Hood, where do you see yourself in ten years time?

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Dix ans nous séparent de la dernière sortie du duo fraternel anglais Hood, Outside Closer. Paru sur Domino en 2005, l’album se clôturait sur un titre qui avait le mérite d’annoncer la couleur : This Is It Forever, plongeant de nombreux fans dans une détresse abyssale.

Formé en décembre 1990 par Chris et Richard Adams, les deux frangins de Leeds (originairement de Wetherby, comme ils aiment le signaler, ville à mi-chemin entre Londres et Edimbourg, en GROS), Hood a parsemé à droite et à gauche neuf albums (six LP, trois EP) et dix-sept singles avec de multiples collaborateurs sur des structures variées. Si on y ajoute les projets solos, la chasse au trésor pour les fans collectionneurs est une quête homérique. Aux confins du Yorkshire, dans la brume pastorale, Hood dessine un paysage de branches et de rouilles, d’indie noise et d’électro. Ce qui surprend le plus au vue de sa généreuse discographie, c’est cette authenticité dans l’approche de l’écriture et cette variété cohérente. Six albums qui fonctionnent par paire.

Cabled Linear Traction, sorti en 94, et Silent88, en 96 sur Slumberland Records, représentent la période indie noise du groupe. La production y est minimale et sauvage et les formats courts et saturés. On y retrouve pourtant déjà des titres comme Western Skies qui préfigurent la période électro du groupe.

En 98, Rustic Houses Forlorn Valley et Cycle of Days And Seasons de 99, avec Matt Elliott à la production, dressent un aspect plus rural et hanté, une approche plus répétitive et Talk Talk de leur noise adolescente. Les deux albums paraissent sur le géant de l’indie Domino, annonçant un succès éventuel ô combien mérité, mais Hood, malgré des tournées en compagnie de ses potes Mogwai ou Low notamment, reste discret, voir confidentiel.

L’entrée dans le vingt-et-unième siècle se fait en grande pompe pour les frangins avec la sortie de Cold House, album accompagné de Doseone et Why, deux membres du groupe d’abstract hip-hop (terme bien dégueulasse au passage) Clouddead. L’album le mieux critiqué et qui a eu le plus de succès de la carrière de Hood, et ça se comprend : la production est plus soignée, plus électro, en conservant toutefois l’aspect lo-fi sincère des débuts, là où son successeur et dernier album Outside Closer, de 2005 donc, se veut plus produit, plus direct, souvent trop pour les fans de la première heure.

Hood n’est plus et les frères Adams volent désormais en solo sous différents alias - The Declining Winter pour Richard, Downpour et surtout Bracken pour Chris, dont le dernier album, Exist Resist, est paru le 22 octobre 2014 via le label de Chicago Baro. Exister et résister semble être le leitmotiv de Chris, et plus généralement de Hood, qui dix ans après, résiste au temps, à l’érosion. L’occasion de faire le point avec ses deux membres fondateurs.

David Gamelin

Mixtape : Hood by Full Moon Fuck

01. Norfolk (Cabled Linear Traction)
02. Hood Northern (Silent 88)
03. Useless (single Useless)
04. Boer Farmstead (Rustic Houses Forlorn Valleys)
05. The Cliff Edge of Workaday Morality (The Cycle of Days and Seasons)
06. Crushed By Life (Singles Compiled)
07. They removed all trace that anything had ever happened here (Cold House)
08. Cold Fire Wood of western lanes (Home is where it hurts EP)
09. The Lost You (Outside Closer)
10. Outro (Silent 88)

Entretien avec Hood

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Tout d’abord, comment allez-vous ? Chris, travailles-tu toujours à l’Université, et Richard chez Norman Records ? Comment va le Wetherby Athletic ? Je crois me souvenir que vous les supportez plus que Leeds.
First how are you? Chris Do you still work at University  and Richard at Norman Records? how is doing Wetherby Athletic ? You support them more than Leeds if I remember correctly.

Chris Adams : Je vais bien, merci. Il se peut que je travaille à l’Université. Cependant, la vision que vous pourriez avoir de moi bidouillant mon matos vintage tout en gérant un travail alimentaire serait fausse. Les magnétophones tournent seulement après que le sifflet de l'usine a retenti. Quant au football, je n'ai jamais été 'un vrai supporter' du Wetherby Athletic, plutôt un sympathisant. Une sympathie basée sur une simple allégeance géographique. Le Wetherby Athletic est un petit club amateur pour lequel j’ai joué sur l'aile gauche entre mes 8 et mes 13 ans. Ça étonnera vos lecteurs d’imaginer que je suis un joueur formidable, et toutes les histoires de moi me faisant sortir du terrain en pleurs dans le froid glacial des dimanches matins de février en raison d'une mauvaise circulation sanguine sont malveillantes. J'ai été un joueur prometteur cependant, malgré peu de buts et de longues heures d’attentes sur le banc sans aucune chance de rentrer. Ces révélations historiques trahissent aussi une corrélation entre ma résignation footballistique et mon intérêt naissant pour la musique. C’est à peu près à la même période que j’ai eu un intérêt de courte durée pour les poissons rouges. Bien que ce fut serré, la musique a pris le dessus.

I’m alright thanks. I may or may not work at a University. However, any visions you may have of me endless tweaking my vintage recording equipment all day whilst deeming a day job below me are horribly misguided. The tape recorders go on only when the factory whistle blows. Regarding football, I was never quite a ‘supporter’ of Wetherby Athletic, more a general ‘sympathiser’. A sympathy based on mere geographic allegiance alone. You see, Wetherby Athletic is a small amateur club for which made quite a scene on the left wing between the ages of about 8 to 13. It’ll surprise your readers to think of me as quite the formidable player, and stories of me being taken off the pitch crying on cold, frosty, February Sunday mornings due to ‘bad circulation’ are malicious and wrong. A promising player indeed despite a tiny smattering of goals and long, arduous, stints sat on the bench without a chance to play. History buffs will also note the direct correlation between my shock resignation from the club and my burgeoning interest in music. It was around this period where I also had a short-lived interest in keeping goldfish. Whilst close, the music eventually superseded this interest also.

Richard Adams : Oui je travaille à nouveau comme disquaire après une pause de sept ans. Je me suis essayé au monde réel pendant un moment, puis j’ai décidé qu’il valait mieux que je bosse pour quelque chose que j’adore plutôt que je déteste. Je supporte York City. Bien qu’ils soient particulièrement mauvais, je pourrais supporter aussi le Wetherby Athletic (pour qui je jouais !), ils battraient probablement York. 

Yes, I'm back working in the record shop after a break of about 7 years. I tried my hand in the real world for a while but then decided I'd rather work with something I love than something I hated. Its York City I support. They are utterly, utterly useless. I might as well support Wetherby Athletic (who I used to play for!) they'd probably beat York.

