Trésors - Once A Believer (PREMIERE)

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All photos © Sébastien Roussel

Dès l'origine de leur projet à deux, Adrien Durand et Adrien Kanter ont envisagé Trésors comme une libération d'eux-même et un aller simple pour ailleurs. Pour tout bagage, quelques synthés et boites à rythme mais surtout l'envie de s'ouvrir à une multitude d'influences afin de rendre plus nette et personnelle leur synth pop dense matinée d'un esprit post-punk fait successivement de lutte et d'abandon. Jamais avare d'échanges, le duo a ainsi pris plaisir à convier sur ses différents singles des musiciens de tous horizons pour venir encore enrichir cette recherche électronique partie de zéro. Après Missionnaires en 2012, Trésors revient le 6 juillet prochain chez Desire Records (CD / LP / Digital) et BLWBCK (K7) avec un deuxième album au titre aussi clair et sans détour qu'un nom sur une pierre tombale : Adrien.

Dans cette nouvelle étape de leur voyage initiatique, Trésors convie un partenaire de longue date, le producteur parisien Holy Strays, pour la confection de Once A Believer, premier single tiré de l'album à venir. Si la tentation électronique était claire sur les premiers mouvements du duo, Once A Believer semble porter les musiciens vers un mélange bigarré où le chant d'outre-tombe réveille un paysage sans vie, où les riffs de guitare presque noise viennent se fracasser sur des synthés en suspension, à l'influence ambient évidente. L'amplitude de Once A Believer semble annoncer un nouveau virage dans le parcours du duo, revenu du tout-électronique et conviant plus ouvertement les influences rock du duo enrichie de cette identité synthétique éprouvée sur les précédentes sorties ces cinq dernières années.

Fidèle à sa démarche, Trésors s'entoure de trois groupes pour plonger Once A Believer dans des bains de culture et disséquer le morceau dans tous les sens. Si Saaad propose un remaniement ambient / drone dansant de qualité, bâti autour de ce groove hypnotique d'une simplicité mais d'une puissance évidente, contrebalancé par l'énergie destructrice du remix proposé par le duo d'énervés Warsawwasraw, la mixture expérimentale touche-à-tout du duo lillois Puce Moment reste plus difficile à comprendre dans son ensemble ; semblant un peu perdu entre les couches du morceau original sans parvenir à clairement tracer une ligne différente et personnelle, au bout du compte.

Once A Believer et les remixes seront disponibles en digital le 15 juin prochain via Desire.

Audio (PREMIERE)


Police des Moeurs x Holy Strays Remixes (PREMIERE)

SAMSUNG CAMERA PICTURESLes mots label et maison de disque sont souvent couchés sur le papier avec une équivalence synonymique avérée. Pourtant, le premier fait plus référence à une marque tandis que le second sous-tend un surplus de chaleur, faisant côtoyer à dessein les artistes autour d'une démarche tels des convives autour d'un feu. On aime penser que c'est précisément le cas de la structure de Rémi Laffitte, Atelier Ciseaux - longuement interviewé par ici - qui après avoir successivement sorti un split EP des Canadiens de Police des Moeurs et d'Essaie Pas (lire), puis un maxi du Parisien Holy Strays (écouter), s'est fait l'entremetteur d'une inédite collaboration, s'émancipant des genres et des étiquettes, entre le Québécois Francis Dugas de Police des Moeurs (lire) et Sébastien Forrester d'Holy Strays (lire). Le résultat ? Les très réussis remixes des morceaux Je Te Montrerai du premier par le second et de Seance du second par le premier. Le tout étant écoutable ci-après en exclusivité interstellaire.

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Holy Strays l'interview

LOW01Observer un artiste éclore et se métamorphoser n'est pas rien. C'est même captivant. De son premier concert solo à aujourd'hui, Sébastien Forrester, du haut de ses 23 ans, a déjà fait avec Holy Strays un bout de chemin sous nos yeux ébahis (voir). À l'heure où sort son second EP Chasm via Demand Vinyl - subdivision de Something in Construction - et où il s'apprête à prendre la route à l'occasion de deux mini-tournées successives avec Cankun et Robedoor - dont une date à Paris le 25 octobre prochain au Garage MU (Event) - puis Suuns, le timide mais volubile jeune homme a accepté le principe d'une entrevue fleuve avec quelqu'un le connaissant bien, Dom Tr, instigateur du label Fin de Siècle. Ce dernier, qui a récemment sorti le premier EP de MILAN (lire) - projet parallèle à Holy Strays - , l'amène à revenir sur ses débuts, son premier cap franchi - avec la sortie du 7" Christabell - , à évoquer le présent avec son second EP paru le 15 octobre dernier, puis à se projeter dans un proche futur où l'album taraude et semble se profiler. Celui que l'on compare à Forest Swords - peut-être à tort, sans doute à raison - en profite pour nous révéler en exclusivité, en plus du streaming intégral de Chasm en fin d'article, sa toute première vidéo dédiée à l'envoûtante Serenade.

Vidéo (PREMIERE)

http://youtu.be/XKx6rdnCf6g

Interview

IMG_2761Comment tu perçois l’évolution du projet Holy Strays dernièrement ? Il se dégage une espèce de personnalité singulière au-delà de la musique, mais comment tu positionnes ce que tu fais avec Holy Strays par rapport à tes envies en tant que musicien ?

Holy Strays est avant tout un laboratoire d’idées. Le projet est né dans cet esprit et je fonctionne depuis par étapes. Il y a d’abord eu Hyperion, une K7 de démos sur Not Not Fun, qui n’était pas vraiment censée sortir à l’origine. Je considérais plutôt ces morceaux comme des esquisses – enregistrées dans ma salle de bain avec un micro USB ! – mais NNF m’a encouragé à les sortir. C’était extrêmement lo-fi, davantage des maquettes, finalement. J’ai rapidement enchaîné avec le single Enlightenment/Phrenesia en 2011, qui a marqué une nouvelle étape dans la mesure où j’ai réellement commencé à apprendre à produire à ce moment-là… Ces nouvelles méthodes m’ont permis de créer ces deux morceaux très différents. Je pense pouvoir dire que je me cherchais encore musicalement. Holy Strays est un atelier de création, sans limitation, la musique peut donc évoluer et se positionner de manière très différente en peu de temps.

