Coma Cinema - White Trash VHS

"My life has been a terrifying place to be lately.  This song is about the time I was almost murdered and every thing that happened because of that.  I probably shouldn’t let anyone hear it but fuck it". C'est en ces termes profonds et tragiques que le génial mais maudit Mat Cothran a décidé d'accompagner le dévoilement du premier extrait du quatrième album de son projet Coma Cinema (lire). Intitulé School Shouting, en référence à la tuerie de Colombine, le successeur attendu de Blue Suicide (lire) sera sans nul doute à l'image de ce White Trash VHS, brut, décharné, habité par une effroyable réalité mais le tout subtilement dissimulé sous des mélodies flamboyantes.

Audio

Coma Cinema - White Trash VHS (Drunk Version)


Coma Cinema - Abandoned Lands

"Ces morceaux ont tous été écrits et enregistrés rapidement, les imperfections n'ont pas été corrigées et les paroles sont le fruit de la spontanéité. Cet EP est donc bien différent de tout ce que j'ai pu faire jusqu'alors." Les mots sont ceux de Mat Cothran, dépositaire au stakhanovisme inspiré de l'entité Coma Cinema (lire). Et si l'on pressent le mot d'excuse de circonstance s'agissant d'Abandoned Lands, mise en ligne via bandcamp le 22 mai dernier - jour de son vingt-troisième anniversaire - celui-ci n'en demeure pas moins l'artefact pop par excellence, le point nodal d'univers mitoyens et indifférents les uns aux autres, étirant la palabre syncrétisme aux entournures des cinq morceaux que compte ledit EP. Délayant son ineffable sens de la composition dans l'épaisseur de ses connivences - de Warren Hildebrand de Foxes in Fiction au séquençage à Lance Smith de Pandit au mastering - et de ses influences - utilisant ça et là des samples de The Notwist, de Suicide ou de son amie Yohuna - le natif de Colombia accouche ici d'une maestria mutante, dardant ses lignes mélodiques d'empathie synthétique et d’allégeance witch haus. Entre chien et loup, Abandoned Lands louvoie ainsi sur les plates bandes les plus grégaires du moment sans jamais s'y fourvoyer. Si Road Side Memorial, magnétique entrée en matière, subjugue autant qu'elle surprend par ses artifices électroniques, l'armée de l'ombre ne s'insinue dans les arcanes du disque qu'en conclusion de Shy Water, professant jusqu'alors une luminosité contemplative, insidieusement brisées par de brèves syncopes drag. Doublées d'une voix fantomatique, créant le liant avec Burn a Church, l'ensemble dérive en plein cœur d'une nuit noire et inquiète, où le chant vampirisé, congédié, pousse au tressaillement. Les spectres prennent littéralement corps sur le morceau-tire Abandoned Lands, par l'entremise d'un chahut hanté, tandis que les paroles martèlent, de leur crudité narrative, une atmosphère confinée, irrespirable. Hymne rasséréné, Victims prononce l'oraison - fleurant bon les couronnes d'immortelles - d'un extended play que l'on espère porteur d'une suite à la hauteur du coup d'essai.

Audio

Tracklist

Coma Cinema - Abandoned Lands (Summer Time in Hell, 2011)

01. Road Side Memorial
02. Shy Water
03. Burn a Church
04. Abandoned Lands
05. Victims


Coma Cinema - L'interview

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C'est écrit en tout petit dans le bas du contrat : quand on décide de dédier tout ou partie de ses jours à la chronique musicale, on s'expose également à quelque déception. On accepte indirectement la possibilité de se voir couper dans son élan, de se voir refuser quelque requête qui nous tient à cœur ou d'attirer l'indifférence ou les critiques d'aucuns. Pire encore, à l'instar de Bill Pritchard qui, après son entretien avec son idole Françoise Hardy, avait indiqué au verso de l'album Parce que « If you get the chance, destroy your myths by meeting them », la rencontre virtuelle ou non avec l'artiste peut également détruire l'admiration qu'on lui vouait jusqu'alors. Heureusement, il y a aussi les entretiens qui nous surprennent ou qui nous enchantent tout simplement comme celui-ci. Ainsi, quelques semaines avant la sortie du très attendu Blue Suicide, Mat Cothran (Coma Cinema) répond aux questions d'Hartzine. Avec humilité et sincérité. Et plus rien ne sera jamais comme avant.

