public ne semble pas préparé. La mine boudeuse, Bobby Gillespie tente d’enflammer des spectateurs qui resteront mutins de bout en bout. Le concert prend alors un virage à 180 degrés. Si le spectacle est à la hauteur de nos attentes et la musique aussi hypnotique que stridente, la magie a lâché. Le frêle chanteur s’en tiendra au minimum syndical, glissant néanmoins quelques perles rock sudistes  issues de Riot City Blues et assaut groovy piochés du côté de Funkadelic, avant de quitter la scène abruptement. La suite sera sans appel. Les lumières se rallument. Loaded but go home. J’en entends de-ci de-là ruminer et je peste à mon tour sur l’hypocrisie d’une galerie de branleurs grincheux. Une exhibition extatique sabotée par un parterre de badauds trop clampins ou incultes pour prendre part à la grande messe qui leur était prodiguée. Faudra-t-il attendre encore neuf ans avant de jouir des bienfaits d’XTRMNTR sur scène ?

Un parcours de trois jours éreintants qui s’achève ici, mais avec lequel nous avons déjà pris rendez-vous l’an prochain. A Hyères, il sera toujours midi !

Meilleur concert : Holy Shit
Meilleur révélation : Psychologist
Meilleur souvenir : Dirty Beaches
Pire concert : Puro Instinct

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On y était - Midi Festival Hiver

midi4Midi Festival, vendredi 10 et samedi 11 décembre 2010, Toulon.

Jour 1 : Still Corners, Darkstar & Young Marble Giants

On arrive là où le vent est trop fort. Gare Saint-Charles. Grise mais parcellée de lumières, elle est un couloir qui appelle les chansons. Le MIDI est encore à quelques encablures mais on rêve un peu déjà. Le train n'est pas un tape-cul, il défile lentement pourtant. On sort des quartiers aux immeubles roses sales immenses, quelques décharges aux multitudes de rouilles vocifèrent près des collines. Wire puis The Beach Boys dans les écouteurs, on regarde les vieilles usines qui défilent, les habitations ouvrières, les motels aux enseignes édentées. Très vite, après quelques ruines, l'épaisse campagne, les bouts de mer, la Madrague. Au loin la Ciotat puis Bandol et sa petite plage amoureuse. Les villas blanches et ocres entourées des lourds pins maritimes. Toulon s'amène vite. Il n'y a qu'à descendre illico presto de la gare pour débouler vers le carré massif. L'opéra donc. Et ce soir, Still Corners, Darkstar et Young Marble Giants vont épancher leur musique vers des balcons à l'italienne. L'endroit offre une classe et une dignité certaines. Le froid lui, offre au ciel un bleu Klein. Quelques fumeurs s'époumonent avant de rentrer. Il y a gentiment du monde. En entrant dans cette salle immense fondue de noir, on est impressionné, comme il faut.

midi-stillStill Corners lentement évapore sa musique en ombres chinoises, seule la flammèche blonde de la chevelure de la chanteuse brille dans l'ombre. Le combo anglais tisse des toiles musicales émouvantes, on y retrouve un peu de Slowdive, Mazzy Star ou Blonde Redhead notamment sur Endless Summer. L'apparat romantique est parfait. Les guitares fiévreuses vont toucher le plafond en fabuleux artifices. Jolie réussite. Puis toutes nos bières doivent s'évacuer : on va aux pissotières à la Stark siffloter les romances de Still Corners. Bon, enchaînons sur Darkstar. Trois types, trois synthétiseurs - niveau scénique, c'est du Beckett. L'apparente sobriété est vite rattrapée par un chanteur - James Buttery - qui se roule dans l'excès, l'ultra théâtralisation de chaque mèche de cheveux rejetés en arrière nous refile un large sourire. C'est amusant. Partenaires Particuliers croisant Yeasayer circa Odd Blood. On ne sait si on doit rire ou aimer, bref, on va chercher de quoi boire. Mais ces resucées de Human League colleront tout de même au palais. Bien. La première soirée se termine avec Young Marble Giants (lire). Quel putain d'amour on a eu pour ce seul opus - Colossal Youth. C'est dire les oreilles de noceurs qu'on pouvait avoir... et puis on était bien, juste ivre pour s'oublier. La gentille troupe n'a pourtant rien donné. Les chansons étaient là, bien effectuées. Rien à dire et c'est bien terrible, oui, rien à dire et un peu ennuyeux. On se force à l'enthousiasme mais apparemment rien n'y fait. On participe aux rappels, on joue le jeu - clap, clap, clap - pourtant on sait que l'on va bien vite oublier pareille prestation. Le reste de la nuit s'effectuera dans un minuscule bar aux bières tchèques. Plus tard, en marchant près du port, bien bourré, on pouvait voir l'ombre méchante d'un cuirassé. Les nuits d'hiver sont trop longues.

Jour 2 : Summer Camp, Marnie Stern, Yussuf Jerusalem

L'alcool donne ses colères rythmiques. Le mieux c'est de se lever tôt, de longer la côte en voiture, d'aller sur une petite plage appelée le Monaco. La Méditerranée est rudement belle avec des yeux entourés de cernes. C'est donc requinqué que l'on se rend le soir au Théâtre des Variétés. On débute avec Summer Camp. Projection de photos de famille kitsch + un duo. Le show se révèle efficace. On gigote dans la salle, la chanteuse joue les Sarah Bernard. Pathos rutilant qui convole avec des ambiances Eurovision - on n'est pas loin des soirées sur les croisières Costa. Jeremy Warmsley est artistiquement laid, quel talent ! Les petits Anglais terminent leur rafraîchissante prestation avec Round the Moon. On applaudit à tout rompre. Les gens semblent ravis et s'offrent des verres entre eux. C'est beau les amitiés furtives. Enfin, on ne la voit pas arriver. Elle est petite. Sa longue chevelure d'adolescente la rajeunit grave. Le bassiste est un ours. Le batteur a perdu un pari et se retrouve avec des tatouages ridicules.