Du coup, tu n’as pas vraiment de plan particulier pour l’évolution du projet ?

Mon unique projet aujourd’hui est de le mener à bien sur le long terme, d’en faire quelque chose de plus sérieux – d’un point de vue technique et artistique – et de sortir des disques, de collaborer avec d’autres, de jouer encore et encore. D’apprendre sur moi-même et d’apprendre la musique. Je viens de terminer mes études, c’est un nouveau palier franchi. J’ai déjà beaucoup de chance d’avoir autour de moi un agent, un manager, des labels avec qui je collabore, un bon suivi, pas mal de dates à venir... Je veux simplement faire de la musique et continuer le plus longtemps possible.

D'ailleurs, comment tu expliques le fait que tu fasses partie de ces musiciens qui ont vite été repérés et suivis ? Des gens talentueux, avec une idée différente, il y en a beaucoup... Tu te demandes parfois pourquoi c’est tombé sur toi ?

Je pense que je suis arrivé sur Not Not Fun au bon moment. C’était un peu l’âge d’or du label, au niveau de mes goûts personnels, il y a deux ans et demi ou trois ans. La grande époque du Heavy Deeds de Sun Araw, du Raiders de Robedoor, la période à laquelle Pocahaunted a pris une direction plus funk… Ce contexte a eu beaucoup d’influence sur les débuts de Holy Strays. Heavy Deeds est le disque qui m’a incité à envoyer mes maquettes à Not Not Fun. Je ne connaissais pas du tout la sphère indé/expé. J’ai du découvrir Deerhunter, Health vers la fin 2010... J’avais à peine débuté le projet mais ces groupes m’ont donné envie de tenter quelque chose.

Tu as très vite embrayé sur du concret suite à ça.

J’ai enregistré les maquettes qui constituent Hyperion en moins de trois mois, courant 2010. Je les ai envoyées à Britt et Amanda Brown qui m’ont beaucoup soutenu, la K7 est sortie en juin, elle a été sold out en un peu plus d’une semaine mais n’a eu presque aucun retentissement en France. C’était très confidentiel, quelques blogs de K7 en ont parlé mais c’est à peu près tout. Suite à ça, il y a eu une période de gestation durant laquelle j’ai testé différentes choses, j’ai commencé à acheter du matériel pour voir ce que je pouvais en faire. Je me suis retrouvé à écrire énormément de morceaux, 10 000 esquisses que je conserve, que je ne réutiliserai probablement pas et dont j’ai perdu la plupart – crashes de dd après crashes de dd, car la technologie ne me réussit pas... J’ai terminé le premier single Enlightenment/Phrenesia à ce moment-là. Il est sorti un an après.

D’ailleurs, tu es un musicien qui retravaille beaucoup les choses et qui prend son temps pour construire ce qu’il sort. Quatre morceaux sur deux disques sont sortis à ce jour en à peu près trois ans. C’est un rendement très intéressant quand on voit ce que ça t’a apporté en terme d’exposition et d’ouverture du projet de Holy Strays vers un public un peu plus large. Tout de suite, l’image que ta musique a dégagé a séduit les gens.

Oui, et c’est pour cette raison que je parle beaucoup de chance, au-delà du travail. Mais je ne l’explique pas trop. Encore une fois, je pense que je suis arrivé sur NNF à la bonne période. J’étais le seul Français, avec Maxime de High Wolf, à avoir été signé par le label, mais il véhiculait une image plus mystérieuse, on ne savait pas trop d’où il venait. On pensait souvent qu’il était du Brésil ou d’Amérique latine... Mon origine a certainement dû me servir. NNF commençait alors à s’éloigner de sa mouvance drone pour se diriger vers une musique plus rythmique, plus dansante. Ensuite est arrivé Cankun, et avec High Wolf, on nous a rassemblés sous une espèce d’étiquette commune – même si les projets sont très différents.

Je crois qu’à un moment donné, beaucoup d’irrationnel s’est glissé là-dedans et a porté ta musique.

Oui, certainement. Un peu de mystère aussi. Pourtant, la direction artistique a beaucoup évolué. Visuellement, je ne me suis jamais imposé quoi que ce soit, tout est venu naturellement. Je veux que l’esthétique reflète la musique…

Tu as quand même mis un point d’honneur à pas mal tourner, pour que ton nom circule, afin de te rendre visible et d’exister au-delà de ce mystère dont tu parles.

J’ai toujours beaucoup joué dans des groupes, sur scène en tant que batteur. J’aime la musique et j’aime la pratiquer. J’ai tout de suite eu envie – avec ma pédale de looper et mon unique clavier – d’essayer de reproduire ces morceaux en concert. Lors de mon premier live à Lyon avec High Wolf et Sun Araw, j’avais préparé trois morceaux, j’ai du en jouer six, j’ai beaucoup improvisé, c’était sûrement l’un de mes sets les plus créatifs d’ailleurs. Le plus stressant aussi ! Le passage à la scène est un cap, surtout pour un projet solo. L’une des trois pièces improvisées était Phrenesia. Je ne me reconnais pas forcément dans ces morceaux aujourd’hui mais ils ont une valeur symbolique à mes yeux.

On t’a vite assimilé à une mouvance qui n’existait en fait pas réellement. Tu dis être un peu éloigné de ce que tu faisais sur ta première K7 ou sur le single. Mais qu’est-ce qui te correspond davantage selon toi, aujourd’hui ?

Je n’ai pas l’impression que la musique ait tant évolué. Sur la première K7, il y a aussi énormément de rythmiques, la plupart des boucles sont jouées, du début à la fin des morceaux. C’est assez squelettique, brut et minimaliste. J’essaie par exemple de conserver cet aspect en live aujourd’hui… Des fragments de rythmiques que je peux activer et enrichir. Le son s’est beaucoup assaini, c’est certain ; il s’agit plutôt d’un apprentissage du mix et du traitement des instruments, techniquement parlant. Je n’entends pas être ingé son mais j’aimerais que la technologie puisse servir mes ambitions musicales et artistiques. C’est aussi pour ça que j’ai sorti peu de choses, il était nécessaire que j’apprenne. L’écriture et la composition ont pu évoluer grâce à mes découvertes.