Coma Cinema l'interview

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Qui es-tu Mat Cothran ?
Who are you Mat Cothran?

Je suis un homme qui joue de la musique et qui chante des chansons.

I'm a human boy that plays instruments and sings songs

Quel a été ton parcours avant Coma Cinema ?
What did you do before Coma Cinema?

Je n'ai pratiquement aucun souvenir de ce que je faisais de mon temps libre avant le début de Coma Cinema. J'étais plutôt jeune (15 ans) donc avant cela je passais beaucoup de temps à écouter les CD de mes parents.

I have almost no recollection of what my free time consisted of before Coma Cinema started. I was pretty young (15) so before that I spent a lot of time listening to my parents CDs.

Quelle vision as-tu de cette profession ? Est-il possible d'en vivre selon toi plus facilement ou plus difficilement qu'avant ?
How do you perceive this profession? In your opinion, is it easier or harder to live on it than before?

En fait, je ne considère pas du tout la musique comme une profession. Jamais un enregistrement ne m'a rapporté d'argent, ce qui me convient parfaitement. Il était sans doute plus facile de vendre un disque avant l'accès gratuit à la musique sur le net, mais je préfère la gratuité. L'argent détruit l'esprit et tue les vraies valeurs de l'art.

Well I certainly don't see it as a profession. I've never earned any money from a recording, which is fine by me. I feel like you probably had a better chance to sell a record before the internet made music free, but I like free better. Money destroys the spirit and kills real value in something like art.

Pourquoi tes morceaux sont-ils si courts ? Est-ce une volonté de ta part ?
Why are your tracks so short? Did you do it on purpose?

Sur le premier album, si les morceaux sont si courts c'est parce que je ne savais pas encore comment étoffer musicalement une idée. Mais ils sont de plus en plus longs ! Sur le nouvel album, il y a une chanson de plus de quatre minutes, et j'apprends à être patient et à laisser traîner mes idées quelque temps pour mieux leur donner corps. Ceci dit, j'aime les chansons courtes, ce n'est jamais une bonne idée d'allonger une chanson lorsqu'une minute ou deux suffisent à véhiculer l'idée.

On the first record most of the tracks are so short because I still hadn't learn how to really flesh out an idea musically. They're getting progressively longer though. The new album has a song that's over four minutes, and I'm learning to be patient with my ideas and give them time to hang out awhile. I do love short songs though, it's never a good idea to lengthen a song if the idea is small enough to be conveyed in a minute or two.

Penses-tu à l'interprétation « live » lorsque tu crées une chanson ? Aimes-tu interpréter tes morceaux sur scène ?
When you create a song, do you think about how you're going to sing it on stage? Do you enjoy performing your songs?

Je ne pense pas à l'interprétation avant d'y être forcé. Je n'ai jamais eu de groupe très assidu et le va-et-vient incessant fait que je n'ai pas de base solide sur laquelle m'appuyer pour la scène. J'adore interpréter mes chansons devant des gens et il y a un côté de l'interprétation que je n'arriverai jamais à reproduire en studio. Nos concerts sont très énergiques et laissent beaucoup de place à l'improvisation, alors que les enregistrements sont un peu plus calmes et définitivement structurés.

I don't even consider performance until I have to. I've never had a very dedicated band and people are coming and going all the time so there's never a good foundation to build on for a performance. I do love to play the songs for people and I feel like there's a nature to that I'll never be able to replicate in a studio. There's a lot of energy in our shows and a lot of improvisation, while the recordings are a little more subdued and definitively structured.

