Mixtape : Roger West

Roger West - Wasted HouseLe jour où officiellement plus personne, ou presque, n'est Charlie, et où toutes individualités versatiles reprennent le pas sur ce troublant et fragile rêve collectif, Amédée De Murcia, fiché des services d'In Paradisum pour ses travaux solitaires avec Somaticae (lire) et ceux plus communautaires au sein d'Insiden (lire), se fait désormais scéniquement dénommer Roger West (lui + lui = 90), patronyme sous lequel le producteur Lyonnais s'écarte des sonorités noise-industrielles qu'il tripatouille habituellement pour prendre un malin plaisir à déconstruire des tubes dance innommables, chinés sur des compilations appartenant à sa petite amie, et donner ainsi corps à l'EP Wasted House paru aujourd'hui sur la structure parisienne qu'on ne présente plus (lire). Si le contexte et la matière sont donc de facto plus légers, le résultat en quatre titres de cette transmutation ironico-hantologique s'avère aussi fascinant que rafraîchissant, à mi-chemin des fractales de Numbers, Actress ou des disques de Lee Gamble sur PAN, en invitant l'auditeur à s'abandonner sur une piste de dance n'ayant jamais véritablement existé. En plus du disque à écouter en intégralité, et en sus d'une mise en images du morceau phare End House réalisée par Hugo Saugier, une mixtape délayant les influences de ce projet est à glaner ci-après.

Mixtape

01. Lee Gamble - 3,4 Synthetics
02. Opn - Zebra
03. Jérôme Noetinger & eRikm - Skies of Blue
04. Galaxy 2 Galaxy - Timeline (slow)
05. Actress - Crushed
06. Lando Kal - Help Myself (slow)
07. Roger West - Flush House
08. Herva - Jointless
09. Basic House - Perishing
10. Aki Onda - Flickering Ligths
11. Roger West - End House
12. V/Vm - Blue Things (baby's got)

Audio

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=I2z2xNrzAy0

Tracklisting

Roger West - Wasted House (In Paradisum, 19 janvier 2015)

01. Moldy House
02. Washing House
03. Soaked House
04. End House


Insiden l'interview

Incident Kraspeck

Photos © Amélie Chardon

Beaucoup d'idées, découlant de constats liminaires justes, s'imposent postérieurement par une science diffuse des raccourcis telles des chapes de plomb étiolant tout effort de réflexion - et d'écoute s'agissant de musique - trouvant son point d'orgue dans la concision factice d'une étiquette. Et il en va un peu pour tout et notamment de cette porosité entre ambient, drone, indus, noise et techno. Certes, les quatre Lyonnais d'Insiden s'inscrivent dans cet estuaire sombre et désolé, embrassant de ses tortueuses ramifications l'ensemble des courants précités et rassemblant en France et ailleurs une communauté de plus en plus extensible - des labels BLWBCK (lire) à In Paradisum (lire) en passant par Dement3d (lire) avec Ligovskoï - mais, au-delà du fait qu'ils aient collaboré avec les Toulousain de Saåad le temps d'un split (In Paradisum), Insiden n'est pas Saåad et Saåad n'est pas Insiden. Et ce contrairement à ce qu'un revers de main intellectuel, aussi facile qu'abusif, peut laisser supposer, arguant qu'il ne s'agit là que d'une mode éphémère s'astiquant avec frénésie sur une constellation à géométrie variable, incluant La Monte Young, Tony Conrad, Ben Frost et Sunn O))) pour la faire courte en brassant large. Car plonger dans les cavités abyssales d'Insiden, n'a rien de comparable à l'expérience sensorielle et méditative instiguée par les longues respirations instrumentales de Saåad : leur premier LP Above Us, paru le 30 mai dernier sur In Paradisum, distille d'ailleurs un tout autre sentiment, jouxtant à cette volonté d'introspection une impression latente de tension, d'attente maladive et de peurs inavouables. Insiden se nourrit de ses membres - dont Amédée de Murcia aka Somaticae, Romain de Ferron, Guillaume Mikolajczyk et Hugo Saugier à la création vidéo - pour dépasser par l'improvisation la somme de leur individualité  - "le but, étant de créer une sorte d'addition de nos subjectivités qui doit s’opérer de façon instantanée", l'Insiden d'aujourd'hui ne sera donc plus celui de demain. Interview et écoute exclusive d'un live enregistré à la Cité de la musique à Romans en janvier 2014.

Insiden - Live à la Cité de la musique, Romans, 24 01 2014

Entretien Insiden

Insiden romansEn préambule, pouvez-vous revenir sur l’histoire autour d'Insiden, d’où le projet est parti et comment il a évolué ? 

Amédée : Insiden n'était à l'origine constitué que de deux membres, Guillaume et moi, qui se sont rencontrés à Grenoble au 102. Guillaume m'avait dit qu'il utilisait un violoncelle électrique, ce qui a tout de suite piqué ma curiosité. Un soir il est venu chez moi pour improviser en branchant le violoncelle sur mon ordi grâce auquel j'y ai appliqué une série d'effets que je contrôlais en direct. Guillaume s'est tout de suite mis à jouer, on a enregistré, puis édité les sons : le résultat nous a plu. Le morceau La Tour était né. On l'a envoyé à Guillaume et Paul d'In Paradisum qui ont vite voulu le sortir. Du coup ça nous a motivé pour continuer à chercher des sons pour le violoncelle et à créer des textures noise autour - notamment à l'aide d'une des pédales d'effet de Guillaume mise en feedback. On a adoré improviser à deux mais ça nous a paru encore mieux de jouer avec d'autres de mes amis artistes, Romain au synthé et Hugo à la vidéo. Tous deux ont rendu le projet plus complet avec leurs personnalités respectives. C'est là que le groupe est vraiment né : un quatuor d'impro visuelle et sonore.

Romain : Depuis le début, nos set-up ont pas mal évolué, elles vont vers des sonorités plus diversifiées grâce à de nouveaux instruments comme l'harmonium, à l'association démoniaque néons/piezzo d'Amédée et aux bidouilles de Guillaume... Et puis, grâce à l'utilisation de la bande analogique retraitée en directe par Hugo et son synthé vidéo, nos visuels ont pris selon moi une dimension plus organique. L'évolution majeure, c'est qu'on a pris pas mal de recul par rapport aux idiomes de l'ambient, de la noise, du drone etc... On tente désormais de sortir de ces clichés pour éviter la paresse dans laquelle peut s’installer le spectateur et nous-mêmes.

Le nom du groupe fait-il référence à la perception que le public doit avoir de votre musique ? Une potentialité exploratoire mais introspective ?

Amédée : C'est un peu ça, le nom du groupe signifie « intérieur ». Notre musique peut effectivement se ressentir comme quelque chose d'introspectif, mais pas uniquement. On est aussi très inspirés par les lieux, la vidéo et les instants durant lesquels on joue : en fait notre musique ne vient pas entièrement de nos intériorités.

Romain : Après, comment les gens se servent de notre musique, si c'est pour faire leur vaisselle ou explorer leurs complexes œdipiens, ça ne nous appartient pas.

D’un point de vue esthétique, de la même façon que pour Saaad, on vous associe à l’étiquette dark ambient. Cela vous convient ?

Romain : Pourquoi pas dark ambient, mais pas uniquement sinon ça sonne plutôt chiant. De toute façon c'est toujours un peu flippant d'être étiqueté d'une quelconque manière !

Amédée : Dark ambient, c'était effectivement le cas au départ : nous nous étions placés dans la mouvance Dark Ambient/Drone/Métal, avec des idoles comme Ben Frost, Sunn O)))… Au fur et à mesure de nos découvertes musicales et visuelles, principalement live, car nous allons à énormément de concerts pendant l'année, d'autres mouvances et d'autres artistes, moins sur le devant de la scène, nous sont apparus comme des sources d'inspiration plus riches, plus matures. Un exemple parmi tant d'autres : le collectif Metamkine et les artistes qui gravitent autour, ou encore, dans un tout autre genre, Charlemagne Palestine. En fait on se considère davantage à la croisée de plusieurs courants, dont la Dark Ambient fait peut-être partie.

