Who are you Opal Tapes?

Opal TapesSi vous n’étiez pas à la première soirée Opal Tapes aux Instants Chavirés en février dernier, c’est bien triste pour vous. La salle était comble et les murs gonflaient d’onirisme et d’avant-gardisme au fil des lives (lire). Le destin vous donne cependant deux nouvelles chances de voir les artistes si inspirés de l’écurie anglaise dérouler leurs mystiques personnelles : une le 23 octobre prochain, cette fois-ci à la Pêche et toujours à Montreuil (Event FB), puis le 25, dans l’antre impie de l’Embobineuse à Marseille (Event FB). Cette fois-ci, en plus du patron Basic House qui assure les inter-sets et du réputé Wanda Group pour les affaires plus abstraites, Opal nous ramène parmi ses noms les plus club, dans la mesure où Opal peut être club : le groove flou de Patricia, celui plus trituré de la nouvelle recrue Holovr et la dance mentale de Karen Gwyer dont la renommée enfle cette année. Pour accompagner cette bienheureuse tournée, une interview volontiers absconse de Stephen Bishop, aka Basic House.

On offre des places pour chacune des soirées par ici.

Stephen Bishop l'interview

basic-house

À quoi ressemble Teesside (toute petite ville côtière dans le nord-est anglais d’où le label a été lancé) ? Opal Tapes est-il relayé par là-bas ?
What's Teesside like and does Opal Tapes have any echo around there or are you really isolated?

C’est un endroit agréable, géographiquement varié et peuplé de gens très bien. Mais j’ai récemment bougé à Newcastle.

Teesside's a fine place. Diverse geographically and full of good people. I moved away from there recently and live in Newcastle now. 

Bien que la plupart des artistes ne viennent pas du coin, la music d’Opal Tapes sonne moins urbaine que d’autres labels électroniques, est-ce un reflet de cet isolement ?
Even though most of the artists you release aren't from there, do you think your location reflects in your music, in the sense that your music has a less urban feel than many other London labels for instance?  

Je ne sais pas trop ce que veut dire « sonner urbain », mais j’ai parlé de ce genre de chose avec Axel de 1991 et il m’a clairement dit qu’avoir grandi près de l’eau jouait un gros rôle dans ce qu’il était. Peut-être que cette esthétique « rurale » que tu détectes dans le label vient du fait que nos disques soient très spacieux.

I don't know what an "urban feel" is really. I spoke with Axel 1991 about something similar and he spoke distinctly of growing up around water to be a big part of him. Perhaps the "rural" aesthetic you detect in the label is to do with many releases being spacious.

Quand et pourquoi le label a-il été lancé ?
When was the label launched and what was the goal behind it?

Les premiers disques datent d’il y a 2 ans. Je voulais juste sortir toute cette musique que j’écoutais à ce moment-là et qui m’évoquait cette atmosphère que je recherche quelque soit le style. Avec Opal et les artistes avec lesquels je travaille, il y a probablement certaines similarités esthétiques mais aucun disque ne suggère un lieu ou un endroit pour moi. C’est une sorte de rencontre dimension/sentiment. Notre but était peut-être de construire un aspirateur.

The first releases came out 2 years ago. I wanted to do put out some of the music I was hearing at the time which evoked this atmosphere that I always look for in music whatever the style. With Opal and the artists I can work with there is perhaps some aesthetic similarities but no one release really suggests place or time to me. Kind of a dimension x feeling listening back to it all. Maybe the goal is to build a vacuum cleaner. 

Étais-tu impliqué dans la musique ou dans un autre label avant?
Did you run one before or were you involved with music in any other way?

Aucun label avant celui-là mais j’ai fait quelques K7 et CD-R avec des potes pour nos groupes. À part ça j’ai chanté dans quelques groupes, ou plutôt j'ai fait du bruit.

I've never done a label before but I would make tapes and CD-R's with friends for our bands. Only previous involvement was singing in bands or making a complete racket one way or another.

Des labels cultes ?
Any labels that influenced you?

Des centaines : Borft. G.R.O.S.S. Banned Productions. American Tapes. Chocolate Monk. Bunker. Kye. Ground Fault. Slaughter Productions. Cut. Sedimental... Et ainsi de suite...

Hundreds... Borft. G.R.O.S.S. Banned Productions. American Tapes. Chocolate Monk. Bunker. Kye. Ground Fault. Slaughter Productions. Cut. Sedimental... on and on and on...

Comment rentres-tu en contact avec les artistes ? Certains étaient déjà des amis ?
How do you get in touch with artists? Were some of them friends beforehand? 

Je contacte les gens par email ou c’est eux qui me contactent. Je n’ai personnellement rencontré que la moitié des gens dont j’ai sorti la musique et je n’en connaissais aucun avant le label.

I contact people through email or I am contacted by them. I've so far personally met about half the people I have released music of, I never knew any of them before the label. 

Quel serait le point commun entre tous les disques que tu sors ?
What do you think is the common point between all the records you release?

Le point commun c’est que ma tête qui doit aimer ce qu’elle écoute. J’aime dans la musique qu’elle possède une sorte d’aplomb et de douleur.

The only real common point here is my head which has to enjoy what it's hearing. I like music to have a bit of swagger and hurt to it.  

Du fait des difficultés de maintenir quelque structure musicale qu’il soit, comment un label comme Opal Tapes grandit ?
Given the difficulties to sustain any musical structure, how does a label like yours grow nowadays ?