Blue Suicide est plus « cohérent » que tes deux précédents albums : les morceaux s'imbriquent parfaitement les uns aux autres. C'est une volonté ? Si oui, pourquoi en avoir répandu son contenu sur le net au fur et à mesure ? ?
Blue Suicide seems more "consistent" than your two previous albums: the songs fit perfectly into each other. Is it a will? In that case, why have you spread its content little by little on the net?

Je pense que mon état mental était bien plus stable pour cet album que pour les deux premiers. J'ai essayé de faire attention à la manière dont les chansons s'écoulaient dans leur ensemble et de faire un truc qui ne s'affaisse pas en plein milieu comme c'est souvent le cas (même pour des albums que j'adore). Pour moi, répandre mes chansons sur le net au fur et à mesure était juste une façon amusante de permettre aux gens de les entendre. C'est chouette d'être en attente et c'est toujours cool d'écouter un single et de découvrir plus tard comment il s'intègre dans la représentation plus complète de l'album.

I feel like I was in a much more stable place mentally when I was making this record than I was making the first two. I tried to pay attention to how the songs flowed as a whole and make something that didn't get dull in the middle like so many records do (even records I'm really fond of). I think spreading it little by little is just a fun way to let people hear it. It's nice to have things to look forward to and it's always cool when you hear a record's singles and then later get to hear how they fit into the larger picture of the album.


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Her Sinking Sun est la meilleure chanson de 2010 pour moi... Comment l'as‑tu conçue ? Est-ce toujours le même schéma de composition pour les autres morceaux ?
According to me, "Her Sinking Sun" is the best song of the year 2010... How did you conceive of that song? Do you always use the same writing structure for all the songs?

C'est très gentil de ta part. Bizarrement, c'est la chanson que j'ai mis le moins de temps à enregistrer et elle a été entièrement conçue en plus ou moins une heure. J'ai essayé des loops et des samples et j'ai commencé à façonner le principal loop à partir d'un sample de ma voix. En fait, toute la chanson, mis à part la batterie et une ligne de synthé, est constituée de samples de voix. J'utilise un processus différent pour chaque chanson que j'enregistre. J'enregistre dans de nombreuses maisons et pièces différentes et mon organisation n'est pas toujours très cohérente.

That's incredibly kind of you. Oddly enough that song took the least amount of time to record and was kind of all conceived in an hour or so. I had been experimenting with loops and samples and started building the main loop from a sample of my voice. The entire song actually, outside of drums and a synthesizer line, is made up of vocal samples. Every song I record is different though in the process. I record in a lot of different houses and rooms where I live and my set up doesn't stay very consistent.

Quel est le fil conducteur de Blue Suicide ? Qu'est-ce qui t'a hanté, habité pendant toute sa conception ?
What is the main thread of Blue Suicide? What haunted you during its creation? What was your state of mind?

C'est un genre de commentaire sur l'état des choses, je pense. Le premier morceau, Business as Usual, expose en quelque sorte toute la problématique liée aux aspects foireux de l'art et de l'humanité. J'ai l'impression que les gens évoluent avec toute cette souffrance intérieure sans savoir qu'en faire et une bonne partie de l'album parle de cela. Aussi austère que cela puisse paraître, c'est pourtant l'album le plus gai que j'ai enregistré. Il y a aussi des chansons joyeuses.

Le dernier album Stoned Alone était beaucoup plus thématique ; la plupart, voire toutes les chansons se rapportaient à la même situation et aux mêmes personnes dans ma vie. Par contre, cet album englobe toutes les différentes choses que je vois ou que je ressens. Je suis beaucoup plus sobre et réceptif maintenant que je ne l'ai été, ce qui fait que j'écris moins sur moi et plus sur les autres personnes et sur d'autres sortes d'expériences.

It's sort of a commentary on the state of things I think. The first track "Business as Usual" kind of lays out this whole scenario of how fucked up things are in art and humanity. I feel like people are walking around with all this internalized suffering and don't know what to do with it and a lot of it is about that. As bleak as that kind of sounds though it's by far the most upbeat thing I've done. There are happy songs in there too.