Le dernier album de Hood est sorti il y a dix ans. Entre-temps, vous avez été pas mal occupés, mais dix ans, qu’est-ce que ça vous fait et qu'est-ce que Hood représente pour vous désormais ?
It’s been ten years since the last Hood album and you both been quite busy but 10 years how does it feel and what Hood means to you now?

Chris Adams : Difficile à dire vraiment. Je ne peux pas dire que j'y pense beaucoup. De temps en temps, j’ai un rappel, je fais une sorte de cauchemar anxieux de ma vie passée en tant que célébrité indie mineure qui parcourt le globe. Généralement, et seulement si je ne suis pas dans un moment de dépit avec un sentiment de défaite écrasante, j'ai des souvenirs très heureux. Peut­-être le meilleur aspect est-il toutes les amitiés que nous avons créées en chemin. Je suppose qu'il n'y a aucune autre façon réaliste de créer un réseau si dévoué d'amis sans être soit : 1) incroyablement riche ou 2) irrésistiblement beau, et je ne suis ni l’un, ni l’autre. Je suis en réalité assez fier de ce que nous avons réalisé, particulièrement en termes de pure quantité de morceaux. Les gens ont pas mal de trucs à découvrir.

Erm, hard to say really. Can’t say I really think about it that much. Every so often I get some sort of reminder/anxiety nightmare about my past life as a globe trotting minor indie celebrity. Generally, and only if I get any respite from the sense of crushing defeat, I have very happy memories. Perhaps the best element is all the friendships we have created along the way. I guess there’s no other realistic way of creating such a dedicated network of friends without being either: 1) incredibly rich or 2) devastatingly handsome, which I am neither. I am actually pretty proud of what we achieved, especially in terms of sheer, bloody minded, volume of material. There’s a lot of stuff out there for people to discover.

Richard Adams : C’est bizarre. C’est maintenant devenu comme cette vie parallèle. Nous avons joué pendant environ quinze ans non-stop, alors nous avons eu besoin d'une pause, mais je pense que nous nous sommes rendu compte que nous aimions mieux la vie sans cette pression constante au ­dessus de nos têtes. Je suis très fier d'à peu près tout ce que nous avons fait. Même nos pires erreurs étaient dignes d'intérêt.

Its odd. Its now become like this other separate life. We did it for about 15 years almost nonstop then we needed a break but I think we realised we like life better without it hanging over our heads all the time. I'm ridiculously proud of pretty much everything we did. Even our massive mistakes were worthwhile ones.

À l’époque de Hood, vous disiez toujours que Disco Inferno, Talk Talk, Jandek ou Pavement étaient des influences majeures. Ecoutez-vous des groupes actuels qui auraient ce même impact ?
During Hood times you always said that Disco Inferno, Talk Talk, Jandek or Pavement had been major influence on your band, are you listening to some bands these days that could have the same impact on you?

Chris Adams : Oh je ne sais plus désormais, j'aime des éléments de presque tout. Je ne suis pas tout à fait sûr du fait que la musique aura encore sur moi l'effet qu'elle avait dans mes années plus formatrices. Les choses semblent trop limpides maintenant, le mystère est un peu parti. Je suppose que c'est le danger d'être autant impliqué dans quelque chose : la compréhension rudimentaire de la technique d’enregistrement et du fonctionnement de l'industrie de la musique retire de la magie. Ceci dit après un regain d’intérêt, je suis vraiment intrigué par ce mec, Dean Blunt. Je suis allé le voir à Leeds et je suis parti encore plus paumé et incertain de ce qu’il faisait vraiment. C’est bien quand un artiste te rend perplexe à ce point, je pense. C'est rare à cette époque d'informations instantanées.

Oh I don’t know anymore, I like elements of almost everything. I’m not quite sure if music will ever quite have the effect on me that it did in my more formative years. Things seem to make too much sense to me now, like the mystery is gone a bit. I guess it is the danger of getting so heavily involved in something, rudimentary understanding of recording techniques and how the music industry works takes the shine off things. That said I’ve been rediscovering my interest, I’m really intrigued by that Dean Blunt guy. Went to see him in Leeds and left more confused and less sure of what exactly it is he’s doing. It’s good when an artist perplexes you in such a way I think. It is a rarity in this age of instant information.

Richard Adams : Ouais, je pense qu’en vieillissant, tu es moins obsédé par la musique que dans ta jeunesse. Ceci dit, il y a certaines choses que j'aime vraiment et qui me donnent envie de créer ma propre musique. These New Puritans par exemple. Leur album The Field Of Reeds a fait ce que j'avais espéré qu’un groupe fasse pendant de nombreuses années. Je suis obsédé par un groupe des années 80 qui s’appelle The Cleaners From Venus. Quand je les écoute je veux juste crier au monde à quel point ils sont bons.

Yeah, I think as you get older you don't get quite as obsessed with music in the same was as you did in your youth. That said,  there's certain things I really like that drive me on to make my own music. . These New Puritans for example. Their record 'Field of Reeds' did what I'd been hoping an English band could do for many years. I'm obsessed with an 80's band called The Cleaners from Venus. When I hear them I just want to scream to the world how good they are. 

Hood est probablement un des groupes les plus sincères et authentiques que j’ai écoutés, et en même temps sa discographie est extrêmement éclectique. Comment parveniez-vous à garder cette cohérence ?
Hood is probably one of the most sincere and authentic bands I’ve been listening to, and at the same time Hood discography is very eclectic, how did you manage to keep that coherence?

Chris Adams : Celle-là est compliquée. Je pense que c’est largement dû à la connaissance encyclopédique de mon frère en musique. Richard est vraiment doué pour choisir les meilleurs morceaux et mettre en ordre les albums. Je pense que ça aide à fusionner les éléments les plus disparates de notre musique. Je pense aussi, bien qu'il y ait beaucoup de variété dans notre musique, que nous sortions des albums en même temps que nous découvrions de nouvelles façons de travailler - donc c'était de ce que nous étions à un moment donné. Nous n’avons rien fait pour gagner en popularité ou rentrer au Zeitgeist, juste expérimenter et sortir les trucs que nous aimions le plus.

That’s a really tough one. I think it’s largely to do with my brother’s encyclopaedic knowledge of music. Richard’s really good at picking out the better tracks and things like sequencing albums. I think that helped get together the more disparate elements of our music. I think also, even though there’s a lot of variety in the music, we were releasing records as we were discovering new ways of working - so it was a genuine representation of us at any given time. We didn’t move in the directions we did because we were seeking popularity or trying to hit the zeitgeist, just experimenting and putting the stuff out we liked the most.

Richard Adams : Je pense juste que tout ce que nous avons fait vient de notre incapacité à jouer correctement. Donc quoi que nous fassions, ça nous ressemblait. Nous n’avions pas de règles précises, donc nous n'avons pas dévié trop loin de ce que nous essayions de faire.