A l'écoute de vos morceaux, on ressent une sensation d’expérience live. L'improvisation est-elle au cœur de votre démarche, et si oui, quelle signification a-t-elle pour vous ? Après l’enregistrement, vous retouchez beaucoup vos morceaux ?

Amédée : Oui il est clair que l'impro est au cœur de notre démarche. En fait, je crois que lorsque nous improvisons, nous tentons de nous imprégner chacun à notre façon du lieu, du moment, entre nous, entre le public, face à la vidéo. Et le but, c'est de créer une sorte d'addition de nos subjectivités qui doit s’opérer de façon instantanée. Pour répondre de façon plus technique, nous improvisons aussi avec l'acoustique de la pièce et avec la façon dont la sono réagit à nos set-up. En revanche, pour l'album, nous avons retouché nos improvisations, crées en studio, lors du mixage pour en garder le meilleur. Lorsque nous retouchons peu, cela donne un morceau comme La tour, lorsque nous retouchons tout, cela donne un morceau comme Le puits et le pendule, qui devient alors une composition très écrite.

Par rapport aux sonorités drone et aux textures que vous utilisez, quelle est la place de la mélodie dans votre projet ?

Romain : La mélodie est très importante pour moi. Elle est souvent là pour contrebalancer avec les sonorités bruitistes d'Amédée ou de Guillaume. Ce n'est pas pour autant des mélodies très développées, il s'agit plutôt de motifs répétitifs et très simples.

Amédée : Il me semble que pour moi, il n'y a pas d'un coté les mélodies, d'un coté les sons drones ou noise. Et puis le tout ne serait qu'une superposition intelligente. Non, tout son est mélodie dans notre musique ou rien ne l'est, cela dépend du ressenti de chacun.

De plus en plus, on dénote une porosité entre la musique ambiant, drone, et l'univers techno. Ce décloisonnement vous inspire ? Vous attire ?

Amédée : Oui, puisque nous écoutons chacun de ces styles séparément (ainsi que le doom métal, l'indus, la musique électroacoustique ou contemporaine) et nous adorons les artistes qui tentent des hybridations de tous ces genres comme Wolf Eyes ou Leyland Kirby par exemple.

Romain : Je ne pense pas que le public de ces trois « milieux » soit vraiment différent. Pour notre part en tout cas, on ne fonctionne pas du tout par chapelle, et on a toujours écouté ce qui nous fait kiffer : de La Monte Young à Dj Assault. Pourquoi s'en priver ?

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Comment vous êtes-vous retrouvé sur In Paradisum ? Quels sont vos liens avec le label ?

Amédée : J'avais sorti en tant que Somaticae, mon projet solo, un Ep, Dressed like a bubblegum sur le label et je connaissais déjà Guillaume et Paul depuis longtemps par internet où nous suivions le même forum de musique. Nous sommes devenus amis et j'ai commencé à leur envoyer différents travaux, dont mes improvisations avec Guillaume d'Insiden.

Après un split avec Saaad coproduit par BLWBCK et In Paradisum, vous avez sorti Above Us, le 31 mai dernier. Comment s'est passé son enregistrement et avez-vous l'impression d'avoir franchi une étape ?

Amédée : En réalité, le split avec Saaad a été enregistré bien après Above Us qui est un album qui marque différentes avancés dans nos techniques d'improvisations. En effet, sur l'album, au fur et à mesure de l'enregistrement des morceaux, nous avons appris de nouvelles manières de travailler les sons, sur ordinateur ou sur instruments et machines. Nous avons appris à nous écouter et à savoir quand il fallait que chacun s'exprime, sans qu'il y ai besoin de se faire des signes. Mais il ne faut pas que nous rentrions dans une routine de jeux non plus et il faut que nous nous surprenions chacun les uns les autres.

Le premier morceau d'Above Us est le titre d'une nouvelle d'Edgar Allan Poe. Simple coïncidence ou pour vous chaque morceau reflète une histoire particulière ?

Amédée : Oui, c'est bien en rapport avec la nouvelle. J'adorais frissonner avec quand j'étais enfant. Une fois fini, on a décidé d'appeler le morceau comme ça car il me rappelait vraiment l'histoire au niveau des sons et de l’ambiance - être dans le noir dans une pièce inconnue, entendre des bruits menaçant de vielles machines de fer et de bois, des grouillements de rats... Mais c'est une exception car notre musique nous évoque en général des paysages très abstraits ou juste nos émotions de l'instant.

Quel est le futur proche d'Insiden ? Doit-on s'attendre à un changement d'orientation ou a une permanence dans l'exploration ?

Amédée : Nous voulons continuer à explorer davantage, avec d'autres techniques et d'autres instruments - orgue, harmonium, chant diphonique, violoncelle acoustique, autres systèmes d'effet en feedback vidéo ou son... On aimerait également enregistrer et jouer dans des lieux avec des acoustiques particulières comme l’église du Couvent de la Tourette à Eveux où Romain a déjà enregistré un disque d'orgue sur le label BLWBCK, ou encore sur le système acoustique unique de la ferme du Faï, au Saix, où nous avons déjà joué plusieurs fois lors de notre festival échos (lire). Nous allons aussi très certainement réaliser la BO d'un film, Lumières fossiles de la plasticienne et vidéaste Lise Fisher. C'est un projet démesuré qui sera tourné sur le Pic du Canigou !

Amedée, s'agissant de tes projets personnels, tu as pas mal de choses en préparation. Que peux-tu nous en dire ? 

Amédée : Je sort dans peu de temps sur In Paradisum un EP, Pacurgis sous mon pseudo Somaticae. Il s'agit d'enregistrements édités de mes lives de l'année 2013. Ce sera assez brut et très techno ! Un peu plus tard, toujours sur le même label, je vais aussi présenter un tout nouveau side project, Roger West, qui est basé sur les manipulations de samples. Pour cet EP, Wasted House, je me suis fixé comme règle de ne composer qu'à partir de samples de morceaux Dance des 90's, avec une prédisposition pour les morceaux les plus pourris. Le résultat c'est quatre titres de house mutante et démantibulé à la fois dans un esprit de relecture du son french touch mais aussi inspiré par les techniques d'Actress et de Basic House.

Audio

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=aTBC5Lmo5gw

Tracklisting

Insiden - Above Us (In Paradisum, 31 mai 2014)

1. Le puits et le pendule
2. La tour
3. Comme un navire pris dans la glace
4. Symbols
5. Reikä
6. Sitting Near An Imaginary River
7. Above Us


Ricardo Tobar l'interview

Ricardo_Tobar_Hundreds_Garden_Daniel_Avery_Bass_Clef_Remix_Art_750_750_90_sLa carrière musicale de Ricardo Tobar commence au milieu des années 2000, à Viña del Mar, sur le littoral pacifique chilien. Loin des préoccupations de l'industrie musicale, et de la cadence machinique des grandes métropoles européennes, Ricardo profite du calme de "La Ciudad Jardín" pour bricoler ses mélodies à l'instinct sur Audio Mulch et Cubase. A l'époque, il avoue lui-même ne rien connaître aux synthétiseurs, et s'efforce simplement de produire et d'assembler les sons qui l'attirent. Sans professeur ni véritable accès à internet, Ricardo triture ses fréquences avec une naïveté troublante. En 2007, il envoie quelques démos chez Border Community, le label de James Holden, qui décide de sortir son premier EP El Sunset. L'accueil est favorable mais l'assimilation rapide des productions du musicien chilien aux représentants de la house progressive, dont il n'apprécie pas particulièrement la musique, pousse Ricardo à changer de cap. Au cours de ces six dernières années, obsédé par le besoin de créer librement et ne supportant ni les étiquettes ni les commandes, il partage l'ensemble de ses sorties entre des labels aussi différents qu'In Paradisum, Traum Schallplatten, ou encore Natura Sonoris. En octobre 2013, Treillis, son premier album, sort chez Desire, label français indépendant, sur lequel sont signés entre autres Egyptology et Ike Yard.

