Pop Montreal (29 septembre-3 octobre) par Adrien Durand

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Parfois la vie n'est pas une chienne. La preuve, on m'a proposé fin septembre de m'inviter au Canada pour le festival Pop Montreal avec d'autres professionnels de la musique (américains et européens). Une super aubaine pour voir plein de bons concerts dans un cadre assez fou. Pour avoir été bénévole il y a quelques années pour ce festival, je me rappelais d'un gigantesque bordel, des concerts dans tous les sens, dans tous les styles, des oldies sortis de nulle part côtoyant les hyperies du moment et un public super ouvert et ayant très envie de faire la fête.

Jour 1

Première mission : récupérer mon accréditation, dans un grand bâtiment qui fait un peu maison hantée rénovée. Comme souvent en Amérique du nord les sponsors sont partout et ça ne choque pas grand monde. Pour l'ouverture du festival, l'équipe a prévu une fête au Rialto, un théâtre très beau et baroque converti en salle de concert. Open bar de rigueur et pour entamer les hostilités un groupe local, GOBBLE GOBBLE, sorte de Postal Service plus crado et hippie joué par quatre mecs déguisés avec des pelles à neige. Ça ne casse pas trois pattes à un canard mais il y a un tube plutôt pas mal.

Je me dirige ensuite vers la Sala Rossa, une de mes salles préférées à Montreal. Ambiance sud-américaine garantie, et à l'intérieur une belle salle avec du parquet et un rideau rouge. Le premier groupe qui joue ce soir est Tu Fawning, le side-project de Joe Haege, le chanteur guitariste de 31 Knots et d'un musicien de Meno Mena si je ne m'abuse. Le quatuor mixte (deux filles, deux garçons) vient de sortir un disque chez City Slang. Le résultat est plutôt cool, sorte de mix entre Dirty Projectors, 31 Knots forcément dès que Joe prend la guitare et des influences plus baroques et bancales (les rythmiques tribales, les cuivres). Une bonne découverte. Le groupe très attendu ce soir c'est SUCKERS, nouvelle signature French Kiss (le label de Les Savy Fav). Et là, une première déception. Certes le groupe sait ce qu'il fait et où il va mais peut-être de manière trop calculée. On a l'impression que ces quatre trentenaires jouent leur dernière carte d'indie rockers en amalgamant tout ce qui plaît à Pitchfork aujourd'hui (Vampire Weekend, Wolf Parade et Passion Pit pour faire danser les filles). Il y a de bonnes chansons mais le frontman en fait des caisses, un peu lassant. La pochette de leur album est ceci dit ornée d'un magnifique babouin (cf photo ci-dessous).

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On file du coup voir une des curiosités du festival. Mahalai Rai Band, orchestre gypsy roumain qui joue dans une salle des fêtes. Et là, rien à voir. Grosse ambiance. Dix ou douze musiciens sur scène qui envoient la purée klezmer pour un public en furie. Le contraste avec l'indie rock guindé qu'on vient de quitter est frappant, je réalise combien on est mieux ici que dans une salle blindée de hipsters.

Tous les soirs, une salle un peu plus excentrée accueille les "parties pour les couche-tard", traduire, le premier groupe joue à 00h00 et le dernier démarre vers 2h-2h30 du matin. La salle est plutôt chouette, sorte de grand warehouse avec déco de néons plutôt réussie. Et là première constatation : ça pue. Car l'autre grande passion des nords-américains c'est bien sûr la bouffe et l'arrière salle est dotée d'un stand de tacos assez écoeurant mais qui semble pourtant rendre les festivaliers fous d'amour. Le premier groupe à jouer ce soir est Electric Electric qui entame ici une petite tournée américaine. Pour être très honnête je ne suis pas emballé plus que ça par les trois Français. Ça joue très bien certes, mais l'influence de Battles est trop palpable. Je sens encore une fois que l'exécution est très (trop sage) et leur noise rock dansant manque de personnalité. Malgré tout les gens semblent apprécier et l'accueil est plutôt cool.

