Destroyer - Archer On The Beach EP

destroyer-archer-on-the-beachIl y a quelques années, Daniel Bejar échangeait sa peau fauve, électrisée aux façons glam rock, pour une sonate étrange : Your Blues. Que cette œuvre fut une improbable rencontre, c’est peu dire. Des synthétiseurs singeant une atmosphère « cabaret », des chansons comme des passerelles où une impressionnante galerie de personnages nous filait les sensations de l’horreur et du sublime. Bref, un univers de fantaisie et de révolution. Le chanteur de Destroyer s’est peu à peu penché sur sa voix et sa diction phénoménale. Soignant ses mots à la lame fine, les trempant dans des bains d’éther ou dans des immondices artistiquement agencées, Bejar s’est créé une fantastique armada poétique prête à désosser tous les pitres paroliers polluant l’indie pop. Il y a peu, le Canadien revenait à la charge avec Bay of Pigs, une déclamation impressionnante où les mots circulaient dans une farandole discoïde neurasthénique. Listen, I’ve been drinking… Voilà comment il ouvrait cette mystérieuse confession bordée de révélations en arabesque, de cartes postales amoureuses et d’images féminines fugaces : her heart’s made of wood as apocalypses go that’s pretty good. Des textes cryptés, complexes et parfois kitsch naviguant dans les eaux sobres d’une musique prosaïque.

Cet épisode musical se révélait fascinant, dur à la découverte, ombrageux. Archer On The Beach élargit l’entaille. Grandement même. Opus résultant d’une collaboration avec Tim Hecker et Scott Morgan (sur la composition Grief Point), Bejar saisit de nouveau l’occasion de manier le frisson et la lenteur. On peut penser : déconstruction, avant-garde et expérimentation. Mais cette voix, magique acte de présence, intensifie une musique blanche et parfois inerte. Elle convoque les soubresauts un peu à la manière d’Alan Vega. On ressort de cette écoute intrigué et perdu. Un peu comme l’on sort d’une séance de cinéma après avoir vu un film étrange. De savoureux vertiges et un sentiment d’ailleurs qui scintille dans nos yeux. On ne désire donc qu’une seule chose : s’y confronter de nouveau.

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Destroyer - Archer on the Beach

Tracklist

Destroyer - Archer On The Beach EP (Merge, 2010)

01. Archer on the Beach
02. Grief Point


Arcade Fire - The Suburbs

arcade-fire-pochetteIl est des disques dont on a l'impression que le monde entier les attend littéralement comme le messie, se perdant en supputations et conjectures vaseuses des mois avant leur sortie, traquant la toile à la recherche du moindre indice et guettant l'annonce d'un concert comme un vautour surveille un agneau, de loin, l'air désabusé, mais prêt à foncer dessus à corps perdu au premier signe de faiblesse.
Imperméable à l'hystérie ambiante, Arcade Fire n'ayant jamais vraiment compté parmi mes groupes préférés, je me suis quand même prise à essayer d'imaginer ce à quoi allait bien pouvoir ressembler le troisième album des Canadiens dès la divulgation de son titre. The Suburbs... Un intitulé ô combien évocateur qui réveillait dans mon esprit des fantômes bien plus anciens que ceux de Win Butler et de ses camarades. J'imaginais déjà un remplaçant plus moderne au Theme for a Drive Through Suburbia (1980-82), composé par Glenn Branca à la demande de l'artiste Dan Graham pour illustrer dans l'une de ses vidéos les longs travellings dégoulinant le long d'alignements sans fin de pavillons dans une quelconque banlieue américaine. Cette "nausée pastorale", qui devait donner "l'impression de traverser la banlieue en voiture familiale, le week end", constituait la symphonie urbaine parfaite, aussi étouffante que l'ennui qui s'abat comme une chape de plomb sur le spectateur au fur et à mesure que les maisons défilent à l'écran, toutes strictement identiques, habitations-témoins de familles modèles dont l'existence n'est qu'un interminable et monotone recommencement. J'attendais d'Arcade Fire un éloge de l'ennui, terre fertile pour les musiciens de tout temps.
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Les premières notes de l'album ont résonné dans ma tête comme un parpaing, leur gaieté enjouée abattant d'un coup tous les espoirs que j'avais placés en Arcade Fire. Si le premier morceau éponyme est loin d'être le plus mauvais de l'opus, sa mélodie presque trop guillerette dépare son titre de toute la portée dramatique qu'on lui avait attribuée. La banlieue, ce n'est pas ce piano qui fait dodeliner les têtes, ce n'est pas l'espoir de s'en sortir. Et le fait de répéter l'heureux mot "bored" dans à peu près tous les morceaux ne rattrape pas vraiment les paroles superficielles, qui consistent en des interrogations de trentenaire en pleine crise identitaire, se demandant si le temps est venu d'avoir un enfant et de s'acheter un Renault Espace. Si elles sont moins lyriques que celles des deux précédents albums, on ne peut cependant leur reprocher leur cohérence qui, du début à la fin, aborde de façon plus ou moins délicate le mal-être de ce pauvre Butler. Moins baroque et prétentieux que ses prédécesseurs, The Suburbs est aussi plus chiant et long, long, long comme un trajet en nationale sous la pluie ; les titres défilent dans l'indifférence générale, comme ces patelins glauques et désertés où les seules âmes qui vivent son réfugiées au resto routier. Une des seules éclaircies de l'album reste ce Month Of May presque punk - voilà une musique qui savait parler de la banlieue - qui nous sauve à peine de l'engourdissement qui a fini par nous gagner. Malgré leur sens certain de la mélodie et de l'atmosphère et la voix toujours aussi extraordinaire de l'ami Winnie, les morceaux manquent de relief et la plupart finissent par sombrer dans la mollesse la plus totale - puis, inévitablement, dans l'oubli.
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Finalement, Arcade Fire a peut-être réussi le pari d'être aussi chiant que le quotidien au ralenti d'une banlieue pavillonnaire - mais on doute que ç'ait été volontaire. The Suburbs possède un peu le même pouvoir abrutissant qu'une télé toujours allumée mais que personne ne regarde ; de la part de l'un des groupes les plus intéressants des années 00, on aurait pu s'attendre à un travail autour du vide, de la conformité et de l'ennui plus intéressant qu'un album à placer entre la musique d'ascenseur et le bruit de fond. C'est raté. Suggestion de bande-son pour votre prochaine traversée des faubourgs : Glenn Branca, Patti Smith et le MC5.