Quoiqu'en dise Ricardo, les onze morceaux de Treillis tiennent plus de l'aboutissement que de la rupture radicale avec ses travaux antérieurs. Flottant quelque part entre les nappes synthétiques de Boards of Canada, les riffs distordus de My Bloody Valentine, et les cadences frottantes d'un Rezzett, Treillis sillonne dans les eaux troubles d'une electronica-shoegaze qui constitue désormais la griffe du producteur. Souvent rapproché du noise rock, les productions de Ricardo broient pourtant sans doute plus qu'elles ne bruissent. On est loin des performances d'un Ron Morelli ou de la violence de Low Jack (qui a par ailleurs remixé un de ses morceaux). L'atmosphère générale balance entre boucles psychédéliques, mélodies lointaines et rêveuses, et lignes de basse tassées dans le grain. Un onirisme façon Cité d'Or, ambiance mécanico-chamanique et graviers. Des textures synthétiques qui absorbent et transportent comme les couleurs d'un dessin animé des années 80. Un rêve terreux et profondément incarné. Une musique introspective marquée par des expériences universelles, selon les mots de Josh Hall.

Si vous avez manqué l'album en octobre dernier, la séance de rattrapage est fixée au 9 juin, à l'occasion de la sortie d'un EP reprenant deux titres phares de l'album (Hundreds et Garden) - respectivement remixés par Daniel Avery et Bass Clef.

Ricardo Tobar, l'entretien

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Photos © Helene Peruzzaro

Depuis 2007, tu as sorti sept EP's & singles et un album, sur sept labels différents. Comment expliques-tu cette fréquence de changement ? C'est volontaire de ne pas être vouloir être affilié à un label ?
Since 2007, you’ve released 7 EPs & singles and one album, on 7 different record labels. How do you explain this turnover? Is it something intentional, not to be affiliated with one label?

Quand j'ai commencé, je pense que je n'étais pas vraiment conscient de tout ça. J'aimais quelques labels et je leur ai envoyé plusieurs démos. Mais les labels veulent, ou ont déjà, leur propre pâte, et attendent quelque chose de précis. En tant qu'artiste, le besoin d'évoluer, de chercher quelques chose de nouveau, est primordial. J'essaie de travailler avec des gens qui sont intéressés par mes morceaux au moment où je les produis. Il n'y a aucun intérêt à se répéter - pour le meilleur ou pour le pire.

I think when I started I wasn’t conscious about all this label stuff. I just liked a few record labels and I sent them some demos, but labels want or have their own sound and they expect something from you… As an artist you always need to evolve and search for something new or different so I try to work with people that are interested in my songs and in the phase I’m going through in the present. There’s no point on repeating yourself, for better or for worse.

Treillis est ton premier album, comment as-tu abordé ce changement de format ? Penses-tu que cette expérience va influencer tes productions à venir ?
Treillis is your first album, how did you approach this new format? Do you think this experience will affect your future releases?

J’essayais de travailler sur un album depuis une éternité mais au début j’étais complètement perdu. Je n’avais pas de concept, rien… la musique était cette chose abstraite que je faisais parce que j’aimais ça. Je savais que c’était de la techno et je savais que je ne voulais pas servir de matériel pour DJ mais ça s’arrêtait là. Donc l’idée de faire un album était géniale mais ça m’a pris un temps fou de comprendre ce que je voulais. En fait, c’est le mot “art” qui m’a sauvé. J’ai découvert que c’était plus important que ce que j’imaginais avant, même si ça sonne prétentieux.

Je crois que ça m’a vraiment influencé et je serai heureux de faire un nouvel album aussi vite que possible.

I was trying to work on an album since ages really but at the beginning I was completely lost. I didn’t have a concept or anything… music was this abstract thing that I was doing because I just liked it. I knew it was techno and I knew I didn’t want to be dj material but that was it. So the idea of doing an album was great but it took me ages to realise what I wanted. In fact the word « art » saved me. I discovered it was more important than anything else I was thinking before, even if that sounds pompous.

I think it really influenced me and i would be happy to do another album as soon as i can.

Lorsque tu as commencé à tourner, tu évoquais souvent les difficultés liées au passage de la production au live. Est-ce un problème que tu as réussi à maîtriser avec le temps ? Comment la perspective de jouer en live a-t-elle influencé ta manière de produire ?
When you started to tour, you often mentioned the difficulties you had going from the studio to live music. Do you still have this problem? How did the prospect of playing live affect your compositions?

Je pense avoir toujours quelques problèmes avec ça. Je joue toujours dans des clubs et les gens, même s’ils aiment ta musique, ils veulent avoir une expérience physique, ou au moins danser un minimum. Quand j’ai commencé à jouer en live c’était très difficile pour moi. J’étais souvent très frustré donc je me suis mis à produire des morceaux en ayant en tête l’idée des clubs mais je pense que c’était affreux. C’était une phase d’apprentissage et je suis heureux d’être passé par là.

I think I still have some problems with that. I’m always playing in clubs and people, even though they like your music, they want to have a physical experience or at least dance a little bit. When I started to play live it was really difficult for me. I was often really frustrated so I started to do some songs with clubs in mind but I think it was awful. It was a learning curve and I’m happy I went through that.

Dans le prolongement de ma question précédente, tu as déclaré, dans une interview avec Ibiza Voice, que tu ne savais pas faire de hit et que tu ne serais pas capable de composer spécialement pour le dancefloor. Pourtant, comme la plupart des artistes issus de la scène électronique, tu joues majoritairement en club. Comment parviens-tu à gérer cette tension entre le souci de garder ta ligne musicale et la "nécessité" de faire danser le public ?
You said in an interview with Ibiza Voice that you didn’t know how to make a hit and that you wouldn’t be able to compose a song especially for the dancefloor. And yet, as many electronic artists, you play mostly in club. How do you get to handle that tension between keeping your musical orientation and the need of making people dance?

Il y a toujours cette pression en concert parce que ça peut très bien se passer ou très mal. Tout dépend de mon humeur et des gens présents. Mais en général, le public des premiers rangs est déçu parce qu’ils veulent toujours quelque chose de différent. je crois que je fais l’exact opposé de ce qui fonctionne dans un club. J’essaie de continuer à peaufiner ça, c’est le secret !

There’s always this tension when I play live because it can go really well or really bad. It all depends on my mood and the people there with me. But usually people in the front are not happy because they always want something different. I think I just do the whole opposite of what works in a club. I try to keep refining that, that’s the secret !

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Tu as commencé à composer avec peu d'équipement, un logiciel téléchargé sur internet et quelques machines, ce qui a conditionné ton esthétique lo-fi, brute. Pourtant, sept ans plus tard, tu es toujours animé par la volonté de "salir" tes productions, de les traîner dans la terre, de distiller ça et là des imperfections, des cahots dans la rythmique et de fissurer tes lignes de basses. L'omniprésence de la distorsion est l'une de tes marques de fabrique, et ce souci ce raffinement dans le sabotage donne un aspect très vivant, presque animal, à ta musique. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce choix esthétique ?
You started to compose songs with very few equipments, a hacked software and some electronic musical instruments, which determined your lo-fi, rough aesthetic. However, seven years later, there’s still a desire to mess with your songs, get them dirty, to spread some imperfections here and there, some irregularities in the rhythm section and cracks in your bass lines. The distorsion’s omnipresence is one of your trademarks, and your refinement in sabotaging give a very lively, almost bestial aspect to your music. Could you tell us a little more about this aesthetic choice?