Jour 2

p1030007En marge du festival sont organisées de nombreuses conférences et symposium autour de questions assez variées. Je passe à une première consacrée au publishing (vendre des chansons pour, au choix, des films, séries télé ou jeux vidéo). C'est clairement la nouvelle manne pour les musiciens indés ici (comme en France d'ailleurs, mais ici sans aucune sorte de scrupules). Je passe dans la salle de derrière où plusieurs managers discutent de leur travail et de leurs relations avec les artistes qu'ils représentent. La session questions/réponses est plutôt instructive.

On retourne ensuite au Rialto pour le showcase d'un label montréalais très en vue. Arbatus Records est décrit par les gens du festival comme un nouveau Constellation, partageant avec leurs aînés un sens communautaire très développé. Le premier groupe que je vois est Blue Hawaï, duo garçon-fille plutôt cool. Très dans l'air du temps entre électronica concassée, vocalises féminines hauts perchées et ambiance chill. Le duo est encore jeune mais ils tiennent quelque chose d'intrigant et d'efficace avec une vraie présence scénique. Le groupe qui monte ensuite sur scène s'appelle Pop Winds, un peu dans le même esprit, éthéré et planant. Grosse grosse influence Animal Collective parfois un peu trop présente. Mais le trio est doté d'un saxophone branché dans le fameux delay/écho que tu entends dans 99% des groupes actuels ce qui leur donne une petite touche originale, plutôt rafraîchissante.

Sur les conseils de quelqu'un du festival on part dans un bar/mini-club voir un groupe de Philadelphie : Pink Skull. Là, mon attention n'est retenue que quelques secondes. Dance rock pataud et entendu mille fois, sous-!!! et vague référence à Liquid Liquid quand le chanteur joue (mal) des percussions.

Le groupe qui monte ensuite sur scène est managé par un ami (toujours difficile d'être objectif dans ces cas-là). Il s'agit de Bonjay, duo originaire de Toronto. Un homme aux machines, une fille qui chante. Les morceaux sont un beau crosser hétéroclite : dancehall, pop, électro, hip hop mais le tout avec une finesse et une classe assez folle. Un peu comme si Grace Jones chantait chez The Knife ou quelque chose d'approchant. Si on ajoute une belle aisance scénique malgré les conditions de son assez bof et quelques bugs techniques, ça promet de belles choses !

On file ensuite à l'espace pour "les couche-tard" voir un groupe que j'adore et que j'ai vu déjà quelques fois. Holy Fuck, encore des Canadiens, est largement à la hauteur de mes espérances. Batterie énorme (un ancien de chez Enon), basse parfaite, présence folle des énergumènes aux machines, et un public qui danse (oui qui danse). Parfait pour finir la soirée en beauté.

Jour 3

Après m'être acquitté de mes obligations professionnelles (en l'occurrence un business blind date avec des professionnels canadiens et une table ronde sur les festivals, pas mal surréaliste au final), on se dirige vers la grosse soirée mainstream du festival, soit la venue des énormes (là-bas comme ici) XX. Ils se produisent dans une sorte de Palais des Congrès, un peu glauque et froid, en configuration assise. Zola Jesus entame la soirée. Et je dois avouer que je suis conquis assez rapidement. Le côté pop gothique avec des tics métal assumés fonctionne parfaitement. Et la frontwoman assure malgré la taille de la scène et le fait que les gens ne sont pas venus pour elle. Finalement le buzz est assez justifié. Ça me fait penser à une version hi-fi de Kate Bush et avec sa longue crinière elle m'évoque Emmylou Harris (pour qui j'ai un énorme respect).