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Arcade Fire - Month Of May

Vidéo


Vidéo du concert au Madison Square Garden de New-York le 5 août 2010, réalisée par l'ex-Monty Python Terry Gilliam.

Tracklist

Arcade Fire - The Suburbs (Merge Records,  2010)

1. The Suburbs
2. Ready To Start
3. Modern Man
4. Rococo
5. Empty Room
6. City With No Children
7. Half Light I
8. Half Light II (No Celebration)
9. Suburban War
10. Month Of May
11. Wasted Hours
12. Deep Blue
13. We Used To Wait
14. Sprawl I (Flatland)
15. Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)
16. The Suburbs (Continued)


Terror Bird - Who's Sorry Now?

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Après Shadows in the Halls, Terror Bird nous offre une nouvelle invitation au bonheur de l'ombre, à la grâce murmurée de l'obscurité. Sorti sur Global Symphonic, et disponible par , Who's Sorry Now? complète un split 7" partagé avec les Canadiens de Certain Breeds. Autant dire qu'on se faufile sans aucune appréhension dans le couloir capitonné des intentions de Nikki Never, magnétisé que l'on est par son timbre de voix, sans même se rendre compte que l'on creuse de nos mains six pieds sous terre. A cet instant, la lumière du jour n'est plus qu'un artifice, un subterfuge.

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Broken Social Scene - Forgiveness Rock Record

bss-forced-to-love-allPardon… Il n’y a vraiment pas de quoi… Non, pardon est le premier qualificatif trouvé par les Harlem globe-trotters de la musique torontoise pour marquer le titre de leur cinquième album. Mais de quoi s’excusent-ils au juste, de leur absence absolument insoutenable et atrocement douloureuse durant ces cinq longues dernières années, plongeant leurs fans dans un autisme profond et créant une vague de suicides sans précédent ? Ou bien est-ce de ce revirement électronica-rock péchu qui détonne (sans vraiment surprendre) et risque cependant de désarçonner l’auditeur, n’ayant, lui,pas réussi à retirer l’album éponyme paru en 2005 de son discman laser ? Il ne fallait pas s’attendre à moins du groupe phare du label Arts & Crafts, maison à idées en perpétuelle évolution, et d’un collectif d’artistes dont les envies et les moteurs créatifs se sont forcement développés durant cette longue phase de gestation. Mais bien heureusement c’est pour le meilleur qu’ils nous reviennent.