Assez rapidement, j’ai réalisé qu’il existait autour de nous bon nombre de petits labels noise/expé indépendants, qui sortent des K7 ou des disques en masse. C’est hyper intéressant, mais cela ne correspond pas forcément à ma vision de la musique. Tout est bon à être enregistré – j’enregistre moi-même énormément d’improvisations qui me resservent par la suite, que je séquence, que je retravaille – mais je pense que tout n’est en revanche pas bon à sortir. J’ai réalisé que je préférais sélectionner, ne pas précipiter les choses. Je suis peut-être resté bloqué sur un modèle qui n’est plus en phase avec l’industrie actuelle, où tout va très vite. À l’ère digitale, tout le monde peut sortir une profusion de disques, mais j’ai tout de suite su que ce ne serait pas pour moi.

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C’est assez cohérent avec l’autre côté de ce qui se dégage du personnage. Un mélange d’époques dans tes références musicales, tes inspirations, qui se situent davantage il y a vingt, trente ou quarante ans, même au-delà. Ton inspiration est autant dans les années cinquante qu’aujourd’hui. Pas forcément dans la forme mais plutôt dans l’état d’esprit, dans la manière de penser la musique. On retrouve une forme de spontanéité. Très honnêtement, j’ai du mal à te positionner musicalement, du coup je ne l’explique que comme ça.

J’ai voulu mener de front la fac et le conservatoire à fond, j’ai toujours eu pas mal de contraintes, elles m’ont obligé à prendre mon temps, à découvrir et expérimenter. J’ai une sorte d’éthique de travail et d’approfondissement – en toute humilité ! – qui me correspond bien. Si la composition est plutôt spontanée et immédiate, l’enregistrement et le travail de production, d’arrangement, de mix, peuvent me prendre plusieurs mois.

Je ne me suis jamais réellement posé la question des influences, d’un point de vue musical... Mais je peux comprendre que tu aies du mal à me positionner, car je ne me positionne pas moi-même. Le public qui écoute Holy Strays a beaucoup évolué en deux ans. Au départ, je me situais dans la masse des sorties DIY underground, j’apparaissais sur quelques blogs de K7 noise/free music/art rock relatifs à la scène californienne et américaine, un réseau dont j’ai bénéficié avec NNF. Avec la sortie du single sur Morning Ritual, d’autres médias, plus généralistes, s’y sont intéressés, j’ai eu à nouveau beaucoup de chance. De nombreux groupes alternatifs US ont eu une trajectoire similaire ces dernières années.

Oui une forme de continuation logique après avoir percé grâce à Christabell il y a un an. D’ailleurs, est-ce que le fait d’avoir joué le rôle du petit Français pour les US, et à l’inverse le fait d’être venu de l’univers anglo-saxon pour les Français, cette forme d’échange, a été déterminant dans ta trajectoire ? Si tu avais sorti la même musique sur un label français, est-ce que tu crois que tu aurais eu la même chose ?

Pour moi c’est l’une des premières conséquences du web. Dès la sortie de la K7 sur NNF, les médias indé ont véhiculé cette image de parisian bohème – qui ne me correspondait pas vraiment d’ailleurs, n’étant pas parisien et vivant en banlieue. Elle connotait un certain exotisme, d’un point de vue étranger, j’imagine. Elle a contribué à créer un personnage, d’autant plus qu’aucune photo ne circulait. Les gens pensaient d’ailleurs que j’étais un groupe, même plus de six mois après la sortie de la K7.

Et inversement, avec Christabell, sur un petit label anglais avec beaucoup de réseau dans la presse anglaise pro, et qui a permis aux Français toujours avides de recevoir des “conseils” du monde anglo-saxon de te découvrir à ce moment là alors que ça faisait deux ans que tu étais en live à Paris tous les mois. Ça a joué pour toi de venir par ces réseaux-là pour atterrir en France ?

Oui, indéniablement. Je pense que la presse se nourrit avant tout du vaste melting-pot de productions qui circulent au niveau international. Tout cela paraît naturel grâce à l’internet. Aujourd’hui, des groupes mexicains sortent des disques au Japon et l’on ne se pose plus la question en réalité. La notion même de contexte disparaît ; c’est un tort d’ailleurs, car elle détermine beaucoup de choses. Les médias français, tout comme les médias internationaux et les labels, prêtent attention à ce qui se passe sur la toile avant tout, sans nécessairement s’intéresser au lieu. C’est le gros inconvénient de ces réseaux mondialisés, on en oublie parfois de remarquer l’artiste émergent qui évolue dans un cercle local autour de soi, par exemple. Mais il existe des structures exemplaires qui ont su s’affranchir de ces nouvelles contraintes et qui m’inspirent beaucoup, Atelier Ciseaux, Hands in the Dark, Clapping, la Station Radar, Fin de Siècle, Desire, Svn Sns et bien d’autres... Ils ont su développer à leur manière une véritable identité autour d’une scène locale, et tisser des liens entre des artistes d’horizons divers.

Toi tu n’en souffres pas trop, au final, de cet effet pervers.

Pas du tout, j’ai très vite été propulsé dans ces réseaux dématérialisés. Je recevais des chroniques de blogueurs en Oklahoma, en Irlande. Le web a développé une forme de proximité extrême dans les modes de communication. Elle sert aussi bien la critique que la promotion, de manière très naturelle. Je lisais ces papiers comme s’ils avaient écrits à Paris !

Comment tu vois ton évolution entre le premier et le deuxième single ? Christabell, sorti en août 2012, est ton single “professionnel”, qui correspondrait à un véritable point de départ de quelque chose.

De manière rétroactive, j’ai beaucoup de mal à la concevoir. Pour moi, les idées étaient déjà présentes sur Enlightenment/Phrenesia. J’utilisais déjà discrètement ma propre voix, même si ce n’était que sur quatre phrases ou pour créer des nappes plus subtiles. Je ne connaissais pas le sampling – ne venant pas de la musique électronique – tout était traité en live, le travail de mix était quasi inexistant. Ces idées brutes se sont ensuite retrouvées sur mon deuxième single, Christabell. J’avais simplement découvert de nouveaux outils entre temps.