The last record Stoned Alone was much more thematic, with most if not all of the songs being about the same situation and the same people in my life, but this record is more encompassing of the different things I see or feel I guess. I was and am much more sober and aware now then I have been so my focus shifted from myself a lot to writing about other people and other kinds of experiences.

Comment as-tu enregistré Blue Suicide ?
How did you record Blue Suicide?

Par miracle, je pense. Cela fait des années que mon matériel rend l'âme à petit feu mais cette année il commençait vraiment à tomber en ruine. L'album a été entièrement enregistré à l'aide de deux micros SM 57 reliés à mon enregistreur numérique. Je m'y retrouve assez bien dans tout mon bordel. J'utilise le même matériel depuis presque cinq ans mais je ne pourrai probablement pas l'utiliser pour un autre album, il est trop naze.

By some kind of miracle I think. All my equipment has been dying for years but this year it really started to give up the ghost. The record was entirely recorded using two SM 57 microphones into my digital recording machine. I feel like I know my way around my shitty equipment pretty well by this point. I've been using the same gear for five years nearly, but I probably won't be able to make another record with this set up, it's just too fried.

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De quoi parle Desolation's Plan ?
What is Desolation's Plan about?

Ça parle de faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter le besoin constant que l'on a de baisser les bras. J'ai l'impression que la fainéantise et l'ennui sont naturels chez l'être humain. Il faut faire beaucoup d'efforts pour être heureux, ça n'arrive pas comme ça ! Je ne sais pas si on est prédestinés à avoir une bonne vie. Pour moi, il n'y a rien de bon si on ne le crée pas soi-même.

To me it's about doing whatever possible to avoid the constant need to give up and just not try anymore. I feel like laziness and boredom is the natural state of being human. You have to try really hard to be happy, it doesn't just happen. I don't know if we're meant to have good lives. I don't feel like anything good comes without creating it yourself.

Tu es très prolifique... Comment trouves-tu les inspirations pour Coma Cinema et tes autres projets ?
You're very prolific... How do you find all the inspirations for Coma Cinema and your other projects?

Sans vouloir tomber dans le mélodramatique, si je ne remplissais pas mon temps avec tous ces projets, chansons et choses, je ne sais pas ce que je ferais, mais probablement des trucs hallucinogènes jusqu'à ce que mon cerveau fonde et sorte de mes oreilles. Rester occupé m'aide à rester vivant.

Hopefully this won't sound too melodramatic but I if I didn't fill up my time with all these projects and songs and things I don't know what I'd do and probably would do some kind of hallucinogenic until my brain leaked out of my ears. Staying busy helps me stay alive.

Parle-nous un peu de Teen Porn...
Can you tell us a bit about Teen Porn...

Haha ! Au début, Rachel Levy (de Kiss Kiss Fantastic) et moi voulions juste nous marrer en écrivant des chansons qui foutent les jetons, mais quand j'ai entendu ce qu'elle parvenait à faire avec la musique que je créais, j'ai vraiment été touché. On a beaucoup bossé sur l'album de Teen Porn. On a essayé de créer la musique la plus maléfique possible. J'aime beaucoup la musique sombre, le black metal et tous les trucs de maison hantée qui vont avec, et sa voix est si parfaite dans presque tous les registres, elle a un sacré talent.

Haha! It just started as a way for me and Rachel Levy (of Kiss Kiss Fantastic) to fuck around and make some creepy songs but when I heard what she was doing with the music I was building it really affected me and we've been working really hard on the Teen Porn album, just trying to make the most evil music we can. I'm really into a lot of dark styles of music, black metal and the whole haunted house thing that's been going on, and her voice is so perfect for almost anything, she's incredibly talented.

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As-tu d'autres side-projects de la sorte ?
Are you implied in other side-projects of the same kind?

J'essaye d'aider les groupes de mes amis dès que je peux. Pour le moment, je bosse sur une chanson avec Pandit du Texas et Blackbird Blackbird de Californie. C'est assez génial.

