On y était : Transient 2016

Brosser un portrait général et pluriel de la scène électronique actuelle, sous ses coutures les plus variées et dérivés les plus infléchis, est l’ambition du festival Transient qui, depuis trois ans maintenant, gratifie le mois gris et triste de novembre d’une salve d’événements digital friendly. Une jolie percée pour ce paysage culturel trop souvent réduit aux seuls intérêts geek et club, petit tour d’un festival branché à 360°, électronique jusqu’à la moelle.

Vendredi 05/11. Débarqués frais comme des gardons dans l’enceinte du circulaire et enivrant Cabaret Sauvage, le principe s’édicte vite : circule. Dehors, la nuit est tombée, il pleut à verse et les plus motivés sont là - ils auront ô combien raison. L’idée, c’est justement de naviguer entre les installations, intérieures et extérieures, quand chaque heure permet de mettre en avant le live d’un artiste. En première partie, la part belle était faite à l’audiovisuel, trop grand oublié des clubs. On regrettera juste que ces doubles shows n’aient pas été redistribués sur toute la nuit, l’expérience aurait été plus équilibrée, et le preste horaire du labyrinthe sonore de James Whipple, l’impénétrable projet M.E.S.H., où l’apport visuel de Michael Guidetti promettait d’heureuses combinaisons. Mais la scène, loin d’être accessoire, ne concentre pas toutes les attentions. La vidéo on repeat de Yannick Vallet nous aura fait le week-end, hypnotisante expérience immersive dans le vide blanc des routes américaines, succession Street View motivée par une quête dont la source est la série chef d’œuvre de David Lynch : Twin Peaks All Over The States.

Côté scène, on attaque la meilleure partie de la nuit avec cet enchainement de madre de Dios. Voiron, producteur parisien assez génial de l’écurie Cracki, n’aurait pas pu mieux réussir à rendre les corps mobiles et entremêlés avec sa grande baston électronique marquées de coups de poings acides et kicks synthétisés. Meilleure entrée en la matière avant l’arrivée du grand, de l’immense Legowelt, aka le seul homme qui se prend en photo en chaussettes entouré de synthétiseurs et de plantes vertes qu’on peut trouver cool. La faute à Crystal Cult 2080, petite bombe sortie chez Crème Organization en 2014. Entre nappes démoniaques, sonorités deep et acid-house, notre homme-machine assure au public du Cabaret Sauvage une connexion Chicago-La Haye vénère juste ce qu’il faut, hybride et riche à souhait. Le début du bonheur, si l’on veut. Subjex est l’autre bonne surprise, représentant de la scène glitch dont on cause assez régulièrement ici, dont les breaks ont salement contribué à secouer les derniers conquérants de la fosse du Cabaret Sauvage.

Samedi 06/11. La jauge est déjà plus remplie, cela fait plaisir à voir. La venue du vétéran Luke Slater en a fait déplacer plus d’un. Pourtant, le festival a ce soir-là dû essuyer quelques revers, à commencer par l’annulation triste, triste et triste de Mika Vainio, moitié de Pan Sonic, duo finlandais expérimental à l’approche minimaliste glaciale. Motif : raison de santé. C’est donc seul que Franck Vigroux assure leur show, qui devait pourtant présenter les derniers résultats de leur prolifique collaboration. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, Coldgeist devra aussi oublier le live audiovisuel qu’il avait préparé, les raisons techniques sont toujours les plus fortes. On se console côté jardin, avec des installations artistiques, les mêmes que la veille, qui n’en finissent pas de détourner écrans et objets numériques au service d’un questionnement plus culturel, citons Hugues Clément et Dorian Ohx. De retour sur scène, c’est Abdullah Rashim, esthète suédois des lignes pures et obscures d’une techno deep racée, qui le remplace au pied levé. Avec un son millimétré et intransigeant, il chauffe à blanc la salle du Cabaret Sauvage, prête à cueillir la race de son week-end. Paillettes et mâchoires serrées. Xhin, d’entrée, déboulonne ce qu’il restait de temps de cerveau. Armé de tracks aux structures étudiées, bâties avec perspective, il annihile toute vie synaptique, au cas où il demeurait chez les plus résistants d’entre nous quelques velléités de neurotransmission. Une véritable vision de l’électronique, qu’on retrouve ensuite chez Luke Slater, dans un genre autre, et dont les deux heures de live font vivre un acharnement vivace au circuit imprimé chaotique qu’est devenu notre esprit. Blndr reprend les manettes mais la tempête est passée.

