German Army - Folk Healer (PREMIERE)

Depuis 2011, l’occulte formation German Army poursuit sans relâche ses mystérieuses opérations du fin fond de la Californie, à savoir San Bernardino, qui a récemment eu droit à sa petite fusillade de rigueur. L’un de ses membres (on ne sait trop s’il s’agit d’un duo ou trio ou plus encore) nous avait d’ailleurs peint un triste tableau des lieux dans une elliptique interview qu’il nous avait accordé il y a 2 ans (lire). Selon lui, la désolation et l’ennui du lieu sont le carburant du projet, et la trentaine d’albums qu’ils ont pondus en moins de cinq ans est bien la preuve qu’ils doivent vraiment se faire chier à pierre fendre. Ce qui surprend, c’est la qualité et la variété constantes de leur production, baignant dans l’indus, le collage sonore, la minimal wave, ou « l’hypnagogique pop » comme dirait Wire. À pratiquement un album par mois (chaque fois sorti sur un label underground différent et toujours bien choisi), il est difficile de rester à jour des activités de ce groupe sans visage, qui gagne néanmoins en renommée par sa persévérance et l’ésotérisme de son art.

En exclusivité, Hartzine vous dévoile la captivante vidéo signée Moduli TV pour Folk Healer, petite perle cold-gaze extraite de leur album de novembre dernier, délicieusement intitulé Kalasch Tirich Mir, quoique cela veuille dire, et publié chez les très bons italiens de Yerevan Tapes. Quant aux futurs bricolages de German Army, ils sortiront sur Phinery, Sacred Phases, Metaphysical Circuits et Discrepant.

Vidéo

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Who are you Night People Records?

Que ce soit les Peaking Lights (lire), Alex Zhang Hungtai de Dirty Beaches (lire), Ela Orleans (lire), Jennifer Baron de The Garment District (lire), ou William Cody Watson de feu Pink Priest (lire), nombreux sont ceux à participer à ce concert ininterrompu de louanges à l'adresse de Shawn Reed, instigateur et cheville ouvrière du label Night People - à l’œuvre depuis 2005 pour presque deux cents références - et moitié du duo Wet Hair qu'il forme avec Ryan Garbes depuis 2008. La liste est longue, donnant presque le tournis, de formations ayant eu le privilège de voir leurs compositions cornaquer esthétiquement par ce natif de l'Iowa, ancien étudiant des Beaux-Arts spécialisé dans l'estampe et la reprographie. Merchandise, Rene Hell, Uncanny Valley, Femminielli, Terror Bird, Blanche Blanche Blanche, Russian Tsarlag, Yves/Son/Ace, Blessure Grave, The Pheromoans, Dan Melchior, Naked On The Vague, German Army, Featureless Ghost, et plus récemment, Dylan Ettinger, Unhappybirthday ou Roladex... Si citer ceux-ci pêle-mêle exhaustivement ne rime à rien, sinon à niveler leur qualité et talent respectif par la juxtaposition nauséeuse, cela permet de saisir de quoi on parle à la lisière de ce qu'ils évoquent d’authentique : d'un engagement sans faille et permanent, à l'abri des circonvolutions cycliques et éphémères des modes, d'une éthique artistique ne brandissant pas le DIY autrement que comme un parti-pris et une nécessité, d'un modèle autonome et autogéré viable non sans effort économiquement, d'une volonté de révéler au plus grand nombre, sans pour autant se corrompre, des musiciens aussi barrés qu'inspirés, délayant à la marge leurs divagations psyché, kraut, post-punk, voir bruitistes et électroniques. Night People ratisse large, se jouant des étiquettes comme des nationalités - juxtaposant ainsi sur ses bandes magnétiques, patiemment dupliquées maison, expérimentations électro-noise chinoises avec Xiao Hong & Xiao Xiao Hong, garage punk US avec Lantern et pop synthétique dégénérée de Melbourne avec Fatti Frances - le tout selon une esthétique radicale et réfléchie, trouvant son inspiration dans la culture fanzine punk et érigeant chaque sortie - LP ou cassette - telle une œuvre d'art à part entière, accessible et diffusable. Surtout Shawn Reed se nourrit de son expérience de musicien crapahuteur - avalant les kilomètres en bagnole, dormant quelques heures par nuit l'arrache sur des matelas défoncés, le tout pour jouer devant un public clairsemé mais passionné aux quatre coins des États-Unis - pour conférer au label cette dose vitale d'humanité agissant tel un catalyseur d'émotion et de motivations : les rencontres, les échanges, les idées et les partages incessants se retrouvent tous, presque palpables, sans filtre, ronéotés sur les pochettes sérigraphiées de chaque sortie. Comment, à ce titre, ne pas mentionner le split Double Feature d'Ela Orleans et Dirty Beaches (lire) co-réalisé par La Station Radar (lire) et Night People ? Décidément, l'obstination à produire des disques n'est pas encore pour tout le monde au vingt-et-unième siècle qu'une question de blé - contrairement à ce que l'on aimerait nous faire croire (lire) - et peut encore s'affranchir de toutes autres considérations que celles amicales et artistiques. L'histoire que Shawn Reed a patiemment accepté de nous compter - la sienne - s'intime auréolée des oripeaux de l'exemple, par ailleurs agrémentée de la compilation Tape Gun, parue début 2014 et brassant deux années de nouvelles sorties, à télécharger et écouter ci-après, avec entre autres D. Vassalotti - échappé des excellents Merchandise - Idiot Glee ou Beat Detectives. Histoire d'enfoncer le clou, à défaut d'entamer notre intérêt, Shawn offre avec le morceau Endless Procession un long et sinueux extrait du prochain album à paraître cette année de Wet Hair, The Floating World.

Entretien avec Shawn Reed

by Dirty Beaches 2
Shawn, qui es-tu et quelles ont été tes premières expériences musicales ?
Shawn, who are you... and what were yours firsts musical experiences?