I try to help out my friend's bands whenever I can. I'm currently working on a song with Pandit from texas and Blackbird Blackbird from California that's pretty rad.

Pourquoi avoir créé ton blog-label, Summertime in Hell ? Une initiative « entre amis » ? Tu l'imagines sur la durée ?
Why did you create your blog-label Summertime in Hell? Is it an initiative you took "among friends"? Do you think it will last?

C'est une initiative que j'ai prise pour filer un coup de main aux musiciens auxquels je tiens. Ça a été un succès, à ma grande surprise, mais ce n'est pas vraiment une entreprise sérieuse. Je pense que tant qu'il y aura de la musique à faire connaître, le label continuera d'exister, et je ne vois pas cet aspect de ma vie disparaître. J'aimerais mieux l'exploiter (vinyles, etc.) mais je n'ai tout simplement pas assez d'argent pour le faire. Mais peut-être un jour, qui sait ?

It was definitely an initiative that I took to help out the music of people I care about. It's been surprisingly successful but it's not a serious business venture or anything. I think it's going to last as long as there is music to give away and I don't see that aspect of my life going anywhere. I'd like to do more with it (vinyl etc) but there's just no money to do those types of things. Maybe someday though!

Comment vois-tu ton avenir, Mat ?
How do you see your future, Mat?

Avec un optimisme prudent et cynique.

With cautious, cynical optimism.

Retrouvez la chronique de Blue Suicide en cliquant par .

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Coma Cinema - Blue Suicide

Une ombre oblongue et mouvante se projette sur le quai vide du métro. Une lumière jaunâtre, distillée par un aréopage de néons décatis, l'invite à la danse mutine, aguichant mon regard d'une profusion de courbes insensées. Il est tard. Le froid sec engonce la nuit d'un silence crépitant au rythme de machines automatisées quand l'immense souffle de l'humanité se tarit et se fige dans un immobilisme forcené. Je suis seul, mise à part cette silhouette sans sujet, trouble reflet d'une âme endolorie et cabossée, la mienne, renâclant l'absente au parfum pénétrant. Mes rétines ne pouvant s'y soustraire, ses circonvolutions noctambules subjuguent l'affliction lascive s'éprenant de mes yeux embués, en surimpression d'un visage balayé de douceur. Quelques mots d'adieu sonnant telle une fébrile redondance. La trouble inconséquence de n'être que soi, emmitouflé d'un doute à l'épaisseur saumâtre. A deux doigts du sentiment délétère. Mais il y a une beauté au spleen que la plus tourbe des mélancolies n'est en mesure d'effeuiller. L'immixtion d'un sourire esquissé et d'une ecchymose encore violacée, l'évidence du vide et de ses fastueuses possibilités. Une empathie pour la galère contemplative, auréolée d'une musique atemporelle. Un ami est là. Mat me tape sur l'épaule et m'emmène en balade. J'écrase ma joue contre la vitre du wagon. La station désertique s'éloigne et rapetisse à vue d'œil. Je me laisse faire, béatement désemparé, entre ombre et lumière, sévices du cœur et bourrade amicale. Le casque audio intimement chevillé aux oreilles. Blue Suicide.