midi-2Mais Marnie Stern est là et va envoyer la foudre. On se souvient des morceaux dépuceleurs de Terraform de Shellac et bien, là, c'est devant nous. Cela soulève le slip sévère. Rythmique martiale et syncopée. Basse en acier, lourde et épique. Elle, elle pousse des cris insensés, son jeu de guitare est virtuose, l'énergie dégagée est précieuse. On se régale. On est amoureux. C'est le cœur de la soirée. Nos oreilles fondent sous des sauvageries à la Unwound ou Fugazi. Les trois personnages discutent, ont le sens de l'humour. C'est d'un paganisme jouissif ! Sueur, alcool, semence, rock. C'est excellent comme une bonne nuit de baise. Vraiment, courez voir ce combo s'il passe près de chez vous. Parfait. Après pareille dévastation, on plaint les suivants. Mais les Yussuf Jerusalem donneront à cette soirée une véritable cohésion. Leur set énergique et tendu offre les miroirs fracassés du MC5 et des Seeds. Une voix granuleuse, un son crasseux et agressif. On apprécie encore plus nos bières, on regarde d'autant plus les jolies femmes. Parfois on pense aux autres drogués de Pretty Things - un truc à choper la chaude pisse quoi. Puis il cause Gilles de Rais le Yussuf et ce groupe n'est pas loin de nous refourguer des messes noires. C'est donc dans des vapeurs dignes du 13th Floor Elevators que l'on quitte la salle, que l'on va se perdre dans les rues toulonnaises, que l'on va cuver toute cette musique et tout cet alcool. A l'aube, on croisera le fantôme d'Elvis Costello. Ah ! les promesses de l'aube ....

Crédits photos : Cécilia Montesinos


MIDI Festival interviews

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Pour conclure cette charmante épopée, nos caméras à têtes-chercheuses ont flâné durant toute la durée du festival au sein de l'imposante Villa Noailles et vous ont ramené quelques pépites d'interviews prises sur le vif de Clock Opera, Egyptian Hip Hop, Vivian Girl, Mina May, Wu Lyf ou encore Clara Clara. Les mots de la fin reviendront quant à eux à Frédéric Landini, directeur d’un festival bien décidé à franchir une étape. Si cela n’est pas déjà fait.

Interviews Clock Opera / Egyptian Hip Hop / Vivian Girl / Mina May / Wu Lyf / Clara Clara

Interview Frédéric Landini

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Tu as assisté à pratiquement tous les concerts de cette édition 2010. De 2008 on retient les débuts de Girls et la venue de James Chance. De 2009, l'introduction de la MIDI Plage et le final époustouflant des Skeleton$. Que retiendras-tu personnellement cette année et pourquoi ?
Le concert de Lee Ranaldo a été une première pour nous. Cet hiver - avec Régis Laugier, chanteur et compositeur d'Hifiklub - nous lui avions demandé de jouer ses propres compostions de Sonic Youth en acoustique... Du coup, nous avons d'autres idées pour le futur. Pouvoir proposer de nouvelles pistes aux artistes, c'est très excitant...
Personnellement je retiendrai le concert de WU LYF, pour son originalité et les espoirs que j'avais placés en eux. Je pense que ce sera la révélation du festival 2010, avec le public...

Inversement, quelles sont tes désillusions, si minimes soient-elles ?

En toute honnêteté je ne fais pas ce genre d'appréciations, je n'ai été déçu en rien même si tous les groupes ne sont pas toujours prêts car c'est le risque dans ce genre de festivals défricheurs comme le nôtre. Tu sais, c'est aux groupes ensuite de se battre sur scène... De toute manière le niveau technique des groupes ne m'a jamais intéressé, mis à part peut-être chez les Skeleton$ (quel groupe !).

Bien sûr Thibault, la désillusion principale reste les concerts de Memoryhouse et Toro Y Moi, annulés pour cause de mistral... Ce mistral qui m'a causé tant de soucis tout le long du festival... comme en 2007, l'année d'Animal Collective...

Cette programmation 2010, comme les précédentes, fourmillait de paris sur l'avenir (Clock Opera, Egyptian Hip Hop, WU LYF, Yuck). Le défrichage est-il la volonté première du MIDI ou est-ce une nécessité économique dans un pays comptant quasiment autant de festivals que de jours dans l'année ?

Le rôle d'un festival est quand même de proposer des découvertes et si possible en grand nombre. C'est un choix de mettre en avant le début de certaines scènes. Mais avoir des moyens supplémentaires serait bienvenu. Nous garderons une idée de propositions émergentes, même si avec plus d'argent nous pourrions tenter des trucs vraiment encore plus fous...

Après James Chance en 2008 et Arto Lindsay en 2009, Lee Ranaldo cette année. Peux-tu expliquer ce lien indéfectible qui est en train de naître entre le MIDI Festival et l'underground new-yorkais d'obédience post-punk ?

Nous étions dans un cycle que nous avons entamé avec James Chance sur New-York et le courant no wave, mais à la base ce sont des rêves de gosse de voir ces personnages. Chaque année nous voulons présenter une "référence" de la musique aux côtés de la jeune scène. Il y a eu trois années avec New-York, l'année prochaine nous travaillerons autour de la scène anglaise de 79 avec des groupes fantastiques et totalement inconnus encore aujourd'hui.

Les chiffres de la billetterie confortent les ambitions affichées par la programmation et la multiplication des concerts - avec notamment l'instigation de la MIDI Night le samedi soir. Le MIDI Festival est-il amené à changer de nature et d'ampleur ? Le cadre de la Villa Noailles - bien que partie prenante de l'identité du festival - est-il toujours adéquat ?

La Villa Noailles est l'emblème du MIDI Festival, c'est un endroit unique de liberté et de création qui permet au festival de s'épanouir. Avec cette jauge de huit cent personnes nous sommes arrivés au maximum, notamment le samedi soir. MIDI festival ira sur d'autres spots à terme, comme cette année avec la MIDI Night (plage de l'Almanarre). Sans oublier les lieux comme la Villa Noailles, le festival se développera en additionnant de nouveaux sites et de nouveaux programmes dès 2011. En 2010 c'est plus de trois mille deux cents spectateurs...

Les dates de la toute première édition hivernale du MIDI Festival sont connues (les 10 et 11 décembre) ainsi que sa toute première tête d'affiche (Young Marble Giants). Celle-ci est-elle conçue comme un prolongement de l'édition estivale ou bien telle une nouvelle aventure à part entière (avec un lieu différent, etc...) ?

Ce sera un MIDI Festival urbain. L'opéra de Toulon nous accueillera le 10 décembre pour un concert des Young Marble Giants + Guests, mais aussi la piscine, la salle de concert "Les Variétés" et un "MIDI bar" éphémère. Le projet de MIDI Festival de décembre aura pour ambition d'occuper toute la ville de Toulon et son port, quel pied... ! On peut rêver...?