J’ai grandi à Muscatine, une petite ville industrielle au bord du Mississippi dans l’Iowa. Les racines de ma famille sont imprégnées par la culture rurale de cet État qui en est l'élément constitutif. Je me suis mis à la musique punk au collège en écoutant une émission de radio nocturne qui diffusait de la musique alternative. Au lycée, à la fin des années 90, j’ai commencé à jouer dans des groupes locaux. La vente par correspondance a joué un grand rôle dans ma quête de musique et de découvertes, c'était un lent processus, avant l'arrivée d'internet. En 99, je me suis retrouvé à l’école d’art de l’Université de Northern Iowa avec pour spécialités la gravure et l'estampe. Ce fut une période formatrice tant à l’école qu’en dehors : c'est à ce moment que j’ai rencontré des personnes clés qui m’ont aidé à consolider et façonner mon lien entre les musiques underground et l’art visuel. J'étais très proche de deux de mes professeurs d'estampes, Aaron Wilson et Tim Dooley. Ils m'ont imposé un haut niveau d'exigence s'agissant de mes productions en arts visuels et m’ont également fait découvrir des styles de musique plus arty en dehors des genres punk, hardcore et indie qui ont eu un grand impact sur mon approche tel John Cage, Can, Sun Ra, Throbbing Gristle ou Royal Trux.

Au même moment, avec tous les punks du campus, on a lancé un espace DIY dans un garage et on s'est mis à inviter des groupes en tournée pour venir jouer à Cedar Falls. Nos propres groupes ont ainsi commencé à partir en tournée et à sortir leurs propres disques. Créer un réseau au sein de la scène musicale DIY est ainsi devenu une partie de plus en plus importante de ma vie. J'ai découvert de nouveaux styles comme le free jazz, le psych-rock, le post-punk ou le krautrock tout en poussant mon art visuel dans des directions similaires, en allant aussi loin que je le pouvais en mêlant sérigraphies, textiles et sculptures. J'ai alors pris connaissance de la scène noise du début des années 2000, notamment Paper Rodeo de Providence, American Tapes du Michigan... J'ai contacté une galerie à New York qui travaillait avec de nombreux artistes que je trouvais intéressants. Malgré leur étonnement que je connaisse Little Cakes, les choses sont parties de là puisque j'ai exposé dans leurs galeries de New York et Tokyo avant qu'elles ne ferment. J'ai apprécié la plupart des personnes avec qui j'ai travaillé dans ce milieu mais globalement je ne m'y suis pas retrouvé. J'expose toujours mais pas avec cet engagement que j'ai pour la musique underground qui offre une autonomie et de réelles opportunités.

My name is Shawn Reed, I grew up in a small industrial Mississippi River town in Iowa called Muscatine. I grew up in the country and my family has deep roots in rural farming culture in Iowa which is the main historical back drop of the state and its economy. I got into punk music in middle school from listening to a late night radio station that played sub culture alternative music. In highschool in the late 90's I started playing in locals bands. Mail order became a big part of my experience trying to find music and check things out it was a slow pre internet process.  In 99 I ended up in Art school at the Univeristy of Northern Iowa for Printmaking. It was a formative time both in and out of school. I met some key people that would help solidify and shape my connection to underground music and visual art. I had two printmaking Professors I was very close to Aaron Wilson and Tim Dooley who set a high standard for what was expected from me concerning the visual art I was making and would go on to make. They also introduced me to some weirder and more arty music outside the punk/hardcore/indie context that had a big impact (John Cage, Can, Sun Ra, TG, Royal Trux etc).

At that same time a group of us local punks in college together at the time started a DIY space in a garage and began inviting bands on tour to come and play our small college town of Cedar Falls IA. It quickly led to our own bands starting to go on tours and to put out our own records and my formative years of networking in the DIY music scene became a bigger and bigger part of my life. I was finding out about more and music and got pretty heavily in to Free Jazz, Psych Rock, Post Punk, Krautrock etc. I was pushing my visual art in similar ways reaching out as far as I could doing instillation work that ranged from silkscreen to textiles and sculptures. Around that time I became aware of deep under ground art and music like the early 2000's Noise scene things like Paper Rodeo zine out of Providence RI, American Tapes out of Michigan etc. I had reached out to a gallery in NYC called Little Cakes since they worked with many artists I found interesting at the time. They in turn thought it was wild someone living in Cedar Falls Iowa knew about them and  things just went from there with me eventually getting invited into the Little Cakes family of artists. I ended up  showing at there their Gallery in NYC and Tokyo before the gallery eventual decided to close doors.  I had really enjoyed the main people I was working with in the gallery scene but overall I didn't relate to the context of it on a larger scale. I still show at galleries but haven't pursued it as much as I have working with underground music. I thought the music scene offered more organic and self directing opportunities and economy.

Night People Tapes

Peux-tu nous dire comment Night People a démarré et quelle était l’idée de départ ?
Tell us how did Night People started and what was the fundamental idea? 

Aux alentours de 2004, j'ai déménagé à Iowa City pour mes études et j'ai lancé Raccoo-oo-oon avec Daren Ho, un vieil ami rencontré dans les concerts à travers l'État. Mes anciens acolytes, Andy Spore et Ryan Garbes, se sont rapidement joints au groupe. On souhaitait jouer une musique libérée des carcans formels, entre écriture et improvisation, en utilisant tous instruments sur lesquels on mettait la main et avec Miles Davis, Can, Neu Suicide ou Sun City Girls comme principales influences. Après avoir fait tourner quelques démos, on a enquillé les dates tout en sortant divers CD-R et cassettes via WoodsistTime-LagRelease the Bats ou Not Not Fun. Jouer avec Raccoo-oo-oon a renforcé nos liens avec la contre-culture de l'époque et nous avons créé Night People Records pour soutenir les groupes avec lesquels nous traînions ainsi que pour mettre en valeur d'un point de vue créatif tout ce que nous faisions en dehors de Raccoo-oo-oon. L'économie du label a ainsi toujours été très liée aux tournées. Faire des concerts le meilleur moyen de promouvoir ses disques et de tisser des relations : la plupart des groupes du label sont des amis rencontrés en chemin. C'est Andy qui a trouvé le nom du label. Il veut dire au sens propre, plonger dans la musique jusqu'au bout de la nuit.