Ce n’était vraiment pas conscient. J’imagine que c’était parce que j’étais tellement plongé dans le noise rock. Tout ce que j’aime est toujours un peu noisy donc ça me paraissait naturel de produire des morceaux comme ça. J’ai toujours pensé que je n’étais pas assez extrême cela dit. Je veux aller encore plus loin.

It wasn’t conscious really. I guess it was because I was so into noise rock. Everything I like it’s always a bit noisy so it just feels natural for me to do songs like that. I always thought I wasn’t extreme enough though. I want to go further.

Un autre aspect caractéristique de tes productions, c'est leur force visuelle et leur faculté à engendrer des visions chez celui qui les écoute - une musique hallucinogène en un certain sens. On a souvent évoqué l'influence du mysticisme sur ton travail. Comment lies-tu la spiritualité à la musique ?
Another distinctive aspect of your productions is their visual impact and their capacity of creating visions in the listener’s mind - a kind of mind-expanding music. The influence of mysticism on your work has often been mentioned. How do spirituality and music connect in your work?

La spiritualité est quelque chose de très important dans la vie, du moins c’est ce que je pense. Si tu creuses un peu et que tu vas au plus simple, tout est spirituel. La créativité en est un aspect important et la musique est une petite partie de cet ensemble. Chaque manisfestation est d’égale importance, donc la photo, la peinture, la musique, la poésie ou n’importe quoi d’autre, tout est connecté. Il ne devrait pas y avoir de différence entre tous ces éléments.

Spirituality is something really important in life, I think, at least for me. Everything is spiritual if you go deeper and if you simplify things. Creativity is one important aspect of it and music is a tiny part of that circle. Any kind of manifestation is just as important, so pictures, paintings, music, poetry or everything you could think of is connected. There should be no distinction between all of them.

Une autre formation qui s'inscrit dans cette dynamique profondément visuelle, et à laquelle tu as souvent été comparé, c'est Boards of Canada. Pourtant, à ma connaissance, tu n'as jamais personnellement fait mention du duo écossais dans tes interviews. Est-ce une filiation que tu assumes ?
There’s another formation which fit into this really visual movement, and to which you’ve often been compared to, it’s Boards Of Canada. But to my knowledge, you’ve never mentioned the scottish duo personally durung your interviews. Do you agree with this affiliation ?

Je les aime beaucoup. Mais j'imagine qu'aujourd'hui, tout peut sonner comme du BoC, donc j'essaie de prendre mes distances avec eux. Et pour être honnête, ils sont trop bons pour que je puisse me comparer à eux. Mais je pense qu’on a la même influence : My Bloody Valentine.

I like them a lot. I guess everything can sound like BoC now so I try to keep my distance from them. And to be honest I can’t really compare to them, they are so good. But i guess we have the same influence : my bloody valentine.

Dans plusieurs interviews, tu mets l'accent sur le besoin de composer une musique qui a du sens, qui est riche de sens (meaningful). Qu'est-ce que ça signifie exactement pour toi une "musique qui a du sens" ?
During several interviews, you insisted upon the fact that you need to compose music which is meaningful. What do you mean by that exactly?

Quelque chose qui ne soit pas évident et qui puisse durer. J’ai souvent été comparé à d’autres artistes que je n’aimais pas particulièrement parce que j’étais sur le même label. J’ai eu envie de m’éloigner de tout ça et de dire “Fuck”, vraiment. Si je dois faire un disque de noise pour y parvenir, alors je le ferai.
Donc “faire de la musique qui a du sens”, pour moi, c’était de continuer à produire des morceaux, non pas pour l’argent ou pour la hype, mais qui me touchent ou me transforment. Si ça peut me toucher, alors peut-être que ça en touchera d’autres.

Something that’s not obvious and that can last. I was often compared to other artists that I don’t really like only because I released on the same label. I wanted to get far away from that and to say « fuck that » really… If I have to make a noise record to get there, i will. So meaningful was for me to stay making songs no for money or to be hyped, just to do something that can move me or change me. If this can affect me maybe it can affect others.

Treillis est un excellent album dont la richesse justifierait de longues heures de discussion. Malheureusement le temps nous manque, je me limiterai donc à une seule question formelle. Au trois quart de "Garden" (présent sur l'EP), tu injectes une coupure brutale en pleine mesure, puis repars tranquillement comme si de rien était. Tu mets souvent l'accent sur l'importance de la liberté créative. Est-ce que c'était ta manière de reprendre le contrôle sur la forme et l'aspect sclérosant de nos habitudes d'écoute ? Une sorte de fuck you musical pour manifester ton côté punk ?
Treillis is an amazing record we could talk about for jours. Unfortunately we don’t have the time so I’ll just ask you one formal question. At some point in the song “Garden” (from the EP) you make a sudden break in the middle of the rhythm then start again as if nothing happened. You often insist on the importance of the freedom of the creativity. Was this your way to take over our listening habits? Some sort of punk musical “Fuck You”?

C’est gentil, merci mec ! Je fais généralement ce genre de choses afin de dissimuler toutes les erreurs faites lors de l’enregistrement, mais j’aime mettre une coupure dans un morceau à chaque fois que ça semble opportun. J’ai toujours aimé Nine Inch Nails et Trent Reznor détruisait ses morceaux de cette manière. Je lui ai piqué ça. C’est très important de garder une attitude punk face à la musique, tu dois faire ce que tu as envie de faire, toujours.

That’s nice, thanks man. I usually do everything like that to cover all the mistakes i did during the recording, but I like to break a song whenever it feels right. I was always into Nine Inch Nails and Trent Reznor was destroying his songs like that. I grabbed that from him. To have a punk attitude towards music is really important, you have to do whatever you want to do always.

L'autre extrait de l'album présent sur l'EP, c'est "Hundreds" - rien d'étonnant diront ceux qui l'ont découvert via l'album, tant il était impossible de rester insensible à la puissance mélodique dégagée par le morceau. Pourtant, tu sembles entretenir des rapports ambigus avec cette track. Dans une interview avec Electronic Beats, tu déclarais qu'elle s'intitulait "Hundreds" parce que tu avais facilement composé des centaines de morceaux de ce genre, que tu avais décidé de "put something like that on the album just for the sake of it", “pour la forme, par principe”. Etait-ce une forme de concession pour ton public ? Est-ce que tu peux nous parler un peu plus de ton rapport avec ce morceau ?
The other song present on the album which was also on the EP is “Hundreds”. But you seem to have an unclear relationship with this track. During an interview with Electronic Beats, you said that it was called “Hunderd” in reference of the fact that you’ve composed hundreds of songs just like that one and that you decided to "put something like that on the album just for the sake of it". Was it some sort of concession for your audience? Could you tell us a little more about this song?

J’ai des sentiments mitigés pour tous les morceaux que j’ai composés ! Je n’en suis jamais satisfait, j’ai dit ça parce que je fais généralement ce genre de morceaux très rapidement pour les effacer au final parce qu’ils sont… je ne sais pas comment l’expliquer mais la plupart du temps, quand quelque chose est facile à faire, tu ne lui accordes pas une très grande valeur. J’aime beaucoup la distorsion sur “Hundreds” cela dit.

I have mixed feelings with every song i’ve made ! I’m never satisfied with them, I said that because I usually do songs like that really fast but at the end of the day I end up erasing them because they feel… I don’t how to explain it, but usually when something is easy to do you think it’s not worth it. I like the tape distortion on hundreds a lot though.

Les deux autres artistes présents sur l'EP sont Daniel Avery et Bass Clef. Comment le projet de cet EP a-t-il été conçu ? Qu'est-ce qui a déterminé votre volonté de travailler ensemble ?
Daniel Avery and Bass Clef also play on the EP. How did you come up with this project? What made you want to work together?

Avec Daniel, on parlait de faire un truc ensemble depuis un moment. On aime beaucoup ce que fait l’autre donc c’était génial de collaborer. Je ne connais pas Bass Clef personnellement mais j’ai toujours aimé sa musique et Jérôme (Mestre) de Desire le connaissait donc tout s’est fait simplement et de manière spéciale. Je suis très content de l'EP pour être honnête.