I think just because whatever we did was shot through with our inability to play properly. Therefore whatever we turned our hand to kind of sounded like us whatever it was.  We had certain rules within the framework of the rule of (almost) anything goes which led to a general overseeing of the sound so we didn't stray too far out of what we were trying to do.

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Pour un groupe anglais, vous avez toujours eu une relation particulière avec la France et avez une vraie fanbase ici. Comment l’expliquez-vous ?
For an English band you always had a good connection with France and have a true fan base here, how come?

Chris Adams : Un mystère éternel. J’ai l’impression que nous avons été populaire en France à partir du moment où on a acheté et grattouillé nos premières guitares. Peut­-être que j'ai posé les bases de notre popularité en prenant des vacances en France avec Matt (guitarise pour Hood pendant une courte période) dans sa famille quand j’avais 14 ans. Probablement même que mon A en français au brevet des collèges nous a donné un petit coup de boost pour percer dans les marchés étrangers.

An eternal mystery. We seemed to be popular in France from the minute me and Richard purchased, and tentatively strummed, our first guitar. Perhaps I sowed the seeds of our popularity by taking a holiday to France with my friend (and short lived Hood guitarist) Matt’s family when I was aged about 14. Possibly even my A grade in French at GCSE gave us that boost we needed when breaking into foreign markets

Richard Adams : Je pense qu'il y a deux ou trois raisons : premièrement, le magazine Magic nous suivait vraiment. Ils ont écrit sur nous quand personne ne le faisait en Angleterre, hormis quelques petits fanzines. En regardant ces éditions de Magic, il semble que nous étions un groupe britannique de taille raisonnable tandis que jusqu'à Cold House, peu de gens étaient intéressés en Angleterre. Aussi, dès le début, nous avons rencontré quelques personnes à Paris :­ Stephane Recrosio, Fred Paquet, Morvan Boury, et plus tard Christophe Ruth qui nous bookait et nous aidait à la promo.

I think it was for a couple of reasons firstly the magazine Magic really got behind us. They wrote about us when no-one in England would maybe except for some small fanzines. From looking at those editions of Magic it perhaps looked like we were a reasonable sized UK band whereas until 'Cold House' only small pockets of people were interested here. Also early on we connected with some people in Paris - Stephane Recrosio, Fred Paquet,  Morvan Boury and later Christophe Ruth who booked us tours in the early days and helped spread the word.

L’un de vos derniers concerts à Paris au Café de la Danse était ultra plein, et je me souviens de Chris disant : "Y a-t-il un groupe après nous ?" Vous sembliez surpris par ce succès, et en même temps il me semble que vous n’avez jamais eu le succès que vous méritiez.
One of your last show in paris at Le Café de la danse was really packed and i remember you (Chris) saying iS THERE A BAND AFTER US? you seemed surprise by your success and at the same time I feel that you didn’t had the success you deserve, how do you feel about it ?

Chris Adams : Je pense que ça résume assez bien l’humour noir du groupe. En gros, on a enchaîné les désastres avec Hood, particulièrement en tournée. Je pense que c’était le soir ou notre batteur a quitté la salle pour aller acheter des baguettes, puis s’est complètement paumé dans Paris sans téléphone, sans connaître le nom de la salle et sans savoir parler français. Il est arrivé quand on montait sur scène ; le simple fait que nous ayons envisagé de commencer le concert sans batteur est assez révélateur. Je pense que les promoteurs étaient en train d’appeler la police et les hôpitaux au moment où nous jouions nos premières notes. Des jours heureux, en fait. En réponse à la partie finale de ta question, comment définissez-vous le succès ? Est­-ce que c'est financier ? Si tu retires l’argent et les ventes de disque de l’équation, nous avons eu plus de succès que nous ne l'aurions jamais espéré.

I think that pretty much sums up the gallows humour of the band. We pretty much lurched from one disaster to another in Hood, especially on tour. I think that might have been the night our drummer left the venue to buy some drum sticks, only to get hopelessly lost without his phone, the name of the venue, a map, or any ability to speak French. He arrived as we walked on stage; even the thought that we were considering just starting the show whilst our drummer was missing says it all. I think the promoters were calling the police and hospitals as the first notes rang out. Fun days indeed. In response to the final part of your question, how do you define success? Is it financial? Does making money or selling records validate what you are doing? If you take money and record sales out of the equation we had more success than we ever dreamed possible.

Richard Adams : Ouais, tu as complètement raison, c’est un truc à double tranchant. C’est vrai que nous étions complètement dépassés quand nous sommes arrivés en France, il y avait tellement de monde au concert, c'en était choquant. Réciproquement, nous avons été vraiment frustrés par notre manque de succès en général. Nous savions que la musique était assez bonne à un certain point pour faire mieux que cela. Il semblerait qu’on nous ignorait un peu, mais on ne s’est pas aidé en ne tournant pas beaucoup et en ne jouant pas le jeu. Nous n'avions pas tout à fait ce sens du travail, et il y avait toujours une frustration sous-jacente envers tout.

Yeah you are completely correct about that its a double edged thing. Its true we were overwhelmed when we came to France and saw large groups of people out to see us-it was kind of shocking. Conversely we were really frustrated about our general lack of success overall. We knew the music was good enough at certain points to do a lot better than it did. We just seemed to be ignored a lot but we didn't help ourselves by not touring much and playing the game. We didn't quite have that work ethic but there was always an underlying frustration with everything.

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Cold Fire Woods Of Western Lanes est ma chanson préféré de Hood. En avez-vous une, et pourquoi celle-ci en particulier ?
Cold Fire Woods Of Western Lanes is my favorite Hood song do you have one and why this one in particular?

Richard Adams : Je n'écoute pas de musique dans laquelle j'étais impliqué une fois qu'elle est finie. Je me souviens de l’aimer quand nous la faisions parce que c'était bien marrant de découper les parties de batteries. J’ai un doux souvenir de Your Ambient Voice, principalement parce qu’elle me rappelle de bons souvenirs et de belles rencontres, mais je ne vais pas l’écouter pour autant.

I don’t listen to any music I’ve been involved in once it is finished. I remember liking that one when we were doing it because it was a whole heap of fun cutting all the drums up. I have a soft spot for Your Ambient Voice mainly because the memory of it takes me back to a very happy time meeting new people, but I don’t actually go so far as to listen to it.

Chris Adams : C'est aussi une de mes préférées et je pense toujours qu'elle a été un peu négligée. J'en aime beaucoup, mais je dirais Cold Fire Woods, I Can’t Find My Brittle Youth ou The Lost You. J'aime les chansons avec cette sorte d'excitation.

It's one of my favourites too and I always think it was overlooked somewhat.  I like a lot of them but I'd say either 'Cold Fire Woods...', 'I Can't Find My Brittle Youth', or 'The Lost You'. I like the songs with that kind of thrilling excitement about them.