Le groupe qui suit est 100% féminin. Warpaint, signé chez Rough Trade, semble plus attendu vu les cris du public. Musicalement on navigue entre pop 80's, shoegaze et une pincée de new wave. Un titre se détache vraiment du lot (Elephants) avec sa petite touche Cat Power/Blonde Redhead. Je file à la fin de leur set, The XX n'étant définitivement pas ma tasse de thé.

p10209801Le gros évènement de la soirée (pour moi en tous cas) c'est la venue des Swans de Michael Gira qui viennent de sortir un incroyable disque (l'excellent Joseph Ghosn résume bien la situation ici, tout comme Aki par ). Le concert a lieu au National, un ancien théâtre converti en salle de concert à l'entrée du quartier gay. Le cadre idéal pour voir ce retour tant attendu. Quand le groupe monte sur scène, je repense étrangement tout de suite à la claque que m'avait infligée Grinderman. Mêmes mines patibulaires et surtout un niveau sonore qui frise le terrorisme et rend l'intro du concert vraiment impressionnante. Entre plages instrumentales malsaines, coups de poings percussifs et brûlots noise rock j'assiste à un vrai concert passionnant et habité. Michael Gira tient sa troupe d'une main de fer, comme un chef d'orchestre vaudou et lance des regards noirs au public qui semble pétrifié sur place. Il demande d'éteindre la climatisation dans la salle pour que le public sue... un sacré moment.

Du coup, que voir après... c'est un peu le souci... On retourne à la Sala Rossa pour voir Naomi Shelton and The Gospel Queens. C'est un peu la spécialité du festival d'inviter des artistes hors format, ici en l'occurrence une chanteuse soul des 60's. C'est plutôt chouette, avec un vrai backing band à l'ancienne et des choristes qui font le boulot. Bon ceci dit, après l'étuve des Swans, ça passe moyennement forcément.

On part pour le dernier concert de la soirée avec les très attendus Les Savy Fav. Que dire de plus sur ce groupe qui n'ait déjà été dit ? Les Savy Fav a été pour moi un des meilleurs groupes de sa génération, un bel ovni arty post-punk et qui surtout a bâti sa légende grâce à ses performances scéniques folles et son leader Tim Harrington (voix éraillée, déguisements divers et variés, voyages prolongés dans, sur et sous le public). Le concert de ce soir est aussi fun qu'un concert de rock devrait toujours l'être, le public se jette dans tous les sens et c'est vraiment un bon moment. Ils viennent de sortir un nouveau disque qui comme le précédent donne l'impression d'une version fadasse de ce qu'était le groupe à son apogée, mais en live, toujours une tuerie !

Jour 4

Après toutes ces décibels, une petite soirée indie pop s'impose. On se dirige donc vers la Fédération ukrainienne, belle église où j'avais vu il y a quelques années Patti Smith accompagnée de Silver Mount Zion. Le premier groupe qui joue est pas mal sans plus, Valleys, pop shoegaze encore une fois... mouais... Le groupe suivant m'avait été recommandé par une femme de goût, La Fraîcheur (DJ fraîchement installée à Montreal). C'est donc Braids, groupe mixte vraiment chouette. Très jeunes encore une fois (la vingtaine à peine) ce qui en dit long sur le niveau des groupes locaux. On pense forcément un peu à Dirty Projectors, mais il y a une vraie originalité, des rythmiques vraiment bien fichues, des strates électroniques et des guitares pop, des vocalises à quatre et des vrais gimmicks de songwriting posés sur des structures flottantes. Une belle découverte.

p1030005La tête d'affiche monte ensuite sur scène et je suis très heureux car c'est XIU XIU, un groupe que j'adore. Les deux acolytes installent tranquillement leur matériel.  Un clavier, une guitare, et surtout deux kits de percussions avec des gongs qui retentiront violemment durant le set. Le groupe revisite ses classiques et son dernier album Dear God I Hate Myself, versant parfois dans des sonorités 8-bits (un morceau est même entamé à l'aide d'une Game Boy). Le duo conjugue classe, émotion et une intensité assez folle. Je suis soufflé.