We were talking with Daniel to do something together since some time, we are really fan of each other so it was amazing to do the collaboration. I don’t know Bass Clef personally but I always liked his music and Jerome from desire knew him so everything was really special and easy to handle. I’m really happy with the EP to be honest.

Tu vis en France depuis quelques années maintenant, mais tu es né et a grandi au Chili. Quels rapports (musicaux) entretiens-tu avec ton pays d'origine ? As-tu eu l'occasion de jouer au Chili ? Existe-t-il une scène électronique là-bas ?
You’ve been living in France for some years now but you (were born and) grew up in Chile. What musical relationships do you have with your country of origin? Did you have the chance to play there? Is there an electronic scene?

Il y a une petite scène électronique là bas mais je n’ai aucun rapport avec eux. Je me sens tellement loin de ça. Les Djs s’intéressent à quelque chose que Luciano ou Villalobos ont déjà fait. Ils sont plus intéressée par les à-côtés de la vie de Dj : porter des lunettes de soleil en boîte, mettre une écharpe quand il fait super chaud, et se complaire dans cette ambiance superficielle. C’est comme s’ils avaient 10 ans de retard… Mais je suppose que c’est normal, on entend encore des morceaux identiques à ce que faisait Border Community il y a dix ans auparavant même si tout le monde est passé à autre chose.

There’s a little scene there but I’m not related to all that at all. I just feel so different to them. Dj’s there are focused on something that luciano or villalobos already did. They are more interested in the life of a Dj : wearing glasses inside a club, using a scarf when it’s really sweaty and stay in this uninteresting constant groove. It’s like they are 10 years away… but I suppose is normal, you still hear songs copying what Border Community did ten years ago even though everybody moved on.

Dernière question, est-ce que tu peux nous parler un peu de tes projets à venir ? Lives, nouvel EP, etc. ?
Last question, could you tell us about your future projects ? Lives, EPs, etc?

Je joue au Social Club à Paris le 19 juin et j’ai quelques dates après ça. Je ne souhaite pas parler des prochaines sorties mais des choses sont prévues !!

I’m playing in paris at the Social Club on june 19th and I have a few dates after that. I don’t want to talk about releases yet, but there’s some stuff coming out !!

Traduction : Marie-Eva Marcouyeux

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Interview & mixtape : Villette Sonique invite In Paradisum

Prurient 3Si le coup d'envoi du festival Villette Sonique - présentée sommairement par ici - a eu lieu hier soir avec Nils Frahm et Chassol à la Cité de la Musique, et que ce soir les choses se passent à l'Espace B avec la curieuse et inédite collaboration entre Sun Araw et Laraaji, demain, mercredi 4 juin, l'une des soirées les plus excitantes de la semaine se tiendra au Trabendo avec au programme, et ce dès 19h30, Low Jack en live, Sister Iodine, Dominick Fernow aka Prurient et Oscar Powell, instigateur du label londonien Diagonal Records (Event FB). Si ce dernier remplace au pied levé Margaret Chardiet, en galère de passeport à l'heure de faire voyager en Europe son exquis projet  et son album Abandon paru l'année passée sur Sacred Bones, il n'en reste pas moins un invité de choix, depuis longtemps dans le viseur d'Etienne Blanchot, programmateur du festival parisien, qui, pour la première fois s'associe avec un label, en l'occurrence In Paradisum de Guillaume Heuguet et Paul Régimbeau, pour accoucher d'une affiche en format concert - "radicale et sexy" - qui fait sens. Entre fracas noise et bourdonnements ambiant, échanges entre musiciens d'horizons divers et mélange des publics, pour Etienne Blanchot et Guillaume Heuguet, rencontrés fin avril dans un bar près de Belleville, l'idée est avant tout de faire jouer des groupes physiques, des performers jusqu'au-boutistes s'accommodant des larsens comme des tonalités qui durent. Etienne, le regard amusé et la parole volubile, prévient "Je ne dis pas qu'on va faire complet, mais on a choisit le Trabendo plutôt que le Wip pour la puissance du son". Guillaume, le coupe "Il y'a de la sueur et des malaises vagaux". De quoi faire saliver. Évoquant chacune des entités par le prisme de cette soirée, on a passé en revue ensemble les artistes alignés sans se départir des "points de convergence sous-jacents" chers à mes deux interlocuteurs ayant conduit à la formation d'un tel plateau. En prime, une mixtape réalisée à quatre mains annonçant on ne peut mieux la couleur et un concours en fin d’article afin de glaner quelques places.

Un festival hors-cadre, un label plein champ

"Au début de Villette Sonique, la volonté c'était de sortir de l'actualité tout azimut et de se situer plutôt dans la filiation, dans le patrimoine. Sortir du groupe de saison jetable, de cette obsession de la nouveauté, en se positionnant sur des musiciens plutôt hors timing, ce qui donne lieu parfois à des reformations. Le rock vieilli, c'est logique que les groupes reviennent. Ça se passait dans le jazz avant." Le sourire en coin qui barre le visage d'Etienne insinue tout à la fois la fierté respectable du travail accompli des années durant, et l'excitation saine et non dissimulée d'une nouvelle édition, toujours différente de la précédente, dont le jalon le plus expérimental prendra forme mercredi soir au Trabendo. "Le festival est réputé pour cette dimension hétérogène, avec ses affiches flamboyantes" centrées sur "des figures cultes" tel Dominick Fernow, mais aussi et surtout pour sa dimension aventureuse malgré un principe de réalité omniscient : "Faire des clubs, c'est une question d'envie. J'écoutais quasiment pas de musiques électroniques il y a neuf ans, on en écoutait, mais ce n'était pas la priorité. Là c'est évident, même si c'est aussi une question de circonstances. Ce sont les hasards des constructions de plateaux, qui font qu'il y en a plus ou moins : tu te bagarres pour avoir des têtes d'affiches, c'est quand même ça la réalité." Et faire un club expérimental avec un timing de concert ? "L'idée, pour quelqu'un de ma génération, c'est de désenclaver les publics, entre club et concert, avec un public pluriel. Quand tu vois le public de Fernow et Vatican Shadow - le projet techno de celui-ci - , y'a, en plus de tous ces jeunes, tout ce public noise qui a plus entre trente-cinq et quarante-cinq ans que vingt-cinq. C'est cette dynamique la qui compte, le mélange des publics est une chose assez rare pour être appréciable." Pour Guillaume, le son de cloche résonne différemment, mais la volonté est taillée dans la même excitation quant à l'improbabilité du résultat : "Quand je monte une soirée, je ne fais pas de sociologie de public, je ne me dis pas si là ça va pas marcher ou pas et avec qui". Il poursuit, "de notre côté, on est assez frustré par notre réseau club. Ce qu'on écoute avec Paul (Mondkopf) chez nous c'est les Swans, des groupes qui ont toujours été dans l'optique de la Villette Sonique. Du coup, on hésite pas dès qu'on peut faire des soirées avec des gens d'un spectre un peu plus large, que ce soit au Garage Mu, ou avec la Villette Sonique, montrant qu'il n'y a pas de frein et que tout peut communiquer. Je me sens plus à l'aise avec ces-derniers, qu'avec un responsable d'un club à qui je dois expliquer que ça va faire du bruit mais que ça va aller. Et puis, ce plateau là, on peut le faire parce qu'on le fait ensemble."

