Wire à la Machine du Moulin Rouge


On connaît bien Wire pour son intransigeance, son refus de se compromettre à quoi que ce soit, encore moins aux désirs présumés de son public. En bref, une démarche qui revient à "on donne au public non pas ce dont il pense qu'il a envie mais ce dont on sait qu'il a besoin". Et sa prestation de ce soir colle bien à cet esprit. Introduit par une première partie assurée par l'homme-orchestre français Lonesome Cowboy, mis à mal par des problèmes techniques assez loufoques, le groupe anglais attaque très raide, enchaînant des morceaux d'intello-punk monochorde souvent issus d'albums récents ou des moins reconnus A Bell Is A Cup Until It Is Struck et Ideal Copy. Ça tombe plutôt bien, car leur dernier Red Barked Tree est une sorte d'inventaire des meilleurs atouts du groupe, sur une note forcément moins cruciale et avec une détente propre à l'expérience. La verve cockney de Colin Newman, à la fois ravi mais typiquement distant, la sécheresse de l'interprétation, l'intelligence et le minimalisme des titres choisis… Tout ça crée l'étincelle par moment - à d'autres, on sent quand même le coup de vieux. Et quand un quidam monte sur scène pendant que le groupe s'enfonce dans les distos du très bon Boiling Boy pour gueuler "I Am The Fly" dans le micro (probablement en réclamation d'une setlist plus accessible), il se fera remettre à sa place par un Colin Newman hargneux à la fin du morceau : "If he gets on stage again, I fucking kill him". Ambiance. On s'emporte un peu sur le dernier tiers du concert, avec quelques coups de nerfs issus de 154 et Pink Flag, le groupe nous gracie de deux rappels, et on terminera dans un chaos légèrement surjoué à la fin de Pink Flag, seulement à moitié convaincu mais avec la sensation d'avoir eu du Wire authentique quoiqu'on en dise.

Vidéos


On y était - Aufgang

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Photos © Patrice pour hartzine

Aufgang , La Machine du Moulin Rouge, le 25 Mars 2010

Retour sur le plancher des vaches pour le trio baroque mais expérimentaliste Aufgang, il en va de même pour moi, accompagné cette fois-ci de Patrice, à la Machine du Moulin Rouge. Je ne vais pas réitérer ma campagne de glaviotage sur ce club qui prend de plus en plus des allures de Bataclan. J'aimerais d'ailleurs beaucoup rencontrer  le nouveau tôlier de cette salle, car malgré tous les reproches que je peux brandir vindicativement sur ce lieu sans âme, force est de constater, au vu de la programmation, que des efforts considérables ont été fait pour recadrer l'ex-Loco dans un contexte hype de la nuit parisienne.

Mais ne nous attardons pas. Et si je reste un peu frustré de n'avoir pu assister à la prestation de Grand Pianoramax, pour cause d'entretien avec le combo cosmopolite Aufgang, excusez du peu, c'est avant tout pour la présence  ce soir là du poète-MC Mike Ladd plutôt que le grand machin-chose en question. Peu savent que ce manieur de mots, jouant avec son flow comme on dessine des avions en papier, fut prof de lettres à Cambridge. C'est sur ces derniers verbes que je déboule dans la chaufferie, après avoir dévalé une bonne quarantaine de marches en roulé-boulé. Appelez-moi Colt Sivers, même pas mal. La voix de l'homme imposant s'éteint sur quelques notes de Léo Tardin, le public applaudit. Mother Fuck... J'ai tout raté.

Mais qu'importe le spectacle attendu est dans la grande salle, sur la grande scène et donné par de très grands artistes quoi qu'on en pense. Si Rami Khalifé, Francesco Tristano et Aymeric Westrich ne révolutionnent pas la musique après de précédents essais remarquablement menés par Jeff Mills ou Carl Craig et Moritz Von Oswald,  le trio s'applique à gravir un échelon supplémentaire dans l'hybridation de la musique baroque et de la culture dancefloor. Le spectateur se demandant où sont les sièges en voyant au loin les deux pianos à queue se prendra rapidement les pieds dans l'escalator, sans espoir de redescente.

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C'est d'ailleurs dans cette optique gravitationnelle qu'est construit le set d'Aufgang commençant dans un registre moins ludique et plus Barock, les notes se font légères et virevoltent, soufflant sur mon visage comme un vent frais alors que la rythmique batterie/boîte à rythme affole pourtant déjà mes baskets. Décollage sur Channel 7, avant un lâchage sur Sonar. Impossible de ne pas s'abandonner devant cette attraction fiévreuse sur laquelle Rami et Francesco semblent prendre un malin plaisir à jouer au ping-pong, tapant frénétiquement chaque note qu'ils se renvoient au rebond. Aymeric quant à lui donne la mesure, et avec quelle cadence. Ce feu d'artifice explose dans un bouquet final euphorique qui me retourne l'estomac et me fait chavirer. L'auditoire est au septième ciel, et moi avec lui.

Les trois musiciens ne font plus dans la demi-mesure et assurent le show. Rami les mains plongées dans son instrument, gratte ses cordes, les chatouille, les énerve...  Aufgang est explosif, Aymeric explosant ses fûts, déchainé comme un diable, tandis que ses deux comparses s'agitent sur leurs pianos comme plongés dans un état second, dansant et transpirant. Le très housy Good generation m'aide légèrement à redescendre, les harmoniques plus claires se mariant parfaitement aux samples lumineux, rappelant le soleil de Barcelone et les odeurs s'échappant du marché de la Boqueria. Si je vous dis que le show m'a envoûté, vous me croyez maintenant ?