Vendredi 25/11. Finalement, c’est la soirée off qui ouvrira les chakras à mort, avec une affiche au goût d’inconnu - si ce n’est les bons soldats Rubbish T.C. et UVB 76 qui officiaient déjà lors du in. La venue un peu exclusive d’Impulse Controls a littéralement tout broyé, réunion sans sourire mais bien bien bien productive de Blush_Response et de Darko Kolar, représentant ici du duo serbe Ontal. Un live brutal, ultra fat où les kicks alourdissent à chaque impact la cale du Batofar, compacts et intenses, laissant à la limite de l’épuisement. Notez aussi qu’en ouverture, c’est le label ukrainien Kvitnu qui était mis à l’honneur, accueillant d’abord un set de Kotra avant de laisser place à un live de Zavoloka, les deux producteurs qui le dirigent. Une programmation qui avait le mérite, outre de pulser encore et toujours, de délocaliser les scènes, de les faire se croiser et de rendre l’événement plus global, l’affiche moins attendue. Pari réussi pour qui parlait de mettre en lumière la diversité des musiques électroniques et des pratiques numériques.


HZ MONTHLY MIXTAPE – MARCH15

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Chaque mois, la mixtape de la rédaction, à écouter et télécharger.

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Hz Monthly Mixtape - March15

01. Moral - Frosty Nights
02. Skizzy Mars feat. Phoebe Ryan - The City
03. Chief Keef - Himalayas
04. Jimmy Whispers - Heart don't know
05. Dean Blunt - Grade
06. Buvette - The Goodbye Party
07. Early One - Earth
08. Television Set - Drawings on a bus
09. Blackmail - Dur au mal
10. The Wolf under the moon - Unreality
11. A Place to bury strangers - Now it's over
12. Fit of Body - Walking
13. Legowelt - The sea is so silent
14. PG.99 - By the fireplace in white
15. Shlømo ‎– Rechaïm
16. PVNV - Intrasolaar (Shlømo Remix)
17. Gordon - Line 93
18. Uncto - Judas Cradle (ORPHX Remix)
19. Helena Hauff - The Bean field and the Gods
20. Blanck Mass - Dead Format


Legowelt - The Occult Orientated Crime Album

Legowelt - The Occult Orientated Crime AlbumLe hollandais Legowelt vient de lâcher un album d'ambient via le patronyme Occult Orientated Crime sur son propre label Nightwind Records, créé pour l’occasion. Mais attention, selon ses propres dires, il ne s'agit pas là d'ambient psyché de fonds de tiroir, sorte de gloubiboulga de chill-wave frelaté, mais bien d'ambient professionnelle. Danny Wolfers, que l'on avait brièvement rencontré en 2012 (lire), précise non sans ironie une expérience cosmique extrêmement aboutie, calée au millimètre et susceptible d'envoyer l'auditeur dans l'innerspace sans billet retour possible. Le disque s'achète en digital par ici et est défloré ci-après. Selon Resident Advisor, il y a fort à parier pour que ce délire d'occultisme new-age, pouvant confiner au délire amniotique de la conclusive Norwegian Raven longue de trente-sept minutes, soit en lien avec le show télé que produit le bonhomme avec l'autre illuminé de Willie Burns, Relics of the Past. Pour s'en faire une idée, on a mis les épisodes 1 et 2 de ladite émission, Professor Gardner et Space Weed, en regard.

Audio

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=alAi89U893s
https://www.youtube.com/watch?v=qoUgH1rjlxw

Tracklisting

Legowelt - The Occult Orientated Crime Album (Nightwind Records, 8 décembre 2014)

01. Tausend Küsse
02. Natufian Modelling Agency
03. Worship me in the Sanctuary Of Transcendence
04. Romantik in LZH127 Speiseraum
05. Formation of Chaos
06. Doggerland
07. Ravellian Mindmelt
08. Neolithic Computer
09. Rodrigo Syntese System
10. Ingesloten in een Museum
11. Norwegian Raven


Legowelt, le papier peint paranormal

En lisant toute la presse autour de Legowelt, je me demande bien qui retient au final toutes ces anecdotes et détails techniques à propos de la charge matérialiste des différents travaux musicaux du Hollandais. Ça n'a pas beaucoup plus d'intérêt que les threads les plus obscurs des forums dédiés aux VST Behringer et ça reste souvent aussi impactant qu'un entretien avec Arjen Robben autour de la notion de force mentale.