Où vous voyez-vous dans dix ans ?
Where do you see yourself in ten years time?

Chris Adams : Et voilà, les paroles de Hood. Aucune idée, ça fait partie du plaisir j’imagine.

Here come the hood lyrics. Haven’t got a clue. That’s part of the fun isn’t it?

Richard Adams : J’espère quelque part près de la campagne. Je suis dans la ville maintenant et je ne pense pas que ce soit en accord avec moi. Peut-être un bel endroit quelque part où je peux prendre un train pour Leeds quand j’en ai envie et être près des collines et de la campagne. Tant que j'ai un espace pour enregistrer de la musique, je suis heureux.

Hopefully back somewhere near the countryside. I'm in the city now and I don't think its wholly agreeing with me. Maybe a nice place out somewhere where I can get a train into Leeds when I feel like it but am near hills and countryside.  As long as I have a space to record music I'm happy.

Hood, c'est terminé ? Pour toujours ?
Hood is finished? This is it forever?

Chris Adams : Et maintenant, les titres de Hood ! À moins que nous ne pensions ajouter une pierre à l’édifice, le hiatus continue. 'Séparé' n'est pas le bon mot car il sous-entend de mauvaise choses ou des différences musicales. Hood est actuellement en sommeil.

And now the hood titles! Unless we feel like we’re going to genuinely add to the body of work then the hiatus continues. ‘Splitting up’ isn’t the right description as it suggests bad feeling or musical differences. Hood are currently slumbering.

Richard Adams : Ach. Je ne sais pas. Peut­-être. Nous avons eu deux ou trois offres pas mal cette année pour jouer. C’est vraiment agréable et nous sommes heureux que les gens pensent à nous, mais en tant que groupe, nous voulions toujours prendre le parcours le plus difficile possible, donc nous sommes heureux d’aller de l’avant avec la nouvelle musique que nous faisons individuellement. Il semble y avoir une attente dans la reformation de groupes après un certain nombre d'années mais il faut surpasser cette envie. Il faudrait quelque chose qui nous convienne, ce qui n’est pas le cas à l'heure actuelle...

Ach. I don't know. Possibly. We got a couple of decent offers this year to play. Its really nice and we're so pleased that people think of us but as a band we always wanted to take the most difficult route possible so  therefore we're happy to forge ahead with the new music we are doing individually. There seems to be an expectation that bands reform after a certain number of years out but you have to sometimes try to break that thought process - it would have to be something that appealed to all of us  which is just not the case at the moment… 

Chris, 2014, c’est ton grand retour : quatorze ans après ton dernier EP de Downpour, tu en sors un nouveau, et sept ans après le dernier Bracken, tu sors Exist Resist. Pourquoi maintenant ?
14 years after your last Downpour EP you released a new one and 7 years after the last Bracken, why now? 

Chris Adams : Mon ordinateur n'arrêtait pas de me dire : "Votre disque dur est presque plein, supprimez des fichiers", donc j'ai pensé qu’au lieu de supprimer des titres, j'allais les sortir. C’est seulement maintenant que je me dis que j’aurais pu m’acheter un nouveau disque dur et sauvegarder le tout et éviter des problèmes à tout le monde. Blague à part, il y a une certaine vérité à ça. Un jour, j'ai juste frissonné en voyant la quantité de chansons sur lesquelles j'ai travaillées au fil des ans qui sont restées non sorties, et j’ai pensé que je pouvais les sortir. Oui, cela signifie vraiment qu'il y a d'autres choses à paraître.

My computer kept saying “your hard drive is nearly full, please delete some files” so I thought instead of deleting the tracks I’d put them out. Its only now occurred to me I could have just bought a new hard drive and saved everyone the trouble. Joking aside, there’s some truth in that, one day I just shuddered at the amount of songs that I’ve worked on over the years which remained unreleased and thought I’d start the slow process of releasing them. Yes, that does mean there’s more to come

As-tu changé ta façon d’écrire depuis ? As-tu de nouvelles compositions ?
Did you change your approach of writing music since then, new gears,instruments etc…?

Chris Adams : Non, je ne savais pas ce que je faisais et je ne sais toujours pas ce que je fais. Rien n'a changé.

Nope, I started not knowing what I was doing, and I still don’t know what I’m doing. Nothing has changed.

Y a-t-il une raison spécial à ce titre, Exist Resist ?
Is there a special reason for that title Exist Resist?

Chris Adams : Il y en a, mes questions sur la musique plus haut pourraient donner un indice sur cette dichotomie présente dans le titre.

There is, my questions about music above might give a clue to the partial dichotomy furled within the title

Il y a de moins en moins de guitares sur tes projets. Tu en joues toujours ou tu leur as fait tes adieux ?
There is less and less guitar on your recordings do you still play guitar sometimes and write songs with it?

Chris Adams : Non. Je ne suis pas vraiment en bons termes avec ma guitare. Je me retrouve face à un mur en écrivant de cette façon. Tout ce que j'écrivais avec sonnait pareil donc je l’ai mise au placard . C'est seulement une question de temps avant qu'elle ne revienne.

Nope. I’m not really on speaking terms with my guitar. I hit a wall with writing that way. Everything I did sounded the same so it went in the cupboard. It’s only a matter of time before it comes back out again.

Quels sont tes projets?
What’s next for you?

Chris Adams : Aucune idée.

No idea.

Discographie

Cabled Linear Traction (Fluff, 1994)
Field Report (a) (i) An Overcast Sky (Chocolate Monk, 1994)
Silent '88 (Slumberland Records,1996)
Rustic Houses Forlorn Valleys (Domino, 1998)
The Cycle Of Days And Seasons (Domino, 1999)
Cold House (Domino, 2001)
Outside Closer (Domino, 2004)
The Hood Tapes ‎(Hood Self-released, 2005)

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=3mdZNKGTe2c

https://www.youtube.com/watch?v=-ii1Ka2eSFg

https://www.youtube.com/watch?v=Y1cy2iBwiAY

https://www.youtube.com/watch?v=F0LgjB1sW5c

https://www.youtube.com/watch?v=9iqJTDmMBc4


Panda Bear - Panda Bear Meets The Grim Reaper

En quinze ans d'existence, Animal Collective aura accompli ce que peu de groupes peuvent prétendre à ce jour : être parvenu à marquer la musique pop indépendante en profondeur en laissant peu de traces des individualités derrière le quatuor originaire de Baltimore. Qui peut prétendre pouvoir reconnaître l'un des quatre musiciens dans la rue, s'il le croisait ? Au vu de l'impact des disques successifs d'Animal Collective sur la musique indépendante des années 2000, ce paradoxe est assez étonnant. Exception qui confirme la règle : Noah Lennox aka Panda Bear, véritable frontman du groupe, est aujourd'hui la seule figure concrète à incarner physiquement AnCo au quotidien.