Pour prendre un exemple récent, mes amis de Merchandise sont venus en tournée à Iowa City. Après le concert nous nous sommes retrouvés chez moi à écouter des piles de disques jusqu'au petit matin, à parler de l'importance des sons et de ce que l'on pouvait s'apporter les uns aux autres. Cette nuit a scellé la décision de sortir sur Night People leur album malgré plusieurs autres offres provenant de labels plus importants et lucratifs. Au-delà de la musique, cela a trait avec un certain style de vie embrassant la musique et l'art : c'est le faire parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives au vu de l'amour et du désir que tu portes à ces choses-là.

Quand Raccoo-oo-oon s'est dissous avec les départs de Daren à New York et d'Andy à Los Angeles, j'ai décidé de m'occuper du label à temps plein afin de voir jusqu'où je pouvais mener l'aventure. Terminant mes études, ma vie était à un tournant. Raccoo-oo-oon est une part importante de ma vie et je voulais faire perdurer toutes ces relations établies grâce à cette culture faite de correspondance, d'échanges et de tournées. C'est à ce moment que j'ai embrayé sur Wet Hair, au départ comme un projet solo. Ryan a vite rejoint le projet histoire de donner plus d'intérêt à la démarche. Comme je ne voyais pas de réel futur dans le monde de l'art, pour ce qui est d'exposer et d'être dépendant des conservateurs et collectionneurs, j'ai choisi d'orienter encore plus fortement le label dans une direction visuelle propre. J'ai pensé que si je faisais tous les artworks du label et sérigraphiais tout à la main, cela créerait un modèle esthétique et une base pour un catalogue futur intéressant. L'aspect visuel du label aiderait à susciter une confiance et un intérêt pour celui-ci permettant de faire connaître des musiques obscures et inconnues par-delà le monde. Ma volonté fut de conférer au label une sorte d'aura, provoquant le culte et le désir de collection, tout en gardant un côté personnel afin que ceux qui achètent les disques s'emparent d'un objet incarnant l'amour et la dévotion que je ressens pour la musique et l'art présentés. C'est un moyen de rendre l'art accessible au lieu de vendre celui-ci dans une galerie à un prix exorbitant pour un public limité. C'est aussi un moyen pour combiner cet intérêt que j'ai pour le design et celui pour les rencontres et les organisations d'expositions.

Je voulais me prouver que je pouvais faire fonctionner le label de qualité en restant totalement DIY, et ce sans aucun soutien ou financement autres que ceux générés par le label lui-même. J'espérais aussi pouvoir faire connaître de nouveaux groupes plutôt que d'essayer de plaire à un public et des goûts pré-établis. Ce versant du label a été un succès. Des groupes comme Peaking LightsDirty Beaches ou The Twerps ont tous vu les avantages de ce procédé. Les aspects financiers du label sont difficiles, je me sens plus que jamais étranger au mode de fonctionnement traditionnel de la musique indie, de la presse et des labels. Je ne sais pas combien de temps le label pourra survivre mais je n'ai aucun doute ou regret à son encontre. Je voulais simplement amener un public vers une musique à laquelle je crois. Ça n'a aucun rapport avec l'argent ou la hype, c'est juste une question de maintenir la créativité et ce genre de relations positives et excitantes qui m'ont amené à créer ce label.

Around 2004 I moved to Iowa City for graduate school and ended up starting Raccoo-oo-oon with an old friend who I knew from going to shows around the state Daren Ho. My former allies going back Andy Spore and Ryan Garbes were soon added to the band as well. We wanted to play more free form music that bordered between being rehearsed and being improvisational  We used any instruments we could get a hold of. Early on Miles Davis, Can, Neu, Suicide, Sun City Girls etc where big influences.  After a demo cassette we sent around to friends and labels we started a heavy touring schedule and started releasing music on a variety of labels like Woodsist, Time-Lag, Release the Bats and Not Not Fun. Touring with Raccoo-oo-oon just lead deeper into the subculture of the time and we started Night-People Records as a way to document who we were playing with and hanging out with and also what we were all doing creatively outside Raccoo-oo-oon. The label became economically connected to touring and still is. Touring is a good way to get the merchandise on the road out in the world in an initial way and it helped make connections through trading etc. most of the bands the label has represented were friends met on the road. Andy came up with the name of the label, its basically just a literal thing, staying up late getting deep with music.

A recent example was when my friends Merchandise recently came through Iowa City on tour, after the show we ended up back at my place staying up late into the morning hours playing piles of records talking about music and life getting deep on the sounds and what we had to introduce to each other, that night settled Merchandise working with Night-People on there next record despite many offers for them from much bigger and lucrative labels. Its about the lifestyle of it, its about love of music and art, its doing it for the sake of doing it because you have no other choice because of the love and desire you have for it.

When Raccoo-oo-oon disbanded with Daren moving to NYC and Andy moving to LA I decided to take the label on as a full time project to see how far I could push it. I had just finished up graduate school and everything in my life was going through a big transition, Raccoo-oo-oon was a huge part of my life and I wanted to keep and continue the connections I was making through that lifestyle and culture relating to correspondence, trading, and touring. I had started Wet Hair around that time as a solo project Ryan quickly joined the band so we could keep pushing forward with making music and touring taking on very different approaches to music then Wet Hair in order to keep it interesting and cover more territory and interests. Because I didn't really see the right future in the art world as far as showing in galleries relying on curators and collectors etc.  I choose to aim the label even more into a distinct visual direction. I thought if I did all the design work for the label and silkscreened everything by hand it would create an aesthetic template and foundation for an evolving roster of interesting music. The visual side of the label would help create trust and interest in the label so that I could introduce new and obscure music from all over the world. I wanted the label to have a bit of a collector and cult feel but also wanted it to be hands on so thepeople buying the records were buying something that embodied the love and devotion I feel to the music and art presented. It was a way to put art into hundreds of peoples hands for cheap instead of selling it in a gallery for a lot of money with limited reach to an audience. It also combined my interest in design with my interest in meeting people and curating.

I wanted to prove to myself that I could do the label at a high level totally DIY without any backing or funding other then what the label could generate for itself. I hoped I could introduce new bands and music and shift taste towards them instead of trying to appeal to an audience or things that had already been established. I think that aspect of the label has been a success  bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, The Twerps etc have all seen the benefits of that process. The financial aspects of the label are very difficult, I feel more like an outsider then ever to the more mainstream way indie music, press, labels etc operate. I don't know how long the label will be able to survive but I don't have any doubts or regrets about it, I just wanted to help bring an audience to music that I  believe in, its not about money or hype its just about trying to sustain creativity and the kind of positive exciting connections that got me interested in doing a label in the first place.