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Sur Christabell, les gens ont tout de suite rapproché ta musique d’une certaine forme de classe pure et de froideur qui se dégageaient des morceaux. Ce sont des mots que j’ai beaucoup vu repris un peu partout.

Je pense que la direction du projet est bien plus marquée sur Christabell, mes recherches m’ont permis de cerner le son que je souhaitais développer, qui reflétait mon environnement et mes idées de la manière la plus juste possible – même si tout s’est fait plus ou moins inconsciemment, finalement. Les deux morceaux qui composent le single sont d’ailleurs nés à des périodes différentes, mais je trouvais qu’ils se répondaient parfaitement. Dans un contexte où j’esquissais énormément, je n’arrivais pas à finir mes morceaux. Le processus d’écriture prenait énormément de temps, je rajoutais des dizaines d’éléments, des structures, des breaks, j’ajoutais et ajoutais sans cesse. À chaque fois que je m’éternisais sur un morceau, je ne parvenais jamais à le terminer. Sur Christabell j’ai choisi de réunir deux titres que j’ai fini de composer et d’écrire très rapidement, en moins d'une semaine et à six mois d’intervalle.

Je reviens sur ma question déjà posée mais à ce stade, comment peut-on définir la direction musicale de Holy Strays aujourd’hui ?

J’ai simplement envie d’explorer toutes les idées que j’ai. Avec Holy Strays, j’arrive à un moment où je ne peux pas non plus prendre n’importe quelle direction. Je comprends mieux ce que je souhaite développer aujourd’hui, un son dans la lignée de Christabell avec un accent mis sur le chant en tant que texture, un penchant pour l’incorporation de field recording et d’instruments acoustiques. Même si au final, ce disque n’était peut-être qu’une projection maladroite de l’idée que j’avais à l’époque où je l’ai enregistré.

Est-ce que ça rejoint ta position d’auditeur qui écoute beaucoup de choses différentes mais très peu de musique électronique finalement ?

Oui, très peu, j’ai écouté Aphex Twin pour la première fois le mois dernier ! J’écoute énormément de musiques traditionnelles et j’ai découvert avec Christabell le fantasme d’une espèce de folklore à mon image. Une forme de synthèse idéale et essentielle, bien qu’inatteignable. Je ressemble très certainement à n’importe quel type de 23 ans qui a grandi avec les débuts de l’Internet, mais j’ai eu de la chance de vivre au Gabon, de voyager plusieurs fois aux Caraïbes ou aux US, en suivant mes parents. La notion même de folklore et d’héritage traditionnel est devenue extrêmement importante à mes yeux. Ces voyages ont enrichi ma culture musicale mais je suis né sans folklore, sans coutumes, si ce n’est celles de nos sociétés occidentales extrêmement standardisées. J’essaie justement de les recréer par la musique.

Ça t’a poussé dans cette direction finalement, de vouloir synthétiser ces influences-là. Même si on ne le ressent pas forcément dans ta musique de manière directe à ce jour. Mais on le sent en live, où tu commences à ajouter des percussions et d’autres éléments, pour donner une autre couleur. Mais ta musique ne correspond pas toujours à ce discours là, même si en allant réécouter ensuite je comprends ce que tu expliques. Est-ce que tu cherches à illustrer ça de manière plus franche ?

Je ne suis pas un chercheur obstiné, je veux avant tout me faire plaisir. Holy Strays est une zone de liberté totale, qui me permet de jouer avec l’idée de folklore. J’ai plusieurs autres projets, avec le conservatoire, des groupes bebop ou free jazz notamment. Je suis aussi batteur dans le duo MILAN, plus rock, aux influences dub, avec lequel j’ai sorti le single Versions en mai dernier, et quelques autres collaborations me permettent d’explorer des choses radicalement différentes. Je n’ai pas vraiment envie de synthétiser un éventail d’influences aussi large avec Holy Strays. J’ai peur de tomber dans la juxtaposition artificielle donc je préfère ne pas y penser.

J’ai découvert Four Tet très récemment, les morceaux que j’aime le moins sont ceux sur lesquels on remarque qu’il a cherché à marier de force des éléments d’horizons divers. Une once de Krautrock ici et là, une touche free jazz sur un break, des percussions africaines sur le pont, etc. Je trouve que les tracks qui fonctionnent le mieux sont ceux où l’on sent qu’il a essayé de traduire une idée spontanée et de la cerner dans sa globalité. De conserver l’impulsion première, avec une forme qui s’est rapidement imposée, sans s’interroger sur la provenance de telle ou telle sonorité. C’est là mon objectif principal : rester fidèle à l’idée originelle, ne pas la travestir. Je ne me pose pas trop la question non plus, mais j’espère que cet éclectisme sera plus clair sur Chasm, l’EP qui sortira mi-octobre.

On va revenir sur ton EP mais concernant cette richesse musicale, les gens ignorent que Holy Strays n’est en réalité qu’une facette de ce que tu explores de manière très quotidienne. Tu revendiques même que tu n’es pas que Holy Strays.

Je suis avant tout Holy Strays car ce projet est l’expression de mon individualité, d’un point de vue musical, mais il est clair que la musique se partage et que j’aurai toujours besoin de collaborer, de jouer avec d’autres. Il a été question à un moment que je sorte des disques sous mon nom et mon prénom. Mais j’avais besoin de créer une entité dont je me servirais pour m’exprimer librement.

J’ai toujours envie de travailler dans plusieurs directions. En temps que musicien, j’ai besoin de progresser, d’aller plus loin dans mes projets jazz, d’être meilleur batteur, d’apprendre le piano, d’utiliser ma voix, j’ai envie de développer ces différents aspects. MILAN me fait aussi beaucoup de bien. Tout en essayant de ne pas trop m’éparpiller, j’ai trouvé dans ce fantasme d’une musique folklorique contemporaine et profondément ancrée dans son environnement une forme de cohérence entre les différents styles vers lesquels j’ai envie d’aller. Je puise dans mes différentes expériences musicales et artistiques la matière première de Holy Strays.

Ce que tu as déjà essayé de faire sur Chasm, ton EP qui sortira le 14 octobre chez Demand Vinyl. De retrouver cette cohérence-là et de l’exprimer clairement.