Presque plus d'un an que la rengaine tourne à plein. Et pourtant l'hyperactivité ou la surexposition peuvent parfois coûter cher. Le talent, l'inspiration, la sincérité. Une sainte trinité artistique en péril sous les coup de boutoir de la toile omnisciente. Pas une semaine ne s'écoule sans que le prodige lo-fi, Mat Cothran, et son one man band, Coma Cinema, fassent feu de tout bois. Arnaché à une blogosphère qu'il tarabuste lui-même depuis son label-blog Summertime In Hell - hébergeant entre autres Kiss Kiss Fantastic de son amie Rachel Levy (lire) ou encore le duo shoegaze Ghost Animal (lire) - Mat Cothran excelle d'une productivité sans égale - son dernier album, Stoned Alone (lire), n'ayant pas six mois et depuis lors émietté à satiété en vidéo (Blissed, In Lieu of Flowers, Only, Sucker Punch) - quand il ne butine pas ailleurs, seul, comme par ici avec l'inédit At Night The Sun Comes Out, ou accompagné, trouvant refuge avec Rachel Levy sur Amdiscs pour leur projet commun, Teen Porn (lire). Que dire encore de sa façon toute particulière de dépecer Blue Suicide, à paraître en janvier en cassette et vinyle, respectivement via Wonder Beard Tapes et Fork and Spoon Records, histoire de remercier tour à tour ses amis de l'internationale blogueuse, offrant un voire deux morceaux dudit album. On pense à feu Delicious Scopitone avec Caroline, Please Kill Me et Tour All Winter, à Life Aquatic avec Desolation's Plan, ou encore récemment à Head Underwater avec Eva Angelina. Faut-il ne pas ainsi craindre d'éventer la haute teneur en émotion de ces instantanés pop, tout en ne se fourvoyant pas une agitation intempestive pouvant lasser, voir heurter l'attention du tout un chacun ? Mais non, définitivement non, rien n'y fait. L'homme, à l'image de sa musique, se fait attachant, pire même, obsédant. Véritable incarnation satanique pour l'industrie musicale, n'attendant rien d'autre qu'un succès d'estime comme rétribution palpable de ses albums, Mat Cothran est considéré à juste titre par ses pairs tel un génie de l'indie-pop contemporaine, un héros musical. Que ce soit Michael Avishay ou Rachel Levy qui nous l'affirment. Et ce n'est pas Blue Suicide et sa pochette canine qui donneront de quoi battre en brèche une telle aura. Bien au contraire.

Dès la première écoute, on devine que la visée est toute autre que les deux précédents, Baby Prayers et Stoned Alone. Si la résonance lo-fi reste intacte, les moyens n'étouffant pas une production minimaliste mais juste, le format change : les morceaux sont parfois plus longs et étoffés quand la cohérence globale de l'album est soignée, chaque titre se trouvant à sa bonne place. Comment, en effet, ne pas s'enticher des merveilleuses jointures entre Greater Vultures et Lindsey ou Crystal Ball Broken et Gentlewoman sans s'apercevoir de la hauteur du palier franchi en une seule enjambée ? Mat Cothran nous extirpe de ses recueils d'idées brutes et balancées à la volée, sorte de carrières entre ciel et terre scintillant de diamants non polis auxquelles il nous avait habitués sans trop nous forcer la main, afin de nous convier dans l'ambiance feutrée et intimiste d'une joaillerie pop ne sacrifiant aucunement l'efficacité des compositions sur l'autel d'arguties d'orfèvre. Business As Usual imprime d'entrée le ton, par son dualisme en clair-obscur, d'un Blue Suicide aux climats ouatés, balayés de saillies affûtées et dispensant de profondes thématiques (les faiblesses humaines et artistiques, la souffrance intérieure...) sous un vernis feignant l'enjouement. On navigue dès lors au firmament d'une inspiration débordante et renversante, jonglant sans trop d'artifices entre comptines à la beauté gracieuse et évanescente (Hell, Desolation's Plan, Wondering, Wrecker), ritournelles échevelées (Lindsey, Caroline, Please Kill Me, Whatevering) et délicates mélopées aux entournures instrumentées saisissantes (Greater Vultures, Her Sinking Sun, Eva Angelina, Blue Suicide). Et si ces dernières subjuguent par leur classicisme magnifié, d'autres, telle la conclusive Tour All Winter, invite à un ailleurs plus éthéré et synthétique, sur les rivages d'une dream-pop panoramique, suspendue aux divagations d'une guitare luminescente. Lorsque l'on sait en sous-main qu'une suite - au-delà de fantasmagories juvéniles assouvies (lire) - s'écrira presqu'en suivant du côté d'Amdiscs, on a tôt fait de replonger dans sa torpeur maladive. Le bon Mat rôde, prêt à nous sortir du guet.

Retrouvez l'interview de Mat Cothran par ici même.