Même si j'ai ma petite idée, le MIDI Festival est-il un îlot musical isolé, temporellement et géographiquement, ou, au contraire, fait-il partie d'une effervescence toute particulière de ce côté-ci de la French Riviera ?

Si tu as ton idée je te laisse répondre (sourire). Je pense que nous avons une position singulière mais pas isolée... Ce coin c'est la Californie française, c'est sûrement pour ça que nous sommes amis avec Ariel Pink et Girls.. hahaha... !

[Pour exposer ma petite idée, je ne ferai que citer, à brûle-pourpoint, Mina May, Get Back Guinozzi!, Appletop, Hifiklub, Saturnians, Newfoundland, Viking Dress ou encore le Festival International des Musiques d’Ecran et le Rockorama...entre autres.]

Comment imagines-tu le MIDI Festival dans dix ans ?

Une destination, sur une semaine avec cinq ou six lieux, dont la villa Noailles... Une profusion de nouvelles musiques à côté de légendes... dans des endroits incroyables... !

Avec de tels projets, as-tu encore du temps à consacrer à la multiplicité de tes projets musicaux (Get Back Guinozzi !, The Wicked Witches Of The South...) ? Quelle est ton actualité musicale proche ?

J'adore tout ça... plus il y a de projets mieux je me sens... En ce moment, nous travaillons sur le deuxième album de Get back Guinozzi ! avec mon amie Eglantine Gouzy (et il y aura des invités)... et sur l'album de The Wicked Witches Of The South avec Régis Laugier, R. Stevie Moore et Mike Watt... ! Sinon, j'aimerais tellement monter une radio - mon rêve - et un MIDI bar...

Merci Frédéric.


On y était - Midi Festival 2010 / Jour 3

midi31Midi Festival, Jour 3, 25 juillet : Air Waves, Clara Clara, Yuck, The Stanges Boys, Lonelady

J'obstrue certains détails. 15h. L'œil torve, le ventre noueux. Le petit dej' ressemble à un fichu Macdo péniblement avalé. Le thermomètre n'est pas prêt de flancher. 15h45, l'équipe de choc est sur le près. On cherche les Clara Clara qui la veille nous avaient promis une fantasque session acoustique... Pourquoi pas une reprise de Bob Marley au djembé ? On les croise, mais ils sont affairés à balancer leur set puis à répondre à un kilomètre d'interviewers. Et ce n'est pas que l'on se refuse nous aussi à prendre un ticket pour faire partie de cette file d'intéressés. C'est surtout qu'on les a déjà fait longuement parler en mars dernier (voir par là). Pour la peine, on s'en va flairer le Yuck. Il n'en reste qu'un, esseulé à l'ombre, s'ennuyant paisiblement. Les autres sont partis à la plage. Logique. On ne se prive donc pas d'embrigader Daniel Blumberg, son teint diaphane et sa chevelure bouclée vénitienne dans une entrevue au frais dans les loges. Là, il nous parle de Silver Jews, de Teenage Fanclub et de Dinosaur Jr - ses trois références ultimes - en sus de son ancien groupe, Cajun Dance Party. De bon augure donc. Le sentiment léger du devoir accompli, on gagne l'herbe verte, histoire de se requinquer dans le calme relatif de la Villa. Une heure plus tard, on se réveille cerné de toute part. Les Mina May sont assis là et me conseillent une tisane bien chaude avec beaucoup de miel : ma voix s'extirpe passablement d'outre-tombe.

airePhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Air Waves ouvre ce dernier jour, ce dernier souffle. Outre une marque de chewing-gum en un mot et un hommage à Robert Pollard, membre des Guided by Voices et monument de ma douce enfance, le trio emmené par Nicole Schneit se matérialise jusqu'à présent à nos oreilles par une unique vidéo artisanale, Circle Of Nomes et un EP éponyme discrètement paru en 2008 via Underwater Peoples (en bonne compagnie de Real Estate et Ducktails). On se presse donc pour voir les anti-charismatiques Air Waves fendre l'atmosphère de leur pop tranquille et maculée de soleil. Remémorant les standards nineties, où les cordes sont rêches, la batterie sourde et le chant benoîtement guttural, les New-Yorkais entichent le spleen mordoré de Gems, Kingdom et surtout Keys de nouvelles chansons un brin plus rythmées. Les premières gorgées de bière siéent à merveille avec ces relents mélancoliques colportés par le groupe, et l'on se prend à gamberger : ce soir, il en sera fini de cette édition 2010.

clara

Mais l'égarement est de courte durée. L'autre groupe français programmé cette année, Clara Clara, remet rapidement les pendules à l'heure et le moral à l'endroit. Si une qualité se dégage de l'iconoclaste trio, c'est bien de cette spontanéité trempée de sueur dont il s'agit. Débarrassé du micro portatif sur lequel on avait pas mal glosé lors d'un passage à Paris pour les dix ans de Clapping Music (report), François Virot est debout derrière ses fûts, au centre de la scène, prêt à en découdre. Dès les premiers cognements de caisse claire et de cymbale, et les premiers riffs de basse assénés par Charles, on jauge fiévreusement de la puissance rythmique dégoisée par les frangins. Le clavier d'Amélie et la voix de François en sont les contrepoints mélodiques, défiant l'équilibre et la justesse tel un acrobate se tapant une pointe de vitesse sur un fil de verre. D'entrée de jeu, ils exécutent un nouveau morceau chanté en français, puis enchainent avec ferveur leurs hymnes foutraques et cadencés (Under the Skirt, One On One et Paper Crowns), déversant sur les braises d'un public remuant l'essence d'une noise-pop déroutante mais efficace. Il est encore tôt, une lumière abondante baigne nos yeux écarquillés, peinant à reconnaître celui qui se trouvait seul, lors de l'édition précédente, au même endroit, recroquevillé sur sa guitare et pétri d'une timidité presque attendrissante. Les copains, ça aide.