On part ensuite au Belmont, boîte de nuit typiquement nord-américaine, sans charme aucun. On arrive à temps pour voir Mount Kimbie que j'avais très envie de voir. Mon ami Guillaume (de l'excellent blog masalacism) résume bien la situation : "J'en ai marre de ce son UK garage dubstep". C'est un peu dur car le groupe s'ouvre sur pas mal de spectres musicaux mais bon, très honnêtement, la sauce live ne prend pas. Ils annoncent que c'est le dernier concert de leur tournée nord-américaine, ils sont peut-être un peu fatigués. On leur donnera une autre chance une prochaine fois.

On monte au 1er étage du building adjacent et l'ambiance est beaucoup plus chaude. Le Lambi, ancien club échangiste tenu par une famille haïtienne, accueille toutes sortes de shows. Ce soir, le groupe qui joue m'est inconnu mais c'est encore une fois une bonne découverte. Le Budos Band vient de NYC et se compose de gros barbus échappés du fan club de Tolkien, sauf que surprise nos métalleux jouent un afro beat riche en infra basses. J'ai l'impression de voir Black Sabbath qui reprend les Ethiopiques, et comme ce sont deux choses que j'apprécie beaucoup, je m'y retrouve complètement. Cuivres chauds comme la braise, grosse section rythmique et guitares bien tricky, le tout rehaussé d'une attitude scénique rock'n roll motherfucker. Un très bon moment.

On repart vers notre QG habituel de fin de soirée pour voir Deerhoof. Ils sont en pleine phase de finalisation de leur nouvel album et même si le son n'est pas top je suis très content d'entendre quelques nouvelles pièces. On sent que le nouveau disque sera plus pop dans les mélodies mais toujours avec ces structures tortueuses et cette batterie folle qui ont fait leur légende. Greg Saunier prend le micro et s'essaie au français, ce qui désarçonne le public à 80% anglophone. Mais c'est bien tenté. En tous cas ce groupe reste un modèle d'évolution et de renouvellement et dégage un tel plaisir de jouer sur scène que ça ne peut être que contagieux pour le public !

Jour 5

Bonne idée de finir sur un dimanche en mode relax. L'après-midi on se rend au Pick Up, diner végétarien repris par une des membres des Lesbians on Ecstasy. Blue Hawai fait un petit showcase dans l'arrière-cour. Très plaisant même si tout le monde (musiciens y compris) est en mode gueule de bois/junk food.

En tout début de soirée, on se rend à la projection du film de Vincent Moon sur Mogwai, intitulé Burning (lire). Très honnêtement j'ai un peu lâché Mogwai depuis Rock Action mais le film est vraiment beau et bien foutu, rendant véritablement hommage à ce que peut être le groupe sur scène. En noir et blanc, sans longueur, le film décrit un concert du groupe à New-York et joue à fond la carte du climax avec un final assez époustouflant. Un bel exercice.

En fin de soirée on repart à l'espace couche-tard pour la fête de clôture. Pour bien boucler la boucle c'est GOBBLE GOBBLE qui monte sur scène. L'effervescence de la semaine qui se termine aidant, la sauce prend beaucoup mieux et le dancefloor s'agite dans tous les sens. Le groupe qui monte sur scène ensuite (et dont j'ai oublié le nom) est un duo féminin, assez raté, sorte de mix entre La Roux et The Cure...

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Mais tout ça est rapidement balayé par ce qu'on pourrait appeler la cerise sur le gâteau : Big Freedia. Là je prie pour qu'Hartzine inclue une vidéo car c'est compliqué à décrire par les mots (prière exaucée). Mais en gros Big Freedia, autoproclamé(e) Queen diva du Bounce (et figure culte de la scène queer hip hop club aux USA), vient de la Nouvelle-Orléans et pratique une musique dont le but avoué est surtout de faire grinder tes fesses. Un DJ et une danseuse qui passe en deux secondes de secrétaire de direction à strippeuse enflammée et surtout Big Freedia en personne, qui harangue la foule et secoue ses fesses comme si sa vie en dépendait. Assez vite les danseurs montent sur scène et mettent à profit les leçons de l'après-midi (Big Freedia a donné une "master class" de secouage de booty un peu plus tôt). C'est à la fois extrêmement drôle et extrêmement vulgaire mais c'est surtout très fun et une bonne façon de finir ce marathon pas comme les autres.