Audio

Coma Cinema - Caroline, please kill me
Coma Cinema - Eva Angelina
Coma Cinema - Her Sinking Sun (Teen Porn Remix)

Vidéos

Tracklist

Coma Cinema (2010, Wonder Beard Tapes (tapes), Fork and Spoon Records (vinyl), Summertime In Hell)

1. Business As Usual
2. Hell
3. Greater Vultures
4. Lindsey
5. Desolation’s Plan
6. Caroline, Please Kill Me
7. Wondering
8. Her Sinking Sun
9. Crystal Ball Broken
10. Gentlewoman
11. Whatevering
12. Eva Angelina
13. Wrecker
14. Blue Suicide
15. Tour All Winter


Teen Porn / Coma Cinema - Split vinyle

teen-pron-coma-cinema-split-2Teen Porn est excitant... mais probablement pas pour ceux qui en scrutent la sortie chaque jour... ça pourrait avoir un effet débandant. C'est en ces termes que Rado d'Amdiscs époussetait par ici ce qui ne constituait plus un secret pour personne dans le landerneau pop. Teen Porn ou le bonheur des moteurs de recherche. Teen Porn ou Mat Cothran (Coma Cinema) et Rachel Levy (Kiss Kiss Fantastic). Teen Porn ou la vision d'une pop expérimentale, éthérée, sombre et organique, produite à quatre mains par deux amis d'enfance ayant à cœur de donner corps aux angoisses de la nuit. En somme, l'envers d'un décorum californien nimbé de soleil et tapi de sable fin, tel que l'insinuaient Toro Y Moi ou Washed Out, fers de lance d'une chillwave estivale percluse d'opiacée. Living End et Loose Fur, digitalement dévoilés en septembre dernier par , susurrent le bruissement des corps, l'atermoiement des esprits vagabonds, insaisissables par la pensée. La voix de Rachel tourbillonne d'échos, se lovant dans les interstices d'arrangements à la viscosité marécageuse. Un traversée cahoteuse, aux entournures d'une witch haus chloroformée, brutalement enchantée par Wondering et Greater Vultures de Coma Cinema, occupant une face B en forme de savoureuse mise en bouche de l'un des chefs d'œuvre attendus pour ce début d'année 2011. Une folk pas si bancale matinée d'une lo-fi pas si débraillée, pour un talent toujours plus rasséréné, conscient de sa justesse. C'est dire la grande mansuétude artistique d'un Mat Cothran qui, après Baby Prayers et Stone Alone (lire), tous deux disponibles en téléchargement plus que légal, s'apprête à en faire de même en janvier prochain avec le mirifique Blue Suicide.

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Premier d'une aventure, que l'on espère longue et depuis poursuivi avec le LP des Young Adults, le split vinyle de Teen Porn / Coma Cinema, est à soutirer par ici aux trublions d'Amdiscs. Winter, nouveau 7" de Teen Porn, aux sonorités drapées d'une fantasmagorie oppressante, le stupre d'une orgie caverneuse, se dévoile crûment à nos yeux par . S'agissant de nos esgourdes, suivez ce lien.

Retrouvez l'interview de Rachel Levy et la vidéo de Wilder par ici.

Audio

Teen Porn - Loose Fur
Coma Cinena - Wondering

Tracklist

Teen Porn / Coma Cinema - 7" split (Amdiscs, 2010)