yuck

On en est là, entre spleen et remue-ménage, quand le quatuor Yuck, tout droit issu d'une fourmillante blogosphère, s'apprête à étrenner sur le sol français une réputation pour le moins taillée dans le velours d'unanimes louanges. Car que ce soit avec ou sans parenthèses (Y(u)ck / Yuck), avec ou sans électricité, les Londoniens subjuguent et magnétisent tout un petit monde s'étant déjà épris de leur split single sur le label-blog Transparent, Georgia, en sus de leur cassette Weakend, sur Mirror Universe Tapes. En somme, un autre bon pari sur l'avenir après ceux sur les Mancuniens d'Egytian Hip Hop et de Wu Lyf. Daniel Blumberg nous avait prévenu, ce soir, il n'est pas question de chichis, ni de parenthèses, de piano, ni de douceur, mais bien de guitares, de saturations et advienne que pourra. L'ex-Cajun ne ment guère, le début comme la moitié et la fin du set ne déméritant pas dans l'art d'envoyer à vau-l'eau d'immédiates distorsions dans la plus pure tradition alternative rock chère aux années quatre-vingt-dix (décidément). Pas de doutes, Jay Mascis et Lou Barlow ont dû apprécier ce bel hommage lors du dernier festival All Tomorrow’s Parties : jouant en compagnie de Built to Spill et de Dinosaur Jr, les Yuck ont dû en mettre plein la vue et les oreilles à leurs prédécesseurs, bien obligés de leur passer la main. Mais s'il y a quelque chose d'attrayant à voir l'infatigable Coubiac touffu s'affairer derrière une batterie, qui semble miniature, quelque chose ne colle pas avec le lieu et nos attentes. Trop heavy, trop consistant, trop rugueux, à tel point que l'attention reflue, on commence à s'enquérir de la fin de soirée d'untel, de celle d'un autre, qui avait l'air en grande forme, etc... Peut-être tout simplement une incompatibilité d'humeur. L'essentiel étant que l'on puisse tirer ça très vite au clair : à savoir en octobre au Point FMR (là) et au festival dijonais Novosonic, en première partie de Veronica Falls. C'est dit.

strangeboys

Avec The Strange Boys, me voilà en territoire connu. Point de martingale foireuse et point d'avant-propos inutile, j'avais déjà tout dit, ou presque, de ce que m'inspiraient ces joyeux drilles texans (ici). Et rien pour me faire mentir : les accords crapoteux de Night Might retentissent tel un appel au grabuge, le public s'empressant, dans un véritable nuage de poussière, à exhumer ses dernières forces. Surpris d'un tel accueil, la petite bande, aux visages poupins et à l'allure négligemment débraillée, ne s'embarrasse que de peu de ses comptines pour faire sauter et slammer les premiers rangs, muni d'un garage rock aux forts accents blues. Be Brave et A Walk On The Beach finissent de convaincre toute l'assistance à tressaillir et répudier le lendemain dans la frénésie de rythmiques endiablées, substantiellement agrémentées d'un harmonica éraillé, de guitares enrhumées et d'un saxo à la volatilité extatique. On pense à Chuck Berry violenté par les Seeds ou aux Wave Pictures efflanqués des turbulents Black Lips. La communion avec Ryan Sambol et ses ouailles se fait totale, chacun ayant au moins renversé sa bière sur le voisin, quand ce n’est pas sur soi-même. Le rappel est scandé, le rappel ne viendra pas, la paix des braves. Be Brave mec. Juste le temps de me siffler un verre prohibé et de cracher la terre inhalée que Virginie m'empoigne avec conviction : tâchons de ne pas louper pour de bon les Clara Clara. Cela va loin, trop loin. Ma voix fait de la peine à entendre, les réponses sont imbibées mais censées : François trouve le moyen de nous causer de Reveille, son troisième (récent) projet. L'année prochaine au Midi ? Chiche.

lonelady

Blague à part, Lonelady est déjà en piste. Faut dire, elle n'a pas trop envie de s'éterniser. Celle adoubée par la presse telle l'anti-La Roux, dans sa manie à ne garder des eigthies que du noir et du gris, traîne depuis déjà une demi-heure son mal-être délétère lorsque je pointe le bout de mon nez au beau milieu d'un auditoire passablement refroidi. Je ne retiendrai pas grand chose de la prestation de Julie Campbell et de son acolyte aux machines - mise à part sa jolie marotte post-punk Nerve Up et ce goodbye, glacial et sans appel, lancé à un parterre en droit d'en attendre plus. Léger malaise. Surtout lorsque l'on se remémore les touches finales apportées à l'édition 2008 et 2009 par Zombie Zombie et Skeleton$. Il est minuit et Virginie nous quitte. Patrice, le teint blafard m'implore de ne pas trop le tancer. Je n'ai ni la voix, ni la force de m'y risquer. On se laisse glisser dans la nuit non sans avoir préalablement remercié toute l'équipe du festival réunie autour de cubitainers de rosé, LE péché mignon du coin.

Qu'il est dur de ne pas tomber dans l'instantanée nostalgie. Le train qui m'arrache dès le lendemain midi à ce sud varois pétri de bonnes intentions aurait eu moult raisons pour me savater le moral. Mais je garde en tête cette petite lueur qui sera peut-être mon soleil de décembre : pour la première fois le Midi aura son édition hivernale, les 10 et 11 décembre. Les explications avec les mots de la fin de Frédéric Landini ici.

Merci à Frédéric Landini et à toute l'équipe du MIDI Festival, en particulier à Lætitia pour sa patience et sa disponibilité.
Merci aussi à tout ceux qui nous ont si bien reçus et accompagnés : Hervé, Flo, Julien, Vinz, Sofia, Nadia & tous les autres...

Relire / Midi Festival jour 1 ; Midi Festival, jour 2 .

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Vidéos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

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Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

On y était - Midi Festival 2010 / Jour 2

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Midi Festival, Jour 2, 24 juillet : Kptmichigan, Mina May, Kindness, Wu Lyf, Memory Tapes, Richard Sen, Andrew Weatherall

15h. Réveil douloureux. Je gis dans une forêt de grolles et de sacs. Le sang irrigue violemment ma boîte crânienne, mes tempes cognent, annihilant toute tentative de remobilisation. Tel du verre brisé, je rassemble soigneusement mes fragments de mémoire. Une bouteille de rosé lichée à dix du mat' sur la plage, un 4x4 embourbé, le soleil qui détonne, puis l'affaissement somnolent. Une faible voix anéantit ce pénible instant de solitude... Mec, il est où mon sac ? Patrice émerge, cherche mollement son appareil photo. Ressac. Putain la Midi Plage ! Nos rendez-vous (Toro y Moi, Memoryhouse) ?! Affalé sur le canapé, Pat brode laconiquement une réponse... Mec, il est où mon sac ? Mon téléphone ne s'allume plus, je cherche le foutu sac - finalement retrouvé une heure plus tard dans le coffre d'une des voitures. Une fois désensablé, mon portable daigne donner signe de vie. Lætitia au bout du fil. Les concerts de l'après-midi sont annulés pour cause de grand vent. Autrement dit, on avait tout le loisir de faire parler Chazwick Bundick, Evan Abeele et la fluette Denise Nouvion, à la peau d'albâtre et au visage séraphin. Le coche est loupé. On file à la Villa pour essayer de choper les Toulonnais de Mina May. De peu, ils nous filent entre les doigts, trop occupés avec les confrères de la Blogo. Y'a des jours comme ça.