Merci à Pop Montreal, Mélanie Turner, Patricia Boushel et Dan Seligman et Guillaume et Perrine pour m'avoir suivi dans ces folles nuits !

N'étant ni chroniqueur ni photographe, j'ai plutôt inclus deux/trois photos d'ambiance. Le très bon blog Brooklyn Vegan recense les concerts que j'ai ratés avec des belles photos !

Adrien Durand

A retrouver sur le blog de nos amis de Kongfuzi.

Vidéo


Soso - Tinfoil On The Windows

crbst_cover4Si on pouvait labelliser les genres comme on labellise certains de nos breuvages favoris, pour sûr l’indie rap canadien mériterait une Appellation d’Origine Contrôlée tant il nous apparaît depuis l’éblouissant Vertex de Buck 65 singulièrement différent de ce que nous catégorisons de coutume sous le terme "hip-hop". En effet au pays des caribous, l’idéal-type du b-boy est à mille lieux de l’iconographie hiératique du bad boys Angelinos. Aussi, de ce côté-ci des Grands Lacs, dans la province du Saskatchewan, là où l’ennui des prairies sans fin remplace celle des quartiers sans horizon, le rappeur est souvent blanc, peut avoir comme modèle Johnny Cash, porter des chemises en laine en plus d’être à carreaux, détester le Moët, les blunts, les putes au fessier aussi rebondi que les suspensions d’un Monster Truck en action et leur préférer le whisky sans âge, la clope sans filtre et les femmes sans seins ; écouter le Wu-Tang les pieds vissés dans la boue, une canne à pêche dans une main, un livre de Burroughs dans l’autre ; sentir la paille humide plutôt que le bitume froid et croire encore que sa musique à une âme.
Ce type ainsi défini a son maître. Un homme au nom de scène à la syllabe redondante, soso , fondateur en 99 avec son pote poivre et sel Epic de l’indispensable Clothes Horses Records et instigateur d’une musique qui, bien que formellement se définisse comme du rap, a su à la manière de ses cousins éloignés d’Anticon, bâtir un style inédit et anticonformiste plutôt que de s’efforcer à vainement reproduire un genre toujours profondément ancré dans ses fondements urbains et délibérément exégète de l'histoire de la musique noire dont elle est naturellement originaire. Bref Troy Gronsdahl de son vrai nom conçoit un rap non orthodoxe, lo-fi, sans fard ni paillettes, capable avec toute la simplicité et l’humilité qui caractérisent ses productions autant que l’homme qui les compose, de construire des ponts entre le songwriting dylanien, la noirceur lumineuse de My Bloody Valentine ou encore la frange la plus honorable du hip-hop made in US (Sage Francis, Ceschi Ramos, Astronautalis, Otem Relik).
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Le décor ainsi planté, on louera donc la belle initiative de la structure clermontoise Kütu Folk Records de ressortir- 3 ans après sa parution confidentielle sur le label montréalais Endemik - Tinfoil On The Windows,  dernier album en date du natif de Saskatoon. Initiative qui, on l’espère enfin, aura pour conséquence heureuse de détourner quelque peu ce hip-hop mutant du relatif anonymat dans lequel il semblait être à jamais réduit. Faisant suite aux essentiels Birthday Song et autre Tenht Street and Clarence, cet album avec l’apport (parfois trop prégnant) des guitares noisy de son compatriote Maybe Smith pousse ainsi la formule éprouvée jusqu’alors - celle du mélange opportun entre une rythmique minimaliste, véritable éloge à la lenteur, l’intelligente trivialité des paroles et l’épure mélodique de l’ensemble - vers une étrange radicalité, presque post-rock, renforcée par cette ambiance hallucinée de fin du monde qui s’en dégage.
Seulement tutoyer ainsi l’extrême aurait pu être fatal à cet ultime effort si soso n'avait pas feint d’ignorer la beauté fantomatique de l’esprit folk qui était au cœur même de ses précédents albums. Or soyez rassurés, le piano désaccordé de saloon poussiéreux aux sonorités cafardeuses et poignantes résonne toujours. Les cordes rêches et tendues de sa veille guitare acoustique, vestige d’un passé musical encore bien vivant, poursuivent leur quête ancestrale. On perçoit aussi ici un bel accordéon, là des bruits familiers, parfois des chœurs tout en retenue et c’est toujours cette même écriture sondeuse, dépouillée et cette manière si particulière de la chanter qui sont une nouvelle fois à l'œuvre ; prouvant enfin que le rap peut être tout aussi poignant, sérieux et poétique qu’une chanson de Will Oldham et ce, même revisitée par Bark Psychosis.