Sûrement parce que le batteur/chanteur est aujourd'hui le seul membre du quatuor à avoir poussé une carrière solo (qui pré-existait aux aventures à plusieurs) presque au niveau de celle du groupe, tout en explorant une voie parallèle.Avey Tare, de son côté, n'a pas donné de suite à ses dernières tentatives expérimentales de 2010 et les deux autres membres, Geologist et Deakin, n'ont jamais pris le plis d'explorer concrètement un message personnel, en dehors des délires de la bande des quatre. Rien d'étonnant à ce que Panda Bear pousse à ce point sa volonté d'exister à côté de ses aventures en groupe lorsque l'on sait combien les mélodies du quatuor reposent en grande partie sur son utilisation si évidente de la voix, cette singularité instrumentale qui marque en profondeur les disques d'AnCo. Si le son du groupe ne se résume pas à ce seul élément, il en est l'un des plus évidents représentants.

Et c'est avec cette image en tête de « leader de facto » d'AnCo que l'auditeur aborde Panda Bear Meets The Grim Reaper, cinquième LP du musicien et première véritable sortie solo longue durée chez Domino. Une impression dont il est compliqué de se défaire et qui persiste lorsque l'on vient à penser le LP comme une version light d'Animal Collective, plus pop et moins folle, où les délires expérimentaux sont circonscrits à quelques passages bien canalisés. Mais ce serait négliger bien vite le travail de Panda Bear sur ses albums, depuis l'évidente confirmation que représenta Person Pitch en 2007 - véritable pierre angulaire de l'univers Animal Collective. D'autant que les choses ont quelque peu changé ces dernières années pour Noah : devenu véritable résident de Lisbonne au Portugal, cultivant désormais sa musique et sa vie de famille de front, ayant pu bâtir ce nouveau disque sur la base d'une signature solo chez Domino, gage certainement d'une ouverture poursuivie vers un public plus large encore.

Puisque ces changements ne sont que les aléas de la vie en général, il semble évident de comprendre combien ils ont pu influer sur la confection du disque, à commencer par ce thème général de la « mort » présent dès le titre et irriguant certains des 13 morceaux du LP. Qu'elle soit symbolique sur Mr Noah, reflet en partie de l'échec relatif de Centipede Hz en 2012 ou plus évidente sur Selfish Gene. Flotte ainsi au-dessus du disque un sentiment général assez ambivalent, léger par l'exploration de ces mélodies très « panda bearienne » dans l'esprit mais profonde par la retenue, voire une forme de nostalgie, adressant souvent un sujet plus méta lorsqu'il évoque la relation de sa musique aux attentes des fans et des critiques (Crosswords).

Meets The Grim Reaper

Entre les lignes, Panda Bear revendique de manière étrange une inspiration en droite ligne du rap US des 90's dans la programmation des rythmiques du disque. Mais à bien y réfléchir, au-delà des déclarations un peu pompeuses en interview, il semble évident que le rythme tient ici une place centrale, volontairement inspiré des techniques de sampling encore en vogue à la fin du siècle dernier. Une démarche à l'opposé de ce qu'à pu être Tomboy, à savoir une exploration de la noirceur de l'univers de Noah Lennox portée par des nappes et des couches de sons d'une belle densité. Ici, l'approche est plus neutre et maitrisée, convoquant plutôt un groove hypnotique par une répétition d'une rythmique sur la durée d'un morceau que de véritables envolées presque uptempo.

Si l'on reconnaît aisément la patte Panda Bear, ...Meets The Grim Reaper installe l'auditeur dans une zone de confort et une formule bien connue qui ne surprendra ni ne décevra personne : sur un terreau pop très incarné, les quelques expérimentations soniques qui vont bien, le tout emballé par une variété et une diversité incarnées par le jeu autour de la voix sous réverb' du musicien. Le tout propose même quelques moments très réussis, parce que poussant jusqu'au bout la logique du disque (Come To Your Senses, Principe Real), tout en peignant un panorama varié et riche en émotions. Mais Noah semble pourtant un peu ailleurs, jamais véritablement concerné par l'envie de désarçonner l'auditeur, un peu trop là où on pourrait l'attendre et, au final, jamais véritablement identifiable en bout de course.

Album bien contrôlé et mature, sans véritables surprises mais jamais complètement à côté de la plaque, ce nouveau LP de Noah Lennox laisse plus de questions en suspens qu'il n'apporte de réponses quant à ces cinq années de travail solo depuis son prédécesseur. En grande partie parce qu'il semble évoquer la fin d'un cycle évident, dans le fond comme dans la forme. Il nous laisse ainsi entrevoir un Panda Bear en pleine remise en question, poussant même jusqu'à cet étrange finish Selfish Gene / Acid Wash en forme de « mort » symbolique. Avant une renaissance et un recommencement ? Rien n'est moins sûr, mais Panda Bear devra trouver un nouveau chemin pour la suite de ses aventures, avant de se perdre dans des rengaines qui n'apporteront, au final, plus grand chose au chemin jusqu'ici exemplaire du musicien.

Vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=CmXIIL2tmR8

Tracklisting

Panda Bear - Panda Bear Meets The Grim Reaper (Domino, 13 janvier 2015)

01. Sequential Circuits
02. Mr Noah
03. Davy Jones' Locker
04. Crosswords
05. Butcher Baker Candlestick Maker
06. Boys Latin
07. Come to Your Senses
08. Tropic of Cancer
09. Shadow of the Colossus
10. Lonely Wanderer
11. Principe Real
12. Selfish Gene
13. Acid Wash