Merchandise LP Front

Avec plus de 200 sorties au nom du Night People, comment juges-tu ton travail ?
With more than two hundred releases to your credit, how do you judge your work? 

Night People est un label maison. J’ai vécu dans la même baraque pendant neuf ans à Iowa City et le label faisait plus que partie des murs : la salle de répétition et l'atelier de sérigraphies se trouvaient dans la cave, mon salon me servait de bureau et de chambre d'écoute tandis que le grenier et le placard permettaient d'entreposer le matériel de livraison et la marchandise. Je restais la plupart du temps seul dans cette maison en essayant jour après jour de pousser le label, de continuer de le faire fonctionner et d'en améliorer tous les aspects. Je raconte tout ça au passé parce qu'après cette une longue expérience à Iowa City, où j'ai ressenti un lien profond avec la musique et l'art, j'ai décidé de partir. Suite à une récente tournée avec Wet Hair et Merchandise, certaines choses ont changé dans ma vie et j'ai décidé d'arrêter de vivre dans une petite ville étudiante. J'ai vécu une année à Minneapolis et désormais je réside à Saint Paul dans le Minnesota. Indépendamment de ça, le label continue et je travaille sur de nouvelles sorties.

Il m'est difficile de dire comment je juge mon travail. Il y a des choses que je veux toujours améliorer comme l'efficacité, répondre aux mails plus rapidement, être plus rapide pour tout l'assemblage... C'est dur parce que c'est tellement prenant, je double des centaines de cassettes par mois, imprime des milliers de pochettes de disques et gère un nombre hallucinant de mails ou de courrier, c'est vraiment difficile de tenir le rythme tout en s'en sortant à peine financièrement. La partie financière est la seule qui m'angoisse vraiment, j'adore le travail même quand c'est vraiment fastidieux.

En ce qui concerne mes designs et la musique que je produis, c'est juste l'expérience et la confiance que j'ai dans mes goûts, en plus de mon instinct. C'est vraiment juste une question de confiance en soi et de ressenti de la musique et de l'art. C'est plus une question de sensation qu'une réelle décision.

Its a house label, I had lived in the same house for 9 years in Iowa City and the label was part of the house itself in a way. I had the band rehearsal space and silkscreen studio in the basement. The dinning room was my office and listening room. The attic and closest held shipping material and merchandise. For the most part it was just me sitting in the house in Iowa City day in and day out trying to push the label and keep it going and make it better on all levels all of the time. I say that all in past tense because after a long haul in Iowa City and a deep connection and outward of expression of myself towards music and art there I have decided to leave. Following a recent tour with Wet Hair and Merchandise some things changed in my life and I decided to finally get out of living in a small college town and am now living in Saint Paul after one year in Minneapolis. Regardless the label is still going and I am currently working on new releases.

Its hard to answer how I judge the work. I know there are things I always want to be doing better like efficiency of the operation, getting the mail out quicker, getting faster at all the assembly etc. Its hard because its so hands on, I dub hundreds of tapes a month, print thousands of records sleeves and deal with crazy amounts of emails and physical mail its really hard to keep up with while still barely getting by financially. The financial part is the only thing that really stresses me out, I love the work even it it is very tedious.

As far as judging my designs and the music I am releasing its just experience and trusting my taste and gut instincts. Its really just having confidence and feeling the music and art. Its more of a feeling then a decision really.

Comme musicien et propriétaire de label, le DIY a donc une influence déterminante sur ton travail...
As a musician and a label owner, the DIY have a strong influence on your work...

Je ne revendique rien en faisant les choses avec des méthodes DIY, c'est avant tout par nécessité. Ceci dit je souhaite avoir le contrôle et être impliqué au maximum. Le DIY a donc un aspect pratique et une organisation que j'aime. Si tu disposes de toute une pile de disques ou cassettes Night People, cela rend vraiment bien, comme une œuvre d'art. En ce qui concerne la musique, je tente d'être éclectique tout en créant des liens. D'une manière ou d'une autre, je crois que cela fonctionne. Comparativement à d'autres labels, Night People est un projet artistique : je le vois telle une famille d'iconographie visuelle et de groupes avec lesquels je travaille en constante évolution. Je me sens très proche de courants esthétiques tels ceux de Push Pin Graphic, la Factory d'Andy Warhol, Sun Ra et plus encore des projets punks comme celui uniforme de Crass. Je ne peux me résoudre à compromettre ce travail graphique dans le but de vendre ou de rendre les choses plus faciles. Le DIY reste la toile de fond.

I don't have any real political points I am trying to make by doing things in a DIY way, its mostly out of necessity but its also because I want to have control and be really involved with the label, I like it being hands on and very curated in the way that it is. If you lay out a pile of NP releases all together it looks really nice like one big work of art. I try to have a lot of variety in the music but somehow present links between it all, I think it works for the most part. I think Night-People is a bit more of an art project then a lot of other labels, its like an evolving family of visual iconography and bands that I work with. I very much relate to groups like the Push Pin Graphic aesthetic or Andy Warhol's Factory, the Sun Ra band family, even more punk things like the Crass aesthetic and uniformity  I can't bring myself to compromise aesthetics for sales or to make things easier and so DIY is the backdrop of that I guess.

Quelle est la ligne artistique du label ?
What's the artistic guideline of the label?

L'unique ligne directrice est que tout les artworks sont sérigraphiés par mes soins. Ryan et Justin de Wet Hair m'aident de temps à autres avec des éléments visuels. On travaille si bien ensemble que l'esthétique est vraiment homogène. Au début, certains des groupes participaient à leur direction artistique mais j'essaie de rester le graphiste principal - si ce n'est le seul. Je peux imaginer un jour abandonner la sérigraphie des albums en faveur de designs plus élaborés mais je n'y suis pas encore. J'étais très fier du design de Spill Into Atmosphere de Wet Hair et j'imagine éventuellement Night People prendre le même chemin mais pour l'instant je veux conserver le côté artisanal et la sérigraphie. Tout est principalement réalisé à la main par le biais de techniques de reprographie.