Et que les fidèles se rassurent, le crew hébergeant en son sein ni plus ni moins que Feist, Emily Haines (Metric), Amy Millan (Stars) un membre de The Most Serene Republic, etc… le tout conduit par les possiblement inconscients mais inégalablesBrendan Canning et Kevin Drew, ne sont pas passés au mathcoreou au dubstep pour autant. La preuve en est d’un World Sick lyrique et orchestral, introduction antifolk qui ne trahit pas le répertoire habituel des Canadiens. Toutefois, le jeu se veut plus farouche, bifurquant dès le second morceau vers un psyché-progressif évoquant le tristement mésestimé Embryonic de nos chers Flaming Lips. On retrouvera également l’influence très godspeedienne de leurs débuts sur des morceaux lourds et à consonance post-rock comme Meet Me In The Basement… Mais le Broken n’a rien perdu de son sens de la mélodie ni de sa disposition à arracher les cœurs de son écriture sensible et mélodramatique (Sentimental X’s, Romance To The Grave). A croire que nos Canadiens chéris vivent dans un lieu où la populace est enfermée éternellement dans un conte de Dickens. Et passant d’une voix à l’autre, les talents se cèdent le micro en ouvrant une porte sur un nouvel univers qui se referme lors d’une nouvelle transmission. Forgiveness Rock Record a beau être un album excessivement long, ses protagonistes trouvent en eux la force nécessaire pour ne marquer aucune redondance et créer une uniformité, tout en rendant chaque chanson originale et unique. Un brio qui mérite d’être applaudi.

S’il était entendu que ce nouvel album serait un chef-d’œuvre de plus à ajouter à leur discographie, il ne serait que justice que ses membres soient canonisés comme ultime récompense. Ah ! On me dit à l’oreillette qu’il faut attendre leur trépas, donc nous patienterons encore un peu. Cependant, c’est sur scène que le groupe dévoile l’immensité de son potentiel, et notamment lors des festivals. Imaginez un peu vingt personnes sur un plateau à foutre le bordel, je peux vous jurer qu’on ne s’en remet pas facilement. Je me demande encore comme ils comptent caser toute cette bande de joyeux drilles dans l’enceinte exigüe de la Maroquinerie. Le rendez-vous est pris le 21 mai.

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Broken Social Scene – All To All

Tracklist

Broken Social Scene – Forgiveness Rock Record (Arts & Crafts, 2010)

1. World Sick
2. Chase Scene
3. Texico Bitches
4. Forced To Love
5. All To All
6. Art House Director
7. Highway Slipper Jam
8. Ungrateful Little Father
9. Meet Me In The Basement
10. Sentimental X’s
11. Sweetest Kill
12. Romance To The Grave
13. Water In Hell
14. Me And My Hand


Atelier Ciseaux

logoacBonjour Rémi. Ce n'est pas dans les habitudes d'Hartzine que d'aller s'enquérir de l'état de la production musicale indépendante directement auprès des acteurs de l'ombre de ce réseau. Mais si les sorties de disques ont longtemps constitué un bon baromètre de celle-ci, il s'avère qu'à l'heure d'internet et de la proximité et du foisonnement que cette technologie engendre, ce baromètre est désormais obsolète. Le téléchargement légal et illégal modifie tant le comportement des artistes que celui des auditeurs, entre possibilité de faire résonner sa musique à l'autre bout de la planète tout en s'en faisant déposséder.

Tu es le fondateur d'Atelier Ciseaux, label qui tente d'allier exigence musicale, sortie vinyle et esthétique soigneuse de l'objet, et qui propose sur son site "toujours en construction" un catalogue de quatre références en tirage limité pratiquement toutes épuisés dont Yes Or No de François Virot ou encore le split 45t de Best Coast et Jeans Wilder. Originaire d'une petite bourgade de l'Est de la France, vivant entre Paris et Montréal, ton regard lorgne vers les Etats-Unis pour de multiples projets autres que celui d'Atelier Ciseaux. Et c'est en conversant par mail avec toi que l'idée de cette entrevue est née en plus de celle, que j'espère fructueuse, d'une tribune laissée à l'Atelier mais aussi à d'autres labels qui plus tard viendront s'y greffer. L'ambition d'un tel espace d'expression n'est pas la déclinaison mensuelle des déboires rencontrés par un label indépendant, même s'ils sont nombreux, mais plus la volonté de vous laisser nous confier vos coups cœurs... L'acte 1 a été brillamment fignolé avec Reno et le net-label Beko DSL. Place à l'acte 2 en ton estimable compagnie. D'ailleurs, tu ne viens pas les mains vides : en exclusivité pour nos lecteurs tu vas déflorer un secret pour le moment bien gardé, à savoir le 7' d'US.Girl que l'Atelier s'apprête à sortir en juin. On est gâté.

