Regards croisés : Of Montreal Paris/Bruxelles

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Photos © Calogero Marotta pour Hartzine

Of Montreal, La Cigale, Paris, 7 octobre 2010, Le Botanique, Bruxelles, 15 octobre 2010

Ici Paris... Nous sommes le 7 octobre, et je n'ai pas encore passé l'entrée de la Cigale que j'entends déjà les hurlements de la foule. Juste le temps de glisser la tête par l'une des double-portes qui mènent à l'arène pour voir que c'est déjà la débâcle dans la fosse... Un parfum d'euphorie règne dans la salle et on peut dire que We Have Band remplit amplement son contrat, chauffant à blanc un public déjà transpirant. Mais doit-on réellement revenir sur le parcours du trio londonien auprès duquel le lectorat hartzinien aura pu se documenter allègrement... Notamment grâce à notre Vv nationale, fan hardcore (bon j'exagère peut-être un peu) qui aura suivi de très près la carrière de WHB et en aura fait partager sa joie communicative à ses collègues. Et je dois dire que bien qu'étant resté de marbre au raz-de-marée qui envahissait notre rédaction, je ne pouvais que succomber devant ce show extatique où chaque nouveau morceau me laissait glisser sur la piste de l'encanaillement...  Difficile de rester de glace devant l'avalanche de tubes que furent Honeytrap, Oh!, Centerfolds..., Divisive, You Came Out... Un enchaînement de tracks électriques faisant éclater la matière grise comme des bulles de savon au profit d'un divertissement des plus jouissifs...

Après une mise-en-bouche plutôt savoureuse, c'est une friandise bien extravagante qui nous est offerte. Of Montreal se dévoile comme un gros bonbon acidulé qui se croque, qui se mord, où selon la préférence de Kevin Barnes, qui se suce. Un peu de Skeletal Lamping, pas mal de Hissing Fauna et beaucoup de False Priest sont la recette de la nouvelle tournée des joyeux drilles menés par Messire Barnes. Pas d'exception à la règle, le crew de Géorgie nous gratifie d'un show grandiloquent et décadent, invoquant dès les premières secondes de Coquet Coquette l'apparition d'un homme-poisson. Des dizaines de personnages plus grandguignolesques les uns que les autres interviendront tout au long du concert, le temps de petit happenings, qui sont devenus depuis longtemps la marque de fabrique du groupe et donnant de l'épaisseur au spectacle cabaret-rock de cette bande de déglingos.

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Barnes monté sur ressort enchaîne avec lascivité les futurs classiques que seront Our Rioutous Defects, Enemy Gene ou encore Hydra Fancies, transformant le public en petites écolières prépubères souillant abondamment leurs sous-vêtements en dentelle... Oui, oui.... Les hommes, aussi. Mais c'est définitivement sur Like a Tourist et Famine Affair que le rejeton de Frank-N-Furter réfugié sur l'île de Casimir atteint l'apogée de son show. Avec pour seul arme sa voix, le leader déjanté du band éclipse ses équipiers le temps de deux extraordinaires comptines aussi mélodiques qu'énergiques. Cotillons, serpentins, slam gigantesque, monstres de foires... Le concert d'Of Montreal prend des allures de foutoir orgiaque. Cependant on s'étonnera que malgré leur répertoire inépuisable, c'est dans celui de Michael Jackson (six pieds sous terre) qu'ils iront puiser de quoi alimenter leur rappel. Un Thriller magnifié, un Wanna Be Startin' Something glorifié et un P.Y.T. sublimé... Un hommage finalement pas si inattendu et assez barré pour clôturer cette représentation parisienne en beauté.  Mais allons voir du côté de notre ami Calo si au pays de la moule-frites nos performers étaient aussi perchés.  Allô Bruxelles ? Ici Paris...