The only guideline thus far is that everything is silkscreen and all art is done by me. Ryan and Justin from Wet Hair help with visual things at times since we collaborate a lot, we work so well together that its really seamless aesthetically. Early on some of the bands contributed to there own art but I try to keep it where I am the principle designer if not usually doing all the design. I could see at some point not silk screening the records in favor of being able to have more elaborate designs but I'm not quite there yet. I was really proud of the Wet Hair Spill Into Atmosphere design and I could see Night-Peoplegoing that way more potentially but for now I want to keep it hand made and silk screened.  All the design is done mostly by hand with heavy use of a sort of xerox aesthetic.

Quelle est la création dont tu es le plus fier ?
What is the release you are the most proud of?

Imaginary Falcons de Peaking Lights a été une sortie particulière. Ce sont de bons amis, je les ai rencontrés à une période de ma vie où j'étais déprimé. Ce sont des personnes fantastiques, je leur porte en tant que personne et en tant que groupe une estime sans égale. Je croyais en Imaginary Falcons quand bien même personne ne les voyait avoir le succès qu'ils ont maintenant. Je l'ai perçu dès le premier jour et je suis simplement heureux d'avoir pu travailler avec des personnes si formidables et un groupe aussi unique.

http://www.youtube.com/watch?v=olvMFWqbY4Q

Plus récemment, Personality Matrix de Featureless Ghost fait partie de mes fiertés. Ce sont aussi des personnes géniales et le vinyle sonne bien. J'espère que les gens les soutiendront, le groupe est doué sur scène et rend si bien sur disque. C'est un groupe spécial.

http://www.youtube.com/watch?v=YTmG9md0rzc

L'album Total Nite de Merchandise, sorti en avril 2013, est une autre sortie importante. Les membres de ce groupe ont fait preuve de tant d'amour et de confiance en choisissant de travailler avec Night People plutôt qu'avec tous les autres label qui voulaient sortir ce disque. C'est un super album, magnifique pour un enregistrement maison. Il y a quelque chose à la fois d'épique et qui te fait te sentir tout petit. Nous partageons une communauté d'esprit, s'agissant de notre amour pour la vie et de cette ferveur à rester fidèles à nous-mêmes, rester indépendants sans céder aux pressions extérieures merdiques, jouer comme on l'entend et pas l'inverse. Ils comprennent l'essence du label, le fait qu'il instigue une évolution constante tout en conservant ses fondations esthétiques initiales. Wet Hair et Merchandise sont très proches. Avec certains groupes, Night People représente une famille. Si tu parles à aux membres de Peaking Lights, Dirty Beaches ou Merchandise ils ne te diront pas autre chose. Total Nite a poussé l'esthétique visuelle encore plus loin et je suis très fier du résultat final.

http://www.youtube.com/watch?v=up3wlAxR9a4

Peaking Lights Imaginary Falcons was a special release, they are good friends, I met them at a time in my life when I was often depressed and they really are such fantastic people that I have a lot of love and admiration for them and the band. That was a release I just really believed in and I think a lot of people wouldn't see a band like them becoming as popular as they are now but I saw it from day one so I'm just happy I could have some part in working with such great people and such a great unique band.

Featureless Ghost Personality Matrix recently is a release I can really get behind, they are great people too and the vinyl sounds so good, I hope people get behind that band because they are so good live and it translates so perfectly to vinyl, I just think they are a special band right now.

The Merchandise record that came out in April 2013 was another big one, the members of that band showed the label so much love and trust picking Night-People to work with over so many other labels that wanted to release this record. Its also a great record, really stunning as a home recorded document, there is something both epic and humbling about the sound presented. Its really just about the connection we both have to the love of life itself and how both the band and myself have such devotion to sticking to your spirit and doing what you want and trying to not give into shitty outside forces making them come play on your terms not the other way around. They get the idea of the label and what it is, how its about constant change but somehow maintaining the core foundation of the identity/aesthetic and how it is presented. Wet Hair and Merchandise are close, Night-People in ways is like a family with some of the bands, I think if you talk to bands like Peaking Lights, Dirty Beaches, Merchandise etc. they would say the same thing about it. The Merchandise record pushed the visual of aesthetic further as well and I am very proud of the overall product of that record.

Peux-tu nous expliquer l’histoire commune que tu as avec Peaking Lights ?
Could you explain to us your common history with the band Peaking Lights?

Aaron et Indra ont déménagé de San Francisco à Madison qui est à environ quatre heures d'Iowa City. Ils ont joué un concert à Iowa City que j'avais organisé et nous sommes immédiatement devenus très bons amis. Ce sont des personnes géniales et on a beaucoup en commun, en termes de goûts musicaux et de vision du monde. Notre amitié s'est bâtie à partir de ça. Wet Hair est parti en tournée avec eux, Night People a sorti plusieurs de leurs disques. Nous sommes toujours en contact et je fais en sorte de les voir dès que j'en ai l'opportunité. Ils me manquent vraiment depuis qu'ils sont partis à Los Angeles. Je pourrais disserter pendant des heures sur eux et leur groupe.

Aaron and Indra moved from San Francisco to Madison WI which is about 4 hours from Iowa City. They played a show in Iowa City that I put on and we just became really good friends immediately. Its just one of those things, they are greatpeople and we have a lot in common with the music we like and how we feel about the world so the friendship just grew from there. Wet Hair has toured with them, NP has put over several releases by them, we still talk often and any chance I get to see or hang out with them I make extra effort towards. I've really missed them since they moved to LA. I could talk endless about how great of people they are and how good their band is.

Peux-tu nous en dire plus sur le mystérieux Lazy Magnet ?
Can you tell us more about the mysterious Lazy Magnet?

Lazy Magnet c'est Jeremy Harris. Harris est un vieil ami de tournée, on se croise deux fois par an. Il a habité Providence pendant longtemps. Ça fait plus de dix ans qu'il fait Lazy Magnet, un projet en constante évolution. Son autre groupe, Meager Sunlight est vraiment pas mal aussi. Harris est une des personnes les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est un vétéran de la route et il a une capacité folle à s'extraire de tous les problèmes. C'est très inspirant de voir quelqu'un se persévérer ainsi année après année et dont les créations deviennent de plus en plus abouties.