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Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Le soleil n'en démord pas, les alizés perdent de leur ténacité, la chaleur inonde paisiblement mon front. Celui qui a été quasiment de tous les Midi (cinq fois sur six), Kptmichigan, investit la scène sous les yeux de légende Lee. La rumeur court comme quoi ce dernier se serait fait voler son archet. Vérifie-t-il si son alter ego germain est à l'origine du larcin ? Probablement pas, il semble ne pas perdre une once des divagations polymorphes et électro-acoustiques d'un Michael Beckett arborant un panama de toute beauté. Celui qui traina ses guêtres en (bonne) compagnie de Dirk Dresselhaus (Schneider TM) et Christian Fennesz, et qui l'année passée mixa le Carpet Madness de Get Back Guinozzi !, bâtit consciencieusement un spectre de distorsions léchant nos oreilles à la manières de vaguelettes caressant nos orteils en éventail. On s'éprend lascivement de ce tapis sonore au confort vaporeux, on divague à la périphérie du tourbillon de la veille, suspendu aux saturations blêmes de l'Allemand, quand celui-ci se lève et nous remercie d'un éclatant sourire pour notre attention. Le public pour le moment clairsemé applaudit tandis que les derniers plagistes bercés au son du Magic Krew refluent tranquillement à l'orée de la pinède. Le houblon coule à nouveau à flot.

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Si certains regrettent que le Midi ne fasse pas assez de place à la création musicale française (n'est-ce pas François V. ?), les productions toulonnaises sont néanmoins régulièrement mises en avant. 2008 fut l'année d'Hifiklub et de sa mitraille tellurique instiguée par Régis Augier, par ailleurs administrateur de la Villa Noailles. 2009 fut celle des précités Get Back Guinozzi !, formés autour d'Églantine Gouzy et de Frédéric Landini, directeur du festival. 2010 est celle du quatuor Mina May qui ne s'en prive pas pour déployer, devant un parterre de plus en plus dense, une pop psyché mâtinée d'électronique et de rythmiques motorik - troublante réminiscence d'un krautrock cher à Neu !. Ayant récemment étoffé leur discographie d'un séminal disque éponyme, écoutable et légalement téléchargeable sur le bandcamp du label Silverstation Records, après l'extended play Skylarking paru l'année passé, le groupe emmené par Flashing Teeth, officiant aussi seul sous ledit pseudonyme et dont la voix flirte avec les intonations d'un Thom Yorke en échappée belle, assène sans coup férir d'intenses déflagrations ciselées de guitares roboratives et de claviers ressuscitant, l'espace de quelques morceaux, l'ardeur scénique des Anglais de Clinic. On reste suspendu à leurs cordes et, dès la fin du set, Virginie m'empoigne pour une nouvelle tentative d'interview à l'arrache. La tactique est payante.

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Une fois défloré, tout mystère perd de son sel. La curiosité se détourne inlassablement vers d'autres insondables secrets au parfum de fruits défendus. C'est ce que l'on croit et c'est ce que figure à merveille Adam Bainbridge, grand échalas démantibulé, et son Kindness de groupe. Un single évanescent, Gee Up, et une foultitude de reprises : voilà le seul plat de consistance à disposition de notre boulimie auditive. Pas Byzance quoi. Et il n'y eut pas franchement de quoi picorer plus. Psalmodiant solitairement sur un gloubiboulga mollement débité par un laptop, on croit à la blague, à la redite Yacht, l'humour et la spontanéité en moins, les cheveux filasses en plus. Quand un guitariste et un bassiste se pointent, on s'imagine le set fin prêt à prendre de l'ampleur. Retentissent alors les premiers accords d'une reprise de Girls exécutée sans une once d'originalité. Il n'en fallait pas plus pour laisser le bar m'aimanter. Paraît-il le public s'est amusé. Franchement c'est tout le mal qu'on lui souhaite.

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J'ai presque envie de me paraphraser, histoire de me contredire. Une fois défloré, tout mystère perd de son sel ... World Unite / Lucifer Youth Foundation (WU LYF) incarne l'exact contrepoint de cette péremptoire affirmation. Car même s'il jouèrent à visages découverts, s'ils donnèrent leurs premières interviews écrite (là) et filmée (pour Hartzine !) et s'ils acceptèrent - à contre cœur - diverses séances photos, les quatre Mancuniens ont légué à nos yeux ébahis autant d'interrogations que de certitudes marquées au fer rougeoyant de leur intensité scénique. Car autant le dire tout de suite, sans risquer de se faire houspiller par quiconque présent ce soir-là, WU LYF est la grande révélation de cette édition 2010. Précédés d'un trouble halo numérique, occultant leur identité par autant d'indices que de fausses pistes marinant dans un remugle de phrasé religieux et d'icônes séculaires, seuls quelques morceaux, enluminés de quelques films ou photo-montages saisissants, laissaient présager d'une telle épiphanie sonore et visuelle. Car si la fin du monde s'invite dans nos calendriers plus tôt que prévu, la bande-son de son accomplissement fuligineux est toute trouvée. La voix éraillée d'Ellery Roberts, tout en nerfs devant son orgue, prend dès les premiers instants aux tripes, dispensant, du haut de ses vingt balais, une catatonie soul et garage amplement magnifiée par la puissance rudimentaire et acérée de l'instrumentation. Les signes s'inversent, la déroute des sens est totale, le calme se meut en profonde inquiétude (Heavy Pop, Concrete Gold), quand l'explosion s'écrit révolution, liberté et déchainement (Lucifer Callin'). Ainsi le parallèle avec les reformés God Speed You! Black Emperor se dessine de lui-même, mais selon des traits imparfaits, car persiste ce timbre rocailleux et vociféré, distillant de sombres élucubrations ulcérées dénigrant toute tentative de comparaison. Brinquebalée et décontenancée, la foule ne délite en rien sa densité, réclamant corps et âmes un hypothétique rappel. En vain. Des cris rauques résonnent dans la nuit sauvage, le blanc de mes yeux s'injecte d'un sang pourpre. Mais l'essentiel gronde déjà ailleurs : la tourneboulante cabale engendrée par la Lucifer Youth Foundation n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin. Reste à savoir jusqu'où tonnera-t-elle. Et si le disque promis - vertement annoncé par un 7" vendu par ici en guise d'adhésion à l'énigmatique LYF - traduira dans le sillon cette magistrale gifle.