Celui qui est également l'un des deux rédacteurs en chef de la revue Audimat, enfonce le clou, histoire de mettre en relief la nouvelle direction empruntée par le label : "In Paradisum a clairement calmé l'aspect club. J'étais tellement content de la date au Garage Mu avec Container que depuis on a arrêté de faire des clubs, mis à part la release party pour l'album de Mondkopf, Hadès. Mais ce n'est pas ce qu'on veut, on est très sollicité mais cela ne nous intéresse pas, on essaie pas de développer une activité de prescripteur. Sinon, tu deviens producteur. Je préfère me focaliser sur le label." Une structure (lire) qui poursuit son bonhomme de chemin dans le mélange des genres, à la croisée des chemins entre techno, ambient, noise et indus, avec dans le rétro les sorties quasi-concomitantes en début d'année du Ep Jura de Qoso et du LP précité de Mondkopf, et avec dans le viseur, la parution toute récente de l'album Above Us du duo Lyonnais Insiden, en plus de ceux, prévus respectivement pour juin et septembre, de Somaticae et Extreme Precautions. Le concert de Somaticae à la Villette Sonique en 2013 justement, constitue le moment clé de la rencontre entre In Paradisum et l'équipe de la Villette Sonique : "Amédée jouait en première partie de Vatican Shadow et ça correspondait avec la sortie de son disque, Catharsis (lire). On s'est un peu approprié la soirée, histoire de fêter la sortie de celui-ci. C'était hyper bien car on y a vu un public club pour qui c'était un truc spécial d'aller voir un concert dans le cadre de Villette Sonique. Même si c'est expérimental, c'est un live club quand même, avec une énergie techno." La date du 4 creuse donc dans un même sillon. Etienne précise : "la convergence s'est faite sur des artistes qu'on voulait faire jouer chacun depuis longtemps, notamment les américains. Et avec le nouveau live de Low Jack et l'engouement qu'a celui-ci pour Sister Iodine, on a pas hésité à tous les réunir. L'important c'est de se dire que, maintenant que le plateau a prit forme, c'est toujours aussi excitant car ce n'est pas du cent pour cent acheté sur catalogue : tu sais qu'il va se passer quelque chose d'étonnant." La cohérence du plateau ? "C'est une soirée de performeur, c'est ça le lien. Ce qui est marrant sur cette soirée, et même si la volonté est de donner une place respectable à Prurient au sein du line-up, c'est qu'on se sert des américains comme faire valoir des français. Pour une fois, cela inverse la donne." Guillaume synthétise : "Pharmakon et Prurient c'est un même univers noise, c'est proche. Et Low Jack écoute Sister Iodine"

Low Jack, Sister Iodine & Prurient
IN PARADISUM

Etienne allume la mèche, s'adressant à Guillaume : "je suis fan de Low Jack (lire), alors quand Guillaume m'a vendu le nouveau nouveau live de Low Jack, j'étais forcément partant". L'intéressé précise : "disons que c'est pas la première fois que Phil annonce un nouveau live. Il déteste faire ça en fait, alors il en fait toutes les semaines. Après avoir jouer live à Rennes et Paris dernièrement, il n'était pas content : il sait où il veut aller, et là ce n'était pas encore ça. Alors je lui ai dit, ok, tu prends quatre mois et tu fais ton live. Il a tout mis à plat, partant sur une ambiance techno Chicago très dure, avec des nappes noise. C'est un live club très minimaliste, avec des sons qui attaquent très fort, violemment. C'est excitant car c'est assez nouveau dans le genre. Cela fait penser aux premiers morceaux de Green Velvet enregistrés live et où ça grince de partout, t'entends même le compresseur dans l'enregistrement. Au debut, Phil voulait faire un larsen d'introduction qui durait trois minutes, à la Sister Iodine. On lui a dit de laisser Sister Iodine faire ces larsens et lui de continuer a faire ce qu'il fait. En ce moment, il écoute beaucoup d'indus et de noise, mais il faut qu'il garde son kick, sinon ce n'est pas marrant. Sur son live, il y a un morceau qu'on sortira sans doute après, où l'idée est vraiment de te faire passer un boeing sur la gueule." Au jeu des sept familles, la carte Low Jack peut se rapprocher sans ciller de celle Sister Iodine ? "Oui, pour Etienne, Sister, c'est un groupe a guitare mais qui produit une masse sonore." Pour Guillaume, y'a "cet espèce de funk froid, cet aspect tribal qui est partagé, tout comme ce rapport à la voix vu plus comme un instrument." Si la perméabilité des univers est avérée dans un sens, Low Jack s'éprenant donc de Sister Iodine, l'inverse est-elle vrai ? Pas de doute pour Etienne : "Ils ont écouté beaucoup de techno. Ils ont eu des side-project d'harsh noise. Pendant leur break qui a duré cinq ou six ans, ils avaient même un projet électronique, Discom, avec lequel ils allaient jouer au Japon avec. L'électronique fait clairement parti de leur territoire, y'a une vrai convergence dans l'esprit. D'ailleurs, dans le rock, à l'heure actuelle, des groupes qui font avancer les choses, qui repoussent les limites, y'en a plus beaucoup. Sister Iodine en fait partie, au niveau des textures, il y a quelque chose de très intéressant." "On s'est retrouvé à un concert de Sister avec Guillaume, et là on a vu d'emblée l'adéquation. Les mecs de Sister Iodine auraient pas eu forcément l'idée de participer à une telle soirée, donc c'est bien que ce soit In Paradisum qui leur ait proposé : cela manifeste une porosité de ces milieux, et rien que ça, c'est nouveau pour moi."

Prurient, c'est une autre histoire. Etienne raconte, "c'est un concours de circonstances en fait. J'ai couru quand même dernière lui pendant des années, depuis que le festival existe même. Et l'année dernière, la date de Vatican Shadow s'est faite assez simplement. Il a été archi-content du concert, du coup je me suis dit, allez, enchaînons. Et puis, au sein du festival, on revendique ce type de personnage et de caractère : il permet de défendre quelque chose de plus global, en frappant fort." Seule ombre au tableau donc, l'annulation de la tournée de Pharmakon, d'autant que c'est la deuxième fois que Margaret Chardiet ajourne une date parisienne avec In Paradisum. "Elle devait faire une date isolée, en première partie de Mondkopf. Mais on était super à la bourre dans la préparation d'Hadès - au départ, on ne devait pas le sortir nous - du coup, on a du annuler." Un trou plus que comblé par l'ajout de Powell au line up qui, à défaut de chambouler une time table originelle - dénotant un indicible projet des deux promoteurs - , aura l'occasion de faire résonner son ultime et excellent EP, Club Music.

Mixtape Villette Sonique x In Paradsum

IP VS mixtape

Concours

On vous fait gagner deux fois deux places. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort demain à midi.

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Mondkopf - Hadès III

Hadès IIIAnnoncé depuis quelques temps déjà, Hadès, le nouvel album de Paul Régimbeau - plus connu sous le patronyme de Mondkopf - verra le jour le 5 février prochain via In Paradisum (lire). Sans en dévoiler sa teneur, Hadès III, à écouter et télécharger ci-après, ne fait qu’accroître l'attente suscitée par ledit LP, entremêlant ici des cuivres aux sonorités médiévales à un voile drone obscurcissant, nimbé de cliquetis industriels. Encore trop court pour rassasier, mais on fait avec.

Audio


Who are you In Paradisum ?