Lazy Magnet is Jeremy Harris. Harris is an old tour friend, we seem to run into each other a couple times a year. He lived in Providence a long time. He has been doing Lazy Magnet for over 10 years and its constantly changing and evolving. Meager Sunlight his other current band is really great too. Harris is one of the most interesting people I have ever met, he's a true road warrior and just keeps pushing through any problems that come up in life etc. It just inspiring to see a person stick to it year after year and get better and better at what they are creating.

wet hair - spill into the atmosphere

Après le magnifique Spill Into Atmosphere, quelle sera la suite pour Wet Hair ?
After the gorgeous Spill Into Atmosphere, what will happen next for Wet Hair?

Pour le moment nous nous reposons un peu tout en travaillant à notre nouvel LP qui s'appellera The Floating World et qui sortira courant 2014. On rentre juste d'une tournée avec Merchandise. Je pense que ces morceaux sont nos meilleurs à ce jour, ils ont une structure plus complexe que tout ce que nous avons fait auparavant avec plusieurs couches de mélodies et de grooves entrelacés. Je ne sais pas si cela plaira mais nous aimons vraiment ce sur quoi nous bossons. Ce sera notre sortie la plus originale, allant plus loin dans des aspects musicaux compliqués à décrire.

We are chilling out right now, working slowly on new material and recording it as we go. We just did a tour with Merchandise. I think these new songs are our best yet, they are more structurally complex then anything we have done, there are many layers of melodies and grooves going in and out of each other in these new songs in a way I find interesting. I don't know if any one else will get it but we really love the new stuff we are working on and I think its our most original sounding material to date, I think it goes further into aspects of our sound that are hard to describe.

Quel est le futur proche pour Night People ?
What’s in the near future for Night People?

Je vais continuer à promouvoir le LP Totale Nite de Merchandise, je travaille sur la réédition d'un LP Deep Freeze Mice en plus d'un nouveau LP de The Garment District. En plus de beaucoup d'autres cassettes.

I'm going to keep pushing the Merchandise Totale Nite LP, I am working on Deep Freeze Mice reissue LP in the works, an LP by the Garment District and plenty more cassettes to follow that.

Mixtape

V.A. - Tape Gun Compilations (Night People / Download)

01. Roladex - Cathode Rays
02. Dice Parks - Eurobot
03. Unhappybirthday - Himutsu
04. Beat Detectives - Your Love
05. Fingers Pty Ltd - Local Park
06. Fatti Frances - Slow
07. Boy Friend - Labyrinth
08. Some Ember - Wave of Fear, Wave of Joy
09. Regional Curse - Traditional Ascension
10. Dead Channel - Subterranean City
11. Cellophan Spill - Season 3
12. Dylan Ettinger - Juice
13. Tender Meat - Sweet & Sour Diesel
14. D.Vassalotti - Swallow My Pride
15. The Savage Young Taterbug - Disc Jockey Inside Corona Bottle (featuring Spacey Tracey)
16. Sleepy Filter - The Name
17. The Ukiah Drag - Silver Mint
18. Idiot Glee - Position A


VIDEOSTAR 10

Mount Eerie 2

photo©Phil Elverum

Il n’y a pas LA vidéo de la semaine, chaque lundi, et toutes celles qui ne méritent pas d’y figurer. On arguera que tout est une question de timing et que, pour le coup, ce mois de janvier est particulièrement chargé en nouvelles fraîches. On démarre fort, très fort en 2014, avec l'album tant attendu d'Odei, BAT, annoncé pour le 31 janvier sur Moï Moï Records, et qui fait plus que se dévoiler dans un simili court-métrage adapté au séminal morceau Kumo, mettant en scène notamment les acteurs X, Phil Holliday et Ian Scott. Mes VHS ne sont donc pas hors-jeu d'autant que German Army raboulle une nouvelle fois sa fraise avec un nouvel album cassette Barrineans sur Lava Church dilapidé le 14 janvier dernier et dont deux extraits sont à mirer à l'écran - remugles de séquences DIY prenant la mesure d'une musique éminemment pétée - occultant presque leur récent Last Language paru sur Skrot Up. A savoir, notre prétexte pour une interview sans interlocuteur identifié (lire). A mille lieux de telles turpitudes, le trio Cheveu dégoise son BUM à coup de clip, Stadium réalisé par Marie Alegre devançant la sortie de ce-dernier prévue sur Born Bad Records le 4 février prochain (lire). Mine de rien, on est bien content de les ériger en meilleur groupe français du moment : ça nous permet d'esquiver mentalement une tripoté de merdeux. Oui, je pense à La Femme. Jeune mais loin d'être néophyte, le newcomer Adam Black lâche les chevaux par le biais d'un EP 7" à voir le jour le 10 février prochain et comprenant l'élégante chrysalide électronique TND Glass portée à l'image par ses propres soins. Après les crate-digger, voici venu le temps des video-digger : Tyler Jacobsen - par ailleurs membre du duo Roladex (lire) - pioche dans les internets est-européens afin de satisfaire la soif de réédition de son label . C'est ainsi qu'Aloa, dont on ne sait foutre rien mise à part son affiliation à la Neue Deutsche Welle au début des années 1980, trouve son seul et unique album, , en reissue le 13 février prochain. En point d'orgue une vidéo un brin flippante, encore exclusive malgré les années, d'Himbeereis - les rides du temps ne sont pas sans pitié. Assertion sans conséquence pour la gouaille psych-rock du quatuor Secret Colors qui, au moyen d'une vidéo réalisée par leur bassiste Eric Hehr de leur single It Can't Be Simple - préfigurant la sortie de deux EP, Positive Distractions I et II les 4 février et 29 avril prochains - clame leur amour pour la technologie analogique. Analo... quoi? s'écrierait presque Cass McCombs qui, avec les mises en images successives de Big Wheel, Unearthed et Brighter!, offre une surprenant relecture de son album Big Wheel and Others injustement passé sous silence à sa sortie en octobre dernier via Domino. Mention spéciale à la dernière en date, Brighter!, entièrement chantée par l'actrice Karen Black - décédée en août 2013 - et qui se voit désormais affublée d'un clip fignolé par le mari de celle-ci, Stephen Eckelberry. Bel hommage.