memorytapes

Le cerveau noyé d'endorphine, rabrouée d'une telle tension névrotique, mes pieds refusent mes pas, n'assumant plus qu'une fuite hédoniste. Le moment s'avère idéal pour découvrir les chrysalides électroniques du taciturne Dayve Hawk et de son projet Memory Tapes. Stakhanoviste du remix et récent promoteur d'un album, Seek Magic, paru en février dernier sur le label Something in Construction, l'Américain, accompagné de l'altruiste métronome Matt Maraldo, fait partie de cette caste d'artistes divisant le public en deux fractions bien distinctes : l'une médusée, endoctrinée et transportée, l'autre de marbre et impatiente d'en finir. Inutile de préciser de quel côté je me situe sur cet échiquier élémentaire tant la dentelle discoïde, mariant beats hypnotiques et fulgurances synthétiques, insuffle une euphorie douce et frivole. Les guiboles feignent le clubbing au rythme des comptines interstellaires du ténébreux Dave (Bicycle, Stop Talking, Plain Material), transcendées d'une guitare omnisciente, quand les sourires ne font qu'ébaucher les méandres d'une imperturbable dérive noctambule. C'est altéré d'une candeur insoupçonnée que l'on gagne l'Almanarre, non sans faire l'erreur de prendre en auto-stop l'un des mecs les plus noircis et abrutis d'alcool. Deux minutes suffirent pour le regretter, mais la voiture est lancée.

La plage est obscurcie d'un tapis humain recouvrant chaque parcelle de sable de sa masse mobile et agitée. Après l’Amateur, résident du coin, et Richard Sen, pionnier du graffiti anglais et dj house londonien, que l'on aura à peine eu le temps d'entrevoir, Andrew Weatherall s'installe derrière les platines. Difficile de dire de quoi était fait le public, mais l'on s'étonne de la faible emprise de la légende sur celui-ci, préférant la jactance intempestive, savamment agglutiné au bar. C'est sans doute cette même question qui taraude l'ancêtre moustachu qui exécute un set efficace à défaut de révolutionner quoi que ce soit. Qu'importe, les bribes de mémoire se racornissent à mesure que l'on plonge dans la nuit et très vite l'amitié prend le dessus sur une éthique journalistique mettant définitivement genoux à terre, le visage balayé d'embruns.

A suivre / Samedi 28 août
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On y était - Midi Festival 2010 / jour 1

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Midi Festival, Hyères, Villa Noailles, 23, 24 et 25 juillet 2010.

Je décèle ce petit rictus moqueur s'accrochant à vos bouilles réfléchissant la lumière crue de l'écran. Ah oui, Hartzine... on se la coule douce hein... on va au Midi Festival et on sifflote au vent tout l'été en attendant le soupçon d'inspiration... Et bien non. Et tant pis si certains de nos confrères sont de valeureux guerriers, insensibles à la gouache délétère du manque cruel de sommeil, postant ça et là leurs papiers respectifs les 26, 30 juillet, 1 et 2 août. Pour ma part, à ces dates, j'étais encore en train de récupérer à coup de nuits de dix-huit heures bien empaquetées sur l'oreiller, tout en me gavant de miel et de grogs bien chaud, histoire de pouvoir user à nouveau de cordes vocales à peu près décentes. Recouvrer son corps et ses esprits donc. Mais pas que. Car s'il nous a fallu du temps, de la patience et de l'abnégation pour préparer ce qui suit, c'est avant tout pour retranscrire au mieux, selon nos intimes convictions, l'excellence d'un festival qui comme chaque année sut tenir ses promesses tout en affichant de nouvelles ambitions - préalablement évoquées par ici - en terme de fréquentation (passer de six cents festivaliers par soir à huit cents) et d'organisation (pour la première fois est organisée une Midi Night sur la plage de l'Almanarre). Ainsi, prenez cette logorrhée admirative - mais non complaisante - telle une tentative de se hisser au niveau de ce qui nous a été proposé durant ces trois jours de juillet, baignés d'un soleil incandescent et dardés d'un vent parfois inconvenant. Autant dire que pour Virginie, Patrice et moi-même, l'épreuve est rude. L'Everest est incommensurable. Pour autant ce n'est biaiser d'aucun raccourci inopportun la marque de fabrique estampillée "Midi", que de s'essayer à contenir celle-ci en un faisceau de mots à la fraîcheur insoupçonnée pour tout néophyte tentant l'aventure. On met alors bout à bout richesse et défrichage d'une programmation bien sentie, proximité et disponibilité d'artistes tout heureux d'être là, sens de l'accueil et affabilité sans pareille d'un staff à la hauteur de l'événement, et pêle-mêle, chaleur estivale, sable fin, amitiés, retrouvailles, cigales et ivresse de jours sans fin. Rien de moins.

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Mon train de migrant parisien tonne vers le sud à vive allure que déjà s'impose à moi cette vision rêvée de la french riviera. Troisième année consécutive à cavaler vers les hauteurs de Hyères, à m'affranchir d'une grisaille sans nom, bifurquant d'un quotidien délesté de temps morts. La joue collée à la vitre, je contemple les nuages se soustraire à mes yeux subrepticement embués. La joie joue de drôles de tours, sans doute l'émotion de regagner les pénates de quelques virées ubuesques, de revoir ces visages inextricablement liés à cette collection d'instantanés à jamais gravés dans les limbes de ma mémoire. L'informité sombre et éventrée d'un rideau de pluie dense se dissipe, laissant place à l'immaculé bleutée opérant cette jonction céleste entre ciel et mer. Les wagons s'enfilent sur les rails longeant la Mare Nostra qu'inflexiblement le thermomètre grimpe vers cet Olympe centigradé à trente-huit. D'autres arriveront à la fraîche, à moi le cagnard. Mes deux pieds à peine jetés sur le quai d'arrivée - Toulon, deux minutes d'arrêt - que me voilà déjà embarqué vers la plage jouxtant le port et dentelée de roches brunies par le soleil. Un verre de Ricard à la main, le corps englouti de cette eau presque trop chaude, le compteur invisible refait surface, martèlant sa latence : il y avait trois cent soixante-deux jours à attendre, il n'y en a plus qu'un. Le soulagement laisse place à l'éthyle désir de cramer les étapes, la nuit gagne et se poursuit jusqu'à l'aube : je suis choyé et bien accompagné.