C’est plus compliqué que ça car je peine – pour l’instant – à écrire dans une perspective précise. C’est pourtant quelque chose que j’aimerais faire, composer pour le cinéma ou produire pour d’autres. Je n’ai pas encore acquis la rigueur nécessaire pour cela je pense. J’écris beaucoup, à longueur de temps, dans des carnets, j’enregistre des bribes sur mon téléphone, les idées me viennent n’importe où, n’importe quand. J’ai senti que je n’étais pas prêt pour un album, j’ai donc sorti naturellement les morceaux les plus aboutis d’une période donnée, sans avoir nécessairement recherché une véritable forme de cohérence ou de synthèse musicale. Je ne me pose pas vraiment la question car je n’ai jamais eu vingt-quatre heures à consacrer au projet, pour le moment.

Maintenant, j’ai envie de prendre le temps d’écrire un album, de composer pendant six mois et de me mettre en quête d’une nouvelle forme d’aboutissement. J’ai envie de vivre le fantasme jusqu’au bout et de m’isoler pendant un mois ou deux, pour enregistrer la matière première de l’album. Et partir complètement ailleurs…

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Au final, à quoi il ressemble cet EP ? Si tu devais le classer par rapport à tes sorties précédentes ?

Il s’appelle Chasm, un mot qui signifie rupture ou abysse en anglais. Je le vois plus comme une frontière, une lisière à vrai dire – un thème qui m’est cher, que j’aime explorer symboliquement, même dans mes lectures. L’EP est composé de cinq morceaux. Il s’inscrit dans la lignée de Christabell mais il est nettement plus organique. Hormis mon unique Juno que j’utilise toujours, il y a beaucoup plus de sonorités acoustiques et électriques. Beaucoup plus d’orgue aussi. Tout est agencé de manière électronique évidemment – comme toute musique aujourd’hui, j’imagine – mais la source sonore est essentiellement acoustique ou électrique. J’ai eu recours à pas mal de field recording aussi, puis à ma voix que j’ai beaucoup samplée et réutilisée comme un instrument. Je m’enregistre généralement en train d’improviser sur des classiques soul ou jazz, je réécoute ce matériau puis je le manipule, je le recycle. Par souci de cohérence et d’identité, j’ai préféré que tous les matériaux viennent de moi, même si une collègue du conservatoire chante sur deux morceaux du disque.

C’est aussi dans une volonté d’être complet comme musicien ? Dans l’aspect technique, dans l’écriture, le live… Ça fait partie de ton ambition à long terme, quelque chose que tu aimerais affirmer ?

Oui, j’ai une approche résolument DIY et je pense qu’elle perdurera. Cet EP est un peu mon refuge, c’est pour cette raison que j’ai tout enregistré seul – Paulie Jan m’a assisté sur le mix. Il est prévu pour le 14 octobre, chez Demand Vinyl, une subdivision de Something in Construction. J’ai voulu qu’il sorte le plus rapidement possible parce-que c’est une énorme frustration de voir des morceaux composés et enregistrés sortir six ou huit mois plus tard. Interpréter certains de ces tracks en live va être une belle expérience. Deux tournées sont prévues ce mois-ci, l’une avec Cankun et Robedoor, l’autre avec Suuns, puis plusieurs autres dates à Londres et en Europe fin novembre. J’ai reçu quelques offres éclatées ici et là, des US par exemple, c’est assez drôle d’ailleurs. J’ai reçu des propositions de Chicago, Seattle… Dès que j’en aurai l’opportunité, j’ai clairement envie de jouer plus souvent et de voyager.

Quelles sont tes ambitions pour les mois à venir ? Comment tu te vois dans deux ans ?

Ce qui est sûr, c’est que ce projet est devenu un besoin aujourd’hui. Collaborer sur le live me plairait beaucoup, je me sens parfois à l’étroit, seul sur scène. J’ai envie de partager cette musique avec d’autres musiciens, de faire une petite série de concerts avec un ensemble, à Paris ou ailleurs. J’ai eu l’occasion de jouer ces morceaux avec des cordes, une belle expérience qui va sans doute se renouveler. Intégrer une chanteuse, voire une chorale, serait incroyable. J’aimerais aussi inviter un autre musicien pour pouvoir improviser un peu plus, explorer mon penchant pour la transe et l’immersion en me donnant plus de possibilités et de souplesse. C’est ce que je développe en live malgré moi car je suis techniquement limité. Il faudrait idéalement que j’aie un laptop sur scène mais je m’y refuse. C‘est à mes yeux un bel outil de production, de manipulation du son mais en rien un instrument de création, au sens traditionnel du terme. Je veux que ma musique s’affranchisse de cette forme ultra produite, très écrite et très structurée que l’on retrouve sur l’EP. Il n’y a aucune place à l’improvisation sur disque, même si le matériau de base est l’improvisation. J’ai envie de revenir à cette forme d’énergie brute et spontanée, du moins par moments !

J’ai aussi et surtout envie d’enregistrer un album et de reprendre la composition le plus rapidement possible.

Ce que tu fais déjà un peu en live, au Point Éphémère dernièrement par exemple. Je me souviens de t’avoir entendu vouloir aller dans cette direction alors que tu fonctionnais encore beaucoup avec tes loops de manière très statique il y a deux ans.

C’est en train d’évoluer. Le live est assez dépendant de ce que je découvre, matériellement parlant. En ce moment, je continue de travailler avec un looper de guitare, un sampler et un clavier. C’est minimaliste et efficace. Je peux enregistrer et enrichir les séquences. J’ai toujours en tête un point A et un point B, la trajectoire qui les relie varie beaucoup d’un jour à l’autre, elle est dépendante de mon état d’esprit, de ce que je veux proposer au public. Côté collaboration, intégrer Paulie Jan – qui m’a assisté sur le mix de Chasm – en live avec moi serait parfait, nous sommes en train d’essayer plusieurs choses. Le set serait plus complexe, plus dynamique. J’ai aussi envie de jouer des percussions, de trouver le moyen de reproduire le geste.