Audio

Soso - Company of Chairs

Soso - Your Mom is in the Next Room

Vidéo

Tracklist

Soso - Tinfoil On The Windows (Kütu Folk Records, 2010)

01. Rubber Rings
02. Company of Chairs
03. All The Useless Things These Hands Have Done
04. The Names of all the Trees
05. Your Mom is in the Next Room
06. Floorboards and
07. One Eye Open
08. For a Girl on a Faraway Hill


Caribou - Odessa

caribou1Tabernacle, on savait les Canadiens à moitiés cinglés, surtout du côté du Quebec, mais Caribou nous envoie une bonne dose hallucinatoire Lynchienne sur ce premier extrait d’un Swim qui devrait se révéler très convaincant. Odessa, ballade electro-pop lancinante, partagée entre flottements de nappes synthétiques et cris hystériques, se noie dans une toile brumeuse et floutée. Un environnement surnaturel qui laisse un arrière goût de machouillage de coton dans la bouche. Un petit côté opiacé qui colle parfaitement à l’atmosphère musicale décalé de la bête à corne. Planant mais pas soporifique.

Video


Basia Bulat - Heart Of My Own

basiaLe postulat de départ est simple, le Canada est devenu depuis quelques années le nouvel Eldorado de la Folk. Comme s’il suffisait de parcourir les plaines enneigées de ce vaste Pays, une guitare sous le bras, pour être submergé par une inspiration quasi-mystique. Allez savoir ? Et ce n’est pas Heart Of My Own , deuxième opus de la Torontoise haute comme trois pommes, Basia Bulat, qui nous prouvera le contraire. Agé d’à peine 26 ans, la charmante chanteuse aux multiples talents, attaque en fourbe dès le premier morceau. Go On envoi une déflagration lourde et décolle l’auditeur de sa chaise. Elle a du coffre la bougresse, sa voix rappelant un croisement de Chan Marshall et Tracy Chapman, supplie et accuse au rythme quasi militaire de la batterie. Ralentissement de l’allure dès Run, où Basia Bulat prend le temps d’exposer son répertoire vocalistique, et reprend de plus belle sur l’excité Gold Rush. Sa voix est une arme ensorcelante, mais la jeunette pousse le vice à composer l’intégralité de ses titres, ainsi que les arrangements puisque cette multi-instrumentiste passe de la guitare folk à la harpe, de l’orgue au ukulélé avec une aisance qui force au respect. Ce petit bout de femme au timbre doucement rauque et enfumée, fait montre d’un songwriting imaginatif et récréatif qui surpasse innombrables de ses aînées. Basia Bulat viendra démontrer sa fascinante capacité à ensorceler le public ce 29 Janvier au Point Ephémère aux côté de Thao et Sydney Wayser, en attendant on ne se lassera pas de la sincérité unanime ce Heart Of My Own tout simplement sublime.

Audio

Basia Bulat - Gold Rush

Tracklist

Basia Bulat - Heart Of My Own (Secret City, 2010)

01 - Go On
02 - Run
03 - Sugar And Spice
04 - Gold Rush
05 - Heart Of My Own
06 - Sparrow
07 - If Only You
08 - I'm Forgetting Everyone
09 - The Shore
10 - Once More, For The Dollhouse
11 - Walk You Down
12 - If It Rains