Side A - Teen Porn

01. Living End
02. Loose Fur

Side B - Coma Cinema

01. Wondering
02. Greater Vultures


Coma Cinema - Stoned Alone

comacinemaBienvenue à Colombia, Caroline du Nord. Huit cents âmes s'amusant délectablement des vaguelettes d'un Océan Atlantique à l'écume argentée. Le soleil irradie de son zénith les rues désertes, bordées de chaque côté de maisons blanches aux jardins soignés et aux auvents ombrageux. Les minutes sont suspendues à un silence déchiré d'éparses rafales venteuses. Pas un bruit. Ou si peut-être, un beat sourd émane d'un garage non loin de là. Chaz Bundick boucle une version lo-fi de son projet Toro y Moi. Lui qui s'est fait connaître pour être l'un des fers de lance d'une chillwave envahissant blogs et playlists. Le vacarme s'amplifie pourtant. Quelques boîtes aux lettres plus loin, c'est Tyler et son groupe Phillip Oskar Augustine qui cisaillent de quelques déflagrations vaporeuses la paisible atonie d'un bled sans histoire. Le sable fin est au bout de l'allée. Entre effluves sonores bienheureuses et tendre jubilation estivale, une chaise longue, négligemment disposée sur la plage carte postale, s'offre à l'empire des sens dévoyés. Se prélasser en attendant le sommeil, puis cette chère Bud au goût lavasse mais agréablement fraîche. Demain, il sera peut-être question de partir, de remonter en voiture, de gagner New-York. Demain, ou après. Les paupières s'affaissent, la bouche s'assèche. Une guitare anémique s'invite au bal d'une houle tourneboulant au loin. Ondulant placidement au rythme effacé d'une mer sans colère, un jeune type à la chevelure ébouriffée s'épanche dessus avec cette agilité propre aux vieux briscards à la peau burinée. C'est Mat Cothran. Il a vingt-et-un ans et s'apprête à sortir début juillet son second disque, Stoned Alone, sur Arcade Sound Ltd, label altruiste et raffiné (Bye Bye Blackbird, Memoryhouse, MillionYoungTeen Daze). Celui-ci, comme son premier, Baby Prayers, paru l'année passée, sont disponibles en téléchargement ici en vous laissant le choix de l'obole. S'approcher et écouter, sans feindre le ravissement.
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Sous le patronyme cotonneux de Coma Cinema, l'angelot revisite le son lo-fi cher aux nineties muni d'une évidence mélodique impitoyablement épurée. L'édifice gracile de ses compositions se pare d'instruments à mille lieux de la crasse du genre (trompette, piano, tambourin) sans jamais risquer le chevauchement ou le télescopage indigeste. Projet à géométrie variable, Coma Cinema connaît un géniteur unique mais une foultitude de praticiens, contribuant à déployer les diverses facettes d'une identité ancrée dans une pop condensée d'ultraviolet. On devine le coeur tendre s'épanchant dans la chaleur de l'été (In Lieu Of Flowers, Only) ou au coin d'une braise mal éteinte (Have You?), on perçoit l'amateur foutraque d'une joie paisible et diffuse (Black Birthday CakeBath Of TimeCome On Apathy!) ou encore le fervent dévot d'un Elliot Smith à l'aura plus qu'intacte (Stupid BloodBath Of Time, Tall Grass). Dispensant tour à tour d'un spleen lové autour d'une voix bien peu commune (Stoned Alone) ou d'une éloquence martelée sous le signe des reformés Pavement ou Sebadoh (Sucker Punch), Mat Cothran épèle sur ses formats courts, oscillant entre une minute et deux minutes trente, l'orthographe luminescente d'un disque plus cohérent et solitaire que le précédent mais non moins évocateur d'une effarante atemporalité. Et comme toute galaxie, la sienne ne cesse de s'étendre, par-delà la blogosphère et par-delà les étiquettes sans queue ni tête. Pour preuve, les quelques remixes subis avec superbe par quelques-uns de ses morceaux, et non des moindres - l'ondoyant Only, ci-dessous en écoute. Le séjour à Colombia risque de s'éterniser. New-York peut attendre.

Audio

Coma Cinema - Sucker Punch
Coma Cinema - Only (Gobble Gobble remix)

Vidéo

Tracklist

Coma Cinema - Stoned Alone (2010, Arcade Sound Ltd)

(à télécharger ici)

Face A

A1. In Lieu Of Flowers
A2. Black Birthday Cake
A3. Stupid Blood
A4. Only
A5. Sucker Punch
A6. Stoned Alone

Face B

B1. Her Vore
B2. Bath Of Time
B3. Tall Grass
B4. Come On Apathy!
B5. She
B6. Blissed
B7. Have You?