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D'où t'es venue l'idée et la volonté de créer un label indépendant ?

Je n'ai ni décors en carton pâte à te décrire, ni d'anecdotes très 'indie' à te raconter. Ces derniers temps, on cherche tellement à masquer un certain manque d'idées dans des biographies-refrains samplés en boucle. Je crois qu'Atelier Ciseaux s'est fait simplement, naturellement, voire même banalement. Il me semble qu'à 17 ans, comme beaucoup, je devais déjà m'imaginer un jour monter un label. Avec, à l'époque, Pavement en ligne de mire... ah ah ! A.C. existe seulement depuis fin 2008 mais avec le recul, je suis convaincu que c'est une bonne chose que ça se soit passé ainsi. Mes quelques activités liées à la musique (webzine, booking, promo...) commencent à avoir quelques années au compteur et quelque part tout ça a été comme un long 'brainstorming' - inconscient - ! Savoir concrètement comment tu as envie de faire les choses et - encore plus - comment tu ne veux absolument pas les faire. Si je devais essayer de citer quelques influences, je pense que j'irais plutôt piocher du côté de la scène punk DIY ! L'idée du label date de 2007, à l'époque on était deux (avec Marine) avec cette folle envie - et impatience - de sortir le LP de François Virot. Par la suite, j'ai continué le label seul et aujourd'hui on est à nouveau deux (avec Philippe).
Je ne suis pas certain d'avoir très bien répondu à cette première question. Je crois que je pourrais te donner dix fois plus de raisons pour lesquelles je n'imagine pas arrêter le label...

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Peux-tu nous expliquer la marque de fabrique d'Atelier Ciseaux ? Pourquoi privilégier le vinyle à l'heure du téléchargement ?

Je ne suis pas certain de me sentir très emballé / inspiré par ce débat / combat lié au téléchargement. A.C. a été créé dans l'air du 'download / add to friends', je suppose que c'est différent pour les labels qui ont vécu / subi le changement. Nos tirages sont limités et accompagnés d'un lien pour télécharger le disque en format mp3. On aurait démarré en 1995, peut-être qu'on aurait pressé 1000 copies au lieu de 350 mais à part ça...Pourquoi le vinyle ? Par envie, par attachement, simplement ! Mais tu vois on ne s'est pas entaillé la main avec un canif, ni signé de pacte 'croix de bois, croix de fer, si je sors autre chose que du vinyle, j'irai en enfer' ! Par exemple, on est en train de penser à une compile K7 et ce n'est pas dit qu'on ne sorte pas à nouveau autre chose que des disques comme on l'a fait avec le dvd.

La marque de fabrique... hum... difficile comme question, je sais pas ! J'espère qu'elle parle d'elle-même !

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Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu as envie de travailler ?

Il y a quelques signes qui ne trompent pas : quand tes proches commencent à te détester parce que tu écoutes un morceau en boucle, quand tu commences à imaginer la pochette... Après vient ce petit claquement de dents quand tu appuies sur 'envoyer le message'. La suite ne t'appartient plus vraiment. Parfois ça le fait, parfois non ! Parfois c'est rapide, parfois ça rame ! Et puis parfois t'es surpris comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast. J'avais contacté Andrew (JW) pour savoir s'il comptait sortir le morceau Tough Guys en vinyle. Et puis un jour j'ai débarqué avec cette idée de split et une liste de groupes (avec Best Coast en numéro 1). Il a été super emballé par l'idée. Puis rien ! Plus de nouvelles pendant plusieurs jours. Et un matin, je reçois un mail de sa part me disant qu'il revient de Los Angeles et que Bethany est partante pour le disque. Le soir même, je recevais les deux morceaux, WOW !

Pour en revenir au choix des groupes, on ne fait aucun calcul mathématique compliqué avant de se décider. On connaissait / écoutait certains groupes avant la création du label, d'autres ont été découverts entre-temps.

Peux-tu nous dire quelques mots sur chacun des artistes avec qui tu as travaillé et que tu nous présentes ici (player ci-dessous) ?
Le premier disque a été le LP de François Virot, Yes or No, fin 2008. Guitare en bois qui braille et baskets à scratch. On l'a beaucoup comparé à Animal Collective, OUI et NON ! Je viens de regarder par curiosité sur Last Fm et les artistes similaires conseillés sont Tune-yards, Panda Bear... OUI mais NON ! Il y a quelque chose de spécial dans sa musique, un côté brut et touchant. François habite Lyon et joue également dans Clara Clara.

