The Radio Dept. – Occupied

The Radio Dept. – Occupied

C'est beau comme un sapin de Noël en été, comme une glace avalée en plein milieu d'une banquise, c'est beau car c'est froid, léché de bout en bout, nettoyé de saturations et béni sous les cieux de l'electro-pop suédoise. Occupied de The Radio Dept., EP divulgué et disponible aujourd'hui même, marque peut-être une rupture pour le groupe auteur du magnifique Clinging To A Scheme en 2010 (lire) et qui n'avait brisé le silence depuis que par le biais d'un morceau politisé de circonstances, Death to Fascism (lire). Orientation électronique en poche, le trio n'a pas perdu son inimitable savoir faire mélodique, trempé dans une doucereuse mélancolie, à l'heure de faire vriller les cœurs. Ainsi l'ode synthétique Occupied, à découvrir ci-après, projette The Radio Dept. à quelques encablures de leurs congénères de The Tough Alliance et des mythiques Saint Etienne, ou quelque chose comme ça. On frémit déjà à l'idée folle d'une suite discographique dans un même moule.

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Tracklisting

The Radio Dept. – Occupied (Labrador, 16 juin 2015)

1. Occupied
2. It looked like heaven (but feels like hell)
3. Down down down – Liminals remix


The Radio Dept - Clinging To A Scheme

coverA Lund, en Suède, on laisse le temps au temps. En 1995, deux amis de longue date, Elin Almered et Johan Duncanson, charrient l'aurore boréale et forment The Radio Dept, sorte de collectif pop à géométrie variable, ne posant sa première pierre discographique que sept ans plus tard et trois maxis anonymes plus loin sur l'infinitésimal label Slottet. Malgré cette relative passivité, les Suédois tutoient la gloriole, presque inopinément, onze ans plus tard, profitant d'une double aubaine circonstanciée : l'estimé label pop de Stockholm, Labrador Records, leur offre la possibilité de sortir un album aux influences shoegaze assumées, Lesser Matters (2003, Labrador), jetant les bases d'un revival du même nom, quand Sofia Coppola pioche dans ledit album pour sertir sa Marie-Antoinette (2006) d'un joyau pop à l'électricité diffuse du plus bel effet. Le hasard faisant bien les choses, leur second album, Pet Grief (2006, Labrador), parait dans la foulée d'un succès déjà bien taillé au-delà de leurs frontières. Par ses ambiances contrastées, où une irrépressible mélancolie se pare d'atours nettement moins redevables à la bande de Kevin Shields, Pet Grief convertit avec une indéniable subtilité la bruyante déclaration d'intention que constituait Lesser Matters. Précisément là où My Bloody Valentine et consorts se contentent d'assourdir et d'assaillir l'auditeur de corrosives nappes de guitares saturées, The Radio Dept enfonce les portes célestes de son imaginaire pour égrainer une pop onirique jonglant habilement entre le souffle terrestre de distorsions anémiées et la candeur spectaculaire de synthétiseurs aériens. Et depuis, peu ou sinon rien : une apparition lors de l'édition 2007 du Midi festival et le maxi Freddie And The Trojan Horse (2008, Labrador) ne peuvent qu'imparfaitement contenir à eux seuls l'ardente attente d'un troisième effort dont l'annonce fut quelque peu prématurée via le single David en juin 2009.
Tel un doux euphémisme s'échappant de mes lèvres, inutile de dire que Clinging to a Scheme, à paraître finalement le 21 avril prochain, mettra tout le monde d'accord. Décrit par ses auteurs comme "arty et étrange", le successeur de Pet Grief taille son émérite évidence dans une dream-pop pétrie de multiples horizons rythmiques. Si la stellaire introduction, Domestic Scene, se passe de beat pour mieux insinuer sa vaporeuse élégance, Heaven's on Fire ne s'embarrasse pas de telles précautions pour marteler son groove symphonique. Un sample de Thurston Moore appelant à détruire le "processus capitaliste qui vérole la culture adolescente", ouvre le morceau jusqu'à ce que Johan Duncanson reprenne de son timbre doucereux cette mélopée de haute volée aux synthés carillonnants et aux cuivres conclusifs. This Time Around et son rythme concassé chasse volubilement sur les terres d'Electric President quand le clavier de Never Follow Suit emprunte au répertoire reggae le plus basique pour poser les fondations d'un des sommets de l'album : tout n'est alors que justesse d'instrumentation, perfection des arrangements et suspension des vocalises. Choses que l'on retrouve dès A Token of Gratitude et son ode spectrale à l'apesanteur. The Video Dept reprend, dans un brouillard à peine dissipé, les fulgurances shoegaze d'antan, pour une escapade contrite sur les berges d'une nostalgie vitupérée, savamment mise en abîme sur l'éthéré Memory Loss. S'ensuit l'ondoyant David et l'instrumental Four Months in the Shade, telles deux évocations d'hybridations propres au groupe, entre pop chaloupée et incandescente divagation triturée d'effets. You Stopped Making Sense, dont la basse évoque le passé proche des américains de Yo La Tengo, conclut en points de suspension l'évanescent Clinging to a Scheme, dont on ne regrettera au bout du compte que l'atmosphérique célérité. L'excellence à un prix : la rareté. A nous donc d'apprécier ce disque à sa juste valeur, en laissant du temps au temps.

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The Radio Dept - A Token of Gratitude

Tracklist

The Radio Dept - Clinging to a Scheme (Labrador, 2010)

1. Domestic Scene
2. Heaven's on Fire
3. This Time Around
4. Never Follow Suit
5. A Token of Gratitude
6. The Video Dept.
7. Memory Loss
8. David
9. Four Months in the Shade
10. You Stopped Making Sense