In Paradisum Mixtape(Dis)continuité discographique du label Fool HouseIn Paradisum, conjointement chapeauté par Paul Régimbeau - plus connu sous le patronyme de Mondkopf - et Guillaume Heuguet, se pose, avec AntinoteDement3d (lire) et Get the Curse, en fer de lance hexagonal d'un nouveau souffle techno à la fois plus intellectualisé et moins festif, plus dur mais non moins référencé. En somme, l'antidote à la lèpre Ed Banger. Esthétiques musicale et graphique cohérentes - tendant de pair vers des ténèbres insondables -, rythme de sorties de plus en plus soutenu, In Paradisum n'est déjà plus un jeune label, quand bien même son back catalogue dénombre autant d'artistes qu'une main compte de doigts : Mondkopf donc, mais aussi Low Jack - présenté il y a peu ici même (lire) - ,  Somaticae - évoqué à l'occasion de son LP Catharsis (lire) - , Qoso et Insiden. Un peu plus même si l'on s'enquiert de Ricardo Tobar migrant depuis lors sous les cieux de Desire Records afin de faire paraître son ultime album Treillis. L'idée ici est de développer un son propre à chaque producteur, de le faire maturer sur la durée, pas de faire nombre avec une kyrielle de maxis émanant de toute part. Oscillant entre house, techno-noise, ambient et musiques industrielle et drone, les cousins français d'Hospital ProductionsBlackest Ever Black ou Long Island Electrical Systems se confient ici par la voix de Guillaume Heuguet à une poignée de jours d'une soirée In Paradisum XIII (Event FB) réunissant samedi prochain au Garage MU Somaticae, Low Jack et Ren Schofield aka Container - et dont on vous fait gagner quelques places en fin d'article. En prime une mixtape, taillée dans l'acier et le béton, à écouter et télécharger ci-après.

Mixtape

01. Charlemagne Palestine - Beauty Chord + Voice (Alga Marghen)
02. Ben Frost - Sleeping Beauty (benfrost.bandcamp.com)
03. Witxes - The Weavers (Denovali)
04. Swans - Weakling (Neutral)
05. Pharmakon - Pitted (Sacred Bones)
06. Katie Gately - Last Day (Public Information)
07. Hopen - Paloma Black Ordax (Everest Records)
08. Ike Yard - Dancing + Slaving (Acute Records)
09. Elg - Notringo Indigo (SDZ Records)
10. Violetshaped - CX310 (JK Flesh reshape) (Violet Poison)
11. MKFN - When they set their eyes to cast me (Mesheland)
12. These Hidden Hands - Severed (Hidden Hundred)
13. Vapauteen - You'll get used to it (L.I.E.S)
14. Eurythmics - Jennifer (RCA)

Entretien avec Guillaume Heuguet

face InsidenD’où vous est venue l’idée et la volonté de créer In Paradisum ? Quelles sont les dates ou événements importants dans votre démarche de création du label ?

On avait Ease Your Pain sous la main… Et puis on a eu envie de revendiquer les trucs que par défaut on écoutait un peu qu’entre nous. Au final, ça nous a permis d’entrer en relation avec pas mal de gens qu’on aurait bien aimé connaitre plus tôt.

Très prosaïquement, le label a-t-il bénéficié de la notoriété préalable de Mondkopf pour exister ? 

Ce sont les ventes de nos projets précédents qui nous ont permis de financer les premières sorties. Mais honnêtement, chaque disque reste un défi.

Au-delà du nom - que l'on peut concevoir comme une antithèse gothique de l'esthétique musicale du label - comment définiriez-vous cette dernière ? 

On aime bien les choses un peu sauvages… Je ne sais pas, j’espère que d’autres la définiront pour nous.

Mondkopf, Low Jack... le label semble a priori résolument orienté techno. Un a priori vite contrecarré par la présence de Saåad ou Insiden. In Paradisum est-il conçu comme espace de confrontation et d'expérimentation comme en témoigne la bien nommée Last Love réunissant Mondkopf et Saåad sur la compilation The Black Ideal ?

Oui sans doute, on est prêt à voir où la musique nous mène.

Dans le même ordre d'idée, Somaticae, Ricardo Tobar et Qoso viennent d'univers sensiblement différents. Qu'est-ce qui les fédère à vos yeux et comment choisissez-vous les artistes avec qui vous souhaitez travailler ?

Ce sont un peu tous des enfants sauvages, avec un style un peu trop personnel pour correspondre d’emblée à une scène établie… Par exemple, même si Ricardo a un passé avec Border Community, au moment de son maxi il n’avait plus de “maison” évidente, sa musique avait évolué. Parfois In Paradisum c’est un peu l’orphelinat.

Quel lien faites-vous entre l'esthétique musicale du label et l'aspect graphique, résolument influencé par l'indus et le métal ? 

Le lettrage est dessiné à la main avant d’être envoyé à l’impression pour chaque disque de la série sans pochette, je crois que ça représente bien l'ambiguïté de nos disques qui gardent une dimension assez “incarnée”. Notre graphiste Jules Estèves vient du fanzinat et de l’illustration. Pour nous, plus qu’une esthétique métal, c’est de la confusion organisée, un espace pour se projeter.

Quelles sont les voies de développement du label ? Après la collaboration avec BLWBCK, allez-vous collaborer avec d’autres labels ? Allez-vous exploiter d’autres formats ?

On est agnostiques sur le format, on choisit en fonction de la musique. Mais le format LP ou disque, pour graver 35-40 minutes de musique, correspond bien aux projets en cours. Les voies de développement du label pour l’instant, c’est surtout l’évolution de la musique de Philippe, Charlie, Amédée et Paul, même si on reçoit aussi des propositions de plus en plus pertinentes.

Somaticae

 À ce titre, vous cherchez à organiser des concerts et non plus uniquement des soirées. Est-ce la marque d'un changement de direction du label ?

On a un peu plus d’opportunités pour faire des concerts aujourd’hui, même si on va peut être en faire dix ou zéro dans les prochains mois, là aussi c’est à l’instinct. On a toujours voulu faire des concerts - on avait fait Ben Frost et Roly Porter en format assis à la Gaîté Lyrique. Dans notre tête, le label ça a toujours été les deux situations d’écoute aussi. On a effectivement plusieurs projets qui sont assez loin des formats DJ, mais on n’a aucune intention de “se libérer du dancefloor”.

En parlant de soirées, In Paradisum en a organisé de multiples à Paris, alignant artistes du label aux côtés d'autres tels Andy Stott, Perc ou Oneohtrix Point Never. Est-ce une façon de prolonger l'idée du label ou d'inscrire celui-ci dans un contexte plus large, international ? 

À la base, on voulait surtout voir ces artistes jouer. C’est vrai que le soutien de gens en dehors de ceux qu’on fréquente à Paris est important. En commençant, on ne pensait pas qu’on aurait un vrai échange avec des gens comme Perc ou Ron Morelli. Mais c’est surtout grâce aux disques, les soirées ont peu d’écho en dehors de la France - enfin, à part sur les tourneurs spécialisés, dont c’est le boulot de savoir qu’on existe…

Qui sont les amis d'In Paradisum ? Pensez vous que le label s'inscrit dans une scène particulière ?

Ici, Quentin d’Antinote est un mec qu’on aime beaucoup, je le connais depuis ado en fait.

La rencontre avec Julien de Dement3d et son ouverture d’esprit nous a fait nous sentir moins seuls quand on a commencé le label… Il y a Jules qui fait Unknown Precept avec une passion rare, on va faire un peu de radio ensemble… Les gens de Get the Curse sont vraiment des mecs bien, j’aime beaucoup leur émission Odd Frequencies. BLWBCK avec qui on a donc sorti une cassette. D’ailleurs Greg de Saaad jouera avec Mondkopf sur scène…

On s’entend bien avec Michael d’Ancient Methods (lire), Perc, Pete Swanson, Ron Morelli, Paul d’Emptyset, Untold… Sur l’aspect strictement musical, ce que mixe Forbidden Planet, le label Berceuse Héroïque, et évidement plein d’autres qu’on admire de loin, notamment dans le métal et l’indus comme Handmade Birds, Hospital Productions, Blackest Ever Black…

Tout cela fait peut-être une scène mais pas centrée sur un genre particulier, ce qui nous va bien.

Quel est le futur proche du label, notamment en termes de sorties ?

On vient d’avoir les versions finales de l’album d’Insiden, groupe qui inclut Somaticae. C’est de l’ambient sombre mais c’est loin d’être réservé aux amateurs du genre. Il y un projet assez spécial de Mondkopf qui est prêt, un nouveau maxi de Qoso qu’il est en train de finir, et les autres sont sur la suite aussi.