Vidéos

http://vimeo.com/84712808

https://vimeo.com/83944653

https://vimeo.com/81949813

http://www.youtube.com/watch?v=rmZR8z143pc

https://www.youtube.com/watch?v=aIK5kU454Zk#t=0

http://www.youtube.com/watch?v=3ETinKxpsDA&feature=youtu.be

http://www.youtube.com/watch?v=93Ap25XVVk8&feature=youtu.be

http://www.youtube.com/watch?v=m_jA8-Gf1M0

http://vimeo.com/84570101

http://vimeo.com/83970135

Editions précédentes

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German Army l'interview

german Army"Vous avez des voisins chiants avec des chiens qui aboient constamment en France ? Parce que dans mon quartier il y a tellement d'accros à la meth avec leurs chiens qui hurlent toute la nuit que je peux à peine dormir. C'est en partie la raison pour laquelle on fait tellement de musique avec German Army : c'est le seul moyen de couvrir le vacarme de cet horrible endroit". En effet, ce duo américain au délicieux nom de scène a sorti quelque 16 LP depuis 2011 ; on peut donc mesurer l'ampleur de la nuisance. Publiée le plus souvent sur K7 ou vinyle, cette copieuse production n'est pourtant pas très commode à dégoter : entrez donc "german army" ou même "german army band" dans Google et il vous faudra probablement passer plusieurs centaines de pages de résultats avant de tomber sur ce projet aussi obscur que prolifique.

Rien qu'à elles seules, les cinq sorties de German Army en 2013 composent un paysage dense, accidentel et toxique, dans lequel on ne peut résister de tremper son cerveau. Enraciné dans la tradition déviante et bricolo de l'indus et de la minimal wave, GA rappelle toute une lignée de forcenés de l'ombre qui produisaient à la pelle et créaient comme une bande-son instantanée de leurs imaginaires plombés : Edward Ka-Spell, Tom Ellard, SPK, et toute une palanquée d'autres dont seuls des blogs spécialisés ont gardé la trace. Musicalement, le tandem se balade sur un spectre qui inclut drone, indus, et pop glauque, comme un Ike Yard sans le funk, ou un Coil moins occulte et bricolé avec des bouts de ficelles. En toile de fond, de nombreux collages sonores, basés sur des lost tapes samplées et défigurées, rajoutent une petite touche mystique, comme si Herz Jühning s'était invité chez Ghost Box. Tout le contraire de Boards of Canada, vous l'aurez compris.

À l'occasion de la sortie de Last Language, leur effort le plus concis à ce jour, un membre du duo (ou trio, c'est flou) répond pour la première fois à quelques questions par mail, malgré leur peu d'enthousiasme pour l'exercice ("les groupes sonnent toujours foireux en interview"). Jusque là, on savait seulement d'eux qu'ils se produisaient parfois à Los Angeles, qu'ils étaient liés au groupe de post-punk rudimentaire MerX, et que leur objectif était de "faire écho à un certain groupe d'indus anglais de la fin des 70's". Maintenant, on en sait un petit peu plus.

Entrevue avec German Army

Où vous cachez-vous et quand avez-vous commencé ce projet ?
Where are you hiding? When did you start the project?

Nous nous cachons aux alentours de San Bernardino, où les montagnes touchent le désert. Si tu veux vraiment perdre espoir en l'humanité, pas besoin d'aller plus loin. Mais le paysage est magnifique. On a commencé GA en 2011, dans l'optique de faire du collage sonore.

We are hiding in the areas of San Bernardino. Where the mountain range touches the deserts. If you want to experience true loss of hope in humanity this is it. But the scenery is amazing. We started in 2011 from a desire to create sound collage.

Êtes-vous connectés à MerX ? À d'autres groupes ?
Are you actually connected to MerX? To other ones?

Certains d'entre nous jouent dans MerX et écrivent les chansons pour le chanteur qui est un vieil ami. Nous sommes également derrière Q///Q, notre tentative de sonner pop.

Some of us play in MerX and do the song writing for the singer who is an old friend. Other bands of focus would be q///q, our attempt to sound pop.

Pourquoi l'armée allemande ?
What's so special about the German Army that made you use that name?

C'est venu un soir d'un ami qui tenait le label Vermiform dans les 90's. Il a souvent de bonnes idées donc on a suivi son conseil. La musique est arrivée trois ans après en fait.

It came about one night from a friend of ours who used to run a 90s label called Vermiform. He tends to have good ideas so we took his advice on it. The music came much later. Three years later in fact.

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Vous avez déjà eu des réactions particulières à ce nom de groupe ?
Did you ever have weird online reactions to your name?

Non, ce qui est sympa. Enfin… il y a eu un peu de confusion chez quelques Allemands.

No, which is nice. Well... there has been a bit of confusion within Germany.

Vous changez délibérément de labels (15 en deux ans) à chaque sortie. Y a-t-il une raison particulière à ça ?
Do you deliberately change label at every release or is there another reason?

C'est juste pour travailler avec autant de gens que possible. Nous aimons beaucoup l'artwork de tous ces labels, c'est comme ça qu'on se connecte avec eux. On serait très content de retravailler avec chacun d'entre eux. Tout ça découle d'un procédé assez décousu.

It is simply to work with as many people as possible. We like each labels art so we seek them out. Skrot Up is one of the few we did two releases with. Also I would say we would be happy to work with each label again. It comes from scattered thought process.

Vos vidéos sont à la fois cryptées et évocatrices, comme un monde oublié derrière un mur de distorsions VHS. Vous essayez de communiquer quoi à travers ça ?
Your videos are cryptic but somehow evocative, like a forgotten world behind a wall of VHS distortion. What kind of universe do you try to convey? Are they all made of found objects?

C'est notre ami d'Hobo Cult qui s'occupe de nos vidéos. Je pense qu'il communique les même sentiments que dans les morceaux, à savoir un fort détachement avec le réel. Je suppose que ces images sont pré-existantes, tout comme les samples dans notre musique.