La seconde sortie date d'avril 2009, un 7"/ 45 tours, Vrais Noms/True Names, du duo Lucky Dragons. Luke et Sarah habitent Los Angeles. Folktronica ? Toute tentative de description serait un échec. Un océan au milieu d'une forêt. Leurs concerts sont à l'image de leur club de dessin, le SUMI INK CLUB, participatifs ! Laissons le player parler...

Le troisième  projet est un peu particulier puisqu'il s'agit d'un dvd-r. Trois courts-métrages d'Andy Roche qui joue également dans le groupe Black Vatican (Chicago). Esthétique du risque comme par exemple dans le court-métrage TETEDEMORT, chaque plan, chaque scène est un poster arraché dans la chambre d'un adolescent sous perfusion d'images télé-évangéliques. Références à des lieux enfouis sous un amas de guerre et de religion. La musique du dvd-r provient en majorité de morceaux de Black Vatican qui va sortir son prochain disque cet été sur Locust Music (nldr : voir en fin d'article).

La dernière sortie (janvier) est un split 7"/45 tours entre Jeans Wilder et Best Coast. Andrew (JW) vit du côté de San Diego et jouait avec Nathan Williams (Wavves) dans le groupe Fantastic Magic. Bethany Cosentino (BC), ex-membre du duo pyché-primitif Pocahaunted, habite Los Angeles. Pop fantôme, lo-fi surfant sur un bitume usé par la fin des années soixante. Deux morceaux hantés par l'été.

La prochaine sortie est un 7"/ 45 tours d'U.S Girls, Lunar Life prévu pour début juin. Balades pop rugueuses, destruction de bandes magnétiques, baignades lo-fi en eaux troubles et noisy. Dans sa musique flirtent les spectres de Bruce Springsteen, The Kinks et des Ronettes. Carte postale usée d'un rêve américain emballé dans un sac en papier kraft (en pre-order ici !)

Peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans, toujours en construction ?
J'en sais rien, vraiment ! Le futur c'était hier matin. On pourrait plutôt essayer de miser sur les dix prochains mois. On n'a pas de fantasme de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. On a pas mal de projets / envies mais à moyen terme et quelque part c'est une liberté plutôt chouette.
Pour répondre - enfin - à ta question, je nous souhaite simplement de continuer à sortir des disques avec cette même envie, ce même stress. Les retours que l'on a eu jusqu'à présent sont super encourageants / touchants. J'espère secrètement - enfin plus maintenant - que pour les prochaines sorties, on arrivera à toucher plus de 18 personnes en France. On sort / a sorti principalement des groupes américains donc c'est logique qu'on ait des retours plus "importants" là bas. Mais, comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast quand tu reçois des commandes du Japon, du Mexique, de la Pologne ou de la Grèce, tu te poses quelques questions et tu dis que c'est pas lié à la nationalité des groupes...
Gardons les interrogations sur l'avenir pour les soirées ravagées par l'ennui. Notre cinquième sortie est prévue pour début juin, un 7" de U.S. GIRLS. Je peux te dire qu'on est super impatients !

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Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Atelier Ciseaux ?

Bons, bons et... bons ! Vue la distance physique avec les groupes, la plupart des échanges / projets se sont développés / concrétisés par mails. Des kilos de caractères sur un écran brûlant. C'est clair que c'est frustrant, mais pour l'instant j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer la majorité des gens avec qui on a bossé. Avec François, c'est un peu différent vu qu'il habite à quelques heures de train mais également parce que je me suis occupé d'organiser ses deux dernières tournées. La rencontre avec Meghan / U.S. GIRLS a été assez épique ! En ce moment, j'habite Montréal, et en septembre dernier on a loué une voiture pour aller la voir jouer (avec Grouper) dans la banlieue de Philadelphie. 9 heures de route ! On s'est retrouvés dans un espèce de chalet en plein milieu d'un campus entourés par 12 college kids bien alcoolisés et en train d'halluciner sur le fait qu'on ait pu faire autant de kilomètres pour venir au concert. On a repris la route pour Montréal juste après le concert ! Intense !  Ce fut un chouette moment et une belle rencontre. Une fois rentré à la maison, j'avais 10 000
fois plus envie encore de sortir ce disque.