Quelle folie à Bruxelles ! Après une jolie prestation de Tape Tum, cousins belges de The High Llamas et de Grizzly Bear, on rassemble rapidement les instruments autour de la scène pour créer une vraie piste de danse, voire piste de cirque, et accueillir comme il se doit la folle équipée. Dans la salle, ça jumpe, ça crie et ça ondule à tout va. Il faut dire que Kevin Barnes et ses 9 (!) acolytes ont mis le paquet pour nous en mettre plein la vue ! Des costumes à la mise en scène, en passant par la technologie, rien n'a été laissé au hasard. Ainsi, pendant que Kevin enchaîne pas chassés et grands jetés à faire pâlir de jalousie Claude François dans sa tombe, un écran géant envoie des images en continu et deux amuseurs/chauffeurs de salle apparaissent et disparaissent au gré des chansons, affublés d'accoutrements tous plus cheap et plus moulants les uns que les autres, se battant, crachant du sang, se jettant dans la fosse, grognant, s'embrassant, défilant ou envoyant moults bouts de pain rassis dans le public. Si cela amuse au début, on finit par s'interroger sur l'utilité de ces « De Caunes et Garcia » d'outre‑Atlantique dont les manifestations, de plus en plus brouillon et intempestives finissent par donner la nausée. Ce bémol mis à part (et sans revenir sur la reprise discutable de Michael Jackson déjà mentionnée par Aki), le show vaut amplement le détour. Il semble que rien ne puisse arrêter Kevin et ses musiciens pour cette dernière européenne. À peine le temps de boire une lichée entre les morceaux que déjà ça repart. Les deux prestations d'Of Montreal sur le territoire francophone ne sont pas exactement identiques (voir les setlists ci-dessous). Surtout en ce qui concerne le rappel, puisque, à la différence de Paris, Bruxelles a la chance de vivre, outre le medley de Bambi, une version impeccable de Bunny Ain't No Kind of Rider ainsi que le chaotique The Past Is a Grotesque Animal, réel sommet orgasmique du concert, après lequel les lumières rallumées nous forceront indécemment à regagner nos pénates.

Photos

Setlists

Paris

1. Black Lion Massacre
2. Coquet Coquette
3. The Party’s Crashing Us
4. Our Riotous Defects
5. You Do Mutilate?
6. Gronladic Edit
7. Like a Tourist
8. Oslo In The Summertime
9. Famine Affair
10. St. Exquisite’s Confessions
11. Hydra Fancies
12. She’s a Rejecter
13. Casualty of You
14. Heimdalsgate like a Promethean Curse
15. Suffer For Fashion
16. For Our Elegant Caste
17. A Sentence of Sorts In Kongsvinger
18. Michael Jackson Medley

Bruxelles

1. Black Lion Massacre
2. Coquet Coquette
3. The Party’s Crashing Us
4. Our Riotous Defects
5. Sex Karma
6. Suffer For Fashion
7. Like a Tourist
8. Enemy Gene
9. Plastis Wafer
10. St. Exquisite's Confessions
11. You Do Mutilate?
12. She's a Rejecter
13. Casualty of You
14. Heimdalsgate Like a Promethean Curse
15. Softcore
16. A Sentence of Sorts in Kongsvinger
17. Bunny Ain't No Kind of Rider
18. Michael Jackson Medley
19. The Past Is a Grotesque Animal


On y était - !!! (Chk Chk Chk) + Detachments à La Cigale

5099568289_f4ba98f9a7_zPhotos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

Festival Factory :  !!! (Chk Chk Chk) + Detachments, La Cigale, Paris, 9 octobre 2010

Après une rencontre hors-norme avec le zébulon endormi de !!! (Chk Chk Chk), je m'apprêtai maintenant à affronter la scène de la Cigale pour cette magnifique soirée de clôture concoctée par le Festival Factory. Une manifestation musicale explosive en guise d'au revoir pour cette onzième édition du Festival Île-de-France, appuyant un peu plus chaque année sa direction prononcée vers l'exploration des musiques actuelles. On ne s'étonnait donc guère d'y voir le trio goth-pop Detachments se partager l'affiche avec la tornade disco-punk !!!.

Les premiers visiteurs trouveront à peine le temps de s'installer (et pourtant ce n'est pas la place qui manque...) que notre combo de corbacs mal léchés débute son set. Instantanément, le climat est posé : voix caverneuse, ligne de synthé new-wave, battements syncopés de la boîte à rythme... Manchester es-tu là ? L'originalité en moins ? Les chansons se suivent et se ressemblent. On avait déjà vécu ce type de revival à la sauce électronique, avec des groupes comme VHS or Beta, mais ma foi, en mieux...  Le jeune Sébastien Marshal pourra s'époumoner sur Fear Not fear, Holiday In Romance ou encore Circles, la mayonnaise ne monte pas. Au bout d'un quart d'heure le public trépigne, piétine, s'accroche à ce qu'il peut pour ne pas sombrer dans l'ennui le plus profond, voir pire, quitter la salle en poussant des hurlements hystériques. Et les danseuses classiques censées assurer la scéno n'apportent rien, si ce n'est une petite touche de pathétisme en plus. Soyons honnêtes, Detachments portent leur nom à merveille et dégagent sur scène le charisme d'un mollusque. Heureusement l'agonie ne sera pas bien longue, et le groupe s'évanouira derrière quelques clapotis bien discrets.