Avec Christabell, j’ai rapidement été qualifié de producteur mais c’est assez faux. Ce terme veut tout et rien dire. Je ne me reconnais pas réellement dans la dénomination musique électronique. Avec l’EP je m’en détache progressivement et cela me correspond davantage. Je me vois plutôt comme un one-man band ou un compositeur, je pense la musique comme si j’écrivais pour un groupe.

Le live est une expérience, un lieu de catharsis, un divertissement pour le musicien comme pour le public. Je retrouve cet aspect avec MILAN, qui concrétise une facette plus rock de nos goûts musicaux. On dialogue, on communique, l’énergie se transmet. J’aimerais pouvoir suivre une voie similaire avec Holy Strays et j’y travaille… En 2013, Holy Strays restera probablement une aventure solo mais certainement qu’à l’avenir, si ces recherches évoluent dans le bon sens, j’essaierai de m’entourer de collaborateurs. J’ai envie que les gens voient sur scène quelqu’un qui s’engage, joue et crée un véritable environnement, tout en conservant le côté ludique du jeu et l’intensité sonore des morceaux.

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Concerts

20 October Geneva CH @ L’Écurie *
21 October Milano IT Dæpth @ Buka *
22 October Montpellier FR @ Black Sheep *
23 October Toulouse FR @ Saint des Seins *
24 October Lyon FR @ Le Sonic *
25 October, Paris FR @ Garage MU * (EVENT FB)
03 November, Dijon FR @ Consortium °
04 November, Lyon FR @ L'Épicerie Moderne °
05 November, Montpellier FR @ Rockstore °
06 November, Clermont-Ferrand FR @ La Copérative de Mai °

* w/ Cankun (Hands in the dark, Mexican Summer, Not Not Fun) and Robedoor (Hands in the dark, Not Not Fun, Woodsist)
° w/ Suuns (Secretly Canadian)


Holy Strays - Serenade

Holy Strays - SerenadeQuand il ne farfouine pas du côté de Milan (lire), Sebastien Forrester (lire) n'a de cesse d'étayer son projet Holy Strays - déroutante et captivante réplique hexagonale d'un Forest Swords définitivement adoubé. Mais là où d'autres se fourvoient dans la pâle et insipide copie, le parisien assène, du haut de ses vingt-trois printemps, une patte hypno-dub fortement grimée, ornée d'arabesques de claviers reconnaissables entres toutes. Serenade, premier extrait du EP Chasm à paraître le 14 octobre sur le tout nouveau label Demand Vinyl, est à découvrir ci-après, préfigurant une tournée d'anthologie du français épaulant en octobre, avec son compatriote Cankun, le duo psyché-drone Robedoor. Passage prévu à Paris le 25 octobre prochain au garage MU (event FB).

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Milan - Versions (PREMIERE)

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Le 21 mai, le label parisien Fin de Siècle fera coup double, les deux premiers volumes de sa série The 45 Sessions paraissant à cette date. Et avant d'éventer dans quelques jours le très électronique Homeostasis de Leave Things, projet du jeune Tidiane Brusson, la structure parisienne - déjà présentée à l'occasion de l'excellent Pour Ont Son (lire) dePaulie Jan - dévoile en intégralité le 7" de Milan, sobrement dénommé Versions. Hasard des circonstances, le même jour, de clinquants Versaillais lèvent intégralement le mystère s'agissant de leur énième et tant attendue daube, pour une sortie physique prévue à la même date - mais ça on s'en fout. Nouvelle formation mais pas novice pour autant, le duo Milan, composé de Sébastien Forrester à la batterie et aux claviers - qui n'est autre que celui qui se pare du patronyme d'Holy Strays en solitaire - et Corentin Gallet au chant, déploie une musique hybride et syncrétique à la confluence des diverses influences de ses géniteurs : de l'hypnotisme du dub originel à un post-punk épuré en passant par les filtres psyché de musiques électroniques contemporaines. Des synthétiseurs magnétiques de Backstage aux syncopes rythmiques de Try, les vocalises qui s'ébrouent spontanément à leur contact semblent émaner d'un lointain Kingston et rappellent ô combien Milan s'avère une véritable expérience scénique. Pour les pré-order, c'est par ici, sachant que le disque sera également disponible les 25 et 26 mai prochains sur les étals de Fin de Siècle dans le cadre du village label de la Villette Sonique. Ça tombe bien, même si l'on a rien à vendre, on y sera aussi.

Audio (PREMIERE)

Teaser

Tracklisting

Milan - Versions (Fin de Siècle, 21/05/2013)

A1. Backstage
B1. Try


Vidéos en stock

Holy Strays - Christabell B

L'actualité musicale n'aidant pas au repos et la digestion, vous qui ne sacrifiez pas votre temps à suivre la vitalité schizophrénique de cette dernière,  vous êtes surement passer à côter des éloges faits cet été par une certaine presse spécialisée à cette artiste aussi discret qu'indispensable qu'est Holy Strays. Heureux donc nous sommes de pouvoir prolonger encore  la magie addictive de Christabel B - sorti il y a quelque mois via le label Morning Ritual - au travers de la toute récente mise en image du dit morceau par l'illustratice Cloe Bonfield. A noter que vous si vous souhaitez confondre nos écrits aux actes de celui que nous chérissons, rendez-vous le 30 novembre prochain à l'Espace B.

I Do Not Love - Try again

I do no love (lire) nous refait le coup de la balade bucolique à bicyclette sur une route du Massachusetts. Parcours camera au poing mais cette fois baigné par une douce lumière automnale, atmosphère spleenique qui sied à ravir à cette pépite pop qu'est Try again. Cette tape dont il est encore le héros, sans grand intérêt stylistique mais banalement exquise, sert de teaser au mini-album que celui-ci vient de faire paraitre grâce  au label brestois Beko.

Led Er Est  - Divided Paralell

Led Er Est (lire) atterrira à Londres le 23 novembre prochain pour une série de concerts sur notre cher et vieux  continent. Les New-yorkais ne délaisseront pas la France, laquelle verra les auteurs de The Diver se produire d'abord à Paris, le 29 novembre en compagnie de Mushy et 202 Project lors d'une soirée labellisées Hartzine & MU X  puis, le lendemain, à Lyon grâce aux activistes de Joli Fantôme. Pour vous faire patienter jusque-là et pourquoi pas pousser les derniers hésitants à acheter leur place,  Sacred Bones vient de partager une toute nouvelle vidéo de leurs protégés.