Enfin, quels sont tes projets annexes ? Quelles sont les structures ou personnes avec qui tu aimes travailler ?
En parallèle, je me suis occupé pendant deux ans d'un 'non'-label cassettes Atthletic duddes. L'idée était de recycler de vieilles cassettes audio abandonnées. Sur la face A, on enregistre les nouveaux morceaux et sur la face B, on conserve les titres originaux. Résultat : des splits improbables entre des groupes de noise et des stars de compiles hantées par le top 50 des années 90. Deux dernières cassettes avant l'été et Atthletic Duddes va s'arrêter !
J'ai également fait un peu de booking ces trois dernières années, organisé quelques concerts à Paris (Pochaunted, Lucky Dragons...) en 2009.Le reste de mes activités est de nature - plus - professionnelle donc je ne suis pas certain de l'intérêt d'en parler ici.
Au niveau des collaborations, bosser avec Jérémy Perrodeau a été un moment vraiment cool. J'ai débarqué un matin en lui demandant si ça pouvait le brancher de réaliser l'artwork pour le split JW / BC et en insistant sur le fait qu'on en avait besoin rapidement. 5 jours plus tard, c'était bouclé. Mortel !
Organiser les concerts de Pocahaunted / Lucky Dragons avec Jérôme (Boss kitty, ex Ali_fib), l'album de François avec Clapping Music, recevoir les flyers de Paula Castro...

Question subsidiaire : ta première tribune, tu nous la promets pour quand ?
Question suicidaire  ! En juin, ce sera bien (?) !

Prochaines sorties d'Atelier Ciseaux : US. Girls 7" - juin / pre-order : http://atelierciseaux.com/
Terror bird 7" Shadows in the hall (w/ La station radar) - Été 2010
Mathemagic/ Young Prisms split 7" - Été 2010

Vidéo


Caribou - Swim

pe-caribou-swimLorsque j'ai mis le nez dans la vidéo d'Odessa sur Hartzine (merci Hartzine j'te kiffe) j'ai tout de suite été prise d'une irrépressible envie de secouer tout mon corps, les cheveux dans les yeux, de boire beaucoup, et de m'abandonner toute entière à une transe entourée de jeunes gens beaux et sexy sur une plage au crépuscule. Ce titre sous hallucinogène, au son un peu crasseux et vicelard, fut une bénédiction dont je remercie le ciel et c'est avec une avidité non dissimulée que je me suis jetée sur l'album, et sur la place de concert pour voir Caribou au Point Éphémère vendredi dernier.

Dan Snaith cache bien son jeu. C'est la conclusion à laquelle je suis arrivée vendredi soir, en sueur, après un live bouillant auquel je ne m'attendais pas du tout. Mais alors pas du tout. Car pour tout dire, une fois lâchée la touche repeat sur Odessa, la plongée en apnée dans le nouvel opus du Canadien ne m'avait pas vraiment convaincue. Caribou est un habile manipulateur de boucles, qu'il tisse de petites douceurs pop s'enroulant joliment sur les oreilles. Son electronica subtile nage la brasse coulée avant de s'envoler dans un monde ouaté et sous LSD. Sun et Kaili m'ennuient un peu, le son est lisse, un peu trop lisse et le chant se révèle parfois limite (tout le monde ne peut pas monter dans les aigus comme Alexis Taylor). Je retrouve le côté sombre d'Odessa sur Found Out, où deux voix s'entremêlent et où les percussions crasses finissent de m'entraîner à nouveau dans les profondeurs aquatiques de Swim. L'album navigue sur des eaux dance un brin désuètes, qui me laissent un peu mitigée sur cet album et le soir du concert, j'arrive là sans trop d'attente. M'imaginant même que je vais peut-être m'ennuyer un peu.

Fort heureusement je me trompe souvent, et c'est encore le cas ce soir ! Je commence à avoir la puce à l'oreille en voyant la salle se remplir comme un œuf de gens ma foi très en forme. Du genre "vas-y ça va chauffer héhé". Sur scène, les deux batteries (une grande en face d'un petite), les claviers, laptops, et guitares trahissent à leur tour une volonté assez évidente d'en découdre. Ça me rassure, j'enlève donc ma veste. 21h30 le groupe arrive et débute un set boosté aux amphètes qui me laissera euphorique dès le premier titre. Comme je vous le disais ce Québécois retord cache bien son jeu. Bidouilleur archi doué de studio, il transforme les rythmes soft et dancy de l'album en véritable pugilat hautement électro-rock une fois sur scène. Des titres assez planant comme Bows, qui ouvre le show, deviennent de redoutables machines disco. Le public n'économise d'ailleurs pas son énergie ce soir, ça gigote dans tous les coins et mon fantasme d'Odessa devient presque réalité (malheureusement les gens n'étaient pas tous beaux et sexy). Assez ironiquement, c'est le titre phare et tripé de l'album qui passera pour une moindre surprise dans ce show électrique. Raccourci et moins puissant que dans sa version studio, ce fut ma seule déception. Et puis en live comme en studio, les voix de Dan et de son bassiste Ryan Smith ne sont pas toujours à la hauteur des notes, mais peu importe. L'énergie envoyée ce soir par Caribou m'a largement convaincue de réécouter tout l'album (et les autres, superbe Andorra) avec une attention différente car l'animal est un orfèvre ultra doué qui mérite qu'on s'attarde plutôt deux fois qu'une sur Odessa.