Chroniques

Somaticae - Pointless (article paru le 1er juillet 2013)

Si l'on a déjà présenté la verve techno-noise du Grenoblois Somaticae à l'occasion de son premier LP Catharsis (lire) - paru via In Paradisum - , inutile de dire qu'on attendait avec une certaine impatience, pétrie d'un masochisme compulsif, sa traduction à l'écran - tant l’introspection maladive du jeune homme, hybridant électronique, ambiant et métal d'un même élan vers l'abîme, recèle d'une imagerie à la noirceur inhérente. Fractales obscures et anthracites d'images à peine identifiables, mais épousant libidineusement l'ambiance claustrophobe de Pointless, la réalisation d'Hugo Saugier ne déçoit pas, bien au contraire, accompagnant cette ode aux enfers au degré d'abstraction requis : celui où l’œil, pétrifié de souffrance et de folie, ne distingue plus autre chose que les formes se mouvant dans les ténèbres devenues monde. Flippant.

http://www.youtube.com/watch?v=_t_CQ7Scwgc

Low Jack - Flashes (article paru le 23 septembre 2013)

Peut-être que je sortirai un truc de gaber hollandais ou de ghetto house à 135bpm plus tard dans l’année, va savoir. C'est en ces mots que le producteur parisien Philippe Hallais, oeuvrant sous le patronyme de Low Jack, évoquait son futur proche discographique lors d'une interview (lire) faisant suite à sa récente collaboration avec Qoso sur In Paradisum (Like It Soft). Evidemment, on se persuadait de la boutade bien senti tant on devinait que ses textures grimées entre lenteur et fracas étourdissant, allaient continuer à s'obscurcir et s'inscrire par les deux bouts en pleine maturation techno-noise, conjuguant sur Flashes - son EP paru le 30 septembre -, sonorités industrielles et rythmiques métal. Ledit maxi est défloré par la mise en images signée Loup Sarion, Théo Mérigeau et Clément Thuriot du morceau introductif du même titre, à découvrir ci-après, superposant non sans réussite parfums d'apocalypse et instinct animal.

http://www.youtube.com/watch?v=U3y4u6ThMKs

Concours

IPXIII

On vous fait gagner deux places pour la soirée du samedi 30 novembre avec Somaticae, Low Jack et Container. Pour tenter le coup, rien de plus simple : envoyez vos nom et prénom à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort le 29 novembre et prévenus par mail le lendemain matin.

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Somaticae - Pointless (PREMIERE)

Si l'on a déjà présenté la verve techno-noise du Grenoblois Somaticae à l'occasion de son premier LP Catharsis (lire) - paru via In Paradisum, label chapeauté par Mondkopf et Guillaume Heuguet -, inutile de dire qu'on attendait avec une certaine impatience, pétrie d'un masochisme compulsif, sa traduction à l'écran - tant l’introspection maladive du jeune homme, hybridant électronique, ambiant et métal d'un même élan vers l'abîme, recèle d'une imagerie à la noirceur inhérente. Fractales obscures et anthracites d'images à peine identifiables, mais épousant libidineusement l'ambiance claustrophobe de Pointless, la réalisation d'Hugo Saugier ne déçoit pas, bien au contraire, accompagnant cette ode aux enfers au degré d'abstraction requis : celui où l’œil, pétrifié de souffrance et de folie, ne distingue plus autre chose que les formes se mouvant dans les ténèbres devenues monde. Flippant.

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=_t_CQ7Scwgc


Somaticae - Catharsis

Somaticae - Catharsis

Pont entre la hard-tek des nineties, la harsh-noise et le minimalisme indus ravissant les habitués du Berghain ou du club Tresor, la musique du Grenoblois Somaticae sent le souffre et la poussière, alternant rythmiques marteau-pilon et nappes fantomatiques. Si Catharsis est un album d’une brutalité inouïe, il se dégage des dix titres escamotés en une chronique bruitiste orchestrée une atmosphère aussi insalubre que résolument jouissive. On pense bien entendu autant à Perc, Regis, Prurient ou bien encore Shifted et même Adam X comme maîtres à penser du jeune producteur français. Pas étonnant donc que celui-ci ait trouvé refuge auprès d’InParadisum, label assez hétéroclite de Mondkopf, néanmoins tourné vers le côté obscur de la techno. Impossible de rester insensible devant ce pamphlet de sonorités “abruptes” couleur rouille et laissant comme un goût de métal dans la bouche. Le musicien signe avec ce troisième album une ode à la violence terriblement audacieuse et fascinante.

Audio

Somaticae – The Spectator

Tracklist

Somaticae – Catharsis (In Paradisum, 2013)

1. Lamentations I
2. Pointless
3. Abrupt I
4. The Leviathan
5. Abrupt II
6. Indifferent
7. Abrupt III
8. The Spectator
9. Lamentions II
10. Abrupt IV


Low Jack : mur du son et pyjama

On ne saurait vous dire précisément où en est la scène technoise - sans doute quelque part entre institutionnalisation (jetez un œil aux annonces des festivals XL de cet été) et accrétion vitesse grand V. C'est quasiment la même du point de vue musical ; l'étiquette recouvre un tas de trucs hyper hétérogènes : croisière white noise informe, mid-tempo statique, approche rythmique propre au continuum hardcore. Sur le papier, certains mariages parlent par et d'eux-mêmes. Celui qui lie la Chicago house à un traitement basse fidélité de ses fréquences voire totalement noise en est un : le temps long, s'étalant sur presque trente ans, et le travail des rééditeurs en donnent un bref aperçu. Au présent, l'exercice est toujours compliqué : concours permanent de légitimité et de conformité aussi bien du côté du producteur que de l'auditeur, le décalage se porte vite vers des postures techniques et formelles qui généralement passent complètement au-dessus du mélomane moyen et ravissent au contraire les nerds qui ont vite fait de prendre parti.

« La lenteur est quelque chose qui m’a longtemps obsédé, notamment à travers un mec comme George Issakidis et son label Republic of Desire. C’était vraiment la dualité musique industrielle, sale, crispante et groove house, hautement sexuel qui m’a instantanément séduit. » nous répond Low Jack quand on lui demande son accroche initiale à la dance music. Le parti-pris s'exprime également en grosses lettres en première ligne de la discographie du parisien : un EP (Slow Dance) au titre quasi programmatique sorti chez Get the Curse. Moitié de Darabi, Philippe porte Low Jack sur disque et sur scène en satisfaisant « certaines envies d’expérimentations et influences plus minimalistes et radicales ». Free Pyjamas, son deuxième maxi sorti chez Delsin, ressemble d'ailleurs plus à un ensemble de DJ tools assemblés en prises live. On pourrait de fait penser que les trois morceaux sortis sur le label hollandais se posent comme une passerelle directe vers l'expression live du projet. Au final, l’exercice relève plus du « challenge [...] de réussir à s’adapter à la salle, au public, au line-up le mieux possible ». Son live récent à la Gaîté Lyrique (In Paradisum meets Perc Trax, 25/01/2013) en témoigne ; dans une prestation qui a pu paraître comme commissionnée par la couleur du plateau (Andy Stott et Perc comme têtes d'affiche) se sont surtout exprimées les marges de manœuvres permises par la dimension interprétative du live de Low Jack : une 707 et un gros travail autour de la superposition de voix retravaillées régulent un live hyper montagnes russes.

La dimension live process de la chose est de nature à faire évoluer le format de la petite heure de live aperçue fin janvier vers ce rendu « sonique, un peu mur du son » recherché par Philippe. L'actualité récente de Low Jack est une sortie partagée avec Qoso (In Paradisum 06). De retour sur des terres slow-mo, le morceau avance à pas rapprochés vers une esthétique plus froide encore sans minorer la dualité ghetto/noise des débuts. On spécule avec intérêt quant aux suites discographiques de ces (encore) jeunes producteurs. « Peut-être que je sortirai un truc de gaber hollandais ou de ghetto house à 135bpm plus tard dans l’année, va savoir. »

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