Ital - Boi

La vidéo de Boi, premier single extrait du second album d'Ital (lire) sorti via Planet Mu le 5 novembre dernier, est visible depuis quelque temps déjà. Mais comment se lasser de la mise en image hallucinée de Aurora Halal de ce morceau qui fait passer Beyoncé pour une sorcière.


Holy Strays l'interview + session

Au-delà de sa contribution à tous les derniers évènements estampillés Hartzine, Holy Strays est un des mecs les plus talentueux et modestes croisés dernièrement sur Paris. Quelques jours avant son premier concert parisien à l'International le 7 mars dernier, Sébastien s'est confié sur la genèse de son projet et le relatif anonymat de la sortie de sa K7 sur NotNotFun l'été dernier tout en nous jouant quelques morceaux.

L'occasion d'annoncer également sa future participation au festival VOIX le 7 mai prochain au Confort Moderne (Poitiers) en compagnie du duo Anne James Chaton/Andy Moor (The Ex) et de Damien Spleeters.

Interview

Sessions

Bonus


Holy Strays – Timeless Mixtape for hartzine

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La chance ne sourit qu'à celui qui la provoque. Soit. Étendons le dicton à l'heureuse coïncidence ou au hasard bien fait et notre rencontre avec Sébastien Forrester n'en deviendra que plus intelligible. Car faute d'avoir fouillé au sein du catalogue de Not Not Fun Records - où, en juin 2010, est paru Hyperion, premier essai d'Holy Strays - l'onde vertigineuse dégagée par la musique de celui-ci ne s'est lovée dans nos esgourdes qu'à la faveur d'une compilation de La Station Radar savamment békotée (lire). Phrenesia - titre présent sur ladite collaboration - ou l'appel d'un océan de nuit, fascinant et impavide. Il n'en fallait pas moins pour remarquer la présence de ce parisien d'adoption dans notre agrégat de relations numériques et tout mettre en œuvre pour convertir celle-ci en fructueuse et intuitive amitié. Ainsi, après avoir enregistré live dans un appartement quelques morceaux devant les caméras d'Hartzine, Holy Stays ouvrira les débats le 7 mars prochain à l'International en compagnie de Terror Bird et d'Ela Orleans (lire), soirée prolongée le 9 mars suivant au Motel (lire) où Sébastien, bien entouré de Fleur et de Jérôme de La Station Radar, nous fera part de son éclectisme aussi large que raffiné. Et s'il s'agissait de faire des présentations en bonne et due forme, quoi de mieux que de laisser Sébastien évoquer lui-même Holy Stays en plus de commenter sa mixtape à écouter et télécharger ci-dessous.

Quelques mots...

Les influences à l’origine du groupe sont multiples, j’écoute énormément de musiques qui sans le savoir façonnent la manière dont j’approche le processus de création. Je ne conçois pas Holy Strays comme appartenant à un genre ou une scène isolée, mais comme une sorte de laboratoire où mes influences et émotions prennent vie par la musique. Se décrire comme appartenant relevant d’un style bien précis ne pourrait être qu’une entrave, d’autant plus que le projet est jeune. Je préfère laisser les morceaux prendre forme naturellement, entre improvisation et composition.

Au moment de débuter Holy Strays j’écoutais énormément de jungle, de drum&bass, de musiques électroniques plus ou moins issues de krautrock. Le son de ces courants a sans doute influencé la manière dont j’ai conçu les morceaux de Hyperion. Je puise une large partie de mon inspiration dans la percussion, par laquelle j’en suis venu à la musique. La puissance du rythme, au fondement même de la transe, me fascine. Plus récemment j’en suis venu à écouter beaucoup de dub, de grime, de hip hop, de musique brésilienne et cubaine. Le mouvement Tropicalia notamment, regorge de trésors.

Mixtape

HLSTRS (download) - Timeless (Mixtape for HARTZINE)

01. Roni Size - Western
Je retrouve dans la jungle la frénésie des beats et l’aspect répétitif, lancinant, dansant de la pulsation. Roni Size est l’un des premiers dj d&b que j’ai découvert, l’un des pionniers du genre aussi. Ce morceau s’autorise timidement quelques changements, se concentre sur une ligne de guitare mystérieuse, simpliste et percussive.

02. Scientist - Dance of the Vampires
Le dub est l’un des genres musicaux que je préfère, principalement en raison de la transe qu’il communique, mais aussi du soin porté à la production des titres. Le son de Lee Perry reste une référence en la matière. L’écho et le sampler sont de sa création, sans lui la musique électronique n’aurait pas la forme qu’elle a aujourd’hui. Et il demeure un incroyable performer. Ce titre de Scientist comporte l’une des meilleures lignes de basse que je connaisse, brillante de simplicité et de groove.

03. Mobb Deep ft. Lil Kim - Quiet Storm (Remix)
Surement l’un de mes titres préférés dans la discographie de Mobb Deep, d’une grande mélancolie, l’atmosphère qui s’en dégage est incroyable, d’autant plus qu’elle ne tient qu’à un beat et trois accords de piano.

04. Hector Zazou & Boni Bekaye - Mangungu
Un album hybride, il fait figure d’ovni dans le paysage musical des late 70’s : une sorte d’afro art pop qui même à l’afrobeat musiques rituelles, rythmes traditionnels, et rugosité de la cold wave.

05. Holy Strays - Wakanda’s Fury
Un remix club d’une interminable jam enregistrée en juin 2010, à l’origine parue sur DeepTapes sous forme d’un split avec Psychic Handbook en septembre.

06. Jon Hassell & Brian Eno - Delta Rain Dream
Eno est l’un de mes producteurs préférés, il est aussi le musicien qui m’a introduit à la musique new age. Ses BO sont passionnantes, il sait sans cesse se renouveler, bâtir des paysages sonores inédits et prenants. Sa collaboration avec le trompettiste Jon Hassell plonge l’auditeur dans les tréfonds d’une musique mystique oscillant entre krautrock et envolées cinématographiques. Ses derniers travaux aux couleurs afrobeat sont tout aussi fantastiques.