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Caribou - Found Out

Tracklist

Caribou - Swim (City Slang, 2010)
1. Odessa
2. Sun
3. Kaili
4. Found Out
5. Bowls
6. Leave House
7. Hannibal
8. Lalibela
9. Jamelia


Frog Eyes - Flower In A Glove

frogeyes_largeMonsieur Carey Mercer représente l'ideal-type du chanteur habité, ce genre d'artistes qui fait de chaque chanson un petit théâtre imaginaire au sein duquel se joue toujours une pièce à la mise en scène de choix. D'ailleurs l'intrigue du neuvième album - Paul's Tomb: A Triumph (Dead Oceans) - de la troupe de Penticton dont il est le lumineux leader vient d'être dévoilé et on s'accordera pour dire que cet homme est définitivement passé du côté des grands.

Audio

Frog Eyes - Flower in a Glove


Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra - Kollaps Tradixionales

mtzionDifficile de ne pas confondre Godspeed You ! Black Emperor et A Silver Mt. Zion Memorial Orcherstra, essentiellement sur les premiers opus du second notamment. Non seulement le post-rock mélodieux et torturé d’Efrim Menuck, Sophie Trudeau et Thierry Amar fait écho aux inspirations de leur précédent groupe, mais en garde également la même structure mélodique et ce goût prononcé des tracklists réduites au maximum dont les morceaux s’étirent toutefois jusqu’à parfois vingt minutes.
Pourtant cette nouvelle mouture qui remplace le « A » par un « Thee » marque un changement notable, et pas seulement dans l’orthographe de leur nom : line-up des canadiens totalement modifié, démarcation radicale dans le style musical de la formation... Efrim Menuck reprend seul les commandes du navire, laissant derrière lui ses deux ex-compatriotes, et embarquant tout de même les moussaillons du Tralala Band.
Qu’on se le dise, Kollaps Tradixonales ne séduira pas forcement les amoureux transis de post-rock, ni les amants particuliers du bataillon venu de la Région de Céline Dion. Construit autour de 4 axes, l’album tend vers un rock alternatif à tendance progressif, avec de longues plages plus aériennes grâce une orchestration malgré tout omniprésente. Le chant qui était un des composants mineurs de la musique de Silver. Mt Zion, devient ici un élément pivot autour duquel viennent s’enrouler violons, hautbois, violoncelle…
Même le conditionnement se voit radicalement modifié. Alors que les précédents albums se étaient habituellement distribués dans de magnifiques pochettes sérigraphiées dont l’épaisseur ne dépassait à peine celle du CD, l’édition de Kollaps Tradixonales se voit gonflée d’un booklet de seize pages, contenant artworks et illustrations. Le tout étant travaillé par Jem Cohen, photographe, réalisateur ayant d’ailleurs collaboré avec GY!BE, et signant également la production de cet étrange album.
Alors est-ce que pour autant Thee Silver Mt. Zion aurait frappé un coup dans l’eau ? Que nenni! Et la seconde variation permettant de s’en convaincre I Built Myself a Metal Bird et I Fed my Metal Bird the Wings of other Metal Birds se renvoyant la balle dans un délire quasi-biblique et rappelant pareillement le mythe d’Icare, dans sa quête de voler de ses propre ailes avant de causer sa propre perte. Un première partie post-métallurgique, violente et héroïque, dont le rythme épique donne des frissons jusqu’à en faire trembler l’épine dorsale. Six minutes dix-huit de charge qui se veulent comme un compte à rebours avant un déferlement de chaos, qui aboutira au morceau suivant : une très longue chute dans la débâcle, d’abord contemplative, puis apocalyptique, avant que ne résonne le crash.