Panda Bear


Lightships - Electric Cables

On le savait déjà, après tout... Mais pour transformer notre théorie en vérité incontestable, il nous fallait encore des preuves matérielles. On avait, l'an dernier, déjà collecté des indices graves et concordants avec la sortie de l'album de Jonny, collaboration fructueuse et hautement réjouissante entre Euros Childs et Norman Blake. Avec la sortie d'Electric Cables, premier LP de Lightships, c'est désormais chose faite. Le dossier est bouclé, la conclusion limpide : Teenage Fanclub est bel et bien un supergroup, dont les membres peuvent sans mal exister par eux-mêmes, et ravir nos esgourdes de leur génie mélodique sans besoin d'avoir recours à une - brillante - entité collective. Car le premier effort solo de Gerard Love, bassiste de nos Écossais chéris, est tout simplement un pur ravissement. Entouré de musiciens amis loin d'être manchots - Bob Kildea, bassiste de Belle & Sebastian, Brendan O'Hare, ancien batteur de Teenage Fanclub, ou encore Tom Crossley de The Pastels - Love nous gratifie d'un petit bijou de pop bucolique dont la qualité, tout au long des dix titres proposés, ne connaît aucune baisse de régime. Habitué à livrer à ses compères historiques des titres assez nerveux, Gerard Love profite ici de son échappée solitaire pour laisser libre cours à ses envies plus pastorales et cinématiques, privilégiant douceur et délicatesse. Ainsi les touches de mellotron, les tintinnabulements ici et là, ou la récurrence de la flûte tout au long du disque, comme sur la contemplative The Warmth Of The Sun ou la fragile ballade Every Blossom, donnent à ce LP une dimension onirique incontestable, soutenue par la voix céleste de Love. Mais il n'est pas question pour  autant de supprimer toute électricité, et pour l’Écossais de renier son appétence pour une pop ensoleillée évoquant au moins autant les virées en bord de mer en décapotable que les flâneries en forêt. En témoignent ainsi les guitares toutes teenagiennes et les claviers antiques de l'addictive Silver & Gold, ou l'immédiateté solaire de Muddy Rivers, qui pourrait convaincre les Beach Boys de faire une petite place au bonhomme sur leur long board. À travers cette abolition des frontières, Gerard Love définit naturellement son propre espace de jeu, où se marient avec bonheur ses velléités power pop avec refrains imparables et ses désirs plus introspectifs, son goût de la création et son affection pour le son vintage. L'immense Stretching Out pourrait être à ce titre la figure de proue de ce LP, tant ce titre intègre à merveille toutes les marottes de Love. Au final, un enregistrement d'une délicatesse et d'une finesse rares, parcouru d'énergie et de romantisme adolescents hautement antidépresseurs, qui font de cet album le parfait compagnon des saisons à venir.

Audio

Tracklist

Lightships - Electric Cables (Domino Record, 2012)

1. Two Lines
2. Muddy Rivers
3. Sweetness In Her Spark
4. Every Blossom
5. Silver & Gold
6. The Warmth Of The Sun
7. Girasol
8. Stretching Out
9. Photosynthesis
10. Sunlight To The Dawn


Stephen Malkmus & The Jicks - Mirror Traffic

On n'y croyait plus, ou presque plus. La récente reformation de Pavement, pour des motifs sans doute essentiellement pécuniaires, et les concerts qui s’en suivirent, avaient d’ailleurs achevé de nous convaincre que nous ne pourrions jamais entendre à nouveau, à travers l’écoute des disques solos de l’individu, les fulgurances pop dont le groupe était capable, ces morceaux qui savaient allier nonchalance, incongruités, et refrains indélébiles. Mais le miracle s’est produit : Stephen Malkmus, accompagné de ses Jicks, nous revient en très grande forme, avec un nouveau LP qui nous réconcilie instantanément avec l’artiste. Débarrassé des tendances progressives qui ampoulaient ses précédents albums, Malkmus revient ici à un format plus pop, plus immédiat, plus léger, qui lui sied à ravir : quinze chansons qui prouvent, avec une facilité désarmante, que le génie du bonhomme ne s’était pas évanoui avec le temps.

Enregistré en quelques jours seulement avec Beck à la production – dont on se demande bien quelle a pu être l’influence sur le disque- il ressort de ces nouveaux morceaux une décontraction totale, Malkmus redevenant, le temps de cet enregistrement, le héros laid back qu’on a tant aimé. Les structures des chansons sont épurées, la guitare délicieusement biscornue, et le chant toujours aussi joyeusement je-m’en-foutiste. Pas question ici pour Malkmus de révolutionner son univers. Mais qui s’en plaindrait à l’écoute de cet album, qui voit notre slacker préféré, sans nostalgie aucune, s’affranchir de son passé en assumant enfin son héritage ? L’introductif Tigers, fédérateur à souhait, nous met tout de suite dans le bain et nous donne envie de distribuer gratuitement des coups de tatane – des Birkenstock - aux passants, avant que le premier single, Senator, nerveux et efficace, nous rappelle toute l’espièglerie de Malkmus. Les cavalcades de Brain Gallop et Stick Figures in Love nous caressent dans le sens du poil, tandis que Spazz, toute en changements de tempos, s’amuse à jouer avec notre rythme cardiaque. Share the Red, ballade admirablement bien troussée, nous montre quant à elle à quel point Stephen Malkmus maîtrise aujourd’hui ses propres codes.

Les fans endurcis de Pavement peuvent retrouver le sourire : si le groupe est peut-être définitivement à l’arrêt, son ancien leader a semble-t-il décidé de redevenir l’immense pourvoyeur d’indie-pop bancale dont on se croyait orphelin. Bien installé dans la quarantaine, débarrassé du poids du passé, Stephen Malkmus semble à nouveau se - nous - faire plaisir. Finalement, et si le meilleur était encore à venir ?

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Tracklist

Stephen Malkmus & The Jicks - Mirror Traffic (Domino, 2011)

01. Tigers
02. No One Is (As I Are Be)
03. Senator
04. Brain Gallop
05. Jumblegloss
06. Asking Price
07. Stick Figures In Love
08. Spazz
09. Long Hard Book
10. Share The Red
11. Tune Grief
12. Forever 28
13. All Over Gently
14. Fall Away
15. Gorgeous George


Archie Bronson Outfit l'interview

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Avant d'enfiler sa soutane pour leur concert, Sam Windett, le leader de Archie Bronson Outfit, a répondu à nos questions à l'heure de l'apéro pour en savoir un peu plus sur la genèse de leur dernier album, Coconut.

Interview


Caribou - Swim

pe-caribou-swimLorsque j'ai mis le nez dans la vidéo d'Odessa sur Hartzine (merci Hartzine j'te kiffe) j'ai tout de suite été prise d'une irrépressible envie de secouer tout mon corps, les cheveux dans les yeux, de boire beaucoup, et de m'abandonner toute entière à une transe entourée de jeunes gens beaux et sexy sur une plage au crépuscule. Ce titre sous hallucinogène, au son un peu crasseux et vicelard, fut une bénédiction dont je remercie le ciel et c'est avec une avidité non dissimulée que je me suis jetée sur l'album, et sur la place de concert pour voir Caribou au Point Éphémère vendredi dernier.

Dan Snaith cache bien son jeu. C'est la conclusion à laquelle je suis arrivée vendredi soir, en sueur, après un live bouillant auquel je ne m'attendais pas du tout. Mais alors pas du tout. Car pour tout dire, une fois lâchée la touche repeat sur Odessa, la plongée en apnée dans le nouvel opus du Canadien ne m'avait pas vraiment convaincue. Caribou est un habile manipulateur de boucles, qu'il tisse de petites douceurs pop s'enroulant joliment sur les oreilles. Son electronica subtile nage la brasse coulée avant de s'envoler dans un monde ouaté et sous LSD. Sun et Kaili m'ennuient un peu, le son est lisse, un peu trop lisse et le chant se révèle parfois limite (tout le monde ne peut pas monter dans les aigus comme Alexis Taylor). Je retrouve le côté sombre d'Odessa sur Found Out, où deux voix s'entremêlent et où les percussions crasses finissent de m'entraîner à nouveau dans les profondeurs aquatiques de Swim. L'album navigue sur des eaux dance un brin désuètes, qui me laissent un peu mitigée sur cet album et le soir du concert, j'arrive là sans trop d'attente. M'imaginant même que je vais peut-être m'ennuyer un peu.