La plupart des micro-genres sur lesquels certains labels essayent de se baser sont suivis par de petites communautés et il est dur de tenir un rythme élevé de sorties car, tout simplement, tu as besoin de vendre des trucs pour en faire plus. Produire et vendre des exemplaires physiques avec du packaging est forcément plus laborieux que de recevoir des commandes de téléchargement, mais une chose en amène une autre et je pense qu’une combinaison des deux et offrir quelque chose qui est relativement fait maison reste attrayant pour le public de nos jours. Il y a un grand nombre de gens qui se contente d’écouter de la musique sans avoir le besoin que ça soit davantage que de la musique. On pourrait penser que tout est plus marginal que jamais mais les marges créent un langage commun et nous permettent de communiquer avec plus de précision. Plus de gens qu’avant abordent la musique d’une perspective non-musicale, mais ce n’est pas une approche facile, mais plutôt holistique. Les détails soniques sont bien plus apparents dans le langue des auditeurs aujourd’hui que par le passé.

Most of the micro-genre which some labels attempt to base themselves solely within have tiny communities still and so it can be hard to maintain a forward flow to releases because commonly you need to sell things to make more. Creating physical copies and packaging and selling them is obviously more laborious than receiving digital orders for downloads but one hand holds the other and I think a combination of the two and to offer the buyer something which has been relatively home made is attractive to folk now. I think there's large groups of people today who just listen to music and sound without the need for it to be any more than that. We may think that things are more marginal than ever but all those margins do is create a common language and allows us to communicate more accurately. Realistically many more people today approach music from a non-musical perspective than in the past. Still this is not a facile approach by any means. I feel it's more a holistic one and that is as listeners. Sonic detail is much more apparent in the language of listeners today than I feel it was previously.

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Karen Gwyer - New Roof

Karen Gwyer - New Roof EPRepéré par le biais des labels No Pain In Pop et Opal Tapes, sortant respectivement en 2013 les albums Needs Continuum et Kiki The Wormhole, et instantanément approuvé dans le cadre de l'Opal Tapes Nite aux Instants Chavirés début février (lire), développant des variations plus crues et vitaminées autour d’un extrait de son nouveau maxi, sorte d’E2-E4 lo-fi, l'américaine Karen Gwyer vivant à Londres vient de faire paraître New Roof le 17 février dernier toujours via le label anglais No Pain Pop. Force est de constater que le pouvoir d'attraction de ces deux monolithes que sont Lay Claim To My Grub et Missisissipippi, à mi-chemin entre classic house et analogue-techno, instigue un psychédélisme obsédant, fondé sur le jeu répétition / évolution, et que subjugue la longue mise en image du premier.

Audio

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=6jRmgKLeAJ4

Tracklisting

Karen Gwyer - New Roof (, 17 février 2014)

A1. Lay Claim To My Grub
A2. Nail Bars Of The Apocalypse
B1. Missisissipippi


On y était : Opal Tapes Nite

OTOpal Tapes Nite, Instants Chavirés, Montreuil, 4 février 2014

Bien que les Instants Chavirés accueillent régulièrement leur lot de tumulte électronique, on ne se souvient pas y avoir mis les pieds pour le showcase d'un label électro à la cote montante, aussi avant-garde fut-il. C'est pourtant bien Opal Tapes, petite structure anglaise émettant depuis un coin paumé dans le nord de l'Angleterre, qui fait défiler quatre de ses artistes sur la petite scène montreuilloise un mardi soir face à une salle comble.

En mise-en-bouche, rien qui ne dépareille du son qu'on a l'habitude d'entendre ici : le gérant du label, Basic House, exécute une prestation électro/noise rocailleuse, composée d'éléments disparates et inattendus, délibérément disposés les uns contre les autres pour susciter une douce désorientation. Dans le public, deux jeunes filles se trémoussent sur ce son rigoureusement indansable, l'une en enregistrant le set, l'autre en dessinant un portrait de l'artiste au stylo dans un carnet - pas le genre de public ni de spectacle que le lieu a l'habitude d'abriter.

Après moins d'une minute de pause, c'est l'un des projets les plus remarqués du label qui enchaîne dans la même veine abstraite, celui du suédois 1991 - nom de scène le plus cryptique, délicieux et snob qui soit. Toute en profondeur et en reliefs, sa musique absorbe sous des dunes de basses qu'il recouvre de touches froides et éparses. Nostalgique et intime, c'est le clou de la soirée.

Duo italo-belge, Lumisokea nous bascule dans un territoire plus dance, celui d'une techno géométrique mais souple, reposant sur des jeux de passe-passe rythmiques qui rappellent les contorsions les plus dansantes d'Autechre. On perd forcément en mystère, mais cette transformation passagère des Instants en mini-club électro donne une valeur ajoutée à cette performance moins surprenante.

Karen Gwyer clôt la soirée sur une petite touche féminine de mise, et dans la même lignée techno. Le nom de cette Américaine circule de plus en plus et on l'imaginerait bien sortir du berceau underground sous peu. Pendant vingt (trop courtes) minutes, elle développe des variations plus crues et vitaminées autour d'un extrait de son nouveau maxi, sorte d'E2-E4 lo-fi. Une fois le groove saturé, la jeune fille relâche la pression, abandonne timidement ses sampleurs et ne fera pas de rappel. Une fin abrupte mais légère à une des soirées électro les plus enthousiasmantes de cet hiver.

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