Si Nic Offer déboule sur les planches, blanc comme un cul, encore stigmatisé par le jetlag, pas d'inquiétudes à se faire quant à son état physique. Dès les premières notes d'AM/FM, le leader du groupe new-yorkais harangue les spectateurs de ses déhanchements lascifs, sa voix flatte nos oreilles et déclenche la frénésie dans une salle de la Cigale gonflée à bloc. Après tout, en plus d'être musicalement plus intense que ses comparses de LCD Soundsystem et de The Rapture, le prestige de !!! se repose primordialement sur des shows incendiaires, libidineux et déjantés. Le jour où vous verrez Porcinet Murphy et la bande à Rabbi Saffer sautiller avec autant d'énergie, vous m'appelez ! En attendant, ce premier titre n'était qu'un tour de chauffe, et le groupe fait monter un peu plus la pression au fur et à mesure que les titres s'enchaînent. La première moitié de Strange Weather, Isn't It? y sera d'ailleurs représentée dans l'euphorie la plus totale. Offer partageant son micro avec la chanteuse groove Shannon Funchess, qui arborera pour l'occasion un look très paramilitaire. Des morceaux comme Most Certain Sure ou Jamie, My Intentions Are Bass rassurent quant aux potentielles inquiétudes de la reproduction du dernier opus de !!! en live, et Must Be The Moon assure la transition vers le répertoire inusable de Myth Takes.

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La fosse est en extase, manifestant sa joie à travers des hurlements gutturaux, des pogos violents, des applaudissements tapageurs... Et comme le disait Mr Manatane à son ami Willy Odin : « Je sue mais je m'en fous. » Soyons clair, le spectacle est dans la salle, dans les gradins, dans la fosse que Nic Offer parcourt comme un enfant, se mélangeant à la foule... Caressant, embrassant, dansant... Il arrache les inhibitions et communique les flammes du groove à chaque individu qu'il approche. Rappelé à l'ordre par ses musiciens, il enchaîne les classiques de Me And Guiliani Down By The School Yard à Yadnus. Un courte pause lui permet de se changer et au groupe de préparer le terrain pour un The Hammer terrifiant, mais pourtant un poil au-dessous de ce que l'on pouvait attendre. Ce track à quatre-vingt-dix pourcent électronique fascine par sa longue montée explosive et perd en pêche lors de son adaptation scénique. Légère déception ? Certes, et quitte à pinailler, on regrettera également l'absence de Pardon My Freedom et Hello, Is This Going On? à la setlist. Mais pas de quoi ronchonner puisqu'après plus d'une heure de folie pure, le groupe trouve encore assez de ressources pour nous asséner deux rappels fulgurants. Tout d'abord un Shit Schiesse Merde, issu de Louden Up Now, joué en intégral, et dont l'assistance reprendra le « tututudu... » en cœur. Le grand final sera sonné par un Heart Of Heart mystifié, sonnant le glas d'une prestation non loin d'être mythique. Résultat des courses, le rideau tombe et l'assemblée s'en repart sonnée, repue et ravie. Mais à votre avis, qui du public ou de Chk Chk Chk aurait pu tenir le plus longtemps ? Le sextet est décidément increvable.

Photos


On y était - The XX & These New Puritans

The XX et These New Puritans, festival Super! Mon Amour, Jeudi 18 février 2010,Paris, La Cigale

Point d'orgue du festival Super! Mon Amour, ce 18 février a des airs de Saint Valentin retardé. Hé oui ce dernier était un peu le cadeau rêvé si vous aviez quelque peu négligé votre moitié le 14 février...
A 19h, déjà une longue queue aborde l'entrée de la Cigale, le temps de faire le tri sélectif de flyers, on peut enfin entrer dans la salle. Le tout Paris est au rendez-vous. Toutes les places du balcon sont réservées, on se fait une petite place près de la scène pour pouvoir apprécier à sa juste valeur The place to be in paris ce jeudi.