Fort heureusement je me trompe souvent, et c'est encore le cas ce soir ! Je commence à avoir la puce à l'oreille en voyant la salle se remplir comme un œuf de gens ma foi très en forme. Du genre "vas-y ça va chauffer héhé". Sur scène, les deux batteries (une grande en face d'un petite), les claviers, laptops, et guitares trahissent à leur tour une volonté assez évidente d'en découdre. Ça me rassure, j'enlève donc ma veste. 21h30 le groupe arrive et débute un set boosté aux amphètes qui me laissera euphorique dès le premier titre. Comme je vous le disais ce Québécois retord cache bien son jeu. Bidouilleur archi doué de studio, il transforme les rythmes soft et dancy de l'album en véritable pugilat hautement électro-rock une fois sur scène. Des titres assez planant comme Bows, qui ouvre le show, deviennent de redoutables machines disco. Le public n'économise d'ailleurs pas son énergie ce soir, ça gigote dans tous les coins et mon fantasme d'Odessa devient presque réalité (malheureusement les gens n'étaient pas tous beaux et sexy). Assez ironiquement, c'est le titre phare et tripé de l'album qui passera pour une moindre surprise dans ce show électrique. Raccourci et moins puissant que dans sa version studio, ce fut ma seule déception. Et puis en live comme en studio, les voix de Dan et de son bassiste Ryan Smith ne sont pas toujours à la hauteur des notes, mais peu importe. L'énergie envoyée ce soir par Caribou m'a largement convaincue de réécouter tout l'album (et les autres, superbe Andorra) avec une attention différente car l'animal est un orfèvre ultra doué qui mérite qu'on s'attarde plutôt deux fois qu'une sur Odessa.

Audio

Caribou - Found Out

Tracklist

Caribou - Swim (City Slang, 2010)
1. Odessa
2. Sun
3. Kaili
4. Found Out
5. Bowls
6. Leave House
7. Hannibal
8. Lalibela
9. Jamelia


Archie Bronson Outfit - Coconut

cocunutCommençons d'une manière très simpliste, que ceux qui ne connaissent pas Archie Bronson Outfit prennent bien soin d'éviter la page qui leur est dédiée sur Wikipédia... Groupe de Blues-rock, et puis quoi encore... Encore un qui a écrit sa définition en pensant fermement que Bob Dylan joue depuis toujours de la clarinette. Non en réalité ce trio barbu londonien, toujours activement recherché par les services psychiatriques d'interpol, roule sa bosse en marge des étiquettes. Si Derdang Dergang carillonnait vindicativement il y a quatre ans à notre porte, nos adorables chelous sont de retour, cette fois-ci armés de Coconut trempées dans l'acid.
Toujours signés sur le célèbre label qui livre également des pizzas, nos trois Archie se lâchent sur l'hallucinogène, ayant apparemment raflés ce qui se faisait de mieux en terme de petite pilules rose.  Et dans leur road-movie improbable, le combo aurait également kidnappé Tim Goldsworthy, éminent collaborateur du label DFA, à qui l'on doit d'ailleurs la production léchée du dernier LCD Soundsystem. Ne vous étonnez donc pas si Chunk ou Hoola vous rappellent le disco-punk bruitiste de The Rapture.
Non, mais très sérieusement, ces mecs doivent avoir un sérieux pet au casque. Pour s'en convaincre il suffit de visionner le DVD bonus (et ça c'est cadeau) compilant dix clips fait maison, et s'arrêter sur Wild Strawberries où nos Archie prennent un malin plaisir à jouer enrubannés de la tête au pied, comme de vieux chipsters qu'on retrouve au rayon grand brûlé de la plupart des hôpitaux. La dernière fois que j'ai pu assister à une telle performance, c'était à un concert de Klinik. Nous ne sommes plus vraiment dans le même registre.  Mais attention, on reste dans le domaine de la prouesse. Kick de batterie qui renvoie les Liars au bac à sable, rafales de guitare montant crescendo, nervous sur la sat', chant primal ponctué de « ouh-ouuuuuuuh » en background. Wild Strawberries est une explosion de psyché-garage comme on aimerait en  entendre plus souvent.
En outre cette nouvelle approche radicalement psychédélique est abordée dès l'ouverture de l'album. Magnetic Warrior et ses épanchements sur des effets fuzz, sa rythmique hypnotique, ses harmoniques orientalisantes, ne trompe pas. Quatre ans d'abus d'éther, un détour via un side-project  The Pyramids tout aussi barré et c'est le lâché de camisoles.
Retour d'ailleurs sur Hoola, titre dancey à tendance new-yorkaise de l'album. Hymne punk-funk pétillant où se croisent les influences de Gang of Four et The Wire. Plus que le morceau phare de ce Coconut,  la cadence frénétique des instruments, dont cette ligne de basse imparable parlent directement à nos vieilles baskets vintages qui s'animent et déglinguent le dancefloor. Où comment nos Anglais évadés de vol au-dessus d'un nid de coconuts écrasent James Murphy sur son propre terrain. Le pauvre s'étant du reste déjà fait mettre à l'amende par le dernier Juan MacClean. Ça risque d'être très dur pour le prochain LCD Soundsystem.
Et c'est toute la force de Coconut, passer du coq à l'âne,  des escalades trans-psyché d'un Harness à la post-folk électronica de Hunt you down.  Ce n'est pas pour rien que ce nouvel opus sortira donc en mars,  aussi appelé communément le mois des fous. Mais pour terminer, sachez qu'il est bien dommage qu'on ne note pas chez Hartzine car je lui aurais collé un 6 sur 5 sans problèmes. Déjà mon album de l'année, vous pouvez y aller les yeux fermés. Achetez-le, volez-le, offrez-le, mais écoutez-le !

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Archie Bronson Outfit - Magnetic Warrior

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Tracklist

Archie Bronson Outfit - Coconut (Domino, 2010)

1. Magnetic Warrior
2. Shark s Tooth
3. Hoola
4. Wild Strawberries
5. Chunk
6. You Have A Right To A Mountain Life
7. Bite It & Believe It
8. Hunt You Down
9. Harness (Bliss)
10. Run Gospel Singer


Caribou - Odessa

caribou1Tabernacle, on savait les Canadiens à moitiés cinglés, surtout du côté du Quebec, mais Caribou nous envoie une bonne dose hallucinatoire Lynchienne sur ce premier extrait d’un Swim qui devrait se révéler très convaincant. Odessa, ballade electro-pop lancinante, partagée entre flottements de nappes synthétiques et cris hystériques, se noie dans une toile brumeuse et floutée. Un environnement surnaturel qui laisse un arrière goût de machouillage de coton dans la bouche. Un petit côté opiacé qui colle parfaitement à l’atmosphère musicale décalé de la bête à corne. Planant mais pas soporifique.