Merveilleux !

akitrash

Audio

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra - I Built Myself A Metal Bird (Live VIdeo Version)

Tracklist

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra - Kollaps Tradixionales (Constellation, 2010)

1. There Is A Light
2. I Built Myself A Metal Bird
3. I Fed My Metal Bird The Wings Of Other Metal Birds
4. Kollapz Tradixional (Thee Olde Dirty Flag)
5. Collapse Traditional (For Darling)
6. Kollaps Tradicional (Bury 3 Dynamos)
7. 'Piphany Rambler


Memoryhouse - To The Lighthouse

Révélé au monde et à la toile par le site brestois Beko Dsl, dont il sera bientôt question dans nos pages, et relayée à la faveur du crépuscule par le blog dénicheur Delicious Scopitone, Memoryhouse colorie d'un pastel bleuté les murs anthracites de notre quotidien laborieux. Denise et Evan, deux jeunes canadiens d'à peine vingt ans, magnifient dans to the Lighthouse l'évanescence de l'adolescence et autres gourmandises d'un autre âge, qu'un adulte rêve de n'avoir jamais quitté. Se laisser guider d'un pas chancelant, et nous voilà à nouveau en leur compagnie, dès 2010, sur un second EP, the Years, téléchargeable ici sur Arcade Soud Ltd.

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Owen Pallett - Heartland

final_fantasy_heartlandSi le nom d’Owen Pallett, ne vous dit pas grand-chose, c’est certainement parce que l’artiste était jusqu’à présent plus connu sous le pseudo Final Fantasy jusqu’à ce que la société-mère de la célèbre franchise de jeux vidéo du même nom lui demande gentiment (donc par avocats interposés) de ne bien plus vouloir utiliser ce patronyme. Discipliné, le Canadien signera désormais sous son nom de baptême, mais ne change pas pour autant son fusil d’épaule. Le musicien se trouve l’âme du lapin blanc d’Alice, et entraîne l’auditoire aux tréfonds du terrier, dans les méandres du Pays des Merveilles. Pallet accorde ses violons, faisant transpirer de ses mélodies romanesques une pluie de cuivres et percussions qui se marient parfaitement à la nuance synthétique de l’affaire. Heartland est un album à la croisée de la pop symphonique et de la bande originale pour conte de fées, qui puise son inspiration autant des cantiques religieux de cathédrales que du lyrisme lo-fi extraite de l’imaginaire de son auteur. Celui-ci utilise d’ailleurs sa voix fluette comme jamais, et donne à l’ensemble des morceaux une finesse précieuse comme du verre. Si l’on oublie la pochette ridicule à souhait, on se rend vite compte que le jeune compositeur nous offre une fois de plus un disque majeur, qui brille de par ses arrangements minimalistes aux influences pourtant orchestrales. Une nouvelle pierre à rajouter à l’édifice du talentueux Canadien qui ne semble pourtant pas vouloir en demeurer là, comme le laisse supposer le morceau final : What Do You Think Will Happen Next ?

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Owen Pallett - Midgniht Directives

Tracklist

Owen Pallett - Heartland (Domino, 2010)

01. Midnight Directives
02. Keep the Dog Quiet
03. Mount Alpentine
04. Red Sun No. 5
05. Lewis Takes Action
06. The Great Elsewhere
07. Oh Heartland, Up Yours!
08. Lewis Takes Off His Shirt
09. Flare Gun
10. E Is for Estranged
11. Tryst With Mephistopheles
12. What Do You Think Will Happen Now?


retour sur Soso

soso1Cette semaine, une fois n'est pas coutume, nous vous proposons de revenir sur un artiste pour lequel votre webzine ne se lasse pas de dire du bien. Le micro label canadien de rap indépendant, Endemik,  nous propose un mix en forme d'hommage à la carrière du plus grand songwriter, j'ose l'écrire, que le hip-hop connaisse sans le savoir. Depuis 99 et la création de son label, Clothes Horse Records, le natif Saskatoon (petite ville sans importance et capitale de la province de Saskatchewan) à la syllabe redondante (Soso), nous distille au compte-gouttes, seul ou accompagné, son hip-hop dont lui seule à le secret, mélange discret de sons surannés et de beats casses-gueule,  le tout emmené par un flow de trentenaire bien élevé. Bref, vous l'aurez compris, mélange à mille lieux des ambiances putassières et de la vague consumériste dont suffoque le genre et qui donne à cette musique toute sa beauté attractive.

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Soso - Transmission


Lovers Love Haters - Poison

lovers1The Organ, l'ex belle promesse du rock féminin n'est plus. Katie Sketch et consœurs se sont dispersées ici et là et le dispensable Thieves, mi-album sortie l'année dernière, a sans doute clos définitivement la courte histoire entamer avec l'unique Grab That Gun et ouvert peut être à jamais le livre des regrets.

L'une de cinq canadiennes qui composaient The Organ, Deborah Cohen, la guitariste à la posture scènique très "schoegazer", est la première à sortir de son silence sous le nom quelque peu naïf de Lovers Love haters.

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Lovers Love Haters - Poison