07. Holy Strays - Strictly Above-All Nympheas (Live Impro)
Une pause entre mes prises de son de batterie, un clavier, une envie de jammer.

08. Asiko - Lagos City
Le mélange des rythmiques afrojazz et des guitares disco me fascine… Un nombre incalculable de formations a vu le jour entre Brazzaville et Niamey dans les années 70, cette scène foisonne de bijoux. Ces groupes jouaient de la musique pure dans le sens où aucun préjugé ne semblait se mettre en travers de leur chemin, ils n’obéissaient qu’à leur instinct, leur envie de danser, de dénoncer par le groove les injustices subies.

09. My Disco - Sunray
Ce morceau incarne tout ce que le minimalisme rock peut avoir de jouissif : une percussion répétitive, une instrumentation dépouillée, la puissance et l’espace incroyable qui se tisse entre chaque note.

10. Yoga - The Fourth Eye
J’ai découver Zak Mering – l’homme derrière Matrix Metals et Outer Limits Recordings – avec une première k7 sur NNF en 2009, Flamingo Breeze. Il n’en finit jamais de multiplier les projets, tous plus surprenants les uns les autres. Sous le pseudonyme de Yoga, il délivre un savant mélange d’ambient lo-fi, de black metal et d’imagerie occulte. Sa dernière collaboration house / disco avec Amanda Brown de LA Vampires est aussi l’un de mes disques de 2010.

11. Ataxia - Another
Sans doute à mes yeux le plus beau morceau de ce jam band éphémère, entre épuration et puissance des mélodies. Les vocaux féminins me touchent particulièrement. John Frusciante est au sommet de son art.

12. Swans – She Lives
Le son de Swans a été une révélation, tant par sa violence que par l’émotion unique que chaque morceau délivre. L’évolution qu’a suivie le groupe témoigne du goût de Gira pour l’exploration, un procédé dans lequel je me retrouve. She lives est d’une noirceur incroyable et d’une très grande beauté.

13. J Dilla - Timeless (Instrumental)
Un instrumental jazzy de J Dilla qui reste l’un de mes producteurs préférés.

14. How to Dress Well - Take it On
J’ai découvert How to dress well récemment : sorte de Michael Jackson introverti, acide et lointain, noyé sous des torrents d’échos. Les accents r&b de Love Remains, son dernier album paru sur Tri Angle records, sont magnifiques.

15. The Microphones – I Want Wind to Blow
Avec premier projet de Phil Elvrum a réinventé la pop lo-fi en y intégrant la beauté légère du folk. La découverte de ce groupe fût une révélation.

16. Burial - Dog Shelter
Burial reste pour moi l’artiste phare de la scène dubstep anglaise. Loin de se limiter à cette étiquette, sa musique ne cesse de transcender les genres : jungle, d&b, r&b, minimale, ambient.


Terror Bird, Ela Orleans & Holy Strays - Concours

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HARTZINE et BACKYARD VACATION invitent LA STATION RADAR et ATELIER CISEAUX

Au-delà de notre simple volonté de mettre textuellement en lumière l’activité souterraine hautement addictive de cette poignée de micro-labels indépendants qui, de par leur sens du bon goût, leur flair à toute épreuve, l’esthétisme poussé de leurs sorties et j’en passe - créant ainsi un nouveau territoire propice à l’étonnement et étendant chaque jour un peu plus notre curiosité musicale - Hartzine souhaite dépasser la frustration d'un univers numérique quotidien et créer la possibilité d’une diffusion scénique de cette avant-garde.

Associés pour l’occasion à Backyard Vacation, nous invitons La Station Radar et Ateliers Ciseaux le 7 mars prochain à l'International (Paris, 11e) dans le cadre d'une soirée où se succéderont Holy Stays, Terror Bird et Ela Orleans. Fleur et Jérôme de La Station Radar croiseront - entre chaque concert - les platines avec Carl de l'éminent label Clan Destine Records.

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Afin de graver dans le sillon cette soirée mémorable, La Station Radar et Atelier Ciseaux ont confectionné un magnifique CD-R réunissant les trois groupes. Un bel objet, en édition très limitée, uniquement vendu lors du concert - avec une session de rattrapage le 9 mars suivant au Motel (les détails, ici).

Concours

Bien sûr, on vous offre la possibilité de glaner cinq exemplaires dudit CD-R - en plus de deux LP Lost d'Ela Orleans - sans trop vous fouler. Pour ce faire, rien de plus simple : envoyez-nous vos nom, prénom et adresse e-mail à l'adresse hartzine.concours@gmail.com. Les gagnants seront tirés au sort le 5 mars et prévenus le jour même par mail. Les disques seront à récupérer sur place.

Présentation

l_d80ca578ee1c4449a7e167dc27017eafTERROR BIRD
Le duo de Vancouver  électrisera de sa pop synthétique et minimaliste, autour de laquelle pourraient flirter l'intensité shoegaze des Jesus and Mary Chain comme la new wave tourmentée de Bronski Beat. Après l'EP Shadows in the Hall sorti en juin dernier, l'album Human Culture récemment paru sur Night People et Adagio830 vient aujourd'hui confirmer cette belle obscurité dont vous parle David dans sa belle chronique

elaELA ORLEANS
La Polonaise d'origine, New-Yorkaise d'adoption Ela Orleans viendra nous hanter avec ses "films pour les oreilles". Des morceaux cinématographiques à souhait aux mélodies intemporelles et sombres, soutenues par une voix androgyne.

Elle présentera Mars is Heaven, son prochain album, dont la sortie est prévue en avril prochain sur La Station Radar.

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Enfin l'hypnotique Holy Strays magnétisera de ses arrangements drones et électroniques, oscillant entre dérives psychés et rythmiques allusives. Après deux cassettes, l'une parue l'été dernier sur le label californien Not Not Fun, et l'autre sortie avec Psychic Handbook chez Deep Tunes, ce Parisien travaille actuellement sur un premier album.

Info

HARTZINE & BACKYARD VACATION invitent La Station Radar et Atelier Ciseaux
w/ TERROR BIRD, ELA ORLEANS, HOLY STRAYS
7 MARS 2010
@ L'International
5/6, rue Moret 75011 Paris

Tous les détails sont à retrouver par ici.

Vidéo