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Four Tet – There Is love In You

four-tet-there-is-love-in-you1Il est de ces petits génies touchés par la grâce dont le talent vous rend immédiatement ivre de jalousie, tant il vous parait inconcevable d’être aussi incroyablement doué mais également aussi fabuleusement éclectique. Ce touche à tout de Kieran Hebdan a la sale manie de transformer tout ce qu’il touche en rêve et atteint des sphères que seul des mélomanes comme Herbie Hancock ou Miles Davis ont réussi à parcourir tout au long d’une carrière. Cet artiste polymorphe que l’on pensait retrouver avec un nouvel essai jazzy-hop, surprend son monde et persévère dans ce virage électronica-dub amorcé en 2009, grâce à une collaboration très remarqué avec Burial puis vérifiée lors de la réalisation d’un remix exceptionnel pour Anti-Pop Consortium.
Four Tet se sublime durant neuf tracks lancinants et sensuels déversant une émotion quasi palpable. Angel Echoes, en est peut-être l’exemple parfait. Le morceau tournoyant sur lui-même, s’axant sur une boucle qui semble tourbillonner à l’infinie, entrainant avec elle cette voix mélodieuse et élégiaque exprimant tout simplement : There is Love in you . Et que dire de Love Cry, ode à la lascivité reposant sur un kick dévastateur , dont la seconde partie chantée transforme le titre en hymne dancefloor. Des morceaux plus innocents (Circling, Reversing) apportent une touche aérienne et comatique à l’album, dont le sound-design particulièrement léché n’est pas sans rappeler les expériences de Lusine sur A certain Distance.
Le joyau de la couronne restant cependant Plastic People, qui de sa finesse extrême marque une certaine rupture avec l’ensemble du cinquième opus de Four Tet. Une cavalcade mid-tempo étrange, qui flirte avec le dubstep pluvieux du papa d’Untrue tout en conservant l’énergie de house britannique.
Kieran Hebdan construit avec cet album une nouvelle facette à son personnage phantasmagorique, toujours aussi touchante mais quelque peu plus gracile. Le premier disque de clubbing domestique à se passer en boucle, et en boucle, et en boucle…

akitrash

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Four Tet- This Unfolds

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Four Tet - Sing

Tracklist

Four Tet – There Is love In You (Domino, 2010)

1. Angel Echoes
2. Love Cry
3. Circling
4. Pablo's Heart
5. Sing
6. This Unfolds
7. Reversing
8. Plastic People
9. She Just Likes to Fight


Cass McCombs - Dreams Come True Girl (feat. Karen Black)

cassCass McCombs est un trentenaire discret. Discret, à tel point que son cinquième album, Catacombs (Domino Records), paru en milieu d'année dernière, m'est complètement passé au-dessus. Et ce n'est que récemment, en furetant du côté de fairtilizer, que je suis tombé sous le charme de Dreams Come True Girl où le songwritter américain partage le micro avec l'actrice Karen Black (Easy Rider). A la beauté évidente et magnétique, la vidéo qui l'accompagne, réalisée par Aaron Brown, n'est pas moins confondante, à quelques encablures près du magnifique Paranoïd Park (2007) de Gus Van Sant. Les hasards sont ce qu'ils sont, mais là, point de hasard : Girls, le groupe auréolé de mille couronnes l'an passé, n'hésite pas à reprendre ladite chanson, les jeans déchirés et les cheveux ébouriffés en plus.

Thibault

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These New Puritans - Hidden

puritains452covEn 2008 These New Puritans avait réussi à s’extraire d’une masse qui semblait vouloir ressembler à tout prix à Bloc Party ou Franz Ferdinand en dopant sa pop au valium et à la novocaïne, mis à part sur le strident Elvis. Une bande de gamins décharnés, sapés comme des gravures de modes, mais cultivant cette attitude détachée et impassible qui fait froid dans le dos.
Bien décidé à remettre le couvert cette année, Hidden déboule comme un mastodonte dans un placard à balais et file directement une impression de claustrophobie. L’ambiance est étouffante, on se sent piégé dans l’obscurité la plus totale, avec pour seule indication d’orientation le martèlement de la batterie qui agresse les oreilles comme le pilonnage d’un marteau-piqueur. Ajoutez à cela la folle emballée orchestrale : cuivres, bois, violons, tambours, chœurs… et Hidden ressemblerait presque à la chevauchée fantastique. Presque car encore une fois le rythme pêche et fait défaut aux jumeaux Barnett. Cette variante contemplative qui avait autant surpris qu’excité sur le single We Want War fini par soûler et endormir pire qu’une plaquette de Lexomil, la formule se répétant inlassablement sur les onze morceaux. Seul Three Thousand et son allure redondante réussit à éveiller l’intérêt. Et la production de Dave Cooley n’arrivera pas à sauver du naufrage ce navire qui s’enfonce douloureusement dans l’abyme. Dommage, on attendait beaucoup du quatuor anglais qui semblait naviguer entre post-rock hype et gotha-electro visionniaire. Mais bon, la rencontre d’un iceberg sans doute.

akitrash

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These New Puritains - Three Thousand

Tracklist

These New Puritans - Hidden (Domino, 2010)

01. Time Xone
02. We Want War
03. Three Thousand
04. Hologram
05. Attack Music
06. Fire-Power
07. Orion
08. Canticle
09. Drum Courts-Where Corals Lie
10. White Chords
11. 5


Animal Collective - Brother Sport

animalcollectiveVoyons grand, pensons intelligent, Animal Collective finira certainement ses vieux jours soit dans une cabane isolée à psalmodier des hymnes inaudibles à moitié à poil comme de hippies ayant avalés trop de LSD, soit à semer la panique en fauteuil roulant dans les couloirs délabrés d’un hospice de Brooklyn. Toujours accroché à Merriweather Post Pavillon alors que le pourtant sublime EP Fall Be Kind a atterri dans nos bacs depuis un moment déjà, la vidéo de l’entêtant Brother Sport débarque près d’un an après la sortie dudit album, et appose son style barré au code couleur primaire et bariolé. A déguster au rayon psyché de nature et découverte et à apprécier quand on a su garder son âme d’enfant.

et Patrice de rajouter :

3 bonnes raisons de regarder ce clip:

* le son d'Animal Collective
* des enfants sous psychotropes
* ...et...et... je vous laisse deviner

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