Midi Festival, Jour 1, 23 juillet : Clock Opera, Fergus and Geronimo, Lee Ranaldo, Vivian Girls, Egyptian Hip Hop.

Mon téléphone défaillant indique quatorze heures. Je suis à la bourre, logique, et c'est à toute blinde que je rejoins Virginie sur les hauteurs de Hyères. Les femmes sont réputées pour penser à tout, mais là, penser à prendre une bouteille de flotte relève carrément de la providence. N'ayant aucunement effleuré cette drôle d'idée, c'est gorge asséchée et langue pendante que je remercie ma bienfaitrice - qui s'amuse déjà de mon allure dégingandée. Nous nous dirigeons alors prudemment vers le site du festival. Prudemment car le parking situé vers le château surplombant la Villa bénéficie d'un chemin d'accès des plus hasardeux. On infiltre la Villa Noailles, on cherche et on trouve notre rendez vous, Lætitia qui nous indique la marche à suivre, le planning et le point presse : un joli pigeonnier tapi de coussins emmitouflé dans le brouhaha des cigales. Première immersion pour Virginie dans le cadre idyllique de la Villa. Celle-ci, l'une des premières bâtisses de style moderne que la France ait connue, édifiée en 1923 par l'architecte Robert Mallet-Stevens, fut la commande d'un certain Vicomte de Noailles, aristo mécène et intime de Man Ray. Fonctionnelle et lumineuse, elle accueille - outre une imposante queue de festivaliers pressés de soulager vessie et lanterne gorgées de houblon - le renommé Festival International de Mode et de Photographie. Mais comme chaque année à pareille époque, la Design Parade investit les lieux et c'est tant mieux : on se promet d'y faire un tour.

On ne flâne pas de trop, car il y a du pain sur la planche. Si légende Lee esquive poliment les interviews du haut de ses cinquante-cinq balais poivre et sel, ce n'est pas le cas des minots d'Egyptian Hip Hop, qui, entre une partie de chat-bite et une adaptation trash de la cabane au prisonnier, acceptent de répondre à nos questions. On avait eu droit lors du Mo'Fo', en février dernier, au choc des cultures avec Take It Easy Hospital, là, c'est tout bêtement celui des générations. Et bim !, la trentaine dans les dents. Idéal avant goût pour se fader gentiment les mutiques Vivian Girls, friandes de bouillabaisse - seule exclu arrachée non sans peine par Virginie, en sus des adorables Clock Opera, un temps perdus dans la nature par l'organisation. Et si la bande du charismatique Guy Conelly a crocheté par le sud, en plein cœur de sa tournée estivale, ce n'est en aucun cas pour épaissir sa collection d'araignées - à la demande express du batteur, nous avons péniblement élu un endroit dénué d'arachnides - mais bien pour remplacer au pied levé les défectueux Dominant Legs, groupe intimement lié à Christopher Owens et ses Girls qui avaient jeté, d'un même élan, les bases de sa carrière et celles d'une édition 2008 des plus réussies. La boucle sera bouclée une autre fois. Les secondes s'égrainent passablement vite - 18h30 - et voilà que le vent dessine, au grand dam de nos yeux rouges de poussière, ses premières circonvolutions aussi sournoises qu'impromptues. Un petit tour du côté de la Summer House 2, réalisée par l'artiste Marc Turlan, installation amoncelant des photos de musiciens ayant participé au Midi, puis, dans le prolongement, je fouine de mes petites mains dans les imposants bacs à vinyles disposés près du bar. Malin. J'embraye donc sur la première pinte quand résonne dans la pinède les premiers accords dispensés par Clock Opera. 19h15, le quart d'heure méridional quoi.

fergus1Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Accepter à l'arrache d'ouvrir le festival, n'y rester que quelques heures et détaler - à leur grand regret - dès le petit matin suivant, voilà le tour de force opéré par les Londoniens de Clock Opera. Les nouveaux pensionnaires du jeune label parisien Maman Records - étrennant tout juste leur seconde sortie physique, A Peace of Strings, après un 7" paru l'année dernière sur Pure Groove Records - avaient donc de quoi flipper, d'autant que le public fait encore la queue au portillon, l'arrivage groupé ne permettant pas à tout le monde d'être o'Clock. Qu'à cela ne tienne, Guy Conelly, sa barbe bien taillée et ses acolytes entament leur set avec ce rien de gêne délicatement murmuré par un sourire en coin. A dire vrai, on s'attendait plus à se repaître d'électronique vaporeuse que de pop gracile, les garnements proposant, dans le feu doux de leurs compositions, de subtils collages sonores tout en étant les rois du remix en vogue (Marina & The Diamonds, Au Revoir Simone, Baby). Et si l'alchimie peine à prendre, la voix à la pureté d'opale de l'ami Guy, variant sans état d'âmes des graves aux aigus, finit de saisir au thorax en scotchant définitivement notre évasive attention sur les cavalcades aériennes du groupe. Mariant nappes de clavier, basse tranchante et guitare parcimonieuse, le tout mâtiné de rythmiques propulsives, les Clock Opera terminent comme ils n'ont pas commencé, en jouant fort, dignes de leur statut d'irrésistible révélation.

Denton, Texas, c'est foutrement loin de Cap Canaveral. Alors les montées ascensionnelles chères à leurs prédécesseurs, ils n'en ont cure : l'occasionnel quatuor Fergus and Geronimo est avant tout là pour envoyer au fin fond de nos esgourdes une soul pop encrassée d'un cambouis garage révérencieusement chipé aux compils Nuggets. Pas de round d'observation donc pour ceux que l'on avait découverts via l'influent blog-label Transparent (voir par là), les guitares éraillées grommellent tandis qu'Andrew Savage, par ailleurs membre de Teenage Cool Kids, et Jason Kelly se relayent au chant, l'un et l'autre renfrognés dans leur propre style. Et s'il est indéniable que la palme de la coolitude et de la disponibilité leur revient de droit - la petite bande vivotant durant ces trois jours en plein cœur d'un public ravi de faire leur connaissance - on est quelque peu mal à l'aise quant au rendu scénique de leur prestation : proches cousins du trio d'Austin, Harlem, les Fergus and Geronimo ne sauraient faire jeu égal avec les inénarrables Black Lips, maîtres incontestables du rock poussiéreux et braillards, insufflant de véritables bouffées catatoniques à quiconque s'éprenant de leurs concerts. Et que dire, lorsque Jason pète sa corde et fout en l'air le concert. Là où les Géorgiens pochetronnés n'auraient reculé devant rien pour entonner à gorges déployées leurs hymnes débraillés (Drugs, Bad Kids, la liste est longue), les chétifs Texans perdent le fil et l'assistance d'un même mouvement. Dommage. C'est parfois embarrassant de jouer dans le même registre d'aînés si encombrants.