Our friend who runs Hobo Cult does both the MerX and GeAr videos. I think he conveys the feelings as the songs were made. Primarily a heavy detachment from reality. I believe the images are found objects much like the samples in our songs.

Bien que principalement claustrophobe, votre musique est un peu moins nihiliste et sinistre que nombre de productions indus, il y a un truc un peu plus miniature, nuancé, et vaguement humoristique. Vous le voyez comme ça ?
Although mainly claustrophobic, your music is not as doom-laden and nihilistic as some indus-tinged productions, there's something more miniature and in-between, and vaguely humorous. Do you see it like that?

Pas tout à fait mais j'apprécie ce point de vue. Je pense que la forte présence de samples et de glitches dans notre musique nous vient de Negativland, qui ont pas mal d'humour. Par ailleurs, il me semble qu'une grande partie de cet étalage de nihilisme dans l'indus modern est juste un show, une sorte de déguisement émotionnel. En musique aujourd'hui, le style joue un grand rôle dans le physique et le mental des gens, et je n'arrive plus à discerner ce qui est authentique de ce qui ne l'est pas. Je suppose que notre humour est à trouver du côté de notre nihilisme, qui vient lui même d'un constat que tout est grotesque aujourd'hui. C'est peut un mécanisme pour faire face à l'environnement auquel nous appartenons.

Not really but I do appreciate the new insight. I guess the heavy use of samples and random glitch are influenced by Negativland who are quit humorous. Also it seems that many times the modern day industrial show of nihilism is simply an act, much like a emotional dress up. I think fashion plays a big role in folks minds both physically and emotionally in music today and I am not sure what is genuine anymore. I guess our humorous side is indeed our own nihilism because of how ridiculous everything is. A coping mechanism it seems for the environment we are a part of.

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Votre page facebook mentionne l'influence d'un "certain groupe de musique industriel anglais des 70's". Il s'agit de Throbbing Gristle ou de Cabaret Voltaire ?
Your FB page mentions influence from "
a certain English Industrial band that was around in the '70": is that Cabaret Voltaire or Throbbing Gristle?

Notre motivation est d'enregistrer à ce même niveau d'acharnement que Throbbing Gristle, selon G, qui s'occupe davantage de l'enregistrement de German Army et qui respecte énormément la tape culture derrière Throbbing Gristle. Pour ma part, c'est l'écriture de la musique qui m'intéresse et j'aime beaucoup cette aventure.

It is the push to record at a driven level much like TG. G the other part of this band wrote that as he is much more into the recording aspect and respects the tape culture behind TG. I myself obsess over writing music and enjoy that journey.

Le dossier de presse de Last Language est assez truculent. Peut-on en savoir plus au sujet de ces "méditations sur la médiocrité" ou sur ce "bad trip à San Bernardino" ?
Last Language's press release is truculent. could you tell more about those "meditations on mediocrity" and that "bad trip to San Bernardino"?

Nous avons grandi à San Bernardino, la nature dans cet environnement nous a beaucoup inspiré. Humainement par contre, c'est très primitif et déprimant, comme Needles ou n'importe quelle autre zone déserte, ça peut te marquer très intensément.

San Bernardino was where we grew up and it is a very inspiring area from the natural side of things. Its human aspects are extremely primitive and depressing much like Needles or any other desert area it can hit you with ideas in a intense way.

Los Angeles est-elle un bon terrain pour l'indus, le drone ?
Is there a good ground for drone/indus and the like in Los Angeles?

Je suppose que oui, mais nous n'y vivons pas assez pour en être sûrs. Riverside et San Bernardino sont à deux heures de LA, ça crée un grand détachement entre la ville et nous. LA pourrait tout aussi bien être Oakland ou San Diego parce que c'est tout simplement trop loin pour vraiment savoir ce qu'il s'y passe.

I believe there is but we do not live in Los Angeles enough to know such things. Riverside and San Bernardino are nearly 2 hours away. This makes a huge detachment between us and that city. Los Angeles might as well be Oakland or San Diego because it is simply too far away to actually see what is happening.

Vous produisez énormément. On croirait que c'est le fruit de deux reclus enfermés dans leur grenier avec des tape machines, des pédales et quelques traitements électroniques, qui enregistrent obstinément nuit après nuit. C'est aussi intense que ça ?
Your output is quite plentiful, and seems to be the work of two esoteric reclusive blokes locked in their attic with tape-machines, guitar-pedals and some electronic treatments recording obsessively by night. is that the case or that's not as heavy as that?

C'est plutôt le cas. Parfois tout nous vient naturellement et quand ça arrive ça donne lieu à des sessions intenses. On a alors l'impression qu'il faut que tout soit fait en deux ou trois jours pour capturer ce qui se passe, et que toute attente affaiblirait la musique.

This is much the case. There are moments when everything comes and when it does it happens in an intense session. It is a feeling that it has to get done in 2 to 3 days to capture what is happening and it feels that waiting will only water down the music.

Le manque d'information autour de vous est-il intentionnel ou juste un moyen de s'amuser en semant un peu de confusion ?
Is the lack of information around you intentional as part of the project's identity or just random fun to spread a little confusion?

Qui nous sommes n'a pas grande importance à nos yeux. C'est pour ça qu'on ne trouve pas les interviews évidentes. On ne fait que documenter nos pensées, et tout ce qui importe est le son qui en découle. Personne n'a besoin de nous voir ou de nos connaître en relation avec notre musique. Je préfère rencontrer des gens dans un quotidien détaché de l'art ou de la musique.

Who we are does not matter at all to us. This is also why interviews are difficult. We are just documenting our thoughts as all that really matters is the sounds being made. No one needs to see or know us in relation to our music. I prefer to meet people on terms outside of music on a daily routine separate from art or music.

Quel est le dernier disque que vous avez écouté ?
What's the last record you've listened to?

Chappaqua de Novy Svet, ça colle bien au temps qu'il fait.

Chappaqua by Novy Svet as it suits the weather.

German Army - Last Language (déjà sorti sur le label portugais A Giant Fern)

Audio

Vidéos

GERMAN ARMY - Literacy In Opium from Moduli TV on Vimeo.

GERMAN ARMY - Smoke Voiced from Moduli TV * on Vimeo.