These New Puritans

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Désolé les amis. Car avant de côtoyer les cieux, il faudra survivre à l'expérience expérimentale d'outre-tombe de These New Puritans. La scène s'assombrie et l'intro de We Want War arrive imposante et les premiers murmures de Jack Barnett se font entendre... Au revoir les bons sentiments et bienvenue dans un monde où les hommes sont devenus des machines au service du bruit... Aucune interaction avec le public n'est possible... Une chute libre sans fin. Un show déshumanisé, essentiellement consacré à la présentation de leur second album Hidden, mais qui ne laisse personne indifférent. Soit on adhère soit on subit... On subit surtout... Peut-être qu'au-delà de leur trip dark-médiéval, sur scène les TNP ont l'air plutôt de jeunes anglais dépressifs. On se sent pris au piège... Les jeux de lumière laisse peu de place pour prendre des photos ou même filmer (n'est ce pas Arte ahah).  Bref, ils n'ont pas fini d'agacer et ce n'est pas avec leur prestation de ce soir que les avis vont changer.  Ce concert laisse le même constat amer aux nombreuses personnes avec qui je discutais de leur prestation "je ne comprends vraiment pas leur deuxième album...". En résumé, beaucoup de bruit pour pas grand chose. Aux dernières nouvelles Saint-Malo recherche toujours activement le chanteur Jack Barnett qui s'est visiblement perdu en Bretagne annulant ainsi la prestation du groupe à La Route Du Rock deux jours après leur prestation à Paris...

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The XX

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Un grand rideau blanc cache la scène, quelques notes surgissent, un grand X apparaît alors. Oui Paris appelle au secours les 3 minots de Wandsworth, tel Gotham City appelant Batman, pour pouvoir épurer leur âme ce soir-là pervertie par les incantations de These New Puritans. Le temps passe pour The XX mais leur succès ne fait que s'amplifier. Tout va vite, si vite, peut être trop vite pour eux. De leur showcase au Motel à leur prestation de ce soir, il s'est à peine écoulé 8 mois. 8 mois d'encensement mondial après la sortie de leur premier album et Paris, ce soir, ne déroge pas à la règle. On est sous le charme. Leur show est à l'image de leur musique: épuré, minimaliste, puissant et fragile à la fois. Fort est de constater que Romy et Jamie chantent tellement bien que leurs voix vous touchent au plus profond de votre âme et qu'on reste suspendu à leurs lèvres. Sur certains passages, mon cœur balance entre prendre des photos ou juste apprécier le concert et tendre ma main à ma douce, dur dilemme. Leur prestation est hypnotique et le public parisien est ravi de cette soirée et souhaite se faire entendre...Jamie, Romy & Oliver se retirent donc sous les applaudissements après en laissant tourner leur remix de You Got The Love de Florence & The Machine. Si vous voulez les voir en concert, leur prochaine date parisienne est prévue le 14 juin prochain à l'Olympia... Mais c'est déjà complet!

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Merci à Esther de chez Beggars

Audio

Florence & The Machine - You Got The Love (The XX Remix)

Video


On y était - Piers Faccini à la Cigale

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Piers Faccini, Paris, La Cigale, 16 décembre 2009

Paris. -2°. La sécurité ne traîne pas et la longue file disparaît bien vite dans une Cigale qui affiche complet ce soir. Plus un strapontin. Du monde au balcon. Des ampoules au plafond. Déco minimaliste pour artistes touche à tout. Piers Faccini et en première partie une découverte soyeuse, Krystel Warren. Petit bout de femme androgyne, seule sur scène avec sa guitare, son folk surprend tout le monde et annonce la suite. Piers Faccini donc. Un nom qui brouille les douanes et une musique tout aussi déroutante. L’homme a longtemps fait ses classes en première partie de Ben Harper. Alors, autant le dire tout de suite, il maîtrise son sujet, captive l’attention et vous emmène loin. Très loin. Ca commence comme une veillée au coin du feu mais A Storm Is Going To Come et Piers Faccini bouscule son public, prolonge les instrumentales et s’appuie sur sa complice Laetitia Shériff pour durcir le ton. Durcir. Le mot est fort pour un folk toujours maîtrise, jamais agressif. Disons que la veillée se fait road movie et ne cherchez pas de frontières à sa musique, il n’en a pas. Des plaines de l’Ouest au Proche Orient, des envolées celtiques à la toscane, Piers faccini joue son dernier album  Two Grains Of Sand décrit souvent comme l’album le plus apaisé de sa discographie. Mais comme la salle lui est complètement acquise, 2 chansons de Leave Not Race sorti en 2004 font sensation.  If I aussi a bien vieilli. Le public accompagne le chanteur qui se permet même le luxe d’a capella loin du micro. Chapeau. « Avec certaines chansons, dans certains moments, j’ai l’impression que c’est la première fois ». C’est con mais dit comme ça, seul face au public, ça marche et le pire c’est qu’il a l’air sincère. 2 rappels, un duo avec Krystel et 3 chansons plus loin, la salle se vide doucement sur une rythmique vocale collective réclamée par le maître de cérémonie. Tiens, il fait moins froid dehors…

Fabrice

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