Quand je lui ai demandé si finalement le papier peint qui recouvre les murs de son studio n'était pas le meilleur qualificatif pour sa musique, Danny Wolfers a répondu par un jugement affirmatif ne prêtant à aucune discussion possible.

Je ne saurais jeter la pierre à ceux n'ayant pas encore parcouru le site web de Legowelt. Un fil directeur autour du partage de données semble organiser la production éditoriale de http://www.legowelt.com/. Les papiers peints (le fil rouge, vous suivez) les plus évocateurs (forêts bleutées et nuages radioactifs) et les gifs les plus sournois trustent fièrement la mise en page. La profusion de mp3 à télécharger tirés de chutes de studio ou de banques de son de boîtes à rythmes rend modeste le travail de tous les wanabee-producteurs de l'internet. Si l'on se fie aux dires de Danny, "la house est plutôt simple à produire et ne requiert pas beaucoup de qualités de producteur" ; ceci expliquerait donc cela (visez le Discogs de Legowelt et la rubrique alias). Au fil de la discussion, j'ai quand même l'impression que le gars documente ses inspirations avant de se lancer : "J'aimerais vraiment sortir des albums deep soul ou G-funk… un truc à la Roger Troutman ou un truc qui combinerait tout ça, mais ça requiert beaucoup de travail".

La notion de travail et plus précisément de routine de travail explique d'ailleurs en partie la fin de Strange Life Records, le label dont il assumait la direction dans les années 2000 et qui documentait à sa manière la musique de synthétiseur : "Ça me prenait trop de temps, c'était devenu une sorte de prison mentale. Je ne me concentrais plus sur la musique et je ne voulais pas devenir un patron de label minable". Ceux s'étant penché sur le catalogue du label auront sûrement eu du mal à tout ingurgiter (on y retrouve à peu près toutes les déclinaisons de styles musicaux fondés sur l'utilisation du synthétiseur). Wolfers reconnaît la construction bordélique de la chose : "Je n'avais aucun scénario en tête au moment de la création du label. Cela résulte de la chance". Et de détailler : "En 2004 j'ai gravé des pistes d'ambient sur un CD-R pour des amis. Je n'avais aucune volonté de créer un label à l'époque. Ces CD-R se sont retrouvés indexés sur Discogs et les gens me contactaient pour se les procurer. J'ai vite compris que je pouvais en tirer 100 pour chaque sortie."

Strange Life Records, Bunker Records, Crème Organization… la dutch consanguinité à l'état pur : une même ville (La Haye), des catalogues qui se prêtent des artistes puis se les rendent, des terrains fertiles pour produire sous une tonne d'alias et brouiller toutes les pistes… Wolfers précise : "Les mecs qui sortent actuellement des trucs sur les labels de La Haye viennent d'ailleurs dans le monde". Une façon aussi de botter en touche quand je lui demande ce qui fait le son des productions de La Haye.
J'en saurai à peine plus : "Crème a peut-être une approche plus professionnelle avec tout un travail autour du mastering, des pochettes d'albums… Bunker est plus obscur : aucune info sur les artistes, aucun détail sur la production…".

Quand je lui parle de ce reportage hyper drôle réalisé par nos confrères de Vice qui ont suivi Guy Tavares (boss de Bunker Records) pendant une journée dans son bunker-studio-club en supposant que le contenu soit à mi-chemin de la réalité et de la fiction, Wolfers en rajoute une couche : "Rien n'est romancé dans ce reportage, tout ce que tu vois est la vraie vie de Tavares".

Ok, cool, je demande un deuxième épisode.

Legowelt jouera live fin novembre à Paris (Le Batofar) dans le cadre d'une soirée dédiée au label Crème Organization. Nul doute que vous devriez y entendre certains tracks tirés de son album à paraître sur Clone, The Paranormal Soul. N'ayant prêté qu'une oreille distraite aux quelques extraits de l'album disponibles sur internet, j'ai demandé à Danny ce qu'était ce fluide bleu qu'il semble maîtriser par sa simple agilité naturelle (cf la pochette). Réponse équivoque : "Interdimensional Plasma balls from Raja Jam".

La discographie de Legowelt sur Discogs

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