Photos

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On y était - Autechre

Autechre, Paris, La Machine, le 20 mars 2010

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C'est à 22 heures précises que vos deux chroniqueurs, Aki et Thibault, toujours avides de plus de bruits et d'exigences élitistes, se pointent à la porte de La Machine, bravant la pluie et détournant les yeux des écrans projetant les minutes décisives d'un match France-Angleterre en dent de scie.

Elle s'en est allée La Loco, emportant dans ses wagons le gratin de beaufs arpentant Pigalle en perpétuelle quête de débauche et de castagne... Hummmm pas si sûr ! Et malgré la joie inextinguible d'apprécier enfin en live et en vivant l'un des duos qui fit la renommée de l'écurie Warp, les lourdeurs de la semaine commencent à se tasser méchamment au fond de nos chaussettes détrempées. Alors, avoir à se taper le pécore de province venu se pochetronner le cornet comme au Métropolis, comprenez qu'il y avait comme un manque d'amour dans nos cœurs. Surtout que stupéfaction, infarctus, incontinence... ce que nous pensions être un concert de deux heures se transforme, à la vue du line-up long comme un bras, en all-night long party... Autechre est annoncé à 01h45. Notre humeur se tend comme un fil de fer barbelé...

L'entrée dans les locaux de La Machine Molle ? Dans la lourdeur la plus totale... Et ne croyez pas que nous faisons référence à l'ouvrage de William Burroughs pour ses frasques opiacées ou sa superbe diablerie. Non, l'adjectif est ici hautement péjoratif, informant qui veut bien nous croire de passer son chemin et de boycotter cette discothèque banlieusarde implantée en plein Paname. Vestiaire obligatoire, fumoir riquiqui et intenable pour multiplex commercial de haut-standing, jeux de lumières digne d'un aérogare... Seul avantage le prix des boissons est raisonnable, enfin, si vous appréciez vous envoyer un dé à coudre ou vous farcir une canette de bière chaude à la paille. Qu'on arrête de nous bassiner avec la Machine et qu'on nous rende le Pulp !

L'âme en peine, les souliers raclant le sol, nous déambulons, perdus dans nos pensées, un verre à la main. Et ce ne sont pas les vagues mix electro-drum'n'bass pseudo-warpiens qui risquent d'allumer une quelconque étincelle dans nos esprits corrodés. Par moment, Thibault balance quelques baffes à un Aki, lové en position fœtale sur le sofa, pour s'assurer que ce dernier est bien vivant, quand un brusque attroupement extirpe vos deux hartziners d'une semi-léthargie méditative. Un début de couinement plus loin, Rob Hall commence un set... dur à décrire. Crissement et enchevêtrement bruitiste mesurés à 8.7 sur l'échelle de Richter. Le public s'affole, affublant l'homonyme de l'alpiniste néo-zélandais de divers encouragements sonores. Même si nous esquissons quelques sourires, c'est plus par moquerie, avouons-le, que par approbation. Aucun de nous deux n'étant réellement fan d'électro expérimental noise à la Merzbow, nous éprouvons toutes les peines du monde pour rentrer dans l'univers d'un musicien semblant jouer sur un nerf et tirer dessus à vau-l'eau afin d'obtenir mille souffrances différentes. Nos tympans, eux, signalent qu'il est grand temps de choper un verre et d'aller respirer le grand air frais du cagibi-cendrier.

Réveillés par ledit trouble-fête et ses hurlements de machines, nous partons dans de folles discussions à l'étage, au bar à bulles - seule véritable innovation de La Machine - n'écoutant plus que vaguement les mélopées bruitistes s'extirpant d'enceintes omniprésentes. Et ce... jusqu'à ce que les ténèbres rampent et s'insinuent sous nos pieds. A peine le temps de se retourner, qu'une aube crépusculaire ronge la scène en irradiant le spectateur de son soleil noir. Comme un seul homme, nous dévalons les dédales d'escaliers pour nous approcher et tenter d'en voir plus... Peine perdue : Autechre - ou Ao-tek-er - ne laisse aucune place à l'interprétation visuelle de son set, laissant le public échafauder ses propres cauchemars sur des rafales sonores alliant à la magie de Roland TR-606 et MC-202 de puissantes boites à rythmes Machinedrum. Peu après cette tellurique introduction, les deux musiciens nyctalopes - bien qu'un seul apparaisse distinctement au centre de la scène - égrainent un condominium de nappes cristallines qu'ils dénaturent par la suite en le cisaillant de toute part, avant de le faire littéralement exploser dans une pluie de pierres précieuses frappant violemment le plancher. Rupture / break / assaut : on retrouve le style inimitable du duo de Sheffield que l'on considère trop souvent comme un sous-Aphex Twin. Preuve en est, ce soir Autechre ne souffre d'aucune comparaison, raclant le cortex cérébral d'un public abandonné aux froissements métallurgiques et polaires d'un live trouvant sa source entre le savant Draft 7.30 et le dernier né Oversteps.

A peine le show fini, nous nous extirpons d'une salle on ne peut plus blindée... Le jeu en valait-il la chandelle ? Pfff ... Demandez à tous les petits nippons qui plantent leurs tentes trois jours dans le froid avant la sortie d'un nouveau Final Fantasy. Vous verrez ce qu'ils vous rétorqueront.

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