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Le vent se lève une bonne fois pour toute et avec lui un nuage d'incertitudes quant à la tenue des concerts du lendemain à la plage de l'Almanarre. Peu importe, j'enchaîne les pintes - bien relayé dans l'exercice par toute une fratrie désormais au complet. Perpétuant cette filiation / tradition avec l'underground new-yorkais, ayant vu se succéder James Chance en 2008 et Arto Lindsay en 2009, Lee Ranaldo - échappé de ses Sonic Youth de toujours - s'assoit benoîtement sur une chaise seulement entourée d'une huitaine de pédales d'effets. Et il l'avoue sans peine, un tel dénuement, qui plus est devant un public bien trop visible, voilà sa "carte blanche", son expérimentation d'un soir. Ceux craignant un déluge de saturations sinusoïdales sont rassurés, celui qui fut l'auteur d'une des plus belles chansons de l'un des groupes les plus influents de ces trente dernières années - Eric's Trip en l'occurrence - jalonne son set de son timbre fragile et touchant, sa guitare n'incisant qu'acoustiquement son intimité mise à nue. Loin des frasques d'alors et dégagé du couple mythique que forment Thurston Moore et Kim Gordon, Lee se révèle d'une humanité sans nom, tatillon et hésitant, mais toujours sidérant. En témoigne ce nouveau répertoire lorgnant vers un blues rock digressif ou ces relectures minimalistes d'Hey Joni (Daydreem Nation) et de Karen Revisited (Muray Street). Et là où les mauvais esprits ne voient qu'un maigre sosie de Patrick Juvet (sic) s'échinant à garder les yeux ouverts, malgré les bourrasques terreuses ramassées en pleine poire, je reste coi, humectant ma mémoire de cette jeunesse éternelle, pierre angulaire d'une culture musicale entamée avec Goo et Dirty, puis Daydreem Nation et Experimental Jet Set Trash and No Star. Signe qui ne trompe pas, je n'ose l'approcher durant ses deux jours de présence, missionnant Patrice, histoire de le shooter discrètement. Une légende est une légende. A chacun ses icônes.

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La question peut prêter à sourire : tu crois que Cassie Ramone des Vivian Girls est la fille de Joey Ramone ? Dans la jungle de Brooklyn, on ne sait jamais, je garde la réponse pour une recherche ultérieure. N'empêche, j'ai ma petite idée puisqu'au sein des Dum Dum Girls - sœurs jumelles écumant la Cité des Anges et ayant vu défiler à la batterie Frankie Rose, une ancienne du cru Vivian - Kristin Gundred se fait appeler Dee Dee. Tiens, tiens. Niveau jeu de scène, c'est aussi charismatique que les Dum Dum précitées, mou du genou donc, mais s'agissant de l'électricité dispensée, c'est nettement plus consistant sans être franchement original. Celles qui se sont rencontrées lors d'un concert de Weezer (avant le Green Album, ce n'était pas une insulte), vilipendent sans broncher un public dense et sautillant de leurs frémissantes guitares corrodées, où la science de l'impureté se fait chaleureuse et récréative au rythme d'une batterie galopante. On se doute que les textes sont d'une profondeur aussi abyssale que ceux de Bethany Cosentino, alias Best Coast, et que dans l'apprentissage de leur instrument respectif ne figure que l'essentiel de la base, chaque tentative de solo à la gratte étant un enfer pour les oreilles, mais à dire vrai l'important est ailleurs ; on s'imagine apprivoiser les déferlantes céruléennes non loin d'Honolulu, les Black Tamborine crachant à fond dans le radio-cassette fiché dans le sable... Sans doute la raison pour laquelle les godets de bière passent si bien et que l'ambiance se réchauffe d'un coup d'un seul. Et si de Ramone il n'y a pas l'ombre d'une quelconque paternité, l'esprit en est conservé : les responsables de Everything Goes Wrong, paru l'année passée sur In The Red, exécutent sans ciller ce qu'elles savent faire de mieux : la même chanson en mode low, middle et high tempo. C'est selon.

Éreintée de fatigue et de chaleur, Virginie quitte le navire tandis que Patrice déambule dans le public, saoul comme un marin en permission. Rien à vous montrer donc des Egyptian Hip Hop, étrennant pour la première fois hors de leurs bases britonnes leur discographie réduite pour le moment à peau de chagrin : seul un de leurs deux singles, Wild Human Child, peut se targuer d'une sortie physique via Hit Club (le mutin Rad Pitt étant librement téléchargeable sur The Fader). Du haut de ses dix-sept balais de moyenne d'âge et auréolé d'une hype rappelant celle de ses fluo-congénères Klaxons - un truc pas trop dégueulasse mais largement surestimé -, le quatuor mancunien toise négligemment la nuée de colporteurs prête à lui tomber sur le râble et dynamite sans ménagement les genres et l'espace-temps, faisant cohabiter, dans une nasse synthétique au groove entraînant, l'efficacité mélodique des Cure (Rad Pitt), l'africanisme des Talking Heads et la basse omnisciente de Peter Hook (Wild Human Child). Le clip de Middle Name Period traîne désormais sur le net. Lætitia vient s'enquérir d'un comment ça va chez Hartzine ? pile au moment où Pat' tente de soulever sur ses épaules trois fois son poids en viande détrempée d'alcool. Ça va super ! Les Egyptian font le boulot, non sans maladresse, mais qu'importe : leur carénage math-rock se dilue peu à peu en saillie électro-pop crépitant éminemment dans une nuit à peine entamée. Nul doute que les gamins feront parler d'eux, frappant aussi bien au bas ventre qu'en pleine tête. Un brin sonné par une telle légèreté apprivoisée, le cerveau démantibulé et congédié d'opiacé, je me laisse aller, l'œil hagard, dans cette simili rave embrumée. Le sens commun s'évapore et l'idylle insomniaque fond sur nous à toute blinde : le balai des voitures s'organise quand la destination est toute trouvée. Direction la Moutonne.

A suivre / Mercredi 25 août

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